Sainte-Marie-de-Cuines – Eglise Notre-Dame-de-l’Assomption

Au fur et à mesure que nous traversons la vallée de la Maurienne, nous constatons qu’il y a plusieurs plaines formées par la confluences de plusieurs rivières avec la rivière principale : l’Arc. C’est entre autres le cas de la plaine des Cuines, située rive gauche de la vallée. Ces larges terres, bien que exposées côté Nord, offrent quand même une qualité de vie indéniable. Deux villages se partagent la plaine. Nous raconterons un peu plus tard son histoire. Mais les bourgs sur l’autre versant sont bien plus nombreux, car mieux exposés. Le territoire des Cuines s’étend également sur les bois amonts et avals pour un total de 35 kilomètres carrés.
C’est au XIème siècle qu’apparaît pour la première fois « Cuina », soit Cuine, au singulier. En 1043, la paroisse est donnée à l’évêque de Maurienne et son chapitre cathédral. Mais cela n’empêchera pas aux vicomtes de la Chambre d’y exercer leur vicomté le siècle suivant. C’est à partir de cette époque (début XIIème) que l’on cite deux paroisses : Sainte-Marie, la « primitive » et Saint-Etienne, de l’autre côté du torrent du Glandon. C’est au XVème siècle que « Cuine » prendra son S final, et donc la pluralité. De l’époque médiévale, les reliques sont multiples : l’église abrite encore une partie de l’édifice primitif du XIème siècle et plusieurs ruines : le Château Joli et la tour Châtel-André. En 1598, le Duc de Savoie combat les troupes françaises sur cette plaine de Cuines. 

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L’église, dédiée à la Vierge Marie, remonte en effet au XIème siècle, en témoigne l’abside et le clocher roman. Cette architecture était en effet en vogue dans la région. Si l’édifice a été profondément remanié au XVIIème siècle puis en 1835, l’abside demeure intacte et est aujourd’hui protégée. On sait par exemple que, jusqu’à la dernière restauration, la nef était « lambrissée » avant d’être voûtée. De la simple nef, nous sommes passées à une église en forme de croix latine avec l’ajout de deux chapelles latérales. Au XVIIème siècle, l’abside en cul de four est séparée de l’édifice par un retable baroque, encore présent de nos jours. Dès lors, cette dernière sert de sacristie, avant qu’une seconde soit construite à droite du chœur. Une curiosité reste à souligner : l’entrée de l’édifice se fait par le côté, et non par le clocher, qui, jadis, remplissait la fonction de porche. La raison est simple : l’église était trop facilement inondable par le clocher (il fallait descendre pour pénétrer dans le sanctuaire) et les multiples crues du Glandon l’ont d’ailleurs prouvé.  

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Le clocher, haut de vingt-mètres, reprend des caractéristiques des tours romanes. Ses différents étages sont élégamment décorés d’arcades. Au dernier, ses lourds murs de pierres laissent apparaître quatre cloches : une dans chaque baie. Elles sont soutenues par un beffroi en bois, lui-même doublé par une structure métallique. Ces quatre cloches sont l’oeuvre de la fonderie Paccard. On peut parler là d’une véritable histoire de famille : la plus grosse, également la plus ancienne, porte la date du 30 octobre 1827 et le nom de Claude Paccard, représentant de la seconde génération de fondeurs. Sa petite sœur, la cloche numéro 2, a été fondue en 1862 par la génération suivante, et dans un lieu différent : Annecy-le-Vieux, contre Quintal pour la première. Les deux plus petites sont bien plus récentes : elles portent la date de 1957. Leurs décoration tranche avec le style classique des deux grandes. Malgré ces trois fontes, l’harmonie ne se trouve pas altéré : la sonnerie égrène un bel accord complété, audible pour les funérailles. La grande cloche sonne les angélus, alors que les deux cloches médianes tintent les quarts et les heures.

Nom

Fondeur(s)

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

NC

Claude Paccard

1827

83,4

325

Si ♭ 3

2

NC

Frères Paccard

1862

74,5

225

Do 4

3

Marie Marguerite

Paccard

1957

67,4

190

Ré 4

4

Joséphine Berthe

Paccard

1957

56,5

110

Fa 4

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Mes remerciements à M. Philippe Girard, maire, pour son aimable autorisation et à M. Claude Bérard, adjoint, pour son accueil chaleureux. Je remercie également la paroisse et plus particulièrement Mme Roux, en charge de l’église. Remercié soit également Claude-Michael Mevs, dit « Quasimodo« , pour son aide infaillible ! Enfin, remerciement à Loris Rabier, jeune passionné de cloches résident le village voisin, pour avoir attiré mon attention sur cette sonnerie très intéressante.

Sources & Liens :
Sainte-Marie-de-Cuines
Mairie de Sainte-Marie-de-Cuines
« Eglise de Sainte-Marie de Cuines« , Bulletin Monumental, tome 97, n°1, année 1938. MF Bernard & ME Stephens.
Clichés personnels
Fonds privés

La Chambre – Collégiale Saint-Marcel

Pour inaugurer mes périples au sud de la Savoie, dans la vallée de la Maurienne, j’ai choisi un lieu chargé d’histoire : la collégiale de La Chambre. Cette commune se situe dans un écartement de la vallée, crée non seulement par l’Arc mais aussi par le Glandon et le Bugeon, qui ont taillé dans la montagne deux vallées perpendiculaires. Le millier d’habitants qui forme la commune se concentre autour de son bourg, au sud du territoire communal. Au nord, ce sont principalement des forets et des champs. Cette « délimitation » est marquée par le torrent du Bugeon.

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L’église paroissiale bénéficiait avant la Révolution du titre de collégiale : c’est à dire qu’elle était administrée non pas par un simple curé ou archiprêtre mais par un « collège » de chanoines. Ce titre lui permettait de rayonner et d’avoir préséance sur les églises alentours. Mais avant la Révolution, la Chambre, c’était aussi une place forte : c’était sur ces terres que s’est implantée une famille puissance, capable de rivaliser durant le Moyen-Age avec la future famille de Savoie. Cette même famille, portant le titre de « Vicomte de Maurienne », laissera sa place au XVème siècle à la famille des Seyssel, qui porteront le titre de « comtes de La Chambre ». Ces mêmes seigneurs obtiendront du pape Léon X la dignité de collégiale pour l’église Notre-Dame en 1514. Deux siècles auparavant, une communauté de franciscains s’installent sur la commune, toujours avec la bénédiction du pape régnant et des seigneurs locaux. A la Révolution, ils sont remerciés par les Révolutionnaires et leurs bien sont vendus. Si l’église sera rendue au culte paroissial une fois le Concordat signé, le couvent sera lui rendu à la vie civile, ce qui, malheureusement, aura raison de son unité architectural. Il attend aujourd’hui des jours meilleurs, en bénéficiant par exemple d’une restauration d’envergure. Au XIXème siècle, le village se tourne vers un nouvel avenir industriel et agricole avec l’installation d’usines à produits chimiques, au bord de l’Arc. Le secteur permet aussi la production de fromages de la région : il ne sera donc pas anormal de croiser quelques vaches dans les prés verts de la Chambre !
L’église Saint-Marcel, anciennement collégiale, remonte au XIème siècle : Artaud, évêque de Maurienne, cède l’église au prieuré Saint-Michel de la Cluse (aujourd’hui en Italie) pour y fonder un monastère bénédictin. Originellement sous le vocable de Notre-Dame de l’Assomption, c’est en 1514 qu’elle prit le vocable de saint Marcel, lors de son élévation au rang de collégiale. Des éléments de l’église antérieurs à cet élément, il reste le superbe portail roman daté du XIIème siècle. En s’en approchant, avant de pénétrer dans l’édifice, on peut constater la finesse de ses sculptures, d’autant plus impressionnantes en considérant les difficultés liées à l’histoire ! L’intérieur de l’édifice montre un édifice néoclassique, très certainement remaniée après la Révolution. On raconte en effet que la plus grande partie de l’édifice date de 1688, avec un remaniement important en 1802.

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La sonnerie est composée de quatre cloches : dans la région, il est fréquent de les voir depuis le bas. Contrairement au sud de la France, elles ne sont pas arrimées à la maçonnerie mais sur un beffroi afin de garantir la stabilité du clocher. La plus grosse cloche, côté nord, est la plus ancienne : elle date du XVIIIème siècle ! C’est une surprise car elle ne figure dans aucun inventaire, alors que d’autres éléments du lieu de culte sont classés ! Ses inscriptions latines nous donnent plusieurs indications : protégeant de la foudre et des tempêtes, elle est sous la protection de saint Marcel, protecteur des lieux. Plus en bas de sa robe, un nom et une date : Jean-Baptiste Chrétiennot, 1733. Ce fondeur est déjà connu : d’origine lorraine, il a sillonné l’actuelle France pour couler des cloches. Il en reste hélas très peu en Pays de Savoie. Les trois autres cloches sont résolument plus modernes : elles ont été fondues en 1955 par la fonderie Paccard d’Annecy-le-Vieux. La raison est simple : la sonnerie ne convenait plus et les cloches étaient fragilisées par le temps. Alors une souscription s’organise : l’engouement est tel que l’argent permet d’électrifier la sonnerie après son installation. Chaque cloche est ainsi nommée, possède un parrain et une marraine, ainsi qu’une « maxime » : la seconde cloche « sonne pour que la lumière du Christ se répande sur le monde », la troisième pour que la « charité du Christ règne entre les hommes » et la petite, enfin, indique cette phrase bien connue « qu’elle pleure ou qu’elle chante, ma voix toujours prie ». Ces quatre cloches sonnent ensemble un agréable motif bien répandu dans les églises parisiennes : elles reprennent en effet les quatre premières notes de la gamme. D’ailleurs, à l’étage d’en dessous, trône encore le clavier de carillon, à l’époque où les cloches étaient mues manuellement. Pour les fêtes, il fallait relier les battants à ce clavier pour y jouer des mélodies.

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg)

Note

1

saint Marcel J.B. Chrétiennot 1733 105,8 700 Sol 3

2

Fernande Elise Paccard 1955 90 450

La 3

3

Ernestine Jeanne Paccard 1955 80,5 325 Si 3
4 Pierrette Bernadette Henriette Marie
Madeleine
Paccard 1955 76,2 275

Do 4

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Mes remerciements à la Municipalité de la Chambre : à son maire, M. Gérard Durieux pour l’aimable autorisation et à M. Robert Piloni, adjoint, pour le chaleureux accueil et son précieux temps. Remerciés soit aussi Claude-Michael Mevs, dit « Quasimodo« , fidèle ami toujours prêt à donner un coup de main et Loris Rabier, passionné du secteur qui gravissait alors son premier clocher !

Sources & Liens :
La Chambre
Mairie de la Chambre
Collégiale de la Chambre
Fonds privés
Clichés personnels

Habère-Lullin – Eglise Saint-Pierre

Habère-Lullin : les Habères. C’est par ce nom que nous décrivons souvent le fond de la Vallée Verte, longtemps ballottée entre les provinces du Chablais et du Faucigny. En effet, le fond de cette vallée possède plusieurs cols de moyenne altitude, donc faciles à franchir. Ils offrent des accès vers des terres chablaisiennes tels que les bords du lac Léman, ou encore la vallée du Brevon. Les Habères, c’est aussi l’histoire de deux familles : la famille de Lullin, qui y construit un château, avant de le vendre quelques siècles plus tard aux Gerbaix de Sonnaz. Quant au nom « Habère » de nombreuses interprétations existent : un abreuvoir, des granges… La pluralité fait aujourd’hui référence à deux villages : Habère-Lullin et Habère-Poche. Il est bon de préciser que jusqu’au XIXème siècle, une seule paroisse existait. Ce n’est qu’en 1841 que Habère-Poche (fond de vallée) s’émancipe, avec une église flambant neuve.
Les Habères remontent au XIIème siècle, alors propriété de la famille de Lullin. Ces terres semblent également être la propriété des moines de l’Abbaye d’Aulps, qui y possèdent alors des « granges ». Le château d’Habère-Lullin, bâti à cette époque, a été vendu à la fin du XVIIème siècle par un descendant de cette famille à la famille Gerbaix de Sonnaz. Ce même château, dont subsistent quelques ruines, a connu une fin tragique. Durant la nuit de Noël 1943, alors que des résistants réveillonnent dans son enceinte, les Allemands font irruption et fusillent 25 d’entre eux. D’autres sont arrêtés (8 seront déportés) et le château est ensuite incendié. En septembre 1944, non loin de là, la revanche eut lieu : une quarantaine d’Allemands sont fusillés par les forces françaises de l’intérieur (FFI).

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L’église Saint-Pierre est citée pour la première fois dans une bulle papale de 1180. Des églises primitives, on ne sait pas grand chose. Mais quelques hypothèses naissent en étudiant l’édifice : une reconstruction autour des années 1400, avec un chœur désaxé de la nef. Sur les plans primitifs, le mur ouest étonnait par son épaisseur : il est probable qu’un clocher peigne, en vogue dans la région sous l’Ancien Régime, se trouvait sûrement là. En 1606, le saint-évêque François de Sales effectue une visite pastorale : il demande que l’Abbé d’Aulps restaure le chœur et les paroissiens la nef. Il est aussi fait mention de cinq chapelles : sainte Agathe, saints Barthélémy, Laurent, Alexis et Notre-Dame de Compassion. En 1634, Jaques Maudry fait un don permettant des travaux généraux dans l’église. Il est possible qu’à cette époque, la baie axiale, aujourd’hui classée, soit obstruée. Nous y reviendrons. En 1714, une sacristie est adossée côté nord de l’édifice. A l’automne 1781, la foudre frappe le clocher : l’église s’embrase ! Très vite, les paroissiens couvrent sacristie et nef avec des planches et demandent à l’archevêque de Chambéry de l’aide : il leur accordera une somme pour reconstruire l’église. Cet incident permet de repenser le sanctuaire : des chapelles sont supprimées et une tribune est crée. La question s’est posée : clocher-porche ou clocher-flèche au dessus du chœur ? La réponse semble aisée après plus de deux siècles, pourtant celui-ci ne sera terminé qu’après la Révolution ! Notons qu’il n’a pas été démoli, car simplement pas achevé lors de la Terreur. Au XIXème siècle la question de reconstruire l’intégralité du bâtiment est posée : finalement, la scission entre « Lullin » et « Poche » eut raison de cette envie et un simple agrandissement de l’édifice eut lieu avec l’ajout d’une travée côté façade. En 1846, pour terminer les travaux, la famille de Sonnaz édifie une chapelle latérale ronde, aujourd’hui chaufferie de l’édifice. Les derniers travaux majeurs sont la création de la sacristie dès 1846, dans l’axe de l’église. Cette dernière, menacée de ruine, a été démolie il y a quelques mois, lançant ainsi des travaux d’envergure pour le sanctuaire, qui lui permettra de regagner de sa superbe : restauration de la couverture, des façades et des abords. La chapelle du Rosaire, actuelle chaufferie, devrait elle aussi retrouver un usage plus spirituel. Tout ceci s’inscrit dans la continuité de la restauration intérieure de l’édifice des années 1990.

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Le clocher est atypique : et sa sonnerie le sera tout autant ! Construit en dessus du chœur, il est entièrement en bois et octogonal. Au pied de celui-ci, dans un recoin, une horloge dite « à cage » est déposée, en attente d’un jour meilleur. Cette horloge d’une autonomie de 30 heures et permettant de sonner chaque quart a été achetée en 1850 par Pierre Forel. Elle était initialement à la tour de l’horloge de la Place du Molard à Genève. Non loin d’elle, un autre mouvement, résolument plus moderne, permettait de sonner les cloches automatiquement, lors des premières années après l’électrification ! Aujourd’hui, les cloches se sonnent avec les dernières technologies : un automate est installé dans l’église, et il se commande même par téléphone portable !
Les cloches -parlons en- sont au nombre de trois… et deux d’entre elles ne sont même pas savoyardes ! Mais c’est ça qui fait tout le charme et l’intérêt de cette sonnerie, inattendue… « Christine », c’est le nom la grosse cloche. Originellement fondue en 1639, elle périt dans l’incendie de 1781. La sonnerie étant anéantie, il est demandé aux fondeurs jurassiens Courpasson et Rognon, ainsi qu’au genevois Jean-Daniel Dreffet de faire une devis pour la fourniture d’une nouvelle sonnerie. C’est ce dernier qui est retenu et qui réalise 3 cloches en 1785. C’est à cette date que la grosse cloche prit son nom, « Christine ». La Révolution et ses tourmentes donnent une confusion autour du sort des cloches : en effet, il est mentionné qu’elles prirent le chemin de la fonte, comme celles des autres clochers, mais pourtant, deux d’entres elles sont encore présentes au début du XIXème siècle. En 1846, MM. François-Simon Barrard et Joseph Bécus, fondeurs de Champigneulles-en-Bassigny (52) refondent Christine et fondent sa petite sœur, nommée « Anna ». On peut volontiers se demander pourquoi ces fondeurs, alors que d’autres exerçaient encore sur Genève, sans parler de la famille Paccard d’Annecy ! Cette dernière à d’ailleurs réalisé deux cloches pour Habère-Poche quelques années auparavant, et des archives de la famille Gerbaix de Sonnaz font mention de correspondances avec Claude Paccard concernant la refonte de la grosse cloche, cassée en 1845. Probablement que la concurrence entre les deux paroisses ne permit pas à ce dernier de remporter le marché. Un siècle après, ses descendants pourront enfin marquer de leur emprunte ce clocher en refondant la cloche de 1785 encore en place. Dédiée à la Vierge, elle ne fait hélas pas mention de son année de fonte. Mais des indices nous aiguillent : l’électrification eut lieu en 1948 et les équipements et décors de la cloche coïncident avec cette date. Cette cloche, en harmonie avec ses grandes sœurs, est un tout petit peu plus petite que l’ancienne : 95cm contre 110cm auparavant. Il est probable que l’ancienne cloche ne donnait pas la tonalité voulue, ou alors qu’elle se soit fêlée avec le temps.

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

Christine Barrard & Bécus 1846 136,1 1’500

Ré ♭ 3

2

Anna Barrard & Bécus 1846 101,5 600 Fa 3
3 Marie Paccard 1948 ? 95 535

La ♭ 3

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Mes remerciements à Mme Marielle Duret et M. Yann Oremus, respectivement maire et adjoint au maire lors de ma visite, pour les autorisations et l’accompagnement au clocher. Je me permets d’avoir une pensée émue pour M. André Duret, aujourd’hui décédé, figure du village, qui m’a conduit dans ce clocher il y a déjà presque 10 ans ! Je remercie également mon ami Claude-Michaël Mevs, dit « Quasimodo« , pour l’aide indispensable !

Sources & Liens :
Habère-Lullin
Mairie d’Habère-Lullin
Eglise Saint-Pierre d’Habère-Lullin
Ecomusée Paysalp : Mémoire Alpine
Informations sur l’horloge : Claude-Michaël Mevs
Me Pascal Krafft, campanologue d’Alsace
Fonds privés
Clichés personnels

Bellevaux – Eglise Notre-Dame-de-l’Assomption

Bellevaux : la « belle vallée ». Tel est le nom de ce village installé dans une vallée creusée par le Brevon, une rivière qui prend sa source sur la commune avant de la sillonner. Du Roc d’Enfer jusqu’au col de Terramont, en passant par le chef-lieu, de multiples hameaux abritent les quelques 1’300 ballavauds. Certains possèdent leur propre chapelle, voire même un lourd passé historique et religieux. On pourrait ainsi citer, par exemple, le Prieuré de Bellevaux et la Chartreuse de Vallon, dont la chapelle, unique vestige, surplombe un lac qui n’existait pas il y a encore un siècle. Il résulte d’une coulée de boue, obstruant le fond de la vallée. C’est ainsi qu’un petit hameau de quelques habitations se retrouve noyé et trois autres ensevelis. Par beau temps, il est d’ailleurs possible de distinguer les murs de ces anciennes fermes. De nombreux sommets entourent cette vallée : on en compte pas moins de cinq au dessus de 1800 mètres ! Le Roc d’Enfer, culminant à 2244 mètres, est le plus haut d’entre eux.
En aval de la plupart des hameaux du village, le centre se dresse autour de la mairie, des écoles, et de l’église. Cette dernière, dédiée à l’Assomption de la Vierge Marie, remonte au XIIème siècle, simultanément à l’installation des bénédictins. Ils construisent alors une chapelle en bois en 1136. Quatre siècles après, le patrimoine religieux est délaissé suite à l’invasion protestante. En 1567, le culte catholique revient dans la vallée, mais les édifices sont en mauvais état. En 1737, l’église s’effondre, et avec elle sa tour du XIVème siècle. En 1740, le nouveau sanctuaire est ouvert, sur l’emplacement de l’ancien. En 1792, la Révolution entre à Bellevaux et l’église est fermée. En 1795 déjà, le curé à l’autorisation de célébrer à nouveau mais Thonon envoie aussitôt l’ordre de raser l’église. Elle ne sera que fermée. En 1808, le clocher est reconstruit, puis la cure, en 1826. A peine achevée, les paroissiens demandent déjà une nouvelle église, car la population s’agrandit. Entre 1826 et 1829, la nouvelle église est construite et tous les paroissiens, âgés de plus de 16 ans, sont sollicités. Durant le chantier, un accident fait cinq morts, dont le syndic de l’époque. On raconte alors que cet événement a empêché la reconstruction d’une nouvelle tour : l’ancienne est alors conservée.

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L’édifice est dans le style néoclassique, en vogue à l’époque, dans des tons chauds. Le chœur arbore des stalles de part et d’autre du retable, où trône au centre la Vierge Marie, patronne de la paroisse. Au dessus des stalles côté sacristie, une curiosité est installée : une « roue à carillons » ! Cet instrument, composé traditionnellement de 12 ou 24 clochettes,  semble être d’origine bretonne et était jadis utilisée pour des moments joyeux de la paroisse (baptêmes et mariages) ou aussi en faveur de la maladie : après avoir prononcé un vœu de guérison, le fidèle venait l’actionner. Malheureusement, on ne peut confirmer si l’usage de cette roue était semblable ici, car elles se font plutôt rare dans la région. A titre personnel, c’est la première fois que j’en rencontre une ! L’église de Bellevaux rend également hommage à l’un des enfants du village : Mgr Pierre-Joseph Rey. Ordonné prêtre pendant la période révolutionnaire, il a été évêque d’Annecy entre 1832 et 1842. Son blason épiscopal est dessiné au pied du retable et son portrait figure également dans l’entrée latérale de l’église, avec une plaque commémorative. Mais il faut bien ouvrir les yeux, pour encore chercher son nom… ! Au pied du clocher, partie la plus ancienne de l’édifice, se trouve le baptistère. Le sanctuaire ballavaud a été restauré en plusieurs étapes au cours du XXème siècle : le chauffage en installé en 1967 et l’intérieur de l’église est restauré deux ans plus tard. En 1977, c’est au tour de l’extérieur : clocher, toiture et façades. Enfin, en 1999, le sol est entièrement refait.

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Qui se douterait que ce clocher, dont seule la flèche finale dépasse la toiture, contient une imposante sonnerie de six cloches ? Fondues en 1956 par la fonderie Paccard, cette oeuvre imposante est le fruit du travail d’un homme : l’abbé François Dupanloup. Mais cette sonnerie à une histoire. Il n’y a aucun doutes que des cloches sont en place depuis fort longtemps. La chute du clocher de 1737 a sûrement mis à mal la sonnerie de l’époque, ou presque ! En effet, une cloche fondue en 1725 a été réinstallée lors sa reconstruction. Fondue par deux lorrains : Jean-Baptiste Durand et Nicolas Boulanger, elle survécut également à la Révolution Française !  En 1837, elle sera rejointe par trois cloches signées des frères Paccard : deux d’entre elles ont été offertes par… Mgr Rey ! La petite, enfin, était dédiée à la Vierge Marie. Etait… Car ces 4 cloches (avec celle de 1725) ne sont plus. Les archives font état, en 1909, de « réparations » sur la sonnerie : probablement une révision des équipements. Mais il semblerait que dans les années 1950, son « harmonie » ne convienne plus aux oreilles des ballavauds. L’abbé Dupanloup se lance alors dans un projet qui, initialement, comporte une sonnerie neuve de quatre cloches. Mais l’embellie autour de ce projet fut telle que la confrérie du Saint Sacrement finance une cloche supplémentaire et les fonds permettent également d’agrandir la sonnerie avec une sixième cloche ! De l’ancienne sonnerie, il reste heureusement les inscriptions des anciennes cloches sur les cloches 2, 4, 5 et 6, retranscrites à l’identique. Sur deux d’entre elles, on trouvera encore le nom de Mgr Rey, en tant que bienfaiteur ! Pour les nouvelles inscriptions, chaque cloche à ses parrains et marraines. Pour la plus grande, ce sont les religieux et religieuses de Bellevaux. Suivent ensuite : les chantres et chanteuses de la chorale (cloche 2), les confrères du saint Sacrement (cloche 3), l’action catholique (cloche 4), la jeunesse agricole catholique (cloche 5) et les enfants (cloche 6).

Nom Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Marie Françoise Alphonsine Jeanne 127 1’250 Mi ♭ 3
2 Marie Cécile 115 950 Fa 3
3 Marie Juliette Marguerite 102 650 Sol 3
4 Marie Clothilde 95 530 La ♭ 3
5 Marie Louise Thérèse 84,5 380 Si ♭ 3
6 Marie Agnès Dominique 76 270 Do 4
Faites à Annecy-le-Vieux en 1956 – Fonderie Paccard

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Mes remerciements nourris à la municipalité de Bellevaux, sous le mandat de M. Jean-Louis Vuagnoux, maire, pour les autorisations. Je remercie également M. Bernard Vuagnoux, responsable des services techniques, pour l’organisation du rendez-vous et à M. Odette Monet, sacristine, pour l’ouverture du clocher. Je remercie également mon ami Claude-Michael Mevs dit « Quasimodo« , pour son aide et son amitié !

Sources & liens :
Bellevaux
Mairie de Bellevaux
Eglise de Bellevaux
Paroisse Notre-Dame-des-Hermones
Carte postale « Souvenir de bénédiction », 15 avril 1956
Fonds privés
Clichés personnels

Saint-Sixt – Eglise Saint-Sixte-II

Dans la vallée de l’Arve et sur les contreforts du plateau des Bornes se trouve le village de Saint-Sixt. Ce village d’un millier d’âmes a connu une expansion à partir des années 1960, probablement en raison de la position du village orienté vers la Suisse. De nombreux ruisseaux le traversent : ils prennent tous leur source sur les flancs de la montagne de Sur Cou, qui domine la commune. Ils rejoignent tous en aval la rivière Foron.

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Saint-Sixt peut faire référence aux saints Sixte I ou Sixte II. Ils figurent parmi les premiers papes de la chrétienté. D’ailleurs, l’église porte actuellement le vocable de saint Sixte II, représenté avec une bourse dans les mains. La légende raconte qu’il a donné à l’un de ses diacres, saint Laurent. D’ailleurs, le nom de ce dernier a été donné à la paroisse voisine ! Malgré cette curiosité, l’origine du nom viendrait de la famille noble de Sancy d’Reposittorio, bienfaiteurs de la Chartreuse du Reposoir, fondée par le Bienheureux Jean d’Espagne au XIIème siècle. Cette famille noble choisit les terres de la future commune de Saint-Sixt au XIIIème siècle. Un siècle plus tard, le château est construit. Il porte aujord’hui le nom de Château d’Anthonioz, faisant référence à la famille qui a succédé aux Saint-Sixt, nom francisé de Sancy. Au XIXème siècle, le château est restauré par Léon Maréchal, avocat général à la Cour d’Appel de Chambéry. Aujourd’hui dans le domaine privé, il reçoit volontiers des réceptions tels que des mariages.

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L’église de Saint-Sixt est comparable à une petite chapelle de hameau. Et pour cause, la paroisse ne comptait que 200 habitants jusque dans les années 1960. Mais l’histoire de ce bâtiment est bien plus ancien : lorsqu’au XIIIème siècle le château est construit, c’est au pied d’une tour de garde qu’un oratoire est installé. En 1379, la chapelle est édifiée attenante à cette tour par Jean de Saint-Sixt : la chapelle est née, sous la protection de Notre-Dame. Au XVIème siècle, le sanctuaire est agrandi par Pierre de la Saint-Sixt et consacré en tant qu’église sous le vocable de saint Maurice. Au XVIIIème siècle, plusieurs travaux sont entrepris : construction d’une sacristie, agrandissements de fenêtres ou encore surélévation des murs soutenus par des contreforts. Un siècle plus tard, l’église est à nouveau remaniée : modification de la toiture pour y créer un clocher dans les années 1850 et remaniement de l’intérieur de l’église. Un nouveau siècle défile, et les peintures intérieures sont restaurées dans les années 1940. Dans les années 1980, c’est au tour de l’extérieur d’être rafraîchi. On constate d’ailleurs autour de monument, proche du château, que le cimetière l’entoure encore, figeant presque le temps.

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Le clocheton en bois, supporte donc deux cloches. Fondues en 1857 à Annecy-le-Vieux, elles se dressent donc au sommet de la longue liste des cloches faites au pied de la colline ancilévienne. Rappelons qu’entre 1854 et 1857, la famille Paccard quitte Quintal pour se rapprocher de la nouvelle gare d’Annecy, avant un autre déménagement vers Sévrier en 1989. Si les deux cloches sont de dimensions modestes, la fameuse liste comprend des cloches notables comme la Savoyarde ou encore l’ancienne Jeanne d’Arc de Rouen, frôlant toutes deux les 20 tonnes ! Si la plus petite cloche possède ses inscriptions en relief, la plus grande comprend des écritures gravées, rajoutées après la coulée. Elles mentionnent uniquement les parrains et marraines, ainsi que la « commune de St-Sixt ». En sacristie, le boîtier de commande rappelle que l’électrification a été faite en mémoire de Didier Pernet et par une quête lors de la fête du village. Dès lors, c’est lui qui permet aux cloches de sonner chaque demi-heure et les angélus. Pour les célébrations, la paroisse n’hésite pas à lancer les cloches : la grande pour les messes, et les deux cloches aux sépultures.

Diamètre (cm) Masse (kg)

Note

1

72,3 ~220 Do 4
2 58,5 ~110

Mi ♭ 4

Faite(s) à Annecy-le-Vieux l’an 1857 par les frères Paccard

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Mes remerciements à la municipalité sous le mandat de M. Jean-Claude Harmand, maire. Je remercie également le secrétariat de mairie pour la bonne organisation du rendez-vous et à M. Jean-Pierre Boire, sacristain, pour l’ouverture de la sacristie.

Sources & Liens :
Saint-Sixt
Mairie de Saint-Sixt
Fonds privés
Relevé personnel
Clichés personnels

Vétraz-Monthoux – Eglise Saints-Pierre-et-Paul

Vétraz-Monthoux se situe en territoire frontalier, proche de Genève. La commune, forte de presque 9000 habitants, est limitrophe d’Annemasse. La commune s’organise autour d’une colline qui offre une vue unique sur les Alpes et le Jura avec un bel ensoleillement. Vétraz-Monthoux est réparti en trois zones : le chef-lieu, sur sa partie sud, Haut-Monthoux (sommet de la colline) et Bas-Monthoux, au nord. 

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Vétraz-Monthoux résulte de la fusion de deux paroisses : celle de Vétraz et celle de Monthoux. Alors que Vétraz serait un dérivé de « Victorius », le nom de Monthoux est hérité d’une place forte citée au XIIème siècle déjà. Le château passa entre les mains des plus grandes familles de l’époque : les seigneurs de Faucigny, les familles de Viry, Goyet ou encore du Saix. L’histoire de Monthoux et de ses terres est fort complexe : évidemment, les différentes guerres mettent à mal l’autorité des lieux. La Révolution mettra fin à la seigneurie de Monthoux. Quant à Vétraz, peu de choses sont contés à propos de l’Ancien Régime, si ce n’est que la paroisse dépendait du chapitre de la cathédrale de Genève. Au Concordat, les paroisses de Vétraz et de Monthoux fusionnent. D’ailleurs, ces fusions ne sont pas rares dans le secteur et cela crée quelques débats. Une nouvelle chapelle a été reconstruite au sommet de la colline de Monthoux est demeure la garante de cette paroisse disparue. Elle est dédiée à la Nativité de Notre-Dame. En 1957, une petite église moderne dédiée à sainte Thérèse est construite au nord de la commune, au cœur du hameau de Bas-Monthoux. Ce lieu de culte sera démoli en 2018 en raison d’une faible activité religieuse. Aujourd’hui, l’église de Vétraz fait partie de la paroisse Saint-Benoit-des-Nations qui comprend les églises Saint-Joseph et Saint-André d’Annemasse ainsi que la chapelle du Livron.

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C’est en 1282 que le chapitre racheta la possession de Vétraz aux nobles Dardel d’Arthaz. Après la réunification, il est décidé de reconstruire l’église paroissiale au même emplacement que l’ancienne et avec le même vocable. Elle sera donc en travaux deux ans : de mai 1826 à mai 1828. Elle sera consacrée le 27 mai 1828 par Mgr de Tholliaz, premier évêque d’Annecy, diocèse remodelé en 1822. La chapelle latérale de l’église était propriété de la famille de Boringes. Elle a été conservée lors de cette reconstruction. La paroisse possède des reliques de saint Albin, évêque d’Angers. L’autel latéral droit se souvient de cet important pèlerinage, arrêté en 1964. Les vitraux ont été installé en 1933 et sont signés Bessac (Grenoble). En 1971, l’intérieur de l’église est restauré. En 1983, c’est au tour du clocher, puis du toit en 1992 : les tuiles sont remplacées par des ardoises. En 2017/2018, l’intérieur de l’église est à nouveau restauré, ainsi que les façades et tous les abords : réaménagement du parvis et création d’un grand parking entre le cimetière et l’église.

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Le clocher en bois s’élance au dessus de la charpente de l’église. A l’intérieur de celui-ci, le beffroi prend ses assises directement au dessus des voûtes. Une échelle en bois le traverse pour se rendre au niveau des cloches. D’ailleurs, le beffroi se stoppe net pour laisser place à une maigre charpente en acier, probablement installée lors de l’électrification en 1960. Elle repose directement sur la base du beffroi en bois, et ainsi il continue son rôle d’encaisser les mouvements des cloches à la volée. D’ailleurs, ce n’est pas la seule modification apportée à la sonnerie : la grande cloche a été équipée d’un joug cintré en fonte au début du XXème siècle, probablement lors de la refonte de la petite cloche en 1928. Cette dernière, nommée « Andrée », rend hommage aux paroissiens « Morts pour la France » entre 1914 et 1918. Chaque nom y est inscrit. La plus grande est contemporaine à la reconstruction de l’église car elle date de 1833. Elle a été livrée par les frères Claude et Jean-Pierre Paccard, représentants de la seconde génération des célèbres fondeurs. Elle reprend un extrait du psaume 150 en latin « Louez le Seigneur par les cymbales sonores, louez-le par les cymbales triomphantes ! ».

Nom

Fondeur(s)

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

inc.

Claude & Jean-Pierre Paccard

1833

96.7

535

Sol ♯ 3

2

Andrée

Les fils de G. Paccard

1928

79.6

300

Si 3

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Mes remerciements à la Municipalité de Vétraz-Monthoux : Mme Michelle Amoudruz, maire ; M. Guy Pernat, 7ème adjoint au Maire. Je remercie également M. Lafontaine, des services techniques, pour l’accueil et l’accès au clocher. 

Sources & Liens :
Vétraz-Monthoux
Mairie de Vétraz-Monthoux
Paroisse Saint-Benoît-des-Nations
Eglise de Vétraz-Monthoux
Fonds privés
Relevé sur place
Clichés personnels

Bonneville – Eglise Sainte Catherine

Une sous-préfecture de la Haute-Savoie…
Bonneville, c’est l’addition de trois communes qui ont fusionné durant les années 1960 : Bonneville, la Cote-d’Hyot et Pontchy. Avec ses 12’700 habitants, Bonneville est une des trois sous-préfectures de Haute-Savoie. La ville est installée à la confluence de l’Arve et du Borne, qui descend du massif des Aravis. Bonneville est en effet installée au cœur de la Vallée de l’Arve, au centre des principales routes permettant de sillonner le département.
Bonneville possède une riche histoire : Au XIIIème siècle, la famille de Savoie souhaite y déposer ses valises en construisant sur la colline un château. La famille de Faucigny, seigneurs locaux et membres de la famille de Savoie, en fera très vite sa résidence. Notons que Bonneville est à un jet de pierre du Prieuré de Contamine, leur nécropole initiale. Ce château qui est détruit maintes fois (incendies, guerres locales…) deviendra une prison au XVIIIème siècle. Dernièrement, il a fait l’objet d’une grande restauration pour continuer à figurer au centre de la cité.

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Une commune expansive…
Son histoire et sa position donne à Bonneville une place de choix dans le département : de nombreuses instances s’y installeront comme un tribunal. Sa desserte est également facilitée par une voie ferrée et une autoroute. De plus, de nombreux axes nécessitent la traversée ou le contournement de la localité. Ainsi, au XXème siècle, la commune se développe tellement que deux villages se retrouvent partie intégrante de Bonneville. L’une d’entre elles, Pontchy, était initialement qu’un petit village installé de l’autre côté de l’Arve et à plus d’un kilomètre du centre historique de Bonneville. Quant à la Côte-d’Hyot, la paroisse a été ballottée avec Contamine-sur-Arve au cours du XIXème siècle, avec une volonté d’indépendance. Aujourd’hui, ce quartier éloigné ne possède qu’une chapelle en guise de sanctuaire.

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Un bourg… deux églises !
L’église Sainte-Catherine de Bonneville se dresse fièrement derrière le château. Pourtant, cela n’a pas été la seule église de Bonneville, communes annexées exclues. En effet, il existait aussi l’église Saint-Etienne. Malheureusement, je n’ai aucune information à donner en plus de sa dédicace. En effet, l’église a été rendue à la vie civile et existerait toujours. Mais même en prêtant attention aux bâtiments bonnevillois, je n’ai rien réussi à distinguer d’une propriété privée avec des reliques d’un passé religieux. Quoi qu’il en soit l’église Sainte-Catherine est aujourd’hui l’une des plus grandes églises du diocèse. Elle est au cœur du groupement paroissial « l’Epiphanie entre Arve et Borne ». Cette église a été construite entre 1838 et 1844 dans un style néoclassique, en vogue pour l’époque. En effet, l’ancien lieu de culte édifié entre 1262 et 1263 devenait délabré et il était mal accepté d’admettre que Bonneville, un chef-lieu, ait une église moins présentable que celle d’un village. Pourtant, le sanctuaire autrefois décrit comme une simple nef entouré de chapelles a été remanié au XVIIIème siècle pour prendre la forme d’une croix latine. Le projet de nouvel édifice prévoit alors une grande église à trois nefs. Son clocher était initialement prévu au dessus de la façade, au centre. Mais un an après le début de la construction de l’église, il a été décidé de déconstruire ses fondations, sur avis de l’architecte Ruphy. En effet, le projet rendait difficile l’accès à la nef au niveau du porche. Il a donc été proposé de l’élever derrière le chœur puis au prolongement des sacristies, pour éviter d’obstruer une des fenêtres du chœur. Mais finalement, les coûts s’avèrent trop onéreux et aucun clocher ne sera construit pour la nouvelle église. Pourtant, elle sera bel et bien consacré l’année 1845, soit un an après son ouverture et la mise au banc de l’ancienne église.

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Du provisoire… qui dure !
En 1862, la vielle église est toujours debout, car le clocher continu d’être utilisé. Pourtant, la nouvelle gendarmerie doit être construite à cet emplacement. Un projet de clocher définitif est à nouveau lancé… mais, bien que financé, le projet sera refusé : le clocher n’est pas dans le style de l’église. On peut volontiers imaginer une tour néogothique, style en vogue après l’annexion de la Savoie à la France. Alors on décide de faire un beffroi provisoire proche des deux églises (l’ancienne et la nouvelle étant voisines). Et ce provisoire à duré… 70 ans ! On peut même aller bien plus loin : le clocher est encore débout ! C’est une tour de quelques mètres de haut : 4 murs de pierres, prolongés par un beffroi entouré d’abats son en bois, avec un modeste toit. Il se trouve juste à gauche de l’église, côté château.
Un siècle plus tard, l’abbé Cadoux, curé de Bonneville et chanoine du chapitre annécien, relance le débat d’une nouvelle tour. Il organise une souscription et le 28 janvier 1932, le conseil municipal accepte les travaux, aussi bien l’emplacement que les plans et confie le suivi du chantier au curé. Pour élever la tour sur le côté gauche de la façade, il faut ajouter deux pilastres sur la façade et sur le côté. Le choix du matériau colle a l’époque : le clocher est en béton. Certains disent que dans les rêves les plus fous de l’époque, une seconde tour aurait été prévue sur le côté droit. Mais cette hypothèse est sûrement le fruit de l’imaginaire, les protagonistes ne pouvant plus s’exprimer. Il est vrai que notre conscient est habitué à la symétrie : alors oui, il est naturel de penser qu’une seconde tour harmoniserait l’ensemble !

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Une sonnerie incomplète…
En arrivent au premier étage du clocher, à la hauteur de la charpente de l’église, un premier détail frappe : une cloche est posée là, entourée d’un système sophistiqué gérant les antennes relais installées plus haut. Elle semble presque faire tâche, alors qu’elle est tout à fait à sa place ! A l’étage supérieur, lorsque l’on pousse la dernière trappe, un second détail marque : le beffroi est conçu de manière atypique : les quatre cloches se partagent une travée sur deux étages, côté parvis. Au centre de la tour, une grande travée… vide ! Elle donne sur un oculus dimensionné pour laisser passer une grosse cloche. Tout laisse donc à penser qu’une grosse cloche était prévue : la travée mesure environ 180cm. La ligne nominale des quatre cloches présente donne encore plus d’indications : le thème choisi est appelé « Parsifal » (mi, sol, la et do aigu). Lorsque les quatre cloches sonnent, on s’attend en effet à une plus grosse cloche en do, qui mesurerait 150cm de diamètre. Tout concorde ! A défaut d’un second clocher, il était très certainement prévu une grosse cloche !
D’ailleurs, 3 des 4 cloches sont légèrement postérieures à la nouvelle tour : la plus petite cloche a été réalisée en 1934 et les cloches 1 et 3 portent la date de 1937. Mais toute mon attention se porte sur la cloche 2 de l’ensemble : elle porte la date de 1702 et la griffe de « Pierre-Louis Huard ». Ce fondeur, natif d’Epinal, a migré en Savoie. D’autres membres de sa famille se sont exprimés dans la Drôme ou sur Grenoble. C’est la première cloche que je découvre de ce fondeur. Nul doutes qu’elle a été dans le clocher provisoire. Mais ce n’est pas la cloche la plus ancienne du clocher ! En effet, la cloche déposée un étage en dessous date de… 1695 ! De dimensions fort modestes, elle porte entre autres comme inscription (en latin) : « Saint Etienne priez pour nous ». Il y a fort à parier que c’est une relique de l’autre église paroissiale de Bonneville, dédiée à saint Etienne.

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Marie Louise Augusta Les fils de G. Paccard 1937 120,3 1’050

Mi 3

2

Maria Gaspara Angelica Pierre Louis Huard 1702 99,8 620 Sol 3
3 Jeanne de Chantal Les fils de G. Paccard 1937 89,3 450

La 3

4

Marie Catherine Anthelmette Les fils de G. Paccard 1934 74,5 251 Do 4
5 St Etienne inconnu 1695 ~53 xx

xx

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Mes remerciements à la municipalité de Bonneville, sous le mandat de M. Stéphane Vailli, maire, pour son autorisation. Je remercie M. Yves Guiraud, en charge de l’entretien des bâtiments, pour sa confiance et son accompagnement. Je remercie également le père Charles Bouvard, curé-modérateur de la paroisse de l’Epiphanie entre Arve et Borne, pour l’autorisation de sonner les cloches.

Sources & Liens : 
Bonneville
Mairie de Bonneville
Paroisse de l’Epiphanie entre Arve et Borne
« Bonneville : l’étonnante histoire du clocher de l’église« , Géraldine Périllat, Le Petit Colporteur n°18, p.17
Me Pascal Krafft, campanologue à Ferette (68)
Clichés personnels
Fonds privés
Relevé personnel

Bonneville – Eglise Saint-Martin (Pontchy)

Une sous-préfecture de la Haute-Savoie…
Bonneville, c’est l’addition de trois communes qui ont fusionné durant les années 1960 : Bonneville, la Cote-d’Hyot et Pontchy. Avec ses 12’700 habitants, Bonneville est une des trois sous-préfectures de Haute-Savoie. La ville est installée à la confluence de l’Arve et du Borne, qui descend du massif des Aravis. Bonneville est en effet installée au cœur de la Vallée de l’Arve, au centre des principales routes permettant de sillonner le département.
Bonneville possède une riche histoire : Au XIIIème siècle, la famille de Savoie souhaite y déposer ses valises en construisant sur la colline un château. La famille de Faucigny, seigneurs locaux et membres de la famille de Savoie, en fera très vite sa résidence. Notons que Bonneville est à un jet de pierre du Prieuré de Contamine, leur nécropole initiale. Ce château qui est détruit maintes fois (incendies, guerres locales…) deviendra une prison au XVIIIème siècle. Dernièrement, il a fait l’objet d’une grande restauration pour continuer à figurer au centre de la cité. 

La commune de Bonneville, en direction de l’amont

Une commune expansive…
Son histoire et sa position donne à Bonneville une place de choix dans le département : de nombreuses instances s’y installeront comme un tribunal. Sa desserte est également facilitée par une voie ferrée et une autoroute. De plus, de nombreux axes nécessitent la traversée ou le contournement de la localité. Ainsi, au XXème siècle, la commune se développe tellement que deux villages se retrouvent partie intégrante de Bonneville. L’une d’entre elles, Pontchy, était initialement qu’un petit village installé de l’autre côté de l’Arve et à plus d’un kilomètre du centre historique de Bonneville. Organisé autour de son église dédiée à saint Martin de Tours, on peut encore trouver son école et son cimetière, toujours utilisés, preuve supplémentaires de son passé autonome.

Pontchy, avec Bonneville et le Môle

Une église ancienne…
Le patronage de saint Martin, évêque de Tours au IVème siècle, démontre une certaine ancienneté de cette paroisse. L’église actuelle possède un chœur gothique remontant au XVème siècle. Sa nef triple, quant à elle, a été fortement remaniée au XIXème siècle. A l’extérieur l’édifice donne l’allure d’une église halle, avec en façade deux statues : saint Martin et saint Blaise, ce dernier étant lui aussi patron de la paroisse. Elles ont été installées en 2004. Elles sont à l’ombre d’un clocher en bois, partie intégrante de la couverture de cette église. A l’intérieur, une restauration récente a dépouillé l’église de sa peinture au profit des jeux des pierres des murs et leur empilement esthétique.

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Deux cloches bicentenaires…
Au cours de mes périples, je vous ai souvent relaté des affaires de famille : c’est en effet le cas avec la dynastie Paccard (bientôt huit générations) mais aussi pour des fondeurs qui se passaient le savoir de père en fils, ou d’oncle à neveu… Nous avons ici deux cloches estampillées « François Dreffet fils, maître fondeur et pompier à Genève, 1813 ». Jean-François (ou François) Dreffet est en effet le fils de Jean-Daniel Dreffet, fondeur établi à Genève entre les années 1780 et 1826, année de sa mort. Excepté quelques cloches signées « Dreffet Frères », nous savions que Barthélémy, frère de Jean-François, a réalisé de nombreuses cloches en compagnie de son père Jean-Daniel. C’est donc ici un cas plutôt rare. Jean-François Dreffet s’est illustré dans les pompes à incendie, jugées de grande qualité. Mais il n’en reste hélas plus beaucoup aujourd’hui. Une seule est signalée à Avenches (CH-VD), réalisée en 1808.
Les deux cloches sont dédiées à saint Martin et à saint Blaise, patrons de la paroisse. Elles citent comme parrains et marraines des personnes issues des familles nobles : familles de la Fléchère, de Buttet et de Saint-Amour. Ils demeurent tous à Bonneville. Curiosité de l’époque, la cloche cite le nom du maire, M. Trébilliod et du recteur… un certain Rd Paccard ! Il faut en effet noter que ce patronyme est plutôt courant dans la région, surtout sur le pourtour du lac d’Annecy et au pied du Mont-Blanc.
Les deux cloches ont été électrifiées en 1950. La grande cloche a récemment été tournée d’un quart de tour en raison de son usure. Ses anciens équipements demeurent au pied de la petite cloche : son joug d’origine et son battant, témoins d’une autre époque..

Nom

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

saint Martin

89,3

450

Si ♭ 3

2

saint Blaise

64,8

170

Mi ♭ 4

Faite par François Dreffet fils maître fondeur et pompier à Genève 1813

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Mes remerciements à la municipalité de Bonneville, sous le mandat de M. Stéphane Vailli, maire, pour son autorisation. Je remercie M. Yves Guiraud, en charge de l’entretien des bâtiments, pour sa confiance et son accompagnement. Je remercie également le père Charles Bouvard, curé-modérateur de la paroisse de l’Epiphanie entre Arve et Borne, pour l’autorisation de sonner les cloches.

Sources & Liens : 
Bonneville
Mairie de Bonneville
Paroisse de l’Epiphanie entre Arve et Borne
Clichés personnels
Fonds privés
Relevé personnel

Bourg-Saint-Pierre – Hospice du Grand-Saint-Bernard

Un haut lieu à la frontière helvético-italienne…
Que ce soit spirituel ou géographique, le terme de « haut lieu » est de loin pas usurpé ! C’est précisément à 2’473 mètres d’altitude que se trouve la sonnerie que nous allons vous faire découvrir ! Mais c’est aussi et surtout un lieu chargé d’histoire qui vous attend. Il se situe à la frontière entre l’Italie et la Suisse, plus précisément dans le canton du Valais. Sur ce col naît la Dranse d’Entremont, rivière qui rejoindra le Rhône en passant par la retenue d’eau des Toules. Elle a creusé une vallée qui représente presque 2000 mètres de dénivelé !

Un passage historique et dangereux à la fois…
On relate que le nom de « Mont-Joux » remonterait à l’époque romaine. Un temple dédiée à Jupiter y était installé et une voie romaine empruntait déjà le col. Plus tard, au pied de celui-ci, un premier monastère a été établi et s’appelait « Saint Pierre de Montjoux ». Cité pour la première fois au IXème siècle, on ignore hélas sa fondation. Le siècle suivant, le monastère est occupé et détruit par les Sarrasins. Le lieu était réputé : de nombreux pèlerins, des personnalités et des reliques le franchissaient. Mais cette réputation l’a rendu dangereux et de nombreux voyageurs en revenaient dépouillés et terrorisés.
C’est en 1050 qu’un certain Bernard de Menthon entre dans l’histoire du lieu. La tradition le fait naître à Menthon, au bord du lac d’Annecy, vers 1020. Celui qui est alors archidiacre d’Aoste obtient la permission de son évêque de rendre le col plus sûr. On dit qu’il est lui-même monté pour détruire les anciennes construction païennes et chasser le diable ! Il y fonde donc un hospice qui vient remplacer l’ancien monastère et lui confie ses anciennes possessions. Il place celui-ci sous la protection de saint Nicolas de Myre. La date précise de cette fondation est incertaine, mais c’est en 1125 que l’Hospice et son église sont mentionnés pour la première fois. Aujourd’hui, une communauté de chanoines est encore présente dans cet immense hospice. Elle a la charge de prier mais aussi d’accueillir les pèlerins de passage, le temps d’une nuit. Ils sont aujourd’hui une trentaine et placés sous la juridiction d’un Prévôt, élu par ses pairs. Ce dernier à le rang de prélat mais demeure sous la juridiction de l’évêque de Sion. D’ailleurs, le col est intégralement en Suisse : la frontière ne tranverse pas le col en son centre. La raison est historique : dès sa fondation, l’hospice a été placé sous la juridiction des évêques valaisans.

Un clocher disparu…
Au regard des bâtiments, on peut se poser une question légitime : où se trouve le clocher ? Une question que je me suis moi-même posé. Mais avant, il y en a eu d’autres : ont-ils (eu) des cloches ?
Avant de répondre à ces questions (vous devez déjà la deviner), il convient de parler des bâtiments. Initialement, seules quelques petites bicoques faisaient office d’hospice, à une période ou seul notre corps permettait de chauffer une pièce. Par la suite, nous ne pouvons pas donner avec aisance une évolution précise des lieux, compte tenu de l’importance des bâtiments actuels. Nous savons qu’au XIIIème siècle, un premier sanctuaire est bâti et au XVème siècle, on y superpose une église plus grande. Elle prend la forme actuelle lors d’une grande restauration, en 1686. D’ailleurs, en 1823, le bâtiment entier est surélevé d’un étage par l’architecte lausannois Perregaux, preuve d’un besoin d’accueillir plus de lits. Il faut dire que 23 ans plutôt, Napoléon Bonaparte fait une halte avec, dit-on,  40’000 hommes et 5’000 chevaux. Il a d’ailleurs été impressionné par l’accueil de la Communauté. La qualité de cet accueil est d’ailleurs garanti pour tout à chacun. En 1893, la construction de la route en bitume accroît d’avantage l’affluence des pèlerins et des visiteurs. Les chanoines font alors construire un second bâtiment, juste de l’autre côté de la route. En 1925, cette extension deviendra un hôtel. En effet, la communauté ne peut pas accueillir et loger gratuitement tout le monde et les pèlerins « motorisés » doivent désormais résider à l’hôtel. En 1964, un tunnel est creusé sous l’Hospice afin de pouvoir franchir le col en période hivernale. Les chanoines ont donc remis en question leur présence au col. Mais les pèlerins restent nombreux à venir les visiter. Les curieux osent également profiter de randonnées autour de ce lieu, d’un musée sur l’Hospice mais aussi sur la célèbre race de chiens « Saint-Bernard », née par la volonté des chanoines. L’Hospice historique offre également un patrimoine remarquable avec son église conventuelle à cette altitude ! Durant les années 1980, une restauration de l’Hospice a eu lieu et toutes les couvertures ont été reprises. A ce moment là ce qu’il restait du clocher a été diminué pour figurer sous les toits de l’Hospice.

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Un total de six cloches à la corde…
Ce sont donc au total six cloches qui sont dissimulées à 2500 mètres d’altitude : elles viennent de plusieurs horizons. En 1726, deux chanoines visitent le beffroi et font mention de quatre cloches mal conditionnées. La plus grande pesant 16 quintaux portait la date de 1482. La seconde, datée de 1571, était fêlée depuis 40 ans. La troisième cloche était encore en état mais trop usée à ses points de frappe. Sa date était inconnue. Enfin, la plus petite, fondue en 1569 par François Sermond (Franz Sermund), était « belle et bonne ». Il a alors été décidé de tout refaire à neuf ! L’année suivante, les fondeurs lorrains Nicolas Boulanger et Jean-Baptiste Durand sont à Liddes pour fondre 4 cloches. Les chanoines profitent de leur présence pour passer un contrat avec eux. Au début du mois de septembre 1728, les deux fondeurs, accompagné du neveu de Jean-Baptiste Durand, Alexis, sont à l’Hospice. Après avoir cassé, fin août, les anciennes cloches et créé les moules des nouvelles, l’opération spectaculaire à lieu… à 2500 mètres d’altitude ! Pour être exact, une cinquième cloche a été coulée simultanément pour l’église de Saint-Rhémy, côté italien. Les fondeurs lorrains ont ainsi fait honneur à leur région d’excellence en réussissant à fondre à une telle hauteur un ensemble campanaire complet. Pourtant l’enjeu était de taille : la coulée eut lieu tôt le matin, alors que l’humidité et les basses températures jouaient en défaveur de la qualité. Les membres de la communauté avaient accentué les prières les jours précédents et avaient béni en grande pompe le métal. Quelques jours après l’événement, les cloches sont déterrées avant de rejoindre leur nid, fin octobre 1728. Elles ont été rejointes par une cinquième cloche, fondue à Liddes durant le mois de septembre, avec le bronze en surplus. L’année suivante, l’évêque de Sion, Mgr Supersaxod, bénit avec faste le nouvel ensemble campanaire. Il était accompagné de la communauté et de nombreux prélats. En 1734, Jean-Baptiste et Alexis Durand reviennent en terres valaisannes et réalisent une cloche supplémentaire pour l’Hospice. Les récents travaux de la charpente des Hospices l’ont (provisoirement, on l’espère) réduite au silence et elle se trouve déposée dans les combles. Ces fondeurs ont en effet sillonnés les vallées Alpines pour y fondre de nombreuses cloches. En effet, nous étions à une époque ou les fondeurs étaient « itinérants » et se déplaçaient de clocher en clocher. Aujourd’hui, il ne reste que trois des six cloches fondues au XVIIIe siècle : 2 de 1728 et une de 1734. En 1924, la seconde cloche est remplacée par une cloche italienne fondue par Achille Mazolla de Valduggia (Piémont) en Italie. L’horizon campanaire s’étendra encore en 1955 avec une cloche fondue aux ateliers Paccard d’Annecy (France), à quelques kilomètres du village natal de saint Bernard. Après un clin d’œil géographique nous avons a présent un clin d’œil historique. Mais l’hospice étant sur le territoire Suisse, nous constaterons volontiers l’absence d’un airain helvète : c’est sans compter sur la cloche conventuelle ! Elle a été fondue en 1897 par Charles Arnoux, établi dans le canton de Fribourg. Bien que de dimensions modestes c’est elle que les chanoines actionnent plusieurs fois par jour : offices, repas, et messes dans la crypte. Les grandes cloches sont également actionnées à la corde mais plus rarement : lors des fêtes, lorsque les offices et messes sont célébrées dans la grande église conventuelle.

Nom Fondeurs(s) Année Masse (kg)

Note

1

Notre-Dame de l’Assomption N Boulanger, JB & A Durand 1728 ~800 Fa♯ 3
2 Saint Bernard A Mazolla 1924 ~500

Sol♯ 3

3

Saint Augustin Paccard 1955 ~350 La♯ 3
4 Saint Nicolas N Boulanger, JB & A Durand 1728 ~300

Si 3

5

xx JB & A Durand 1734 xx xx
6 C Arnoux 1897 ~50

Do 5

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Mes remerciements pour cet accès au clocher de l’Hospice à toute la Communauté : Mgr Jean-Michel Girard, prévôt ; le Révérend chanoine Jean-Michel Lonfat, prieur ; le chanoine Raphaël Duchoud, membre de la communauté en charge de l’accueil ; le chanoine Jean-Pierre Voutaz, historien et archiviste de la Communauté. Remerciés soient également mes amis Claude-Michaël Mevs dit « Quasimodo » et Robin Chauvet pour l’accompagnement dans cette visite exceptionnelle et vaillants sonneurs pour cette volée spéciale accordée par la Communauté, la veille de l’Assomption.

Sources & Liens :
Le Col du Grand-Saint-Bernard
L’Hospice du Grand-Saint-Bernard
Communauté des Chanoines Réguliers du Grand-Saint-Bernard
Commune de Bourg-Saint-Pierre
« Hospice du Grand-Saint-Bernard, septembre 1728. Une exceptionnelle fonte de cloches en altitude par trois fondeurs ambulants lorrains » par F. Hoffman & P. Bérard, 2015
Clichés personnels
Clichés de Robin Chauvet
Relevé personnel
Fonds privés

Seytroux – Eglise Saint-Bernard-de-Menthon

Un vallon… dans la Vallée !
La Dranse est une rivière qui possède de multiples sources dans la province du Chablais. Les locaux auront d’ailleurs du mal à lui donner une source officielle : à Bellevaux ? à Châtel ? à Morzine ? Ou encore à Montriond ? Quatre villages, qui ne sont pas forcément limitrophes. Quoi qu’il en soit, les « Dranses » ont creusé de multiples vallées qui méritent le détour. Au fil de l’eau, un patrimoine culturel a été bâti au gré des siècles, et ce malgré le caractère très fort de la rivière et de ses multiples affluents.  Cette « pieuvre » se concentre en amont des plaines avant d’alimenter le lac Léman à Thonon-les-Bains. Il y a pourtant un village que je n’ai pas nommé : Seytroux. Celui-ci ne se situe pas sur le parcours d’une des Dranse, mais son vallon a été creusé par une rivière qui alimente la Dranse de Morzine : le Torrent de Seytroux. Ce dernier a creusé un vallon perpendiculaire, presque orienté vers le nord. Mais ses pentes douces côté amont donne un ensoleillement de qualité et le torrent, de dimensions modestes, reste moins dangereux que les cours d’eaux qu’il va rejoindre en aval. C’est sans doutes pour cela que jadis des personnes se sont installées là.

Un village tout jeune !
Il n’est pas rare que lorsque je vous énumère l’histoire d’un lieu, j’évoque une « possession » d’une abbaye ou d’un monastère. Ici encore, nous ne dérogerons pas à la règle, sauf que Seytroux n’est devenue paroisse qu’en 1801. Cependant, le nom de « Seitrou » est mentionné en 1233 lors d’une donation faite à l’Abbaye de Saint-Jean-d’Aulps, située sur l’autre versant de la « grande vallée » creusée par la Dranse de Morzine. Nous ne saurons dire si une chapelle existait déjà à Seytroux. Au Concordat, la paroisse obtient la permission d’élever une paroisse. Seytroux ne dépend alors ni de l’Abbaye d’Aulps, non relevée, ni de l’église du Biot. Le 11 novembre 1837, la commune de Seytroux est enfin née et ne relève plus de l’administration du Biot.

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Une église à construire…
Il n’est nullement fait mention d’une chapelle à Seytroux avant la construction de l’église actuelle. Cependant une chapelle existe encore aujourd’hui au hameau de Saint-Martin. Sa position excentrée par rapport au village ne nous renseigne pas plus sur le passé. Quoi qu’il en soit, un premier curé est nommé en 1806 : l’abbé Louis Rhuin. En 1834, comme en témoigne la date sur le clocher, l’église est terminée. Elle est dédiée à saint Bernard de Menthon, saint local du XIème siècle, connu pour avoir fondé des hospices des cols du Petit et du Grand-Saint-Bernard. En 1886, le transept de l’église est ajouté. A l’intérieur, on remarque cette grande voûte tout en bois : celle-ci a remplacée la voûte primitive lors d’une restauration en 1950. Elle met très bien en valeur les retables qui, dit-on, proviennent de l’Abbaye d’Aulps, dont il ne reste que quelques ruines. Plus récemment, l’église a bénéficié d’une restauration : le toit et les peintures intérieures et l’électricité générale. En effet, un violent orage de grêle eut raison de la couverture a l’été 2013.

Une sonnerie inattendue !
Quelle ne fut pas ma surprise lors de ma première visite, de découvrir des fondeurs presque atypiques pour la région : Jean-Alexandre Perret ou Samuel Tréboux ! Ce sont en effet les noms figurant sur trois des quatre cloches de cette église. L’autre cloche, fondue en 1811, arbore la signature du fondeur carougeois Jean-Baptiste Pitton, familier dans notre région. Ces inscriptions font étonnamment état de la « commune de Seitroux » … qui n’existait même pas ! Outre son parrain et sa marraine, M. et Mme Jean Tavernier, plusieurs noms sont cités. Peut-être il s’agit des conseillers qui représentaient Seytroux au conseil du Biot ? Ou les conseillers paroissiaux ? On peut en tout cas voir avec cette cloche le désir d’indépendance totale que recherchait Seytroux. Les cloches 2 et 4 arborent la date de 1843 et la signature du veveysan Samuel Tréboux. Comment expliquer la présence rarissime de ce fondeur dans la région ? La réponse se trouve probablement sur la grande cloche. Datée de 1898, elle cite comme parrain « Louis Comte de Vevey ». Aux vues de la construction du beffroi, il y a fort à parier que la cloche soit une refonte d’une cloche plus ancienne. D’ailleurs, sa note se trouve bien trop basse par rapport aux trois petites cloches, plus anciennes. La cloche est en effet dans un profil plus léger que les autres : c’est à dire que sa note est légèrement plus grave proportionnellement à son envergure. La cloche est signée « Jean-Alexandre Perret ». Il s’agit d’ailleurs là de sa plus grosse cloche. En effet, ce dernier n’a jamais été à proprement parler un fondeur de cloches. Il reprit l’activité de Gustave Tréboux, petit neveu de Samuel. Lui aussi a d’ailleurs signé une cloche en territoire savoyard, à Cranves-Sales. Mais revenons à M. Perret : après deux ans d’exercice à Vevey, il transfère ses ateliers à Lausanne. A son décès, son fils ne souhaite pas continuer l’activité campanaire. En effet, son père n’a hélas pas su garantir l’excellente réputation acquise par ses prédécesseurs : des cloches se sont fêlées relativement rapidement et d’autres ont même été refusées par les paroisses car jugées de piètre qualité ! Ainsi se sont refermées les portes de trois siècles d’art campanaire sur les rives vaudoises du Lac Léman.

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

Maria Ludovica Jean-Alexandre Perret 1898 131 1400

Do♯ 3

2

St Maurice Samuel Tréboux 1843 104 650 Fa♯ 3
3 Jean-Baptiste Pitton 1811 88 350

La 3

4 Ste Vierge Samuel Tréboux 1843 63 180

Ré 4

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Mes remerciements à la municipalité de Seytroux, sous le mandat de M. Jean-Claude Morand et de son premier adjoint, M. Eric Dupont, pour les autorisations, l’ouverture de l’église de son clocher. Enfin, je remercie mon ami Claude-Michaël Mevs, dit « Quasimodo« , pour l’aide indispensable !

Sources & Liens :
Mairie de Seytroux
Seytroux
Eglise de Seytroux
« Près de 3 siècles d’industrie campanaire à Vevey« , quasimodosonneurdecloches.ch (consulté le 3 novembre 2019)
Relevés personnels
Photos personnelles