Fillière – Eglise Saint-Martin (Saint-Martin-Bellevue)

A quelques kilomètres au nord d’Annecy, l’ancienne commune de Saint-Martin-Bellevue (aujourd’hui intégrée à Fillière) porte bien son nom. Son promontoire offre ainsi une vue à 360° sur les massifs environnants : les Bornes, le Salève, la Mandallaz ainsi que les Bauges et le lac d’Annecy. Le nom du village est aussi très bien connu des automobilistes qui franchissent régulièrement la gare de péage, à tort appelée « Allonzier-la-Caille », du nom de la commune voisine. Déjà à l’époque romaine, une voie importante traversait la localité pour relier Annecy à Genève. Son patronyme est à lui seul un gage d’ancienneté avec la référence à saint Martin, évêque de Tours au IVème siècle. Fêté le 11 novembre, c’est aujourd’hui l’un des saints protecteurs de la France, vénéré dans de nombreuses paroisses. 

Les savoyards n’ont aucune raison d’envier les normands et les bretons (ne fâchons personne !) car ils possèdent, eux aussi, leur propre Mont-Saint-Michel. Il ne s’agit cependant « que » d’une basse montagne du Massif des Bauges surplombant l’agglomération chambérienne. Mais les savoyards possédaient aussi, autrefois… le Mont-Saint-Martin ! Dans ce cas précis, ce n’est autre que le village que je vous propose de découvrir. C’est en effet en ces termes qu’est d’abord cité Saint-Martin-Bellevue, caractéristique par sa colline terminée, comme au Mont-Saint-Michel, par un lieu consacré. Il semble d’ailleurs que des nobles aient pris le nom de la commune entre le IXème et le XIIIème siècle, avant de rapidement passer la main à d’autres seigneurs. La commune prit ensuite le nom de « Saint-Martin-d’Annecy » puis, probablement après la Révolution, le nom de « Saint-Martin-en-Genevois », en référence à la province savoyarde dont elle fait partie, avant de devenir « Saint-Martin-Bellevue » en 1921, jusqu’à devenir commune déléguée de Fillière en 2017. L’église Saint-Martin et son clocher sont donc visibles à des kilomètres à la ronde ! Cet édifice remarquable est malheureusement très mal documenté. Son retable baroque qui fait la fierté du monument y représentant saint Martin évêque de Tours accompagnés du saint pape Urbain II et du saint roi Louis (ou Louis IX) préfigure d’un monument du XVIIIème siècle au moins, tout comme son architecture. L’édifice aurait été remanié par deux fois au XIXème siècle : entre 1824 et 1825 puis entre 1882 et 1885. En 1900, des travaux de restaurations sont envisagés sur l’église, le presbytère et le clocher. C’est une lettre de M. le Préfet en personne qui nous indique cet évènement. Peu d’autres informations nous permettent d’apprécier à sa juste valeur le monument qui trône au sommet de sa montagne.

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Le clocher, couronné d’un dôme et d’un clocheton abrite, comme beaucoup de villages du secteur, une sonnerie de deux cloches. Le fondeur de celles-ci est d’ailleurs relativement lié au village. Mais cette liaison n’est pas uniquement due aux deux cloches. Il faut remonter en 1693 pour mieux comprendre. Pierre Bertherat, natif du village, épouse Claudine Paccard de Quintal ! Il y avait tellement de « Bertherat » à Saint-Martin que le curé y a ajouté la mention « dit Paccard » pour ce couple et leur descendants. Le frère de Claudine, Claude-Antoine, eut comme descendant direct… Antoine Paccard ! Est-ce grâce à ce surnom que la commune s’est naturellement tournée vers cette famille de fondeurs de cloches ? Nul ne sait. Quoi qu’il arrive, en 1820, la paroisse souhaite refondre sa cloche. On ne sait pas quand elle a été coulée et quel est son poids de départ. La cloche, toujours en place, est signée « Paccard fondeur de Louis Frèrejean ». Il faut savoir qu’en 1796, Antoine Paccard lance sa propre fonderie mais ce dernier ira travailler à Lyon pour le compte de Louis Frèrejean, membre d’une grande famille de forgerons lyonnais. Ce dernier a racheté les forges de Cran (près d’Annecy) en 1817. Le directeur local de ces forges ne sera autre que Claude Paccard, fils d’Antoine et représentant de la seconde génération. Claude Paccard reprendra ensuite les rennes de la fonderie lancée par son père avant de la transmettre à la prochaine génération, Georges et Hyppolite-Francisque.

Il ne reste malheureusement que très peu de cloches antérieures à 1830 chez les Paccard. Antoine et ses fils étaient déjà activement à l’œuvre dans les années 1810, avec des livraisons à Taninges ou à Montriond. Mais ces cloches (assez imposantes, d’ailleurs) n’existent plus que dans les archives car dans le même siècle elles ont été refondues. Il ne reste que quelques reliques, dont deux cloches de 1817 à Lathuile et Quintal, et peut être d’autres cloches méconnues. Il n’est donc pas si imprudent que cela d’affirmer que la petite cloche de Saint-Martin-Bellevue compte parmi les plus anciennes encore en activité signées par la famille. Mais cette cloche, aux accents baroques, frappe par ces quelques défauts de coulées. J’ai pu compléter le relevé des inscriptions grâce aux psaumes latins, certains mots étant mal démoulés ou partiellement effacés. Heureusement, ses maximes en français ont été mieux réussies et nous permettent de connaître une partie de son histoire. La plus grosse est plus récente. Elle a été fondue en 1856 par la même fonderie. Un autre clin d’œil, car elle fait partie des dernières cloches coulées à Quintal avant la fermeture du four l’année suivante. Cette cloche d’environ 800 kilos est le fruit d’une souscription. Elle nous le dit sans détour « C’est pour la plus grande gloire de Dieu que les habitants de la paroisse de st Martin m’ont donné l’existence en 1856 » ainsi que son prénom, Claudine-Joséphine. Elle le doit à son parrain et à sa marraine, le chanoine Claude Deletraz et Josephine Berthod née Lugaz. Les deux cloches, installées dans un beffroi en bois, ont été motorisées en 1954. Depuis quelques années, elles bénéficient par bonheur de nouveaux battants en acier doux pour limiter leur usure et de nouveaux marteaux de tintements.

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Claudine Joséphine

Frères Paccard

1856

111,7

~800

Fa♯3

2

Paccard fondeur de Ls Frèrejean

1820

91,9

~450

Sol♯3

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Mes remerciements à :
La commune de Fillière et Mme Catherine Mercier-Guyon, maire-adjointe.
La commune déléguée de Saint-Martin-Bellevue.
Mon ami Claude-Michaël Mevs dit « Quasimodo » pour son aide technique et logistique.

Sources & Liens :
Dictionnaire d’Amboise, tome I : Les Pays de Savoie – Deuxième édition (1989)
La petite vache noire – les « Paccard » de Saint-Martin-Bellevue
Relevé personnel
Clichés personnel
Fonds privés

Villy-le-Bouveret – Eglise Saint-Pierre

Au cœur du plateau des Bornes se trouve Villy-le-Bouveret, c’est à dire le pays des bœufs. C’est en effet de là que la commune tire son nom : « Villicus » (fermier régisseur d’une grande ferme) et « Bovis » (les bœufs). S’il ne reste plus grand chose des multiples fermes que peut accueillir son territoire de 349 hectares, il n’en demeure pas moins un village offrant de magnifiques paysages sur tout le plateau des Bornes. Son chef-lieu, dominé par la flèche du clocher de l’église, est installé sur un promontoire le rendant visible de tous les villages voisin ou presque. Le territoire doit ses agréables reliefs aux différents ruisseaux et torrents qui la sillonne. Mais ils rejoignent tous rejoignent la rivière des Usses qui franchira plus en aval les magnifiques ponts de la Caille.

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L’église de Villy-le-Bouveret est dédiée à saint Pierre apôtre et selon la tradition premier pape de la chrétienté. Ce patronage à lui seul atteste d’une paroisse à l’histoire ancienne. Ce n’est pourtant qu’en 1411 qu’est cité le fait le plus ancien avec la nomination du curé J. de Pietra, mais rien n’empêche des évènements antérieurs. Le 29 juin 1581, la moitié du village est détruit par les flammes à cause d’un orage. Un acte notarié de 1582 recense d’ailleurs les dégâts sur la commune. Du côté de l’église, peu d’informations sont connues, si ce n’est que le 25 juillet 1486, un sanctuaire est consacré par Mgr François de Savoie. En 1897, on entreprend la construction d’une nouvelle église sous les plans de l’architecte Fontaine. Lors de la démolition de l’ancienne, on découvre la date de 1506 sur une pierre du chœur : elle marque probablement une restauration. Il faut aussi noter qu’il n’aura fallu qu’un an entre la pose de la première pierre et la consécration du nouveau lieu de culte par Mgr Isoard, évêque d’Annecy, le 4 août 1898. Dans cet édifice néogothique toujours existant, un importante campagne de restauration a eu lieu entre 1965 et 1971. Tout y est passé : l’ameublement, les peintures et même le clocher ! Cet aménagement a malheureusement dépouillé l’édifice de son mobilier préconciliaire.

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La belle flèche du clocher dissimule en son sein, trois cloches. « Barbara » est la plus ancienne. Elle porte la date de 1582. A ce moment-là, le village était en pleine reconstruction. On accorde à cette cloche le don d’éloigner les orages et sonne, encore aujourd’hui, à l’approche de nuages menaçants pour les détourner de la commune. D’autres disent qu’on la sonne pour préserver les récoltes. On raconte aussi que lors de la fonte de la cloche, la baronne du Turchet est venue avec son tablier rempli d’argent pour lui donner un son argentin et pur. La cloche a également été dédiée à sainte Barbe et porte l’inscription « la parole de Dieu demeure pour l’Eternité […] Dieu nous te louons » et les noms de Pingod et Bochet. Cette cloche, l’une des plus anciennes du département, est classée Monument Historique depuis 1943. Lors de la Révolution, elle a été enterrée dans un champ car les villageois ne voulaient pas qu’elle soit saisie pour être fondue. Sans doute qu’une autre cloche qui lui tenait compagnie a été envoyé à sa place car en 1796, Jean Sublet récupère à Bonneville une cloche d’occasion pour le clocher. Il est toutefois curieux qu’un villageois d’une commune du Genevois se rende à Bonneville, chef-lieu du Faucigny, une autre province savoyarde, pour récupérer une cloche alors que les communes alentours avaient déposés -puis récupérés- des cloches à Annecy, chef-lieu du Genevois. Mais en 1833 déjà, la cloche récupérée à Bonneville se fêle. Les autorités considèrent qu’ils est donc urgent de la remplacer mais aussi de l’augmenter car la « Barbara » ne suffit pas aux besoins de la paroisse. Le 7 septembre 1834, la commune passe donc une convention avec Claude Paccard pour refondre et augmenter la cloche cassée. Mais très vite, cette nouvelle cloche se trouve être au centre d’une importante discorde : MM. André Falconnet, conseiller municipal, et Maurice Sublet ont critiqués son arrivée, indiquant qu’elle n’est pas de qualité, qu’elle mettrait en péril le clocher et que le conseil pillent les modestes ressources de la commune. Les élus ont donc écrit à l’Intendant du Genevois (équivalent actuel du préfet) pour lui expliquer les faits, suppliant sa médiation. On apprend en fait que ces messieurs étaient les plus éloignés du clocher et voulaient, tout simplement, une cloche encore plus grosse pour l’entendre, mais sans sortir le moins centime de leur poche ! Presque deux siècles plus tard, on se rend compte que la cloche n’a pas été reprise : elle sonne même les angélus matin, midi et soir ! Enfin, en 1899, les frères François et Félix Bouchet offrent une troisième cloche pour équiper le nouveau clocher, en mémoire de leurs parents. Nommée « Françoise Félicienne Julie », elle pèse 834 kilos et marque, aujourd’hui encore, les heures. Outre les noms des élus et du conseil de fabrique, elle indique en latin qu’elle loue Dieu, convoque les fidèles, rassemble le clergé, embellit les fêtes et pleure les morts. Pour l’occasion, on installe sur la tour des cadrans d’horloge pilotés par un mouvement signé Mayet, horloger à Grenoble. Il est encore en place aujourd’hui, dans son jus, mais mis à la retraite car les cloches ont été par la suite électrifiées et des marteaux électriques marquent désormais le temps qui passe.

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Françoise Félicienne Julie G&F Paccard 1899 110,9 834

Fa 3

2

St Pierre Frères Paccard 1834 86,3 ~380 La 3
3 Barbara Inconnu 1582 63 ~130

Mi ♭ 4

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Mes remerciements :
M. Jean-Marc Bouchet, maire, pour son aimable autorisation
Mme Marion Lupkins, secrétaire de mairie, pour sa disponibilité et le prêt des clés.
L’association « la Salévienne » et Mme Nathalie Debize, pour la mise à dispositions d’archives historiques.
Mon ami Claude-Michaël Mevs dit « Quasimodo » pour son aide précieuse.

Sources & Liens :
Mairie de Villy-le-Bouveret
Archives départementales de Haute-Savoie
La Salévienne
Relevé et clichés personnels
Fonds privés

Excenevex – Eglise Saint-Symphorien

Une destination touristique
La seule plage de sable fin du plus grand lac d’Europe. C’est ce qui fait la réputation de la commune d’Excenevex. C’est grâce à sa position, en amont de la presqu’île du Léman, qu’à pu se former cette commune essentiellement forestière : avec l’apport des sédiments, grâce au courant du Rhône dans le plan d’eau. Le village se retrouve alors tiraillé entre cette presqu’île avec qui elle a fait un bout de chemin, d’une part, et le golfe de Coudrée qui la sépare de Sciez-sur-Léman avec qui Excenevex partage aussi une belle page d’histoire.

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Une église théâtre d’un ancien pèlerinage
La paroisse d’Excenevex est une fausse « jeune paroisse ». Le 23 décembre 1852, Mgr Louis Rendu l’érige en fait pour la deuxième fois ! Avant la Réforme en 1536, Excenevex était déjà une paroisse indépendante avec son église romane construite vers 1150. On raconte que ce sont les chanoines de l’Abbaye augustinienne de Filly, qui était jadis sur l’actuel territoire de Sciez, qui ont fondé cette chapelle dédiée à saint Symphorien d’Autun, jeune martyr des premiers siècles de la chrétienté. L’édifice a été tellement pillé et délabré par le passage des protestants au XVIe siècle qu’au siècle suivant, lors du retour du catholicisme, l’édifice est laissé dans cet état faute de moyens et les paroissiens sont forcés de se rendre à Yvoire, dont ils avaient ralliés la paroisse, pour assister à la messe. Après l’érection de la paroisse d’Excenevex en 1852, un premier curé s’installe en 1857 dans un presbytère flambant neuf. Le lieu de culte se devait d’être restauré voire reconstruit. La commune choisit à l’époque cette seconde option pour y réaliser une église néogothique. C’est l’architecte Auguste Pompée qui réalise les plans de ce nouveau sanctuaire bâti à la place de l’ancienne chapelle. Le chantier s’est étalé de 1862 à 1869. Mais seulement, à la fin du chantier, un problème majeur frappe de plein fouet toute la communauté : le clocher menace de tomber sur l’édifice. Il n’était autre la conséquence d’une période financière pas assez prospère pour un tel chantier : on manquait de fonds, mais on a quand même insisté pour mener à bien le projet d’église. Alors, le clocher a été déconstruit à la hâte en 1870 et on propose de remettre à plus tard ce chantier. Ce sera chose faire au début des années 1990, lorsqu’une association se mobilise pour donner à Excenevex son clocher dans le style de l’édifice afin de se fondre plus facilement dans le décors. Si l’extérieur donne fière allure à l’église avec des parements en pierres, il a été évidemment construit en béton, comme toutes les constructions ou presque de notre époque.
Consacrée sans clocher le 5 mai 1874 par Mgr Rendu, l’église d’Excenevex était jadis témoin d’un pèlerinage le 22 août, jour de la saint Symphorien. Une foule venait de tout le Bas-Chablais pour réciter le rosaire en faisant, sept fois, le tour de l’église. On racontait alors que c’était excellent pour soulager, voire guérir, les rhumatismes !

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Une renaissance campanaire
L’ancienne église comportait un clocher mur avec deux fenêtres, à l’image d’autres édifices du secteur comme les chapelles de Brécorens (Perrignier) et Mésinges (Allinges). On peut évidemment se dire qu’il a comporté des cloches par le passé. Les quelques cartes postales de cet édifice ne nous permet pas de vérifier correctement la présence d’une ou deux cloches avant la démolition de celui-ci.
En 1870, année de déconstruction du clocher, les établissements Paccard d’Annecy-le-Vieux vont fondre une cloche de 450 kilos baptisée « Françoise Pauline Symphorien », dédiée au patron du village. Cette cloche fondue sous l’épiscopat de Mgr Magnin, le mandat du maire Joseph Clerc et de l’abbé Joseph-Athanase Favre a été installée, faute de clocher, contre le chœur de l’église à l’endroit même où il devait s’élever. Elle était actionnée manuellement jusqu’à la construction de son actuel perchoir.
Lorsque l’idée de reconstruire le clocher apparait, deux synergies parallèles vont se mettre en place. La première apporte une seconde cloche de volée baptisée « Claudie Véronique ». Elle a été offerte par une poignée de donateurs. La cloche marque d’ailleurs sur ses inscriptions une certaine unité : 13 patronymes, suivi de la phrase « sous l’égide de la commune et de la paroisse d’Excenevex ». Cette cloche présente une particularité : il s’agit de la seule cloche d’église livrée par la fonderie Bollée d’Orléans pour la région ! Pourquoi ce choix ? Tout simplement la conséquence d’un appel d’offre passé pour l’occasion.
La seconde synergie autour de ce clocher est familiale. Jean et Yvonne Guyon ont souhaité offrir à ce nouveau clocher un carillon à l’occasion de leurs noces d’or. Ils ont choisi le chiffre symbolique de 17 cloches pour le nombre de petits enfants qu’ils avaient à l’époque. Inauguré à Pâques 1992, il comportait en réalité 19 cloches car deux autres ont été réalisés pour étoffer l’instrument : la première rend hommage à une poignée de religieux et la seconde à l’association initiatrice du nouveau clocher. Mais ce n’est pas tout : en 1994, la famille Guyon renchérit avec trois nouvelles cloches plus grosses, trait d’union entre les cloches de volée et les autres cloches du carillon. Elles sont dédiées aux saints Maurice, Barbe et Eugénie alors que les autres cloches ne présentent pas d’effigies religieuses mais un parrain ou une marraine et, tout de même, une devise religieuse. Ces trois cloches sont arrivées avec une quatrième. Dans le clocher, elle est installée à part, pendue à un joug et sur un beffroi indépendant, prête à sonner à la volée. Mais elle n’est pas électrifiée pour sonner comme tel. Il s’agit en fait d’une cloche fondue en 1993 pour un édifice religieux sur le continent américain. Mais faute de moyens, la commande de la cloche a été abandonnée et la fonderie s’est retrouvée avec cette cloche sur les bras. Elle a donc trouvé refuge au clocher d’Excenevex pour compléter le carillon, portant au nombre de 25 les cloches de la tour. C’est ainsi qu’en seulement quelques années, le patrimoine campanaire d’Excenevex est passé d’une seule cloche manuelle accrochée à quelques mètres de haut à un carillon de 23 cloches dans une tour, étoffé par deux cloches de volée électriques, le tout financé par de multiples personnes et la collectivité.

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Françoise Pauline Symphorien Paccard frères 1870 90,5 450

La 3

2

Claudie Véronique Bollée Orléans 1992 69 190 Do♯4
3 aucun Fonderie Paccard 1993 64,2 160

Ré4

Carillon Fonderie Paccard 1991, 1992, 1994

Ré♯4 chromatique Do6

 

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Remerciements
La municipalité d’Excenevex sous le mandat de Mme Chrystelle Beurrier, maire, et ses services administratifs.
La paroisse d’Excenevex et plus particulièrement M. Marc Mudry, en charge de l’église et de son carillon, pour les détails pratique.
La famille Guyon pour ses anecdotes sur la fonte du carillon d’Excenevex.
Je remercie également les personnes précitées pour la fournitures d’archives et de récits historiques sur le carillon.
Mon ami Claude-Michael Mevs dit « Quasimodo » pour son aide technique et logistique lors de cette visite.

Sources & liens
Mairie d’Excenevex
Paroisse de Sciez-sur-Léman
Ensembles campanaires en Rhône-Alpes, J-B Lemoine, 1994
Relevé sur site
Clichés personnels (sauf mentionné)
Famille Guyon

Vovray-en-Bornes – Eglise Saint-Christophe

Sur les contreforts du Mont Salève, célèbre montagne dominant Genève, Vovray-en-Bornes est un village d’environ 500 habitants qui est pourtant tourné vers Annecy et son lac. Essentiellement rurale, cette commune a les pieds dans les Usses, rivière qui prend sa source non loin de là. De nombreux pâturages et des forêts permettent aux métiers agricoles de perdurer. Mais la commune a surtout abrité pendant des décennies sinon des siècles plusieurs carrières de silice qui alimentaient jadis les grandes verreries françaises, italiennes et helvétiques. Le chef-lieu offre un panorama d’exception allant des montagnes du Chablais jusqu’au Bauges en passant par les Aravis et les Bornes, sans oublier la plus majestueuses de nos montagnes : le Mont-Blanc.

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L’église Saint-Christophe de Vovray-en-Bornes fait face à l’actuelle mairie. La flèche de son clocher semble se dresser là depuis l’éternité. Mais pourtant, c’est loin d’être le cas ! On apprend tout d’abord qu’en 1411, la paroisse dépend de sa voisine de Cruseilles. Une nouvelle église est consacrée en 1516 par Mgr Pierre Farfeni, évêque titulaire de Beyrouth et administrateur du diocèse de Genève. En 1607 saint François de Sales alors évêque de Genève visitera à son tour la paroisse et ne pourra que constater une pauvreté évidente dans la communauté. Au cours du XVIIIème siècle, de nombreuses réparations ont lieu dans l’édifice parmi un nouveau retable et clocher reconstruit après une tempête. A la Révolution, l’église est utilisée comme caserne par les révolutionnaires. Au Concordat, on ne pourra que constater que cette période a laissé des plaies indélébiles à l’édifice religieux. A la mort du curé Orsier en 1836, la commune et le conseil de fabrique reçoivent un leg en héritage pour reconstruire l’église qui était dangereuses depuis des années et animait les conversations locales. Mais la somme était si dérisoire qu’aucun entrepreneur n’a répondu à un appel d’offre, pensant avoir à faire à une mauvaise blague. Ce n’est qu’en 1838 que Jean-Marie Brand prend les choses en main et reconstruit l’église avec le peu d’argent à disposition. On lui ajoutera même deux chapelles latérales pour lui donner sa forme actuelle : une croix latine. En 1845, le clocher sera reconstruit à son tour. Mais il n’avait pas la forme que nous lui connaissons aujourd’hui : il sera réhaussé d’un étage en 1950, probablement pour lui donner encore plus d’allure. Dans l’ère du concile Vatican II, l’église sera profondément remaniée dans les années 1960. L’église aux accents baroques laissera alors sa place à un édifice plus « montagnard », même si l’on peut concéder qu’une telle restauration serait impensable aujourd’hui.

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Au début du XIXe siècle, la sonnerie de Vovray était constituée par plusieurs cloches, probablement trois. Si nous n’avons aucune informations sur celles-ci, une donnée s’est néanmoins glissée dans une lettre du curé Chaffard à destination de son évêque, Mgr Rendu. Ce dernier a demandé à l’ensemble de son clergé de lui faire part des us et coutumes des paroisses de son diocèse. Le curé de Vovray lui a alors répondu que « les préjugés consiste à croire que si l’on arrive pour sonner la petite cloche, avant que le nuage menaçant soit sur la paroisse, on parvient à détourner la tempête, quoique l’expérience leur prouve souvent le contraire. » Cette tradition semblait être commune à tout le plateau car un village voisin, Villy-le-Bouveret, utilisait aussi sa plus petite cloche à cet effet il y a quelques années encore. Mais revenons à Vovray. Lors de sa session de printemps, le conseil communal doit statuer sur la refonte de la grosse cloche. Le conseil délégué a passé une convention avec Claude Paccard pour la fonte d’une cloche de 750 kilos mais cette dernière à peine signée a été invalidée par l’intendant général du genevois. Il jugeait le conseil délégué incompétent et précisait que les frères Beauquis ont proposé une offre moins chère. Une solution est proposée par l’intendant : un appel d’offres. Le conseil communal obéit donc à son intendant et soumet la fonte de la cloche aux enchères au prix proposé par les frères Beauquis. Lors de clôture des dossiers, seuls ces derniers se sont positionnés. Mais voilà que le marché attribué, ils refusent d’exécuter la fonte de la cloche à ce prix sans une compensation financière ! La commune, très contrariée, donne donc pouvoir au syndic de passer une nouvelle convention avec Paccard. Cette dernière va entraîner de multiples échanges entre le conseil et l’intendance car elle déplore que la commune ne parle pas des offres plus intéressantes proposées par les frères Beauquis entre temps. Après maintes discussions, il s’est en fait avéré qu’il n’y avait jamais eu de telles offres. Pour la commune, le choix est simple : ils ont d’un côté un fondeur expérimenté et dont la réputation n’est plus à faire et de l’autre un fondeur qui apprend encore le métier, qui a déjà dû refaire plusieurs cloches et dont les méthodes leurs sont perçues comme malhonnêtes. Le 24 octobre 1854 est donc livrée par Paccard une cloche de 841 pesée à Annecy. Là aussi, la réception fit débat : pour l’intendant général, la réception n’est pas juste une vérification du poids, de la forme et de la sonorité de la cloche mais devait être faite par un homme de l’art avec la rédaction d’un rapport de réception. Seulement 18 mois après la livraison de la grosse cloche, la petite fêle à son tour. Les discussions seront nettement plus rapides : la commune souhaite directement passer une convention avec les Paccard en leur revendant le métal de l’ancienne cloche. Ils souhaitent aussi augmenter sa taille pour qu’elle soit en harmonie avec la plus grosse et cela engendre un coût supplémentaire même si les finances de la commune sont jugées saines. Le 21 octobre 1856, la cloche est réceptionnée et pesée : 538 kilos. Amenée à Vovray, elle sera « baptisée » le 29 octobre suivant en grande pompe en étant consacrée à l’Immaculée Conception avant d’être hissée au clocher. Deux ans plus tard, des nouvelles turpitudes campanaires sont annoncées : la troisième cloche était fêlée, soit trois fêlures en quatre ans ! Tout en achevant de payer la fonderie Paccard pour les deux grosses cloches, il faut penser à sa refonte. Ce sera chose faite entre 1860 et 1861 pour la fourniture d’une cloche d’environ 300 kilos. Mais cette fois, c’est la fonderie Beauquis qui effectuera le travail. Pourquoi un changement de fondeur après les péripéties des années précédentes ? Les archives ne le justifient en rien… Comme relaté plus haut, le clocher a été réhaussé en 1950. Sans rien toucher aux grosses cloches, on en profite pour refondre la troisième cloche et pour l’installer au dernier étage. Répondant au nom de « Marie Françoise » elle rend aussi hommage à la Vierge Marie mais cette fois-ci à son assomption. Elle commémore aussi le plus illustre des évêques de la paroisse, saint François de Sales. Né à quelques kilomètres de là, il a, comme tout bon évêque, visité la paroisse lors de son épiscopat. C’est cette année là que les cloches seront électrifiés et que des horloges sont ajoutées au clocher. Avec leur tonalité accordées, elles peuvent joyeusement carillonner les joies et les peines de la communauté.

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Vierge Marie Frères Paccard 1854 109,7 841

Fa♯3

2

Immaculée Conception Frères Paccard 1856 97 538 Sol♯3
3 Marie Françoise Fonderie Paccard 1950 84,5 ~350

La♯3

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Je remercie chaleureusement :
M. Xavier Brand, maire de Vovray-en-Bornes, pour son aimable autorisation.
Mme Odile Montant, conseillère municipale et en charge de l’église, pour son accueil, sa disponibilité et les sonneries spéciales.
La Salévienne, section des Bornes, et plus particulièrement Nathalie Debize, pour la fourniture d’archives historiques.

Sources & Liens :
Mairie de Vovray-en-Bornes
La Salévienne, section des Bornes
Vovray-en-Bornes
Fonds privés
Clichés personnels (sauf indication contraire)
Relevé personnel sur site

La Clusaz – Eglise Sainte-Foy

Dans la famille des grandes stations de ski savoyardes, je demande « La Clusaz ». Bonne pioche : je vous propose aujourd’hui de découvrir un clocher emblématique de notre région qui -à travers les époques- à servi tantôt de repère aux paysans avant de l’être pour les skieurs, amateurs des belles pentes du massif des Aravis. Comme son nom l’indique, le village se situe en amont d’une « cluse », c’est-à-dire un resserrement de la vallée creusé par le torrent du « Nom » prenant sa source au célèbre Col des Aravis, limite entre la commune avec celle de la Giettaz, en Savoie. Mais La Clusaz est également une commune à l’histoire singulière. Essentiellement agricole, elle s’organisait alors autour de son église. Celui qui trouvera des vielles cartes postale n’en croira pas ses yeux : hormis le haut clocher à bulbe, la transformation est flagrante ! C’est en 1902, grâce à l’ouverture d’une route touristique qui emprunte le col des Aravis que La Clusaz commence à développer les sports d’hiver et d’été. 5 ans plus tard, le premier concours de ski est organisé. Il sera le prélude à un fort développement aidé par des passages ponctuels du Tour de France, le développement d’importantes infrastructures sportives et une multiplication des lits touristiques : on en recense pas moins de 20’000 aujourd’hui !

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La paroisse de la Clusaz a vu le jour en des temps anciens, en témoigne son patronage : l’église est vouée à sainte Foy d’Agen, jeune martyr des premiers siècles chrétiens. Les archives laissent entendre que cette fondation est intervenue alors que le diocèse de Genève développait le culte à la sainte, aux alentours du Xe siècle. Une église est en tout cas attestée en 1285 et le 21 octobre 1470, Mgr Fichet consacre un nouveau maître-autel pour le sanctuaire. Divers noms ont alors attribués à la localité, l’avant dernier étant « La Cluse-Lieu-Dieu » accordé par les abbés de Talloires dont dépendait la paroisse jusqu’en 1772. Le clocher a connu cette période puisqu’il a été construit entre 1751 et 1762, du moins ses murs. Comme pour presque tous les autres clochers de la région, il a été décapité à la Révolution et le bulbe actuel a été reconstruit qu’en 1872. L’église, quant à elle, sera partiellement reconstruite et agrandie sur les plans du savoyard Camille Ruphy en 1821. De cette église consacrée le 29 mai 1829, il ne reste hélas rien. A la fin des années 1960, le monument représente un danger pour les fidèles qui s’y rendent. La fréquentation saisonnière importante ajoute à cet inconfort car l’édifice était également jugée trop petit lors des grandes célébrations. En 1971, une circulaire est envoyée à toutes les familles de la commune afin de statuer sur l’avenir du monument religieux : faut il le rebâtir ou le restaurer ? Deux devis sont alors établis : 900’000 francs pour le restaurer, tandis qu’une église neuve de 800 places coûtera 1’500’000 francs. Après moults discussions et recherche de fonds, elle est finalement détruite pour laisser place à un plus grand sanctuaire paroissial en conservant le clocher. Mgr Bernard Panafieu, évêque auxiliaire d’Annecy et futur cardinal en a béni la première pierre le 24 novembre 1974. Le 13 juillet 1975, Mgr Jean Sauvage, évêque d’Annecy, consacrera la nouvelle église toujours sous le vocable de sainte Foy. On notera quelques modifications majeures en plus du style contemporain : l’église est tournée de 180° pour que son entrée soit face à la grenette. La tour, jadis près du chœur, se retrouve plus valorisée en dominant la grande place au centre du village.

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Si la maçonnerie du clocher actuel date du milieu du XVIIIème siècle, c’est parce que la paroisse était motivée par ces travaux… et aidés par des exilés ! Lors de cette reconstruction, les natifs du village installés à Paris font une quête non seulement pour la tour mais surtout pour installer une grosse cloche ! En 1767, il est demandé à Jean-Claude Livremont, établi à Annecy, de fondre une cloche de vingt quintaux. La même année, ce fondeur réalisera également deux cloches pour la paroisse non lointaine du Grand-Bornand, autre sonnerie majeure des Aravis. Mais au bout de quelques décennies, le clocher voit arriver sa première épreuve : la Révolution. Son bulbe sera détruit afin d’être réduit à quatre murs et les cloches seront déposées puis emmenées à Annecy vers 1793/1794. En 1796 déjà, la ferveur est de retour à La Clusaz. Les 17 et 25 août 1797, deux nouvelles cloches sont fondues à La Clusaz : elles pesaient 23 et 4 quintaux. Le 23 octobre 1797, une horloge sonne à nouveau au clocher grâce aux cloches nouvellement installées et au don de Gabrielle Donze-Gargand.
Grâce aux dons de Pierre Avetan-Nicoud et à d’autres donateurs anonymes, on fond en 1852 à Quintal « Marie-Jacqueline », d’un poids de 800 kilos. Quatre années plus tard, c’est la grosse cloche qui prend à son tour le chemin du four des frères Paccard pour être augmentée. La commune financera cette opération avec une coupe de bois extraordinaire et une souscription volontaire. Elle revient bien plus imposante car elle a encore le titre de seconde plus grosse cloche des Aravis, après le bourdon du Grand-Bornand qui l’a devance d’environ 500 kilos.
En 1947, la commune fait électrifier les trois cloches alors estimées par le campaniste à 2’400, 800 et 300 kilos. Cinq années plus tard, la fonderie Paccard refond et augmente la petite cloche. S’agit-il de celle de 4 quintaux fondue en 1797 avec la grosse cloche ? La question reste en suspens. Une chose est sûre : on profite de cette refonte pour offrir au clocher une sonnerie beaucoup plus harmonieuse : la cloche moyenne accompagne sa petite sœur pour être réaccordée sans être refondue. Si elle perd quelques kilos suite à  son accordage (on meule son intérieur pour abaisser sa note) sa petite sœur aura résolument pris un petit peu plus de poids : près de 150 kilos ! Elle permet donc au clocher d’égrener un bel accord dit « Alléluia » avec le « la du diapason », le « fa » qui répondent au puissant « do » de la grosse cloche, grâce à son profil dit « renforcé » : c’est-à-dire que le rapport note/poids est plus important que celui de ses petites sœurs. 

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Foy Rosalie

Paccard frères

1856

156

2’300

Do 3

2

Marie Jacqueline

Paccard frères

1852

110,5

800

Fa 3

3

Jeanne Marie Gabrielle Yvonne

Fonderie Paccard

1953

89,9

460

La 3

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J’adresse mes chaleureux remerciements à :

  • La municipalité de La Clusaz et son maire M. Didier Thévenet, pour l’aimable autorisation.
  • Le centre technique municipal et son responsable, M. François Raget.
  • Le service bâtiments dont M. Stéphanic Eldin, pour l’accompagnement.
  • La paroisse Saint-Pierre-Favre en Aravis et les sacristains pour les sonneries spéciales.

Sources & liens :

Mairie de la Clusaz
40 ans de l’église de La Clusaz
Mémoires et documents de l’Académie Salésienne, Tomes 60 et 61 – Années 1942 et 1943
Fonds privés
Inventaire personnels
Anciennes cartes postales

Fillière – Eglise Saint-Maurice (Aviernoz)

A l’ouest du massif des Bornes, le village d’Aviernoz et ses 900 habitants ont rejoint en 2017 la commune de Fillière. Elle doit son nom à la rivière qui traverse ce grand plateau, trait d’union entre les lac d’Annecy et Léman.  Aviernoz s’organise dans un autre vallon creusé par un autre torrent, celui du nant de l’Aulp. Il est coincé entre la montagne du Parmelan (1856 mètres) et les Ollières, une des cinq communes de la nouvelle entité administrative. Avec cette dernière, Aviernoz a réalisé un véritable cheminement historique qui remonte a une période incertaine. Au XVème siècle, l’église se trouve près du ruisseau de Faty, au centre des territoires des deux communes qui se la partageaient. L’église était décrite comme simple et souvent en mauvais état lors des visites pastorales. En 1443, la direction spirituelle de la paroisse est déplacée aux Ollières : voilà qu’Aviernoz devient à son tour dépendante. C’est en 1682 qu’elle retrouve son autonomie avec la scission des deux communautés car entre temps, les Ollières à construit son propre sanctuaire également dédié à saint Maurice.  Mais cette première église d’Aviernoz que nous connaissons est entourée de mystères : des fouilles ont été organisées et aucun indice ne subsiste. Le cadastre de 1730 ne mentionne aucune construction également. On raconte que l’éloignement des églises avait posé de nombreux débats qui se sont parfois terminés en bagarres générales si bien qu’une forêt d’Aviernoz a été baptisée « le bois de la bataille « ! 

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En 1732, une mappe donne l’emplacement d’une église assez modeste au lieu-dit du « Crêt des Pierres ». Quand a-t-elle été construite ? Probablement après la séparation définitive de 1682. Elle se trouvait sur l’ancien cimetière encore matérialisé aujourd’hui par ses murs épais. L’historique de l’église avant la Révolution est méconnu. Mais des récits du curé Berlioz installé en 1785 nous racontent qu’à la Révolution le clocher a été décapité, les statues ont été brûlées et les citoyens montaient en chaire pour publier les différentes déclarations des Révolutionnaires ! La paroisse aura du mal a relever son édifice religieux après cette période tourmentée : l’évêque demande d’engager d’importants travaux à la cure, à l’église et au cimetière. La dernière réfection importante sera faite en 1829. Le 17 avril 1835, un Vendredi Saint, l’église subit un violent incendie. Le curé Domenjoud, nommé après cet incident, a enquêté et raconte qu’à l’issue de la célébration du matin, la lampe resta allumée près du reposoir vénéré ce jour là. Le grand vent qui régnait sur Aviernoz agita les rideaux qui ont été en contact avec la lampe. Devant l’impuissance de tous, l’église a été réduite en cendres. Aviernoz restera cinq ans sans sanctuaire car encore en 1838, aucune entreprise n’avait manifesté son intérêt pour le chantier en raison de l’accès difficile. Un nouveau débat s’ouvre alors : faut-il relocaliser l’église ? Finalement, elle ne sera déplacée que de quelques mètres et les travaux se dérouleront de 1840 à 1841. Les grandes sécheresses permettent aujourd’hui de dessiner le plan du sanctuaire et une croix marque, pour la postérité, l’emplacement de son chœur. Cette église n’a en fait servi qu’un demi siècle. On s’était très vite rendu compte qu’elle a été mal construite car des réparations sont à faire régulièrement. Finalement, en 1890, le conseil municipal étudie sa destruction au profit d’un nouvel édifice. Si le projet est très vite bouclé, ce n’est qu’en 1896 qu’il sera lancé et avec difficultés : l’évêque n’a pas été consulté pour son déplacement vers un autre hameau et se range derrière l’avis des paroissiens en y donnant un avis défavorable. Mais qu’importe, à partir de mai l’église est démolie sur ordre de la commune alors qu’elle est propriété de la paroisse ! Le nouvel édifice sera construit à 500 mètres de là, à côté de la mairie : c’est celui que nous connaissons aujourd’hui. Il sera achevé l’année suivante et donnera naissance à de nouveaux conflits entre les institutions civiles et religieuses. L’évêque devait la consacrer en 1901 mais la veille de la cérémonie il reçoit une lettre : le voilà interdit de pénétrer dans la commune ! C’est finalement son successeur qui le fera en 1932. Le sanctuaire a été construit dans un style néogothique et a été restauré en 1982. Elle se compose d’une nef unique et d’un transept qui accueille deux chapelles latérales. De part et d’autres du chœur, la sacristie et le clocher.

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Le clocher est doté d’une discrète horloge battant heures et demi-heures sur les deux cloches actuelles. L’histoire campanaire est malheureusement inconnue jusqu’à l’incendie de l’église en 1835. On sait simplement que la ou les cloches ont été la proie des flammes : leur bronze gisait au sol. Ce n’est qu’à partir de 1840 qu’on se préoccupe d’en commander une nouvelle. Pour ce faire on confie d’abord le métal restant à Claude Paccard, fondeur à Quintal. Après maintes discussion sur son poids, il réalisera une cloche de 952 kilos livrée le 25 août 1842. Cependant, la municipalité a complètement oublié de commander un beffroi pour la supporter ! Et les négligences ne s’arrêtent pas là : en 1850, le curé rappelle aux élus que le fondeur attend toujours son règlement. En 1877, au cours d’une mission, le curé de l’époque ouvre une souscription volontaire auprès des habitants pour commander une seconde cloche. Elle sera réalisée en 1878 par les frères Beauquis de Quintal. Il est inscrit sur celle-ci la mention suivante « sans impôt ». Elle ne restera pas longtemps dans le clocher de l’ancienne église car le 1er mai 1896, le maire ordonne la descente des deux cloches et compte bien faire appliquer sa décision aidé de deux gendarmes. Le trésorier de la paroisse s’y opposera « par la force ». Il finira menotté et emmené loin de l’église par la maréchaussée. La grosse cloche se retrouve fragilisée par ce déménagement. Au gré des sonneries dans son nouveau perchoir, elle se fêle et offre un son de plus en plus désagréable. Narcisse Métral-Bindoz, le sonneur, prit la peine de se rendre dans chaque foyer en leur priant de contribuer à la fonte d’une nouvelle cloche. Le succès fut double pour cet homme : on commande en 1956 à la fonderie Paccard une grosse cloche de 1500 kilos nommée « Marie Michel » et Narcisse en fut le parrain. Mais cette cloche a aussi sonné l’heure de sa retraite : on en profite pour doter le clocher de la fée électricité. Le texte de la grosse cloche le mentionne. Il indique également le nom du maire Marcel Ancrenaz, de son adjoint et des conseillers. On trouve aussi le nom de l’évêque Mgr Cesbron et du curé l’abbé Gerfaux. La cloche porte également la maxime certes classique mais ô combien significative « qu’elle pleure ou qu’elle chante, ma voix toujours prie ».

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Marie Michel

Paccard

1956

134

1500

Ré 3

2

Beauquis frères

1878

106.4

700

Sol 3

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Mes remerciements :
La commune nouvelle de Fillière et plus particulièrement Mme Catherine Mercier-Guyon, maire-adjointe.
La commune déléguée d’Aviernoz et plus particulièrement M. Yves Rubin-Delanchy, conseiller.
M. Bernard Convers, président de la Société d’Hisoire du Pays de Fillière, pour les informations historiques.

Sources & Liens :
Commune de Fillière
Bernard Convers, président de la Société d’Histoire du Pays de Fillière
Délibérations communales – Archives départementales de la Haute-Savoie
Clichés personnels (exception : vue aérienne des fondations de l’ancienne église – Bernard Convers)
Fonds privés
Relevé personnel

Annecy – Eglise Saint-Maurice (Pringy)

A quelques encablures du lac et de la vielle ville d’Annecy, la commune de Pringy a rejoint en 2017 avec quelques une de ses voisines la préfecture haut-savoyarde. Si elle fait désormais partie intégrante de la 29ème ville de France (en 2020), elle a été en réalité un village d’à peine 400 habitants jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. Cette localité très ancienne se trouve sur une colline délimitée par la rivière Fier et le Viéran, son affluent. Cette position permet à Pringy de bénéficier d’un bel ensoleillement qui a été prisé par plusieurs familles nobles qui y ont établis des places fortes. Il faut avant tout remettre les choses dans leur contexte : Annecy fut la capitale de la province du Genevois, avec comme épicentre le château de la vielle ville, résidence des comtes de Genève. Pringy se situait donc sur la route privilégiée entre deux cités importantes : Annecy et Genève. Cette route est déjà attestée à l’époque gallo-romaine ! Deux maisons fortes se sont installées à Pringy : le château de Promery et le Château de Monthoux. Au XIXème siècle, Pringy entame discrètement sa transformation avec la construction d’une voie de chemin de fer en 1884 et l’implantation d’une gare, toujours utilisée. Un énorme pont enjambe alors le Fier à la hauteur du hameau de Brogny, là ou quelques siècles auparavant est né un cardinal qui a murmuré à l’oreille des papes, Jean de Brogny. Au cours du siècle dernier, le tracé de l’autoroute passe de l’autre côté du bourg, et un échangeur sur la commune augmente considérablement son attractivité. En 1973, la commune de Pringy fusionne avec le celle de Ferrières, permettant à la commune de s’étendre vers la montagne de Mandallaz. De cette paroisse disparue à la Révolution ne subsiste aujourd’hui qu’une modeste chapelle.

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La paroisse de Pringy est dédiée à saint Maurice, patron de la famille ducale de Savoie. En 867, « Prinniacum » est donné à la famille de Thieteberge par Lothaire II, roi de Lotharingie. Toutefois, ce n’est qu’au XVème siècle qu’on commence à dessiner l’histoire d’une église paroissiale à Pringy avec des vitraux encore installés dans le chœur actuel. Deux siècles plus tard, elle est référencée dans le cadastre de Pringy. On peut imaginer de cet édifice un style roman avec des proportions semblables à l’église voisine d’Argonay. Des travaux sont faits sur cette église en 1703. En témoigne des gravures sur une pierre, toujours dans dans le chœur de l’église actuelle. Un clocher est ajouté à l’édifice en 1742. En 1826, le lieu de culte est la proie des flammes. Il sera profondément remanié et agrandi entre 1850 et 1860. Le style néogothique sera alors utilisé avec un chœur polygonal et une voûte caractéristique. En 1960, l’église est restaurée pour son centenaire et un narthex y est ajouté. En 1992, la flèche du clocher est déposée au profit d’une nouvelle charpente. Mais quatre ans plus tard, un tremblement de terre particulièrement violent détruit partiellement la voûte néogothique, qui sera aussitôt reconstruite avec soin, si bien que seuls les livres d’histoires portent la trace de cette secousse d’une magnitude 5,2 sur l’échelle de Richter !

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Tout comme l’église, l’histoire de la sonnerie est parsemée d’embûches. Ce n’est qu’en 1832 que la première mention d’une cloche est inscrite… sur la grosse cloche actuelle ! On imagine qu’en 1742, des cloches sont installées dans le nouveau clocher. Ces cloches, si elles n’ont pas été refondues à cause de fêlures, ont du être sacrifiées à la Révolution, comme l’histoire des communes nous l’apprend si bien, à presque chaque clocher. Comme indiqué précédemment, une cloche est fondue le 30 août 1832. L’actuelle grosse cloche reprend patiemment presque toutes ces inscriptions, sauf le fondeur qui n’est pas mentionné. C’est déjà un noble qui en a été le parrain : le Baron de Livet, résidant du château de Monthoux. Déjà, car en 1897, lorsque les cloches sont refondues, la petite cloche a été parrainée par le compte d’Asnières de Sales et un membre de la famille Raymond de la Grange. Ils ont tous les deux laissés leur blasons sur la petite cloche, en plus de leur nom.
Sur les 120’000 cloches réalisées par la fonderie savoyarde, elles comptent donc parmi celles… qui ont le moins voyagé ! A vol d’oiseau, la fonderie d’Annecy-le-Vieux ne se trouvait qu’à… 3’500 mètres ! La question reste à savoir : ont-elles pris le train d’Annecy à Pringy où se sont elles déplacées par les voies normales ? En effet, le principal argument de la fonderie Paccard pour un déplacement des fours de Quintal à Annecy-le-Vieux était le suivant : entre le second lieu et la nouvelle gare d’Annecy, les routes descendaient. Il était donc plus simple pour elles de rejoindre la voie ferrée. Quoi qu’il en soit, l’installation est encore « dans son jus ». Bien qu’électrifiées en 1933 déjà et figurant ainsi dans les premières sonneries électrifiées du département, elles ont conservées leur équipements d’origines : beffroi, jougs et ferrures. Seul le battant de la petite cloche vient d’être remplacé, cette dernière étant sollicitée quotidiennement pour les angélus : matin, midi et soir.

Nom Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

Fernande Marie 101 600 Sol 3
2 Françoise Marie Antoinette 80 300

Si 3

Georges et Francisque Paccard fondeurs à Annecy-le-Vieux 1897

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Mes remerciements pour cette visite :
La commune déléguée de Pringy pour les démarches, sous le mandat de M. Xavier Osternaud, maire délégué.
Le service patrimoine de la commune nouvelle d’Annecy et Mme Julie Leclerc, pour l’ouverture du clocher et son précieux temps accordé.
La paroisse Saint-Marc du Parmelan et son curé, l’abbé Gilles Chassé, pour les sonneries spéciales.
Mon ami Claude-Michaël Mevs dit « Quasimodo » pour l’aide apportée à la réalisation de ce reportage.

Sources & Liens :
Mairie d’Annecy
Eglise de Pringy
Clichés personnels
Fonds privé
Inventaire personnel avec le concours de Quasimodo Sonneur de Cloches.

Fillière – Eglise Saint-Maurice (Les Ollières)

A quelques pas du Plateau des Glières, le village des Ollières se trouve près d’un autre plateau reliant deux vallées du département : la Vallée de l’Arve et celle creusée par le Fier et le lac d’Annecy. Le millier d’habitants est venu former, avec quatre autres anciens villages, la commune nouvelle de Fillière. Dès lors, ce territoire couvrant une majeure partie de la rivière du même nom forme alors la plus vaste commune de Haute-Savoie, même devant Chamonix-Mont-Blanc et Sixt-Fer-à-Cheval pourtant réputées pour leurs grands espaces naturels.
La commune -aujourd’hui déléguée- des Ollières n’est pas la plus ancienne du département mais possède une histoire intéressante. De nombreuses hypothèses existent pour ses origines : cela aurait pu être un lieu propice aux potiers (du latin « olla ») ou à des plantations de légumes (oliris) voire même une terre dépendante d’une seigneurerie (aulearia). Au XIVème siècle, les Ollières sont la propriété de la famille Menthon de Lornay d’Aviernoz qui y possédait un château. Les Coppier, une autre famille noble, est aussi citée aux Ollières à cette même période. En 1508, une chapelle est construite sur la commune. Aucun indice ne permet de préciser si c’est une simple construction, ou une reconstruction. En 1682, les Ollières devient une paroisse distincte. Jusqu’à cette date, elle dépendait d’Aviernoz. A la Révolution, on imagine que le sanctuaire était dépouillé et délabré. En 1825, on fait appel à l’architecte savoyard Ruphy pour reconstruire la nef et le clocher. Le chœur gothique est conservé. La nef est simple et se termine par une tribune élégante. Au dessus d’elle s’élève le clocher qui fait bloc avec la charpente de l’église. En 2008, l’église est profondément restaurée. C’est aussi l’occasion de fêter son demi-millénaire. Les travaux seront bénis en grande pompe par l’évêque d’Annecy Mgr Yves Boivineau.

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Le clocher abrite aujourd’hui deux cloches, comme pour la majorité des villages savoyards. On imagine volontiers qu’à la Révolution, l’ancien clocher dont nous ne savons rien a été vidé de ses cloches, ou alors qu’une seule a été conservée. Malgré ces incertitudes, on sait que la paroisse passe commande à Louis Gautier d’une cloche. Elle sera réalisée lors d’un passage du fondeur basé à Conflans sur la commune de Groisy. En deux fontes distinctes, il donnera naissance à cinq cloches au total. La première fonte, le 7 septembre, sera pour l’église de Groisy : deux grosses cloches. Le 5 octobre suivant, trois cloches plus petites sont réalisées : deux cloches pour l’église de Cuvat et la troisième pour les Ollières. Cette dernière, dédiée à saint Maurice, patron de la paroisse, porte les noms de son parrain et sa marraine, François et Augustine Saillet. Elle porte aussi le nom du syndic, Jean-Claude Bévilliard. Cinq ans plus tard, une nouvelle cloche est commandée par la paroisse. Cette fois, c’est vers Quintal et Claude Paccard qu’on se tourne. Elle sera coulée le 16 juillet 1830. Ses quelques inscriptions indiquent qu’elle est vouée aux saints Maurice et Antoine. Le maire Nicolas Curzillat et son épouse Françoise ont parrainé la cloche. Le nom du curé est le même que pour la petite cloche : Joseph Vachet. Il est d’ailleurs inhumé dans cette même église qu’il fit reconstruire. Jadis à la corde, les cloches sont actionnées par la fée électricité depuis 1951. Elles égrènent infatigablement heures et demies. Les angélus sont sonnés sur la plus petite. Les messes sont annoncées par une volée de la grande cloche, accompagnée par des tintements de sa petite sœur aux baptêmes et mariages. Pour annoncer les décès et lors des sépultures, elles sont lancées à toute volée, tradition savoyarde oblige.

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Sts Maurice & Antoine

Claude Paccard

1830

103,2

630

Sol 3

2

St Maurice

Louis Gautier

1825

76,9

290

Si 3

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Mes remerciements nourris à :
Municipalité de Fillière, sous la direction du maire M. Christian Anselme.
Commune déléguée des Ollières et son maire délégué, M. Xavier Picot.
Mme Catherine Mercier-Guyon, maire-adjointe à la culture pour les démarches.
M. Bernard Convers, employé communal et historien pour la mise à disposition d’archives.

Sources & Liens :
Documentation sur l’église et les cloches des Ollières
Commune déléguée des OllièresCommune de Fillière
Bulletin municipal « Le Groisillien » n°5, Groisy – janvier 2010
Clichés personnels

Fonds privés

Cluses – Eglise Saint-Nicolas

Considérée comme l’une des capitales de la province savoyarde du Faucigny, Cluses est aujourd’hui une des grandes communes du département haut-savoyard : elle compte plus de 17’000 habitants. Cluses est aussi un lieu qui a fait l’histoire. On ne parlera pas là des sports d’hiver ou du domaine de la montagne mais plutôt de domaines industriels. Si la vallée de l’Arve est considérée comme « capitale du décolletage » (industrie usinant des pièces de révolution), Cluses en est le poumon. La cité est aussi réputée pour son passif horloger : dès le XVIIIème siècle, l’agriculture se retrouve chamboulée par ce nouveau métier, à tel point qu’en 1848 est créé l’école nationale d’horlogerie, aujourd’hui lycée Charles Poncet et surnommé « l’Horlo » par ses élèves. A cette date pourtant, la cité clusienne ne comptait que deux milliers d’habitants. D’anciennes photographies montrent une plaine vide, avec quelques communes bien distinctes. Aujourd’hui, elles se sont comme rapprochées, offrant un pôle urbain et industriel non négligeable pour la vallée.

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L’actuelle église Saint-Nicolas n’a jamais été destinée à recevoir les prières de la paroisse de Cluses. Bâtie pour la communauté franciscaine, elle a été consacrée en 1485. Elle faisait suite à une bulle papale de 1471 autorisant l’installation des religieux dans la ville. Cet édifice était alors à l’écart du bourg. La paroisse avait sa propre église plus proche de l’Arve. La création de la paroisse remonterait au VIIIème siècle, sans grandes certitudes. Le plus ancien curé est mentionné en 1247. L’église paroissiale, toujours debout, a été reconstruite entre 1733 et 1736. A la Révolution, le couvent est fermé et pillé. Le sanctuaire devient un dépôt et les bâtiments conventuels abriteront plus tard l’administration communale. L’église paroissiale retrouvera ses fidèles une fois la Terreur terminée mais pour un temps seulement. En 1844, un incendie détruit le bourg. L’église sera partiellement détruite mais le couvent, en marge du bourg, intact. Les paroissiens choisissent alors de déplacer leur église. Voilà que celle des cordeliers retrouve sa vocation première en 1847, non sans quelques rafraichissements. L’ancienne église sera vendue en 1888 à un horloger avant de perdre son clocher au début du XXème siècle. Elle existe toujours aujourd’hui et sert encore d’entrepôt. Pour la « nouvelle » église Saint-Nicolas, d’autres travaux seront menés au cours du XXème siècle : le clocher sera réhaussé (on en reparlera avec les cloches) mais une grande partie des bâtiments conventuels sont rasés, permettant la construction de l’actuelle mairie, inaugurée en 1903. Dans les années 1960, l’architecte Maurice Novarina sera chargé de repenser la décoration intérieure dans l’esprit du concile Vatican II demandant d’épurer la décoration intérieure des églises. Parmi les pièces remarquables encore présents dans le sanctuaire, on s’attardera sur le magnifique bénitier et de ses sculptures soignées ainsi que sur les fonds baptismaux, rescapés de la Révolution. 

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Qui dit horloges, dit cloches. Pour raconter exhaustivement l’histoire campanaire de Cluses, il faudrait écrire un véritable roman ! Vous l’avez compris, la communauté paroissiale de Cluses s’est déplacée d’une église à l’autre. Dans ce qui est aujourd’hui l’ancien sanctuaire, des cloches sont mentionnées au XVème siècle déjà, lors d’une visite pastorale. On raconte aussi qu’à la Fête-Dieu 1618, elles ont aussi sonné pour les victoires du Duc de Savoie sur la frontière italienne. Le 30 octobre 1735, on réinstalle des cloches dans le clocher de l’église reconstruit. En 1772, il est à nouveau au centre des discussions : il doit être réhaussé. Louis Léonard de Morteau et Mathis Riguelte réalisent quatre nouvelles cloches. Une cinquième, plus ancienne, est conservée. Cependant, voilà que vingt ans après les cloches doivent être descendues. A l’église paroissiale, on en descend quatre pour en laisser une cinquième dans la tour. Plus tard, sa descente sera aussi discutée, mais jamais ordonnée. Au couvent des Cordeliers, on descend les cinq avant de décapiter le clocher. Toutes ces cloches sont emmenées à Bonneville dans le but d’être cassées. La résistance fut telle qu’une partie d’entre elles sera préservée. A la première clairière, certaines sont revendues pour des paroisses qui se retrouvent sans cloches. C’est ainsi qu’encore aujourd’hui, le clocher de Margencel, près de Thonon-les-Bains, se retrouve doté d’une des cloches fondues pour Cluses en 1772. 

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Au XIXème siècle, le clocher de l’église paroissiale, seul élément sonore, conserve un témoin de l’Ancien Régime et pas des moindres : une cloche de 1685. Comme indiqué plus haut, celle-ci n’a jamais été descendue. Ses origines sont mystérieuses : elle porte sur son flanc des inscriptions indiquant qu’elle a été fondue pour la ville suisse de Nyon, distante de 85 kilomètres ! Comment expliquer son arrivée à Cluses ? Nul ne sait. En 1840 et 1841, elle est rejointe par deux cloches fondues par les frères Paccard : d’abord une plus grosse, puis une plus petite. La fonderie avait déjà collaboré avec la ville en 1832 pour la fonte d’une cloche de 30 kilos au Collège Royal, aujourd’hui disparu. Pour celles de l’église, les frères Bulliod avaient manifestés leur intérêt : en témoigne des échanges avec l’intendant du Faucigny. S’ils n’ont pas réussis à travailler pour Cluses, ils ont néanmoins collaborés avec deux paroisses limitrophes : Scionzier (1 cloche, 1844) et Arâches (5 cloches, 1840). Le lendemain de l’incendie de 1844, les cloches sonnent toujours pour l’angélus matinal. Cluses est soulagé : elles sont intactes ! A la Fête-Dieu 1887, la grosse cloche de 1840 sonne creux : elle est déjà fêlée. En 1892, la génération suivante des Paccard livre une nouvelle grosse cloche, à la fois qualitative par sa puissance sonore que par la finition de ses décors. Entre 1924 et 1925, les municipalités de Cluses et Nyon correspondent de manière nourrie : la cloche de 1685 semble être fêlée et doit être remplacée. Dans une habile manœuvre, il est proposé que Nyon retrouve sa cloche perdue. La transaction sera faite et la cloche retrouvera ses terres natales. Elle est aujourd’hui installée au château de Nyon. En lieu et place de cette cloche, Cluses en finance une nouvelle dédiée à sainte Thérèse de Lisieux, canonisée la même année. Pour l’occasion, la sonnerie change de clocher ! En effet, les cloches n’ont pas déménagé avec les fidèles en 1847 car il fallait reconstruire le sommet du clocher de l’ancien couvent. Entre temps, elles sont restées agrippées à l’ancienne nef de la première église Saint-Nicolas. Le tour d’horizon ne serait pas complet si on omet de citer la quatrième cloche de l’église. Située dans le clocheton du chœur, cette dernière est aujourd’hui muette car non électrifiée. Les archives sont muettes quant à son achat et son accès est impossible sans déployer d’importants moyens pour notre sécurité. En photographiant la cloche du plancher des vaches, on arrive néanmoins à contempler une Vierge et un Calvaire typiques des ateliers Paccard du XIXème siècle.

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Sts Nicolas & François

G&F Paccard

1892

153,4

2’150

Do3

2

Ste Thérèse de Lisieux

Les Fils de G. Paccard

1925

119

1’000

Mi3

3

Ste Vierge

Frères Paccard

1841

101,3

625

Sol3

4

Inconnu

Paccard ?

XIXe

~63

~150

Ré♯4

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Mes remerciements à :
M. Jean-Philippe Mas, maire de Cluses, pour son aimable autorisation.
M. Pierre Gallay, adjoint au maire, pour son accompagnement au clocher.
Mme Laure Ispri-Oldoni, conseillère déléguée au patrimoine, pour les démarches et l’accompagnement au clocher.
M. l’Abbé Alexandre Dinety, curé de la paroisse, pour l’accompagnement au clocher et les sonneries exceptionnelles hors célébrations.
Mme Florence Poirier, directrice du musée de l’horlogerie et des archives municipales, pour l’ouverture des archives et l’aide apportée.
M. Olivier Ayet, chef de cabinet de Monsieur le Maire, pour les démarches auprès des différents élus et services.
Mon ami Claude-Michael Mevs dit « Quasimodo » pour l’aide à la réalisation de ce reportage et les moments d’amitié.

Sources & Liens :
Mairie de Cluses
Paroisse Saint-Bruno en Vallée d’Arve
Archives municipales de Cluses
Mémoires & documents publiés par l’Académie Salésienne, Tomes XI (1888) et XII (1889)
Clichés personnels (sauf mentionné)
Relevé personnel

Châtel – Carillons et Chapelles

Le village de Châtel est installé au fond de la vallée d’Abondance. C’est sur son territoire que va naître l’une des trois Dranses du Chablais savoyard. Si la paroisse naît au XVIIème siècle d’une simple chapelle fondée plusieurs siècles auparavant, d’autres édifices et monuments religieux ont aussi été édifiés, signe de la piété des habitants de la commune, ou encore, tout récemment, de nouveaux instruments campanaires. Dans cette vidéo, je vous propose une promenade pour les découvrir :

Mais avant cela, voici l’église Saint-Laurent, au centre du village. Elle est non seulement l’église mère de la commune mais aussi son premier carillon. D’une simple cloche fondue en 1634, le clocher en abritait trois après la Révolution. En 1922, la sonnerie s’étoffe grâce à l’ajout de nouvelles cloches dont la plus grosse de la vallée : Sainte Jeanne d’Arc, 1’544 kilos. Un clavier a aussi été installé dans la tour. Enfin, en 2002, de nouvelles cloches sont installées, portant sa tessiture à 13 cloches, soit un peu plus d’une octave. La suite est à lire sur l’article dédié.

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Face a l’église, une sculpture musicale prend place, dirigée vers la vallée. Séparée en deux parties qui veulent se rejoindre à l’image de la fresque sur la Création de la Chapelle Sixtine, elle symbolise l’amitié franco-suisse unissant Châtel et Morgins séparées par une frontière. Voilà que le nom de la sculpture est tout trouvé : « Frontière« . Initialement prévu au hameau de Vonnes, dont on présentera plus loin la chapelle, le lieu retenu est finalement la grande place de l’église. Afin de ne pas créer de doublons, la programmation a été « harmonisée » avec l’église : les deux carillons joueront à des heures différentes leur propre répertoire : religieux à l’église et profane sur « Frontière ».
Né en 2017 sur l’impulsion du maire Nicolas Rubin, le projet voulait honorer les 70 ans de la station. La silhouette a été imaginée par Jean-Marc Bonnard, habitué des réalisations « Ars Sonora ». Une souscription est ouverte et permet de rassembler près de 125’000€ grâce à 155 donateurs. La région a aussi apporté son soutien avec une enveloppe de 15’000€. La commune a pris en charge le reste, à hauteur de 261’000€. Les 28 et 29 septembre 2018, les premières cloches sont coulées à Châtel même par la fonderie Paccard, offrant un lot d’animations avec pour thématique centrale l’art campanaire. Le 4 août 2019, durant la fête patronale, le carillon est béni par Mgr Jean-Paul Gobel, nonce apostolique émérite et prêtre du diocèse d’Annecy. La célébration est suivie par une cérémonie civile, en présence de nombreux élus et du préfet du département.
Le carillon de compose de 26 cloches. La plus grosse, un do5, pèse 65 kilos et la plus petite, un ré7, en pèse 12. Il couvre deux octaves plus une note pour un poids total de 730 kilos de bronze. La structure à elle seule avoisine les six tonnes !

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Au fond de la vallée, en plein cœur de la montagne à 1’600 mètres d’altitude, le hameau de Plaine-Dranse vit hiver comme été. Tantôt au son des skis glissant sur la neige, tantôt grâce au bruit plus sec des dérapages parfois acrobatiques des vététistes. C’est grâce au curé de Châtel, l’Abbé Milloux, que la chapelle Notre-Dame-des-Neiges voit le jour entre 1959 et 1960. Elle remplace un oratoire. C’est Claude Séchaud qui en dessinera les plans ainsi que les vitraux avec pour thème le Rosaire. Cette chapelle permet donc aux skieurs une pause spirituelle tout en étant un phare pour les paysans l’été ainsi que pour les randonneurs.
Adossée à son rocher, la chapelle ne possédait pas de cloche. A l’occasion du Théléton 2003 et dans l’élan de l’agrandissement du carillon de l’église, voici que la chapelle se dote de son propre instrument qui comporte 12 cloches pour les 12 communes de la station des « Portes du Soleil », aussi bien en France qu’en Suisse. Le rocher, fièrement dressé, servira donc de clocher. Les cloches sont accrochées sur un support métallique discret. C’est le maire de la Chapelle-d’Abondance, Bernard Maxit, qui dessinera les plans de la structure qui sera alors nommée « Edelweiss« , en hommage à l’emblématique fleur de montagne. L’instrument est formé de 12 cloches réalisées par la fonderie Paccard. La plus grosse, un do5, pèse 65 kilos et la plus petite, un mi6, en pèse 20.

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Plus en aval de la Dranse, une autre chapelle se trouve près d’un énorme rocher : la chapelle Saint-François-de-Sales-et-Sainte-Jeanne-de-Chantal de Très-les-Pierres. Bâtie en 1784, elle commémore un éboulement qui a épargné le hameau. Elle est vouée à deux saints bien connus dans nos vallées : le premier fut évêque de Genève-Annecy entre 1602 et 1622. La seconde fut, avec lui, fondatrice de l’Ordre de la Visitation. La chapelle affiche un style très sobre et a bénéficié d’une restauration avec soin il y a quelques années. On y trouve notamment des représentations de ses saints patrons.
La cloche est très mystérieuse : elle affiche la date de 1759 : elle est donc antérieure à la fondation de la chapelle ! Ses inscriptions sont très lacunaires et donnent cependant quelques informations supplémentaires : « D E O . V O X . C L A M A N T I S . P P O R. DO. DO. P E T. F A V R E . 1 7 5 9 ». On comprend donc que « sa voix crie » dans le désert, à l’image d’une prophétie d’Esaïe : on peut penser que c’était une cloche qui appelait. La seconde ligne fait référence d’un certain « Prévôt et Père Pierre Favre ». De nombreuses hypothèses peuvent naître puisque la cloche est antérieure à la chapelle. Parmi elles, on peut se demander comment elle est arrivé ici et quelle était sa destination initiale ? Le seul indice est le nom du prêtre et son titre de prévôt, signifiant qu’il était à la tête d’une communauté canoniale collégiale ou cathédrale. Un travail de recherche permettra d’en savoir plus sur lui, mais il sera certainement difficile de retracer l’histoire complète de la cloche.

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Enfin, au sommet du village, près du Pas de Morgins et donc de la frontière, le hameau de Vonnes est installé autour de son lac et de sa chapelle Notre-Dame-des-Neiges-Saint-Bernard-et-Saint-Martin. Elle a été fondée en 1630 par les prêtres de la Chapelle-d’Abondance et jouissait d’une réputation réparatrice contre le rachitisme chez les enfants. En 1886, on ajoute à la chapelle un vestibule et un clocher qui sera lui-même dotée d’une cloche, malheureusement inaccessible. Son caractère très cristallin et limpide ressemble en tout point à des cloches contemporaines de la fonderie Paccard. Sonnant le do dièse 4, elle pèserait environ 250 kilos. On connaît cependant ces parrain et marraine : André Grillet et Anne Crépy. Aucune archive ne témoigne de la fonte de cette cloche…

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Mes remerciements à :
M. Nicolas Rubin, maire de Châtel, pour son aimable invitation.
Mme Morgane Hay, responsable du service culture et patrimoine de la mairie.
Me Pascal Krafft, campanologue à Ferrette (68) pour son aide précieuse sur la cloche de Très-les-Pierres.
Mon ami Claude-Michaël Mevs dit « Quasimodo« , pour son amitié et son aide précieuse.

Sources & Liens :
Concours « Châtel Ville Sonnante » 2020
Archives municipales – Service culture et patrimoine
Inventaire personnel
Clichés personnels – Sauf mentionné
Châtel
Mairie de Châtel