Saint-Etienne-de-Cuines – Eglise Saint-Etienne

A l’est du massif de Belledonne, montagnes entre Isère et Savoie, Saint-Etienne-de-Cuines est un village de Maurienne situé dans une vaste plaine, dite « de Cuines », où se sont développés depuis fort longtemps de nombreuses communautés. Lors de ma visite à Sainte-Marie-de-Cuines, village voisin, je vous ai présenté les prémices des deux communes. Pour rappel, la paroisse de Sainte-Marie remonte au XIème siècle et est légèrement antérieure à celle de Saint-Etienne. Essentiellement agricole, cette dernière connaitra un véritable essor grâce à la transformation d’un moulin en fabrique de pâtes alimentaires : « Les pâtes La Lune » de renommée internationale. Pourtant, quelques années auparavant, la commune était encore dans l’ombre : les voies de communication passaient de l’autre côté de la rivière Arc et il était compliqué pour ses habitants de la rejoindre. 

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L’église Saint-Etienne semble ancienne : la paroisse est citée pour la première fois en 1129. On sait aussi que Guillaume de Montmayeur, propriétaire du Châtelet et de la Tour forte de Gruyères, emblématiques bâtiments de la commune, avait fondé une chapelle Notre-Dame de Pitié dans l’église qui abritera ensuite sa sépulture. A la fin du XVIème siècle, le sanctuaire est mis à mal lors de l’occupation de la Maurienne. C’est à ce moment là qu’elle perdit ses reliques. Nous perdons ensuite de vue l’histoire religieuse de la commune. On peut imaginer aisément que l’église a été reconstruite au XVIIème siècle avant d’être à nouveau ruinée à la Révolution. Les suppositions laissent place aux faits en 1845 : l’église est partiellement reconstruite car jugée exiguë et délabrée. Mais en 1858, un glissement de terrain fragilise déjà l’édifice qui retrouve plusieurs de ses murs fissurés. Le retable principal représente saint Etienne, patron de la paroisse, sous les traits des frères Gilardi qui l’ont confectionné en 1863-1864. Les deux chapelles latérales sont dédiées à Notre-Dame du Rosaire pour l’une, et saints Antoine pour l’autre : saint Antoine l’Abbé et saint Antoine de Padoue. La façade de l’église a été restaurée en 1959.

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Le clocher, installé près du chœur, est surmonté d’une timide flèche, qui remplace depuis 1952 un toit demi-bulbe. Au dernier niveau, un beffroi en bois permet à quatre cloches de sonner : elles sont disposées chacune dans une fenêtre de la tour. Côté nord, une cloche va retenir notre attention : elle porte sur son flanc la date suivante : M V LX. Il faut très certainement comprendre 1560, eu égards aux caractères gothiques. Elle semble avoir survécu à l’occupation de la Maurienne qui eut lieu quelques années après. Quoi qu’il arrive, elle a certainement été fondue pour cette paroisse : elle est vouée à saint Etienne, patron, tout en portant les effigies de saint Antoine (aussi présent dans l’église), saint Jean-Baptiste, les saints Pierre et Paul, sans oublier la Vierge et le Christ. Elle porte aussi une inscription « Salvaterre », comme beaucoup de cloches de la même époque. Ses trois sœurs sont plus récentes et leur fonte s’étale sur presque deux siècles : en 1805, les Gautier et Vallier, originaire de Briançon, réalisent la petite cloche dédiée à saint Joseph. Peut-être qu’au lendemain de la Révolution, ce n’était pas la seule venue aux côtés de la cloche historique. En 1872, les frères Paccard confectionnent la plus grosse cloche, caractérisés par ses décors soignés. Elle est vouée à la Vierge Immaculée, saint Etienne et saint Joseph. Enfin, en 1988, la fonderie Paccard réalise la cloche numéro deux, également dédiée à saint Etienne. Il est presque évident qu’elle en remplace une plus ancienne, en témoignent l’ancienneté du beffroi et les traces d’anciens paliers dans sa travée. Les oreilles les plus sensibles pourront peut-être s’étonner de la ligne nominale atypique : on remarque volontiers que la cloche historique hésite entre le do dièse et le ré, hésitation amplifiée par ses harmoniques caractéristiques des anciennes cloches. Il convient aussi de préciser que l’ajout de nouvelles cloches au compte goutte n’a pas arrangé la situation.

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Vierge Immaculée, St Joseph, St Etienne

Frères Paccard

1872

85.4

350

Si ♭ 3

2

St Etienne

Paccard

1988

75.8

275

Do 4

3

St Etienne

inconnu

1560

68.2

200

Ré ♭ 4

4

St Joseph

Vallier & Gautier

1805

55.4

90

Mi 4

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Je remercie chaleureusement :

  • M. Dominique Lazzaro, maire, pour son aimable autorisation.
  • M. Monique Emin, ancienne élue, pour son accueil et sa disponibilité.
  • Mon ami Loris Rabier « Les Cloches Mauriennaises » , habitant la commune, pour son aide.
  • Mon ami Aurélien Surugues, de Dijon, pour son aide.

Sources & Liens :

 

En étroite collaboration avec la page instagram « Les Cloches Mauriennaises » 

Nâves-Parmelan – Eglise Saint-Eugend

A seulement un jet de pierres de la ville d’Annecy, Nâves-Parmelan est un village d’un milliers d’âmes. Il offre un lieu de vie calme avec, cerise sur le gâteau, un panorama sur la préfecture haut-savoyarde et son célèbre lac ! La commune est délimitée au sud par le Fier, rivière qui descend des Aravis avant de rejoindre, plus loin, le Rhône. Au nord, le Mont Lachat et les Pierres des Trois Croix marquent également ses limites. Légèrement plus loin trône le Parmelan, montagne de référence pour tout annécien. S’il prête son nom à la commune, c’est en raison de sa majesté qui, chaque matin, met le Mont Lachat dans l’ombre. C’est également une homonymie avec de nombreux hameaux de la région et une commune savoyarde que le conseil municipal eut à cœur, en 1935, de faire référence à ce sommet des Aravis. 

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L’actuelle église de Nâves est dédié à saint Eugend, vocable rare dans nos contrées. Pourtant, on ne parle pas là d’un saint de l’autre bout du globe : on parle d’un enfant, entré très jeune à l’Abbaye de Saint-Claude, dans le Jura. Celui qui choisit de dédier la vie à la prière, sera élu quatrième abbé de cette même abbaye et sa sainteté fut telle que la commune prit d’abord son nom, orthographié « Saint-Oyend », avant de préférer « Saint-Claude ». L’église de Nâves remplit les caractéristiques typiques d’une églises du XIXème siècle avec sa silhouette néogothique. Elle remplace une ancienne église, bâtie au centre du cimetière actuel. Alors que la Savoie devenait française, le premier maire de la commune lance un appel aux dirigeants : cette église et son village sont en ruines ! On ne sait pas trop la suite des événements, si ce n’est que le 10 juin 1872, la nouvelle église, celle que nous connaissons, est consacrée par l’évêque d’Annecy. 

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Sous la flèche du clocher, deux cloches rythment inlassablement la vie du village. Fondues en 1960, elles n’ont voyagé que sur quelques kilomètres : elles proviennent des fours de la fonderie Paccard alors installés à Annecy-le-Vieux, juste de l’autre côté du Fier. Leur fonte n’a malheureusement pas été désirée : le clocher a été la victime collatérale d’un incendie. La faute à une femme dénommée Alphonsine Ballansat. Réputée instable, elle répétait souvent à tout le village qu’un jour, elle mettrait le feu au clocher. Tout le monde en rigolait. Jusqu’à ce jour, en 1959, où elle mit le feu à sa grange, à seulement quelques mètres de celui-ci. Le vent présent ce jour là emportait les braises jusqu’à la flèche du clocher qui se mit à se consumer, à son tour. Pour le village, une heure sombre se vivait. Le curé était là, au pied de la tour, les mains jointes : il priait. A un moment, les deux cloches tombent dans un fracas : elles sont perdues à tout jamais. L’une datait de 1691 et portait le joli nom de « Bonaventure ». Elle était classée depuis 1943. L’autre cloche, un peu plus grosse, datait probablement du XIXème siècle. 
Le drame aurait pu avoir une plus grande ampleur car l’église n’a pas été touchée. Mais la perte aurait pu être plus grande si Charvonnex ne se serait pas mêlé d’un affaire de cloche. Quel est le rapport, me direz-vous ? A la Révolution, ou plutôt au lendemain de celle-ci, les cloches étaient rendues aux paroisses qui étaient désireuses de récupérer une cloche, si possible la leur. Voilà qu’une cloche de 1630 offerte par la Collégiale d’Annecy à Charvonnex est attribuée à Nâves ! Installée aux côtés de la cloche Bonaventure, elle est récupérée par ses propriétaires mis au courant de l’erreur. Nâves se retrouve alors privé d’une cloche, qui, heureusement, sonne toujours dans son clocher natal : Charvonnex.
Les deux cloches « Marie Cécile Clémence » et « Marie Françoise » prennent place dans la tour, reconstruite. Elles sont toutes deux marquées des noms du Pape régnant, Jean XXIII, aujourd’hui saint, et de l’évêque de l’époque, Mgr Auguste Cesbron. Elles portent aussi les noms du curé, l’Abbé Constant Orsat et du maire, Louis Paulme. On ne peut pas oublier leurs parrains et marraines respectifs : l’Abbé César Eminet et Nathalie Panisset pour la plus grande, dédiée à saint Eugend ; Mathieu Marie Moene et Françoise Bastard-Rosset pour la plus petite, dédiée à la Vierge et à saint François de Sales.

Nom

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Marie Cécile Clémence

94.8

550

La ♭ 3

2

Marie Françoise

76.1

275

Do 4

Fonderie Paccard – A. D. 1960

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Je remercie chaleureusement :

  • M. Christophe Poncet, maire, pour son aimable autorisation.
  • M. Gérard Eminet, maire-adjoint de la précédente mandature, pour l’organisation du rendez-vous.
  • Mme Monique Duret-Désert, sacristine, pour son accueil et ses anecdotes.

Sources & liens :
Mairie de Nâves-Parmelan
Nâves-Parmelan
Paroisse Saint-Marc du Parmelan
Mairie de Charvonnex
Clichés personnels
Fonds privés

La Giettaz – Eglise Saint-Pierre-aux-Liens

A la fois village typique et station de ski…
Au fond d’une vallée creusée par l’Arrondine, torrent parfois sévère, La Giettaz est un village de 400 habitants à l’année, chiffre qui peut tout à fait s’envoler, surtout en hiver. La station est en effet reliée à celle de Megève et à un jet de pierres d’autres domaines prestigieux comme par exemple la Clusaz, grâce au col des Aravis. Ce dernier, ouvert toute l’année, permet de rejoindre la Haute-Savoie. En suivant le fil de l’eau, il est possible de rejoindre la Combe de Savoie. La Giettaz ne se cantonne pas qu’aux sports d’hiver : les nombreuses montagnes qui l’entourent permettent aux randonneurs de découvrir le village autrement, ainsi qu’un pan tout entier des Aravis, grand massif se partageant les deux départements savoyards. 

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Une église intégralement reconstruite
Au cœur de la Giettaz, sur un léger replat, se trouvent l’église, la mairie, la poste, et l’école ainsi que quelques commerces. Si l’église date du milieu du XIXème siècle, la vie religieuse ne commence pas à cette époque mais au XIIème siècle : le prieuré de Megève assure les services religieux l’été à la Giettaz. En 1390, l’antipape Clément VII, un savoyard, autorise la Giettaz à bâtir sa propre église. Ils choisiront comme patron saint Pierre, apôtre et, selon la tradition, premier pape. Souvent remanié, l’édifice a été aussi malmené. Ce fut le cas à la Révolution. Alors que la paroisse peinait à panser les plaies d’une église jugée trop petite, décision est prise de la raser en 1846 pour en reconstruire une plus grande, au même emplacement. Le 21 juin 1851, l’édifice est consacré par l’évêque d’Annecy. Car la paroisse de la Giettaz ne dépend pas de l’archevêque de Chambéry, comme la (presque) totalité des paroisses du département, mais bien de son homologue haut-savoyard. L’édifice religieux est un bel exemple de l’art baroque tardif, en témoigne par exemple son bulbe, ajouté en 1852. A l’époque, en tout cas en Savoie, on ne construisait plus en utilisant cet art initié par saint François de Sales et sa contre-réforme. Par exemple, le retable baroque, daté de 1725, se trouvait dans l’ancienne église. Il a été adapté au sanctuaire actuel. Les fresques de la coupole et du chœur sont signée de Clément Giacobini. Notons qu’elles ont été restaurées avec gout en 1999 et 2004. Tout récemment, l’ensemble des façades de l’église ont été reprises, rajeunissant presque ce bâtiment séculaire.

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Une cloche pour l’an 2000
Nous somme le 21 octobre 1999. Le jeudi, à la fonderie Paccard, c’est jour de coulée. Dans le four, le bronze en fusion monte en température. Il se prépare à rejoindre les moules, fins prêts. L’un d’eux donnera naissance à « Aurore », cloche marquant le Jubilé de l’an 2000 à la Giettaz. D’un poids de 380 kilos, elle rendra hommage à tout ceux qui se sont cotisés pour elle, mais aussi à une ancienne cloche. Antérieure à la Révolution, celle-ci était fêlée depuis fort longtemps. En 1957, son bronze a été racheté par cette même fonderie pour financer l’électrification des trois autres cloches. Elle figurait parmi les quatre cloches en place en 1792 : les deux premières ont été descendues pour être emmenées à Sallanches par cinq giettois. Elles pesaient 500 et 231 livres. La troisième a été cachée dans un champ au lieu-dit l’Abbaye. La dernière, la fameuse cloche vendue en 1957, était « tolérée » au clocher pour sonner le tocsin et les assemblées. Difficile d’en savoir plus sur le patrimoine campanaire antérieur. Nous savons simplement qu’en 1670, le clocher est rénové une première fois, et avec lui le beffroi supportant les cloches. En 1774, une nouvelle campagne de restauration a lieu, mais simplement sur sa toiture. 
Dans le nouveau clocher, une première cloche est ajoutée par la fonderie Paccard en 1858. Elle répond simplement au nom de « Marie » et prie l’intercession de saint Pierre, patron de la paroisse. Elle rejoint donc ses deux aînées. 36 ans plus tard, on refond la seconde cloche, antérieure à la Révolution. Elle datait de 1780. Elle prendra le nom de « Anne » mais ses anciennes inscriptions figurent toujours sur la cloche, décorée avec soin. Face à elle, « Elisabeth » a quitté la fonderie en même temps qu’elle, redonnant ainsi au clocher de la Giettaz le même nombre de cloches que décrit avant la Révolution Française. 

Nom

Fondeurs

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Marie

Frères Paccard

1858

125

1250

Mi 3

2

Anne

G&F Paccard

1894

107,8

760

Fa ♯ 3

3

Elisabeth

G&F Paccard

1894

96,5

530

Sol ♯ 3

4

Aurore

Fonderie Paccard

1999

84

380

La ♯ 3

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Je remercie chaleureusement :
Monsieur le maire Noël Bibollet, en fonction lors de ma visite, pour son aimable autorisation.
Monsieur Pradel, responsable des services techniques, pour son accueil.
Mon ami Claude-Michael Mevs dit « Quasimodo » pour l’aide apportée à l’inventaire des cloches.

 

Sources & Liens :
La Giettaz
Mairie de la Giettaz
La Giettaz et son patrimoine – Secrets de clocher
Fonds privés
Relevé personnel
Clichés personnels

 

Menthonnex-en-Bornes – Eglise Saint-Laurent

A la croisée des chemins
Entre les Aravis et le Salève mais aussi entre le Lac d’Annecy et Lac Léman, le plateau des Bornes offre un beau panorama sur les nombreuses montagnes environnantes. Ce grand plateau est légèrement creusé par des petits ruisseaux qui formeront de concert le torrent des Usses, une rivière qui peut se montrer parfois virulente. Menthonnex-en-Bornes se situe presque au centre des Bornes. Son territoire est en partie délimité physiquement par ce torrent qui prend sa source à seulement quelques mètres de là. Au gré des différentes routes qui jalonnent la commune, des habitations sont parfois regroupées en hameau ou parfois solitaires. Le chef-lieu s’organise au sud-ouest de la commune, à un jet de pierre de Villy-le-Bouveret. Un village qui a partagé une destinée similaire, sinon commune, à celle de Menthonnex. 

Une famille noble
Au nom de la commune est rattaché celui des Menthonay. D’ailleurs, elle emprunte encore aujourd’hui le blason de cette famille. Il semble qu’au Moyen-Âge, cette famille y règne comme seigneurs. Deux membres de cette famille auront une carrière ecclésiastique : Jacques, pseudo-cardinal (cardinal créé par un antipape d’Avignon) et Guillaume, évêque de Lausanne. Tout deux étaient en fonction vers la fin du XIVème siècle. Une de leur deux maisons-fortes, celle du Turchet, est encore en ruines au hameau de Chez les Maîtres. De cette seigneurie, un acte est posé en 1344 par un autre Guillaume : une reconnaissance féodale envers le comte de Genève, signifiant ainsi l’appartenance de Menthonnex-en-Bornes à la province savoyarde du Genevois. 

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Une ancienne paroisse
En 1275, la paroisse de Menthonnex est mentionnée comme indépendante. Le 20 juillet 1486, sous l’épiscopat de François de Savoie, un édifice religieux est consacré : ce n’était probablement pas le premier. En 1607, saint François de Sales, à son tour évêque de Genève, visite la paroisse. Il trouve une église dans un état moyen et demande aux paroissiens de s’empresser de faire des réparations. Ses successeurs donneront également des directives similaires en 1655 et 1687. En 1701, la paroisse retrouve toute son autonomie après une longue période de « vie commune » avec Villy-le-Bouveret. Dans les années 1710, les réparations préconisés par les évêques sont enfin réalisées, mais cette opération sera déjà à réitérer en 1787 : la foudre a frappé et endommagé l’édifice religieux. Au début du XIXème siècle, c’est un édifice délabré qui accueille les paroissiens. Contrairement à la plupart des sanctuaires du diocèse, il ne sera pas encore reconstruit car il est jugé assez vaste compte tenu de la population s’y rendant. Néanmoins, des réparations urgentes auront lieu sur le toit en 1825. Le sanctuaire sera alors jugé en « bon état » mais avec quelques réparations mineures à effectuer. Après le rattachement de la Savoie à la France de 1860, Menthonnex profite des largesses de ce nouveau régime pour entamer des discussions sur une rénovation ou une reconstruction. L’architecte Pompée proposera une église restaurée et agrandie. Comme tout projet, il fut matière à de nombreuses discussions, mais le temps pressait. La nouvelle église se fera sans Pompée qui a démissionné pour être remplacé par un géomètre du nom de Bessonis. Ce dernier a révisé les plans de l’architecte au profit d’un chantier d’une plus grande ampleur : le clocher, reconstruit fin XVIIIème, sera conservé, la nef sera rehaussée et le chœur refait à neuf. Le 17 mai 1868, voilà que les travaux sont lancés. En 1869, la commune sollicite le gouvernement pour payer l’excédent de la facture en dénonçant de nombreuses malfaçons. Ce n’est que le 17 mai 1872 que l’évêque d’Annecy, Mgr Magnin, consacrera le lieu de culte dédié à saint Laurent. A la fin du XIXème siècle, des modifications et réparations sont encore à l’ordre du jour dans le chœur et sur la toiture.

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Une rébellion à la Révolution
En 1766, la commune sollicite Jean-Claude Livremont, fondeur jurassien établi à Thonon pour refaire la grosse cloche, cassée, ainsi que pour augmenter le poids de la petite cloche, très usée, dans le but d’obtenir un bon accord. C’est la première fois qu’on parlera avec autant de précisions de la sonnerie de Menthonnex. A la Révolution, trois cloches sont présentes dans le clocher, on ignore comment. On sait juste qu’en 1759, une ou plusieurs cloches sont commandées. L’ordre est donné de les descendre. Très vite, la petite est descendue de son perchoir pour être cachée par les paroissiens. Sans doutes c’était l’opération la moins risquée. Quelques jours plus tard, les deux autres sont défenestrées avant d’être placée sur un char. Ce dernier ne devait rejoindre Annecy que le lendemain. Mais les Révolutionnaires n’étaient pas dupes : ils savaient que la résistance était forte dans cette paroisse. Durant la nuit, alors que les cloches avaient été mises en sécurité, les paroissiens parviennent à dérober la cloche moyenne. Le lendemain, la cloche la plus grosse rejoint quelques 500 autres cloches à Annecy. Avoir sauvé les deux petites cloches n’a pas résigné les Menthenalis : il fallait sauver la dernière cloche ! Un rapport de police nous raconte que deux d’entre eux se sont rendus à Annecy dans le but de récupérer « cinq des cinq cents cloches de la Place Notre-Dame », lieu ou les cloches avaient été déposées dans l’attente de la casse. Pierre Richard et Claude Fournier n’ont hélas pas réussi leur expédition. Ils ont été emprisonnés au Palais de l’Isle. En 1796, première clairière après plusieurs années sous la Terreur, une commande de cloches est faite, on ne sait ni combien ni à qui.

« Liberté Egalité Fraternité »
Le début du XIXème siècle est peu bavard sur l’évolution de la sonnerie. En 1873, alors que l’église venait d’être consacrée, la petite cloche se fêle. L’argent manquait tant qu’on a décidé de reporter sa refonte. En 1896 seulement, le conseil de fabrique ouvre une souscription pour la remplacer. Sans en avoir avisé le conseil municipal, il ordonne la dépose de la cloche et passe commande de deux nouvelles en suivant les conseils de la fonderie Paccard. Le maire et son conseil écrivent donc au préfet pour demander si un recours est possible. Ce dernier reconnaît que la commune aurait dû donner son approbation et suggère au maire d’exiger la preuve que le clocher supportera une cloche supplémentaire. Une fois la preuve avancée par la fonderie et un architecte, la commune prend un nouvel arrêté : les cloches ne seront installées qu’une fois propriétés de la commune ! Mais cette fois, le préfet est intervenu en faveur de la paroisse : la commune n’était plus dans son bon droit. Le 27 juillet 1899, soit plus de deux ans après leur fonte, les deux petites cloches sont installées dans la tour. Mais les péripéties ne s’arrêtent pas là ! En 1903, la grosse cloche tombe de son beffroi, manquant de peu le sonneur. Si ce dernier s’est sans doute payé une belle frayeur, tout Menthonnex devait alors se racheter une cloche. La souscription fut hélas lente : ce n’est qu’au début de l’année 1914 que la grande cloche est livrée. Sur son flanc, quelques décorations religieuses : un Christ, une Vierge, saint François de Sales et les vertus chrétiennes : la foi, l’espérance et la charité. Elles rivaliseraient presque avec la devise de la France « Liberté Egalité Fraternité » inscrite en première ligne. Elle s’accompagne de l’ensemble des conseillers municipaux. Aucune inscription religieuse, aucun parrain, aucune marraine. Les antécédents autour des deux petites cloches avaient très certainement marqué les esprits, sans compter la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat votée en 1905. La grande cloche tranche alors nettement avec les petites, qui portent un nom hérité de leurs bienfaiteurs et parrain marraine. La première invoque la protection de saint Michel contre la foudre et les tempêtes, et la seconde souhaite donner à Menthonnex l’harmonie et la paix. 

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

 

Les fils de G. Paccard

1914

106

700

Fa♯3

2

Michelle Marie

G&F Paccard

1897

85,1

360

La♯3

3

Victorine Péronne

G&F Paccard

1897

72,2

215

Do♯4

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Je remercie chaleureusement :
Monsieur le maire Guy Démolis, pour son aimable autorisation
Monsieur le maire-adjoint Olivier Chamot, pour son invitation et son accueil chaleureux

Sources & Liens :
Menthonnex-en-Bornes
Mairie de Menthonnex-en-Bornes
« Menthonnex-en-Bornes, au fil du temps » par Dominique Bouverat
Relevé personnel
Clichés personnels
Fonds privés

 

Juvigny – Eglise Saint-Martin

Une commune rural aux portes du « Grand Genève »
A seulement un jet de pierres de la ville de Genève et sa grande agglomération, Juvigny est une commune rurale. Elle accuse 650 habitants, au mépris de l’accroissement toujours plus rapide de cette immense aire urbaine sur les rives du Lac Léman. La commune de Juvigny est frontalière avec la commune de Présinge, du canton de Genève. En 1815, alors que la Savoie intégrait le Royaume de Sardaigne, Juvigny lui donna le tiers de son territoire : la frontière est aujourd’hui marquée par le bas-côté de la route départementale qui relie Machilly à Ville-la-Grand. Contrairement à de nombreuses communes de la région, son territoire ne se situe par en altitude. Sa situation sur un « plateau » isolé par les caprices du Foron permet cependant d’avoir un très beau coup d’œil sur le Jura, les Voirons ou encore le Salève, montagnes plus ou moins environnantes.

Une paroisse « jeune »
Saint Martin, antique évêque de Tours protège la paroisse de Juvigny. On pourrait alors se dire qu’elle est fort ancienne. Cependant, il n’en est rien : ce n’est que le 22 avril 1681 que Juvigny devient paroisse indépendante et s’émancipe de Ville-la-Grand, grâce à l’intercession de son curé, François Allégret. Cette émancipation était peut-être en préparation depuis longtemps : Le 27 juin 1679, soit deux années auparavant, le nouvel autel de Juvigny est consacré. La porte d’entrée était plus ancienne : elle datait du XVème siècle. Une preuve supplémentaire qu’à défaut d’une église paroissiale, Juvigny possédait déjà son lieu de culte, probablement une chapelle. Cet édifice primitif a été rasé en 1841 au profit d’un nouveau au même emplacement. Il est consacré le 6 mai 1850 et réemploiera son entrée du XVème siècle. L’édifice sera restauré avec goût en 2000.

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Une entourloupe à la Révolution
A la fin du XVIIIème siècle, la paroisse de Juvigny compte une seule et modeste cloche. Comme partout, l’ordre est donné de raser le clocher et de descendre la cloche. Une nuit, un certain André Déléaval va procéder, seul, à sa descente. Mais son but sera tout autre : la cacher. Comme d’autres, il n’a pu se résoudre à laisser la cloche aux Révolutionnaires. Sous un tas de paille, notre brave Déléaval pensait cette cachette sûre, jusqu’au moment ou des enfants venaient jouer avec ce dernier. Ne voulant révéler son secret aux autres villageois, la peur d’être trahi, il partit l’enterrer dans un de ses champs, au bord du Foron, en contrebas. Entre temps, en 1796, les temps obscurs laissent place à quelques éclaircies : on ne sait trop comment, Juvigny obtient le droit de récupérer une cloche à Bonneville. Un autre Déléaval, François-Isidore, agent national de Juvigny, choisit donc une cloche de taille similaire que la cloche « disparue » ! Dédiée à sainte Marie-Madeleine, ses inscriptions font en fait référence à une ancienne chapelle aujourd’hui démolie : la chapelle de la Tonnaz, primitive de l’actuelle commune de Praz-sur-Arly, près de Megève. Il ne reste actuellement que deux reliques de cet ancien sanctuaire : une croix et sa cloche, fondue en 1723 par Charles Arnaud. Si une dynastie d’Arnaud est mentionnée en Maurienne entre le XVIIème et le XVIIIème siècle, elle omet totalement un membre de la famille du nom de Charles. Était-il des leurs ? Venait-il d’une autre région ?
Le Concordat signé, la religion revenue au chœur de l’église et des habitants, André Déléaval ressort comme par magie la cloche qu’il a lui-même caché. Voilà que le clocher porte deux cloches ! Problème : en 1810, la revenante est déjà fendue. Sans doutes elle avait été fragilisée par cette décennie troublante. La même-année, Juvigny passe donc commande d’une nouvelle grosse cloche à Jean-Baptiste Pitton de Carouge. Prix : 307 francs. Mais cette cloche semble d’une qualité moyenne car en 1834 déjà, elle était fendue. Cette fois, c’est aux frères Paccard de Quintal qu’une nouvelle commande est passée. Fondue en 1835, elle n’est installée dans le beffroi qu’en 1836. En 1943, la petite cloche est inscrite aux Monuments Historiques. Viendra, plus tard, l’électrification de la sonnerie, une nouvelle monture pour la cloche historique et de nouveaux battants pour les deux cloches. C’est donc une petite sonnerie rustique mais pleine de charme qui attend l’amateur d’histoire ou le passionné d’art campanaire. 

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

N.C.

Frères Paccard

1835

74,9

250

Do 4

2

Sainte Marie-Madeleine

Charles Arnaud

1723

53,5

100

Fa ♯ 4

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Je remercie chaleureusement :
Monsieur le Maire Denis Maire, pour son autorisation et pour son accueil. 

Sources & liens :
Juvigny
Monographie de Juvigny, Norbert Dunoyer, 1901.
Juvigny Info, décembre 2019, page 6.
Relevé personnel
Clichés personnels

Margencel – Eglise Saint-Laurent

Une commune entre terre et lac..
Aux portes de Thonon, capitale savoyarde du Chablais, la commune de Margencel s’installe entre la colline des Allinges et le Lac Léman. On y décèle de nombreux contrastes : outre le facteur « terre-lac » avec au nord la plage du Redon et au sud une portion de la forêt de Planbois, on peut aussi parler du contraste « rural-citadin » : une zone d’activité et des logements regroupés par hameaux. A l’écart des grands axes qui traversent le Chablais, le chef-lieu s’organise près de sa mairie, son école et son église.

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Une église probablement ancienne…
Il n’est pas rare de ne pas avoir de certitudes quant aux faits anciens. C’est encore le cas, ici, à Margencel. On raconte alors qu’un certain « Margentius » ou « Margenticellius », homme libre, possède des terres et fonde une chapelle entre le VIème et le VIIème siècle. En 1874 a été retrouvé une cuve baptismale du Xème siècle, attestant l’ancienneté de la paroisse. En 1014, Rodolphe de Bourgogne donne la paroisse de Margencel à l’Abbaye de Saint-Maurice : c’est la première fois qu’on cite Margencel ! Une visite pastorale du XVème siècle indique que la paroisse est sous la protection des saints Férréol et Ferjeux de Besançon. La Réforme passe par là : l’église devient un temple protestant. Il semble qu’elle échappe au pillage de 1589. En 1598, avec la conversion du Chablais, la paroisse redevient catholique. Pour un temps, Anthy-sur-Léman est spirituellement uni à Margencel. Ce « mariage » sera de courte durée car déjà oublié en 1615. Une visite pastorale de 1625 fait mention d’un autre vocable : saint Laurent. Sans doutes ce changement est intervenu après la Réforme. Soit dit en passant, avant cette période troublée, un curé de Margencel, le Rd Ruffet, avait fondé une chapelle dédiée à saint Laurent et sainte Marguerite. On retrouve notre église en 1792, quelques mois avant la Révolution. Sa porte d’entrée est jugée trop étroite : les paroissiens la franchissent un par un, et le dais du saint Sacrement est bien trop large pour la franchir. Alors, on l’agrandit. A cette époque là, l’église est presque en ruine. La faute n’est ni à la Révolution ni à la Réforme, mais à son grand âge et à son manque d’entretien récent. En 1800, un devis est commandé pour un nouveau clocher. La réception des travaux sera faite en 1807. En 1846, c’est au tour de l’église de faire l’objet d’un remaniement et d’un agrandissement. : les travaux sont adjugés en 1848 à M. Larrivaz. Après huit ans de procédures et de manœuvres, les travaux sont enfin réceptionnés. En 1881 est réalisé l’escalier au pied du clocher, qui permet d’entrer dans l’édifice. Dernier gros travaux en date : la réfection du clocher, en 1927.

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Une cloche baladeuse…
Ce n’est qu’en 1792 que les cloches sont mentionnées pour la première fois : l’une pesait environ 12 quintaux, et à peine 9 pour la seconde. Avec l’ordre de descendre les cloches des clochers pour n’en laisser qu’une, le conseil en place s’empresse de répondre à cet ordre. Il livre ses deux cloches dans un souci d’honnêteté et à la grande colère des paroissiens. Mais elles ont été livrées une par une, avec six mois d’intervalle. Privés de cloche, une requête va s’émaner des habitants, puis des conseillers : il faut en récupérer une, coûte que coûte ! Problème : il n’y en a déjà plus à Thonon. Les habitants se rendent alors à Bonneville, place forte de la province voisine. Leurs cloches n’existant plus, ils en choisissent une qui conviendra bien pour leur usage. Le pragmatisme de l’époque voulait qu’on ne regarde pas tellement ses inscriptions, et même plus encore : on ignore quel clocher elle a laissé orphelin. Sa maxime ne donne, hélas, pas sa première destination : du moins pas directement. En revanche, sa date et ses fondeurs sont clairement mentionnés : Louis Léonard et Mathis Riguelte. Le premier est un fondeur connu des puristes : natif de Morteau, il a sillonné sa région natale et la Savoie à la fin du XVIIIème siècle. Le second est plus intriguant et donne du fil à retordre aux initiés. C’est la première fois qu’un tel nom apparaît en signature. Ma première hypothèse est le nom d’un apprenti d’un temps du fondeur, à la manière d’Antoine Paccard, lorsque Jean-Baptiste Pitton fond la petite cloche de Quintal. Selon les campanologues Matthias Walter et Pascal Krafft, respectivement de Berne (CH) et Ferrette (68), il y a une « concordance » avec le fondeur Mathis Rageth, établi à Coire (CH) dans la même période. Est-ce alors son patronyme francisé ? Faisait-il un « stage » avec Léonard ?
Après les fondeurs, son lieu d’origine. La cloche est frappée du blason de la famille de Faucigny, à la tête d’une province qui s’étendait sur toute la vallée de l’Arve. Il s’avère qu’au XVIIème siècle déjà, la ville de Cluses utilisait ce même blason. Les archives municipales de cette commune nous apprennent qu’en 1772, le clocher est rehaussé et la sonnerie refaite par un certain… Louis Léonard. Allons encore plus loin : on apprend que les travaux sont réalisés sous la direction de Joseph Tronchet, natif de Morillon reçu citoyen de Cluses. Il y a épousé Anne Jacquet : il est mentionné avec sa femme comme parrain et marraine de la cloche et « citoyens de cette cité ». Elle précise aussi qu’elle est la cinquième de la sonnerie. Si Louis Léonard a reçu une commande de « seulement » quatre cloches, rien n’exclut qu’une plus ancienne ait été conservée par les clusiens.

Une autre fondue en temps de guerre…
Avec la cloche de 1772, jugée « insuffisante » pour Margencel, une souscription est ouverte en 1821. L’argent, vite rassemblé, permet de commander « Marie-Jeanne » à Jean-Baptiste Pitton, fondeur à Carouge. La difficulté résidera dans son transport : depuis la « Restauration Sarde » (1815), Carouge n’est plus en territoire savoyard, mais en Suisse. Devant la difficulté de laisser passer l’airain à la frontière, le syndic demande de l’aide au Roi. Il semble que sa réponse soit favorable car la même année, la cloche est placée au clocher. Mais voilà qu’au début du XXème siècle, la cloche se fêle. Elle est déjà refondue en 1917 en dépit de la situation géopolitique. Il semble que la paroisse ait avancé les frais, car une souscription n’est ouverte que l’année suivante ! Pourtant, ses inscriptions donnent la liste des principaux souscripteurs. Est-ce ceux de l’ancienne cloche ? Elle rappelle en tout cas son ancêtre disparue avec sans doutes le même point commun : le contexte de fonte, difficile. Depuis maintenant un siècle, les deux cloches se balancent joyeusement : l’une rappelle, en vain, son clocher d’origine, et l’autre, timidement, demande au Seigneur de « nous libérer de la guerre ». 

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Marie-Jeanne

Les fils de G. Paccard

1917

99,3

600

Sol ♯ 3

2

xx

L. Léonard & M. Riguelte

1772

78,2

275

Si 3

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Je remercie chaleureusement les élus en place lors de ma visite :
M. le maire Jean-Pierre Rambicur, pour son aimable autorisation.
M. le maire-adjoint Bernard Massoulier, en charge des bâtiments, pour son aimable accueil.

Je remercie également pour leur étroite collaboration : 
M. Jean Mamet, président de « Patrimoine et Traditions de Margencel » pour la fournitures de notices historiques (histoire de l’église + cloches).
Mme Florence Poirier, archiviste municipale de Cluses, pour l’aide précieuse apportée quant à la destination initiale de la petite cloche.
Dr Matthias Walter, expert-campanologue pour les Monuments Historiques de Berne (CH).
Me Pascal Krafft, expert-campanologue adjoint de l’archidiocèse de Strasbourg (Alsace).

Sources & liens :
Margencel
Mairie de Margencel
Patrimoine et Traditions de Margencel – Jean Mamet
Archives Municipales de Cluses
Fonds privés
Clichés et relevé personnels

 

Chens-sur-Léman – Eglise Sainte-Anne

Un village au bord d’un lac et d’une frontière !
Dernier village français sur la rive gauche du Lac Léman (en suivant le fil de l’eau), Chens-sur-Léman est un village apprécié des nostalgiques de l’air marin. La commune domine le plus grand lac d’Europe et fait face à la commune suisse de Céligny, enclave genevoise en terres vaudoises. Son port de Tougues attire chaque été nombre de locaux ou d’estivants pour un moment convivial ou une simple baignade. Chens, ce sont aussi des forêts sur les plaines chablaisiennes, traversées par quelques ruisseaux. L’Hermance, quant à elle, est une rivière qui fait office de garde frontière entre Chens et Hermance. Si depuis 1816 ces deux communes accusent deux nationalités différentes, cela n’a pas toujours été le cas : nous y reviendrons !
Le nom de Chens-sur-Léman n’existe que depuis 1954. Une requête du conseil municipal d’alors demande que, par décret, le célèbre plan d’eau qu’elle borde figure dans son nom. Chens, cela a aussi été Chens-Cusy, et même avant Cusy, voire Cusier. Autant de noms pour une même aire géographique : ou presque ! Au lendemain de la Révolution, la paroisse est transférée de Cusy, d’avantage tourné vers l’actuelle Suisse, vers le chef-lieu que nous connaissons aujourd’hui.

Un prieuré et une paroisse disparus.
Les origines de Chens ne sont pas exactes. On a retrouvé cependant de nombreuses traces de vie des époques néolithiques, romaines et burgondes. Si les origines d’une église ne sont pas formellement attestées, il est fort probable qu’un sanctuaire fut déjà érigé avant la fortification du village voisin d’Hermance, au XIIème siècle. Cusy était également le lieu de résidence de nombreux moines qui y avaient construit un monastère. Ils y vivaient sous la règle de saint Benoît. Si le prieuré et l’église sont relevés après le pillage des Bernois au XVIème siècle, la paroisse de Cusy se voit annexée à celle d’Hermance. Le curé était alors représenté par un vicaire. Cette situation durera jusqu’à la Révolution. On y décrit une église simple dotée d’un clocher porche et entouré d’un cimetière. Tout a évidemment été saccagé à la Révolution. Et la population migrante vers d’autres hameaux de la paroisse, allaient tout remettre en question.

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Une nouvelle paroisse
En 1801, un curé revient à Cusy. La paroisse est de nouveau indépendante, mais avec aucun lieu de culte fiable : ni l’église paroissiale ni l’église conventuelle ne peuvent accueillir dignement les fidèles. La « migration » (très locale, certes) des habitants vers d’autres hameaux posera la question de délocaliser le sanctuaire. Et quelle question ! Evidemment, il y a les pour, les contre, ou ceux de l’entre-deux.. L’archevêque de Chambéry sera un bon médiateur et tranchera pour le hameau le plus peuplé : Chens. Alors, on déconstruit les quelques ruines de l’édifice de Cusy pour construire le nouveau. De cet édifice, nous savons peu de choses, si ce n’est qu’il est certainement de taille similaire que l’ancien. Les travaux ont duré de 1804 à 1809, année ou l’archiprêtre de Douvaine « bénit » l’église. Ce n’est qu’en 1828 que l’évêque d’Annecy consacrera réellement ce lieu de culte. Mais en 1832 déjà, un projet d’agrandissement voit le jour. Après de nombreuses discordes entre le mécène, le Marquis de Beauregard, et les syndics, les plans sont enfin votés. Les travaux s’étaleront de juillet à novembre 1834. L’année suivante, l’archiprêtre de Douvaine bénit les travaux et, une fois n’est pas coutume, ce n’est qu’en 1846 que l’évêque consacre le nouveau monument. Là encore, on ne sait pas trop comment l’édifice a été transformé, même si le délai rapide permet de comprendre qu’on doit parler d’un agrandissement, plus qu’un reconstruction. On en déduit donc que l’édifice construit en 1804 est partiellement repris. Au fil du temps, le lieu de culte a été restauré plusieurs fois : modification des façades en 1924 puis rénovation du clocher en 1936, de l’intérieur en 1958 et de la toiture en 1990.

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Une cloche aux origines mystérieuses
De l’Ancien Régime, l’art campanaire est presque inexistant dans les archives. Il est simplement stipulé que le premier curé nommé après l’invasion bernoise note que l’église est dépourvue de cloches. A la Révolution, les paroissiens doivent descendre leur cloche, d’un poids de 7 à 8 quintaux. Au Concordat, les autorités de Thonon cèdent une cloche à la paroisse qui en était alors dépourvue. Jamais brisée, c’était la dernière cloche réquisitionnée à la Révolution. Elle attendait un repreneur. Datée de 1566, elle porte comme seule inscription une antienne de l’Office de Sainte Agathe : « MENTEM SANCTAM SPONTANEA HONOREM DEO ET PATRIE LIBERATIONEM » Cette inscription signifie « Donne à notre âme la sainteté, à Dieu la gloire, à la Patrie la liberté ». Pour certains historiens, elle ferait allusion à la victoire du Duc de Savoie qui récupère alors des terres perdues lors de guerres passées en 1559 grâce au traité de Cateau-Cambrésis. Cependant, cette maxime se trouve déjà sur des cloches remontant à 1428. L’origine de la cloche est, elle aussi, très vague : on raconte qu’elle provient d’un ancien couvent. Ses effigies ne donnent hélas guère plus d’informations : deux crucifix, la Vierge et un abbé/évêque crossé et mitré. Ce dernier tient dans sa main un livre. On pourrait alors penser à un Père de l’Eglise, par exemple saint Augustin. Il a été le père spirituel de nombreux religieux dans la région sous la direction spirituelle de l’Abbaye de Saint-Maurice
Longtemps seule, c’est en 1859 qu’une grande sœur l’a rejoint. Elle est le fruit de la générosité -entre autres- de ses parrain et marraine : les Costa de Beauregard, « bienfaiteurs perpétuel de la paroisse » aux dires du curé de l’époque, l’abbé Dumarais. Mais comme pour l’emplacement de l’église, beaucoup d’encre coula pour l’arrivée de cette cloche. Les quelques réfractaires ont tenté de décourager le curé en indiquant que les paroisses de Perrignier et de la Forclaz, récemment dotés de nouvelles cloches, n’arrivaient pas à payer leur nouvel airain. Mais cela n’a pas découragé le brave prêtre, qui se demande comment un tel fait peut être avéré, sachant que ces nouvelles cloches ont entraîné des cérémonies d’une rare solennité ! Et il eut bien raison de ne pas céder : le dimanche des Rameaux 1859, l’archiprêtre de Douvaine bénit la cloche en présence d’une assistance des grands jours, renforcée par les curés des communes voisines mais pas des parrain / marraine. Empêchés, ils ont du se faire représenter. Après la cérémonie, des ouvriers de Chens-Cusy montent avec délicatesse la cloche dans son nouveau logis, avant de l’installer sur un beffroi conçu pour l’occasion. Dédiée à l’Immaculée Conception de Marie, elle tient ainsi compagnie à sa vielle sœur de 1566. En 1924, l’entreprise Prost frères de Morez équipe le clocher d’une horloge mécanique. Enfin, en 1960, les cloches sont électrifiées : le sonneur-carillonneur n’aura plus à grimper les escaliers du clocher à chaque sonnerie !

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Immaculée Conception de Marie Frères Paccard 1859 107,8 720

Fa ♯ 3

2 inconnu 1566 78 275

Si 3

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Je remercie chaleureusement…
Madame le maire Pascal Moriaud, pour son aimable autorisation.
Monsieur le maire-adjoint Jérôme Tronchon, pour son accueil et la mise à disposition d’archives.
Madame la conseillère Françoise Chevron, pour son accueil.
Mon ami Claude-Michaël Mevs, dit « Quasimodo« , pour son aide précieuse !
Mon ami Me Pascal Krafft, expert-campanologue adjoint auprès de l’archidiocèse de Strasbourg, pour l’aide autour de la cloche de 1566.

Sources & liens :
Mairie de Chens-sur-Léman

Chens-sur-Léman
Archives paroissiales
Récit du curé Demarais
Fonds privés
Clichés personnels
Clichés de Quasimodo

Massongy – Eglise Saint-Jean-Baptiste

Un village paisible…
Massongy est un village paisible situé dans le Chablais savoyard, entre les villes de Thonon-les-Bains et de Genève. Cet environnement majoritairement rural, mêlé à la proximité des deux villes précitées fait qu’il a triplé sa population en cinquante ans. Elle se répartit d’ailleurs autour de la route départementale : dans les hameaux de Sous-Etraz d’une part et du chef-lieu d’autre part. Ce dernier se trouve presque adossé à la colline de Ballaison, l’une des deux collines dites « historiques » du Chablais. Cette dernière, idéale pour une défense militaire, a très vite attiré l’attention des premières civilisations.

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…exposé aux péripéties de l’histoire !
La position de Massongy ne lui a pas permis de dominer les actuelles communes voisines, mais elle n’a jamais été oublié des envahisseurs. Evidemment, l’histoire ne se cantonne pas qu’à des événements malheureux. La richesse des écrits sur la région nous permettent de remonter aux prémices du christianisme, et même avant. Le nom de la commune laisserait penser qu’à cette emplacement, au pied de cette colline dont la fertilité était réputée, une villa gallo-romaine s’y tenait déjà. Avec l’arrivée des burgondes et la fin de la persécution des premiers chrétiens, Massongy fonde une paroisse. Il semble qu’elle soit intimement liée à la fondation de l’Abbaye de Saint-Maurice puis de sa fille, l’Abbaye de Filly (sur la commune voisine de Sciez). Deux bulles papales confirment cette appartenance, aux XIe et XIIe siècles. De plus, le vocable de saint Jean-Baptiste ne fait que confirmer l’ancienneté de la paroisse. C’est au siècle suivant que l’actuel chœur serait bâti. A cette époque, une prospérité semble être acquise : le Chablais est sous le joug des Ducs de Savoie, Massongy est sous le fief des châtelains de Ballaison et les curés se succèdent. On apprend même que l’abbaye bénédictine d’Aulps avaient des possessions rentables à Massongy et en faisait bénéficier la paroisse.

En 1536, cette quiétude s’en va brusquement. Après des fortes années de tension, les Bernois déclarent la guerre aux Ducs de Savoie : ils envahissent le Chablais. L’orage grondait déjà depuis un moment, outre Léman. Ils s’imposeront par la force mais aussi par les idées : avec eux arrive la religion protestante, nouvellement instituée dans leurs terres. L’église devient un temple et le curé est prié de laisser sa place à un pasteur. En 1567, le duc de Savoie gagne à nouveau les terres chablaisiennes, mais la religion protestante y demeure. En 1589, une armée de français, genevois et bernois envahissent à nouveau la région par la force, dans un but de pillage et d’y semer la terreur. Mais les habitants de Massongy n’ont pas résigné à prendre les armes pour se battre. Durant la décennie suivante, un homme d’église part en mission dans le but de reconquérir les âmes dispersées : saint François de Sales. Ce saint prêtre, modestement missionnaire, se destinera à une grande carrière ecclésiastique qu’il n’a pourtant jamais embrassé : promu évêque de Genève, le Roi de France l’a courtisé pour l’évêché de Paris. Mais il refusa cet honneur. Cependant, le destin l’a rattrapé : le voilà aujourd’hui sur l’autel des saints. En 1598, les premiers habitants de Massongy embrassèrent à nouveau le catholicisme. Un nouveau curé y est nommé. Le constat est frappant : l’église est à reconstruire. Lui-mêmes et ses successeurs s’y attelleront.

Un édifice religieux solide…
Sur l’édifice religieux, une seule grosse modification est entreprise entre la Réforme et la Révolution : l’ajout de la sacristie en 1743. La Terreur entre en Savoie en 1792. Une nouvelle fois, la religion catholique est mise au tapis, on démolit les clochers et casse les cloches (nous y reviendrons). Malgré cela, la paroisse devient secrète et clandestine : des baptêmes continuent d’être célébrés dans les foyers. Le Concordat en vigueur, un curé s’installe à nouveau en 1803. Si un bon nombres d’églises sont reconstruites au XIXème siècle, à Massongy, on se contentera de restaurer : la nef est élargie. D’ailleurs, c’est une curiosité, mais la nef n’est pas une voûte, mais faite de bois ! Le clocher est quant à lui reconstruit intégralement en 1815, remplaçant ainsi un autre du XIIIème siècle. Il avait d’ailleurs été amputé de sa flèche à la Révolution. Après des temps terribles, voilà deux siècles prospères : les curés se suivent. Aujourd’hui, ils ne résident plus à Massongy : la paroisse regroupe plusieurs clochers. La cure deviendra prochainement la nouvelle mairie, répondant aux attentes d’un village en pleine expansion. Au début du siècle actuel, une grande restauration permit de redonner de la superbe à cette église, plus que séculaire, qui mérite amplement le détour !

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…Une sonnerie signée « Sieur Pitton ».
Avec la reconstruction du clocher, le curé commande deux nouvelles cloches au « Sieur Pitton de Carouge ». Elles remplacent deux autres cloches antérieures à la Révolution. La plus petite datait de 1615 et la plus grande de 1587. Pour cette dernière, quelques détails m’interpellent : en 1589, l’église est pillée par les bernois et les curés trouvent à leur retour une église aux « cloches disparues »… Est-ce-que la cloche a été cachée ? Provenait-elle d’ailleurs ? Ou alors est-ce une simple erreur de transcription ? Un autre élément de réponse se trouve dans les archives départementales : un achat de cloche est brièvement mentionné en 1766. Quoi qu’il en soit, les deux cloches, dont celle de 1615 ont été cassées dans la précipitation, volonté d’obéissance aux Révolutionnaires. Sans doutes qu’avec un brin de lutte et de patience, l’occupant aurait autorisé d’en garder une, puis les deux : nombreuses sont les paroisses qui ont joué aux résistants !
Un autre doute m’interroge sur Pitton : bien entendu, nombreux connaissent l’histoire des prémices de la fonderie Paccard : un dénommé Jean-Baptiste Pitton, de Carouge, fait naître une cloche à Quintal et une nouvelle vocation pour le syndic, Antoine Paccard. Mais Pitton, c’est aussi de nombreuses cloches en Suisse et en France, fondues entre 1787 et le début des années 1830, avant de passer la main aux frères François et Jean-Marie Bulliod qui fermeront boutique en 1857. Mais il semblerait aussi que Pitton ait essayé de passer la main à ses enfants. On trouve, sur la grosse cloche de Montailleur, la signature de « Pitton père et fils 1802 ». Trois ans plus tard, à Albertville -non loin de là- on trouve deux cloches signées François et Jean-Claude Pitton. Les décors sont semblables, le profil aussi. En 1819, Jean-Baptiste Pitton a même délégué la fonte des deux cloches de Neuvecelle à un fondeur de Morges, Jean-Louis Golay. Avait-il un carnet de commandes démesuré ? Mais revenons à Massongy ou l’on parle uniquement du « Sieur Pitton ». La monographie de Mgr Piccard et les archives ne disent pas le prénom du fondeur. S’agit-il de Jean-Baptiste ? De François ? De Jean-Claude ? Je ne saurais trop m’avancer…

Nom Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 St Jean-Baptiste 89,9 420

La 3

2

Claudine 65,5 150 Ré 4

Sieur Pitton à Carouge l’an 1815

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Je remercie chaleureusement :
M. le maire François Roullard
L’Association « Groupe Patrimoine » de Massongy
Ainsi que mon ami Claude-Michael Mevs, dit Quasimodo, pour sa collaboration à l’élaboration de cette présentation.

Sources & liens :
Mairie de Massongy
Groupe Patrimoine de Massongy
Paroisse Saint-Jean-Baptiste en Chablais
« Massongy près Douvaine », Monographie de Mgr L.E. Piccard, 1918
Clichés personnels
Fonds privés

Saint-Laurent – Eglise Saint-Laurent

Un village aux origines mystérieuses…
Blotti contre les renforts de la montagne de Sur Cou, Saint-Laurent s’installe sur un plateau rive gauche du Borne, rivière descendant tout droit des Aravis. Le Bourre et le Ruisseau de Saint-Laurent ont sillonné quelques reflets à cette plaine surélevée, offrant alors un superbe panorama sur la basse Vallée de l’Arve. Le chef-lieu s’organise autour de l’église, de la mairie, de la salle communale et de l’école. Le chemin de fer, à destination d’Annecy, contourne la commune. Une gare desservait alors la commune. Si le bâtiment existe toujours, elle est aujourd’hui dans des mains privées : c’est une habitation.
Le secteur géographique abrite trois communes qui ont pris le nom d’un saint : Saint-Laurent, Saint-Sixt et Saint-Pierre-en-Faucigny. Ces trois saints ont des points communs : Pierre fut le premier pape de la Chrétienté, Sixte-II sera son 24ème successeur et Laurent était le septième diacre de ce dernier. Si on raconte que saint Laurent aurait été fondé à la Renaissance, par un dénommé Laurent, cette hypothèse farfelue est vite écartée : la liste des curés du lieu remonte à 1411 et la présence sur la commune des ruines du Château de Cornillon, remontant au XIème siècle. Celui-ci permettait de défendre la frontière entre les provinces du Faucigny et du Genevois, ainsi que la protection de la vallée du Borne, menant à l’Abbaye d’Entremont.

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Une construction coûteuse…
Si les origines de la paroisse sont méconnues, le premier curé cité est le père Richard Ronserii en 1411. A la Révolution Française, la paroisse est supprimée pour être rattachée à celle de Saint-Pierre-de-Rumilly. Quelques décennies plus tard, le Révérend Fontaine, curé de Saint-Laurent pendant presque un demi-siècle, demande à l’adjudant Dénarié, retraité du Génie Civil, un rapport sur l’état de l’église paroissiale. Dans son rapport daté de 1834, on peut lire que l’église est trop petite, que les murs sont lézardés mettant en péril les voûtes et que la façade menace de se détacher. Les travaux sont donc lancés selon les plans de MM. Dénarié et Ducret. En mars 1937, l’archiprêtre de La Roche-sur-Foron en bénit la première pierre. Cependant, les travaux sont très vites arrêtés : le budget est atteint et les matières premières manquent. En 1839, le curé écrit au Duc de Savoie et le supplie de lui venir en aide. Les habitants sont épuisés par les dépenses, qui sont de l’ordre de 10’000 francs contre 6’000 prévus initialement. Les travaux reprirent grâce à des entrepreneurs de Taninges : ils s’engagent à finir les murs et le clocher. Le gros-oeuvre est probablement achevé en 1840, date forgée au dessus de l’entrée principale de l’édifice. En 1843, Mucengo, sculpteur piémontais, réalise les retables des chapelles latérales et du chœur. Sur ce dernier, la date de 1845 marque le souvenir de la consécration par Mgr Rendu, évêque d’Annecy. L’année suivante, un tableau représentant saint Laurent est commandé à Fribourg. Entre 1858 et 1862, on continue d’orner l’église avec des fonds baptismaux taillés par un paroissien et un chemin de croix racheté à l’église voisine de La Roche-sur-Foron. En 1947, les paroissiens fêtent alors le centenaire de l’édifice, retardé par la guerre et une restauration complète entre 1945 et 1947.

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Un malheureux foudroiement…
Les laurentains étaient fiers de leur clocher… peut-être trop ? Qui sait… En tout cas, le 1er mai 1875, la foudre s’abat sur son sommet. Le feu détruit alors l’intérieur de la tour, la sacristie, et l’église dans une bien moindre mesure. Voilà que Saint-Laurent se retrouve privé de cloches ! Très vite, elle commande deux nouvelles cloches aux frères Paccard d’Annecy-le-Vieux. Problème, la commune engage déjà trop de frais pour relever les murs du clocher, et la Fabrique doit remplacer les objets du culte détruits par l’incendie. Le 16 mai déjà, commande est faite de deux nouvelles cloches. Elles coûtent 7622 francs avec leurs équipements, prix ramené à 6185 francs car le bronze des cloches cassées est repris. Mais cette dépense pose problème : les habitants les plus éloignés réclament des cloches plus grosses, et d’autres refusent de mettre la main au porte-feuille ! Le 8 mai 1876, la fonderie Paccard tient sa promesse, et livre deux cloches de bonne facture. Une convention est signée entre la fonderie et la commune pour le payement. Second problème : en 1883, le Comptoir Général d’Escompte, banque de la fonderie, demande au préfet d’entreprendre une action en justice, car la paroisse n’a payé que très partiellement sa sonnerie. On ne saura pas les détails des suites, mais seulement que la dette n’est plus : les cloches sont encore là. De nouveaux échanges ont lieu entre la fonderie et la commune en 1956, en témoigne un devis relatant « l’électrification de deux cloches ». Cette fois-ci, le chiffre peut paraître plus vertigineux : 366’000 anciens francs ! Ramené à notre devise actuelle, cela ramène à moins de 1’000€. Un luxe que la commune a pu financer plus aisément que ses cloches. Le devis prévoit l’installation d’une minuterie, de moteurs pour les cloches (volée, tintement) et éventuellement un changement des paliers des deux cloches. Depuis ce devis, la grande cloche a perdu son joug en bois au profit d’un rail en acier. Les marteaux de tintements sont très récents, et la petite cloche, de l’angélus, possède un moteur de volée tout neuf.

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Les deux cloches arborent des motifs similaires. La plus grande possède néanmoins des visages d’hommes sur ses anses et des feuilles sur son cerveau, là ou la petite cloche est vierge de ces décors. Sur leurs robes, des motifs floraux sur chacune d’elle. Les inscriptions, en quatre lignes, sont séparées par des filets. Chaque ligne cite une personne : le parrain, la marraine, l’abbé Carrier et le maire Jean-Claude Forestier. Une Vierge et un Christ orne chaque cloche, ainsi que la signature, sous le Christ « Paccard frères fondeurs à Annecy-le-Vieux Haute-Savoie 1876 ». 

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

119,1

1009

Mi 3

2

94,1

494

Sol ♯ 3

Frères Paccard fondeurs à Annecy-le-Vieux Haute-Savoie 1876

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Je remercie chaleureusement :
M. le maire Claude Bouquerand, pour son aimable autorisation.
Mme la maire-adjointe Marie-Françoise Margolliet, pour l’ouverture du clocher ainsi que pour les intéressantes archives !
M. Laurent Vigroux, sacristain, pour l’accompagnement au clocher.
Mon ami Claude-Michael Mevs, dit « Quasimodo« , pour la contribution au reportage.

Sources & Liens :
Saint-Laurent
Archives communales (délibérations du conseil, devis)
Bulletin « Sous Cornillon » n°8 (revue d’histoire locale de Saint-Pierre-en-Faucigny)
Clichés personnels (excepté horloge : Quasimodo)
Relevé sur site

Viuz en Sallaz – Eglise Saint Blaise

A vingt-cinq kilomètres de la Cité de Calvin se trouve Viuz-en-Sallaz. Cette ville faisait jadis partie du « mandement de Thyez » ou de « Sallaz », avec les actuelles communes de Ville-en-Sallaz et Saint-André-de-Boëge. Les ruines de ce château existent encore aujourd’hui au sud-ouest de Ville. D’abord propriété de la famille de Faucigny, souveraine de cette province de la Savoie, la maison forte passera ensuite entre les mains des évêques de Genève. C’est ainsi que le blason de Viuz est composé du blason de la famille de Faucigny et de la croix de Saint-Pierre, emblème du chapitre cathédral de Genève (puis d’Annecy). Mais l’histoire de Viuz ne s’arrête pas là : son territoire remonte à quelques centaines de mètres du chef-lieu de Bogève, dans un vallon creusé par le Foron. Sur le chemin, de nombreux hameaux : l’un d’entre eux possède une chapelle édifiée à la suite d’un éboulement qui a enseveli 3 lieux-dits en 1713. Plus en amont et sur l’autre rive, un autre petit sanctuaire se dresse au cœur du hameau de Sevraz. Elle est le fruit de la piété d’un habitant émigré qui n’a pas oublié son village natal ! Mais au-delà d’un passif religieux, Viuz-en-Sallaz possède deux montagnes qui sont, ou ont été des atouts : le mont Vouan et les Brasses. Sur la première, on utilisait la pierre pour y faire des meules. Le lieu est aujourd’hui inutilisé certes, mais protégé et donne lieu à des multiples promenades. La seconde, partagée avec les communes voisines, est une station de ski idéale pour les familles.

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L’église Saint-Blaise de Viuz-en-Sallaz se voit de loin : son massif clocher en pierre s’élève très haut avec sa flèche, rappelant la puissance de ce village, jadis apprécié des évêques diocésains. De l’ancienne église, les informations sont dispersées : on sait qu’elle daterait du XVIème siècle et qu’en 1646 elle possédait des reliques de son saint patron, médecin et évêque de Sébaste mort vers 316. Au début du XIXème siècle, il est question de reconstruire le sanctuaire car celui-ci se délabre. En 1832, les travaux commencent alors sous la direction de l’architecte annécien Ruphy. Achevé en 1836, le lieu de culte est alors consacré l’année suivante par Mgr Rey, évêque d’Annecy. Conçu pour accueillir deux milles fidèles, il est dans le style néoclassique, voulant répondre à une architecture grandiose directement inspirée des monuments romains. Mais son embellissement ne s’arrête pas là : le maître autel est réalisé par Gilardi entre 1846 et 1855 et les autels latéraux par Pedrini entre 1846 et 1851, artistes piémontais. Un temps conservé, l’ancien clocher de l’édifice. Fragilisé par l’incendie de 1857, qui eut raison de la moitié du bourg, il est restauré et rehaussé en 1863 – 1864. Le sanctuaire, restauré avec goût, est protégé depuis 2015 par les Monuments Historiques.

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Le clocher abrite aujourd’hui trois cloches fondues en 1863 par les frères Paccard : Michel-Elisa, Marie-Péronne et Charles-Alexis. Bénies le 5 octobre de cette même année, elles logent dans un massif beffroi en bois conçu pour les recevoir. La sonnerie étant postérieure à l’édifice actuel, il est évident que d’autres cloches aient servies à la vie du village. Si la plus grosse nous raconte qu’elle a été « augmentée », elle ne nous en dira pas plus… Mais la réponse se trouve dans les archives. Il est cité qu’au XVIIIème siècle, le clocher abritait trois cloches et qu’en 1764, le battant de la plus grosse est refait à Thonon. En 1819, la commune passe une convention avec M. Louis Gautier, fondeur de Conflans maintes fois présenté ici, pour la fourniture d’une cloche de 14 quintaux accordée avec la cloche existante (peut-être une cloche pré révolutionnaire ?). Fondue en 1820, nous aurons déjà des ses nouvelles l’année d’après : le conseil municipal déplore qu’il n’a jamais officiellement « reçu » la cloche et les sonneurs ont remarqué que sa bélière n’était pas au centre. Ainsi, la cloche boitait lors de la volée et le battant frappait donc trop haut d’un côté. Le conseil demande alors qu’un expert soit nommé. L’affaire remonte jusqu’au Sénat de Savoie qui demande à deux fondeurs d’expertiser ladite cloche : le fondeur Jacques Anthoine, de passage à Moûtiers et le fondeur Eustache Meunier de Chambéry. Dans leur rapport, ils donnent bien comme « mauvaise » la cloche de Louis Gautier. Seulement voilà, les démarches étant vraiment longues, l’affaire a été traitée au printemps 1831, soit quelques semaines avant la mort de Louis Gautier, le 14 juillet 1831. Ainsi, c’est sa veuve qui doit s’acquitter de la dette de M. Gautier, précise une lettre émanant du syndic de la commune.

Les trois cloches actuelles portent des noms cités plus haut. Elles citent de nombreuses personnalités : le Pape Pie IX, l’évêque Mgr Magnin, le curé-archiprêtre Rd Tournier et ses vicaires, les pères Deletran et Favre, ainsi que le maire, M. Jean Gavard. La plus grande cloche est dédié à la Vierge et son époux Saint Joseph. La seconde cloche, à la Vierge et à saint Pierre, premier pape. La plus petite, enfin, a eu un parrain et une marraine âgés de… 11 et 8 ans ! Elle est dédiée à saint Blaise. Les trois cloches sonnent un bel accord élégiaque audible lors des funérailles. La grande cloche annonce les messes, baptêmes et mariages. La plus petite, enfin, sonne 3 fois par jour, infatigablement, l’angélus.

Nom Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Michel Élisa 149,6 ~2000

Ré ♭ 3

2

Marie Péronne 99,4 ~650 La ♭ 3

3

Charles Alexis 74,2 ~250 Ré ♭ 4

Paccard Frères fondeurs à Annecy-le-Vieux Haute-Savoie 1863

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Je remercie chaleureusement :
M. le Maire Serge Pittet, pour ses aimables autorisations.
Mme la Maire-Adjointe Regine Duchêne-Grenaker, pour l’accompagnement.
Mme Marie Claude-Musy, sacristine, pour l’ouverture des portes.
M. Denis Thévenod, historien, pour le prêt d’archives.
Mon ami Aurélien Surugues, de passage dans la région, pour l’aide apportée à la contribution du reportage.

Sources & Liens :
Viuz-en-Sallaz
Mairie de Viuz-en-Sallaz
Eglise Saint-Blaise
Archives municipales ; Denis Thévenod
Mémoires et documents de l’Académie Salésienne, 1896, tome 19.
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