Saint-Gingolph – Eglise Saint-Gingolph

Au sud du Lac Léman, on peut trouver deux communes au nom identique : Saint-Gingolph. Ces deux communes ne sont séparées que par une rivière : la Morge. Cette petite rivière est depuis des siècles la frontière entre deux territoires qui sont devenus avec le temps, d’une part la France (Haute-Savoie) et d’autre par la Suisse (Valais). Ce qui était autrement qu’une seule communauté se retrouve donc séparée « pour toujours » en deux entités distinctes. Le cimetière et l’église pour les deux communes se trouvent tous deux en France. Si bien que les défunts suisses doivent traverser la frontière pour rejoindre leur dernière demeure. Pendant le conflit 1939-1945, de nombreuses « fausses funérailles » étaient organisées à Saint-Gingolph : les cercueils qui traversaient la frontière étaient en fait pleins d’armes et de vivres pour les français en plein conflit ! Il faut aussi mentionner la « Tragédie de Saint-Gingolph » le 23 juillet 1944 : en représailles à la Résistance, une grande partie de la commune française est brûlée par les allemands et certains villageois seront fusillés. Comme la communauté catholique se rend en France pour le culte, le diocèse d’Annecy (qui couvre presque toute la Haute-Savoie) déborde donc automatiquement sur la commune suisse. 

Borne frontière sur un trottoir.

Le nom des villages peut venir de deux saints : saint Gingolph, membre de la légion thébaine décimée à quelques kilomètres de là à l’Abbaye de Saint-Maurice, du nom du capitaine de cette légion chrétienne. Il y a aussi saint Gangolf d’Avallon, qui aurait foulé cette terre au VIIIème siècle et aurait fondé le village. Mais les écrits nous racontent qu’aux prémices de la chrétienté, le village se trouvait centré sur l’actuel hameau de Bret (côté Français) et qu’un éboulement en 640 fit déplacer la paroisse vers sa position actuelle. L’ « Ecclésia Sant Gendoulfo » fut reconstruite à peu près à l’emplacement de l’actuel édifice, à quelques mètres du torrent. En 1153, Eugène III donne l’église au prieuré Saint-Jean de Genève qui dépendait lui-même de l’abbaye d’Ainay près de Lyon. L’église sera ensuite intégrée au diocèse de Genève puis au diocèse d’Annecy. Un éboulement aura raison du sanctuaire en 1584 avant d’être reconstruit. Le lieu de culte actuel date de 1770. Il a été consacré le 13 juillet 1784. Il fut relativement épargné à la Révolution grâce à la proximité suisse : le bâtiment a été racheté par la bourgeoisie de Saint-Gingolph, offrant -en plus de la binationalité paroissiale- une autre singularité : l’édifice n’était aucunement concerné par la loi de 1905 qui -entre autres choses- restituait le patrimoine religieux aux communes. La bourgeoisie est toujours propriétaire du lieu, affecté au culte catholique et desservi par la paroisse d’Evian-les-Bains. Epargné de justesse par l’incendie du village en 1944, l’édifice religieux est intégralement restauré avec le concours de la bourgeoisie et la communauté locale en 1999.

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Le clocher, adossé à la sacristie et au chœur, peut s’enorgueillir de posséder deux cloches prérévolutionnaires, palmarès rare détenu avec une poignée de clochers haut savoyards. La situation du lieu à la Révolution n’y est absolument pas étrangère. La plus ancienne mention campanaire remonte à 1673. Jean Richenet, fondeur basé à Vevey (Suisse) réalise une cloche d’environ 300 kilos. Elle sera rejointe en 1729 par une plus petite cloche nommée « Marie ». Cette cloche a été commandée par Etienne Dérivaz, notaire apostolique et chatelain, les syndics et conseillers de Saint-Gingolph. En 1785, Pierre Dreffet -lui aussi établi à Vevey- est chargé de refondre une troisième cloche. Pendant 152 ans, le clocher de Saint-Gingolph conservera ses trois voix avant que la doyenne ne rende l’âme : elle était fêlée. Décision est prise d’en commander une nouvelle aux ateliers anciléviens dirigés par les fils de Georges Paccard pour commémorer la mission effectuée en 1937. C’est ainsi que la paroisse accueille avec ferveur « Anne Thérèse Louise Augustine » qui reprend une partie des inscriptions de sa prédécesseure. L’aventure continuera en 2019 avec l’ajout, sur l’initiative de l’association « Patrimoine de Saint-Gingolph » d’un carillon de 12 cloches installées dans les baies nord et ouest du clocher. Fondu -lui aussi- aux ateliers Paccard, il permet d’agrémenter les rues du bourg de diverses mélodies. Il est le fruit de la générosité de nombreux mécènes. 

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Pierre Dreffet

1785

92

~400

La3

2

Anne Thérèse Louise Augustine

Les fils de G. Paccard

1937

74,1

259

4

3

Marie

Inconnu

1729

54

~90

Fa4

Carillon : 12 cloches – Paccard, 2019 – 419kg – Do5 diatonique Mi6 + Fa5 et Si5

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Mes remerciements à :
M. Michel Galliker, président du conseil de paroisse de Saint-Gingolph, pour son aimable autorisation et son accueil.
M. Gérard Scheurer, président de l’association « Patrimoine de Saint-Gingolph ».

Sources & Liens :
Saint Gingolph sur Wikipédia
Association « Patrimoine de Saint-Gingolph »
Relevé sur site
Fonds privés
Clichés personnels

Chênex – Eglise Notre-Dame-de-l’Assomption

Au cœur du Genevois, à quelques encablures du bec que forme la Suisse en France, la commune de Chênex se dresse contre les pentes douces de la montagne de Sion, à proximité du Mont Vuache. Cette petite commune rurale a été longtemps marquée par l’agriculture. Elle donnera cependant de nombreux ecclésiastiques au diocèse d’Annecy. Deux d’entre eux seront élevés à la dignité épiscopale : d’une part Mgr Joseph Duval, archevêque de Rouen et Primat de Normandie et d’autre part son oncle, le cardinal Léon-Etienne Duval, archevêque d’Alger. Ces deux personnalités religieuses du XXème siècle ont été baptisées dans le baptistère, au fond de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption de Chênex.

On retrouve des traces de la paroisse depuis le XIIIème siècle. Mais il est probable qu’elle soit plus ancienne. La visite de l’évêque en 1412 est assez détonante : le curé vit en concubinage et les paroissiens dansent dans l’église ! De quoi agacer le prélat. A la Réforme, la paroisse n’échappe pas aux protestants qui y imposent par la force leur religion dès 1536 (nous ne sommes qu’à quelques pas de Genève !). En 1598, onze paroissiens abjureront le protestantisme aux Quarante Heures de Thonon. Au XVIIème siècle, la paroisse est un temps sous le joug de celle de Viry. Car si l’église était relativement préservé de l’invasion protestante, il n’y avait plus de presbytère et plus de prêtre non plus dans la paroisse ! A la Révolution, comme toutes les communes, Chênex est privé de cloche et clocher. La paroisse sera une nouvelle fois rétrogradée au Concordat pour être rattachée cette fois à Valleiry. Si Chênex a pu redevenir une paroisse indépendante, c’est grâce au curé de Valleiry en personne… malgré lui ! Il fallait reconstruire son église et il mit à profit toute sa paroisse. Cependant Chênex ne l’entendait pas de cet avis : il y avait une église elle aussi en mauvais état. Après d’âpres discussions et coups bas, Chênex redevient indépendant en 1841. Mais il fallut encore 50 ans avant de pouvoir entreprendre des travaux sur l’église, manque de moyens. En 1888, le vicaire général d’Annecy déclare à propos de l’église qu’il n’y en a pas davantage délabrée dans le diocèse ! Après avoir trouvé les fonds, l’église est bâtie dès le 20 mai 1890 à un autre emplacement (plus loin de la rivière) et l’évêque consacrera le lieu le 24 septembre 1892. On a confié les plans du monument à l’architecte Dénarié qui a proposé un style néo roman. L’église possède encore le tabernacle de la chartreuse de Pomier, probablement du XVIème siècle et une Vierge à l’Enfant du XVIIème. L’orgue à tuyaux est un don du cardinal Duval en personne. Initialement installé à l’église Notre-Dame-des-Victoires d’Alger, ce monument redeviendra une mosquée lors de l’indépendance algérienne et l’orgue y était donc superflu. 

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Le clocher, qui vient de troquer son ancienne flèche délabrée contre une neuve, abrite deux cloches. Elles ont été installées de l’ancienne église dont elles sont des vestiges. Avant cela, le registre des baptêmes nous indique que le 2 octobre 1760 est bénie une cloche dédiée à la Vierge Marie et conçue par Jean-François Livremont. Son poids était d’environ 196 kilos. Démontée à la Révolution et déplacée à Carouge pour y être fondue, elle est remplacée en 1796 par une cloche issue du dépôt de Bonneville. Il est évident que cette cloche n’a jamais connu Chênex avant son installation ! Au début des années 1860, la cloche est provisoirement placée sur des poutres de bois en mauvais état et à chaque sonnerie, tout menace ruine ! Les délibérations municipales nous apprennent plus tard qu’en 1866, la cloche unique est cassée et qu’il faut la refondre. Il convient alors de la remplacer par une cloche toute neuve. Le 30 avril 1867, le fondeur Burdin Ainé de Lyon ne livre pas une mais deux cloches fondues l’année précédente ! La grosse cloche arbore le nom de ses parrains et marraines, du maire, de son adjoint et du curé. La plus petite cloche cite également son parrain et sa marraine en précisant que c’est un hommage à Marie Immaculée de leur part. Il y a donc fort à parier que cette cloche est un don spécial. En 1873, le conseil municipal expose qu’il reste à régler une somme importante à M. Burdin. La faute serait aux souscripteurs qui y mettent « de la mauvaise volonté ». Une autorisation est demandée au préfet de prélever la somme sur son budget pour préserver l’honneur de la commune. En 1989, les deux cloches doivent être électrifiées. Problème : la plus grosse semble sonner comme une cloche fêlée. Décision est prise de la remplacer. Une cloche neuve est donc fondue aux ateliers Paccard moyennant un rabais avec la reprise de la vielle cloche. Mais Pierre Duval -habitant du village- ne pouvait se résoudre à voir cette cloche partir à la casse et la rachète au prix du bronze. Elle coule depuis une retraite paisible dans sa propriété, à quelques pas du clocher. Comme cette cloche devait disparaître, la décision avait été prise de reprendre ses inscriptions sur la nouvelle, tout en y ajoutant la seconde date de fonte et le nom des autorités en place (maire, adjoint et curé). 

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

 

Fonderie Paccard

1989

83,8

~360

Si3

2

Marie Immaculée

Burdin Ainé

1866

58,3

~145

Fa 4

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Mes remerciements à : 
M. Pierre-Jean Crastes, maire de Chênex
M. Luc Brunier, cantonier de Chênex
Mme Dominique Miffon, auteure d’une prochaine biographie sur le village de Chênex
M. Claude Mégevand, président de la Salévienne

Sources & Liens :
Mairie de Chênex
Archives Départementales de la Haute-Savoie
Fonds de Mme Dominique Miffon
La Salévienne
Fonds privés
Clichés personnels
Relevé sur site

Brenthonne – Château Saint-Michel d’Avully

Il y a quelques années, je vous emmenais à la découverte de l’église Saint-Maurice de Brenthonne. Cet édifice néoclassique du XIXème siècle possède la particularité d’être séparée de son clocher, resté à l’emplacement de l’ancien monument. Brenthonne, c’est aussi la fusion de trois anciennes paroisses avec Vigny et Avully. Sur cette dernière ancienne paroisse, une église fut consacrée en 1479. Elle a malheureusement disparue depuis. Mais au lieu d’un clocher d’église, c’est un donjon de château qui trône : celui du Château Saint-Michel d’Avully.
Cette maison forte fut construite au XIVème siècle à l’emplacement d’une importante villa romaine. Elle était alors le siège de la seigneurerie d’Avully. La famille d’Avully fut d’abord vassale de la famille de Faucigny, avant de faire aveu aux Comtes de Savoie puis aux Dauphins de Viennois. La demeure passera ensuite par les mains de plusieurs familles avant d’être en possession de la famille Saint-Michel, d’où il tire encore son nom actuel, qui -a contrario des églises- n’est nullement un vocable ou une dédicace. Au XVIIIème siècle, la famille de Sales achète le château, qui tombera progressivement à l’abandon jusqu’à l’état de ruines. C’est à la fin du XXème siècle qu’il retrouvera de sa superbe avec la famille Guyon qui le rachètera à son tour. Cette famille portera sa restauration, ou plutôt sa reconstruction, afin de l’ouvrir au public aujourd’hui. Véritable lieu d’histoire, le château accueille tout au long de l’année des évènements privés comme des mariages ou encore des séminaires.

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Au sommet du donjon, qui sert aussi de clocher à l’ensemble, se trouvent huit cloches d’un poids total d’environ 440 kilos. Fondues en 1999 par la fonderie Paccard, elles permettent de rythmer le quotidien des lieux et de ponctuer les évènements qui s’y déroulent. Il a été installé et financé par Jean et Yvonne Guyon pour leur 55 ans de mariage, cinq ans après un premier don campanaire pour l’église Saint-Symphorien d’Excenevex. Sur leur flancs sont gravés de multiples prénoms et noms : il s’agit de la descendance des Guyon et des hommages à des personnes qui leur étaient chères. Muet assez rapidement après son installation, il a été remis en fonction il y a quelques mois. Ce travail a pu être réalisé avec le concours et l’aide d’un électricien, Laurent Nicolet, et des Chevaliers d’Avalon de Genève. Pour la petite anecdote, les genevois ont souhaité détruire le château d’Avully en 1603, en réponse à l’Escalade qui eut lieu à Genève quelques mois plus tôt. Mais les habitants d’Avully s’y sont opposés, protégeant le château en dépit de leurs biens personnels, souvent confisqués par l’ennemi. C’est aujourd’hui en toute amitié qu’ils viennent chaque année depuis 2013, -leur président Laurent Farinelli en tête- pour aider les propriétaires de multiples manières : soutien financier, conseils, logistique ou encore entretien divers et variés. Une belle manière d’enterrer la hache de guerre et de préserver un patrimoine séculaire !

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Mes remerciements à la famille Guyon, et plus particulièrement à Pierre Guyon, pour son chaleureux accueil.

Sources & Liens :
Château d’Avully
Château d’Avully sur Wikipédia
Chevaliers d’Avalon
Clichés personnels
Fonds privés
Relevé personnel

Collonges-sous-Salève – Eglise Saint-Martin

Avez-vous déjà entendu parler de la varappe ? Le nom de ce sport où nous devons escalader le couloir rocheux d’une montagne tire ses origines de Collonges-sous-Salève ! Nous sommes à mille lieues de l’art campanaire, j’en conviens, mais il est important de notifier ceci alors que je m’apprête à présenter une petite commune frontalière en Haute-Savoie et qui accueille aujourd’hui énormément de frontaliers parmi ses habitants. La commune de Collonges-sous-Salève a également partagé une histoire commune avec sa voisine d’Archamps, tantôt une seule entité spirituelle et/ou administrative. Collonges-sous-Salève peut donc s’émouvoir de posséder, sur sa commune, le couloir dit « de la Grande Varappe » qui donnera donc progressivement ce nom à un sport, même si aujourd’hui ce nom commun est délaissé pour simplement parler d’escalade, que ce soit sur un mur, dans un gymnase, ou grandeur nature. Est-ce la seule fierté de Collonges ? Non ! Que l’on aime ou pas la musique classique, nous avons tous entendu une fois un air de Guiseppe Verdi (1813 – 1901) quelque part… Le rapport avec Collonges est simple : c’est dans l’église que Verdi a épousé en secondes noces Giuseppina Strepponi. Alors qu’il était dans ses grandes heures, il dû l’épouser en secret dans une paroisse qu’il n’aura fréquenté qu’un seul jour de sa vie. Les témoins ? Le cocher qui les a emmené à Collonges depuis Genève (ville qui a refusé de les marier!) et le sonneur de cloches de Collonges. Le célébrant ? L’abbé Gaspard Mermillod, futur cardinal, alors curé de Notre-Dame de Genève. Une plaque contre l’église avec son buste permettent de se rappeler ce moment presque clandestin d’une personne pourtant si célèbre.

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L’église Saint-Martin de Collonges, parlons en, est malheureusement très peu documentée. Le fin clocher qui a été entièrement restauré en 2013 serait antérieur à l’église actuelle, reconstruite entre 1850 et 1851 dans un style néogothique, sans doute la première en Pays de Savoie. Les plans sont de Jean-Marie Gignoux, auteur de l’église Saint-André d’Annemasse ou encore de la Basilique Notre-Dame de Genève. De manière antérieure, on sait qu’une ancienne église fut consacrée en 1480 et que le 13 juin 1671, un maître-autel fut consacré, quelques jours après la consécration des autels de l’église voisine d’Archamps. L’église de Collonges reprend la forme d’une croix latine, chose qui ne faisait absolument pas l’unanimité à l’époque alors que la vogue était aux églises néoclassiques sardes avec un plan basilical. On raconte aussi qu’après les travaux et la consécration du monument le 9 mai 1852 par l’évêque d’Annecy Mgr Rendu, il restait 19 782 livres à payer à l’entrepreneur, François Faletti. Ce dernier fut contraint de menacer la commune de sévères poursuites pour que cette dernière solde cette dépense avec un don du curé, plusieurs emprunts et des corvées des habitants. L’aménagement intérieur, dont le charmant chemin de croix et les autels latéraux dédiés à la Vierge et à saint Joseph, n’est malheureusement pas précisé dans le détail.

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Nous sommes en 2013. Collonges connait alors une drôle d’époque : son clocher est amputé de sa flèche ! Cette dernière, dans un état très dégradé, menaçait tout simplement ruine. Au delà de ce travail spectaculaire, la municipalité va plus loin et pilote en fait un vaste chantier : redonner une jeunesse à l’extérieur de toute l’église et de son clocher. Mais pour ce dernier, le bilan s’avère lourd : le poids des âges et des cloches le fragilise ! A l’intérieur de celui-ci, tout est repris. Les murs ont été doublés par du béton armé, voire parfois complètement repris. Dans les 4 coins de la chambre des cloches, on coule des piliers de béton pour soutenir les murs séculaires. Mais ces aménagements posent un grave problème : les cloches ne peuvent plus se balancer correctement. Pour que l’église retrouve sa voix, un nouveau beffroi est commandé aux ateliers Paccard. Jadis côte à côte, les deux cloches seront dorénavant l’une sur l’autre afin d’être toutes les deux au centre de la tour. On se rendra d’ailleurs compte que lors de la volée, la grosse cloche passe à quelques centimètres seulement des baies géminées, munies d’abat-sons et de grillages anti volatiles. Evidemment, une nouvelle flèche à l’identique fut réalisée et déposée au sommet du clocher afin de lui redonner son allure !
Mais du côté des cloches, qui sont-elles ? Une chose est certaine, elle n’ont pas pu sonner le mariage de Guiseppe Verdi car elles sont postérieures. Elles sont signées toute deux par les célèbres fondeurs Paccard d’Annecy-le-Vieux. La plus grosse porte les noms de « Marie Philippine Pierrette » et a été coulée le 19 septembre 1860, en même temps que les cloches de Boëge ou encore celle de Montailleur. D’un poids de 808 kilos exactement, elle remplace une cloche plus ancienne et fêlée, qui ne pesait que 554 kilos. La petite cloche, fondue en 1886, porte les noms de « Françoise Berthe Louise Joséphine Claudine » et loue un culte à la sainte Trinité, à la Vierge Immaculée et à saint Martin, patron de la paroisse. Des anciennes cloches, nous ne savons rien sinon le poids de l’ancienne grosse cloche mentionné plus haut. Des « cloches » sont simplement évoquées dans les registres du casuel (baptêmes mariages sépultures) de 1763-1787. Une annexe présente les différents travaux du clocher et fait mention de travaux sur le « plancher des cloches » mais aussi que le clocher était déjà fermé à clé pour « éviter aux enfants d’aller y faire [des] extravagances » sans préciser d’autres choses dans le domaine campanaire…

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Marie Philippine Pierrette

Paccard frères

1860

109,7

808

Fa 3

2

Françoise Berthe Louise Joséphine Claudine

G&F Paccard

1886

87,5

~400

La 3

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Mes remerciements à :
Mme Annie Pérréard, sacristine, pour l’ouverture des lieux et les sonneries.
M. Michel Brand, pour l’organisation de la visite.
M. Pierre Paccard, ancien directeur de la fonderie éponyme, pour la mise à disposition du cahier de fonte (1860).
Mon ami Claude-Michaël Mevs dit « Quasimodo » pour l’aide apportée.

Sources et liens :
Association Arcofi
Paroisse Saints-Pierre-et-Paul en Genevois
Archives départementales de Haute-Savoie : Registre des baptêmes 1763-1787 / Actes de Mariages 1859
Fonderie Paccard : Cahier de fonte de l’année 1859
Relevé sur site
Fonds privés

Beaumont – Eglise Saint-Etienne

Beaumont. En prononçant ce nom de village, nous pouvons faire référence à quantité de communes : en Ardèche, en Corrèze, dans le Gers ou encore dans l’Yonne… ! Chaque région de France, ou presque, possède son, voire ses « Beaumont » ! Nous pourrions probablement être très pragmatiques et penser que le nom de la commune fait référence à une belle montagne, peut-être le Salève. En effet, la commune est adossée contre ses pentes et se trouve juste en dessous du « Grand Piton » considéré comme son point culminant (1’379 mètres). Beaumont est en fait le fruit de la fusion de trois anciennes communes civiles : Beaumont, Jussy et le Châble qui se partageaient la même paroisse. Le Châble prit néanmoins une grande importance, si bien qu’aujourd’hui, la commune se trouve comme scindée en deux, organisées soit autour de l’église (Beaumont et Jussy) ou autour de la mairie, de son école et de nombreux commerces (le Châble). Il est à noter que dans les années 1960, le Châble prit même la peine de se bâtir son propre lieu de culte mais ce dernier à malheureusement été démoli il y a quelques années déjà.

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Le passé historique de Beaumont remonte à fort longtemps. Dédiée à saint Etienne, premier des martyrs, la paroisse affirme avec ce vocable son ancienneté. Une église serait présente depuis le Vème siècle au moins. Des familles nobles se sont intéressées à Beaumont au cours de son histoire. Ce fut le cas de la famille de Menthon et de la famille de Châtillon du Chablais qui y possédaient tous deux un château. Ces seigneurs ont fondé des chapelles dans l’église : l’une dédiée à saint Sébastien et l’autre à la Vierge. Près de l’actuelle sacristie, une pierre arbore encore les armes de la famille de Menthon qui sont arrivés au XIIIème siècle dans la paroisse. En 1774, le clocher doit être reconstruit. Il le sera sur l’emplacement d’une des deux chapelles. Il fut relativement épargné à la Révolution car sa construction était neuve et il n’était pas jugé comme excessivement haut. Dans les années 1840, l’église menace ruine. Elle est donc intégralement reconstruite, ou presque : seul le clocher, plutôt récent, sera conservé. L’édifice religieux sera alors pensé dans le style néoclassique sarde avec dans le chœur une fresque dédiée à la Vierge Marie dessinée dans les années 1950. En 1868, le clocher sera réhaussé car les cloches, au même niveau que la voûte, la faisait trembler lors des volées. A la fin du XXème siècle, le sanctuaire, presque vidé de ses fidèles, menace ruine. Le curé d’alors, Amédée Anthonioz, se lance dans des travaux d’envergure pour rebâtir le monument mais pour aussi remplir les bancs de fidèles. Si l’idée de la restaurer a d’abord provoqué un véritable tollé, de nombreux habitants ou paroissiens y ont mis du sien pour redonner à l’église de sa superbe. Les travaux rondement menés se sont achevés en 1984. Dès lors, toujours grâce à la persévérance de l’homme de foi, l’église possède son propre orgue à tuyau dans une chapelle latérale pour accompagner les offices mais aussi être écouté pour des concerts. 

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L’histoire des cloches de Beaumont, sans doute pluriséculaire, nous parvient à partir du XVIIIème siècle. Avant que le clocher actuel ne soit construit en 1774, il est précisé que les deux cloches étaient posées sur une « chèvre » reposant elle-même sur un mur extérieur de l’édifice. La tour construite, les deux cloches seront installées en son sommet sur un beffroi en bois. En 1790, l’une des deux cloches se fêle. Alors que la Révolution gronde déjà en France et que les Savoyards ne savaient pas que les années suivantes allaient être sombres, Jean-Baptiste Pitton de Carouge est sollicité pour la refonte de cette cloche estimée à 3 quintaux (env. 165 kilos). Cette dernière fut alors alourdie de 1,76 quintal (env. 100 kilos) pour qu’elle puisse porter plus loin. Le 7 mars 1794, alors qu’elle n’est même pas complètement payée, la cloche fait le chemin inverse, cette fois-ci dans le but d’être purement et simplement détruite. Autour du premier janvier 1796, la seconde cloche de Beaumont est envoyée à Carouge également. Son poids est de 6 quintaux. Mais voilà que trois mois après seulement, la commune reçoit un bon… pour récupérer une cloche qui n’a pas encore été cassée… à Bonneville ! Pourquoi Bonneville et non Carouge ? Parce que toutes les cloches du dépôt de Carouge ont été cassées très rapidement après leur réception. Et c’est ainsi que Beaumont retrouve sa voix… de provenance inconnue. En 1802, la cloche est au clocher, mais n’a toujours pas de corde. Le curé Vuarin désire doter la paroisse d’une seconde cloche en 1820. Le travail sera confié à Pitton une seconde fois. En 1822, le paiement est clos grâce à une souscription qui a pu couvrir la dépense. Mais déjà cinq ans plus tard, l’une des deux cloches, peut-être celle récupérée à Bonneville, est déjà fêlée. Ce n’est qu’en 1849 que le conseil s’y intéresse, en expliquant que la dépense n’est pas urgente car la reconstruction de l’église l’était beaucoup plus et qu’elle avait siphonnée toutes les ressources. Le conseil demande tout de même à l’intendant de pouvoir la vendre, lequel répond qu’elle doit être expertisée comme hors d’usage et sa valeur pécuniaire arrêtée. En 1855, le sujet revient sur la table. Nicolas Beauquis, fondeur de Quintal, s’apprêtait justement à fondre une cloche pour l’école de la commune. Il se porte donc acquéreur du bronze de la cloche fêlée de l’église pour 3 livres le kilo. La commune souhaite saisir cette occasion mais l’autorité de tutelle réplique en demandant une mise aux enchères. S’ouvre alors une grande période d’incertitudes… Cette cloche, d’environ 250 kilos, se retrouve donc attribuée à F. Cartier du Châble pour 3,15 livres le kilo. Mais coup de théâtre : il refuse de signer le procès-verbal d’acquisition ! Une seconde enchère attribuera la cloche à Nicolas Beauquis pour 2,45 livres le kilo… avant que Cartier ne réplique en offrant 1/10e de plus de son prix. L’enchère lui étant une nouvelle fois bénéfique, il refuse de payer car il indique ne pas connaître son poids ! Invité à sa pesée, il ne prend aucunement la peine de s’y déplacer. L’intendant général du genevois ordonne donc que la pesée soit faite devant témoins pour informer F. Cartier de son poids, afin qu’il récupère la cloche entreposée et qu’il règle la somme totale à la commune. Cette affaire ne fut soldée qu’avec des menaces fermes d’emmener l’affaire devant la justice !

Mais dans le même temps, l’autre cloche du clocher, alors solitaire, rendit l’âme également. La paroisse et ses conseils (communal et de fabrique) allaient pendant près de cinq années se déchirer avant de s’en procurer desnouvelles. Tout fut passé au peigne fin pour trouver le financement… et pour s’en dérober ! Tout commençait très bien : la commune vote la fonte d’une nouvelle cloche de 400 kilos, financée en partie par la vente au fondeur du métal de la cloche fêlée. La somme de 750 livres allait être allouée à la fabrique pour exécuter les travaux mais… il semblerait que cette dernière n’ait, même avec cette donation, pas assez de fonds pour la commande. Les conseillers communaux s’y intéressent donc et certains notent d’importantes irrégularités dans la comptabilité, demandant une inspection approfondie. Une somme de 3000 livres attribuée en 1848 ne figure pas dans les dépenses mais elle a pourtant bel et bien disparue : elle était à l’usage exclusif du défunt curé, à sa convenance ! Les héritiers du prêtre, dûment convoqués, ont été capables de prouver l’usage des fonds, mais refusaient de le certifier par écrit avec leur signature ! Une enquête est donc diligentée pour faire toute la lumière sur l’affaire… différant la fonte d’une nouvelle cloche alors qu’une première convention entre la commune et Nicolas Beauquis a été signée. Cette convention ne sera finalement jamais appliquée car deux ans plus tard, la commune, s’inquiétant d’être sans cloche depuis maintenant trois ans, prit d’autres décisions. Un budget de 2700 francs (la monnaie a changé avec l’annexion de la Savoie à la France) est donc approuvé pour fondre une cloche. La manœuvre est confié aux fondeurs Burdin basés rue de Condé à Lyon. En parallèle, la fabrique commande au même fondeur une plus petite cloche moyennant la reprise de la cloche fêlée et une souscription de plus de 500 francs pour couvrir les dépenses. Voilà qu’en 1862, arrivent en gare de Genève les deux nouvelles cloches de Beaumont. Chacune d’elle porte des inscriptions, avec leur parrain et marraine respectifs. Sur la plus grosse, il est écrit « Faite par la commune de Beaumont sous la direction de M. Mabut Marie, maire. ». Et la petite lui répond « Faite par souscription des habitants de Beaumont ». Mais la facture de la fonderie montre qu’il reste à payer la somme de 455 francs. A qui devait elle être imputée ? Les deux conseils se passent une nouvelle fois la patate chaude durant des années et la commune promet même à M. Burdin qu’elle payerait dès qu’elle le pourra… mais rien ne venait ! En 1878, l’affaire piétine encore et M. Burdin devient très hostile. Il demande au préfet l’accord de poursuivre la commune après 16 ans sans voir le moindre centime arriver ! Les élus souhaitent alors répartir la somme à payer entre la commune (2/3) et la fabrique (1/3). Seulement voilà, des pénalités sont imputées (honoraires de l’avocat et des intérêts de retard) portant la somme à 800 francs ! La fabrique ne pouvant pas payer même partiellement la somme, la commune, acculée, tente le tout pour le tout : elle demande une imposition extraordinaire. Seul le Président de la République peut autoriser un tel acte ! Jules Grévy ratifiera cette demande afin de clore, après presque deux décennies « l’affaire des cloches ». Mais en 1903, de nouveaux travaux sont demandés : reconstruire un beffroi neuf pour les deux cloches et créer un nouvel accès sécurisé à celles-ci, moyennant la somme de 992 francs. Là encore, le financement pose problème : une subvention fut attribuée à titre exceptionnel par le Président du Conseil Emile Combes. Il y a quelques années, un nouveau beffroi est installé pour les deux cloches car le précédent menaçait de se disloquer, promettant de sérieux dégâts lors des volées des cloches. 

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

105,5

~700

Fa♯3

2

83,2

~350

La3

Burdin Ainé fondeur à Lyon – 1862

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Remerciements :
M. et Mme Dominique Blanc, sacristains.
M. Michel Brand, pour l’organisation de la visite.
Mon ami Claude-Michaël Mevs dit « Quasimodo » pour l’aide technique.

 

Sources & liens :
Beaumont : Haute-Savoie : 1814-1940, Félix Croset
Mémoires et documents publiés par l’Académie Chablaisienne, Tome XIII, 1899
Mémoires et documents publiés par l’Académie Chablaisienne, Tome XIV, 1900
Il était une fois l’Alsacienne
Eglise de Beaumont, dépliant
Relevé sur site
Clichés personnels


Et la cloche du Châble ?

Dans mon article, je fais référence au début à une chapelle moderne dédiée à Notre-Dame, au Châble, détruite il y a plusieurs années déjà. La commune l’avait acquise dans le but de la démolir en prévision d’un vaste chantier immobilier. Bâtie au début des années 1960, la cloche qui garnissait son clocher a été offerte par M. et Mme Frédéric Meyer. Originaires d’Alsace, ils étaient à la tête de la « Société Alsacienne d’aluminium » basé à Sélestat mais délocalisée à Beaumont après la Première Guerre Mondiale. Après la Seconde Guerre Mondiale, l’entreprise retourne en Alsace redevenue française mais M. Meyer n’a pas oublié l’accueil des savoyards. Il a maintenu au Châble son usine et donc des emplois et aida la commune de Beaumont à se développer en participant à la construction d’une salle des fêtes et de la nouvelle mairie. C’est aussi lui qui offrit, en 1962, la cloche « Anne » de la chapelle Notre-Dame du Châble. Pesant 190 kilos et sonnant le « ré » elle a été fondue chez Paccard à Annecy. Lors de la destruction de la chapelle, cette « relique » du lieu de culte fut conservé par la commune. Elle a été installée en 2016 sur un petit portique dans l’esprit des carillons « Ars Sonora » près de l’emplacement du sanctuaire disparu, à l’entrée de… la rue de la chapelle ! Et dorénavant, elle sonne les douze coups de midi, rappelant à tous qu’au même endroit se tenait une communauté catholique malheureusement rattrapée par la perte de la pratique religieuse et des vocations.

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Pour écouter la cloche du Châble :

Le Lyaud – Eglise Saint-Nicolas

Au sud de Thonon-les-Bains et adossé contre les pentes de la montagne des Hermones, le village du Lyaud figure parmi les plus récentes communes des Pays de Savoie : ce n’est qu’en 1867 qu’elle devient autonome, car jusque là liée à celle d’Armoy à deux kilomètres. Ce qui fut jadis une seule paroisse à l’histoire commune s’étend sur 14 kilomètres carrés en rive gauche de la Dranse, principale rivière du Chablais qui rejoindra, quelque kilomètres en aval, le plus grand lac d’Europe. La paroisse d’Armoy, dédiée à saint Pierre, semble remonter au moins au XIème siècle avec divers éléments de l’église actuelle. Elle a créée deux fondations dans son histoire : la chapelle du Lyaud, dédiée à saint Nicolas puis la chapelle de Trossy, dédiée à saint Symphorien.

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En ce qui concerne l’église du Lyaud, il est difficile de dater avec certitude ses origines primitives car elle a été totalement construite entre 1859 et 1861 dans le style néoclassique sarde. Ou plutôt reconstruite car elle remplace une ancienne chapelle déjà attestée depuis plusieurs siècles. Le seul élément qui subsiste de ce lieu est la porte extérieure du clocher dans le style gothique, elle-même surmontée d’une croix de Savoie. L’édifice religieux est construit sur le plan basilical avec un chœur profond et une absence de tribune. Fait rare, l’église possède un orgue à tuyaux qui trône derrière l’autel, accompagnant les célébrations. La sacristie s’élève à la gauche du chœur tandis que le clocher, rectangulaire, forme la symétrie en étant à droite. Les autels latéraux sont dédiés à la Vierge et à saint Joseph. 

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Heureusement pour nous, l’historique campanaire est plus imposant que celui des édifices religieux du Lyaud. Le 14 juin 1624, une convention est passée entre Aymé Rollin, fondeur de Genève et les « communiers du Lyau » pour la fourniture d’une nouvelle cloche devant le notaire Blondel. Aucune nouvelle de cette cloche n’est donnée par la suite. En 1801, au lendemain de la Révolution, la cloche de la chapelle est cassée (peut-être une autre?) et il faut alors la refondre. L’opération est confiée à Jean-Baptiste Pitton, fondeur de Carouge. Cette cloche d’environ 450 livres a été bénie le 21 février 1802 et placée sous le patronage de saint Nicolas. Le parrain en était Thomas Dubouloz, maire de Thonon et la marraine Anne Charmot, née Dubouloz. Cette cloche aux accents baroques a malheureusement avec le temps perdu quelques kilos de bronze et sa qualité sonore en a sérieusement pâti. En 1868, on adjoint à cette petite cloche deux cloches plus imposantes. Le travail est confié aux frères Beauquis de Quintal. Ces deux cloches ont été généreusement financées grâce à des souscriptions. Elles indiquent sur leur robe les dons, en plus des parrains et marraines : plus de 600 francs pour chacune d’elles ! Seulement, cinq ans plus tard, les archives indiquent un courrier troublant. Le conseil de fabrique du Lyaud demande au préfet de poursuivre les personnes qui ont promis des dons… sans les honorer ! Un second courrier, émanant cette fois du préfet, demande à l’évêque l’accord de lancer les démarches ! En 1951, la fonderie Paccard est mandatée par la paroisse du Lyaud pour électrifier la sonnerie et refondre la cloche de 1802, afin de donner un meilleur accord à l’ensemble. Finalement, le projet sera revu à la hausse : la cloche Marie-Josèphe fut ajoutée et la cloche de 1802 conservée, uniquement en volée manuelle. Il y a encore quelques années, elle était actionnée manuellement à l’approche d’un orage dans le but de l’éloigner. Elle se trouve aujourd’hui sans usage concret. Elle a été déplacée en 1951 à la base du beffroi, permettant à la nouvelle cloche de prendre sa place, en face de la seconde cloche. La plus grosse, uniquement actionnée pour les sépultures avec ses sœurs, occupe à elle seule une travée complète du beffroi.

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

 

Beauquis frères

1868

123,8

~1’180

Mi 3

2

 

Beauquis frères

1868

98,9

~580

Sol3

3

Marie Josèphe

Paccard

1951

80,5

~325

Si 3

4

St Nicolas

Jean-Baptiste Pitton

1802

73,2

~220

Do 4

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Remerciements :
La commune du Lyaud, M. Joseph Déage, maire et M. Hubert Dubouloz, premier maire-adjoint.
La paroisse du Lyaud et M. André Cornier, sacristain.
Mon ami Claude-Michaël Mevs, dit « Quasimodo », pour l’aide apportée.

Sources & Liens :
Mairie du Lyaud
Archives paroissiales du Lyaud – Echanges entre le curé et la fonderie Paccard (1951)
Archives diocésaines d’Annecy – Courier du Préfet à Monseigneur l’évêque d’Annecy
Mémoires et Documents publiés par l’Académie Chablaisienne, Tome XXIV, 1910.
Relevé sur site
Clichés personnel

Le Lyaud – Chapelle Saint-Symphorien (Trossy)

Au sud-est de la commune du Lyaud, le hameau de Trossy parlera à de nombreux autochtones pour sa ferme, hautement réputée pour la qualité de ses fromages. Composé avant tout de quelques fermes et propriétés au calme à quelques encablures du Lac Léman et de Thonon-les-Bains, capitale du Chablais, le hameau s’organise autour d’une modeste chapelle, adossée à l’une des bâtisses du quartier. Fondée le 21 avril 1721 par le Rd Pierre-François Dubouloz, elle permettait alors aux habitants d’avoir un sanctuaire plus proche qui jadis n’était pas l’église du Lyaud… mais celle d’Armoy, obligeant les paroissiens à faire trois kilomètres pour se rendre à l’église ! La paroisse du Lyaud est en effet très jeune : ce n’est qu’au milieu du XIXème siècle qu’est construite l’actuelle église et que les paroisses, ainsi que les communes, se sont séparées. Mais revenons dans notre petite chapelle. Cette dernière semble avoir été gérée par des prêtres extérieurs à Armoy puis au Lyaud : fondé par un thononais curé à Meinier (actuel canton de Genève, en Suisse) elle a été gérée -par exemple- au milieu du XIXème siècle par le curé de Saint-Gingolph, le Rd Sache. Un écrit conservé aux archives diocésaines fait d’ailleurs état de tous les travaux entrepris sous son mandat. Le document présice aussi que depuis la fondation, très peu de travaux ont été réalisées et que la chapelle souffrait d’un mauvais entretien. Avec la séparation de l’Eglise et de l’Etat, en 1905, la chapelle est prise sous l’aile de la famille Bordeaux, puis de la famille Pommier. Elle sera ensuite cédée au diocèse d’Annecy en 1968 avant de bénéficier d’une grande cure de restauration, menée par la paroisse. La chapelle peut être encore aujourd’hui utilisée pour de rares offices et accueille aussi, sur demande de la famille, le corps d’un défunt du hameau avant sa sépulture à l’église paroissiale. Il y a encore quelques mois, toute l’attention était sur elle avec un remplacement des gouttières et une restauration partielle de la toiture ainsi qu’un nouveau drainage autour du bâtiment.

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Le clocher porche abrite une seule cloche, comme la quasi-totalité des chapelles savoyardes. Cette petite cloche aux dimensions modestes et à la qualité sonore et esthétique discutables est très rare : elle porte la signature de Joseph Revet, fondeur à Thonon. C’est la première fois que ce fondeur apparaît sur ce site mais a déjà été référencé dans une chapelle non loin de là : la chapelle de Tully à Thonon (1841). Joseph Revet n’a semble-t-il pas fondu de cloches d’église car aucune archive ne le mentionne pour de tels travaux. Né en 1792 à Maxilly-sur-Léman, il était bel et bien inscrit sur les listes électorales de Thonon comme fondeur mais aussi prospecteur, attestant bien que la fonte n’était pas pour lui sa seule source de revenus. L’Almanach du Duché de Savoie de 1833 (p. 181) précise que notre homme tenait une « Fonderie, cuivre, laiton et pompes à feu ».  Le Sr Revet s’est éteint à Thonon, le 21 novembre 1859. Au regard de la cloche de Trossy, trois choses interpellent : son profil, plus proche d’un braillard que d’une cloche d’église, une ébréchure importante compte tenu des dimensions modestes de la cloche, ainsi que son démoulage très grossier, laissant d’énormes défauts de coulées. Pour être honnête, il m’a bien fallu quelques soirées pour comprendre le sens des inscriptions : à savoir les personnes citées, sa signature et sa date. Les archives nous racontent que lors de sa fonte, le Sr Revet a récupéré une vielle cloche du clocher, plus petite, dans le but de la casser. Le prix de l’opération a coûté au total 108 livres.

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Joseph Revet

1852

42,1

~45

La4

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Remerciements :
M. André Cornier, sacristain, pour l’accès à la chapelle et la sonnerie spéciale.
Mmes Lucie Hugot et Stéphanie Tona, archivistes de Thonon-les-Bains, pour la mise à dispositions d’archives de l’état civil de Thonon-les-Bains.
Mon ami Claude-Michaël Mevs dit « Quasimodo » pour l’aide apportée.

Sources & liens :
Paroisse Notre-Dame-des-Hermones
Acte de fondation de la chapelle du Lyaud le 21/04/1721, tabellion de Douvaine
Etat des lieux des dépenses du Rd Sache, recteur de la chapelle – Archives diocésaines d’Annecy
Acte de décès de M. Joseph Revet – Archives municipales de Thonon
Listes électorales de Thonon-les-Bains (côte 1K1, page 335) – Archives municipales de Thonon
Almanach du Duché de Savoie, Bellemin, 1833 (consultable sur la BNF)
Relevé personnel sur site
Clichés personnels

Armoy – Eglise Saint-Pierre

Une commune scindée en deux
A quelques encablures de la capitale du Chablais, Thonon-les-Bains, et faisant face au plateau de Gavot que la Dranse sépare, le village d’Armoy s’est développé autour de la départementale 26 qui mène vers la vallée du Brevon incluant les villages de Vailly, Lullin ou encore Bellevaux. Le village d’Armoy tirerait ses origines d’un ancien domaine gallo-romain ayant appartenu à un certain « Annonius » sans que cela soit attesté. Mais le nom de la commune à fortement évolué : Annone, Armury, Armoy et même Armoyliaud. Il convient de préciser que la commune voisine, Le Lyaud, dépendait jusqu’au milieu du XIXème siècle tant pour le religieux que l’administratif d’Armoy avant une séparation définitive en 1870. Armoy fut aussi réputé pour sa plâtrière à ciel ouvert active de 1844 à 1934. Forte de 100 ouvriers, elle était alors la plus importante de France lors de son apogée.

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Un lieu de culte à l’architecture plurielle
L’église Saint-Pierre d’Armoy se distingue par son aspect extérieur exclusivement fait de pierres apparentes, issu d’une restauration relativement récente. Cet édifice dédié au premier pape de la chrétienté et apôtre de Jésus remonterait au XIème siècle. Il est difficile de retracer avec précision son histoire mais plusieurs éléments permettent de mieux comprendre le lieu de culte : son chevet, non daté, en serait la partie primitive. Sous le bâtiment, une crypte du XIIIème siècle a été redécouverte en 1977 mais non étudiée. Un bénitier dans l’édifice mentionne la date de 1699. Le clocher porte la date de 1815 et la nef a été victime d’un incendie en 1888. Au XXème siècle, le célèbre architecte thononais Maurice Novarina a imposé dans l’église son style avec un baptistère devant l’autel latéral droit. Autant d’éléments dispersés dans le temps qui permettent d’affirmer que le sanctuaire est riche en réemplois et qu’il n’a jamais été déplacé voire entièrement rasé en vue d’une nouvelle construction. Dans l’histoire de la paroisse, il est bon de préciser qu’elle fut unie au chapitre de la cathédrale de Genève en 1494 et que durant ce siècle, une grande querelle opposa les paroissiens à ceux de Féternes au sujet d’une coupe de bois entre l’église d’Armoy et la Dranse, de quoi entretenir pendant longtemps les guerres de clochers ! 

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Une cloche flâneuse
Dans le petit clocher porche se balancent trois cloches, issues de trois fondeurs et de trois générations différentes. Presque un siècle sépare la plus jeune de la doyenne. Nous commencerons d’ailleurs par présenter cette noble dame de bronze. Son histoire commence dès 1777 à plus de 50 kilomètres. La paroisse d’Arâches, en Faucigny, souhaite se procurer de nouvelles cloches et mandatent des fondeurs de Thonon. En 1778, trois cloches de 4, 6 et 16 quintaux sont réalisées pour cette même paroisse. Le 20 novembre 1793, deux cloches d’Arâches sont transférées à Cluses avant d’être conduites à Bonneville. Le 13 février suivant, une troisième cloche prit le même chemin. Très peu de cloches ont été cassées lors de la Terreur et dès les premières clairières, on allait récupérer des cloches plus grosses dans les différents dépôts (Annecy et Bonneville). C’est ainsi qu’Armoy parvint à récupérer la cloche d’Arâches pesant six quintaux et dédiée à saint François de Sales ! Les lecteurs assidus de ce site ne manqueront pas d’avoir une sensation de déjà vu : de nombreuses cloches se sont promenées à cette époque avec une histoire similaire, comme par exemple de Cluses à Margencel. La cloche d’Arâches n’est malheureusement pas signée mais ces décors et le lieu de résidence des fondeurs laissent penser qu’il s’agit de membres de la dynastie Livremont, originaires du Doubs (25), et en particulier Jean-Claude, fondeur prolifique dans la région lors de la seconde moitié du XVIIIème siècle. En 1822, les autorités d’Armoy et du Lyaud commandent une cloche plus grosse grâce à une vente de communaux. Cette fois-ci, on confie la fonte à Louis Gautier, fondeur briançonnais établi à l’Hôpital (aujourd’hui Albertville) à l’entrée de la vallée de la Tarentaise. Pour compléter la sonnerie trop pauvre à son goût, l’abbé Bequet, curé de la paroisse, offre à ses frais une troisième cloche. Il profite que l’entreprise Paccard installe la grosse cloche de Thonon pour les faire venir à Armoy. Ils préconisent donc l’ajout d’une petite cloche de 155 kilos environ pour compléter joyeusement la sonnerie. Fondue à la fin de l’année 1872, elle est arrivée le 21 février 1873 à l’église avec un poids de 156,5 kilos ! Le dimanche 26, elle fut bénie par l’archiprêtre de Thonon avec l’assentiment de Monseigneur l’évêque d’Annecy. Son installation a été aux frais du généreux curé qui déplore dans ses notes que la commune est restée stoïque. Il y a tout juste une décennie, le beffroi a été entièrement remplacé car l’ancien menaçait ruine et mettait en péril tout le clocher. Nous sommes donc repartis pour des décennies sinon des siècles de bons et loyaux services !

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

non connu

Louis Gautier

1822

102

~600

Sol 3

2

St François de Sales

Jean-Claude Livremont ?

1778

82,8

~325

Si♭3

3

Jeanne

Paccard frères

1872

64

156

Mi♭4

 

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Mes remerciements à :
M. le Maire Patrick Bernard pour son aimable autorisation et son accueil.
Mme Marie-France Planchamp pour son accueil et sa disponibilité.
Mon ami Claude-Michaël Mevs dit « Quasimodo » pour l’aide apportée.

Sources & Liens :
Armoy
Armoy-Le Lyaud
Courrier du père Bequet à Mgr Magnin – 1873
« Etat de la Paroisse d’Armoy par son curé (1867-1877) » conservé aux archives diocésaines d’Annecy
Relevé et clichés personnels

Saint-Julien-en-Genevois – Eglise Saint-Brice (Thairy)

Un air de village
Lorsque l’on déambule dans les rues de Thairy, on constate que sa quiétude n’est interrompue que le matin et le soir par l’impressionnante procession des travailleurs frontaliers. Nous sommes alors tout à fait en droit de se demander si nous sommes bel et bien dans l’une des trois sous-préfectures de Haute-Savoie. Car le village de Thairy possède de nombreuses infrastructures : son école, son cimetière, son monument aux morts et son église, symbole par excellence d’un village ! La mairie n’a plus de raison d’être car le 16 février 1965, Thairy fusionne avec Saint-Julien-en-Genevois à cause d’un problème d’approvisionnement en eau potable. Mais ce qui est devenu un « quartier » a en fait gardé l’âme d’un véritable village haut-savoyard, avec ses jolies fermes restaurées avec goût. Thairy est installée sur une butte offrant un panorama à 360°. Au sommet de celle-ci, outre l’église et les autres bâtiments publics, se trouve le « château », construit bien avant le XVIème siècle. C’est aujourd’hui une propriété privée.

Une bataille historique
Nous sommes le 1er mars 1814, 18’000 hommes ont rendez-vous pour la « bataille de Saint-Julien », moment clé des guerres napoléoniennes. 6’000 d’entre eux étaient français alors que 12’000 étaient autrichiens ! Cette bataille à lieu alors que l’empire napoléonien était en décadence depuis la défaite de l’empereur à Leipzig. Après avoir essuyés de nombreuses défaites, les troupes françaises dirigées par le général Dessaix lancent une grande offensive pour reprendre les Pays de Savoie. C’est à Thairy, dans les champs, qu’aura lieu cet épilogue. N’importe quelle personne rationnelle aurait déconseillé au général d’y aller en raison de l’infériorité numérique mais aussi logistique : mais que faire ! Le général Dessaix, né à Thonon, était ici « chez lui » et entendait bien repousser les autrichiens. En seulement quelques heures, grâce à des stratégies savantes et une connaissance parfaite des lieux, les autrichiens ont été repoussés en Suisse. Des combats à la baïonnette ont même eu lieu devant l’église. Relique de cet épisode qui coûta la vie à plus de mille soldats, un boulet de canon de cette bataille orne le sommet de la fontaine du village. Mais cette victoire fut hélas sans conséquence sur la suite des évènements : Napoléon abdiquera un mois plus tard et en 1815, Genève devient Suisse et la Savoie se sépare pour un temps de la France en rejoignant le royaume sarde jusqu’en 1860.

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Une église en péril
En 2005, le maire de Saint-Julien-en-Genevois prend un arrêté interdisant l’accès du public dans l’église de Thairy. Le diagnostic est sans appel : la charpente est mal conçue, fait s’écarter les murs et fragilise donc la voûte. Des échafaudages surmontant des étais ont été installés dans la nef pour maintenir la voûte et éviter d’accentuer les dégâts. Seulement, il faut trouver plus d’un million d’euros pour redonner à l’édifice sa splendeur d’antan, une somme colossale difficile à trouver. Mais l’église de Thairy tient bon, défie le temps et est unique à bien des endroits. Sa dédicace est très rare : saint Brice, évêque de Tours, successeur direct de saint Martin aux IVème et Vème siècles. La paroisse de Thairy est citée en 1275 sur le baillage des seigneurs de Ternier. Le premier curé, quant à lui, est mentionné en 1412. L’église a été régulièrement vandalisée et pillée, notamment lors des guerres de religions opposant la Suisse protestante à la Savoie catholique, entre les XVIème et XVIIème siècles. Au début du XVIIème siècle, les propriétaires de la maison-forte de Thairy offrent une somme pour la reconstruction de l’église. En 1712, le clocher est réparé. Mais la visite de Mgr Biord quelques décennies plus tard fait mention d’une église en ruines et l’évêque demande aux paroissiens de la réparer, sinon de la reconstruire. En 1755, un contrat est passé entre la paroisse et Pierre Cheneval, architecte, pour la reconstruire. Mais ce dernier décède l’année suivante et c’est Francesco Garella qui prend la suite des travaux. Une pierre dans la nef nous indique que les travaux ont été achevés en 1772. Le clocher a été reconstruit en 1778 sur une base plus ancienne qui abrite aujourd’hui la sacristie. Ce dernier est décentré par rapport à la nef. Il est surmonté d’une élévation rappelant les bulbes baroques typiques de nos vallées, reconstruit en 1833. Nous espérons que cet édifice religieux aux nombreux secrets retrouvera une quelconque utilité dans un futur plus ou moins proche. C’est en tout cas le travail que mène la municipalité et l’association « le Thairoyr » qui souhaitent promouvoir le patrimoine de la ville et des hameaux de Saint-Julien-en-Genevois avec des travaux qui devraient être lancés une fois que l’argent aura été trouvé.

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Une sonnerie homogène signée « G&F Paccard »
Nous sommes en 1899 : la gare de Saint-Julien-en-Genevois accueille un train en provenance d’Annecy. Sur celui-ci, trois nouvelles cloches pour l’église de Thairy. D’un poids d’environ 600, 300 et 180 kilos, elles égrènent un magnifique accord majeur de « sol ». Chaque cloche possède son nom, son parrain, sa marraine et sa propre maxime. Commençons, une fois n’est pas coutume, par la plus petite : Caroline-Louise-Jeanne. Cette cloche « appelle les bénédictions célestes sur la paroisse de Thairy » et, en latin, demande au Seigneur de libérer la paroisse « des tempêtes et de la foudre« . La cloche médiane, Françoise-Octavie-Joséphine, rend louange au Sacré Cœur de Jésus, à Marie Immaculée et à saint Brice. Cette cloche est volontiers plus bavarde que les autres car elle indique « célébrer le zèle de [ses] bienfaiteurs » en citant les noms des plus généreux d’entre eux (on retrouve d’ailleurs le nom du curé Premat et du maire de l’époque). La plus grosse cloche, Alphonsine-Marie-Anna fait mention d’une « refonte » grâce à la commune. C’est d’ailleurs la seule des trois qui porte ce mot précis et son parrain n’est autre que le maire, M. Alphonse Dethurens. Elle porte également les « Laudes Regiae » carolingiennes « Christus Vincit, Christus Regnat, Christus Imperat, Christus ab omni malo nos defendat » (Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ gouverne, le Christ nous protège de tout mal) suivies de deux dates : 1637 et 1899. Si la seconde date correspond bien à la date de la nouvelle cloche, la première date a souvent été interprétée de plusieurs manières, comme par exemple la reconstruction du clocher ou la fonte d’une cloche disparue. Pour en avoir le cœur net, il nous faut emprunter la célèbre DeLorean du film « Retour vers le futur » et revenir au XVIIème siècle. Ne l’ayant pas, je me suis contenté des archives car en 1888, un historien m’a précédé dans ce clocher : Auguste Cahorn. Il s’est attelé à recenser toutes les cloches du canton de Genève puis a entamé, sans pouvoir l’achever, l’ancien diocèse de Genève. Et à l’époque, le clocher ne comptait qu’une seule cloche… fondue en 1637 ! Signée Christophe Aubry, fondeur lorrain établi à Annecy, la cloche avait pour inscriptions les Laudes Regiae citées sur la grosse cloche actuelle et le nom du curé, Jean-François Roc… (la fin du prénom semblait illisible) mais aucun curé avec un nom correspondant n’est attesté à Thairy. Comment expliquer cela ? Il semblerait en effet que cette cloche ne provienne pas de Thairy même. Nous y reviendrons. Les archives nous relatent un autre évènement : le 30 décembre 1710, un dénommé « Emery » de Genève (sûrement Martin) réalise pour la paroisse une nouvelle cloche. On apprend à la Révolution que Thairy ne possède qu’une cloche et qu’elle est réquisitionnée, comme beaucoup d’autres. Elle sera emmenée à Carouge. On apprend aussi que son poids était de 10 quintaux (environ 550 kilos). La cloche de 1637 présente au clocher jusqu’en 1899 était bien plus légère car son poids avoisinait les 400 kilos. La refonte semblait déjà se profiler à l’époque car l’inventaire d’A. Cahorn précise qu’elle est « fortement usée ». Comme expliqué plus haut, il y a fort à parier que cette cloche fut récupérée au concordat par la paroisse. Aujourd’hui encore, sa destination initiale n’est pas connue : aucun curé « Jean François Roc… » n’est attesté dans les dictionnaires du clergé d’Annecy.

Nom

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Alphonsine Marie Anna

100,5

~600

Sol 3

2

Françoise Octavie Joséphine

79,6

~300

Si 3

3

Caroline Louise Jeanne

66,7

~180

Ré 4

Georges & Francisque Paccard fondeurs à Annecy-le-Vieux 1899

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Je remercie d’une manière nourrie :
La municipalité de Saint-Julien-en-Genevois et Mme Véronique Lecauchois, maire, pour l’autorisation exceptionnelle de pénétrer dans l’église et son clocher.
M. Claude Mégevand, président de la Salévienne, pour l’organisation de cette belle visite.
Mme Bénédicte Daudin, président de l’association « le Thairoyr » pour la mise à disposition d’informations historiques.

Sources & Liens :
« Thairy, un village qui préserve son âme », le Dauphiné Libéré (consulté le 1/6/22)
La Salévienne
« Eglise Saint-Brice de Thairy », collection Les Jeudis du Patrimoine, Mémoire et patrimoine de Saint-Julien
Visite au clocher de M. Auguste Cahorn le 24 juin 1888, conservé aux archives diocésaines d’Annecy. 
Association « Le Thairoyr » et sa présidente, Mme Bénédicte Daudin
Relevés et clichés personnels
Fonds privés

Archamps – Eglise Saint-Maurice

Une commune frontalière
Véritable balcon sur l’agglomération genevoise, la commune d’Archamps possède quelques centaines de mètres de frontière avec la Suisse. Sa population à la réputation d’être « la plus riche de France » : le revenu médian est en effet le plus élevé du pays. Mais Archamps ne se borne pas uniquement à sa qualité de vie car la commune est connue -plus localement- pour son technopôle très important, symbolisé par son imposant cinéma trônant au cœur d’un grand complexe et qui accueille tous les cinéphiles accomplis de la région, parfois même de Suisse voisine. Beaucoup plus méconnues, Archamps possède également les ruines d’un château qui appartenaient aux nobles de Montfort, vassaux des comtes de Genève au XIIIème siècle. Les ruines sont situées au pied du Salève, à environ 850 mètres d’altitude et sont difficilement accessibles.

Saint Maurice, patron de la Savoie
Une nouvelle fois, l’église paroissiale est placée sous le vocable de saint Maurice qu’il n’est peut-être pas utile de présenter une nouvelle fois ici. La paroisse est attestée en 1145 comme dépendante de l’abbaye de Talloires avec sa voisine Collonges. En 1412, Archamps passe sous la tutelle de sa voisine jusqu’en 1536, date où les Bernois envahissent le nord de la Savoie et imposent le protestantisme aux habitants. L’église paroissiale, consacrée en 1479, devient donc un temple protestant jusqu’en 1597 lorsque l’évêque de Genève en exil à Annecy y réinstaure la religion catholique. En 1671, les deux paroisses (Collonges et Archamps) sont séparées jusqu’à la Révolution. D’ailleurs, le 12 juin de cette même année, le maître autel et trois autres autels de l’église d’Archamps sont consacrés. En 1803, les noces entre les deux paroisses sont rétablies et seront cette fois de courte durée car en 1829 déjà, elles sont d’abord séparées pour le spirituel puis, le 15 mars 1836, pour le temporel : Archamps et Collonges-sous-Salève deviennent alors deux entités propres. L’église Saint-Maurice, peut-être encore celle du XVème siècle, sera alors reconstruite en deux temps au XIXème siècle après de multiples réparations entreprises depuis les tourments révolutionnaires (clocher, sacristie, ameublement…). On commencera par le chœur et la nef entre 1846 et 1848 sur les plans de l’architecte genevois Brolliet. Pour l’occasion, le roi donne 600 livres à la paroisse. Le 8 mai 1852 Mgr Rendu, évêque d’Annecy, consacre le lieu de culte. On achèvera la reconstruction du nouvel édifice par le clocher porche et une dernière travée en 1864, sur les plans de l’architecte César Pompée. Ce même clocher verra sa flèche être remplacée en 1982. L’ancienne a été déposée au profit d’une nouvelle charpente flambant neuve.

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Des souscriptions et donations
Le 14 juin 1941, à midi, les cloches d’Archamps sonnent pour la première fois à toute volée sans l’aide de sonneurs. Cette opération n’est pas due au saint Esprit mais les cloches avaient tout simplement été électrifiées ! On devait cette révolution à trois généreux donateurs qui n’ont pas souhaité se manifester à l’époque. 80 ans après, leur identité n’est toujours pas connue excepté pour le plus gros des trois dons, dû à Melle Bardy. Mais comme le disait en son temps l’Echo d’Archamps, la revue paroissiale « Mais il y a le Livre où tout est écrit… Et ce Livre est dans les mains de Dieu, qui aura noté, en bonne place, ce beau geste à l’adresse de sa Maison, notre chère église d’Archamps ». L’électrification des cloches a été confiée à la maison Paccard qui a travaillé avec un ingénieur d’Istres, M. Zeeh. Cette opération aura donné lieu à une « taxe » aujourd’hui révolue pour les sonneries des cloches : 15 francs pour une sépulture, 20 francs pour un baptême et 30 francs pour un mariage. Cette taxe devait en fait couvrir la facture d’électricité. Mais ce n’est pas la seule occasion où les paroissiens d’Archamps ont mis la main au porte feuille. Le 10 novembre 1864, les frères Paccard d’Annecy-le-Vieux s’attèlent à fondre une grappe de cloches. Parmi elles, deux sont pour l’église d’Archamps qui inaugure fièrement son nouveau clocher. La première, d’un poids de 620 kilos, a été offerte par l’abbé François Buffet qui donna à la commune 2’500 francs. Nommé dans cette paroisse en 1849, le natif de Publier a servi ce lieu jusqu’à son décès en 1866, à quelques semaines de son soixantième anniversaire. La plus petite cloche pesant 426 kilos est le fruit d’une souscription des fidèles. M. François Lachenal et Melle Marie-Anne Tapponier ont eu l’honneur la parrainer. Il y a un autre élément, aujourd’hui totalement abandonné, qui a été offert par Etienne et Philomène Tapponnier, Marie Juget et le père Albert Juget, prêtre suisse. Il s’agit de l’ancienne horloge mécanique aujourd’hui déposée dans l’obscurité de la salle des cadrans, sous le beffroi. Ce mouvement est signé Paul Odobey et permettait de battre les heures sur la grosse cloche, de son installation en 1895 jusqu’à sa retraite (anticipée, diront certains) en 1941.

l’Horloge mécanique

Lorsque maître et élèves se rencontrent
La plus grosse cloche du clocher (parlons en enfin !) peut étonner par sa tonalité plus « rugueuse » ou « particulière » car dans un profil beaucoup plus léger que ses deux sœurs cadettes. Il s’agit en effet de la plus ancienne des trois. Elle a été réalisée en 1830 par le fondeur de Carouge Jean-Baptiste Pitton assisté de François Bulliod. Voilà que le clocher d’Archamps regroupe donc, avec les deux autres cloches, deux de ses apprentis. Ou plutôt un disciple et les petits enfants d’Antoine Paccard, un autre élève. Mais pour ce dernier, la collaboration s’est bornée à la cloche de Quintal avant que les Paccard ne deviennent de véritables concurrents. Ce n’est qu’au bout de quelques années que le patriarche de la célèbre dynastie se tourne vers Lyon et Louis Frèrejean pour mieux appréhender l’art de la forge et des métaux. Les Bulliod, quant à eux, ont été plus scolaires avec Pitton. Dès 1828, François Bulliod co-signe des cloches avec Pitton (Viry, 1828 ; Monnetier-Mornex, 1829 ; Archamps et Villars-Tiercelin, 1830 ; Soral, 1831…). En 1833, François Bulliod s’émancipe en coulant ses propres cloches avant d’être rejoint par son frère Jean-Marie quelques années plus tard. L’activité a duré jusqu’en 1857, sonnant le glas d’une fonderie de cloches à Carouge. Entre temps, un autre élève se présente chez Pitton : Georges Kervand, plus tard établi à Genève. les deux fondeurs ont signé ensemble une des cloches du Vaud (Suisse) aussi en 1833. Le fondeur Kervand est attesté jusqu’en 1844 sur le canton de Genève et a pu, d’un pied de nez, faire une cloche pour l’église paroissiale de… Carouge (1839) ! Mais n’oublions pas de mentionner les quelques cloches signées « Pitton et fils » (Montailleur, 1802) ou encore François et Jean-Claude Pitton (Albertville, 1805) attestant que Jean-Baptiste Pitton a, lui aussi, pu travailler en famille. Une question demeure : comment ce fondeur a-t-il pu initier autant de vocations, sans pour autant s’offrir une dynastie à l’image des Paccard ? La dernière cloche de Jean-Baptiste Pitton attestée se trouve à l’école de Vernier (Suisse) et le millésime 1834. Il décèdera quatre ans plus tard (1838). Après avoir longuement disserté sur sa succession, en laissant de nombreuses questions en suspens, se pose aussi la question du commencement. Natif de Châtillon-en-Michaille (France, Ain), il est attesté comme fondeur à Carouge dès 1787 (La Frasse et Cernex, 1787). Les campanophiles avertis et les iconographes noteront des décors similaires, notamment la signature, avec Jean-Daniel Dreffet, fondeur établi à Genève depuis la fin des années 1770. Est-ce lui qui a appris le métier à Pitton, et à travers lui à de nombreux fondeurs ?

La renaissance
Alors que je m’apprêtais à publier les lignes ci-dessus, j’ai trouvé tout à fait par hasard dans le registre des baptêmes de la paroisse entre 1800 et 1828 une gerbe de notes du curé Claude Genoux. Ce dernier a été obligé de fuir pendant presque 10 ans sa paroisse à cause de la Révolution. En poste jusqu’en 1829, il y relate, telle une litanie, l’ensemble des petits travaux qu’il a fait faire dans l’église jusqu’à son décès. Il précise en premier lieu que la cloche de 804 livres (env. 440 kilos) a été faite en 1802 au frais des paroissiens et placée au clocher, ironie du sort, le 14 juillet. L’année suivante, le clocher a été refait pour 484 francs. Il s’agit probablement de sa couverture, puisque les révolutionnaires ont rasé uniquement les sommets des tours. Le curé a payé à ses frais le joug et la corde de la cloche ainsi que les échelles du clocher. Les autres travaux restent souvent mineurs : de nouvelles chasubles, réfections de la sacristie, de la porte de l’église, ou encore de nouveaux chandeliers pour le sanctuaire… Quant à la cloche, un mystère demeure : quand a-t-elle été refondue ? Deux options sont possibles : en 1830, au profit d’une cloche plus grosse, ou alors en 1864. Dans le second cas, on l’aurait sans doute remplacée par une cloche équivalente et supplée par la cloche intermédiaire. 

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Mathilde

JB Pitton & F Bulliod

1830

110

~800

Mi 3

2

Odile

Paccard frères

1864

101

620

Sol 3

3

Colette

Paccard frères

1864

88,8

426

La 3

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Remerciements :
La commune et la paroisse d’Archamps.
M. Claude Mégevand, président de l’association « la Salévienne ».
M. Michel Brand, historien et ancien élu d’Archamps.

Sources & Liens :
« Gerbes de notes et documents », Mgr le chanoine Charles-Marie Rebord, 1922
« Dictionnaire du Clergé régulier et séculier du diocèse de Genève-Annecy de 1535 à nos jours », Mgr C.-M. Rebord, 1920
« Echos d’Archamps », revue paroissiale n° 6, 1941
« L’église à un nouveau clocher », bulletin municipal, décembre 1986
Registre des baptêmes de la paroisse d’Archamps 1800-1828, Archives départementales 74, côte 1J3080
Délibérations du Conseil Municipal d’Archamps 1860-1878, Archives départementales 74, côte E DEPOT 16/1 D
Les cloches du Canton de Genève, Auguste Cahorn, 1925
Inventaire sommaire des cloches de Haute-Savoie initié par Auguste Cahorn, 1887/1889
Commune d’Archamps
Paroisse Saint-Pierre-et-Saint-Paul en Genevois
Association la Salévienne
Archives historiques du diocèse d’Annecy
Matthias Walter, expert-campanologue à Berne (CH)
Relevé et clichés personnels
Fonds privés