Menthonnex-en-Bornes – Eglise Saint-Laurent

A la croisée des chemins
Entre les Aravis et le Salève mais aussi entre le Lac d’Annecy et Lac Léman, le plateau des Bornes offre un beau panorama sur les nombreuses montagnes environnantes. Ce grand plateau est légèrement creusé par des petits ruisseaux qui formeront de concert le torrent des Usses, une rivière qui peut se montrer parfois virulente. Menthonnex-en-Bornes se situe presque au centre des Bornes. Son territoire est en partie délimité physiquement par ce torrent qui prend sa source à seulement quelques mètres de là. Au gré des différentes routes qui jalonnent la commune, des habitations sont parfois regroupées en hameau ou parfois solitaires. Le chef-lieu s’organise au sud-ouest de la commune, à un jet de pierre de Villy-le-Bouveret. Un village qui a partagé une destinée similaire, sinon commune, à celle de Menthonnex. 

Une famille noble
Au nom de la commune est rattaché celui des Menthonay. D’ailleurs, elle emprunte encore aujourd’hui le blason de cette famille. Il semble qu’au Moyen-Âge, cette famille y règne comme seigneurs. Deux membres de cette famille auront une carrière ecclésiastique : Jacques, pseudo-cardinal (cardinal créé par un antipape d’Avignon) et Guillaume, évêque de Lausanne. Tout deux étaient en fonction vers la fin du XIVème siècle. Une de leur deux maisons-fortes, celle du Turchet, est encore en ruines au hameau de Chez les Maîtres. De cette seigneurie, un acte est posé en 1344 par un autre Guillaume : une reconnaissance féodale envers le comte de Genève, signifiant ainsi l’appartenance de Menthonnex-en-Bornes à la province savoyarde du Genevois. 

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Une ancienne paroisse
En 1275, la paroisse de Menthonnex est mentionnée comme indépendante. Le 20 juillet 1486, sous l’épiscopat de François de Savoie, un édifice religieux est consacré : ce n’était probablement pas le premier. En 1607, saint François de Sales, à son tour évêque de Genève, visite la paroisse. Il trouve une église dans un état moyen et demande aux paroissiens de s’empresser de faire des réparations. Ses successeurs donneront également des directives similaires en 1655 et 1687. En 1701, la paroisse retrouve toute son autonomie après une longue période de « vie commune » avec Villy-le-Bouveret. Dans les années 1710, les réparations préconisés par les évêques sont enfin réalisées, mais cette opération sera déjà à réitérer en 1787 : la foudre a frappé et endommagé l’édifice religieux. Au début du XIXème siècle, c’est un édifice délabré qui accueille les paroissiens. Contrairement à la plupart des sanctuaires du diocèse, il ne sera pas encore reconstruit car il est jugé assez vaste compte tenu de la population s’y rendant. Néanmoins, des réparations urgentes auront lieu sur le toit en 1825. Le sanctuaire sera alors jugé en « bon état » mais avec quelques réparations mineures à effectuer. Après le rattachement de la Savoie à la France de 1860, Menthonnex profite des largesses de ce nouveau régime pour entamer des discussions sur une rénovation ou une reconstruction. L’architecte Pompée proposera une église restaurée et agrandie. Comme tout projet, il fut matière à de nombreuses discussions, mais le temps pressait. La nouvelle église se fera sans Pompée qui a démissionné pour être remplacé par un géomètre du nom de Bessonis. Ce dernier a révisé les plans de l’architecte au profit d’un chantier d’une plus grande ampleur : le clocher, reconstruit fin XVIIIème, sera conservé, la nef sera rehaussée et le chœur refait à neuf. Le 17 mai 1868, voilà que les travaux sont lancés. En 1869, la commune sollicite le gouvernement pour payer l’excédent de la facture en dénonçant de nombreuses malfaçons. Ce n’est que le 17 mai 1872 que l’évêque d’Annecy, Mgr Magnin, consacrera le lieu de culte dédié à saint Laurent. A la fin du XIXème siècle, des modifications et réparations sont encore à l’ordre du jour dans le chœur et sur la toiture.

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Une rébellion à la Révolution
En 1766, la commune sollicite Jean-Claude Livremont, fondeur jurassien établi à Thonon pour refaire la grosse cloche, cassée, ainsi que pour augmenter le poids de la petite cloche, très usée, dans le but d’obtenir un bon accord. C’est la première fois qu’on parlera avec autant de précisions de la sonnerie de Menthonnex. A la Révolution, trois cloches sont présentes dans le clocher, on ignore comment. On sait juste qu’en 1759, une ou plusieurs cloches sont commandées. L’ordre est donné de les descendre. Très vite, la petite est descendue de son perchoir pour être cachée par les paroissiens. Sans doutes c’était l’opération la moins risquée. Quelques jours plus tard, les deux autres sont défenestrées avant d’être placée sur un char. Ce dernier ne devait rejoindre Annecy que le lendemain. Mais les Révolutionnaires n’étaient pas dupes : ils savaient que la résistance était forte dans cette paroisse. Durant la nuit, alors que les cloches avaient été mises en sécurité, les paroissiens parviennent à dérober la cloche moyenne. Le lendemain, la cloche la plus grosse rejoint quelques 500 autres cloches à Annecy. Avoir sauvé les deux petites cloches n’a pas résigné les Menthenalis : il fallait sauver la dernière cloche ! Un rapport de police nous raconte que deux d’entre eux se sont rendus à Annecy dans le but de récupérer « cinq des cinq cents cloches de la Place Notre-Dame », lieu ou les cloches avaient été déposées dans l’attente de la casse. Pierre Richard et Claude Fournier n’ont hélas pas réussi leur expédition. Ils ont été emprisonnés au Palais de l’Isle. En 1796, première clairière après plusieurs années sous la Terreur, une commande de cloches est faite, on ne sait ni combien ni à qui.

« Liberté Egalité Fraternité »
Le début du XIXème siècle est peu bavard sur l’évolution de la sonnerie. En 1873, alors que l’église venait d’être consacrée, la petite cloche se fêle. L’argent manquait tant qu’on a décidé de reporter sa refonte. En 1896 seulement, le conseil de fabrique ouvre une souscription pour la remplacer. Sans en avoir avisé le conseil municipal, il ordonne la dépose de la cloche et passe commande de deux nouvelles en suivant les conseils de la fonderie Paccard. Le maire et son conseil écrivent donc au préfet pour demander si un recours est possible. Ce dernier reconnaît que la commune aurait du donner son approbation et suggère au maire d’exiger la preuve que le clocher supportera une cloche supplémentaire. Une fois la preuve avancée par la fonderie et un architecte, la commune prend un nouvel arrêté : les cloches ne seront installées qu’une fois propriétés de la commune ! Mais cette fois, le préfet est intervenu en faveur de la paroisse : la commune n’était plus dans son bon droit. Le 27 juillet 1899, soit plus de deux ans après leur fonte, les deux petites cloches sont installées dans la tour. Mais les péripéties ne s’arrêtent pas là ! En 1903, la grosse cloche tombe de son beffroi, manquant de peu le sonneur. Si ce dernier s’est sans doute payé une belle frayeur, tout Menthonnex devait alors se racheter une cloche. La souscription fut hélas lente : ce n’est qu’au début de l’année 1914 que la grande cloche est livrée. Sur son flanc, quelques décorations religieuses : un Christ, une Vierge, saint François de Sales et les vertus chrétiennes : la foi, l’espérance et la charité. Elles rivaliseraient presque avec la devise de la France « Liberté Egalité Fraternité » inscrite en première ligne. Elle s’accompagne de l’ensemble des conseillers municipaux. Aucune inscription religieuse, aucun parrain, aucune marraine. Les antécédents autour des deux petites cloches avaient très certainement marqué les esprits, sans compter la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat votée en 1905. La grande cloche tranche alors nettement avec les petites, qui portent un nom hérité de leur bienfaiteurs et parrain marraine. La première invoque la protection de saint Michel contre la foudre et les tempêtes, et la seconde souhaite donner à Menthonnex l’harmonie et la paix. 

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

 

Les fils de G. Paccard

1914

106

700

Fa♯3

2

Michelle Marie

G&F Paccard

1897

85,1

360

La♯3

3

Victorine Péronne

G&F Paccard

1897

72,2

215

Do♯4

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Je remercie chaleureusement :
Monsieur le maire Guy Démolis, pour son aimable autorisation
Monsieur le maire-adjoint Olivier Chamot, pour son invitation et son accueil chaleureux

Sources & Liens :
Menthonnex-en-Bornes
Mairie de Menthonnex-en-Bornes
« Menthonnex-en-Bornes, au fil du temps » par Dominique Bouverat
Relevé personnel
Clichés personnels
Fonds privés

 

Juvigny – Eglise Saint-Martin

Une commune rural aux portes du « Grand Genève »
A seulement un jet de pierres de la ville de Genève et sa grande agglomération, Juvigny est une commune rurale. Elle accuse 650 habitants, au mépris de l’accroissement toujours plus rapide de cette immense aire urbaine sur les rives du Lac Léman. La commune de Juvigny est frontalière avec la commune de Présinge, du canton de Genève. En 1815, alors que la Savoie intégrait le Royaume de Sardaigne, Juvigny lui donna le tiers de son territoire : la frontière est aujourd’hui marquée par le bas-côté de la route départementale qui relie Machilly à Ville-la-Grand. Contrairement à de nombreuses communes de la région, son territoire ne se situe par en altitude. Sa situation, sur un « plateau » isolé par les caprices du Foron, permet cependant d’avoir un très beau coup d’œil sur le Jura, les Voirons ou encore le Salève, montagnes plus ou moins environnantes.

Une paroisse « jeune »
Saint Martin, antique évêque de Tours protège la paroisse de Juvigny. On pourrait alors se dire qu’elle est fort ancienne. Cependant, il n’en est rien : ce n’est que le 22 avril 1681 que Juvigny devient paroisse indépendante et s’émancipe de Ville-la-Grand, grâce à l’intercession de son curé, François Allégret. Cette émancipation était peut-être en préparation depuis longtemps : Le 27 juin 1679, soit deux années auparavant, le nouvel autel de Juvigny est consacré. La porte d’entrée était plus ancienne : elle datait du XVème siècle. Une preuve supplémentaire qu’à défaut d’une église paroissiale, Juvigny possédait son lieu de culte, probablement une chapelle. Cet édifice primitif a été rasé en 1841 au profit d’un nouveau au même emplacement. Il consacrée le 6 mai 1850 et réemploiera son entrée du XVème siècle. L’édifice sera restauré avec goût en 2000.

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Une entourloupe à la Révolution
A la fin du XVIIIème siècle, la paroisse de Juvigny compte une seule et modeste cloche. Comme partout, l’ordre est donné de raser le clocher et de descendre la cloche. Une nuit, un certain André Déléaval va procéder, seul, à la descente de la cloche. Mais son but sera tout autre : la cacher. Comme d’autres, il n’a pu se résoudre à laisser la cloche aux Révolutionnaires. Sous un tas de paille, notre brave Déléaval pensait cette cachette sûre, jusqu’au moment ou des enfants venaient jouer avec ce même tas. Ne voulant révéler son secret aux autres villageois, la peur d’être trahi, il partir l’enterrer dans un de ses champs, au bord du Foron, en contrebas. Entre temps, en 1796, les temps obscurs laissent place à quelques éclaircies : on ne sait trop comment, Juvigny obtient le droit de récupérer une cloche à Bonneville. Un autre Déléaval, François-Isidore, agent national de Juvigny, choisit donc une cloche de taille similaire que la fameuse cloche que tout le monde pensait disparue ! Dédiée à sainte Marie-Madeleine, ses inscriptions font en fait référence à une ancienne chapelle démolie : la chapelle de la Tonnaz, primitive de l’actuelle commune de Praz-sur-Arly, près de Megève. Démolie à la Révolution, il ne reste que deux reliques : une croix et sa cloche, fondue en 1723 par Charles Arnaud. Si une dynastie d’Arnaud est mentionnée en Maurienne entre le XVIIème et le XVIIIème siècle, elle omet totalement un membre de la famille du nom de Charles. Etait-il des leurs ? Venait-il d’une autre région ?
Le Concordat signée, la religion revenue au chœur de l’église et des habitants, André Déléaval ressort comme par magie la cloche qu’il a lui-même caché. Voilà que le clocher porte deux cloches ! Problème : en 1810, la cloche cachée est déjà fendue. Sans doutes elle avait été fragilisée par cette décennie troublante. La même-année, Juvigny passe donc commande d’une nouvelle grosse cloche à Jean-Baptiste Pitton de Carouge. Prix : 307 francs. Mais cette cloche semble d’une qualité moyenne car en 1834 déjà, elle était fendue. Cette fois, c’est aux frères Paccard de Quintal qu’une nouvelle commande est passée. Fondue en 1835, elle est installée dans le beffroi qu’en 1836. En 1943, la petite cloche est inscrite aux Monuments Historiques. Viendra, plus tard, l’électrification de la sonnerie, et une nouvelle monture pour la cloche historique. C’est donc une petite sonnerie rustique mais pleine de charme qui attend l’amateur d’histoire ou le passionné d’art campanaire. 

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

N.C.

Frères Paccard

1835

74,9

250

Do 4

2

Sainte Marie-Madeleine

Charles Arnaud

1723

53,5

100

Fa ♯ 4

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Je remercie chaleureusement :
Monsieur le Maire Denis Maire, pour son autorisation et pour son accueil. 

 

Sources & liens :
Juvigny
Monographie de Juvigny, Norbert Dunoyer, 1901.
Juvigny Info, 2019, page 6.
Relevé personnel
Clichés personnels

Margencel – Eglise Saint-Laurent

Une commune entre terre et lac..
Aux portes de Thonon, capitale savoyarde du Chablais, la commune de Margencel s’installe entre la colline des Allinges et le Lac Léman. On y décèle de nombreux contrastes : outre le facteur « terre-lac » avec au nord la plage du Redon et au sud une portion de la forêt de Planbois, on peut aussi parler du contraste « rural-citadin » : une zone d’activité et des logements regroupés par hameaux. A l’écart des grands axes qui traversent le Chablais, le chef-lieu s’organise près de sa mairie, son école et son église.

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Une église probablement ancienne…
Il n’est pas rare de ne pas avoir de certitudes quant aux faits anciens. C’est encore le cas, ici, à Margencel. On raconte alors qu’un certain « Margentius » ou « Margenticellius », homme libre, possède des terres et fonde une chapelle entre le VIème et le VIIème siècle. En 1874 a été retrouvé une cuve baptismale du Xème siècle, attestant l’ancienneté de la paroisse. En 1014, Rodolphe de Bourgogne donne la paroisse de Margencel à l’Abbaye de Saint-Maurice : c’est la première fois qu’on cite Margencel ! Une visite pastorale du XVème siècle indique que la paroisse est sous la protection des saints Férréol et Ferjeux de Besançon. La Réforme passe par là : l’église devient un temple protestant. Il semble qu’elle échappe au pillage de 1589. En 1598, avec la conversion du Chablais, la paroisse redevient catholique. Pour un temps, Anthy-sur-Léman est spirituellement uni à Margencel. Ce « mariage » sera de courte durée car déjà oublié en 1615. Une visite pastorale de 1625 fait mention d’un autre vocable : saint Laurent. Sans doutes ce changement est intervenu après la Réforme. Soit dit en passant, avant cette période troublée, un curé de Margencel, le Rd Ruffet, avait fondé une chapelle dédiée à saint Laurent et sainte Marguerite. On retrouve notre église en 1792, quelques mois avant la Révolution. Sa porte d’entrée est jugée trop étroite : les paroissiens la franchissent un par un, et le dais du saint Sacrement est bien trop large pour la franchir. Alors, on l’agrandit. A cette époque là, l’église est presque en ruine. La faute n’est ni à la Révolution ni à la Réforme, mais à son grand âge et à son manque d’entretien récent. En 1800, un devis est commandé pour un nouveau clocher. La réception des travaux sera faite en 1807. En 1846, c’est au tour de l’église de faire l’objet d’un remaniement et d’un agrandissement. : les travaux sont adjugés en 1848 à M. Larrivaz. Après huit ans de procédures et de manœuvres, les travaux sont enfin réceptionnés. En 1881 est réalisé l’escalier au pied du clocher, qui permet d’entrer dans l’édifice. Dernier gros travaux en date : la réfection du clocher, en 1927.

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Une cloche baladeuse…
Ce n’est qu’en 1792 que les cloches sont mentionnées pour la première fois : l’une pesait environ 12 quintaux, et à peine 9 pour la seconde. Avec l’ordre de descendre les cloches des clochers pour n’en laisser qu’une, le conseil en place s’empresse de répondre à cet ordre. Il livre ses deux cloches dans un souci d’honnêteté et à la grande colère des paroissiens. Mais elles ont été livrées une par une, avec six mois d’intervalle. Privés de cloche, une requête va s’émaner des habitants, puis des conseillers : il faut en récupérer une, coûte que coûte ! Problème : il n’y en a déjà plus à Thonon. Les habitants se rendent alors à Bonneville, place forte de la province voisine. Leurs cloches n’existant plus, ils en choisissent une qui conviendra bien pour leur usage. Le pragmatisme de l’époque voulait qu’on ne regarde pas tellement ses inscriptions, et même plus encore : on ignore quel clocher elle a laissé orphelin. Sa maxime ne donne, hélas, pas sa première destination : du moins pas directement. En revanche, sa date et ses fondeurs sont clairement mentionnés : Louis Léonard et Mathis Riguelte. Le premier est un fondeur connu des puristes : natif de Morteau, il a sillonné sa région natale et la Savoie à la fin du XVIIIème siècle. Le second est plus intriguant et donne du fil à retordre aux initiés. C’est la première fois qu’un tel nom apparaît en signature. Ma première hypothèse est le nom d’un apprenti d’un temps du fondeur, à la manière d’Antoine Paccard, lorsque Jean-Baptiste Pitton fond la petite cloche de Quintal. Selon les campanologues Matthias Walter et Pascal Krafft, respectivement de Berne (CH) et Ferrette (68), il y a une « concordance » avec le fondeur Mathis Rageth, établi à Coire (CH) dans la même période. Est-ce alors son patronyme francisé ? Faisait-il un « stage » avec Léonard ?
Après les fondeurs, son lieu d’origine. La cloche est frappée du blason de la famille de Faucigny, à la tête d’une province qui s’étendait sur toute la vallée de l’Arve. Il s’avère qu’au XVIIème siècle déjà, la ville de Cluses utilisait ce même blason. Les archives municipales de cette commune nous apprennent qu’en 1772, le clocher est rehaussé et la sonnerie refaite par un certain… Louis Léonard. Allons encore plus loin : on apprend que les travaux sont réalisés sous la direction de Joseph Tronchet, natif de Morillon reçu citoyen de Cluses. Il y a épousé Anne Jacquet : il est mentionné avec sa femme comme parrain et marraine de la cloche et « citoyens de cette cité ». Elle précise aussi qu’elle est la cinquième de la sonnerie. Si Louis Léonard a reçu une commande de « seulement » quatre cloches, rien n’exclut qu’une plus ancienne ait été conservée par les clusiens.

Une autre fondue en temps de guerre…
Avec la cloche de 1772, jugée « insuffisante » pour Margencel, une souscription est ouverte en 1821. L’argent, vite rassemblé, permet de commander « Marie-Jeanne » à Jean-Baptiste Pitton, fondeur à Carouge. La difficulté résidera dans son transport : depuis la « Restauration Sarde » (1815), Carouge n’est plus en territoire savoyard, mais en Suisse. Devant la difficulté de laisser passer l’airain à la frontière, le syndic demande de l’aide au Roi. Il semble que sa réponse soit favorable car la même année, la cloche est placée au clocher. Mais voilà qu’au début du XXème siècle, la cloche se fêle. Elle est déjà refondue en 1917 en dépit de la situation géopolitique. Il semble que la paroisse ait avancé les frais, car une souscription n’est ouverte que l’année suivante ! Pourtant, ses inscriptions donnent la liste des principaux souscripteurs. Est-ce ceux de l’ancienne cloche ? Elle rappelle en tout cas son ancêtre disparue avec sans doutes le même point commun : le contexte de fonte, difficile. Depuis maintenant un siècle, les deux cloches se balancent joyeusement : l’une rappelle, en vain, son clocher d’origine, et l’autre, timidement, demande au Seigneur de « nous libérer de la guerre ». 

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Marie-Jeanne

Les fils de G. Paccard

1917

99,3

600

Sol ♯ 3

2

xx

L. Léonard & M. Riguelte

1772

78,2

275

Si 3

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Je remercie chaleureusement les élus en place lors de ma visite :
M. le maire Jean-Pierre Rambicur, pour son aimable autorisation.
M. le maire-adjoint Bernard Massoulier, en charge des bâtiments, pour son aimable accueil.

Je remercie également pour leur étroite collaboration : 
M. Jean Mamet, président de « Patrimoine et Traditions de Margencel » pour la fournitures de notices historiques (histoire de l’église + cloches).
Mme Florence Poirier, archiviste municipale de Cluses, pour l’aide précieuse apportée quant à la destination initiale de la petite cloche.
Dr Matthias Walter, expert-campanologue pour les Monuments Historiques de Berne (CH).
Me Pascal Krafft, expert-campanologue adjoint de l’archidiocèse de Strasbourg (Alsace).

Sources & liens :
Margencel
Mairie de Margencel
Patrimoine et Traditions de Margencel – Jean Mamet
Archives Municipales de Cluses
Fonds privés
Clichés et relevé personnels

 

Chens-sur-Léman – Eglise Sainte-Anne

Un village au bord d’un lac et d’une frontière !
Dernier village français sur la rive gauche du Lac Léman (en suivant le fil de l’eau), Chens-sur-Léman est un village apprécié des nostalgiques de l’air marin. La commune domine le plus grand lac d’Europe et fait face à la commune suisse de Céligny, enclave genevoise en terres vaudoises. Son port de Tougues attire chaque été nombre de locaux ou d’estivants pour un moment convivial ou une simple baignade. Chens, ce sont aussi des forêts sur les plaines chablaisiennes, traversées par quelques ruisseaux. L’Hermance, quant à elle, est une rivière qui fait office de garde frontière entre Chens et Hermance. Si depuis 1816 ces deux communes accusent deux nationalités différentes, cela n’a pas toujours été le cas : nous y reviendrons !
Le nom de Chens-sur-Léman n’existe que depuis 1954. Une requête du conseil municipal d’alors demande que, par décret, le célèbre plan d’eau qu’elle borde figure dans son nom. Chens, cela a aussi été Chens-Cusy, et même avant Cusy, voire Cusier. Autant de noms pour une même aire géographique : ou presque ! Au lendemain de la Révolution, la paroisse est transférée de Cusy, d’avantage tourné vers l’actuelle Suisse, vers le chef-lieu que nous connaissons aujourd’hui.

Un prieuré et une paroisse disparus.
Les origines de Chens ne sont pas exactes. On a retrouvé cependant de nombreuses traces de vie des époques néolithiques, romaines et burgondes. Si les origines d’une église ne sont pas formellement attestées, il est fort probable qu’un sanctuaire fut déjà érigé avant la fortification du village voisin d’Hermance, au XIIème siècle. Cusy était également le lieu de résidence de nombreux moines qui y avaient construit un monastère. Ils y vivaient sous la règle de saint Benoît. Si le prieuré et l’église sont relevés après le pillage des Bernois au XVIème siècle, la paroisse de Cusy se voit annexée à celle d’Hermance. Le curé était alors représenté par un vicaire. Cette situation durera jusqu’à la Révolution. On y décrit une église simple dotée d’un clocher porche et entouré d’un cimetière. Tout a évidemment été saccagé à la Révolution. Et la population migrante vers d’autres hameaux de la paroisse, allaient tout remettre en question.

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Une nouvelle paroisse
En 1801, un curé revient à Cusy. La paroisse est de nouveau indépendante, mais avec aucun lieu de culte fiable : ni l’église paroissiale ni l’église conventuelle ne peuvent accueillir dignement les fidèles. La « migration » (très locale, certes) des habitants vers d’autres hameaux posera la question de délocaliser le sanctuaire. Et quelle question ! Evidemment, il y a les pour, les contre, ou ceux de l’entre-deux.. L’archevêque de Chambéry sera un bon médiateur et tranchera pour le hameau le plus peuplé : Chens. Alors, on déconstruit les quelques ruines de l’édifice de Cusy pour construire le nouveau. De cet édifice, nous savons peu de choses, si ce n’est qu’il est certainement de taille similaire que l’ancien. Les travaux ont duré de 1804 à 1809, année ou l’archiprêtre de Douvaine « bénit » l’église. Ce n’est qu’en 1828 que l’évêque d’Annecy consacrera réellement ce lieu de culte. Mais en 1832 déjà, un projet d’agrandissement voit le jour. Après de nombreuses discordes entre le mécène, le Marquis de Beauregard, et les syndics, les plans sont enfin votés. Les travaux s’étaleront de juillet à novembre 1834. L’année suivante, l’archiprêtre de Douvaine bénit les travaux et, une fois n’est pas coutume, ce n’est qu’en 1846 que l’évêque consacre le nouveau monument. Là encore, on ne sait pas trop comment l’édifice a été transformé, même si le délai rapide permet de comprendre qu’on doit parler d’un agrandissement, plus qu’un reconstruction. On en déduit donc que l’édifice construit en 1804 est partiellement repris. Au fil du temps, le lieu de culte a été restauré plusieurs fois : modification des façades en 1924 puis rénovation du clocher en 1936, de l’intérieur en 1958 et de la toiture en 1990.

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Une cloche aux origines mystérieuses
De l’Ancien Régime, l’art campanaire est presque inexistant dans les archives. Il est simplement stipulé que le premier curé nommé après l’invasion bernoise note que l’église est dépourvue de cloches. A la Révolution, les paroissiens doivent descendre leur cloche, d’un poids de 7 à 8 quintaux. Au Concordat, les autorités de Thonon cèdent une cloche à la paroisse qui en était alors dépourvue. Jamais brisée, c’était la dernière cloche réquisitionnée à la Révolution. Elle attendait un repreneur. Datée de 1566, elle porte comme seule inscription une antienne de l’Office de Sainte Agathe : « MENTEM SANCTAM SPONTANEA HONOREM DEO ET PATRIE LIBERATIONEM » Cette inscription signifie « Donne à notre âme la sainteté, à Dieu la gloire, à la Patrie la liberté ». Pour certains historiens, elle ferait allusion à la victoire du Duc de Savoie qui récupère alors des terres perdues lors de guerres passées en 1559 grâce au traité de Cateau-Cambrésis. Cependant, cette maxime se trouve déjà sur des cloches remontant à 1428. L’origine de la cloche est, elle aussi, très vague : on raconte qu’elle provient d’un ancien couvent. Ses effigies ne donnent hélas guère plus d’informations : deux crucifix, la Vierge et un abbé/évêque crossé et mitré. Ce dernier tient dans sa main un livre. On pourrait alors penser à un Père de l’Eglise, par exemple saint Augustin. Il a été le père spirituel de nombreux religieux dans la région sous la direction spirituelle de l’Abbaye de Saint-Maurice
Longtemps seule, c’est en 1859 qu’une grande sœur l’a rejoint. Elle est le fruit de la générosité -entre autres- de ses parrain et marraine : les Costa de Beauregard, « bienfaiteurs perpétuel de la paroisse » aux dires du curé de l’époque, l’abbé Dumarais. Mais comme pour l’emplacement de l’église, beaucoup d’encre coula pour l’arrivée de cette cloche. Les quelques réfractaires ont tenté de décourager le curé en indiquant que les paroisses de Perrignier et de la Forclaz, récemment dotés de nouvelles cloches, n’arrivaient pas à payer leur nouvel airain. Mais cela n’a pas découragé le brave prêtre, qui se demande comment un tel fait peut être avéré, sachant que ces nouvelles cloches ont entraîné des cérémonies d’une rare solennité ! Et il eut bien raison de ne pas céder : le dimanche des Rameaux 1859, l’archiprêtre de Douvaine bénit la cloche en présence d’une assistance des grands jours, renforcée par les curés des communes voisines mais pas des parrain / marraine. Empêchés, ils ont du se faire représenter. Après la cérémonie, des ouvriers de Chens-Cusy montent avec délicatesse la cloche dans son nouveau logis, avant de l’installer sur un beffroi conçu pour l’occasion. Dédiée à l’Immaculée Conception de Marie, elle tient ainsi compagnie à sa vielle sœur de 1566. En 1924, l’entreprise Prost frères de Morez équipe le clocher d’une horloge mécanique. Enfin, en 1960, les cloches sont électrifiées : le sonneur-carillonneur n’aura plus à grimper les escaliers du clocher à chaque sonnerie !

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Immaculée Conception de Marie Frères Paccard 1859 107,8 720

Fa ♯ 3

2 inconnu 1566 78 275

Si 3

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Je remercie chaleureusement…
Madame le maire Pascal Moriaud, pour son aimable autorisation.
Monsieur le maire-adjoint Jérôme Tronchon, pour son accueil et la mise à disposition d’archives.
Madame la conseillère Françoise Chevron, pour son accueil.
Mon ami Claude-Michaël Mevs, dit « Quasimodo« , pour son aide précieuse !
Mon ami Me Pascal Krafft, expert-campanologue adjoint auprès de l’archidiocèse de Strasbourg, pour l’aide autour de la cloche de 1566.

Sources & liens :
Mairie de Chens-sur-Léman

Chens-sur-Léman
Archives paroissiales
Récit du curé Demarais
Fonds privés
Clichés personnels
Clichés de Quasimodo

Massongy – Eglise Saint-Jean-Baptiste

Un village paisible…
Massongy est un village paisible situé dans le Chablais savoyard, entre les villes de Thonon-les-Bains et de Genève. Cet environnement majoritairement rural, mêlé à la proximité des deux villes précitées fait qu’il a triplé sa population en cinquante ans. Elle se répartit d’ailleurs autour de la route départementale : dans les hameaux de Sous-Etraz d’une part et du chef-lieu d’autre part. Ce dernier se trouve presque adossé à la colline de Ballaison, l’une des deux collines dites « historiques » du Chablais. Cette dernière, idéale pour une défense militaire, a très vite attiré l’attention des premières civilisations.

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…exposé aux péripéties de l’histoire !
La position de Massongy ne lui a pas permis de dominer les actuelles communes voisines, mais elle n’a jamais été oublié des envahisseurs. Evidemment, l’histoire ne se cantonne pas qu’à des événements malheureux. La richesse des écrits sur la région nous permettent de remonter aux prémices du christianisme, et même avant. Le nom de la commune laisserait penser qu’à cette emplacement, au pied de cette colline dont la fertilité était réputée, une villa gallo-romaine s’y tenait déjà. Avec l’arrivée des burgondes et la fin de la persécution des premiers chrétiens, Massongy fonde une paroisse. Il semble qu’elle soit intimement liée à la fondation de l’Abbaye de Saint-Maurice puis de sa fille, l’Abbaye de Filly (sur la commune voisine de Sciez). Deux bulles papales confirment cette appartenance, aux XIe et XIIe siècles. De plus, le vocable de saint Jean-Baptiste ne fait que confirmer l’ancienneté de la paroisse. C’est au siècle suivant que l’actuel chœur serait bâti. A cette époque, une prospérité semble être acquise : le Chablais est sous le joug des Ducs de Savoie, Massongy est sous le fief des châtelains de Ballaison et les curés se succèdent. On apprend même que l’abbaye bénédictine d’Aulps avaient des possessions rentables à Massongy et en faisait bénéficier la paroisse.

En 1536, cette quiétude s’en va brusquement. Après des fortes années de tension, les Bernois déclarent la guerre aux Ducs de Savoie : ils envahissent le Chablais. L’orage grondait déjà depuis un moment, outre Léman. Ils s’imposeront par la force mais aussi par les idées : avec eux arrive la religion protestante, nouvellement instituée dans leurs terres. L’église devient un temple et le curé est prié de laisser sa place à un pasteur. En 1567, le duc de Savoie gagne à nouveau les terres chablaisiennes, mais la religion protestante y demeure. En 1589, une armée de français, genevois et bernois envahissent à nouveau la région par la force, dans un but de pillage et d’y semer la terreur. Mais les habitants de Massongy n’ont pas résigné à prendre les armes pour se battre. Durant la décennie suivante, un homme d’église part en mission dans le but de reconquérir les âmes dispersées : saint François de Sales. Ce saint prêtre, modestement missionnaire, se destinera à une grande carrière ecclésiastique qu’il n’a pourtant jamais embrassé : promu évêque de Genève, le Roi de France l’a courtisé pour l’évêché de Paris. Mais il refusa cet honneur. Cependant, le destin l’a rattrapé : le voilà aujourd’hui sur l’autel des saints. En 1598, les premiers habitants de Massongy embrassèrent à nouveau le catholicisme. Un nouveau curé y est nommé. Le constat est frappant : l’église est à reconstruire. Lui-mêmes et ses successeurs s’y attelleront.

Un édifice religieux solide…
Sur l’édifice religieux, une seule grosse modification est entreprise entre la Réforme et la Révolution : l’ajout de la sacristie en 1743. La Terreur entre en Savoie en 1792. Une nouvelle fois, la religion catholique est mise au tapis, on démolit les clochers et casse les cloches (nous y reviendrons). Malgré cela, la paroisse devient secrète et clandestine : des baptêmes continuent d’être célébrés dans les foyers. Le Concordat en vigueur, un curé s’installe à nouveau en 1803. Si un bon nombres d’églises sont reconstruites au XIXème siècle, à Massongy, on se contentera de restaurer : la nef est élargie. D’ailleurs, c’est une curiosité, mais la nef n’est pas une voûte, mais faite de bois ! Le clocher est quant à lui reconstruit intégralement en 1815, remplaçant ainsi un autre du XIIIème siècle. Il avait d’ailleurs été amputé de sa flèche à la Révolution. Après des temps terribles, voilà deux siècles prospères : les curés se suivent. Aujourd’hui, ils ne résident plus à Massongy : la paroisse regroupe plusieurs clochers. La cure deviendra prochainement la nouvelle mairie, répondant aux attentes d’un village en pleine expansion. Au début du siècle actuel, une grande restauration permit de redonner de la superbe à cette église, plus que séculaire, qui mérite amplement le détour !

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…Une sonnerie signée « Sieur Pitton ».
Avec la reconstruction du clocher, le curé commande deux nouvelles cloches au « Sieur Pitton de Carouge ». Elles remplacent deux autres cloches antérieures à la Révolution. La plus petite datait de 1615 et la plus grande de 1587. Pour cette dernière, quelques détails m’interpellent : en 1589, l’église est pillée par les bernois et les curés trouvent à leur retour une église aux « cloches disparues »… Est-ce-que la cloche a été cachée ? Provenait-elle d’ailleurs ? Ou alors est-ce une simple erreur de transcription ? Un autre élément de réponse se trouve dans les archives départementales : un achat de cloche est brièvement mentionné en 1766. Quoi qu’il en soit, les deux cloches, dont celle de 1615 ont été cassées dans la précipitation, volonté d’obéissance aux Révolutionnaires. Sans doutes qu’avec un brin de lutte et de patience, l’occupant aurait autorisé d’en garder une, puis les deux : nombreuses sont les paroisses qui ont joué aux résistants !
Un autre doute m’interroge sur Pitton : bien entendu, nombreux connaissent l’histoire des prémices de la fonderie Paccard : un dénommé Jean-Baptiste Pitton, de Carouge, fait naître une cloche à Quintal et une nouvelle vocation pour le syndic, Antoine Paccard. Mais Pitton, c’est aussi de nombreuses cloches en Suisse et en France, fondues entre 1787 et le début des années 1830, avant de passer la main aux frères François et Jean-Marie Bulliod qui fermeront boutique en 1857. Mais il semblerait aussi que Pitton ait essayé de passer la main à ses enfants. On trouve, sur la grosse cloche de Montailleur, la signature de « Pitton père et fils 1802 ». Trois ans plus tard, à Albertville -non loin de là- on trouve deux cloches signées François et Jean-Claude Pitton. Les décors sont semblables, le profil aussi. En 1819, Jean-Baptiste Pitton a même délégué la fonte des deux cloches de Neuvecelle à un fondeur de Morges, Jean-Louis Golay. Avait-il un carnet de commandes démesuré ? Mais revenons à Massongy ou l’on parle uniquement du « Sieur Pitton ». La monographie de Mgr Piccard et les archives ne disent pas le prénom du fondeur. S’agit-il de Jean-Baptiste ? De François ? De Jean-Claude ? Je ne saurais trop m’avancer…

Nom Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 St Jean-Baptiste 89,9 420

La 3

2

Claudine 65,5 150 Ré 4

Sieur Pitton à Carouge l’an 1815

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Je remercie chaleureusement :
M. le maire François Roullard
L’Association « Groupe Patrimoine » de Massongy
Ainsi que mon ami Claude-Michael Mevs, dit Quasimodo, pour sa collaboration à l’élaboration de cette présentation.

Sources & liens :
Mairie de Massongy
Groupe Patrimoine de Massongy
Paroisse Saint-Jean-Baptiste en Chablais
« Massongy près Douvaine », Monographie de Mgr L.E. Piccard, 1918
Clichés personnels
Fonds privés

Saint-Laurent – Eglise Saint-Laurent

Un village aux origines mystérieuses…
Blotti contre les renforts de la montagne de Sur Cou, Saint-Laurent s’installe sur un plateau rive gauche du Borne, rivière descendant tout droit des Aravis. Le Bourre et le Ruisseau de Saint-Laurent ont sillonné quelques reflets à cette plaine surélevée, offrant alors un superbe panorama sur la basse Vallée de l’Arve. Le chef-lieu s’organise autour de l’église, de la mairie, de la salle communale et de l’école. Le chemin de fer, à destination d’Annecy, contourne la commune. Une gare desservait alors la commune. Si le bâtiment existe toujours, elle est aujourd’hui dans des mains privées : c’est une habitation.
Le secteur géographique abrite trois communes qui ont pris le nom d’un saint : Saint-Laurent, Saint-Sixt et Saint-Pierre-en-Faucigny. Ces trois saints ont des points communs : Pierre fut le premier pape de la Chrétienté, Sixte-II sera son 24ème successeur et Laurent était le septième diacre de ce dernier. Si on raconte que saint Laurent aurait été fondé à la Renaissance, par un dénommé Laurent, cette hypothèse farfelue est vite écartée : la liste des curés du lieu remonte à 1411 et la présence sur la commune des ruines du Château de Cornillon, remontant au XIème siècle. Celui-ci permettait de défendre la frontière entre les provinces du Faucigny et du Genevois, ainsi que la protection de la vallée du Borne, menant à l’Abbaye d’Entremont.

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Une construction coûteuse…
Si les origines de la paroisse sont méconnues, le premier curé cité est le père Richard Ronserii en 1411. A la Révolution Française, la paroisse est supprimée pour être rattachée à celle de Saint-Pierre-de-Rumilly. Quelques décennies plus tard, le Révérend Fontaine, curé de Saint-Laurent pendant presque un demi-siècle, demande à l’adjudant Dénarié, retraité du Génie Civil, un rapport sur l’état de l’église paroissiale. Dans son rapport daté de 1834, on peut lire que l’église est trop petite, que les murs sont lézardés mettant en péril les voûtes et que la façade menace de se détacher. Les travaux sont donc lancés selon les plans de MM. Dénarié et Ducret. En mars 1937, l’archiprêtre de La Roche-sur-Foron en bénit la première pierre. Cependant, les travaux sont très vites arrêtés : le budget est atteint et les matières premières manquent. En 1839, le curé écrit au Duc de Savoie et le supplie de lui venir en aide. Les habitants sont épuisés par les dépenses, qui sont de l’ordre de 10’000 francs contre 6’000 prévus initialement. Les travaux reprirent grâce à des entrepreneurs de Taninges : ils s’engagent à finir les murs et le clocher. Le gros-oeuvre est probablement achevé en 1840, date forgée au dessus de l’entrée principale de l’édifice. En 1843, Mucengo, sculpteur piémontais, réalise les retables des chapelles latérales et du chœur. Sur ce dernier, la date de 1845 marque le souvenir de la consécration par Mgr Rendu, évêque d’Annecy. L’année suivante, un tableau représentant saint Laurent est commandé à Fribourg. Entre 1858 et 1862, on continue d’orner l’église avec des fonds baptismaux taillés par un paroissien et un chemin de croix racheté à l’église voisine de La Roche-sur-Foron. En 1947, les paroissiens fêtent alors le centenaire de l’édifice, retardé par la guerre et une restauration complète entre 1945 et 1947.

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Un malheureux foudroiement…
Les laurentains étaient fiers de leur clocher… peut-être trop ? Qui sait… En tout cas, le 1er mai 1875, la foudre s’abat sur son sommet. Le feu détruit alors l’intérieur de la tour, la sacristie, et l’église dans une bien moindre mesure. Voilà que Saint-Laurent se retrouve privé de cloches ! Très vite, elle commande deux nouvelles cloches aux frères Paccard d’Annecy-le-Vieux. Problème, la commune engage déjà trop de frais pour relever les murs du clocher, et la Fabrique doit remplacer les objets du culte détruits par l’incendie. Le 16 mai déjà, commande est faite de deux nouvelles cloches. Elles coûtent 7622 francs avec leurs équipements, prix ramené à 6185 francs car le bronze des cloches cassées est repris. Mais cette dépense pose problème : les habitants les plus éloignés réclament des cloches plus grosses, et d’autres refusent de mettre la main au porte-feuille ! Le 8 mai 1876, la fonderie Paccard tient sa promesse, et livre deux cloches de bonne facture. Une convention est signée entre la fonderie et la commune pour le payement. Second problème : en 1883, le Comptoir Général d’Escompte, banque de la fonderie, demande au préfet d’entreprendre une action en justice, car la paroisse n’a payé que très partiellement sa sonnerie. On ne saura pas les détails des suites, mais seulement que la dette n’est plus : les cloches sont encore là. De nouveaux échanges ont lieu entre la fonderie et la commune en 1956, en témoigne un devis relatant « l’électrification de deux cloches ». Cette fois-ci, le chiffre peut paraître plus vertigineux : 366’000 anciens francs ! Ramené à notre devise actuelle, cela ramène à moins de 1’000€. Un luxe que la commune a pu financer plus aisément que ses cloches. Le devis prévoit l’installation d’une minuterie, de moteurs pour les cloches (volée, tintement) et éventuellement un changement des paliers des deux cloches. Depuis ce devis, la grande cloche a perdu son joug en bois au profit d’un rail en acier. Les marteaux de tintements sont très récents, et la petite cloche, de l’angélus, possède un moteur de volée tout neuf.

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Les deux cloches arborent des motifs similaires. La plus grande possède néanmoins des visages d’hommes sur ses anses et des feuilles sur son cerveau, là ou la petite cloche est vierge de ces décors. Sur leurs robes, des motifs floraux sur chacune d’elle. Les inscriptions, en quatre lignes, sont séparées par des filets. Chaque ligne cite une personne : le parrain, la marraine, l’abbé Carrier et le maire Jean-Claude Forestier. Une Vierge et un Christ orne chaque cloche, ainsi que la signature, sous le Christ « Paccard frères fondeurs à Annecy-le-Vieux Haute-Savoie 1876 ». 

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

119,1

1009

Mi 3

2

94,1

494

Sol ♯ 3

Frères Paccard fondeurs à Annecy-le-Vieux Haute-Savoie 1876

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Je remercie chaleureusement :
M. le maire Claude Bouquerand, pour son aimable autorisation.
Mme la maire-adjointe Marie-Françoise Margolliet, pour l’ouverture du clocher ainsi que pour les intéressantes archives !
M. Laurent Vigroux, sacristain, pour l’accompagnement au clocher.
Mon ami Claude-Michael Mevs, dit « Quasimodo« , pour la contribution au reportage.

Sources & Liens :
Saint-Laurent
Archives communales (délibérations du conseil, devis)
Bulletin « Sous Cornillon » n°8 (revue d’histoire locale de Saint-Pierre-en-Faucigny)
Clichés personnels (excepté horloge : Quasimodo)
Relevé sur site

Viuz en Sallaz – Eglise Saint Blaise

A vingt-cinq kilomètres de la Cité de Calvin se trouve Viuz-en-Sallaz. Cette ville faisait jadis partie du « mandement de Thyez » ou de « Sallaz », avec les actuelles communes de Ville-en-Sallaz et Saint-André-de-Boëge. Les ruines de ce château existent encore aujourd’hui au sud-ouest de Ville. D’abord propriété de la famille de Faucigny, souveraine de cette province de la Savoie, la maison forte passera ensuite entre les mains des évêques de Genève. C’est ainsi que le blason de Viuz est composé du blason de la famille de Faucigny et de la croix de Saint-Pierre, emblème du chapitre cathédral de Genève (puis d’Annecy). Mais l’histoire de Viuz ne s’arrête pas là : son territoire remonte à quelques centaines de mètres du chef-lieu de Bogève, dans un vallon creusé par le Foron. Sur le chemin, de nombreux hameaux : l’un d’entre eux possède une chapelle édifiée à la suite d’un éboulement qui a enseveli 3 lieux-dits en 1713. Plus en amont et sur l’autre rive, un autre petit sanctuaire se dresse au cœur du hameau de Sevraz. Elle est le fruit de la piété d’un habitant émigré qui n’a pas oublié son village natal ! Mais au-delà d’un passif religieux, Viuz-en-Sallaz possède deux montagnes qui sont, ou ont été des atouts : le mont Vouan et les Brasses. Sur la première, on utilisait la pierre pour y faire des meules. Le lieu est aujourd’hui inutilisé certes, mais protégé et donne lieu à des multiples promenades. La seconde, partagée avec les communes voisines, est une station de ski idéale pour les familles.

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L’église Saint-Blaise de Viuz-en-Sallaz se voit de loin : son massif clocher en pierre s’élève très haut avec sa flèche, rappelant la puissance de ce village, jadis apprécié des évêques diocésains. De l’ancienne église, les informations sont dispersées : on sait qu’elle daterait du XVIème siècle et qu’en 1646 elle possédait des reliques de son saint patron, médecin et évêque de Sébaste mort vers 316. Au début du XIXème siècle, il est question de reconstruire le sanctuaire car celui-ci se délabre. En 1832, les travaux commencent alors sous la direction de l’architecte annécien Ruphy. Achevé en 1836, le lieu de culte est alors consacré l’année suivante par Mgr Rey, évêque d’Annecy. Conçu pour accueillir deux milles fidèles, il est dans le style néoclassique, voulant répondre à une architecture grandiose directement inspirée des monuments romains. Mais son embellissement ne s’arrête pas là : le maître autel est réalisé par Gilardi entre 1846 et 1855 et les autels latéraux par Pedrini entre 1846 et 1851, artistes piémontais. Un temps conservé, l’ancien clocher de l’édifice. Fragilisé par l’incendie de 1857, qui eut raison de la moitié du bourg, il est restauré et rehaussé en 1863 – 1864. Le sanctuaire, restauré avec goût, est protégé depuis 2015 par les Monuments Historiques.

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Le clocher abrite aujourd’hui trois cloches fondues en 1863 par les frères Paccard : Michel-Elisa, Marie-Péronne et Charles-Alexis. Bénies le 5 octobre de cette même année, elles logent dans un massif beffroi en bois conçu pour les recevoir. La sonnerie étant postérieure à l’édifice actuel, il est évident que d’autres cloches aient servies à la vie du village. Si la plus grosse nous raconte qu’elle a été « augmentée », elle ne nous en dira pas plus… Mais la réponse se trouve dans les archives. Il est cité qu’au XVIIIème siècle, le clocher abritait trois cloches et qu’en 1764, le battant de la plus grosse est refait à Thonon. En 1819, la commune passe une convention avec M. Louis Gautier, fondeur de Conflans maintes fois présenté ici, pour la fourniture d’une cloche de 14 quintaux accordée avec la cloche existante (peut-être une cloche pré révolutionnaire ?). Fondue en 1820, nous aurons déjà des ses nouvelles l’année d’après : le conseil municipal déplore qu’il n’a jamais officiellement « reçu » la cloche et les sonneurs ont remarqué que sa bélière n’était pas au centre. Ainsi, la cloche boitait lors de la volée et le battant frappait donc trop haut d’un côté. Le conseil demande alors qu’un expert soit nommé. L’affaire remonte jusqu’au Sénat de Savoie qui demande à deux fondeurs d’expertiser ladite cloche : le fondeur Jacques Anthoine, de passage à Moûtiers et le fondeur Eustache Meunier de Chambéry. Dans leur rapport, ils donnent bien comme « mauvaise » la cloche de Louis Gautier. Seulement voilà, les démarches étant vraiment longues, l’affaire a été traitée au printemps 1831, soit quelques semaines avant la mort de Louis Gautier, le 14 juillet 1831. Ainsi, c’est sa veuve qui doit s’acquitter de la dette de M. Gautier, précise une lettre émanant du syndic de la commune.

Les trois cloches actuelles portent des noms cités plus haut. Elles citent de nombreuses personnalités : le Pape Pie IX, l’évêque Mgr Magnin, le curé-archiprêtre Rd Tournier et ses vicaires, les pères Deletran et Favre, ainsi que le maire, M. Jean Gavard. La plus grande cloche est dédié à la Vierge et son époux Saint Joseph. La seconde cloche, à la Vierge et à saint Pierre, premier pape. La plus petite, enfin, a eu un parrain et une marraine âgés de… 11 et 8 ans ! Elle est dédiée à saint Blaise. Les trois cloches sonnent un bel accord élégiaque audible lors des funérailles. La grande cloche annonce les messes, baptêmes et mariages. La plus petite, enfin, sonne 3 fois par jour, infatigablement, l’angélus.

Nom Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Michel Élisa 149,6 ~2000

Ré ♭ 3

2

Marie Péronne 99,4 ~650 La ♭ 3

3

Charles Alexis 74,2 ~250 Ré ♭ 4

Paccard Frères fondeurs à Annecy-le-Vieux Haute-Savoie 1863

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Je remercie chaleureusement :
M. le Maire Serge Pittet, pour ses aimables autorisations.
Mme la Maire-Adjointe Regine Duchêne-Grenaker, pour l’accompagnement.
Mme Marie Claude-Musy, sacristine, pour l’ouverture des portes.
M. Denis Thévenod, historien, pour le prêt d’archives.
Mon ami Aurélien Surugues, de passage dans la région, pour l’aide apportée à la contribution du reportage.

Sources & Liens :
Viuz-en-Sallaz
Mairie de Viuz-en-Sallaz
Eglise Saint-Blaise
Archives municipales ; Denis Thévenod
Mémoires et documents de l’Académie Salésienne, 1896, tome 19.
Clichés personnels
Relevé sur site

Sainte-Marie-de-Cuines – Eglise Notre-Dame-de-l’Assomption

Au fur et à mesure que nous traversons la vallée de la Maurienne, nous constatons qu’il y a plusieurs plaines formées par la confluences de plusieurs rivières avec la rivière principale : l’Arc. C’est entre autres le cas de la plaine des Cuines, située rive gauche de la vallée. Ces larges terres, bien que exposées côté Nord, offrent quand même une qualité de vie indéniable. Deux villages se partagent la plaine. Nous raconterons un peu plus tard son histoire. Mais les bourgs sur l’autre versant sont bien plus nombreux, car mieux exposés. Le territoire des Cuines s’étend également sur les bois amonts et avals pour un total de 35 kilomètres carrés.
C’est au XIème siècle qu’apparaît pour la première fois « Cuina », soit Cuine, au singulier. En 1043, la paroisse est donnée à l’évêque de Maurienne et son chapitre cathédral. Mais cela n’empêchera pas aux vicomtes de la Chambre d’y exercer leur vicomté le siècle suivant. C’est à partir de cette époque (début XIIème) que l’on cite deux paroisses : Sainte-Marie, la « primitive » et Saint-Etienne, de l’autre côté du torrent du Glandon. C’est au XVème siècle que « Cuine » prendra son S final, et donc la pluralité. De l’époque médiévale, les reliques sont multiples : l’église abrite encore une partie de l’édifice primitif du XIème siècle et plusieurs ruines : le Château Joli et la tour Châtel-André. En 1598, le Duc de Savoie combat les troupes françaises sur cette plaine de Cuines. 

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L’église, dédiée à la Vierge Marie, remonte en effet au XIème siècle, en témoigne l’abside et le clocher roman. Cette architecture était en effet en vogue dans la région. Si l’édifice a été profondément remanié au XVIIème siècle puis en 1835, l’abside demeure intacte et est aujourd’hui protégée. On sait par exemple que, jusqu’à la dernière restauration, la nef était « lambrissée » avant d’être voûtée. De la simple nef, nous sommes passées à une église en forme de croix latine avec l’ajout de deux chapelles latérales. Au XVIIème siècle, l’abside en cul de four est séparée de l’édifice par un retable baroque, encore présent de nos jours. Dès lors, cette dernière sert de sacristie, avant qu’une seconde soit construite à droite du chœur. Une curiosité reste à souligner : l’entrée de l’édifice se fait par le côté, et non par le clocher, qui, jadis, remplissait la fonction de porche. La raison est simple : l’église était trop facilement inondable par le clocher (il fallait descendre pour pénétrer dans le sanctuaire) et les multiples crues du Glandon l’ont d’ailleurs prouvé.  

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Le clocher, haut de vingt-mètres, reprend des caractéristiques des tours romanes. Ses différents étages sont élégamment décorés d’arcades. Au dernier, ses lourds murs de pierres laissent apparaître quatre cloches : une dans chaque baie. Elles sont soutenues par un beffroi en bois, lui-même doublé par une structure métallique. Ces quatre cloches sont l’oeuvre de la fonderie Paccard. On peut parler là d’une véritable histoire de famille : la plus grosse, également la plus ancienne, porte la date du 30 octobre 1827 et le nom de Claude Paccard, représentant de la seconde génération de fondeurs. Sa petite sœur, la cloche numéro 2, a été fondue en 1862 par la génération suivante, et dans un lieu différent : Annecy-le-Vieux, contre Quintal pour la première. Les deux plus petites sont bien plus récentes : elles portent la date de 1957. Leurs décoration tranche avec le style classique des deux grandes. Malgré ces trois fontes, l’harmonie ne se trouve pas altéré : la sonnerie égrène un bel accord complété, audible pour les funérailles. La grande cloche sonne les angélus, alors que les deux cloches médianes tintent les quarts et les heures.

Nom

Fondeur(s)

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

NC

Claude Paccard

1827

83,4

325

Si ♭ 3

2

NC

Frères Paccard

1862

74,5

225

Do 4

3

Marie Marguerite

Paccard

1957

67,4

190

Ré 4

4

Joséphine Berthe

Paccard

1957

56,5

110

Fa 4

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Mes remerciements à M. Philippe Girard, maire, pour son aimable autorisation et à M. Claude Bérard, adjoint, pour son accueil chaleureux. Je remercie également la paroisse et plus particulièrement Mme Roux, en charge de l’église. Remercié soit également Claude-Michael Mevs, dit « Quasimodo« , pour son aide infaillible ! Enfin, remerciement à Loris Rabier, jeune passionné de cloches résident le village voisin, pour avoir attiré mon attention sur cette sonnerie très intéressante.

Sources & Liens :
Sainte-Marie-de-Cuines
Mairie de Sainte-Marie-de-Cuines
« Eglise de Sainte-Marie de Cuines« , Bulletin Monumental, tome 97, n°1, année 1938. MF Bernard & ME Stephens.
Clichés personnels
Fonds privés

La Chambre – Collégiale Saint-Marcel

Pour inaugurer mes périples au sud de la Savoie, dans la vallée de la Maurienne, j’ai choisi un lieu chargé d’histoire : la collégiale de La Chambre. Cette commune se situe dans un écartement de la vallée, crée non seulement par l’Arc mais aussi par le Glandon et le Bugeon, qui ont taillé dans la montagne deux vallées perpendiculaires. Le millier d’habitants qui forme la commune se concentre autour de son bourg, au sud du territoire communal. Au nord, ce sont principalement des forets et des champs. Cette « délimitation » est marquée par le torrent du Bugeon.

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L’église paroissiale bénéficiait avant la Révolution du titre de collégiale : c’est à dire qu’elle était administrée non pas par un simple curé ou archiprêtre mais par un « collège » de chanoines. Ce titre lui permettait de rayonner et d’avoir préséance sur les églises alentours. Mais avant la Révolution, la Chambre, c’était aussi une place forte : c’était sur ces terres que s’est implantée une famille puissance, capable de rivaliser durant le Moyen-Age avec la future famille de Savoie. Cette même famille, portant le titre de « Vicomte de Maurienne », laissera sa place au XVème siècle à la famille des Seyssel, qui porteront le titre de « comtes de La Chambre ». Ces mêmes seigneurs obtiendront du pape Léon X la dignité de collégiale pour l’église Notre-Dame en 1514. Deux siècles auparavant, une communauté de franciscains s’installent sur la commune, toujours avec la bénédiction du pape régnant et des seigneurs locaux. A la Révolution, ils sont remerciés par les Révolutionnaires et leurs bien sont vendus. Si l’église sera rendue au culte paroissial une fois le Concordat signé, le couvent sera lui rendu à la vie civile, ce qui, malheureusement, aura raison de son unité architectural. Il attend aujourd’hui des jours meilleurs, en bénéficiant par exemple d’une restauration d’envergure. Au XIXème siècle, le village se tourne vers un nouvel avenir industriel et agricole avec l’installation d’usines à produits chimiques, au bord de l’Arc. Le secteur permet aussi la production de fromages de la région : il ne sera donc pas anormal de croiser quelques vaches dans les prés verts de la Chambre !
L’église Saint-Marcel, anciennement collégiale, remonte au XIème siècle : Artaud, évêque de Maurienne, cède l’église au prieuré Saint-Michel de la Cluse (aujourd’hui en Italie) pour y fonder un monastère bénédictin. Originellement sous le vocable de Notre-Dame de l’Assomption, c’est en 1514 qu’elle prit le vocable de saint Marcel, lors de son élévation au rang de collégiale. Des éléments de l’église antérieurs à cet élément, il reste le superbe portail roman daté du XIIème siècle. En s’en approchant, avant de pénétrer dans l’édifice, on peut constater la finesse de ses sculptures, d’autant plus impressionnantes en considérant les difficultés liées à l’histoire ! L’intérieur de l’édifice montre un édifice néoclassique, très certainement remaniée après la Révolution. On raconte en effet que la plus grande partie de l’édifice date de 1688, avec un remaniement important en 1802.

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La sonnerie est composée de quatre cloches : dans la région, il est fréquent de les voir depuis le bas. Contrairement au sud de la France, elles ne sont pas arrimées à la maçonnerie mais sur un beffroi afin de garantir la stabilité du clocher. La plus grosse cloche, côté nord, est la plus ancienne : elle date du XVIIIème siècle ! C’est une surprise car elle ne figure dans aucun inventaire, alors que d’autres éléments du lieu de culte sont classés ! Ses inscriptions latines nous donnent plusieurs indications : protégeant de la foudre et des tempêtes, elle est sous la protection de saint Marcel, protecteur des lieux. Plus en bas de sa robe, un nom et une date : Jean-Baptiste Chrétiennot, 1733. Ce fondeur est déjà connu : d’origine lorraine, il a sillonné l’actuelle France pour couler des cloches. Il en reste hélas très peu en Pays de Savoie. Les trois autres cloches sont résolument plus modernes : elles ont été fondues en 1955 par la fonderie Paccard d’Annecy-le-Vieux. La raison est simple : la sonnerie ne convenait plus et les cloches étaient fragilisées par le temps. Alors une souscription s’organise : l’engouement est tel que l’argent permet d’électrifier la sonnerie après son installation. Chaque cloche est ainsi nommée, possède un parrain et une marraine, ainsi qu’une « maxime » : la seconde cloche « sonne pour que la lumière du Christ se répande sur le monde », la troisième pour que la « charité du Christ règne entre les hommes » et la petite, enfin, indique cette phrase bien connue « qu’elle pleure ou qu’elle chante, ma voix toujours prie ». Ces quatre cloches sonnent ensemble un agréable motif bien répandu dans les églises parisiennes : elles reprennent en effet les quatre premières notes de la gamme. D’ailleurs, à l’étage d’en dessous, trône encore le clavier de carillon, à l’époque où les cloches étaient mues manuellement. Pour les fêtes, il fallait relier les battants à ce clavier pour y jouer des mélodies.

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg)

Note

1

saint Marcel J.B. Chrétiennot 1733 105,8 700 Sol 3

2

Fernande Elise Paccard 1955 90 450

La 3

3

Ernestine Jeanne Paccard 1955 80,5 325 Si 3
4 Pierrette Bernadette Henriette Marie
Madeleine
Paccard 1955 76,2 275

Do 4

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Mes remerciements à la Municipalité de la Chambre : à son maire, M. Gérard Durieux pour l’aimable autorisation et à M. Robert Piloni, adjoint, pour le chaleureux accueil et son précieux temps. Remerciés soit aussi Claude-Michael Mevs, dit « Quasimodo« , fidèle ami toujours prêt à donner un coup de main et Loris Rabier, passionné du secteur qui gravissait alors son premier clocher !

Sources & Liens :
La Chambre
Mairie de la Chambre
Collégiale de la Chambre
Fonds privés
Clichés personnels

Habère-Lullin – Eglise Saint-Pierre

Habère-Lullin : les Habères. C’est par ce nom que nous décrivons souvent le fond de la Vallée Verte, longtemps ballottée entre les provinces du Chablais et du Faucigny. En effet, le fond de cette vallée possède plusieurs cols de moyenne altitude, donc faciles à franchir. Ils offrent des accès vers des terres chablaisiennes tels que les bords du lac Léman, ou encore la vallée du Brevon. Les Habères, c’est aussi l’histoire de deux familles : la famille de Lullin, qui y construit un château, avant de le vendre quelques siècles plus tard aux Gerbaix de Sonnaz. Quant au nom « Habère » de nombreuses interprétations existent : un abreuvoir, des granges… La pluralité fait aujourd’hui référence à deux villages : Habère-Lullin et Habère-Poche. Il est bon de préciser que jusqu’au XIXème siècle, une seule paroisse existait. Ce n’est qu’en 1841 que Habère-Poche (fond de vallée) s’émancipe, avec une église flambant neuve.
Les Habères remontent au XIIème siècle, alors propriété de la famille de Lullin. Ces terres semblent également être la propriété des moines de l’Abbaye d’Aulps, qui y possèdent alors des « granges ». Le château d’Habère-Lullin, bâti à cette époque, a été vendu à la fin du XVIIème siècle par un descendant de cette famille à la famille Gerbaix de Sonnaz. Ce même château, dont subsistent quelques ruines, a connu une fin tragique. Durant la nuit de Noël 1943, alors que des résistants réveillonnent dans son enceinte, les Allemands font irruption et fusillent 25 d’entre eux. D’autres sont arrêtés (8 seront déportés) et le château est ensuite incendié. En septembre 1944, non loin de là, la revanche eut lieu : une quarantaine d’Allemands sont fusillés par les forces françaises de l’intérieur (FFI).

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L’église Saint-Pierre est citée pour la première fois dans une bulle papale de 1180. Des églises primitives, on ne sait pas grand chose. Mais quelques hypothèses naissent en étudiant l’édifice : une reconstruction autour des années 1400, avec un chœur désaxé de la nef. Sur les plans primitifs, le mur ouest étonnait par son épaisseur : il est probable qu’un clocher peigne, en vogue dans la région sous l’Ancien Régime, se trouvait sûrement là. En 1606, le saint-évêque François de Sales effectue une visite pastorale : il demande que l’Abbé d’Aulps restaure le chœur et les paroissiens la nef. Il est aussi fait mention de cinq chapelles : sainte Agathe, saints Barthélémy, Laurent, Alexis et Notre-Dame de Compassion. En 1634, Jaques Maudry fait un don permettant des travaux généraux dans l’église. Il est possible qu’à cette époque, la baie axiale, aujourd’hui classée, soit obstruée. Nous y reviendrons. En 1714, une sacristie est adossée côté nord de l’édifice. A l’automne 1781, la foudre frappe le clocher : l’église s’embrase ! Très vite, les paroissiens couvrent sacristie et nef avec des planches et demandent à l’archevêque de Chambéry de l’aide : il leur accordera une somme pour reconstruire l’église. Cet incident permet de repenser le sanctuaire : des chapelles sont supprimées et une tribune est crée. La question s’est posée : clocher-porche ou clocher-flèche au dessus du chœur ? La réponse semble aisée après plus de deux siècles, pourtant celui-ci ne sera terminé qu’après la Révolution ! Notons qu’il n’a pas été démoli, car simplement pas achevé lors de la Terreur. Au XIXème siècle la question de reconstruire l’intégralité du bâtiment est posée : finalement, la scission entre « Lullin » et « Poche » eut raison de cette envie et un simple agrandissement de l’édifice eut lieu avec l’ajout d’une travée côté façade. En 1846, pour terminer les travaux, la famille de Sonnaz édifie une chapelle latérale ronde, aujourd’hui chaufferie de l’édifice. Les derniers travaux majeurs sont la création de la sacristie dès 1846, dans l’axe de l’église. Cette dernière, menacée de ruine, a été démolie il y a quelques mois, lançant ainsi des travaux d’envergure pour le sanctuaire, qui lui permettra de regagner de sa superbe : restauration de la couverture, des façades et des abords. La chapelle du Rosaire, actuelle chaufferie, devrait elle aussi retrouver un usage plus spirituel. Tout ceci s’inscrit dans la continuité de la restauration intérieure de l’édifice des années 1990.

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Le clocher est atypique : et sa sonnerie le sera tout autant ! Construit en dessus du chœur, il est entièrement en bois et octogonal. Au pied de celui-ci, dans un recoin, une horloge dite « à cage » est déposée, en attente d’un jour meilleur. Cette horloge d’une autonomie de 30 heures et permettant de sonner chaque quart a été achetée en 1850 par Pierre Forel. Elle était initialement à la tour de l’horloge de la Place du Molard à Genève. Non loin d’elle, un autre mouvement, résolument plus moderne, permettait de sonner les cloches automatiquement, lors des premières années après l’électrification ! Aujourd’hui, les cloches se sonnent avec les dernières technologies : un automate est installé dans l’église, et il se commande même par téléphone portable !
Les cloches -parlons en- sont au nombre de trois… et deux d’entre elles ne sont même pas savoyardes ! Mais c’est ça qui fait tout le charme et l’intérêt de cette sonnerie, inattendue… « Christine », c’est le nom la grosse cloche. Originellement fondue en 1639, elle périt dans l’incendie de 1781. La sonnerie étant anéantie, il est demandé aux fondeurs jurassiens Courpasson et Rognon, ainsi qu’au genevois Jean-Daniel Dreffet de faire une devis pour la fourniture d’une nouvelle sonnerie. C’est ce dernier qui est retenu et qui réalise 3 cloches en 1785. C’est à cette date que la grosse cloche prit son nom, « Christine ». La Révolution et ses tourmentes donnent une confusion autour du sort des cloches : en effet, il est mentionné qu’elles prirent le chemin de la fonte, comme celles des autres clochers, mais pourtant, deux d’entres elles sont encore présentes au début du XIXème siècle. En 1846, MM. François-Simon Barrard et Joseph Bécus, fondeurs de Champigneulles-en-Bassigny (52) refondent Christine et fondent sa petite sœur, nommée « Anna ». On peut volontiers se demander pourquoi ces fondeurs, alors que d’autres exerçaient encore sur Genève, sans parler de la famille Paccard d’Annecy ! Cette dernière à d’ailleurs réalisé deux cloches pour Habère-Poche quelques années auparavant, et des archives de la famille Gerbaix de Sonnaz font mention de correspondances avec Claude Paccard concernant la refonte de la grosse cloche, cassée en 1845. Probablement que la concurrence entre les deux paroisses ne permit pas à ce dernier de remporter le marché. Un siècle après, ses descendants pourront enfin marquer de leur emprunte ce clocher en refondant la cloche de 1785 encore en place. Dédiée à la Vierge, elle ne fait hélas pas mention de son année de fonte. Mais des indices nous aiguillent : l’électrification eut lieu en 1948 et les équipements et décors de la cloche coïncident avec cette date. Cette cloche, en harmonie avec ses grandes sœurs, est un tout petit peu plus petite que l’ancienne : 95cm contre 110cm auparavant. Il est probable que l’ancienne cloche ne donnait pas la tonalité voulue, ou alors qu’elle se soit fêlée avec le temps.

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

Christine Barrard & Bécus 1846 136,1 1’500

Ré ♭ 3

2

Anna Barrard & Bécus 1846 101,5 600 Fa 3
3 Marie Paccard 1948 ? 95 535

La ♭ 3

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Mes remerciements à Mme Marielle Duret et M. Yann Oremus, respectivement maire et adjoint au maire lors de ma visite, pour les autorisations et l’accompagnement au clocher. Je me permets d’avoir une pensée émue pour M. André Duret, aujourd’hui décédé, figure du village, qui m’a conduit dans ce clocher il y a déjà presque 10 ans ! Je remercie également mon ami Claude-Michaël Mevs, dit « Quasimodo« , pour l’aide indispensable !

Sources & Liens :
Habère-Lullin
Mairie d’Habère-Lullin
Eglise Saint-Pierre d’Habère-Lullin
Ecomusée Paysalp : Mémoire Alpine
Informations sur l’horloge : Claude-Michaël Mevs
Me Pascal Krafft, campanologue d’Alsace
Fonds privés
Clichés personnels