Albertville – Eglise Notre-Dame-de-l’Assomption-et-Saint-Grat (Conflans)

Sous-préfecture de la Savoie et « carrefour des quatre vallées » (Val d’Arly, Beaufortain, Tarentaise et Combe de Savoie), Albertville est bien entendu réputée pour avoir accueilli du 8 au 23 février 1992 les XVIe Jeux Olympiques d’hiver. Après cet événement mondial que sont les Jeux Olympiques, la commune continue occasionnellement d’attirer les organisateurs d’événements, comme par exemple le Tour de France, avec une arrivée d’étape en 1998, un simple passage en 2013 ou encore un départ d’étape en 2016. Mais cette commune de presque 20’000 habitants est en réalité très jeune. Elle est née en 1835 lorsque le Roi de Sardaigne et Duc de Savoie Charles-Albert réunit l’Hôpital avec le bourg médiéval de Conflans, l’occasion pour le souverain de laisser son nom à cette toute nouvelle bourgade. En 1965, Saint-Sigismond vient étoffer la commune. Des grands noms de France sont aussi intimement associés à Albertville. Jean Moulin, chef de la Résistance, fut sous-préfet d’Albertville entre 1925 et 1930. La ville a également vu naître l’architecte Henry Bernard, le skieur champion olympique Jean-Luc Crétier ou le vidéaste Jérôme Jarre. L’ancien ministre Michel Barnier réalisa ses années lycéennes à Albertville.

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La cité médiévale de Conflans est installée à l’est d’Albertville. Elle domine toute la commune depuis les contreforts de la Pointe de la Grande Journée. L’église n’est bien entendu pas le seul joyau du lieu, autrefois occupé par un grand château puis une ville fortifiée. Conflans existe aujourd’hui comme un village dans la ville puisque l’esprit villageois est conservé sur le plan de l’urbanisme. Et bien entendu, le clocher est au centre… ou presque! Celui-ci domine cette petite bourgade. Elle est aujourd’hui couramment nommée par le vocable de « saint Grat » et parfois sous le nom de « Notre-Dame de l’Assomption ». Alors qui a tort et qui a raison ? Personne. Enfin, pas exactement : la patronne historique est bien la Vierge Marie. Mais l’église a reçu les reliques du saint-évêque d’Aoste ultérieurement et la paroisse de Conflans a été confié sous sa protection. Mais l’église a conservé son vocable historique. Il convient donc de citer ce double patronage (merci aux guides pour les explications!). La plus vielle mention d’une paroisse remonte à 1014, alors que nous étions en pleine fondation du Comté de Savoie. En 1632, l’église se voit détruite par un incendie puis réparée. Une nouvelle construction, à même la roche, eut lieu entre 1700 et 1720. L’église sera consacrée pendant les travaux, en 1716. La Révolution Française mit à mal le mobilier liturgique et le clocher. Après le Concordat, ce dernier est reconstruit à l’identique. Les retables seront réinstallés après la Restauration Sarde de 1815. En 1835, le sommet du clocher brûle. Il est reconstruit mais il ne respecte pas totalement l’allure des clochers bulbes traditionnels en se distinguant par une additions de détails. Enfin, un remaniement aura lieu vers 1850, expliquant sans doute le caractère néo-classique de la nef intérieure. Depuis 2018, le clocher et les retables latéraux connaissent une restauration d’envergure : l’accessibilité du premier et la couverture du bulbes ont été refait et les retables retrouveront dans les mois à venir leur éclat d’antan !

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Le clocher, comme indiqué précédemment est comparable à un phare sur un littoral car il est visible de tout Albertville et au-delà. En 1632, il ne résiste pas à l’incendie de l’église et de la cure. Il sera reconstruit sur la base que nous connaissons aujourd’hui. En 1761, on note que la tour est en péril et nécessite de grandes restaurations réalisées par M. Antoine Davignon. En 1793, elle est détruite sur l’ordre d’Ablitte, révolutionnaire. En 1804, elle est rebâtie avec les pierres de la tour Sarrasine. Le clocher ressemblait à celui de l‘église Saint-Maurice de Thônes, mais en plus élégant, selon les archives! Fin 1834, nous connaissons enfin l’existence de quatre cloches. La plus grosse, fêlée, est refondue et bénie le 24 février 1835. Nous n’avons aucune idée du fondeur, idem pour ses petites sœurs, plus âgées. Notons que dans les années 1810-1820, Jean-François et Louis Gautier, père et fils natifs de la vallée de la Clarée (Hautes-Alpes) ont élu domicile dans la cité. Ont-ils fondus une ou plusieurs cloches pour ce clocher ? Il est hélas impossible de le savoir. Le 13 avril, une erreur humaine condamne l’ancienne sonnerie qui sera alors la proie du feu. En lisant ces lignes, sans doutes vous avez l’image de la flèche de Notre-Dame de Paris qui tombe… Rassurez-vous, moi aussi en les écrivant ! Quoi qu’il en soit, la sonnerie renaît (et bien-sûr le clocher!) le 10 août 1835. Claude et Jean-Pierre Paccard sont mandatés pour réaliser une sonnerie de quatre cloches. Le bourdon, dédiée à l’Assomption de Marie, porte de nombreuses inscriptions latines. Elles citent la patronne de l’église, Notre-Dame de l’Assomption, a qui elle est vouée, mais aussi le Roi de Sardaigne et Duc de Savoie de l’époque, qui en est le parrain. Il avait déjà accordé ce privilège sur l’ancien bourdon, vite rendu muet. Trois autres cloches l’accompagnent et ont également pour parrains et marraines des nobles de la région : saint Joseph, saint Antoine et saint François de Sales. Cette dernière est la refonte d’une cloche de 1813. C’est le seul détail que les cloches souhaitent nous livrer sur leurs prédécesseurs.

Nom Diamètre (cm) Masse
(kg)
Note

1

Notre-Dame de l’Assomption, dite « Victoire » 149 ~1900

Do 3

2

Saint Joseph 119 ~1000 Mi 3
3 Saint Antoine 99 ~550

Sol 3

4 Saint François 79,2 ~250

Do 4

FAITE A QUINTAL PRES D ANNECY EN 1835 PAR LES FRERES CLAUDE ET JEAN-PIERRE PACCARD

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Pour mes visites de ce clocher, je remercie les services de la mairie d’Albertville : cabinet du maire, M. Burnier-Framboret. Le service communication et le service patrimoine, sous la direction de Laurence Millers.
Je remercie mes amis : Dr Matthias Walter, campanologue à Berne, Claude-Michael Mevs dit « Quasimodo », Aurélien Surugues, Dominique Fatton.

Sources :
Mairie Albertville
Documentations du Service Patrimoine
« Baptême des cloches de Conflans, 1835 » – Gadin M.V.
Matthias Walter, campanologue
Relevé personnel

Saint-Nicolas-la-Chapelle – Eglise Saint-François-de-Sales (Chaucisse)

C’est au cœur du Val d’Arly qu’est installé le village de Saint-Nicolas-la-Chapelle. Ses 430 habitants, répartis entre le chef-lieu et quelques hameaux, sont tous sur la rive droite de l’Arly qui rejoint l’Isère à Albertville. La commune est dépendante du diocèse d’Annecy, couvrant (presque) toute la Haute-Savoie. La commune partage avec Flumet une station de ski. Nous sommes d’ailleurs non loin des nombreuses stations du Mont-Blanc, proche des villes olympique d’Albertville et de Chamonix. De nombreux films ont été tournés en ces lieux. Nous citerons par exemple la Jeune Fille et les Loups. Le territoire étendu de la commune, situés entre le torrent du Flon et le nant de la Coufa offre de nombreuses randonnées contre le Massif des Trois Aiguilles, qui délimite les deux départements savoyards.

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Creusé par le Grand Nant, le Vallon de Chaucisse est situé à huit kilomètres du chef-lieu de la commune. Au XVIIIe siècle, les habitants, pauvres et usés de faire toute cette route régulièrement demandent au curé l’érection d’une nouvelle paroisse. La demande est refusée en 1775 par le Rd Crottet, curé de l’époque. En 1815 Joachin Dumax, natif du lieu, rentre de Paris laissant derrière lui une grande carrière de rentier et de cuisinier. Stupéfait par la pauvreté du lieu et par la fatigue des habitants, las de la route périlleuse qui mène au village en hiver, décide d’offrir sur ses deniers la construction d’une école et d’une chapelle, consacrée en 1818. En 1827, l’évêque d’Annecy reconnaît la grandeur des lieux et accepte l’érection d’une nouvelle paroisse, sous la protection de saint François de Sales, saint patron des diocèses d’Annecy et Chambéry. Le premier curé s’y installe le 12 août 1827. A l’intérieur, l’église possède un remarquable décors baroque, que je recommande à la visite. Il se compose d’un maître autel et de trois chapelles latérales. La dernière est dédiée à la Vierge et a été ajoutée bien après la construction de l’édifice, ce qui explique sa position sous la tribune. Cette dernière abrite un orgue classé. Pour la petite anecdote, c’est un évêque qui a pu l’amener sur sa charrette. A l’époque, la Savoie n’étant pas Française, il fallait passer la douane… c’est grâce à son rang ecclésiastique qu’aucun frais n’a été payé par la paroisse, car les douaniers n’ont pas fouillé les bagages de Monseigneur !
Depuis quelques années, l’église est propriété de la commune. Autrefois possession des habitants du lieu, c’est à eux que nous devons son entretien courant. La dernière étape était la façade et le toit, en 2011.

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C’est une sonnerie des plus intéressantes qui se loge dans le clocher à bulbe. Elle est le fruit de deux grandes familles de fondeurs de cloches : les Paccard et les Gautier. En 1820, pour la chapelle flambant neuve, les fondeurs Jean-François et Louis Gautier, natifs de Briançon et habitant de la cité de Conflans, sont mandatés par la municipalité pour la fonte de deux cloches : la première prendra le nom de « Joachine » en hommage au fondateur de la nouvelle paroisse, et l’autre cloche Marie-Françoise. Seule cette dernière existe encore aujourd’hui. Les archives mentionnent également la fonte d’une cloche livrée pour le 1er mai 1820 d’un poids de six quintaux, probablement « Joachine ». En 1829, une nouvelle cloche est fondue pour le clocher. En 1867, la paroisse offre par souscription au près des habitants de Chaucisse mais aussi des villageois expatriés une grosse cloche de plus de 900 kilos. Nommée « Alexandrine » par sa marraine, la cloche connut une arrivée épique. Depuis le Col des Aravis, « frontière » entre la Savoie et la Haute-Savoie, elle connut des passages parfois risqués pour rejoindre son village. Ensuite, un pont a été construit entre le clocher et la montagne pour que la cloche gagne le beffroi, son emplacement définitif. En 1885, la petite cloche fondue en 1829 et « Joachine » retournent à Annecy-le-Vieux, pour revenir plus belle encore et augmentée. On donnera à la petite cloche le nom de « Salésienne » en l’honneur du saint patron de la paroisse, rappelant le surnom de la plus grosse cloche du diocèse, à l’église Notre-Dame-de-Liesse d’Annecy. Notons la différence de poids entre ces deux cloches : 100 kilos à Chaucisse, 5100 à Annecy !
Aujourd’hui encore, les cloches sont sonnées à la corde. Elles annoncent les quelques messes annuelles mais aussi les décès dans le village, à toute volée. La grande cloche est équipée d’un marteau, reliée à une horloge Odobey Cadet. Il arrive parfois, lorsque le mouvement est régulièrement remonté, de l’entendre tinter les heures et demi. Rappelant que même en montagne, dans un vallon presque encaissé, l’église est encore au centre du village et marque le temps qui passe.

Nom Fondeur(s) Année Masse (kg) Diamètre (cm) Note
1 Alexandrine Frères Paccard 1867 950 118,7 Fa 3
2 Joachine G&F Paccard 1885 500 95,5 La ♭ 3
3 Marie-Françoise J-F & L Gautier 1820 200 69,5 4
4 La Salésienne G&F Paccard 1885 100 58,7 Mi 4

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 Mes remerciements à Mme Bonneville Françoise, ancienne adjointe au maire, pour le premier accès au clocher. Pour le second accès, j’adresse mes remerciements à M. Jean-Claude Brun, adjoint, pour l’accord et à M. Luc Dumas, ancien conseiller, pour l’accès au clocher.
Je remercie également toute la paroisse de Chaucisse pour les accueils toujours adorables, y compris en juin 2019 à l’occasion de la Journée du Patrimoine de Pays, ou nous avons pu parler des cloches et les sonner. A refaire !

Mention à mes amis qui ont su eux aussi s’accrocher aux cordes lors de mes visites, à savoir : Claude-Michael Mevs « Quasimodo« , Dominque Fatton « Valdom68« , Aurélien Surugues & Anthony Gerfaud, organiste-carillonneur de Megève.

Sources :
Relevé personnel
Fonds privés
Mairie de Saint-Nicolas-la-Chapelle
Paroisse Sainte-Anne en Val d’Arly

Yvoire – Eglise Saint-Pancrace

Au nord des Pays de Savoie, Yvoire se situe sur la rive Sud du Lac Léman, offrant un très beau balcon sur la Suisse voisine. Ce village jadis médiéval est propice au tourisme. Pour preuve, il a reçu une pluie de distinctions : il figure dans la liste des « plus beaux villages de France », il a été primé « village fleuri » avec quatre fleurs (plus haute distinction possible) et médaille d’argent du concours européen du fleurissement. Les « Yvoiriens » n’ont donc rien à envier au reste du monde, dirons-nous avec humour !

Au XIIe siècle, la position stratégique d’Yvoire fait qu’elle devient une seigneurie. Sa position stratégique lui vaut de nombreuses convoitises ! Le lieu a été maintes fois fortifié : deux portes permettaient d’accéder au village et son port était lui-aussi fortifié. Encore aujourd’hui, ce dernier est actif : Yvoire peut-être le point de départ de nombreuses destinations sur le Lac Léman. La famille d’Yvoire, première en place, laisse ensuite sa place aux De Compey, famille vassale des comtes de Genève. Ils se déclareront ensuite vassaux de la famille de Faucigny. La famille de Savoie se portera ensuite acquéreur du château et le fera restaurer. A la moitié du XIVe siècle, la seigneurie est inféodée par Antoine de Miolans d’Urtières. Puis une dizaines de familles se succéderont. Enfin, en 1615, la famille Bouvier obtient la seigneurie et possède encore le château aujourd’hui. Ils portent encore le titre de barons qu’ils ont obtenu entre temps.

L’église Saint-Pancrace élève son fier clocher blanc tel un phare sur le lac. Il est souvent cité parmi les clochers remarquables de la région. En 1250, l’église apparaît pour la première fois dans une bulle du Pape Innocent IV qui donne le lieu à l’Abbaye de Filly, non loin de là. A cette époque est bâtie une chapelle, dont les murs existent encore aujourd’hui. Au XVIe siècle, la nef est élevée, plate, comme les basiliques romaines. L’église sera souvent modifiée à cause de l’invasion Bernoise puis de la Révolution Française. En 1856, on ajoute le clocher que nous connaissons aujourd’hui. Avec lui, une travée est rajoutée agrandissant ainsi l’église paroissiale dédiée à Saint Pancrace, martyr à Rome au IIIe siècle. Le clocher sera restauré durant les années 1980 et l’église en 2014. Lors de cette dernière campagne, le mur extérieur de l’église a été dénudé pour montrer l’agrandissement de l’église du XIXe siècle.

Le célèbre clocher abrite deux cloches dans un beffroi en bois. Elles ont été fondues en 1851 par les frères Paccard de Quintal. Soit cinq ans avant la construction du clocher actuel. Est-ce que les cloches étaient a même le sol, sur un petit beffroi ? Est ce qu’un campanile existait avant ?
Lors de l’électrification, l’équipement des cloches a été entièrement révisé et les cloches, à l’origine en lancé-franc, ont été montées en rétrograde, sans doutes pour limiter les efforts. Cela n’empêche pas au clocher de sonner avec puissance. Encore aujourd’hui, elles sonnent les angélus, annoncent les décès, et sonnent les diverses célébrations à l’église. Elles portent des inscriptions simples : les parrains et marraines, membres de la famille Bouvier d’Yvoire, barons du lieu, le révédend Picus, curé, et Jean-François Thorens, à la tête du village a l’époque.

Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

116,7 ~950 Fa 3
2 92,5 ~450

La 3

Faite à Quintal près d’Annecy l’an 1851 par les frères Paccard

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Mes remerciements pour cette visite à M. Jean-François Kung, maire, pour son autorisation, et à M. Eric Thorens, des services techniques, pour son accueil exemplaire et son aide !

Sources & liens :
Yvoire
Eglise d’Yvoire
Paroisse d’Yvoire
Clichés personnels
Fonds privés

Ville-en-Sallaz – Eglise Saints-Pancrace-et-Sébastien

A bonne distance entre Chamonix, Annecy et Genève, Ville-en-Sallaz est une commune de l’ancienne province de Faucigny. Blottie contre le Massif des Brasses (1502 mètres) et fait face au Môle (1863 mètres). Le village s’organise autour de son église et de sa mairie, distantes de quelques mètres seulement. En contrebas, le village des Previères et sa chapelle, proche de la départementale, dominent le Lac du Môle que la commune se partage avec La Tour. Près de celui-ci subsistent les ruines de la maison forte de Thyez, dite aussi « de Sallaz », construit au début du XIIe siècle. Définitivement abandonné au XVIe siècle, il a même servi de carrière aux habitants pour leurs habitations ! Si, comme pour le village voisin, « Sallaz » correspond à la juridiction locale, deux hypothèses voient le jour sur le nom de « Ville ». La première consiste à faire le rapprochement avec le toponyme « Thyez » qui signifie « villa ou maison forte sur les eaux ». Il faut comprendre que la rivière Thy passe tout près des ruines et alimente aujourd’hui le lac qui est en fait artificiel. La seconde est plus personnelle car on sait que des villas romaines étaient construites ici. La dernière a été découverte en 2010 alors qu’un immeuble devait sortir de terre. Malheureusement elle n’a pas pu être conservée. Comme pour Ville-la-Grand, le nom attesterait de l’importance du lieu en période Romaine.

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L’église de Ville-en-Sallaz est dédiée aux saints Pancrace, « saint de glace » ; et Sébastien, troisième patron de Rome (après Pierre et Paul). Ils ont tous deux été martyrisés au début de l’ère chrétienne. L’édifice religieux est caractérisé par son bulbe typique de la région. Des anciens sanctuaires, nous ne savons hélas rien. Seulement que le 22 août 1608, saint François de Sales, alors évêque du diocèse, est en visite sur la paroisse. Il clôture l’octave de l’Assomption sur une prédication mariale et distribue des chapelets aux paroissiens. Ils étaient tellement venus en nombre qu’ils les aurait multipliés d’une manière miraculeuse. La chapelle des Prévières qui lui est dédié rappelle cet acte, ainsi qu’une plaque gravée sur le côté droit du porche de l’église, et frappée de son blason épiscopal. De l’autre côté de la porte, une plaque similaire nous raconte que le 28 juillet 1836, la première pierre est posée et bénie par le curé-archiprêtre de Notre-Dame d’Annecy, le père Claude-Marie Gavard. Etait-il natif de la paroisse ? Le 13 octobre 1837, Mgr Rey donne la Confirmation dans ce lieu, déjà terminé sous la direction de François Amoudruz. C’est le 14 mai 1852 que Mgr Rendu, successeur de Mgr Rey, consacre et dédie le lieu à saint Pancrace. Le 29 novembre 1936, Mgr Du Bois de la Villerabel consacre le nouveau maître-autel, dédié aux saints Pancrace et Sébastien. En 2008, l’église néoclassique sarde est rénovée.

Le modeste clocher est à droite du chœur. Ce bulbe dont les formes nous sont connues abrite des cloches pour le moins particulière. Elles ont été réalisées non pas en bronze… mais en acier ! Il est coutume dans la région de trouver une majorité de cloches Paccard, avec occasionnellement d’autres fondeurs, plus ou moins locaux. Il est d’autant plus étonnant de trouver des cloches en acier datées de 1867 alors que, cinq ans plus tôt, la célèbre fonderie d’Annecy livre trois cloches à l’église voisine de Viuz, d’une qualité remarquable ! La réponse est très simple : l’acier étant moins cher que le bronze, la fonderie d’Unieux fut alors retenue pour réaliser les deux cloches. Qu’il me soit alors permis de saisir l’occasion pour glisser quelques mots sur la fonderie d’Unieux : Jacob et Jean Holtzer, cousins et originaires d’Alsace, ont fondé aux alentours de Saint-Etienne plusieurs forges. En 1842, Jacob devient seul patron des forges. Il cherchera toujours à parfaire ses productions et commence à réaliser des cloches en 1857 en rachetant le brevet Meyer à la fonderie allemande Bochum, qui elle aussi réalise des cloches en acier moulé. La production annuelle de cloches est d’environ une centaine, mais il a arrosé la France entière. Jacob Holtzer décède en 1862 mais a été reprise par sa famille. La signature des cloches font mention de « Jacob Holtzer & cie. » et font aussi mention de leur « Médaille d’Or a l’Exposition Universelle de 1867 ».
Les deux cloches arborent également un Christ et une Vierge. Les décorations sont plutôt sobres. Par endroit, on remarque que la corrosion se fait petit à petit ressentir. Elles ont aussi des parrains et marraines ainsi que des noms : « Anna » pour la petite, « Mariæ Josephæ » pour la grande. En 1884, elles ont été au centre d’une grande querelle dans le diocèse. Le 5 avril, la promulgation d’une nouvelle loi permet au maire de la commune de disposer d’une clé du clocher de l’église. Fort de ce nouveau pouvoir, le maire demande que soient sonnées les obsèques d’un jeune suicidé. L’évêque du diocèse jette alors l’interdit sur la paroisse et impose que plus aucune sonnerie religieuse soit exécutée jusqu’à nouvel ordre. On ne sait pas combien de temps cette situation à durée. En juillet, le curé refuse l’ordre du maire de faire sonner les cloches à l’occasion de la Fête Nationale du 14 juillet. Aujourd’hui, les cloches sonnent normalement, les Angélus et les frappes horaires ainsi que baptêmes, mariages et sépultures sans oublier d’annoncer les offices !

Nom Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Mariæ Josephæ 150,3 ~1400

Ré3

2

Anna 121,3 ~750 Sol3

Jacob Hotlzer & Cie 1867

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Mes remerciements à Mme Laurette Cheneval, maire de Ville-en-Sallaz pour son aimable autorisation et à M. Joseph Challamel, en charge de l’église pour l’accès au clocher et la sonnerie spéciale.

Sources & liens :
Ville-en-Sallaz
Mairie de VIlle-en-Sallaz
Fonds privés
« L’Etat et les Eglises : La question Laïque », X. Darcos, 2006, p.240-241
Me Pascal Krafft, campanologue à Ferette (68)
Fonds privés
Clichés personnels

Ayse – Eglise Saint-Pierre

Un coteau ensoleillé orienté plein sud, à proximité d’une des chefs-lieux de Haute-Savoie. Tellement bien exposées, blotties contre le Môle, que ses terres donnent vie à un des vignobles les plus appréciés de la région. Le village d’Ayse, fort de ses 2000 habitants, inspire la quiétude. Ses demeures sont dispersées sur tout un pan de montagne, parfois encerclées de vignobles. Si le vin (AOC) s’appelle « Ayze », c’est parce que la commune connait les deux orthographes : avec un « S » ou un « Z ». Officiellement, la commune s’écrit « Ayse ». L’écriture a bien varié avec le temps, comme dans bon nombre des communes françaises. Comme le village, le nom évolue.

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C’est au XIe siècle que semble apparaître la paroisse, dans une charte du Comte de Genève qui donne les terres au prieuré proche de Peillonnex. Au XIIIe siècle, le vignoble semble commencer à se développer. Les familles aussi : deux châteaux sortent de terre au XVe siècle. On notera ainsi les châteaux de la Motte et des Tours. Le premier existe encore et est à l’état de ruines. Le second a été reconstruit au XIXe siècle par l’avocat Pierre Blanc, prenant ainsi le surnom de Château Blanc.

L’église Saint-Pierre est au sommet de la commune, près du ruisseau de la Madeleine. Dédiée à l’apôtre Pierre, connu pour être le premier pape de l’Histoire chrétienne, le patron secondaire de l’église est saint Vincent, patron des vignerons, nombreux à l’époque ou Ayse comptait bien moins de 2000 habitants ! Ses origines sont floues. L’hypothèse d’une construction au XVIIe siècle est certaine.

Le clocher abrite aujourd’hui trois cloches. Ses murs en béton peuvent laisser entendre qu’il a été restauré au XXe siècle. Probablement en 1961. Nous y reviendrons. La plus grosse cloche porte la date de 1607. De facture inconnue, ses inscriptions prêtent louage à saint Pierre, à saint Paul et à saint Théodule, premier évêque du Valais (CH) particulièrement célébré ici. La cloche est également marquée du nom du Noble Claude Pobel, syndic et Seigneur d’Ayse. Cette inscription n’est pas sans rappeler une jumelle, également fondue en 1607 pour l’abbaye d’Entremont, et marqué du nom de Mgr Thomas Pobel, bonnevillois évêque et abbé d’Entremont. La cloche d’Ayse ne possède pas de signature et aucune similitude visuelle avec celle d’Entremont. Saura-t-on un jour le fondeur de cette cloche ? Dernier détail amusant : nous serions tentés de lire la date « 1507 ». Cependant, la baronnie des Pobel est élevée en 1580. Claude Pobel et sa femme, Gabrielle Vionnet, également citée sur la cloche, le sont aussi dans les archives jusqu’en 1617. On peut encore argumenter avec le style calligraphique de la cloche : l’écrire gothique n’est pas présente ici. En 1507, il aurait été impensable de ne pas livrer une cloche sans ses inscriptions, déjà désuètes en 1607. Si l’honorable cloche a traversé les âges, il n’en a pas été autant de ses petites… ou grandes sœurs ! En 1871, une commande est passé par la paroisse d’une grosse cloche aux frères Beauquis de Quintal. Cette cloche, pesant 1’107 kilos fêle après presque un siècle de bons et loyaux services. En 1961, elle est remplacée par deux cloches plus petites, bénies les jour de Pâques par Mgr Auguste Cesbron, évêque d’Annecy. Ces deux cloches arbore, outre le Pape régnant (saint Jean XXIII) et l’évêque, les noms du curé de la paroisse (père Paul Morel-Vulliez) et du maire (M. Justin Vuarchex). Les parrains et marraines des cloches représentaient la chorale paroissiale pour la plus grande, et l’action catholique pour l’autre. Permettez-moi de citer le représentant des parrains de la seconde : René Rosset, présent lors de ma venue ! Quelle émotion de visiter le clocher en compagnie d’une figure de ce village, élu pendant 55 ans (d’abord conseiller, puis adjoint avant d’en devenir le maire, de 2004 à 2008). Il a souhaité, à 90 ans, revoir une fois « sa » cloche, qui annonce encore fièrement les nouveaux baptisés. D’ailleurs, chaque cloche à son rôle : la moyenne sonne les angélus matin, midi et soir. La plus grande, elle, convoque à l’office divin. Les trois cloches sonnent ensemble pour les sépultures, comme il est coutume dans la région.

Nom / Vocation Fondeurs(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Sts Pierre & Paul inconnu 1607 93,9 500

Sol 3

2

Marie Immaculée Paccard 1961 87,5 400 La 3
3 Jeanne de Chantal Paccard 1961 77,3 275

Si 3

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Mes remerciements pour cette visite du clocher à la municipalité d’Ayse, sous le mandat de M. Mermin. Je remercie également M. Temil, adjoint au maire et le père Charles Bouvard, curé modérateur de l’ensemble paroissial, pour leur autorisation. J’adresse également ma reconnaissance au comité présent ce jour là. Outre le Maire honoraire René Rosset, étaient présents pour me recevoir : M. François Houillon, chargé de la relation mairie-paroisse ; M. Gilbert Pellier, président de l’association « Mémoire d’Ayse » ; Rémi Bouchet, chef de chœur ; Claude Gantin, célébrant des sépultures. Un beau moment autour des cloches et du bon vin local !

Sources & Liens :
Ayse
Paroisse d’Ayse
Mémoire d’Ayse, Gilbert Pellier
Fonds privés
Clichés personnels (sauf bénédiction cloches et photo de groupe : Gilbert Pellier)
Fonds privés

Douvaine – Eglise Saint-Loup

C’est au cœur du Chablais que nous poursuivons nos « enquêtes campanaires ». Après un bref arrêt en Lorraine pour les fêtes pascales, il est temps de revenir au bercail. Un clocher que je connais depuis mon enfance. Situé sur la route du Lac Léman, il me signifiait par beau temps une belle journée au bord de l’eau en famille. Mais ce n’est pas ces histoires là que je vais vous conter : plutôt celle de ce fameux clocher ! De plus, il abrite une des plus grosses cloches de la Province du Chablais. Depuis les années 1960, la population de la commune a été multiplié par six ! La faute à sa position, sans doute : traversé par un des axes majeurs du département, non loin de Genève, de son lac, et des stations de skis du Gavot. 

L’église de Douvaine est surprenante sur bien des points. Tout d’abord, parlons de son vocable : c’est une des seules églises de la région qui se voue à saint Loup, évêque de Troyes au Ve siècle et compagnon de saint Germain d’Auxerre. En entrant dans l’église par le clocher porche, on peut-être surpris par l’épaisseur des murs. Le clocher, quant à lui, est quasi millénaire ! Nous y reviendrons. La paroisse est en effet très ancienne : elle est citée en 1153 par Eugène III. Elle est tenue par l’abbaye Saint-Jean de Genève (elle même sous la juridiction de l’abbaye lyonnaise d’Ainay) et au XIIIe siècle un prieuré y est fondé. Un de ses prieurs sera mondialement connu : il s’agit du pape Jules II, à l’origine de la basilique vaticane actuelle. Vu l’époque (XV-XVIe siècle) il était prieur commanditaire uniquement. Avec la Réforme en 1536, l’église devient temple protestant. Le Prieuré, essoufflé par ces troubles, ne se relèvera pas : une paroisse sera rétablie à sa place à la fin du siècle et l’église sera restaurée. Après quelques siècles, l’église est pillée à la Révolution : elle deviendra le lieu où les Révolutionnaires convoquent leurs assemblées. Le Concordat signé, elle retrouve sa destination initiale après une restauration nécessaire suite au pillage révolutionnaire. Agrandie une première fois en 1823, l’église sera reconstruite en 1876, du moins sa nef, représentant une surface de 400 mètres carrés : une des plus grandes églises des environs ! 

Revenons au clocher, que nous allons gravir. Il abrite aujourd’hui deux cloches, entourées de murs épais. Ses meurtrières entre ciel et terres peuvent surprendre. En effet, le clocher aurait été jadis une tour défensive avant de prendre sa vocation actuelle. Sa porte d’accès, en tribune, demeure très « médiévale » : il faut bien se baisser pour la franchir ! Des escaliers nous emmènent ensuite au sommet. Au dernier étage, avec les cloches, la cabane de l’horloge est vide. Le mouvement a été installé en 1840 et remplacé à électrification par un système moderne. Le beffroi, qui semble âgé, soutient avec vigueur les deux cloches. Ce nombre ne semble avoir guère évolué durant l’histoire de cette charpente, marquée des chiffres romains pour faciliter son assemblage. A la Révolution, la petite cloche est descendue pour être cassée. Elle sera finalement laissée intacte. La grande cloche, elle n’a pas bougé pour sonner les rassemblements civils. En 1811, une nouvelle petite cloche est bénie. On ne sait pas ce qu’il est advenu des anciennes cloches. En 1844, la petite cloche est refondue et augmentée à environ 800 kilos. Il en sera de même en 1869 pour la grosse cloche : fêlée, elle sera portée à 1800 kilos, devenant ainsi une des plus grosses cloches du Chablais français. Révisée au début du XXe siècle, son installation a également été revue il y a quelques années. Il en fut de même pour la petite cloche.

Fondeur(s)

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Frères Paccard

1869

146

1800 Do#3

2

Bulliod Frères

1844

114

800

Mi3

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J’adresse mes remerciements à M. Jean-François Baud, maire de Douvaine et à la commission « Culture et Patrimoine » sous la présidence de Mme Claire Chuinard, adjointe, pour les autorisations. Je remercie également Mme Anne-Marie Berthollet et M. René Carminati, membres de la commission patrimoine de la commune, pour leur disponibilité.

Sources & Liens :
Douvaine
Mairie de Douvaine
Eglise de Douvaine
« Patrimoine Remarquable de la Commune de Douvaine », Pays du Léman, 2006
Fonds privés
Clichés personnels

Marsal – Collégiale Saint-Léger

Pour cette nouvelle découverte, je vous emmène loin de mes vallées. Au cours du périple qui nous a emmené jusqu’à la cathédrale de Verdun, avec mes collègues, il nous a été proposé un arrêt dans un édifice religieux dont la sonnerie vient d’être étoffée. Une histoire récente, il est vrai. Mais il faut voir cela comme une prolongation d’une histoire déjà millénaire.

Marsal est aujourd’hui un bourg de 266 habitants, situé au cœur du Saulnois, entre Strasbourg et Metz. Le bourg, installé entre les bras de la Seille, possède un lot de monuments civils et religieux témoignant l’importance de ce lieu.
On sait que le lieu intéressait déjà les romains, car Marsal se trouve sur la voie romaine, entre Strasbourg et Metz. Au XIIe siècle, l’évêché de Metz et le duché de Lorraine se disputaient le contrôle de Marsal, lieu intéressant car exploité pour ses mines de sel souterraines. Un siècle plus tard, l’église paroissiale est élevée au rang de collégiale. Dès lors, un chapitre de chanoines s’installe et veille sur la paroisse et celles aux alentours. D’ailleurs, sous l’Ancien Régime, Marsal était le siège d’un des archidiaconés du diocèse.
Longtemps, les lieux ont été ballottés entre les évêques de Metz et les ducs Lorrains. par maintes tentatives de ces derniers, tantôt fructueuses ou tantôt ratées. Une fois l’évêché de Metz rattaché à la France, les mêmes combats auront lieu. Cette fois-ci elles opposeront les Rois de France aux ducs de Lorraines. Ce changement de protagonistes n’empêchera pas la poursuite du même scénario : un ballottage permanent. C’est finalement Louis XIV qui aura le dernier mot de cette querelle. Lorsqu’il réussit à prendre Marsal en 1663, il confiera à Vauban la construction de fortifications pour protéger la cité saline. Et c’est ainsi qu’est née la porte de France. Dès lors, Marsal devient Français, jusqu’en 1871, ou la Moselle deviendra allemande suite à la défaite Française, contre la Prusse, avant un glorieux retour français un certain 11 novembre 1918. Outre l’Occupation, aucun nouveau changement n’est à relater.

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La collégiale Saint-Léger est une référence en Moselle. Son massif occidental, très imposant, vient d’être restauré. C’est sur celui-ci que se dressent les deux tours. L’une d’entre elles abrite les cloches, alors que la seconde, qui est asymétrique à l’autre, est vide et n’est pas conçue pour remplir pleinement la fonction de clocher. Mais nous y reviendrons.
C’est au XIIe siècle que sont posées les premières pierres de cet édifice à l’origine roman. L’inspiration germanique de son architecture se ressent par la profondeur de son chevet et son imposant massif occidental. C’est en 1222 que l’église est élevée au rang de collégiale. Un chapitre de sept chanoines s’y installent et redessinent leur édifice pour qu’il soit à la grandeur de son titre. Sous l’Ancien Régime, ce lieu est le centre d’un des archidiaconés du diocèse. Au XVIIIe siècle, la collégiale est unie à celle de Vic-sur-Seilles. Au lendemain de la Révolution, elle devient église paroissiale, statut inchangé aujourd’hui.
Il convient de citer quelques éléments de l’église : les stalles de 1691. Elles proviennent de l’abbaye de Salival. Notons encore quelques fragments d’un ancien sépulcre, un Christ en croix ou encore un reliquaire à clocheton.

Le clocher abrite aujourd’hui un ensemble campanaire de sept cloches, comme à la Révolution Française. En effet, il y a plus de 200 ans, sept cloches étaient en place : la grosse cloche, fondue en 1508 est la seule qui est restée en place. Et elle y est encore aujourd’hui. En 1816, trois nouvelles cloches sont fondues pour accompagner la vénérable cloche signée Maître Conrad de Vic-sur-Seilles. Mais en 1877, elles sont remplacées par deux nouvelles cloches signées Martin de Nancy. En 1917, ceux deux cloches sont réquisitionnées par les allemands et réinstallées en 1919. Ce miracle se produira une nouvelle fois en 1946 : les deux cloches ont été réquisitionnées en 1944 puis retrouvées intactes. En 2013, pendant la campagne de restauration du massif occidental de la collégiale, trois nouvelles cloches sont fondues. Réalisées en septembre en plein air devant le sanctuaire, la bénédiction aura lieu à l’intérieur de celui-ci par l’évêque émérite du diocèse, Mgr Raffin, le lundi de Pâques 2014. Après cet historique, il convient de ne pas oublier la septième cloche : beaucoup plus petite, elle a été fondue au 19e siècle. Sa présence dans l’ensemble campanaire se justifie par un jumelage entre deux communes homonymes. La seconde se trouve dans le Tarn, région réputée pour la volée tournante. Alors, en guise de clin d’œil, Marsal possède probablement la seule cloche en volée tournante de la moitié nord du pays.

Nom Fondeur(s) Année Poids (kg) Note

1

Saint Léger Maître Conrad 1508 1650

Ré♭3

2

Joséphine-Françoise Martin (Nancy) 1877 1’100 Mi♭3
3 Pauline-Caroline Martin (Nancy) 1877 900

Fa3

4

Saints Anges et Archanges A. Voegelé 2013 500 La♭3
5 Saints Martyrs A. Voegelé 2013 300

Si♭3

6

Saints Pasteurs A. Voegelé 2013 200 do4
7 n.c. xx 18xx 40

do 5

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Mes remerciements pour la visite du clocher à MM. Calcatera Bernard & Julien, respectivement maire et président du conseil de fabrique, pour l’accès au clocher pour l’angélus dominical. Je remercie également Me Pascal Krafft, campanologue à Ferrette (68) pour l’organisation de la visite. Enfin, mention à mes amis Claude-Michael Mevs dit « Quasimodo« , Aurélien Surugues et Allan Picelli dit « Le Sonneur Comtois« .

Sources & liens :

Marsal
« Trois nouveaux son de cloche à Marsal« , 2015
Fonderie André Voegelé
Clichés : personnel & Quasimodo
Fonds privés

Saint-André-de-Boëge – Eglise Saint-André

C’est aujourd’hui dans la Vallée Verte que nous nous retrouvons, pour ce premier clocher gravi en 2019. Il se situe dans un village paisible de 500 habitants, entouré de vastes pâturages dont les reliefs ont été creusés par la Menoge, qui quittera la vallée en aval de la commune. Les quelques cinq cents Santadrions peuvent s’enorgueillir de posséder trois lieux remarquables : une chapelle blottie dans les Voirons, des meulières classées et une église néoclassique.

Cette église dédiée à l’apôtre André est construite dans un style courant pour la région : néoclassique. Ses origines sont plutôt inconnues, mais le clocher laisse penser qu’il est plus ancien que la nef. Une église est en tout cas attestée dès le XIIe siècle. L’église semble avoir été bâtie entre 1855 et 1858, bien que d’autres sources donnent la date de consécration à 1837. Quoi qu’il en soit, c’est un édifice néoclassique sarde qui accueille le visiteur ou le croyant. Au centre de l’église, il est conseillé de posséder une vue large : aussi bien pour contempler le maître autel et les autels latéraux -dédiés aux saints André, François et Joseph, ou à la Vierge- mais aussi la coupole au ciel, qui se base sur les Saintes Écritures. Il a été remis à neuf pendant la restauration de 1987, tout comme le chemin de croix.

Qu’ils soient de Genève, de Carouge ou d’Annecy-le-Vieux, les fondeurs ont su marquer de leur empreinte le clocher de Saint-André. En 1782, Jean-Daniel Dreffet, fondeur natif de Coppet (CH-VD) installe une cloche dans le clocher. Cette cloche a retenu toute mon attention pour la visite : elle possède des caractéristiques baroques intéressantes ! Son profil léger (moins de 500 kilos pour un fa dièse!) mais sa puissance sonore montre le talent d’un fondeur qui ne cessera, jusqu’au siècle suivant, de progresser ! Cette cloche a pu survivre à la Révolution Française… et aux refontes ! On sait qu’en 1811, Jean-Baptiste Pitton de Carouge installe une cloche de 150 kilos au clocher. On en entendra plus jamais parler jusqu’en 1938. A cette date, Joseph Paccard, fondeur, se rend au clocher sur demande de la commune. Il constate que la grande cloche bien que « mauvaise », sonne encore, et que la petite est fêlée, à cause d’un battant mal adapté. Il propose alors une cloche plus grosse, en « do dièse, pour 225 kilos ». Il précise qu’elle sera plus puissante que la grande cloche à elle seule ! En novembre, la cloche est coulée et livrée à Saint-André. Le 8 décembre, elle sonne pour la première fois dans le clocher.

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 xx JD Dreffet 1782 90 380 Fa#3
2 Marie-Anselmette Fils de G. Paccard 1938 71.5 220 do#4

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Mes remerciements pour cette visite à la municipalité sous le mandat de M. Jean-François Bosson, maire. Je remercie également Mme Ruhin, sacristine, et M. Francis Hominal, conseiller municipal, pour l’ouverture du clocher et l’accompagnement durant cette visite.

Sources & Liens :
Mairie de Saint-André
Eglise Saint-André
F. Hominal « La refonte d’une cloche à Saint-André : Marie-Anselmette« , Bulletin municipal 2017
Fonds privés
Inventaire personnel
Clichés personnels

Saint-Mihiel – Abbatiale Saint-Michel

Source : http://tourisme-lorraine.fr

Il n’y a pas que la cathédrale de Verdun, qui a justifié le déplacement de toute une équipe pour fêter les anniversaires de deux des nôtres. Malgré les températures froides d’une époque proche de l’hiver, nous nous sommes intéressés à l’abbatiale de Saint-Mihiel. A mi distance entre Bar-le-Duc, préfecture de la Meuse, et Verdun, siège du diocèse du département, cette commune possède un riche passé ecclésial. En témoigne encore les deux principaux lieux de culte : Saint-Michel et Saint-Etienne. Si le premier monument, dont l’histoire va vous être conté, a été une Abbaye, le second n’a été autre qu’une collégiale ! On note également, notamment à l’époque de la Contre Réforme, quelques installations de congrégations. On note aussi la présence depuis le XIIe siècle d’un Prieuré, hors des murs de Saint-Mihiel. Bien entendu, comme presque partout, la Révolution mis à mal les communautés religieuses qui furent chassés. C’est donc la fin de la collégiale, de l’abbaye et des autres communautés. Heureusement pour les générations actuelles et futures, les édifices subsistent pour les principaux, en tant que simples églises paroissiales.

Source : Wikipédia

L’abbatiale Saint-Mihiel s’inscrit encore dans un grand complexe abbatial. Sa nef est encore accrochés aux bâtiments conventuels, en restauration lors de notre visite.
Fondée en 708 ou 709 par le comte Wulfoalde et sa femme Adalsinde, l’abbaye se trouvait jadis à quelques kilomètres de là. Ce n’est qu’en 820 que l’abbé Smaragde déplace l’abbaye jusqu’à l’emplacement que nous connaissons. Les bâtiments primitifs seront reconstruits entre 1044 à 1050, ainsi qu’un clocher roman. Entre 1050 et 1076, la tour-porche de l’abbatiale est construite dans le style ottonien. L’archevêque de Trèves, accompagné des évêques de Verdun et de Toul consacrera l’abbatiale entre 1068 et 1069, soit pendant les travaux. On note une nouvelle reconstruction de l’Abbaye au milieu du XIIe siècle, probablement les bâtiments conventuels. En 1550, la flèche s’effondre. Il faut alors reconstruire le sommet de la tour porche et de la nef de l’église, dans le style gothique. On notera une particularité déjà évoquée à Verdun : les clochers de part et d’autre du chœur, rappelant le style rhénan. Au XVIIe siècle, des nouveaux travaux se font sur la nef de l’abbatiale. Durant le dernier siècle de vie de l’abbaye, on reconstruit une nouvelle fois les bâtiments conventuels et en particulier la bibliothèque qui faisait la renommée de l’Abbaye. A la Révolution, les moines sont chassés. Les bâtiments sont d’abord réaffectés en palais de justice et en prison. Après 1918, une restauration conséquente à lieu sur l’ensemble conventuel. Aujourd’hui, les ailes de l’abbaye abritent un musée départemental et l’Hôtel de Ville. Une restauration est encore en cours sur les bâtiments et l’abbatiale accueillera d’importants travaux dès la fin 2019, en vue de sa pérennisation. Un autre chantier aura lieu sur ses orgues, très réputées. Son buffet, installé sur un nid d’hirondelle, date du XVIIe siècle. Il a en effet été commandé à Jean Adam en 1679 par l’Abbé de l’époque. Plusieurs fois remaniés, la dernière réception des travaux ont eu lieu en 1792.


De la sonnerie abbatiale, on ne sait presque rien, sinon qu’une nouvelle cloche a été fondue en 1524, et que la seconde cloche a été refondue en 1585, par un certain « N.B. ». Selon J. Berthelé, ce serait un certain « Nicolas Buret ». On ne sait pas ce que les Révolutionnaires ont fait de la sonnerie, et encore moins sa constitution…
En 1835, le fondeur Royer de Saint-Mihiel livre la petite cloche de l’ensemble. En 1874, il est notifié que l’abbatiale possède deux grosses cloches de 2500 et 1600 kilos (do et ré). Les fondeurs Martin & Beurnel (Nancy) complètent la sonnerie avec 4 cloches, mais pas très accordées : deux mi, un sol et un si (entre 1150 et 400 kilos). En 1875, la famille Farnier procède à l’étude complète de la sonnerie. Peut-être la fonderie a été mandatée suite à la livraison des cloches l’année précédentes. On sait juste qu’en 1901, les fondeurs Bollée du Mans livrent la petite cloche : un si bémol de 438 kilos. Mais en 1917, les six cloches présentes ont été descendues par les allemands, avec les cloches de Saint-Etienne et les statues en bronze de la ville. La sonnerie actuelle, épargnée dans les années 1940, a été faite en plusieurs tenants. Dès 1919, les deux petites cloches ont été installées par Georges Farnier (en même temps que deux petites cloches de la collégiale). En 1922, la seconde cloche actuelle a été livrée à son tour. Le bourdon, dont la qualité est vantée par Matthias Walter, a été installé en 1929. Dans le beffroi, une travée demeure libre : peut-être une cinquième cloche était attendue. C’est en tout cas ce que laisse penser la sonnerie : si bémol, ré, mi bémol et fa. Une seconde cloche en do permettrait d’avoir les cinq premières notes de la gamme, rappelant ainsi l’ancienne sonnerie disparue en 1917.

Date Diamètre (cm) Masse (kg)

Note

1

1929 172 3’282 Si♭2
2 1922 136,7 1’562 Ré3

3

1919 129 1’370 Mi♭3

4

1919 115 964

Fa3

Georges FARNIER fondeur à ROBECOURT (Vosges)

Mes remerciements pour cette visite du clocher au père Patrick Denis et à son sacristain, M. Genter.
Je remercie également mes amis Claude-Michael Mevs, dit « Quasimodo« , Dominique Fatton « valdom68« , Allan Picelli « Le Sonneur Comtois » et Aurélien Surugues, présents avec moi, pour l’aide apportée.
Enfin, mention à deux pointures et amis : Me Pascal Krafft, pour les données historiques, et le Dr Matthias Walter qui m’a aiguillé sur la route de Saint-Mihiel et de son beau bourdon.

Sources & liens :
Saint-Mihiel
Abbaye Saint-Michel
Musée Farnier de Robécourt
Fondation du Patrimoine – Souscription pour la restauration des orgues
Clichés extérieurs : Internet
Clichés intérieur et cloches : personnels
Fonds privés
Me Pascal Krafft (archives campanaires)
Dr Matthias Walter

Allinges – Chapelle Saint-Maurice (Mésinges)

Il est peut-être temps de vérifier l’adage « jamais deux sans trois ». Après vous avoir proposé l’église et la chapelle du Château, je vous propose de traverser la commune pour se rendre au hameau de Mésinges. Comme Allinges, sa terminaison serait d’origine burgonde. L’étymologie indique que c’était un lieu marécageux « où pousse la mousse ». Le village est mentionné dès le XIIIe siècle avec une population d’environ 100 personnes. En 1411 le même nombre de feux est cité : 16. Un siècle plus tard, la population sera doublée. En 1416, l’église Saint-Maurice de Mésinges est déclarée « filleule d’Allinges ». L’église sera totalement unie à celle d’Allinges par l’évêque de Genève, Mgr Claude de Granier et par le Prévôt de Montjoux (Grand-Saint-Bernard) et son Chapitre. Cette décision sera contestée jusqu’à la Révolution par cette commune, qui fut indépendante jusqu’en 1860. Distante de deux kilomètres du chef-lieu de cette commune actuelle, Mésinges possédait son école, encore debout, et la chapelle a longtemps été entourée du cimetière, délocalisé dans les années 1880 grâce à la donation d’un nouveau terrain, route de la Madeleine. L’entrée ouest du hameau, enjambant la voie ferrée reliant Evian à Annemasse n’est plus aujourd’hui. En effet, il est malheureusement à rappeler que dans ce hameau ou règne habituellement la quiétude, sept enfants perdirent la vie le 2 juin 2008, alors que leur car qui allait les emmener en sortie scolaire, bloqué au passage à niveau, fut happé par un TER qui n’a pu freiner à temps et l’éviter.

Nous avons hélas très peu de renseignements historiques sur cette chapelle. Pour être honnête, il a été même très compliqué de trouver son vocable ! Les ornements intérieurs, d’avant le Concile Vatican II, laissaient penser que le patron de la paroisse était la Vierge Marie, comme pour l' »église mère » de la commune, ou alors saint François de Sales. S’ajoute à cela une tradition disparue qui se tenait le 2 janvier, pour fêter saint Clair du Dauphiné, abbé de Saint-Marcel. A cette occasion était célébrée une messe à la chapelle avec ostension des reliques du saint. Pendant cette période se tenait aussi la vogue en ces lieux et il était coutume de s’y souhaiter la bonne année. Pourtant, le patron est saint Maurice, martyr d’Agaune en Suisse et patron des Pays de Savoie. La vie religieuse est aujourd’hui quasi nulle à la chapelle de Mésinges. Autrefois encore, quelques messes étaient dites chaque année et elle ouvrait ses portes pour le mois de Marie (mai). Cette chapelle séculaire, probablement édifiée à la fin du Moyen-Âge et dont le porche est signée de la date de 1788, aurait une infinité de secrets à livrer. Si la dernière restauration extérieure a été faite en 1999, la restauration intérieure serait quant à elle de la moitié du XIXe siècle.

Le clocher mur est très spécial. Son architecture est déjà à souligner parce que rare dans notre région. Les deux baies n’abritent en réalité aucune cloche, même si les yeux les plus fins voient dans la maçonnerie des trous rectangulaires, comme si prêts à abriter des suspensions pour deux cloches, une par baie. L’interrogation demeure sur le passé campanaire. Aucun indice peut nous susurrer à l’oreille une date du clocher, et si il a bien connu dans ses fenêtre une ou deux cloches pré-révolutionnaires, ou si il était prévu pour en recevoir. Quoi qu’il en soit, sa seule cloche actuelle est installée à l’arrière de celui-ci. Et elle ne loge pas dans les baies. Un petit toit a même été construit pour l’abriter. Prenant le nom de « Péronne » par sa marraine, cette cloche était autrefois actionnée à la corde matin, midi et soir, et au gré des offices, par un sonneur. Aujourd’hui électrifiée, elle est utilisée uniquement chaque midi, pour rappeler la présence de cette chapelle. Son accès est périlleux. Il faut en effet rejoindre les combles du sanctuaire avant d’emprunter un velux qui nous permet de la rejoindre. Mais le toit, trop raide, n’offre pas de bons appuis : il faut aller se loger dans une des deux baies du clocher.

Nom

Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg)

Note

Péronne Frères Paccard 1856 58,7 ~115

mi 4


Mes remerciements pour cette visite à M. François Deville, maire, pour son aimable accord. Je remercie également chaleureusement M. André Favier-Bosson, maire-adjoint en charge des bâtiments pour cet après-midi à la découverte de toutes les cloches allingeoises, mais aussi pour sa sympathie, sa collaboration et sa bonne humeur ! Je n’oublie pas non plus le gardien de la chapelle pour l’ouverture de celle-ci et pour nous avoir permis de faire sonner la cloche exceptionnellement un samedi soir.
Je remercie également Claude-Michael Mevs, dit « Quasimodo« , pour l’aide apportée à la réalisation des reportages sur les cloches d’Allinges.

Sources & liens :
Mairie d’Allinges
Allinges sur Wikipédia
Journal paroissial…
Photos personnelles
Fonds privés