Bonneville – Eglise Sainte Catherine

Une sous-préfecture de la Haute-Savoie…
Bonneville, c’est l’addition de trois communes qui ont fusionné durant les années 1960 : Bonneville, la Cote-d’Hyot et Pontchy. Avec ses 12’700 habitants, Bonneville est une des trois sous-préfectures de Haute-Savoie. La ville est installée à la confluence de l’Arve et du Borne, qui descend du massif des Aravis. Bonneville est en effet installée au cœur de la Vallée de l’Arve, au centre des principales routes permettant de sillonner le département.
Bonneville possède une riche histoire : Au XIIIème siècle, la famille de Savoie souhaite y déposer ses valises en construisant sur la colline un château. La famille de Faucigny, seigneurs locaux et membres de la famille de Savoie, en fera très vite sa résidence. Notons que Bonneville est à un jet de pierre du Prieuré de Contamine, leur nécropole initiale. Ce château qui est détruit maintes fois (incendies, guerres locales…) deviendra une prison au XVIIIème siècle. Dernièrement, il a fait l’objet d’une grande restauration pour continuer à figurer au centre de la cité.

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Une commune expansive…
Son histoire et sa position donne à Bonneville une place de choix dans le département : de nombreuses instances s’y installeront comme un tribunal. Sa desserte est également facilitée par une voie ferrée et une autoroute. De plus, de nombreux axes nécessitent la traversée ou le contournement de la localité. Ainsi, au XXème siècle, la commune se développe tellement que deux villages se retrouvent partie intégrante de Bonneville. L’une d’entre elles, Pontchy, était initialement qu’un petit village installé de l’autre côté de l’Arve et à plus d’un kilomètre du centre historique de Bonneville. Quant à la Côte-d’Hyot, la paroisse a été ballottée avec Contamine-sur-Arve au cours du XIXème siècle, avec une volonté d’indépendance. Aujourd’hui, ce quartier éloigné ne possède qu’une chapelle en guise de sanctuaire.

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Un bourg… deux églises !
L’église Sainte-Catherine de Bonneville se dresse fièrement derrière le château. Pourtant, cela n’a pas été la seule église de Bonneville, communes annexées exclues. En effet, il existait aussi l’église Saint-Etienne. Malheureusement, je n’ai aucune information à donner en plus de sa dédicace. En effet, l’église a été rendue à la vie civile et existerait toujours. Mais même en prêtant attention aux bâtiments bonnevillois, je n’ai rien réussi à distinguer d’une propriété privée avec des reliques d’un passé religieux. Quoi qu’il en soit l’église Sainte-Catherine est aujourd’hui l’une des plus grandes églises du diocèse. Elle est au cœur du groupement paroissial « l’Epiphanie entre Arve et Borne ». Cette église a été construite entre 1838 et 1844 dans un style néoclassique, en vogue pour l’époque. En effet, l’ancien lieu de culte édifié entre 1262 et 1263 devenait délabré et il était mal accepté d’admettre que Bonneville, un chef-lieu, ait une église moins présentable que celle d’un village. Pourtant, le sanctuaire autrefois décrit comme une simple nef entouré de chapelles a été remanié au XVIIIème siècle pour prendre la forme d’une croix latine. Le projet de nouvel édifice prévoit alors une grande église à trois nefs. Son clocher était initialement prévu au dessus de la façade, au centre. Mais un an après le début de la construction de l’église, il a été décidé de déconstruire ses fondations, sur avis de l’architecte Ruphy. En effet, le projet rendait difficile l’accès à la nef au niveau du porche. Il a donc été proposé de l’élever derrière le chœur puis au prolongement des sacristies, pour éviter d’obstruer une des fenêtres du chœur. Mais finalement, les coûts s’avèrent trop onéreux et aucun clocher ne sera construit pour la nouvelle église. Pourtant, elle sera bel et bien consacré l’année 1845, soit un an après son ouverture et la mise au banc de l’ancienne église.

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Du provisoire… qui dure !
En 1862, la vielle église est toujours debout, car le clocher continu d’être utilisé. Pourtant, la nouvelle gendarmerie doit être construite à cet emplacement. Un projet de clocher définitif est à nouveau lancé… mais, bien que financé, le projet sera refusé : le clocher n’est pas dans le style de l’église. On peut volontiers imaginer une tour néogothique, style en vogue après l’annexion de la Savoie à la France. Alors on décide de faire un beffroi provisoire proche des deux églises (l’ancienne et la nouvelle étant voisines). Et ce provisoire à duré… 70 ans ! On peut même aller bien plus loin : le clocher est encore débout ! C’est une tour de quelques mètres de haut : 4 murs de pierres, prolongés par un beffroi entouré d’abats son en bois, avec un modeste toit. Il se trouve juste à gauche de l’église, côté château.
Un siècle plus tard, l’abbé Cadoux, curé de Bonneville et chanoine du chapitre annécien, relance le débat d’une nouvelle tour. Il organise une souscription et le 28 janvier 1932, le conseil municipal accepte les travaux, aussi bien l’emplacement que les plans et confie le suivi du chantier au curé. Pour élever la tour sur le côté gauche de la façade, il faut ajouter deux pilastres sur la façade et sur le côté. Le choix du matériau colle a l’époque : le clocher est en béton. Certains disent que dans les rêves les plus fous de l’époque, une seconde tour aurait été prévue sur le côté droit. Mais cette hypothèse est sûrement le fruit de l’imaginaire, les protagonistes ne pouvant plus s’exprimer. Il est vrai que notre conscient est habitué à la symétrie : alors oui, il est naturel de penser qu’une seconde tour harmoniserait l’ensemble !

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Une sonnerie incomplète…
En arrivent au premier étage du clocher, à la hauteur de la charpente de l’église, un premier détail frappe : une cloche est posée là, entourée d’un système sophistiqué gérant les antennes relais installées plus haut. Elle semble presque faire tâche, alors qu’elle est tout à fait à sa place ! A l’étage supérieur, lorsque l’on pousse la dernière trappe, un second détail marque : le beffroi est conçu de manière atypique : les quatre cloches se partagent une travée sur deux étages, côté parvis. Au centre de la tour, une grande travée… vide ! Elle donne sur un oculus dimensionné pour laisser passer une grosse cloche. Tout laisse donc à penser qu’une grosse cloche était prévue : la travée mesure environ 180cm. La ligne nominale des quatre cloches présente donne encore plus d’indications : le thème choisi est appelé « Parsifal » (mi, sol, la et do aigu). Lorsque les quatre cloches sonnent, on s’attend en effet à une plus grosse cloche en do, qui mesurerait 150cm de diamètre. Tout concorde ! A défaut d’un second clocher, il était très certainement prévu une grosse cloche !
D’ailleurs, 3 des 4 cloches sont légèrement postérieures à la nouvelle tour : la plus petite cloche a été réalisée en 1934 et les cloches 1 et 3 portent la date de 1937. Mais toute mon attention se porte sur la cloche 2 de l’ensemble : elle porte la date de 1702 et la griffe de « Pierre-Louis Huard ». Ce fondeur, natif d’Epinal, a migré en Savoie. D’autres membres de sa famille se sont exprimés dans la Drôme ou sur Grenoble. C’est la première cloche que je découvre de ce fondeur. Nul doutes qu’elle a été dans le clocher provisoire. Mais ce n’est pas la cloche la plus ancienne du clocher ! En effet, la cloche déposée un étage en dessous date de… 1695 ! De dimensions fort modestes, elle porte entre autres comme inscription (en latin) : « Saint Etienne priez pour nous ». Il y a fort à parier que c’est une relique de l’autre église paroissiale de Bonneville, dédiée à saint Etienne.

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Marie Louise Augusta Les fils de G. Paccard 1937 120,3 1’050

Mi 3

2

Maria Gaspara Angelica Pierre Louis Huard 1702 99,8 620 Sol 3
3 Jeanne de Chantal Les fils de G. Paccard 1937 89,3 450

La 3

4

Marie Catherine Anthelmette Les fils de G. Paccard 1934 74,5 275 Do 4
5 St Etienne inconnu 1695 ~53 xx

xx

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Mes remerciements à la municipalité de Bonneville, sous le mandat de M. Stéphane Vailli, maire, pour son autorisation. Je remercie M. Yves Guiraud, en charge de l’entretien des bâtiments, pour sa confiance et son accompagnement. Je remercie également le père Charles Bouvard, curé-modérateur de la paroisse de l’Epiphanie entre Arve et Borne, pour l’autorisation de sonner les cloches.

Sources & Liens : 
Bonneville
Mairie de Bonneville
Paroisse de l’Epiphanie entre Arve et Borne
« Bonneville : l’étonnante histoire du clocher de l’église« , Géraldine Périllat, Le Petit Colporteur n°18, p.17
Clichés personnels
Fonds privés
Relevé personnel

Bonneville – Eglise Saint-Martin (Pontchy)

Une sous-préfecture de la Haute-Savoie…
Bonneville, c’est l’addition de trois communes qui ont fusionné durant les années 1960 : Bonneville, la Cote-d’Hyot et Pontchy. Avec ses 12’700 habitants, Bonneville est une des trois sous-préfectures de Haute-Savoie. La ville est installée à la confluence de l’Arve et du Borne, qui descend du massif des Aravis. Bonneville est en effet installée au cœur de la Vallée de l’Arve, au centre des principales routes permettant de sillonner le département.
Bonneville possède une riche histoire : Au XIIIème siècle, la famille de Savoie souhaite y déposer ses valises en construisant sur la colline un château. La famille de Faucigny, seigneurs locaux et membres de la famille de Savoie, en fera très vite sa résidence. Notons que Bonneville est à un jet de pierre du Prieuré de Contamine, leur nécropole initiale. Ce château qui est détruit maintes fois (incendies, guerres locales…) deviendra une prison au XVIIIème siècle. Dernièrement, il a fait l’objet d’une grande restauration pour continuer à figurer au centre de la cité. 

La commune de Bonneville, en direction de l’amont

Une commune expansive…
Son histoire et sa position donne à Bonneville une place de choix dans le département : de nombreuses instances s’y installeront comme un tribunal. Sa desserte est également facilitée par une voie ferrée et une autoroute. De plus, de nombreux axes nécessitent la traversée ou le contournement de la localité. Ainsi, au XXème siècle, la commune se développe tellement que deux villages se retrouvent partie intégrante de Bonneville. L’une d’entre elles, Pontchy, était initialement qu’un petit village installé de l’autre côté de l’Arve et à plus d’un kilomètre du centre historique de Bonneville. Organisé autour de son église dédiée à saint Martin de Tours, on peut encore trouver son école et son cimetière, toujours utilisés, preuve supplémentaires de son passé autonome.

Pontchy, avec Bonneville et le Môle

Une église ancienne…
Le patronage de saint Martin, évêque de Tours au IVème siècle, démontre une certaine ancienneté de cette paroisse. L’église actuelle possède un chœur gothique remontant au XVème siècle. Sa nef triple, quant à elle, a été fortement remaniée au XIXème siècle. A l’extérieur l’édifice donne l’allure d’une église halle, avec en façade deux statues : saint Martin et saint Blaise, ce dernier étant lui aussi patron de la paroisse. Elles ont été installées en 2004. Elles sont à l’ombre d’un clocher en bois, partie intégrante de la couverture de cette église. A l’intérieur, une restauration récente a dépouillé l’église de sa peinture au profit des jeux des pierres des murs et leur empilement esthétique.

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Deux cloches bicentenaires…
Au cours de mes périples, je vous ai souvent relaté des affaires de famille : c’est en effet le cas avec la dynastie Paccard (bientôt huit générations) mais aussi pour des fondeurs qui se passaient le savoir de père en fils, ou d’oncle à neveu… Nous avons ici deux cloches estampillées « François Dreffet fils, maître fondeur et pompier à Genève, 1813 ». Jean-François (ou François) Dreffet est en effet le fils de Jean-Daniel Dreffet, fondeur établi à Genève entre les années 1780 et 1826, année de sa mort. Excepté quelques cloches signées « Dreffet Frères », nous savions que Barthélémy, frère de Jean-François, a réalisé de nombreuses cloches en compagnie de son père Jean-Daniel. C’est donc ici un cas plutôt rare. Jean-François Dreffet s’est illustré dans les pompes à incendie, jugées de grande qualité. Mais il n’en reste hélas plus beaucoup aujourd’hui. Une seule est signalée à Avenches (CH-VD), réalisée en 1808.
Les deux cloches sont dédiées à saint Martin et à saint Blaise, patrons de la paroisse. Elles citent comme parrains et marraines des personnes issues des familles nobles : familles de la Fléchère, de Buttet et de Saint-Amour. Ils demeurent tous à Bonneville. Curiosité de l’époque, la cloche cite le nom du maire, M. Trébilliod et du recteur… un certain Rd Paccard ! Il faut en effet noter que ce patronyme est plutôt courant dans la région, surtout sur le pourtour du lac d’Annecy et au pied du Mont-Blanc.
Les deux cloches ont été électrifiées en 1950. La grande cloche a récemment été tournée d’un quart de tour en raison de son usure. Ses anciens équipements demeurent au pied de la petite cloche : son joug d’origine et son battant, témoins d’une autre époque..

Nom

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

saint Martin

89,3

450

La 3

2

saint Blaise

64,8

170

Ré 4

Faite par François Dreffet fils maître fondeur et pompier à Genève 1813

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Mes remerciements à la municipalité de Bonneville, sous le mandat de M. Stéphane Vailli, maire, pour son autorisation. Je remercie M. Yves Guiraud, en charge de l’entretien des bâtiments, pour sa confiance et son accompagnement. Je remercie également le père Charles Bouvard, curé-modérateur de la paroisse de l’Epiphanie entre Arve et Borne, pour l’autorisation de sonner les cloches.

Sources & Liens : 
Bonneville
Mairie de Bonneville
Paroisse de l’Epiphanie entre Arve et Borne
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Relevé personnel

Bourg-Saint-Pierre – Hospice du Grand-Saint-Bernard

Un haut lieu à la frontière helvético-italienne…
Que ce soit spirituel ou géographique, le terme de « haut lieu » est de loin pas usurpé ! C’est précisément à 2’473 mètres d’altitude que se trouve la sonnerie que nous allons vous faire découvrir ! Mais c’est aussi et surtout un lieu chargé d’histoire qui vous attend. Il se situe à la frontière entre l’Italie et la Suisse, plus précisément dans le canton du Valais. Sur ce col naît la Dranse d’Entremont, rivière qui rejoindra le Rhône en passant par la retenue d’eau des Toules. Elle a creusé une vallée qui représente presque 2000 mètres de dénivelé !

Un passage historique et dangereux à la fois…
On relate que le nom de « Mont-Joux » remonterait à l’époque romaine. Un temple dédiée à Jupiter y était installé et une voie romaine empruntait déjà le col. Plus tard, au pied de celui-ci, un premier monastère a été établi et s’appelait « Saint Pierre de Montjoux ». Cité pour la première fois au IXème siècle, on ignore hélas sa fondation. Le siècle suivant, le monastère est occupé et détruit par les Sarrasins. Le lieu était réputé : de nombreux pèlerins, des personnalités et des reliques le franchissaient. Mais cette réputation l’a rendu dangereux et de nombreux voyageurs en revenaient dépouillés et terrorisés.
C’est en 1050 qu’un certain Bernard de Menthon entre dans l’histoire du lieu. La tradition le fait naître à Menthon, au bord du lac d’Annecy, vers 1020. Celui qui est alors archidiacre d’Aoste obtient la permission de son évêque de rendre le col plus sûr. On dit qu’il est lui-même monté pour détruire les anciennes construction païennes et chasser le diable ! Il y fonde donc un hospice qui vient remplacer l’ancien monastère et lui confie ses anciennes possessions. Il place celui-ci sous la protection de saint Nicolas de Myre. La date précise de cette fondation est incertaine, mais c’est en 1125 que l’Hospice et son église sont mentionnés pour la première fois. Aujourd’hui, une communauté de chanoines est encore présente dans cet immense hospice. Elle a la charge de prier mais aussi d’accueillir les pèlerins de passage, le temps d’une nuit. Ils sont aujourd’hui une trentaine et placés sous la juridiction d’un Prévôt, élu par ses pairs. Ce dernier à le rang de prélat mais demeure sous la juridiction de l’évêque de Sion. D’ailleurs, le col est intégralement en Suisse : la frontière ne tranverse pas le col en son centre. La raison est historique : dès sa fondation, l’hospice a été placé sous la juridiction des évêques valaisans.

Un clocher disparu…
Au regard des bâtiments, on peut se poser une question légitime : où se trouve le clocher ? Une question que je me suis moi-même posé. Mais avant, il y en a eu d’autres : ont-ils (eu) des cloches ?
Avant de répondre à ces questions (vous devez déjà la deviner), il convient de parler des bâtiments. Initialement, seules quelques petites bicoques faisaient office d’hospice, à une période ou seul notre corps permettait de chauffer une pièce. Par la suite, nous ne pouvons pas donner avec aisance une évolution précise des lieux, compte tenu de l’importance des bâtiments actuels. Nous savons qu’au XIIIème siècle, un premier sanctuaire est bâti et au XVème siècle, on y superpose une église plus grande. Elle prend la forme actuelle lors d’une grande restauration, en 1686. D’ailleurs, en 1823, le bâtiment entier est surélevé d’un étage par l’architecte lausannois Perregaux, preuve d’un besoin d’accueillir plus de lits. Il faut dire que 23 ans plutôt, Napoléon Bonaparte fait une halte avec, dit-on,  40’000 hommes et 5’000 chevaux. Il a d’ailleurs été impressionné par l’accueil de la Communauté. La qualité de cet accueil est d’ailleurs garanti pour tout à chacun. En 1893, la construction de la route en bitume accroît d’avantage l’affluence des pèlerins et des visiteurs. Les chanoines font alors construire un second bâtiment, juste de l’autre côté de la route. En 1925, cette extension deviendra un hôtel. En effet, la communauté ne peut pas accueillir et loger gratuitement tout le monde et les pèlerins « motorisés » doivent désormais résider à l’hôtel. En 1964, un tunnel est creusé sous l’Hospice afin de pouvoir franchir le col en période hivernale. Les chanoines ont donc remis en question leur présence au col. Mais les pèlerins restent nombreux à venir les visiter. Les curieux osent également profiter de randonnées autour de ce lieu, d’un musée sur l’Hospice mais aussi sur la célèbre race de chiens « Saint-Bernard », née par la volonté des chanoines. L’Hospice historique offre également un patrimoine remarquable avec son église conventuelle à cette altitude ! Durant les années 1980, une restauration de l’Hospice a eu lieu et toutes les couvertures ont été reprises. A ce moment là ce qu’il restait du clocher a été diminué pour figurer sous les toits de l’Hospice.

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Un total de six cloches à la corde…
Ce sont donc au total six cloches qui sont dissimulées à 2500 mètres d’altitude : elles viennent de plusieurs horizons. En 1726, deux chanoines visitent le beffroi et font mention de quatre cloches mal conditionnées. La plus grande pesant 16 quintaux portait la date de 1482. La seconde, datée de 1571, était fêlée depuis 40 ans. La troisième cloche était encore en état mais trop usée à ses points de frappe. Sa date était inconnue. Enfin, la plus petite, fondue en 1569 par François Sermond (Franz Sermund), était « belle et bonne ». Il a alors été décidé de tout refaire à neuf ! L’année suivante, les fondeurs lorrains Nicolas Boulanger et Jean-Baptiste Durand sont à Liddes pour fondre 4 cloches. Les chanoines profitent de leur présence pour passer un contrat avec eux. Au début du mois de septembre 1728, les deux fondeurs, accompagné du neveu de Jean-Baptiste Durand, Alexis, sont à l’Hospice. Après avoir cassé, fin août, les anciennes cloches et créé les moules des nouvelles, l’opération spectaculaire à lieu… à 2500 mètres d’altitude ! Pour être exact, une cinquième cloche a été coulée simultanément pour l’église de Saint-Rhémy, côté italien. Les fondeurs lorrains ont ainsi fait honneur à leur région d’excellence en réussissant à fondre à une telle hauteur un ensemble campanaire complet. Pourtant l’enjeu était de taille : la coulée eut lieu tôt le matin, alors que l’humidité et les basses températures jouaient en défaveur de la qualité. Les membres de la communauté avaient accentué les prières les jours précédents et avaient béni en grande pompe le métal. Quelques jours après l’événement, les cloches sont déterrées avant de rejoindre leur nid, fin octobre 1728. Elles ont été rejointes par une cinquième cloche, fondue à Liddes durant le mois de septembre, avec le bronze en surplus. L’année suivante, l’évêque de Sion, Mgr Supersaxod, bénit avec faste le nouvel ensemble campanaire. Il était accompagné de la communauté et de nombreux prélats. En 1734, Jean-Baptiste et Alexis Durand reviennent en terres valaisannes et réalisent une cloche supplémentaire pour l’Hospice. Les récents travaux de la charpente des Hospices l’ont (provisoirement, on l’espère) réduite au silence et elle se trouve déposée dans les combles. Ces fondeurs ont en effet sillonnés les vallées Alpines pour y fondre de nombreuses cloches. En effet, nous étions à une époque ou les fondeurs étaient « itinérants » et se déplaçaient de clocher en clocher. Aujourd’hui, il ne reste que trois des six cloches fondues au XVIIIe siècle : 2 de 1728 et une de 1734. En 1924, la seconde cloche est remplacée par une cloche italienne fondue par Achille Mazolla de Valduggia (Piémont) en Italie. L’horizon campanaire s’étendra encore en 1955 avec une cloche fondue aux ateliers Paccard d’Annecy (France), à quelques kilomètres du village natal de saint Bernard. Après un clin d’œil géographique nous avons a présent un clin d’œil historique. Mais l’hospice étant sur le territoire Suisse, nous constaterons volontiers l’absence d’un airain helvète : c’est sans compter sur la cloche conventuelle ! Elle a été fondue en 1897 par Charles Arnoux, établi dans le canton de Fribourg. Bien que de dimensions modestes c’est elle que les chanoines actionnent plusieurs fois par jour : offices, repas, et messes dans la crypte. Les grandes cloches sont également actionnées à la corde mais plus rarement : lors des fêtes, lorsque les offices et messes sont célébrées dans la grande église conventuelle.

Nom Fondeurs(s) Année Masse (kg)

Note

1

Notre-Dame de l’Assomption N Boulanger, JB & A Durand 1728 ~800 Fa♯ 3
2 Saint Bernard A Mazolla 1924 ~500

Sol♯ 3

3

Saint Augustin Paccard 1955 ~350 La♯ 3
4 Saint Nicolas N Boulanger, JB & A Durand 1728 ~300

Si 3

5

xx JB & A Durand 1734 xx xx
6 C Arnoux 1897 ~50

Do 5

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Mes remerciements pour cet accès au clocher de l’Hospice à toute la Communauté : Mgr Jean-Michel Girard, prévôt ; le Révérend chanoine Jean-Michel Lonfat, prieur ; le chanoine Raphaël Duchoud, membre de la communauté en charge de l’accueil ; le chanoine Jean-Pierre Voutaz, historien et archiviste de la Communauté. Remerciés soient également mes amis Claude-Michaël Mevs dit « Quasimodo » et Robin Chauvet pour l’accompagnement dans cette visite exceptionnelle et vaillants sonneurs pour cette volée spéciale accordée par la Communauté, la veille de l’Assomption.

Sources & Liens :
Le Col du Grand-Saint-Bernard
L’Hospice du Grand-Saint-Bernard
Communauté des Chanoines Réguliers du Grand-Saint-Bernard
Commune de Bourg-Saint-Pierre
« Hospice du Grand-Saint-Bernard, septembre 1728. Une exceptionnelle fonte de cloches en altitude par trois fondeurs ambulants lorrains » par F. Hoffman & P. Bérard, 2015
Clichés personnels
Clichés de Robin Chauvet
Relevé personnel
Fonds privés

Seytroux – Eglise Saint-Bernard-de-Menthon

Un vallon… dans la Vallée !
La Dranse est une rivière qui possède de multiples sources dans la province du Chablais. Les locaux auront d’ailleurs du mal à lui donner une source officielle : à Bellevaux ? à Châtel ? à Morzine ? Ou encore à Montriond ? Quatre villages, qui ne sont pas forcément limitrophes. Quoi qu’il en soit, les « Dranses » ont creusé de multiples vallées qui méritent le détour. Au fil de l’eau, un patrimoine culturel a été bâti au gré des siècles, et ce malgré le caractère très fort de la rivière et de ses multiples affluents.  Cette « pieuvre » se concentre en amont des plaines avant d’alimenter le lac Léman à Thonon-les-Bains. Il y a pourtant un village que je n’ai pas nommé : Seytroux. Celui-ci ne se situe pas sur le parcours d’une des Dranse, mais son vallon a été creusé par une rivière qui alimente la Dranse de Morzine : le Torrent de Seytroux. Ce dernier a creusé un vallon perpendiculaire, presque orienté vers le nord. Mais ses pentes douces côté amont donne un ensoleillement de qualité et le torrent, de dimensions modestes, reste moins dangereux que les cours d’eaux qu’il va rejoindre en aval. C’est sans doutes pour cela que jadis des personnes se sont installées là.

Un village tout jeune !
Il n’est pas rare que lorsque je vous énumère l’histoire d’un lieu, j’évoque une « possession » d’une abbaye ou d’un monastère. Ici encore, nous ne dérogerons pas à la règle, sauf que Seytroux n’est devenue paroisse qu’en 1801. Cependant, le nom de « Seitrou » est mentionné en 1233 lors d’une donation faite à l’Abbaye de Saint-Jean-d’Aulps, située sur l’autre versant de la « grande vallée » creusée par la Dranse de Morzine. Nous ne saurons dire si une chapelle existait déjà à Seytroux. Au Concordat, la paroisse obtient la permission d’élever une paroisse. Seytroux ne dépend alors ni de l’Abbaye d’Aulps, non relevée, ni de l’église du Biot. Le 11 novembre 1837, la commune de Seytroux est enfin née et ne relève plus de l’administration du Biot.

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Une église à construire…
Il n’est nullement fait mention d’une chapelle à Seytroux avant la construction de l’église actuelle. Cependant une chapelle existe encore aujourd’hui au hameau de Saint-Martin. Sa position excentrée par rapport au village ne nous renseigne pas plus sur le passé. Quoi qu’il en soit, un premier curé est nommé en 1806 : l’abbé Louis Rhuin. En 1834, comme en témoigne la date sur le clocher, l’église est terminée. Elle est dédiée à saint Bernard de Menthon, saint local du XIème siècle, connu pour avoir fondé des hospices des cols du Petit et du Grand-Saint-Bernard. En 1886, le transept de l’église est ajouté. A l’intérieur, on remarque cette grande voûte tout en bois : celle-ci a remplacée la voûte primitive lors d’une restauration en 1950. Elle met très bien en valeur les retables qui, dit-on, proviennent de l’Abbaye d’Aulps, dont il ne reste que quelques ruines. Plus récemment, l’église a bénéficié d’une restauration : le toit et les peintures intérieures et l’électricité générale. En effet, un violent orage de grêle eut raison de la couverture a l’été 2013.

Une sonnerie inattendue !
Quelle ne fut pas ma surprise lors de ma première visite, de découvrir des fondeurs presque atypiques pour la région : Jean-Alexandre Perret ou Samuel Tréboux ! Ce sont en effet les noms figurant sur trois des quatre cloches de cette église. L’autre cloche, fondue en 1811, arbore la signature du fondeur carougeois Jean-Baptiste Pitton, familier dans notre région. Ces inscriptions font étonnamment état de la « commune de Seitroux » … qui n’existait même pas ! Outre son parrain et sa marraine, M. et Mme Jean Tavernier, plusieurs noms sont cités. Peut-être il s’agit des conseillers qui représentaient Seytroux au conseil du Biot ? Ou les conseillers paroissiaux ? On peut en tout cas voir avec cette cloche le désir d’indépendance totale que recherchait Seytroux. Les cloches 2 et 4 arborent la date de 1843 et la signature du veveysan Samuel Tréboux. Comment expliquer la présence rarissime de ce fondeur dans la région ? La réponse se trouve probablement sur la grande cloche. Datée de 1898, elle cite comme parrain « Louis Comte de Vevey ». Aux vues de la construction du beffroi, il y a fort à parier que la cloche soit une refonte d’une cloche plus ancienne. D’ailleurs, sa note se trouve bien trop basse par rapport aux trois petites cloches, plus anciennes. La cloche est en effet dans un profil plus léger que les autres : c’est à dire que sa note est légèrement plus grave proportionnellement à son envergure. La cloche est signée « Jean-Alexandre Perret ». Il s’agit d’ailleurs là de sa plus grosse cloche. En effet, ce dernier n’a jamais été à proprement parler un fondeur de cloches. Il reprit l’activité de Gustave Tréboux, petit neveu de Samuel. Lui aussi a d’ailleurs signé une cloche en territoire savoyard, à Cranves-Sales. Mais revenons à M. Perret : après deux ans d’exercice à Vevey, il transfère ses ateliers à Lausanne. A son décès, son fils ne souhaite pas continuer l’activité campanaire. En effet, son père n’a hélas pas su garantir l’excellente réputation acquise par ses prédécesseurs : des cloches se sont fêlées relativement rapidement et d’autres ont même été refusées par les paroisses car jugées de piètre qualité ! Ainsi se sont refermées les portes de trois siècles d’art campanaire sur les rives vaudoises du Lac Léman.

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

Maria Ludovica Jean-Alexandre Perret 1898 131 1400

Do♯ 3

2

St Maurice Samuel Tréboux 1843 104 650 Fa♯ 3
3 Jean-Baptiste Pitton 1811 88 350

La 3

4 Ste Vierge Samuel Tréboux 1843 63 180

Ré 4

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Mes remerciements à la municipalité de Seytroux, sous le mandat de M. Jean-Claude Morand et de son premier adjoint, M. Eric Dupont, pour les autorisations, l’ouverture de l’église de son clocher. Enfin, je remercie mon ami Claude-Michaël Mevs, dit « Quasimodo« , pour l’aide indispensable !

Sources & Liens :
Mairie de Seytroux
Seytroux
Eglise de Seytroux
« Près de 3 siècles d’industrie campanaire à Vevey« , quasimodosonneurdecloches.ch (consulté le 3 novembre 2019)
Relevés personnels
Photos personnelles

Lullin – Eglise Saint-Jean-Baptiste

Un village aux origines glaciaires…
Quelque soit notre provenance, nous pouvons être comme étonné de la vallée de Lullin : large et plate, et entourée de franches montagnes aux silhouettes rassurantes. Situé au plein cœur du « Géopark Chablais » (soutenu par l’Unesco), le village est à bonne distance de plusieurs cols le reliant au Lac Léman ou à la Vallée Verte. En suivant le torrent de la Follaz, on peut aussi rejoindre la Vallée de la Dranse. Cette position stratégique vaut la construction d’un château durant le Moyen-Age. D’ailleurs, deux siècles durant, une famille portait le nom de « Genève-Lullin » et possèdait le titre de « Seigneurs de Lullin ». Il y a fort à parier qu’ils aient un quelconque lien avec ce château.

Une église néoclassique aux allures comtoises…
L’église actuelle a été construite au début du XIXe siècle, comme la majorité des édifices religieux de la région. Il en résulte d’un transfert doublé d’un agrandissement de l’ancienne église paroissiale, située au cimetière. La paroisse est citée pour la première fois sous le mandat de Guy de Faucigny, évêque de Genève, à la fin du XIe siècle. Elle était sous le patronage de saint Oyen (parfois écrit saint Eugend), quatrième abbé de Condat (Jura). L’église est alors donnée au Prieuré Saint-Victor de Genève puis au Prieuré de Bellevaux, à quelques jets de pierres de là. Au XVe siècle, elle passe sous le patronage de Jean le Baptiste et devient indépendante en raison de son importance. En 1577, une nouvelle église est construite. Son clocher sera rasé à la Révolution et reconstruit en 1806. Peu après, une première souscription émane pour construire un nouveau lieu de culte à la fois plus grand et mieux situé dans le village qui avait alors connu une grande expansion. En 1834, le terrain est acheté, en face de la cure, et les plans sont arrêtés par l’architecte Blanchet. Les paroissiens construisent eux-mêmes une grande partie de l’édifice dès 1837. L’année suivante, le gros oeuvre est terminé ainsi que l’intérieur en 1840. En 1841, quelques modifications sont apportées. Mgr Rendu, évêque d’Annecy, consacrera le lieu de culte en 1848. Quelques modifications ont ensuite été apportées : une flèche au sommet du clocher en 1864 puis un dôme en 1881 et une tribune au fond de l’église en 1890.

Un malheureux accident…
Un certain soir de 15 avril, les habitants de Lullin ont dû avoir un sentiment de « déjà vu » en allumant leur télé. En effet, le tragique incendie de Notre-Dame de Paris a pu rappeler aux plus anciens de la commune un événement semblable sur leur clocher : son embrasement. Le 13 janvier 1963, un incendie se déclare à sa base et gagne progressivement les étages. Les flammes deviennent apparentes et dévorent toute la tour : les cloches, puis le dôme. Ce dernier disparaîtra dans les flammes. A vue de l’église, un championnat de ski alpin s’y déroulait. Très vite, ils sont nombreux à déchausser pour entrer dans l’église et débarrasser ce qui pouvait l’être, de peur que l’incendie ne ravage la nef. Fort heureusement, celle-ci se trouve relativement épargnée. L’année 1963 est alors consacrée à la restauration de l’édifice. Parmi une des plus grandes étapes eut lieu la bénédiction des nouvelles cloches.
Depuis cette grande restauration forcée, une nouvelle campagne à eu lieu entre 2002 et 2003 avec une restauration complète de l’intérieur de l’édifice.

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Un retour en force !
Elles s’appellent « Marie-Baptistine », « Marie-Cécile » ou encore « Marie-Jeanne-Françoise » et sont toutes brillantes. Elles viennent tout droit des fourneaux de la fonderie Paccard d’Annecy-le-Vieux. Elles sont trois, comme dit la chanson, prêtes à sonner au sommet d’une tour nouvellement ornée d’un dôme comtois refait à l’identique ! Il est bon de préciser que ce malheureux accident permit un agrandissement : seules deux cloches étaient présentes lors de l’incendie. Cependant, elles étaient un petit peu plus lourdes que les actuelles (1500 et 700 kilos). Elles ont probablement été fondues au XIXème siècle et électrifiées avant l’incendie.
Comme il est de coutume au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, on attribue plus systématiquement un parrain et une marraine. Ainsi, la petite cloche se voit parrainée par les enfants du cathétérisme (certainement en raison de sa taille) et la moyenne par les choristes (car dédiée à sainte Cécile, patronne des musiciens). Pour la grosse cloche, ce sont les membres de l’Action Catholique qui l’ont parrainé.

Noms Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

Marie Baptistine 123 1250

Mi ♭ 3

2

Marie Cécile 100,5 650 Sol 3
3 Marie Jeanne Françoise 85,5 380

Si ♭ 3

Fonderie Paccard (Annecy-le-Vieux) 1963

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Mes remerciements pour cette visite du clocher à M. et Mme Gilbert Meynet, membres de la paroisse et couple dévoué pour cette belle église ! Je remercie également mon ami Claude-Michaël « Quasimodo » Mevs, pour son aide de toujours et sa présence chaleureuse !

Sources & liens :
Lullin
Eglise de Lullin
Mairie de Lullin
Relevé personnel
Clichés personnels

Montailleur – Chapelle Saint-Michel

Il y a quelques années, je vous ai proposé de découvrir la sonnerie de l’église Saint-Maurice de Montailleur. Une sonnerie de quatre cloches dans un clocher rehaussé au XIXe siècle. Cet édifice religieux est installé sur une colline dominante les rives de l’Isère. Si le chef-lieu l’entoure, il y a un autre monument… ou plutôt groupes de monuments qui le dominent : les ruines du château et sa chapelle. Ces derniers sont blottis contre les Bauges et plus précisément sur les pentes des montagnes du Seigle et de la Roche-Torse.

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Le château, du moins ses quelques ruines, remonterait au XIème siècle. La motte et ses ruines ainsi que la chapelle aurait fait partie intégrante d’un complexe défensif puis résidentiel à un point stratégique de la Combe de Savoie. On pense que primitivement, cette butte a été aménagée pour une tour en bois entourée de palissades. Au siècle suivant, Montailleur est cité dans le « pouillé de Saint-Hugues » comme appartenant au diocèse de Grenoble : le château et la chapelle y sont figurés. Un autre pouillé de 1497 fixe bien la chapelle comme liée au château et sous le patronage de l’archange Michel. La tour dont il ne reste que quelques pierres est une construction typique des XII-XIIIèmes siècles. Nous ne savons hélas pas les commanditaires de l’ouvrage et ses premiers habitants. Nous savons qu’il à d’abord été aux seigneurs de la Chambre puis à la famille ducale de Savoie, en passant par les Poypon de Montailleur. Quoi qu’il en soit, le château aurait déjà été endommagé au début du XIVème siècle. A la Révolution, il est notifié qu’il n’en reste qu’une tour qui ne peut pas être démolie, par manques de moyens. En 1960, une partie de celle-ci s’effondre. Dès lors, la végétation gagne du terrain et la pousse lentement dans les entrailles de l’oubli collectif…

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La chapelle, située en contrebas, est régulièrement citée dans les visites pastorales de l’évêque de Grenoble dès le XIVème siècle. On y apprend qu’elle est régulièrement rénovée et que le rythme des offices était plus ou moins soutenu. De nombreux actes notariés font également état de recteurs généreux envers elle ou alors de donations pour son entretien et des réparations. Selon des archéologues, les murs de la chapelle actuelle seraient repris d’un ancien mur d’enceinte du château. Il est également possible que l’ancien sanctuaire était à un autre emplacement encore inconnu. Parmi les légendes autour du lieu ou encore quelques traditions, il était usage d’amener à la saint Michel (29 septembre) un sac de blé au curé, probablement en référence aux impôts reçus par le château jadis. Avec l’effondrement partiel de la tour, la chapelle devient oubliée, comme un dommage collatéral de ce malheureux incident. Alors, elle commence à se dégrader. Au début des années 2010, la municipalité reprend en main les lieux : nettoyage des abords, création d’un chemin pédestre et reconstruction intégrale de la charpente et de son clocheton. Aujourd’hui, les parachutistes de la région redonnent vie à la tradition de la saint Michel et s’y rendent pour s’y recueillir avant une célébration à l’église paroissiale qui fête son saint patron une semaine auparavant, saint Maurice d’Agaune.

Le modeste clocheton de la chapelle abrite une cloche fondue en 1863 par la fonderie de cloches Beauquis de Quintal. Cette modeste cloche est dédiée à Marie-Immaculée et donne la note mi 5. Cette cloche porte aussi comme autre inscription « J Favre » avec un médaillon, probablement le représentant. Cette cloche a été ajoutée au clocher lors de la restauration des années 2010 et son origine est inconnue. L’ancienne cloche, datée de 1984, a été hélas volée. Elle remplaçait une autre cloche plus ancienne, fêlée par une balle d’un fusil…

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Mes remerciements à mes amis Pierre Dubourgeat, conseiller municipal, pour l’accès au clocher et à Claude-Michael Mevs dit « Quasimodo » pour l’aide !

Sources & liens :
Mairie de Montailleur
Montailleur
Clichés personnels
Photos d’archives et de Pierre Dubourgeat
Dépliant sur la Motte et la chapelle Saint-Michel, Mairie de Montailleur, 2016 (réédition prévue)
Relevé personnel

Grésy-sur-Isère – Eglise Saint-Pierre-ès-Liens

Un village au cœur de la Combe de Savoie…
A mi-distance entre Albertville, porte des stations, et la « Porte de Savoie », Grésy-sur-Isère s’installe sur la rive droite de la rivière Isère. Plusieurs ruisseaux descendent tout droit des pentes de la Pointe des Arces, orientées plein sud, pour alimenter le lac communal creusé par d’anciennes carrières. Grâce à l’embouchure de l’Arc et de l’Isère, légèrement en aval de la commune, les pentes de l’ubac ne sont pas très élevées et le village bénéficie d’un excellent ensoleillement, même en hiver. C’est probablement pour cette raison qu’une occupation en ce lieu est très ancienne. Au néolithique déjà, l’homme bénéficie de ce cadre de vie fort convenable. De nombreuses preuves de vie et des témoignages de l’importance du bourg ont été retrouvées au fil du temps.

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Un village, deux églises… ou presque.
La première église de Grésy existe encore aujourd’hui. Bâtie à l’époque romane, elle remplace sans doutes un ancien édifice carolingien lui même construit sur l’emplacement d’un ancien temple romain. C’est en tout cas ce que les fouilles de la fin du siècle dernier ont montré. A cette même période, l’édifice roman a été comme ressuscité avec la création d’une charpente métallique pour représenter l’allure qu’à connu le lieu de culte. Plusieurs facteurs ont contribué à sa désacralisation en 1841 : la Révolution avait fragilisé l’édifice et la population grandissait à Grésy à tel point que le sanctuaire était bien trop petit et décentré du bourg. En 1830 déjà, le sujet était déjà sur toutes les bouches et le débat était là : reconstruire au même emplacement ou ailleurs ? Il a donc fallu une décennie pour statuer sur la vente de l’ancienne église et la construction d’une nouvelle. Plusieurs architectes savoyards ont été sollicité comme par exemple Ruphy, à l’origine de nombreuses églises du lieu. Mais c’est finalement Chiron qui sera retenu. Ce dernier aura l’audace de proposer une église certes néoclassique, conforme au courant de l’époque, mais avec une décoration intérieure entièrement peinte. Aujourd’hui, une association propose de restaurer cette église si singulière dans la région et fait appel à votre générosité (voir ci-après). En effet, les restaurations du XXe siècle -et plus particulièrement l’installation du chauffage à gaz- ont eu raison de la décoration unique de cet édifice construit entre 1839 et 1843, consacré en 1846 par Mgr Billiet, archevêque de Chambéry et futur cardinal.

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Deux cloches pour deux églises…
De l’ancienne église de Grésy, il reste la grande cloche de l’église actuelle. Elle est dédiée à la bienheureuse Marie et à saint Pierre, patron de la paroisse. Cette cloche a miraculeusement survécu à la Révolution Française et à la mise au banc de l’ancien sanctuaire, lui aussi placé sous la protection de l’apôtre Pierre. La piètre qualité de la date laisse une incertitude entre 1737 et 1757. Un document donne la réponse : il s’agit d’un acte paroissial du 19 août 1757 relatant la bénédiction de deux cloches, la première et la troisième par la pesanteur. Nous savons aussi que ces deux cloches remplacent deux anciennes, de 1532 et de 1640, et que la grande cloche a été alourdie de trois quintaux.
Le document ne disserte pas sur le fondeur des deux cloches, qui était jusque là inconnu. C’est en observant cette cloche de près qu’un détail saute à nos yeux : sur le bas de la cloche, une inscription semble limée… En jouant d’ombres et de lumières, nous parvenons tous à lire ceci « A GOUSSEL FOND… ». On peut donc là en conclure qu’un membre de la famille Goussel en soit le fondeur. Cette famille, originaires de Lorraine, ont sillonné les routes de l’actuelle France pour y réaliser de nombreuses cloches. On peut, par exemple, citer une cloche de presque deux tonnes pour la cathédrale de Chambéry en 1705 et une cloche en collaboration avec Jean-Baptiste Pitton à Féternes, en 1809. Avec la Révolution Industrielle, la famille installe ses fourneaux à Metz et prospérera jusqu’à la fin du XIXe siècle.
La petite cloche est résolument plus moderne et propre à l’édifice actuel. Baptisée en 1961 par Mgr de Bazelaire, archevêque de Chambéry, elle remplace une cloche plus ancienne. Cette refonte est le fruit de la générosité paroissiale.
Au début du XXe siècle, l’installation de la grande cloche est révisée. Un mouton en fonte remplace l’ancien joug en bois, encore déposé près de cette cloche. En 1961, la fée électricité n’a pourtant pas équipé la vielle cloche d’un moteur. Sa corde continue de descendre le long du clocher. Pourtant, un marteau de tintement lui permet de sonner les heures et de tinter lentement le glas lors d’une sépulture. La petite cloche, elle, dispose de son moteur de volée uniquement et permet de sonner les angélus et d’autres événements moins funestes. Peut-être qu’à l’avenir, nous pourrions réentendre les deux cloches chanter d’écho en écho, comme disait une chanson célèbre ?

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse
(kg)

Note

1

Ste Marie et St Pierre A. Goussel 1757 93,2 480 Sol♯3
2 Marie-Noël Paccard 1961 79,9 300

Si3

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Mes remerciements pour la visite du clocher et la sonnerie spéciale à la mairie de Grésy-sur-Isère et ses élus sous le mandat de M. François Gaudin, maire. Je remercie également pour l’accueil dans l’église à M. Elisabeth Léodice, présidente de l’association pour la sauvegarde des peintures de l’église de Grésy-sur-Isère et à quelques membres de son comité : Mme Evelyne Gervasoni et M. Jean-Claude Menjoz. Je ne saurais être exhaustif sans remercier M. Pierre Dubourgeat, président de l’écomusée et conseiller municipal de Montailleur pour la bonne organisation et Claude-Michaël « Quasimodo » Mevs accompagné de son aide précieuse quand il s’agit de rencontrer de belles cloches et autour d’un accueil plus qu’agréable !

Sources & liens :
Grésy-sur-Isère
Histoire de l’église
Association pour la Sauvegarde de l’Eglise de Grésy
Clichés personnels
Fonds privés
Relevé personnel


L’église de Grésy à besoin de vous ! Je cède la parole à l’association qui se mobilise pour cette remise en valeur :

L’église de Grésy-sur-Isère est le témoin d’une architecture religieuse caractéristique de la moitié du XIXème siècle. La « belle inconnue » -ainsi renommée par la guide du patrimoine chargée d’organiser les visites guidées- offre l’intérêt de n’avoir subi aucune transformation, ni restauration Relativement récent, puisque consacré en 1846, ‌cet édifice est resté dans « son jus ». Les murs sont entièrement recouverts de motifs floraux réalisés au pochoir comme l’imposaient la mode et les techniques de l’époque. Les plafonds sont entièrement décorés représentant les grands personnages de la Bible.
il est important de sauvegarder ce patrimoine – témoin de nos origines sardes. Les premiers travaux de restauration débuteront à la fin de l’année. Vous pouvez envoyer vos dons (déductibles) pour permettre à l’association de poursuivre son objectif.
Contact  04 79 37 36 05
Association pour la restauration de l’église de Grésy
29 place Pierre Bonnet   73460  Grésy-sur-Isère
renovationeglisegresy@gmail.com

Elisabeth Léodice, présidente

Marthod – Eglise Saint-Jean-Baptiste

C’est quasiment au cœur de la Savoie que ce périple m’a emmené. A mi chemin entre l’Italie et le reste de la France, de la Suisse et des Hautes-Alpes, se trouve la commune de Marthod. Son village se situe de part et d’autres de l’Arly, qui rejoindra dans quelques kilomètres la rivière Isère au sud d’Albertville, carrefour de la Savoie. Cette commune est délimitée à la fois par des cours d’eau (ruisseau du Creux, au sud) mais aussi par des massifs montagneux et des forêts. Son village s’organise sur le versant ouest de la vallée, légèrement décalé au sud, offrant tout de même un bel ensoleillement. La majeure partie des hameaux de la commune se trouvent sur la rive droite de l’Arly, car la situation naturelle donne comme un amphithéâtre, dominés par les alpages de l’Alpettaz, eux-mêmes dominés par la Dent de Cons, culminant à 2’064 mètres. Deux chapelles sont installés dans deux des nombreux hameaux de la commune : le Villard pour la première et au Sautplat pour la seconde. L’église occupe bien entendu une place de choix, sur un replat, légèrement en hauteur de la vallée.

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Cet édifice est dédié à la Nativité de saint Jean-Baptiste, fêté le 24 juin. Cette fête marquant la naissance de Jean, celui qui a baptisé Jésus dans le fleuve Jourdain, prouve l’ancienneté de la paroisse. En 1170, saint Pierre II de Tarentaise, archevêque du lieu, attribue la paroisse aux chanoines et en 1257 un acte fait état de chanoines réguliers de Saint-Augustin. En 1367, on parlera du « cloître de Marthod ». Le prieur deviendra par la suite un prieur commendataire et donc ne réside plus au Prieuré, mais il en perçoit tout de même les revenus. Il nomme alors un « vicaire perpétuel » pour le représenter ainsi qu’un second chanoine. Dès lors, l’archevêque fixe des revenus pour eux deux, entraînant des tensions entre le Chapitre cathédral, le « Chapitre local » de chanoines et la paroisse. Pour bien marquer la dépendance de Marthod à sa cathédrale de Moutiers, le vicaire perpétuel était tenu de recevoir dignement deux chanoines de la cathédrale « de manière digne », chaque 24 juin. Après ces anecdotes, revenons à l’histoire… De la première église, il ne reste presque rien, si ce n’est quelques mentions discrètes et un portail ! En effet, le portail roman de l’église actuel a été conservé de l’ancienne église, rasée au XVIIIe siècle pour construire la nouvelle. L’architecte s’est vu imposer de le conserver et de tourner l’église d’un quart de tour, pour que le chœur actuel ne se situe plus à l’Orient mais au nord. Il était dit de l’ancienne église qu’elle était trop petite et forte irrégulière. Terminée en 1772, elle est consacrée deux ans plus tard, le 14 juin 1774. Le maître-autel a été exécuté en 1782, mais il n’en reste rien, puisque la Révolution n’épargnera pas la région quelques années après. A peine consacré, voilà le lieu de culte déjà restauré entre 1817 et 1818 avec la conception de nouveaux maître-autels et une décoration soignée de la voûte.

La sacristie, qui constitue le premier niveau du clocher, comprend une date intéressante : 1596. Cela atteste l’ancienneté de ses fondations ! Pourtant, le clocher ne sera livré qu’en 1819. Pourquoi ? Car lors de la Révolution Française, le clocher n’était pas terminé. Il n’a donc pas été touché. En revanche, des anciennes cloches de l’église, nous n’avons aujourd’hui plus rien, si ce n’est quelques bribes d’histoire. Il est relaté qu’en 1707, Jean Arnaud, fondeur de cloches établi à Saint-Jean-de-Maurienne, est mandaté pour refondre la grosse cloche, cassée, et pour en réaliser une autre. Mais rien ne nous dit comment elles étaient accompagnés, et quel est leur sort final…
Mais la sonnerie actuelle n’est pas en reste. Les cloches ont été fondues après la livraison du clocher : entre 1822 et 1825. Elles portent toutes trois la signature de « Louis Gautier ». Si nous croisons régulièrement ce fondeur de cloches, il est plutôt rare de pouvoir admirer une sonnerie complète avec une cloche de presque deux tonnes ! De ce fondeur c’est probablement la plus grosse cloche. Alors qu’il me soit permis de raconter son histoire : Jean-Louis Gautier, dit Louis, naît en 1788 de Jean-François Gautier (1758-1830), lui même fondeur. La production de Louis semble commencer en 1807 alors qu’il co-signe avec son père une cloche pour la cathédrale de Gap. Par la suite, il a certainement quitté sa vallée natale de Briançon pour s’installer en Savoie. Il semble avoir réalisé deux grandes étapes : à Martigny (Suisse actuelle mais française, comme la Savoie à l’époque) au début des années 1810 avant de s’installer à Conflans, de manière plus durable. Bon nombre de ses cloches font en effet mention de Conflans ou de l’Hopîtal, ancien nom d’Albertville avant la fusion de ces deux bourgs longtemps rivaux. Sa production fut florissante car dans une période où les clochers se devaient de retrouver leurs sonneries d’antan, à cause d’une Révolution meurtrière. Il semble qu’une partie de sa production, en dent de scie, n’existe plus que dans les archives. Cependant il laisse une trace non négligeable de son travail pour l’arc alpin. Louis est mort subitement à 42 ans, sans avoir pu honorer tous ses contrats de fonte. Les archives de sa famille indiquent que sa veuve Antoinette, née Bompard, prend le relais avec la famille Vallier, longtemps associés à la famille Gautier. En Savoie, l’aventure prend fin une fois les contrats honorés. Mais elle continuera encore quelques décennies dans les Hautes-Alpes, avec, par exemple, son demi-frère Vincent. Il a entre autres réalisé la sonnerie de la collégiale de Briançon dans les années 1860…

Doyenne de la sonnerie, la seconde cloche de Marthod porte la date de 1822 et une inscription latine invoquant à la cloche un pouvoir divin : éloigner les tempêtes et protéger Marthod de la foudre. S’en suit son parrain, Michel Boëx et sa marraine, Marie Pignard. Sa signature indique qu’elle a été réalisée à Marthod. Les deux autres cloches, fondues à Albertville (ex Hôpital), datent de 1825. La grande cloche a pour parrain le curé François Rey et pour marraine Joachine Pépin, née Ferrier. Une autre inscription figure sur celle-ci, mais des défauts de coulée empêchent de la lire. La plus petite cloche a pour parrain le Rd Lavorel et pour marraine Philiberte Françoise Pépin née Chaffarod. Elles citent encore le syndic (maire) : M. Dunand Henry, et son adjoint M. Avriller. Les musiciens les plus avertis noteront également une ligne nominale quelque peu faussée : do#, sol et la. Il est vrai que Louis Gautier n’a pas livrée la sonnerie la plus mélodieuse de sa carrière, mais rien n’empêche de trouver un caractère à la fois rustique et baroque à cette belle sonnerie, avec certainement la plus grande pièce de sa courte carrière !

Fondeur Année Diamètre
(cm)
Masse
(kg)
Note

1

Louis Gautier 1825 141,7 1700 Do♯3
2 Louis Gautier 1822 102 620

Sol3

3 Louis Gautier 1825 88,7 400

La3

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Mes remerciements à M. Frank Roubeau, maire, et à sa première adjointe, Mme Virginie Vernaz pour les autorisations. Je remercie également M. Jean-Louis Tétaz, sacristain, pour sa disponibilité. Il me convient également de remercier mon ami Pierre Dubourgeat, conseiller municipal de Montailleur pour la bonne organisation et Claude-Michael Mevs, dit « Quasimodo » pour sa précieuse et amicale collaboration !

Sources & Liens :
Marthod
Mairie de Marthod
« Les fondeurs de cloches Briançonnais », Jean Vallier, éditions du Fournel, 2007
« Histoires des Commues de la Savoie« , archives du département
Fonds privés
Dr Matthias Walter, expert-campanologue à Berne (CH-BE)
Clichés personnels

Entrevernes – Eglise Saints-Pierre-et-Paul

A quelques kilomètres de la ville d’Annecy et de son célèbre lac, il y a un village nommé Entrevernes. Celui-ci jouit d’une situation particulière aspirant au repos : il est dans un vallon, creusé par la rivière homonyme entre le Roc des Bœufs et le Taillefer, culminants respectivement à 1744 et 1661 mètres d’altitude, d’où le nom « Entrevernes ». La mairie, au cœur du vallon, est située à environ 820 mètres. De quoi laisser un répit intéressant pour les 217 habitants de la commune, pas si loin de l’agitation touristique dont bénéficie les villages situés autour du lac d’Annecy. Le paysage vaut néanmoins le détour. Il vous sera possible, depuis les hauteurs de la commune, d’apercevoir le fameux plan d’eau avec en arrière plan les montagnes des Aravis. Mais les sommets délimitant la commune ne sont pas en reste et vous proposent de nombreuses randonnées dans les Bauges : il vous sera alors possible de rejoindre les communes limitrophes… parfois même du département voisin !

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Si je viens d’aborder le sujet de la délimitation de la commune, c’est tout simplement parce que son existence est plutôt récente. En 1717, les hameaux du Bourgeal (Duingt) et d’Entrevernes (Lathuile) sont détachés de leur paroisses respectives et forment la nouvelle paroisse d’Entrevernes. En 1741, les hameaux seront détachés officiellement pour devenir une commune. La première église a d’ailleurs été construite dès l’érection de la paroisse. Des vestiges sont adossés à la façade de l’édifice actuel, construit entre 1825 et 1827 sur les plans de Thomas-Dominique Ruphy. Celui-ci offre une architecture en vogue à l’époque : le néoclassique sarde. Son plan est très simple : une nef, avec en biais deux autels latéraux en plus du maître autel. La croix est formée par la sacristie d’une part et le clocher d’autre part du chœur.

Le clocher, parlons-en ! Celui-ci s’élance fièrement sur la rive gauche du ruisseau d’Entrevernes, adossé à la fois à l’église et à la mairie. Il est couronné d’un dôme lui-même surmonté d’un clocheton élégant. Le dernier étage de maçonnerie et ses deux cadrans d’horloges (dirigés vers l’amont et l’aval de la vallée, où s’organise le village) possède deux cloches. Respectivement fondues en 1888 et 1898 par Georges & Francisque Paccard, installés à Annecy-le-Vieux dans une fonderie en plein essor. Il me parait évident que des anciennes cloches se tenaient là, dès 1717. Mais ni l’histoire, ni les inscriptions des cloches actuelles les mentionnent. J’ai simplement été étonné de la taille des cloches au regard du village et du clocher. La grosse cloche, estimée à une tonne, rase les murs ! Les inscriptions en relief reflètent sensiblement le climat politique actuel, proche de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Les cloches possèdent à la fois des inscriptions religieuses mais aussi la liste des conseillers municipaux en place. On fera même état de la « commune d’Entrevernes » sur la grosse cloche, alors qu’on parlait encore de « paroisse » quelques années auparavant. Sur cette même cloche, on peut ainsi lire « Je suis la Voix de Dieu » et son usage : accompagner les habitants de la naissance à la mort tout en « chassant les tempêtes ». La petite cloche invite à la Charité. Elle doit son existence à son parrain et à sa marraine alors que sans grande sœur est le fruit d’une souscription dans le village, complétée par un don du curé de Giez, lui-même natif d’Entrevernes : le Rd Viannet.

Nom Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

Jeanne Joséphine 1898 117,5 950 Mi 3
2 « Charité » 1888 97 515

Sol # 3

Georges et Francisque Paccard fondeurs à Annecy-le-Vieux

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Mes remerciements à M. Philippe Monmont, maire, et à son deuxième adjoint, M. Laurent Millet pour l’ouverture du clocher et les autorisations et surtout pour l’accueil très cordial. Je remercie également M. Sébastien Savoy, conseiller municipal de Saint-Eustache, village voisin, pour la bonne organisation de cette belle étape. Mention enfin à M. Philippe « Ashitaka13400 » Wathelet, de Marseille, pour l’aide à la réalisation de l’enregistrement audio-visuel.

Sources & Liens :
Entrevernes
Photos & relevé personnels
Fonds privés

Albertville – Eglise Notre-Dame-de-l’Assomption-et-Saint-Grat (Conflans)

Sous-préfecture de la Savoie et « carrefour des quatre vallées » (Val d’Arly, Beaufortain, Tarentaise et Combe de Savoie), Albertville est bien entendu réputée pour avoir accueilli du 8 au 23 février 1992 les XVIe Jeux Olympiques d’hiver. Après cet événement mondial que sont les Jeux Olympiques, la commune continue occasionnellement d’attirer les organisateurs d’événements, comme par exemple le Tour de France, avec une arrivée d’étape en 1998, un simple passage en 2013 ou encore un départ d’étape en 2016. Mais cette commune de presque 20’000 habitants est en réalité très jeune. Elle est née en 1835 lorsque le Roi de Sardaigne et Duc de Savoie Charles-Albert réunit l’Hôpital avec le bourg médiéval de Conflans, l’occasion pour le souverain de laisser son nom à cette toute nouvelle bourgade. En 1965, Saint-Sigismond vient étoffer la commune. Des grands noms de France sont aussi intimement associés à Albertville. Jean Moulin, chef de la Résistance, fut sous-préfet d’Albertville entre 1925 et 1930. La ville a également vu naître l’architecte Henry Bernard, le skieur champion olympique Jean-Luc Crétier ou le vidéaste Jérôme Jarre. L’ancien ministre Michel Barnier réalisa ses années lycéennes à Albertville.

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La cité médiévale de Conflans est installée à l’est d’Albertville. Elle domine toute la commune depuis les contreforts de la Pointe de la Grande Journée. L’église n’est bien entendu pas le seul joyau du lieu, autrefois occupé par un grand château puis une ville fortifiée. Conflans existe aujourd’hui comme un village dans la ville puisque l’esprit villageois est conservé sur le plan de l’urbanisme. Et bien entendu, le clocher est au centre… ou presque! Celui-ci domine cette petite bourgade. Elle est aujourd’hui couramment nommée par le vocable de « saint Grat » et parfois sous le nom de « Notre-Dame de l’Assomption ». Alors qui a tort et qui a raison ? Personne. Enfin, pas exactement : la patronne historique est bien la Vierge Marie. Mais l’église a reçu les reliques du saint-évêque d’Aoste ultérieurement et la paroisse de Conflans a été confié sous sa protection. Mais l’église a conservé son vocable historique. Il convient donc de citer ce double patronage (merci aux guides pour les explications!). La plus vielle mention d’une paroisse remonte à 1014, alors que nous étions en pleine fondation du Comté de Savoie. En 1632, l’église se voit détruite par un incendie puis réparée. Une nouvelle construction, à même la roche, eut lieu entre 1700 et 1720. L’église sera consacrée pendant les travaux, en 1716. La Révolution Française mit à mal le mobilier liturgique et le clocher. Après le Concordat, ce dernier est reconstruit à l’identique. Les retables seront réinstallés après la Restauration Sarde de 1815. En 1835, le sommet du clocher brûle. Il est reconstruit mais il ne respecte pas totalement l’allure des clochers bulbes traditionnels en se distinguant par une additions de détails. Enfin, un remaniement aura lieu vers 1850, expliquant sans doute le caractère néo-classique de la nef intérieure. Depuis 2018, le clocher et les retables latéraux connaissent une restauration d’envergure : l’accessibilité du premier et la couverture du bulbes ont été refait et les retables retrouveront dans les mois à venir leur éclat d’antan !

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Le clocher, comme indiqué précédemment est comparable à un phare sur un littoral car il est visible de tout Albertville et au-delà. En 1632, il ne résiste pas à l’incendie de l’église et de la cure. Il sera reconstruit sur la base que nous connaissons aujourd’hui. En 1761, on note que la tour est en péril et nécessite de grandes restaurations réalisées par M. Antoine Davignon. En 1793, elle est détruite sur l’ordre d’Ablitte, révolutionnaire. En 1804, elle est rebâtie avec les pierres de la tour Sarrasine. Le clocher ressemblait à celui de l‘église Saint-Maurice de Thônes, mais en plus élégant, selon les archives! Fin 1834, nous connaissons enfin l’existence de quatre cloches. La plus grosse, fêlée, est refondue et bénie le 24 février 1835. Nous n’avons aucune idée du fondeur, idem pour ses petites sœurs, plus âgées. Notons que dans les années 1810-1820, Jean-François et Louis Gautier, père et fils natifs de la vallée de la Clarée (Hautes-Alpes) ont élu domicile dans la cité. Ont-ils fondus une ou plusieurs cloches pour ce clocher ? Il est hélas impossible de le savoir. Le 13 avril, une erreur humaine condamne l’ancienne sonnerie qui sera alors la proie du feu. En lisant ces lignes, sans doutes vous avez l’image de la flèche de Notre-Dame de Paris qui tombe… Rassurez-vous, moi aussi en les écrivant ! Quoi qu’il en soit, la sonnerie renaît (et bien-sûr le clocher!) le 10 août 1835. Claude et Jean-Pierre Paccard sont mandatés pour réaliser une sonnerie de quatre cloches. Le bourdon, dédiée à l’Assomption de Marie, porte de nombreuses inscriptions latines. Elles citent la patronne de l’église, Notre-Dame de l’Assomption, a qui elle est vouée, mais aussi le Roi de Sardaigne et Duc de Savoie de l’époque, qui en est le parrain. Il avait déjà accordé ce privilège sur l’ancien bourdon, vite rendu muet. Trois autres cloches l’accompagnent et ont également pour parrains et marraines des nobles de la région : saint Joseph, saint Antoine et saint François de Sales. Cette dernière est la refonte d’une cloche de 1813. C’est le seul détail que les cloches souhaitent nous livrer sur leurs prédécesseurs.

Nom Diamètre (cm) Masse
(kg)
Note

1

Notre-Dame de l’Assomption, dite « Victoire » 149 ~1900

Do 3

2

Saint Joseph 119 ~1000 Mi 3
3 Saint Antoine 99 ~550

Sol 3

4 Saint François 79,2 ~250

Do 4

FAITE A QUINTAL PRES D ANNECY EN 1835 PAR LES FRERES CLAUDE ET JEAN-PIERRE PACCARD

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Pour mes visites de ce clocher, je remercie les services de la mairie d’Albertville : cabinet du maire, M. Burnier-Framboret. Le service communication et le service patrimoine, sous la direction de Laurence Millers.
Je remercie mes amis : Dr Matthias Walter, campanologue à Berne, Claude-Michael Mevs dit « Quasimodo », Aurélien Surugues, Dominique Fatton.

Sources :
Mairie Albertville
Documentations du Service Patrimoine
« Baptême des cloches de Conflans, 1835 » – Gadin M.V.
Matthias Walter, campanologue
Relevé personnel