Installée sur les pentes orientales du Vuache, la commune de Savigny s’organise en sept hameaux entourant le « chef-lieu », constitué d’habitations regroupant l’église, le cimetière, l’école et la mairie. La majeure partie du millier d’habitants réside dans le hameau de Murcier, situé au nord du centre administratif du village. La paroisse de Savigny, devenue commune, tire son nom du latin Sabin(i)us, probablement en mémoire d’un propriétaire romain qui y aurait établi une villa. Ce toponyme est d’ailleurs assez répandu en France et en Suisse voisine : on recense plus d’une trentaine de localités nommées Savigny en territoire francophone (communes et hameaux), sans oublier de nombreuses variantes comme Sévigné ou Chavigny. Notre Savigny haut-savoyard fut aussi le siège d’une seigneurie et connut l’existence d’un château féodal situé à 200 mètres de l’église Saint-Denis. Ce manoir, passé entre plusieurs familles, passa ensuite entre des mains privée, d’abord une ferme puis une propriété privée.
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La position de l’église surprend : pourquoi un tel emplacement, éloigné des hameaux de la commune ? Il est certain qu’il ne s’agissait pas du lieu de culte primitif, mais peut-être d’un compromis entre les habitants. On pourrait dire, en souriant, qu’à Savigny, on a su « mettre l’église au milieu du village » ! La tradition rapporte qu’une ancienne chapelle dédiée à saint Martin aurait existé au hameau d’Olliet, mais aucun écrit ne le confirme. Dès l’an 1000, la paroisse devient une dotation de Guy de Faucigny au prieuré de Saint-Oyen (aujourd’hui Saint-Claude, dans le Jura). L’ancienne église était orientée à l’est. Au XVe siècle, alors qu’elle est placée sous le vocable de saint Antoine, une chapelle y est fondée par Jean de Menthon-Lornay, chanoine de Genève. De cette époque subsiste une fenêtre gothique en façade de l’église actuelle. Au siècle suivant, le sanctuaire passe sous la protection des saints Denis et Madeleine, annonçant peut-être une reconstruction partielle ou totale du bâtiment. Deux autres chapelles complétaient alors le lieu de culte. Lors de la Révolution, Savigny ne fit pas exception : l’église fut dépouillée et malmenée. Après le Concordat, elle continue tant bien que mal à servir de lieu de culte, bien que jugée petite et délabrée. Les propositions de reconstruction se multiplient, mais le conseil municipal préfère des réparations. C’est finalement l’arrivée du curé Briffod qui change la donne. Ce jeune prêtre dynamique, natif de Lucinges, parvient à convaincre les élus de reconstruire l’église, alors que la population avait doublé. Une imposition extraordinaire est votée pour les années 1828, 1829 et 1830 afin de réunir 1 800 francs. Entre-temps, le curé sollicite un devis auprès de l’architecte Amoudruz, qui propose une nouvelle église pour 12 600 francs. Pour atteindre cette somme, toute la population se mobilise : des dons affluent, et les habitants s’engagent à aider à la construction, au transport des matériaux, voire à l’hébergement des ouvriers. Le clocher est conservé, mais l’église est inversée : jadis porte d’entrée de l’édifice, la tour se retrouve désormais derrière le chœur, intégrée au bâtiment, avec la sacristie attenante. On ignore la date exacte de construction du clocher, mais il est considéré comme très ancien. Il est même jugé « frustrant », car sa maçonnerie ne dépasse pas le faîte du toit. Après bien des péripéties autour de l’ameublement du sanctuaire, l’évêque d’Annecy consacre l’église le 23 avril 1845. Un dernier aménagement a lieu en 1976, dans l’élan du concile Vatican II. Si certains éléments comme la chaire ou les confessionnaux sont démontés, les retables et la décoration générale sont conservés, préservant l’aspect d’origine de l’église, aujourd’hui qualifiée de remarquable dans son secteur.
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Le clocher pluriséculaire a certainement connu de nombreuses cloches. En 1793, il en est dépouillé alors qu’il n’en portait que deux, dont l’historique est malheureusement aujourd’hui inconnu. Ce n’est qu’en 1809 qu’il retrouve sa fonction première avec une nouvelle cloche dédiée à saint Denis, fondue l’année précédente. On peut lire sur son flanc l’inscription suivante : « Burnier, recteur. Parrain François Burnet. Marraine Marie Vuichard. Décombe, maire de Savigny. » Mais les noms du parrain et de la marraine ont été limés, puis remplacés, en creux, par ceux de Denis Fol et Etiennette Rosay. Comment expliquer cela ? Un élément de réponse se trouve dans l’acte de baptême de la cloche : elle avait en réalité deux parrains et deux marraines. Il est probable qu’un excès de colère, dû à l’omission de deux noms sur la cloche, ait conduit à cette modification. En 1837, le conseil municipal commande deux nouvelles cloches aux frères Paccard, destinées à compléter la petite cloche de 1808. Leur coût s’élève à 1 800 francs pour environ 800 kilos de bronze. Le curé Briffod, une fois de plus, mobilise toute son énergie pour réunir un tiers de la somme nécessaire. Les habitants, eux aussi, s’impliquent : ils construisent un four à chaux, dont la production permet de boucler le financement. Sur ces deux cloches, en plus des noms des autorités, parrains et marraines, figurent les inscriptions suivantes : sur la première : « À la plus grande gloire de Dieu » et sur la seconde : « Faite avec les dons réunis du Rd Briffod, curé ». À la fin du siècle, la petite cloche est fortement ébréchée et sa sonorité jugée désagréable. Elle est finalement refondue en 1922 par la fonderie Paccard, redonnant au clocher sa voix tripartite. Lors de l’électrification, sans doute dans la seconde moitié du XXe siècle, cette petite cloche n’est pas motorisée pour la volée, probablement en raison de sa trop grande proximité tonale avec la cloche médiane. Elle reste néanmoins utilisable au tintement, notamment lors des carillons festifs suivant les mariages ou les baptêmes. Elle porte, sur son flanc, des inscriptions laconiques comparables à celles de la cloche disparue de 1808 : deux parrains, deux marraines, le maire et le curé.
N°
Nom
Fondeur
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
Andrianne Marie Gasparine
Frères Paccard
1837
91,8
~450
La 3
2
Marie Joséphine Françoise
Frères Paccard
1837
81,8
~325
Si 3
3
Marie Eudoxie
Les fils de G. Paccard
1922
74,3
~250
Do 4
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Mes remerciements à :
Mme Chantal Favre-Bonvin, sacristine, pour l’ouverture du clocher et les sonneries spéciales
M. Michel Brand, ancien élu d’Archamps, pour l’organisation de ce rendez-vous.
Sources & liens :
« Monographie de la commune de Savigny », P. Fenouillet, Mémoires et documents publiés par l’Académie Savoisienne, Tome LIV.
« Gerbes de notes et documents », Mgr le chanoine Charles-Marie Rebord, 1922
1J-2867, page 44, Archives départementales de Haute-Savoie
Fonds privés
Relevé sur site La Salévienne
Souvent dépeinte comme sans histoire en écumant le site Google, la commune de Valleiry n’est cependant pas inintéressante pour de nombreux locaux, à en croire l’évolution de sa démographie ! Dépassant depuis peu les 5’000 habitants, cette localité frontalière n’excédait jamais les 350 âmes avant le milieu du XXe siècle et la croissance phénoménale qu’à connu notre région, en raison notamment de l’attractivité que représente la Suisse toute proche. Le toponyme de la commune n’est sûrement pas dû au prénom actuel, quelque soit son orthographe, mais plutôt à Vallerius Caïus, fils de Titus, tribun militaire romain de la seconde légion qui avait édifié une villa romaine dans la région. Les terres ont appartenu au chapitre cathédral de Genève avant d’être ballottée durant deux siècles entre la religion protestante et la religion catholique à partir du XVIe siècle. En 1754, la paroisse redevient catholique définitivement avant de devenir une commune en 1771. Au XIXe siècle, la ligne de chemin de fer qui sillonne le territoire permet à Valleiry, qui dispose alors de sa gare, de prospérer dans les activités commerciales. A cette même période, une famille originaire de la commune brille à l’échelle locale comme nationale en politique : la famille Chautemps. Du simple élu municipal au parlementaire incontournable, toutes les fonctions électorales sont connues de la famille. Camille Chautemps fut même quatre fois président du conseil (comprenez aujourd’hui premier ministre).
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L’église Saint-Etienne de Valleiry se dresse dans le bourg, avec son clocher massif et son église aux allures de temple. Il faut dire que la domination protestante deux siècles durant a marqué l’édifice, le rendant alors singulier dans la région. Nous savons que le 2 mars 1262, le comte de Genève donne cette paroisse au chapitre cathédral de Genève qui pourront alors y nommer un curé et y collecter les impôts. Le religion protestante y sera d’ailleurs imposée en 1536 et un pasteur desservira alors le temple ainsi que l’actuelle commune de Chênex. A l’occasion du retour de Valleiry en terres savoyardes -et catholiques- le roi Charles-Emmanuel III offrit -entre autres- un presbytère, une rente annuelle à la paroisse ainsi que des objets de cultes. Le curé Blanc mit un point d’honneur à restaurer deux chapelles déjà présentes avant l’ère calviniste sous de nouveaux vocables : Notre-Dame et Saint-Pierre (la deuxième était sous saint Nicolas). L’église fut reconstruite dans le style néoclassique sarde en 1848-1849 et consacrée le 30 avril 1852. Le coût des travaux (18’000 livres) fut assumé par les communes de Valleiry et de Dingy-en-Vuache. Cette dernière commune fut une paroisse jusqu’à a Révolution Française. Le culte ne fut pas rétabli et une partie de son territoire fut rattaché -pour le spirituel- à Vulbens et l’autre à Valleiry. Le clocher massif, dont la base date du XIIIe siècle, fut réhaussé en 1890. L’intérieur de l’édifice fut restauré il y a quelques années, offrant des décors étincelants pour le visiteur ou le fidèle qui y pénètre.
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Le grand clocher abrite une sonnerie de trois cloches. La pièce maîtresse de l’ensemble porte la date du 20 mai 1810 et la griffe de Jean-Baptiste Pitton, maître fondeur établi à Carouge. Il est réputé pour ses nombreuses cloches dans la région mais surtout pour être à l’origine de la célèbre dynastie Paccard. Cette cloche volontiers bavarde nous indique qu’elle en remplace une autre fondue le 11 juillet 1763. Elle évoque aussi le passé religieux de la commune, invoquant « l’hérésie de Calvin ». A ses côtés, dans l’autre travée du beffroi, deux cloches se font face. Jadis, une seule occupait tout l’espace. Fondue le 2 décembre 1829 par Claude Paccard, elle est dédiée à saint Etienne et fut établie aux frais de la commune et de la paroisse de Valleiry à qui elle appartient. En 1888, Auguste Cahorn visite ce clocher et atteste que les deux cloches citées ici sont présentes. En 1937, le révérend Jean-Marie Favre, aumônier à Thonon-les-Bains et « chanoine de Notre-Dame de Guadeloupe » offre une nouvelle cloche. Sur ses inscriptions, en plus de la mémoire de son donateur, il est clairement inscrit qu’elle « sonne la paix ». On remarque aussi que le nom du maire de la commune, un autre Chautemps, a été rajouté après coup, certaines lettres collées ont d’ailleurs disparues avec le temps. L’ajout de cette cloche eut pour conséquence de déplacer la cloche de 1829, plus petite, et de transformer cette travée du beffroi afin de permettre aux deux cloches d’avoir toute la place de sonner à pleine volée dans ce grand clocher.
N°
Nom
Fondeur
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
Jean-Baptiste Pitton
1810
114,5
~800
Fa♯3
2
Jeanne Marie Joséphine
Les fils de G. Paccard
1937
89,5
~400
La 3
3
Saint Etienne
Claude Paccard
1829
82,4
~325
Si 3
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Mes remerciements à :
M. François Excoffier, sacristain, pour son accueil chaleureux.
M. Michel Brand, ancien élu d’Archamps, pour l’organisation de la visite.
M. Dominique Ernst, pour son éclairage historique.
Sources & Liens : La Salévienne
Fonds privés
Relevé sur site
Clichés personnels
Aujourd’hui sous-préfecture de la Haute-Savoie, la ville frontalière de Saint-Julien-en-Genevois vit à l’heure suisse, ou presque ! Pour se rendre à Genève aujourd’hui, nul besoin de traverser la campagne : il est possible d’y aller sans quitter la ville ! L’espace de quelques mois, la ville fut même helvète : elle fut rattachée au canton de Genève de décembre 1815 à octobre 1816. Les origines de Saint-Julien sont lointaines. Le nom de la commune, associé à saint Julien de Brioude, martyr du IIIe siècle, rappelle ici une importante évangélisation. Les ruines d’une basilique mérovingienne datée du VIe siècle fut d’ailleurs retrouvée au hameau de Puy-Saint-Martin. Les écrits les plus anciens font d’ailleurs mention de « Posterla » avant de devenir progressivement « Saint-Julien ». Ce n’est qu’en 1893 que le nom s’allongera avec la particule « en Genevois », référence faite à la province savoyarde où se trouve la ville. Par sa position, Saint-Julien fit souvent les frais des guerres entre Genève et le Duché de Savoie. Cette situation durera pendant plusieurs siècles jusqu’en 1603, où le « traité de Saint-Julien » sonnera le glas des affrontements entre les deux camps, la Savoie reconnaissant enfin Genève comme république souveraine. Une fois devenue française, la commune prendra progressivement son importance : chef-lieu de canton et sous-préfecture. Les bâtiments principaux sont d’ailleurs des cadeaux impériaux suite au rattachement de la Savoie à la France : la sous-préfecture, l’hôtel de ville, l’hôpital Saint-Joseph ou encore l’église paroissiale en sont des illustrations.
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Comme évoqué plus haut, la présence de monuments chrétiens à Saint-Julien ne date pas d’hier ! Après un sanctuaire à Puy-Saint-Martin, les églises s’installent à l’emplacement de l’actuel bureau de poste de la commune. En 1482, l’église est visitée par l’évêque Jean de Bertrand. Le 6 juin 1486, une nouvelle église est consacrée par son successeur, François de Savoie. Entre 1536 et 1590, l’église devient un temple protestant suite à l’invasion genevoise en terres savoyardes. En 1700, cette église semble fatiguée et un nouvel édifice sera construit sous la houlette de maîtres d’œuvres du Bugey et du Piémont. Cette église semble n’avoir été consacrée que le 12 juin 1768 avec un chœur à chevet plat et une nef à six chapelles. En 1866, cet édifice trop petit sera remplacé par un nouveau monument, construit à quelques mètres : il s’agit de l’actuelle église paroissiale ! Consacrée le 9 juillet 1866, elle était dépourvue de clocher. Dès lors, Saint-Julien connait deux églises : l’ancienne n’a pas été rasée ! Elle continue d’ailleurs de supporter les cloches dans sa tour. Cette situation durera jusqu’en 1884 où le curé Rannaud fait construire un clocher flèche pour son édifice néogothique. Est-ce qu’on démolit l’ancienne église ? Toujours pas ! Tandis que la nef était devenue une épicerie, le clocher dépourvu de cloches sera un précurseur en servant de centrale téléphonique, lui offrant un sursis de plusieurs décennies. L’ancien monument sera finalement rasé en 1931, ne laissant alors qu’une seule église à Saint-Julien. Mais au début des années 1970, l’église néogothique est fatiguée : les murs sont lézardés et la sécurité du bâtiment est remise en cause. Plutôt que de la raser, il est décidé de transformer le bâtiment : la base du bâtiment est conservée, mais toute sa partie supérieure sera revue, lui offrant la silhouette atypique que nous connaissons aujourd’hui : une gigantesque toiture sur une nef très aérée dépourvue de piliers, et un clocher flèche remplaçant l’ancien clocher néogothique de 1884… qui existe toujours !
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C’est une visite déconcertante qu’attend le passionné de cloches ou le campaniste en charge de l’entretien. Pour accéder au clocher… ou plutôt aux clochers, une porte dérobée nous attend dans le vestibule de l’édifice moderne. Dès le passage de la porte un saut dans le temps s’opère : nous entrons en effet dans le clocher de 1884 ! Un escalier à vis en bois nous emmène jusqu’à la toiture du nouvel édifice, toute d’acier, pour rejoindre l’intérieur de la vieille tour. Et là, un nouveau saut dans le temps s’effectue : nous arrivons droit devant l’horloge mécanique de 1883, et près d’elle repose l’ancien clavier de carillon, à moitié disloqué. On imagine sans peine les sonneurs se relayer pour carillonner sur l’ensemble campanaire installé quelques mètres plus haut ! Sur l’horloge mécanique, quatre tiges étaient reliées à quatre marteaux : les trois petites tintaient les quarts, et la plus grosse les heures. Une dernière volée de marches mène au beffroi. Le lieu est très sombre car l’ancien clocher est imbriqué dans le nouveau ! Les murs sont encore là, le beffroi en bois également, comme si rien n’avait bougé autour. Il y a encore même la moitié des abat-sons sur les baies géminées du vieux clocher ! Et autour, la nouvelle flèche le cache presque jalousement. Une dernière échelle mène au dernier niveau, qui pour le coup n’est que le sommet de cette dame d’acier de 1972 ! Mais arrêtons nous aux cloches. Seule dans la première travée, la plus grosse trône et continue de marquer les heures. Elle fut réalisée sous le mandat de l’archiprêtre Chaumontet, promoteur de l’église de 1866. Fondue le 1er mars 1853 en remplacement d’une cloche de 6 quintaux et demi, la signature des fondeurs précède une autre date : 1852. Peut-être elle aurait dû être coulée quelques mois plus tôt ? En 1855, cette cloche ne sera d’ailleurs pas encore entièrement payée comme le relate les Echos du Mont-Blanc du 31 mai, dans un contexte électoral. Cette grosse cloche de 1’401 kilos avec son « mi » très ténébreux est d’ailleurs une rareté, les frères Paccard n’ayant -à l’époque- pas expérimentés un profil aussi lourd ! Elle se marie d’ailleurs très bien avec sa petite sœur fondue en 1810 par Jean-Baptiste Pitton de Carouge, avec un fort accent baroque. D’un poids d’à peine 400 kilos, il s’agit de la doyenne de la sonnerie. Ses inscriptions dans un français approximatif indiquent qu’elle appartient à la paroisse de Saint-Julien qui était à l’époque administrée par le Rd Poncet. En 1884, avec la construction du clocher aujourd’hui caché, le père Rannaud, curé-archiprêtre, jugeait que la sonnerie était trop pauvre pour une telle paroisse. Sur ses propres deniers, il commande alors deux petites cloches au son cristallin afin de compléter la sonnerie. Arrivent donc à l’automne deux nouvelles cloches : Marie-Eliza-Adèle et Alice-Adrienne. Dès lors, Saint-Julien pouvait s’enorgueillir d’être la seule sonnerie de quatre cloches de son secteur. Pour trouver une équivalence, il fallait se rendre -côté français- jusqu’à Annecy ou encore Evires, de l’autre côté du Salève ! Electrifiées en 1953, les cloches de Saint-Julien se passent donc depuis de sonneurs. L’horloge mécanique a continué son travail un temps, grâce à un remontage automatique des poids, avant d’être mise à la retraite. A noter que la nouvelle carapace qui protège le clocher de 1884 donne à cette ensemble campanaire un son doux et feutré à l’extérieur. L’écoute est malheureusement rendue compliqué car nous sommes en ville avec beaucoup de vie et de véhicules, néanmoins cette sonnerie ne manque pas d’intérêt !
N°
Nom
Fondeur(s)
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
—
Frères Paccard
1852
128,8
1’401
Mi 3
2
Saint Julien
Jean-Baptiste Pitton
1810
88,5
~400
La 3
3
Marie Eliza Adèle
G&F Paccard
1884
70,1
211
Do♯4
4
Alice Adrienne
G&F Paccard
1884
59,2
129
Mi 4
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Mes remerciements nourris à :
Mme Anne-Marie Belleraud, sacristine, pour l’accès au clocher et les sonneries spéciales. M. Michel Brand, historien local et ancien élu d’Archamps, pour l’organisation de la visite. Les services municipaux de Saint-Julien-en-Genevois et la paroisse Saints-Pierre-et-Paul en Genevois pour l’autorisation exceptionnelle. M. Dominique Ernst, historien et journaliste local, pour la mise à disposition d’archives. Les archives diocésaines d’Annecy et Mme Mélanie Maréchal, pour la mise à disposition d’archives.
Installé sur les pentes du Mont Sion, le village d’Andilly est réputé dans toute la Haute-Savoie -et même au-delà- pour ses médiévales, qui rassemblent chaque année des milliers de locaux et touristes autour de nombreux bénévoles passionnés. Andilly a également été primé par les lecteurs du Dauphiné Libéré comme « plus beau village de Haute-Savoie » en 2022. Il faut dire que sa situation géographique, sa disposition singulière et son riche patrimoine n’y sont pas pour rien. Andilly, c’est l’histoire de trois hameaux étagés contre les pentes sud du Mont Sion et qui ont vécu, bon gré mal gré, ensemble pendant des siècles : Charly, Jussy et Saint-Symphorien, actuel chef-lieu d’Andilly. Tous sont d’ailleurs des noms plutôt courants : nous avons plusieurs Andilly et Charly en France, et de nombreux Jussy en Pays de Savoie et en Suisse romande. Quant à Saint-Symphorien, il n’est pas rare que le patron d’une paroisse donne son nom à la commune, sans doute le résultat d’une forte dévotion.
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L’église de Saint-Symphorien est d’une silhouette souvent qualifiée d’élégante. Son clocher flèche atteste d’un édifice fort ancien avec ses fenêtres géminées. La première mention de la paroisse remonte à 1275, mais l’édifice est peut-être plus ancien, bien que remanié au fil des siècles. A l’origine, il s’agit de la chapelle du château de la Seigneurerie d’Andilly. La consécration du monument est attesté en 1486, après un important remaniement du sanctuaire. Si l’église est le centre de la paroisse depuis au moins 750 ans, le hameau de Saint-Symphorien (en hommage au martyr chrétien mort en 179) n’a pas toujours été le plus peuplé de la communauté. Cette situation a entraîné de nombreux différents entre les habitants de Charly et de Saint-Symphorien. A l’intérieur du monument une belle nef au plafond boisé ouvre sur le chœur gothique. Pour former la croix latine, deux bas côtés avec des chapelles latérales complètent le monument. Si l’ensemble paraît aujourd’hui homogène, on peut cependant regretter la disparition des stalles et du maître-autel, cependant immortalisés en 1928 et visibles sur un panneau à l’entrée du monument. Les beaux panneaux en bois sculptés à l’intérieur du monument ont été donné par la famille Tapponier en 1853. Ils pourraient -sans certitude- venir de la Chartreuse de Pomier, située non loin et fermée à la Révolution Française après plus de 600 ans de présence des chartreux.
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Au sommet du clocher, deux cloches se partagent le beffroi en bois. Fondue en 1847, la plus grosse cloche fut établie « aux frais de la généreuse commune d’Andilly ». Elle a été réalisée par les frères Paccard de Quintal, probablement en remplacement d’une autre plus ancienne. La plus petite cloche, située juste à côté, porte la date de 1763 et une inscription laconique, mais ô combien intrigante. Seuls sont cités le parrain et la marraine, M. Jean-François Raddaz et sa femme, Jeanne Revilliod, qui ont financés la cloche à leurs frais. Ces deux patronymes ne sont absolument pas originaires de cette paroisse, mais plutôt du Pays du Mont-Blanc. De nombreux Raddaz et Revilliod sont en effet installés dans le Val Montjoie, entre Saint-Gervais-les-Bains et Notre-Dame-de-la-Gorge en passant par les Contamines ou encore Saint-Nicolas-de-Véroce. La réponse se trouve en fait dans le livre de Jean-Paul Gay « Notre-Dame de la Gorge, un sanctuaire au Pays du Mont-Blanc ». L’auteur dédie en effet un chapitre de son ouvrage à la Révolution Française et la descente des cloches de l’actuelle commune des Contamines-Montjoie. Les autorités de l’époque ont eu la bonne idée, peut-être conscientes qu’un patrimoine entier était en péril, de noter les millésimes et les parrains/marraines des cloches qu’ils livreront à la casse. C’est ainsi qu’au clocher de l’actuelle église de la Trinité, il est mentionné trois cloches, dont deux de 1763. Et l’une d’entre elles avaient bien M. Raddaz et sa femme née Revilliod comme parrain et marraine ! Ce n’est pas la première fois que je présente une sonnerie où l’une de ses cloches n’est pas originaire de la paroisse. A la Révolution, toutes les cloches de la Haute-Savoie furent rassemblées en plusieurs points : Annecy, Bonneville, ou encore Carouge et Thonon-les-Bains. Finalement non cassées par les révolutionnaires, les cloches furent récupérées par leur paroisse respective… ou presque ! Nombreuses furent les communautés qui, par un petit tour de passe-passe, ont réussi à dérober une cloche plus grosse que celles qu’ils avaient livrées quelques années plutôt. Notre petite cloche d’Andilly, à la facture plutôt grossière, n’est malheureusement pas signée. Ses décors ne correspondent malheureusement pas avec d’autres cloches fondues à l’époque, permettant d’attribuer l’œuvre à un fondeur. Le clocher de Saint-Symphorien a été pourvu d’abat-sons il y a quelques années maintenant, conséquence de querelles entre la Municipalité et le voisinage de l’église. C’est peut-être cette raison qui explique la présence de mousse contre les ouvertures pour limiter les décibels au pied de la tour, ainsi que l’installation des cloches en rétrograde il y a quelques décennies déjà. On pourra toujours se consoler en disant que les cloches continuent de sonner, même plus discrètement, plutôt qu’elles aient été tout simplement mises à l’arrêt par une minorité parfois plus bruyante que les cloches elles-mêmes.
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N°
Nom
Fondeur
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
Eugénie Joséphine Françoise
Frères Paccard
1847
91,4
~450
La♭3
2
—
—
1763
69
~200
Ré♭4
Près du clocher de l’église Saint-Symphorien, une structure en bois intrigue. Elle laisse dépasser dans un clocheton sommital une petite cloche. Il s’agit en fait d’un carillon installé dans un gigantesque beffroi en bois massif. A l’occasion de l’an 2000, l’association Andilly Loisirs avait souhaité que toutes les communes du Syndicat Mixte du Salève, composé à l’époque de 17 communes, finance chacune une cloche pour former un petit carillon inauguré pour les 4e Médiévales d’Andilly. Chaque cloche porte donc, le nom d’une localité selon l’ordre suivant (par la pesanteur) : Etrembières, Collonges-sous-Salève, Annemasse, Bossey, Beaumont, Archamps, Neydens, Saint-Julien-en-Genevois, Présilly, Copponex, Saint-Blaise, Cruseilles, Vovray-en-Bornes, le Sappey, La Muraz et Monnetier-Mornex. La commune d’Andilly a installé sa propre cloche au sommet, la plus grosse de la structure. Fondue en 1858 par les frères Beauquis de Quintal, il s’agit d’un réemploi de la cloche de l’école d’Andilly. Ne comprenant comme inscriptions que la signature du fondeur, il a été rajouté, gravé dans le bronze, le nom de sa commune propriétaire. Depuis un quart de siècle maintenant, ce carillon égrène quelques mélodies à diverses heures de la journée, à l’exception de la cloche d’Andilly, qui n’est pas reliée à l’instrument mais qui pourrait sonner à la volée en tirant sur la corde accrochée en hauteur pour éviter sans doutes des envolées nocturnes ! La tessiture du carillon est la suivante : Do5, Ré5 chromatique Mi6. La cloche Beauquis, quant à elle, donne un La dièse 4 approximatif.
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Mes remerciements à :
M. Vincent Humbert, maire, pour son aimable autorisation.
M. Pierre Cusin, adjoint au maire, pour l’invitation et l’ouverture du clocher.
M. Hugo Gautraud « Les Cloches Mosellanes » pour les informations tirées du livre sur les cloches des Contamines-Montjeoie.
Sources & Liens :
Association « la Salévienne » Andilly
« Notre-Dame de la Gorge, un sanctuaire au Pays du Mont-Blanc », Jean-Paul Gay
Relevé et clichés personnels
Installé sur les pentes du Mont Sion, le village d’Andilly est réputé dans toute la Haute-Savoie -et même au-delà- pour ses médiévales, qui rassemblent chaque année des milliers de locaux et touristes autour de nombreux bénévoles passionnés. Andilly a également été primé par les lecteurs du Dauphiné Libéré comme « plus beau village de Haute-Savoie » en 2022. Il faut dire que sa situation géographique, sa disposition singulière et son riche patrimoine n’y sont pas pour rien. Andilly, c’est l’histoire de trois hameaux étagés contre les pentes sud du Mont Sion et qui ont vécu, bon gré mal gré, ensemble pendant des siècles : Charly, Jussy et Saint-Symphorien, actuel chef-lieu d’Andilly. Tous sont d’ailleurs des noms plutôt courants : nous avons plusieurs Andilly et Charly en France, et de nombreux Jussy en Pays de Savoie et en Suisse romande. Quant à Saint-Symphorien, il n’est pas rare que le patron d’une paroisse donne son nom à la commune, sans doute le résultat d’une forte dévotion.
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Mais revenons à Charly et intéressons nous à son histoire. Il semblerait que son nom soit tiré d’un domaine gallo-romain « Caroliacum ». Il est difficile de dire quand se sont installés les premiers habitants de Charly, même si l’on sait que des présences humaines sont attestés dans le secteur depuis plusieurs millénaires. Il faut aussi ajouter que l’actuelle départementale 1201 qui relie Saint-Julien-en-Genevois à Annecy, encore aujourd’hui très empruntée, ne fait que reprendre le tracés d’anciennes voies, faisant d’Andilly une étape importante. La chapelle de Charly, aujourd’hui sous le vocable de Saint-Jacques, est d’ailleurs un arrêt recueilli pour les pèlerins de Compostelle. Son histoire est intimement liée au père Jacques Fusier, vicaire général de Genève et natif du hameau qui eut à cœur de reconstruire ce qu’il voudra comme l’église de Charly en 1454. D’abord placée sous le double vocable des saints Clair et Sébastien, ce petit sanctuaire gothique accueillera pour les habitants toutes leurs célébrations : la messe hebdomadaire, les baptêmes, mariages et sépultures. Saint François de Sales le mentionnera d’ailleurs dans sa visite pastorale. Il convient de préciser que cette « paroisse » dépendait toutefois de Saint-Symphorien en contrebas et qu’elle ne possédait pas de curé propre. Les habitants (environ 12 familles) ont essayé de nombreuses fois, en vain, de s’émanciper devenir une institution autonome. Dans l’histoire de la chapelle, deux incendies seront à l’origine d’une reconstruction partielle : une première fois en 1541 puis en 1787, avec l’édification d’un clocher bulbe. L’édifice se présente depuis comme une belle chapelle de style gothique tardif, avec deux chapelles latérales. La première dédiée aux saints Jacques (le Majeur et le Mineur) et la seconde à la Sainte Croix. Les vitraux du chœur datent du XXe siècle et cohabitent avec un Christ conçu probablement au XVe siècle et à l’extérieur, une statue de saint Jacques installée en 1997.
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A la Révolution, la paroisse est tout simplement supprimée et cette « église fille » est rétrogradée en simple « chapelle rurale ». Concrètement, seules quelques messes peuvent y être célébrées, et les sacrements doivent être reçus dans l’église Saint-Symphorien. Cette situation entrainera plusieurs décennies de conflits entre les hameaux. Ne souhaitant pas se rendre à Saint-Symphorien pour les enterrements, les habitants enterrent donc leurs morts sans prêtre. Après des décennies de négociations, ils acceptent de se rendre dans l’église paroissiale mais par une porte séparée, ne souhaitant pas se mélanger avec les habitants d’en bas. Les tensions reprendront de plus belle à chaque fois que l’occasion se présente. C’est ainsi que Charly possède encore aujourd’hui son propre cimetière, son école, son monument aux morts (qui reprend quand même les disparus de toute la commune !). Aujourd’hui, les tensions se sont apaisés et les habitants de Charly peuvent toujours accueillir les obsèques de l’un des leurs dans leur chapelle, dédiée à saint Jacques depuis 1997.
Avec une porte d’accès et un éclairage intérieur automatiques, difficile de croire que la cloche de la chapelle se sonne encore à la corde. Et pourtant, la porte d’accès au clocher à peine ouverte que nous nous retrouvons face à une corde. En grimpant les échelles de meunier, une ficelle accrochée au battant permet de la sonner « au coup par coup ». D’ailleurs, à chaque décès dans le hameau et à chaque obsèques dans la chapelle, un habitant se dévoue pour tirer sur la corde, actionnant à la volée l’unique cloche de ce sanctuaire gothique. Fondue le 8 octobre 1856 par les frères Beauquis de Quintal, comme l’atteste la signature, elle a été faite grâce « aux dons de [ses] bons enfants de Charly et surtout au zèle du comité ». Elle citent également le nom du syndic (maire) d’Andilly de l’époque, Jean Cusin, et le curé de la paroisse, l’abbé Jean-Claude Deletraz. La cloche, dépourvue de nom ou d’une dédicace religieuse, arbore néanmoins une Vierge à l’Enfant et un Christ en croix. D’un diamètre de 77,6cm, elle sonne le « Si » de la troisième octave (Si3) pour un poids estimé de 290 kilogrammes.
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Mes remerciements à : M. Vincent Humbert, maire, pour son aimable autorisation. M. Pierre Cusin, adjoint au maire, pour l’invitation et l’ouverture du clocher.
Sources & Liens : Association « la Salévienne« Andilly Relevé et clichés personnels
Au cœur de la vallée de l’Arve, au pied du Bargy, la commune de Scionzier est aujourd’hui réputée pour ses nombreuses industries. Il faut en effet savoir que cette vallée est réputée dans le monde entier pour son savoir faire séculaire de l’horlogerie puis plus récemment le décolletage. Si aujourd’hui la commune est assez danse avec plus de 9’000 habitants, la paroisse d’il y a quelques siècles était très étendue avec plus de 6’000 hectares de terres ! Sous l’Ancien Régime, elle était sous le joug des Chartreux du Reposoir (et ce depuis leur installation au XIIe siècle) puis brièvement entre les mains de la famille de Rochette et comprenait les actuelles communes de Nancy-sur-Cluses et du Reposoir. On y ajoute en 1620 la paroisse de Saint-Hippolyte, comprenant les communes actuelles de Marnaz et Vougy. Ensuite, le démembrement de immense communauté paroissiale s’est faite de manière progressive : Nancy-sur-Cluses au début du XVIIIe siècle puis Le Reposoir au lendemain de la Révolution et enfin Marnaz au cours du XIXe siècle dans des conditions difficiles qui seront résumés plus loin. Sur le plan spirituel, la commune de Vougy suivra Marnaz.
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L’église Saint-Pierre-aux-Liens de Scionzier est visible grâce à son clocher à bulbe, témoin typique de l’esprit baroque qui trône dans les alpes savoyardes. Ce bâtiment néogothique est pourtant le théâtre de nombreuses péripéties de l’histoire locale au cours du XIXe siècle. Si nous remontons le temps, cette église était le centre d’une immense paroisse décrite plus haut. Depuis le XIIe siècle, elle se dresse au même endroit, sur les ruines d’un sanctuaire de l’ère paléochrétienne. Il fallait bien que les habitants de Nancy ou du Reposoir parcourent plusieurs kilomètres pour se rendre à la messe ou alors recevoir les sacrements de l’Eglise, parfois non sans peine ! C’est cette situation qui a conduit ces deux communautés à s’élever en paroisse (puis commune) à un siècle d’intervalle. Début XIXe siècle, alors que l’église de Scionzier menace ruine après la Révolution et un incendie en 1817, il est question de reconstruire le monument. La commune de Vougy, qui n’a pas d’église, unie à la paroisse de Scionzier pour le spirituel, milite pour qu’elle soit moins éloignée. Après d’âpres débats, il est convenu que le nouveau sanctuaire -en remplacement de l’ancien- soit construit plus au centre de la paroisse, au lieu-dit « la Contamine ». Ce sera chose faite avec une construction qui s’étalera entre 1836 et 1842 mais qui sera le théâtre de nombreux sabotages car cette décision fut prise dans la douleur : les habitants de la partie orientale de la paroisse voulaient conserver leur propre église sans aucune concession ! D’abord vouée à la destruction, l’ancienne église ne fut jamais vraiment abandonnée et les paroissiens ont milité avec force pour retrouver un curé et un fonctionnement normal. Après des décennies de joutes verbales et physiques, de sabotages, de coup bas et de la présence même de l’armée pour temporiser les affrontements, l’épilogue sera trouvé en 1866 avec la création de la commune de Marnaz, entièrement séparée de Scionzier sur les plans spirituels et matériels. Dès lors, deux églises Saint-Pierre-aux-Liens trônent à 1’500 mètres d’intervalle, chacune gérée par sa propre population. La commune de Vougy, quant à elle, demeure unie au spirituel à la nouvelle paroisse de Marnaz. Pour revenir à l’église de Scionzier, le bâtiment actuel date du XVIIIe siècle, quoique largement remanié début XIXe siècle et reconsacré en 1887. Sa nef principale et ses bas-côtés sont éclairés grâce à des vitraux du XIXe siècle. Au dessus de la tribune, un magnifique tableau classé monument historique salue le fidèle à son départ de l’église.
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Le clocher bulbe de l’église de Scionzier abrite deux cloches, qui sont à peine plus hautes que le faitage du toit du monument. Fondues en 1844 et 1863, elles en remplacent évidemment d’autres plus anciennes. On sait par exemple qu’en 1637, un incendie qui a ravagé l’église a détruit les deux cloches en place, qui seront sans aucun doute refondues quelques mois/années plus tard. Probablement emportées à la Révolution française, d’autres cloches seront ensuite présentes au début du XIXe siècle dans la tour. Aucune information ne fuite sur leur état après l’incendie de l’église de 1817, si ce n’est qu’en 1823, la commune sollicite Louis Gautier, fondeur de Conflans qui a prévu de fondre cinq cloches à Annecy, dont une nouvelle pour Scionzier. Problème : il doit utiliser le métal de l’ancienne cloche cassée pour fondre la nouvelle, cloche que Scionzier mis du temps à livrer, retardant la fonte ! Il livrera à l’automne une cloche de 919 kilos en remplacement d’une autre de 646 kilos. En 1842, la question de l’avenir du beffroi des cloches de Scionzier se pose. En effet, il faut doter l’église de Marnaz d’une cloche, commandée aux frères Bulliod de Carouge établis provisoirement à Contamine-sur-Arve. Marnaz et Vougy militent pour que le beffroi soit transféré « de l’ancienne vers la nouvelle église », alors que ceux de Scionzier demandent de le conserver et que Marnaz s’en construise un neuf car la nouvelle cloche sera plus grande que celle de Scionzier. Si on ne connait pas l’issue de l’affaire du beffroi, on sait cependant que sitôt installée, les paroissiens de Scionzier montent une opération pour aller décrocher le battant de la cloche nouvellement installée au clocher de Marnaz ! Indispensable pour sa sonnerie, il ne sera retrouvé que quelques semaines plus tard au pied d’un des oratoires de la commune. Cette histoire a suscité bien des bavardages de générations en générations, si bien qu’on raconte aujourd’hui l’histoire d’un « vol de cloche ». Il n’en est rien, aucune cloche ne fut volée par l’une ou l’autre des paroisses, mais un sabotage eut bel et bien lieu. Revenons à nos cloches schonverottes : en même temps que l’affaire du beffroi était traité, il était prévu que la cloche de l’ancien sanctuaire prenne le chemin du nouveau. Sans doute cette opération ne fut pas concrétisée car en 1844, cette cloche (peut-être celle de 1823) est refondue et augmentée par les frères Bulliod de Carouge. Ses inscriptions en latin indiquent que cette cloche et sa tour sont là grâce à la générosité et piété des habitants de Scionzier qui l’ont relevé. Sur l’autre face, toujours en latin, la cloche indique que « la miséricorde et la vérité s’obéissent l’une à l’autre, la justice et la paix s’embrassent ». Cette inscription semble presque risible quand on sait qu’un climat délétère régnait dans le secteur et que la haine était largement prêchée entre paroissiens des deux communautés devenues rivales ! A côté d’elle, une plus petite cloche fondue en 1863 par les frères Paccard d’Annecy-le-Vieux rend hommage au chanoine Pierre-François Poncet, alors official et chevalier de la Légion d’Honneur. Elle fut donnée « pour Scionzier chef-lieu » -la précision est importante à l’époque- par Pierre Puthod, alors que la paroisse rivale reçut la même année une cloche neuve également ! Electrifiées en 1950, les deux cloches figurent parmi les rares qui ne donnent de la voix que lors de célébrations religieuses en raison de plaintes du voisinages émises il y a déjà plusieurs décennies. Précisons toutefois que les sonneries horaires reviennent depuis fort longtemps à la cloche de l’ancienne mairie-école. Espérons toutefois que les sonneries religieuses quotidiennes que sont l’Angélus se fassent entendre à nouveau dans Scionzier, pourquoi pas en étudiant des mesures pour atténuer leur puissance au pied de la tour (abat-sons, plexiglas, obturation partielle des baies…) ?
N°
Nom
Fondeur
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
—
Frères Bulliod
1844
122
~1’100
Mi 3
2
Marie Emilie
Paccard frères
1863
97,7
~535
Sol♯3
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Mes remerciements à : La commune de Scionzier, son maire et ses services techniques pour leur aimable autorisation. M. Gérald Richard, premier adjoint au maire, pour l’ouverture de l’église, la mise à disposition d’archives ainsi que le don de son excellent livre dont je recommande la lecture !
Sources & Liens : Mairie de Scionzier Scionzier « Marnaz – Scionzier, une histoire à l’ombre des clochers », Gérald Richard, 2016 « Dictionnaire du clergé séculier et régulier du diocèse de Genève-Annecy », chanoine Rebord, 1921 Archives communales de Scionzier Eglise de Scionzier Fonds privés Relevé et clichés personnels
Entre Annecy et Thônes, entre les Pointes de Turpin et de Talamarche, le petit village de la Balme-de-Thuy et ses 450 habitants semblent se dresser fièrement contre les falaises depuis la nuit des temps. La Balme est un nom bien connu dans nos vallées : plusieurs communes et de nombreux hameaux l’utilisent. « La Balme » indique en vieux français la présence d’une ou de plusieurs grottes sur le secteur. « Thuy » signifierait quant à lui la pierre « tuf ». La comme possède plusieurs grottes sur son territoire, notamment au pied de la falaise de « Morette » avec la grotte dite de la « Vielle Eglise », connue depuis la nuit des temps ou presque ! Le nom de Morette est aujourd’hui très évocateur, car c’est ici qu’est érigée la nécropole nationale du maquis des Glières. La commune se partage en effet, avec Fillière, Thônes et Glières-Val-de-Borne, le célèbre plateau des Glières et ses alpages, haut lieu de la résistance française de la Seconde Guerre Mondiale. La commune a connu à cause de lui quelques heures sombres, avec notamment une incursion allemande le 26 janvier 1944. Ces derniers ont incendié les granges du village pour empêcher les résistants de s’y cacher. Au printemps 1944, les corps de 27 résistants fusillés seront retrouvés aux hameaux de la Grange au Maire et de la Belle Inconnue.
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Au centre du bourg, l’église Saint-Pierre est présente, avec son clocher flèche et ses trois cadrans, à l’ouest, au sud et à l’est. Seules les quelques maisons contre les pentes de la montagne, au nord, ne peuvent pas lire l’heure au clocher mais sont aux premières loges pour entendre sonner ! Le sanctuaire remonterait à 1621 avec une consécration par Mgr Jean-François de Sales, neveu du célère saint, le 30 mai 1631. Restauré au début du XIXe siècle grâce aux dons d’un enfant du pays, Mgr François-Marie Bigex, évêque de Pignerol (1817 – 1824) puis archevêque métropolitain de Chambéry (1824 – 1827), le sanctuaire paroissial sera consacré une nouvelle fois en 1829. A l’entrée de l’église, près du portail, les armes du prélat sont d’ailleurs toujours en place et un vitrail, au dessus du porche, lui est aussi dédié. A l’intérieur de l’église, une simple nef s’offre à nous avec un chœur arrondi. De part et d’autres de celui-ci, deux portes : la première mène à la petite sacristie de l’église et de la seconde au clocher et à ses trois cloches.
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Derrière les horloges et les abat-sons, trois cloches se partagent la tâche de rythmer la vie des balmins. Les deux plus petites sont datées de 1880 et la plus grande de 1865. Pour les deux premières, elles ont été ajoutées à la suite d’une fêlure de la petite cloche. Le conseil municipal étudie alors sa refonte et son augmentation tandis que le curé d’alors, le père Borcard, propose d’ajouter sur ses fonds propres une troisième cloche au clocher. C’est ainsi qu’au printemps 1880, il est passé commande aux frères Paccard d’Annecy-le-Vieux -non loin de là- de deux cloches de 225 et 350 kilos, accordées sur la plus grande. Dans sa délibération, le conseil municipal ajoute que le beffroi devra être réparé. Le préfet est sollicité pour autoriser la dépense, estimée à 1’800 francs. Et pour la plus grande cloche, alors ? En 1865, le conseil municipal expose que le sieur François Magnin, habitant la commune, offre 100 francs pour se procurer une cloche plus grosse qui s’entend dans toute la paroisse. En effet, sur les deux cloches présentes dans le clocher à l’époque, aucune des deux n’est assez imposante pour être entendue par tous. La commune vote alors une dépense de 1’500 francs pour que la grosse cloche soit refondue, plus grosse qu’elle ne l’est alors. La fonte de cette cloche fut confiée aux frères Beauquis de Quintal.
Les trois cloches arborent des décors typiques des fondeurs rencontrés. Pour la plus grande, un Christ et une Vierge à l’Enfant. Ses inscriptions sont assez brèves. On peut lire en latin « Ad majorem Dei gloria » (A la plus grande gloire de Dieu) puis la phrase « J’appartiens à la Balme-de-Thuy » suivies de ses parrain, marraine, du curé, du maire et de son adjoint. La seconde cloche est volontiers plus bavarde. Elle appelle à « magnifier le Seigneur » avec elle. Elle aussi indique qu’elle appartient à la Balme-de-Thuy. C’est la seule à avoir un nom : Léontine. Don du conseil municipal, sa composition y est retranscrite sur un côté, en plus de ses parrain et marraine et du curé, le Rd Borcard, déjà cité sur la plus grosse cloche 15 ans plus tôt. Sur la petite cloche, enfin, le don du curé y est clairement mentionné. Cette cloche n’arbore pas « d’appartenance » mais cite néanmoins la « paroisse de la Balme-de-Thuy ». Et elle aussi, fut coulée « à la plus grande gloire de Dieu » en latin !
N°
Nom
Fondeur
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
—
Beauquis frères
1865
109.6
~800
Fa♯3
2
Léonine
Paccard frères
1880
85.1
~350
La♯3
3
—
Paccard frères
1880
70.9
~225
Do♯4
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Mes remerciements vont à : M. Pierre Barrucand, maire, pour son autorisation et son chaleureux accueil Mes amis Claude-Michael Mevs, Arthur Auger et Mathieu Jules pour l’aide apportée à la réalisation de ce reportage
Sources & Liens : Mairie de la Balme-de-Thuy Eglise de la Balme-de-Thuy Administration diocésaine : gerbes de notes et documents, C-M Rebord, 1922 Archives départementales de Haute-Savoie, E-DEPOT27-1D4 Fonds privés Relevé personnel Clichés personnels
Entre le Salève et le bassin genevois, la commune de Neydens a su garder l’aspect d’un bourg paisible, loin de l’agitation citadine de certaines communes alentours. Il faut pourtant signaler que ce qui ne fut jadis qu’une petite paroisse parmi tant d’autres est habitée par 2’500 âmes, soit cinq fois plus qu’avant les années 1960. Le site internet de la commune de Neydens compare son village à une « mosaïque », et à juste titre ! Il suffit de prendre de la hauteur pour comprendre la raison de ce mot : des coins de verdure, quelques hameaux, un bourg principal et une zone d’activités avec en tête le centre Vitam et pour les plus nostalgiques le Macumba, aujourd’hui présent dans les souvenirs de nombreux haut savoyards. Si nous plongeons dans le passé, nous comprenons que Neydens est né il y a 2’000 ans, sinon bien plus tôt, de par sa position à l’ombre du Salève. La Via Romana, reliant Annecy à Genève par le Mont Sion traversait le bourg de la commune.
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La paroisse de Neydens est placée sous le vocable de saint Laurent, diacre du pape Sixte II au IIIème siècle et mort en martyr brûlé vif sur un gril. Il figure d’ailleurs en bonne place sur l’un des vitraux du chœur de l’église. Si le lieu de culte actuel date de la fin du XIXème siècle, d’autres monuments l’ont précédés, et pas forcément de la même confession. Tout d’abord, mentionnons que les chartreux de Pomier, installés près de Neydens dès le XIème siècle desservaient une chapelle à l’emplacement d’un temple romain bâti lui-même sur les fondations d’un lieu de culte païen. Ils contribueront certainement à l’édification d’une église romane dès leur installation, église malheureusement détruite en 1891. Sous le joug des évêques de Genève, la paroisse de Neydens tomba sous la domination protestante en 1536, lorsque la religion protestante devient la religion officielle de la ville de Genève et que l’évêque est chassé de sa cathédrale. L’église romane deviendra donc un temple placé sous la responsabilité d’un pasteur. Cette situation durera jusqu’en 1754 et la signature du traité de Turin qui a permis de définir une vraie frontière entre le royaume de Savoie et Genève. La Révolution n’aura pas épargnée la valeureuse église Saint-Laurent (redevenue catholique et reprenant son vocable primitif). Cet édifice servira encore un siècle, avant de menacer ruine en 1889. Il faut dire qu’après huit siècles, dont certains tourmentés, l’édifice avait vécu. Peut-être qu’aujourd’hui, on aurait préféré le restaurer, mais à l’époque, il a été choisi de le démolir et d’en construire un nouveau. Les plans sont confiés à l’architecte Fontaine d’Annecy et la construction coûtera 30’000 francs. Le bulbe du clocheton, installé sur le chœur, est donc remplacé par une flèche couronnant une tour dressée dans l’angle entre le chœur et une des chapelles latérales de l’édifice. Il fallait que la flèche se voie de Genève, qui contrôlait jadis la paroisse. L’évêque d’Annecy consacrera le monument le 9 octobre 1892 entouré de nombreux prêtres au cours d’une cérémonie emprunte de solennité. Dans cet édifice néogothique, la décoration fut épurée au milieu du XXème siècle. Le concile Vatican II tenu à Rome en 1963-1965 demanda -entre autres- une plus grande simplicité dans la décoration des églises et que le prêtre soit dorénavant face au fidèle. Les retables, stalles et de nombreuses statues furent alors remisés, sinon détruits. Dorment encore dans le clocher certains protecteurs du passé qui pourraient -on l’espère- ressurgir un jour où l’autre dans cette charmante petite église.
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Le 12 mai 1805, le recteur d’Archamps se rend à Neydens. Son rôle ? Présider la bénédiction d’une cloche fondue l’année précédente par Jean-Baptiste Pitton, maître fondeur de Carouge. Cette petite cloche de 280 kilos n’arborait que les noms de ses parrains et marraines, en plus de la signature et du nom de la paroisse, orthographié « Neidens ». En 1888, cette cloche était encore bien seule dans son petit clocheton, elle qui s’apprêtait à rejoindre un nouveau perchoir en 1892. Mais en 1899 déjà, elle était fêlée. Le curé de la paroisse passe alors commande aux frères Paccard d’Annecy-le-Vieux de deux cloches. Pour que la paroisse puisse correctement attendre ces deux nouvelles dames d’airain, la fonderie propose de remplacer la cloche Pitton par une autre cloche qui sera prochainement cassée. D’un poids de 475 kilos, elle provenait de l’église Saint-Maurice de Pringy qui avait fait remplacer sa sonnerie en 1897. Les archives paroissiales nous indiquent que la grosse cloche a été financée par ses parrains et marraines et la petite par une souscription paroissiale. Les inscriptions font d’ailleurs mention des principaux donateurs de cette quête. Fièrement nommées « Félicie Marie Antoinette Françoise » pour la plus grosse et « Joséphine Etiennette Laurence » pour la seconde, elles arborent des effigies en lien avec leurs noms : le Christ, l’Immaculée Conception, saints Antoine et Félix pour la première et les saints Laurent, Joseph, François de Sales et le Sacré Cœur de Jésus pour la petite cloche. Le privilégié qui pourra gravir ce clocher aura plaisir à découvrir deux cloches finement décorées dans un univers tout de bois. Le beffroi qui soutient ces deux cloches intrigue d’ailleurs : il n’a pas été conçu sur un seul niveau comme les Paccard réalisaient à l’époque leur beffroi pour une telle sonnerie, mais il est sur deux niveaux ! Le deuxième niveau accueille aujourd’hui le plancher séparant la chambre des cloches de la flèche. Mais au-dessus de la petite cloche, des traces de cambouis interpellent : elles se trouvent autour d’encoches qui ont très certainement accueillis les paliers d’une cloche. Est ce que le beffroi a été conçu en 1899 et la cloche de Pringy y avait trouvé refuge, afin de laisser les emplacements pour installer facilement les deux cloches de 1900 ? Nul ne sait.
N°
Nom
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
Félicie Marie Antoinette Françoise
119,2
1’030
Mi 3
2
Joséphine Etiennette Laurence
94,9
535
Sol ♯ 3
Georges & Francisque Paccard fondeurs à Annecy-le-Vieux Hte Savoie 1900
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Mes remerciements vont à : Madame Marie-Françoise Vandenbosch pour l’accès au clocher, les sonneries spéciales et les fournitures d’archives. Monsieur Michel Brand pour l’organisation du rendez-vous.
Au cœur du genevois, la commune de Viry parlera à beaucoup de visiteurs venus d’ailleurs : son péage est l’une des portes d’entrées pour les stations de sports d’hiver depuis le nord de la France. Bien que traversée par l’autoroute, c’est avant tout encore aujourd’hui une commune essentiellement rurale située à un jet de pierres de la ville de Genève. Viry résulte de la fusion de cinq paroisses en 1600 : Saint-Maurice (Viry), Saint-Jean-Baptiste (Malagny), Saint-Martin (Essertet), Saint-Eusèbe (Humilly) et Saint-Clair (l’Eluiset). Ces patronages montrent bien qu’elles étaient toutes anciennes, pour ne pas dire antiques ! Si aujourd’hui, l’ancien territoire de l’Eluiset se fond dans le chef-lieu de Viry, les autres hameaux sont encore très bien identifiables en prenant un peu de hauteur. Les bourgs de Malagny et d’Humilly conservent encore des reliques de leur indépendance religieuse avec un cimetière pour chacun, et même une chapelle pour le dernier. Daté du XIIIe siècle, ce lieu de culte est sans aucun doute l’ancienne église de cette paroisse. Plus proche de nous, Viry a aussi été réputée un temps pour ses meetings aériens organisés par la société de l’aérodrome de Viry (1910, 1911 et 1935).
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L’église Saint-Maurice de Viry a été consacrée le 29 avril 1845 par l’évêque d’Annecy, Mgr Louis Rendu. Deux ans auparavant, l’ancienne église paroissiale dépeinte par son curé comme « difforme » fut démolie. Certaines pierres de la tour et des contreforts sont néanmoins réemployées pour construire le nouveau lieu de culte et d’autres pierres ont été prélevées dans les carrières du Salève. La première fut posée en juin 1843 et les travaux furent confiés à l’entreprise Eugène Buttin qui travailla d’après les plans de Valentin Guyon. Sur les 72’000 livres qu’ont coûtés les travaux, le tiers provenait de dons et de legs. Depuis la place, le monument peut impressionner. Il faut en effet rappeler qu’il doit accueillir cinq anciennes paroisses en un seul endroit ! L’intérieur de l’église, décoré par le peintre Jean-Pierre Ferraris, mérite le détour. Dans le chœur une magnifique fresque représente le saint patron de l’église Maurice, accompagné de sa légion thébaine. Le soldat sur son cheval tient dans sa main comme étendard la croix tréflée, aujourd’hui blason de l’abbaye qui conserve ses reliques. A l’opposé, un vitrail représente un autre saint majeur pour la région : François de Sales, évêque de Genève au XVIIe siècle. Il serait cependant réducteur de s’arrêter à ces deux seules représentations : le visiteur pourra aussi y découvrir de nombreux vitraux, deux fresques représentant la Cène et la Pentecôte dans le chœur et de nombreuses décorations en trompe œil qui ont été redessinés en 1897 grâce au don de la famille Gondrand. Tout cette décoration néoclassique de l’ensemble a été restaurée avec soin en 2002 à l’identique.
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Le clocher de l’église Saint-Maurice impressionne certains et intrigue d’autres. Parfois les mêmes. Il faut déjà reconnaître que sa hauteur dénote avec les autres clochers du genevois. Son couronnement est aussi unique –ou presque– en Haute-Savoie : il est coiffé d’un toit terrasse alors que les autres clochers de la région sont garnis d’une flèche, d’un bulbe ou bien d’un lanterneau. Si le clocher, comme tout carré, possède évidemment quatre faces, il ne compte que trois horloges : à l’est, au sud et à l’ouest. Mais pas au nord, pourtant occupé par les hameaux d’Humilly, Malagny et Veigy. La non installation d’une horloge dans leur direction donne lieu à de nombreuses hypothèses sur des querelles internes. Il faut quand même préciser que juste après le rattachement de la Savoie à la France, ces hameaux ont souhaité former une commune indépendante ! Cette demande ne fut jamais reçue. Peut-on alors présager d’une « vengeance » du bourg ? Les baies géminées du clocher dissimulent trois cloches, audibles par toute la paroisse. La cloche médiane est la plus ancienne car elle porte le millésime 1828. Elle fut réalisée par le fondeur carougeois Jean-Baptiste Pitton en collaboration avec son successeur François Bulliod qui co-signa l’objet sacré. Les deux autres cloches portent toutes les deux la date de 1859 et ont été fondues dans les nouveaux ateliers anciléviens des frères Paccard. Les inscriptions de ces dames de bronze ne mentionnent pas de prénom mais quelques informations historiques. La grande cloche indique qu’elle fut « refondue et augmentée […] par souscription volontaire » juste après l’inscription religieuse (en latin) : « Je loue Dieu, j’appelle le peuple, je rassemble le clergé, je pleure les morts, je fais fuir les nuages, j’embellis les fêtes ». La seconde cloche arbore quant à elle l’ensemble du conseil municipal de Viry en 1828. Elle aussi, porte une maxime religieuse. Il s’agit du psaume 150 (en latin) : « Louez [le Seigneur] par les cymbales sonores, louez-le par les cymbales triomphantes ». On notera d’ailleurs que la cloche fait référence au psaume 170… qui n’existe pas (il n’y en a que 150) ! La dernière cloche, elle, est un don du curé, le révérend Louis Naz. Sa maxime est (en latin) « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ». Cela laisse donc entendre qu’en 1859, on passe de deux à trois cloches pour cette grande église Saint-Maurice.
N°
Fondeur
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
Frères Paccard
1859
115,8
~900
Fa 3
2
Jean-Baptiste Pitton et François Bulliod
1828
93,5
~475
Sol 3
3
Frères Paccard
1859
75
~250
Do 4
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J’adresse mes remerciements nourris à Mme Anne-Marie Placentini, sacristine, pour l’ouverture du clocher et l’autorisation de sonnerie spéciale ainsi que M. Michel Brand, historien local, pour l’organisation du rendez-vous et l’accompagnement au clocher.
La Maurienne correspond à l’une des six provinces dites « historiques » de la Savoie. Vallée de 125 kilomètres de long, creusée par la rivière Arc qui, de Bonneval-sur-Arc, rejoint la rivière Isère dans la Combe de Savoie. C’est un véritable trait d’union entre la France et l’Italie grâce au tunnel du Fréjus, permettant de rejoindre assez rapidement la ville de Turin. Outre cet ouvrage construit pour faciliter le passage, le col du Mont-Cenis est le franchissement naturel de la frontière entre les deux pays. Lorsque Turin était la capitale des Etats de Savoie, la Maurienne devenait donc un axe très stratégique. Si je m’attarde sur la Maurienne et non Saint-Jean-de-Maurienne, c’est parce que l’histoire de la vallée, c’est aussi en quelque sorte l’histoire de la cité. Cette vallée est un évêché à lui tout seul depuis des temps anciens avec son siège à saint Jean ! Saint-Jean-de-Maurienne est aujourd’hui une ville de 7’500 habitants, l’une des sous-préfectures de la Savoie (73). Installée au bord de la rivière dont elle en a parfois subi les colères, elle accueille aujourd’hui de nombreuses industries qui y prospèrent, et plus largement toute la vallée a subi le même sort.
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Nous retrouvons les origines du diocèse de Maurienne aux prémices de la chrétienté. Il est alors raconté que sainte Thècle, vénérée par exemple à Valloire, aurait rapportée sur place des reliques de saint Jean-Baptiste : ses « doigts qui ont touché le Seigneur dans le Jourdain ». A cette même période, la vallée qui était sous la juridiction de l’évêque de Turin devient un propre diocèse, malgré l’opposition marquée par le pape Grégoire 1er. Fort de ses reliques, le petit diocèse prit rapidement une certaine ampleur, si bien que l’évêque possédait même un pouvoir temporel dans son diocèse ! Toutefois, cette influence fut atténuée lors des grands siècles de la Maison de Savoie qui, par la force, a réussi à prendre possession de cette vallée hautement stratégique pour eux, entre Chambéry et Turin. A la Révolution, le diocèse est supprimé au profit d’un évêché dit de « Chambéry et Genève » avec un seul évêque pour les deux actuels départements savoyards. Il fallut attendre les années 1820 pour que ce grand diocèse soit démembré par étape : Annecy en 1822 puis la Maurienne et la Tarentaise en 1825. L’évêché de Chambéry était quant à lui devenu archiépiscopal en 1817, lui donnant une préséance sur les autres diocèses savoyards. En 1966, le pape lie les trois diocèses de l’actuel département savoyard « aequer principaliter », rendant cette situation unique en France : l’archevêque de Chambéry est aussi coiffé des titres d’évêque de Maurienne et d’évêque de Tarentaise. Chaque diocèse a son propre clergé et ses propres instances même s’ils fonctionnent le plus collégialement possible. La cathédrale de Saint-Jean-de-Maurienne n’est donc pas une cathédrale à titre honorifique ni une co-cathédrale mais demeure pleinement le siège de l’évêque de Maurienne.
Qui dit diocèse dit cathédrale, siège de celui-ci. Les premiers siècles de son existence sont malheureusement imprécis, en raison des nombreuses incursions qu’on subi la région durant les premiers siècles de la chrétienté. Ce n’est qu’à l’aube du deuxième millénaire après Jésus Christ qu’on peut commencer à établir une chronologie précise de l’édifice. A la naissance de la maison de Savoie, la reconstruction de la cathédrale est liée à Humbert aux Blanches Mains dont le cénotaphe est visible dans le péristyle du monument. Des écrits laissent entendre qu’à la même époque (au XIème siècle) la cathédrale et l’église Notre-Dame sont restaurées ou reconstruites entre 1040 et 1070. Nous pouvons en tout cas attester que la charpente de l’église date de 1075/1076, faisant de celle-ci l’une des plus veilles de France. La cathédrale romane se présentait par une église de type basilicale, c’est à dire trois nefs. Les deux latérales se terminaient chacune par une chapelle dédiée à saint Pierre pour l’une et sainte Thècle pour l’autre. Pendant l’hiver 1439/1440, une crue du Bonrieu dévaste saint Jean et n’épargne pas la cathédrale qui doit être reconstruite. La rivière sera endiguée pour éviter une seconde catastrophe. La seconde moitié du XVe siècle sera synonyme de nombreux changements dans l’édifice : un cloître, des voûtes, un nouveau chœur et des stalles gothiques seront édifiés et installés sous l’impulsion des différents évêques en poste. Ces éléments nous sont parvenus et font encore la fierté de l’édifice religieux. Des chapelles ont été adjointes à l’édifice entre le XVIe et le XVIIe siècle. Au XVIIIe siècle, une nouvelle sacristie est bâtie à l’emplacement de la chapelle Saint-Pierre et un porche est commandé par le roi Charles-Emmanuel III de Savoie. Le XIXe siècle apportera ensuite ses modifications à la cathédrale : l’église Notre-Dame ayant été endommagée par la chute du clocher à la Révolution et l’église Saint-Christophe ayant brûlée à la même période, la cathédrale devient la seule église paroissiale de la ville. Pour l’agrandir, le jubé est démonté et les stalles déplacées. Des nouveaux vitraux sont aussi commandés. Le XXe siècle permet de redécouvrir la crypte de la cathédrale, abritant des éléments allant du VIIe au XIVe siècles. Elle a été comblée au siècle suivant mais elle fut déblayée et son accès rétabli.
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Le grand clocher de Saint-Jean-de-Maurienne impose par sa silhouette et ses grandes dimensions. Il faut s’avoir qu’en réalité, il s’agissait d’abord du clocher de l’église Notre-Dame, voisine de la cathédrale. Cette énorme tour était ornée d’une flèche entre le XVe siècle et la Révolution, faisant de lui une tour de près de 80 mètres ! Lorsqu’elle fut rasée, cette flèche tomba sur l’église et endommagea la nef. L’édifice religieux fut donc raboté et la rue qui les sépare fut donc créée. Ce clocher a abrité, au cours de son âge d’or, une sonnerie de plus de 10 cloches ! Le 10 mai 1326, la Confrérie du Saint-Esprit demande aux chanoines l’usage d’une cloche pour annoncer leurs assemblées. Cette demande leur a été accordée. Les archives du chapitre de Verceil (Italie) abritent un document qui intéresse l’histoire campanaire de Saint-Jean-de-Maurienne : en 1475, Amédée Gavit, vicaire du cardinal d’Estouteville alors évêque de Maurienne, charge Claude Milon de Genève et Claude Vionnet de Sallanches (Faucigny) de fondre des nouvelles cloches pour la cathédrale. Malheureusement, pas assez d’éléments nous permettent de bien apprécier les travaux qui s’y sont passés. Un autre écrit retrouvé dans les archives paroissiales de Saint-Pancrace donne avec précision la fonte de nouvelles cloches durant l’été 1667. Le chanoine Nicolas Féjoz raconte ce qui suit : • Le 23 juillet a été descendue la grosse cloche, et le 26 juillet la seconde cloche. Les deux ont été refondues le 30 juillet : la grosse cloche sous le vocable de tous les Saints et la seconde en l’honneur de Saint-Jean-Baptiste. • Le 3 août, un prix fait a été passé pour refondre la quatrième et la cinquième cloche. • Le 8 août, l’évêque a béni les deux grosses cloches et une autre cloche, aussi dédiée à tous les Saints. Nous ne savons pas quel rang cette dernière occupait dans la sonnerie… • Le 7 septembre, l’évêque a béni quatre nouvelles cloches : la quatrième, la cinquième, la sixième et la neuvième cloche dans l’ordre de la pesanteur. En 1712, le chanoine Cueillerat paye 200 florins à Georges Arnaud, fondeur de Saint-Jean-de-Maurienne pour la fonte d’une cloche pour l’église Notre-Dame. Les prochains écrits datent ensuite de la période révolutionnaire : les cloches ont été descendues les 12 et 13 décembre 1793. Lors de cette opération, la troisième cloche dite « la None » sans doute parce qu’elle était particulièrement utilisée par le chapitre pour cet office, a été brisée . Le 21 décembre, il est décrété que les quatre plus grosses cloches seront pesées à Chambéry car elles ne peuvent l’être à Saint-Jean-de-Maurienne1. Le lendemain, le procureur syndic d’Arc indique au procureur général syndic de l’envoi de 24 cloches à Chambéry dont : 9 cloches du Chapitre, 4 de Saint-Christophe, 2 des Bernardines, 1 des Capucins, 1 des Pénitents, 1 de Saint-Antoine, 1 de la Miséricorde, 1 de Bonne-Nouvelle, 1 de Notre-Dame et 1 du Collège. Ce qui ferait au total, 10 cloches pour la tour du Grand Clocher de la Cathédrale et de Notre-Dame. Plusieurs écrits indiquaient que la sonnerie de la cathédrale se composait de 11 cloches. Avec l’obligation de laisser une cloche par clocher pour sonner tocsins et assemblées civiles , le recoupement d’information donne donc une certaine logique. Des archives privées donnent une variante aux informations ci-dessus dans un écrit de l’abbé Guiguet, vicaire à la cathédrale entre 1853 et 1858. Il raconte « de témoins contemporains et oculaires » que la sonnerie de la cathédrale était composée, au 2 décembre 1793 « de neuf cloches ; trois formaient, comme aujourd’hui, la sonnerie de l’horloge, mais elles étaient disposées de manière à servir en même temps pour le carillon. Elles furent conservées, ainsi que l’horloge ». Au Concordat, les trois cloches de l’horloge et son mouvement semblent donc avoir été réinstallées, ce qui veut dire qu’elles n’ont pas été envoyées à Chambéry en 1793. Au XIXème siècle, la sonnerie cultuelle de la cathédrale est donc partiellement reconstituée. En 1812, une cloche dite « des Pénitents » est fondue à Briançon, probablement par les dynasties Vallier et Gautier, fondeurs en activité dans cette ville et qui ont par ailleurs largement contribué à la repopulation des clochers savoyards à cette période. En 1828, la grosse cloche se fend et une nouvelle est aussitôt commandée par le Chapitre. Cette cloche a coûté 1994,6 livres à raison de 36 livres le quintal, poids de Saint-Jean-de-Maurienne, somme fixée le 17 septembre 1828. Le règlement a été effectué aux fondeurs Jean-François Gautier et François Vallier le 14 septembre 1829 après une garantie d’un an de la cloche. Les années 1864 et 1865 verront l’arrivée de deux cloches au clocher : d’abord la troisième par les frères Beauquis puis la seconde par les frères Paccard. Aucune archive n’a été retrouvée pour aider à contextualiser ces achats. De nombreuses questions restent ouvertes, notamment celle d’une refonte ou d’un ajout mais aussi de la réalisation de ces deux cloches (à un an d’intervalle !) par ces deux fondeurs en concurrence ! A la fin de l’année 1873, la petite cloche des Pénitents se fêle. Une nouvelle cloche est commandée aux frères Paccard. Un devis est soumis au chapitre avec la reprise de l’ancienne cloche, pesée 174 kilos. Une nouvelle cloche de 228 kilos sera donc installée en lieu et place. En 1935, les cloches de volée du Grand Clocher ont été électrifiées. On a d’abord commencé par les trois grosses, considérant que « la petite cloche ne se prête pas à cette transformation ». La commune prend à sa charge l’enterrement des fils électriques entre la sacristie et le Grand Clocher et le diocèse finance l’électrification proprement dite. C’est probablement à ce moment-là qu’est rendue muette la « Cloche du Chapitre » installée dans le fin clocher attenant à la cathédrale. Son accès est malheureusement impossible aujourd’hui, mais sa réhabilitation est à l’étude. On espère pouvoir l’atteindre un jour pour percer à jour ses secrets et lui redonner un usage liturgique ! Si le chapitre de la cathédrale est aujourd’hui en sommeil, de nouvelles pratiques apparaissent dans la cathédrale. Une « garde d’honneur » s’est formée autour des reliques que la cathédrale abrite. Elle propose notamment des vénérations publiques ou privées et participe aux grandes heures liturgique de la cathédrale, église mère du diocèse.
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Si je n’ai que très peu abordé les cloches de volée de la cathédrale, c’est qu’un second ensemble campanaire mérite le détour. Car oui, ce clocher abrite encore trois cloches pour l’usage strictement civil ! Il s’avère que la plus récente d’entre elles date de 1745 ! Et la plus ancienne n’est malheureusement pas datée mais compte parmi les plus anciennes cloches du département. La cloche des heures porte la date de 1451. Son fondeur n’est pas identifié mais elle ne porte que pour inscriptions le début de l’Ave Maria et la date en chiffres romains. Les deux plus petites cloches sonnent les quarts. La première, de taille médiane, est signée est datée : Barthélémy Arnaud, 1745. Ce fondeur était établi dans cette ville qui a connu pendant près d’un siècle (d’environ 1650 à 1750) une dynastie : la famille Arnaud, originaire de Termignon (Maurienne). Elle ne possède aucune autre inscription mais quelques effigies, notamment quelques angelots, un Christ et une Vierge. La plus petite cloche est la plus mystérieuse : elle porte une inscription gotique traduite « cloche des messes à dire à l’église Saint-Jean-Baptiste de Maurienne ». Non signée et non datée, cette cloche est l’objet de toutes les spéculations. En effet, des cloches similaires existent (mais se comptent sur les doigts d’une main) en Pays de Savoie et sont généralement datées du XIVe siècle, voire début du XVe siècle au plus tard avant de laisser la place aux cloches gothiques (cette fois avec un h). Un cloche non loin, située au Châtel, présente les mêmes caractéristiques. Autrefois datée de l’an mille (d’où lui vient son surnom) elle est en fait du XIVe siècle et possède de nombreux points commun avec la cloche de Saint-Jean. De plus, ses inscriptions montrent un fonctionnement particulier : « cloche des messes à dire » sa petite taille peut laisser entendre que les chanoines l’utilisaient pour annoncer le début d’une messe célébrée ici où là dans la cathédrale, ou pour convoquer le chapitre à un office. Toujours est-il que cet ensemble campanaire parallèle -aujourd’hui strictement civil- est de haut vol : trois cloches prérévolutionnaires qui, à ce jour, ne bénéficie d’aucune inscription aux monuments historiques ! Il est presque évident que sa survie est dû à son usage profane : sonner les heures et autrefois convoquer les assemblées ou encore pour sonner le tocsin.
N°
Nom
Fondeur
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
« le Bourdon »
Vallier & Gautier
1828
137,2
~1’650
Ré ♯ 3
2
Sainte Marie et Saint Joseph
Frères Paccard
1865
110,1
~800
Fa ♯ 3
3
Sacré Cœur de Jésus
Beauquis frères
1864
86,5
~380
La ♯ 3
4
« Cloche des Pénitents »
Frères Paccard
1874
71,2
228
Do ♯ 4
I
« Cloche des heures »
inconnu
1451
86,5
~450
La ♯ 3
II
—
Barthélémy Arnaud
1745
41,7
~45
La ♯ 4
III
—
inconnu
XIVe ou XVe siècle
30,3
~20
Sol 5
NB : La « cloche du Chapitre » ne figure pas dans cette liste. Située dans le clocher de la cathédrale, elle n’est pour l’heure pas accessible et aucune archive nous donne des indications sur ses dimensions, date et fondeur.
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Mes remerciements chaleureux et nourris à : La municipalité de Saint-Jean-de-Maurienne, son maire Philippe Rollet et son adjointe Josiane Vigier pour l’accès exceptionnel au Grand Clocher, dont la commune est propriétaire. Les diocèses de Savoie et plus particulièrement le diocèse de Maurienne, son chancelier Yvan Caporizzo, membre de la Garde d’Honneur des reliques de Saint-Jean, pour l’accompagnement dans la cathédrale et les recherches historiques autour des archives du chapitre et du diocèse. La paroisse de Saint-Jean-de-Maurienne et plus particulièrement l’abbé André Minh Tam Ngo, recteur de la cathédrale, pour l’autorisation des sonneries spéciales hors calendrier liturgique. Mes amis Loris Rabier « Les Cloches Mauriennaises« , Claude-Michaël Mevs « Quasimodo Sonneur de cloches » et Victor Fraysse pour l’aide apportée à la réalisation de ce reportage. Romeo Dell’Era, diplômé d’un Master ès Lettres en Sciences de l’Antiquité (Université de Lausanne) et membre de la Guilde des Carillonneurs et Campanologues Suisses, pour l’aide apportée autour de la cloche du XIVe siècle.
Sources & liens : Mairie de Saint-Jean-de-Maurienne Diocèses de Savoie Archives du diocèse de Maurienne et du chapitre de la cathédrale Société d’Histoire et d’Archéologie de la Maurienne Mémoires de l’Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Savoie Travaux de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Maurienne Le Dauphiné Libéré