La Chapelle-d’Abondance – Eglise Saint-Maurice

Je suis fier aujourd’hui de vous présenter un de mes coups de cœur de mes visites. Au cœur de la vallée d’Abondance, qui relie les hauteurs de Thonon-les-Bains au Valais, en Suisse, tout en desservant par la même occasion une grande partie des Portes du Soleil, non moins célèbre station de ski, on a pu se rendre compte que cette vallée regorge de trésors campanaires… ce n’est pas fini ! Sur ce village, nous avons probablement les origines de la vallée. C’est en effet entre les Cornettes de Bise et le Mont de Grange que ce seraient installés les chanoines de Saint-Maurice avant de préférer Abondance, lieu ou les murs de l’Abbaye demeurent presque intacts. Quoi qu’il en soit, ce village est attesté officiellement dès 1178. Son nom évolua au fil du temps avant de prendre la forme actuelle en 1960. Lors de la Révolution, il prit temporairement le nom de « Mont d’Or » avant de devenir un temps « La Chapelle en Chablais ».

Du côté de la paroisse, une grande église est attesté aux Frasses. Elle fera l’objet de discordes entre l’évêque de Genève et l’Abbé d’Abondance, ce dernier préférant avoir la pré-séance dans la vallée. Il obtiendra gain de cause grâce au Pape Innocent IV qui déclassera l’église en chapelle (peut-être que le nom de la commune vient de cet événement?). Dès lors, les lieux deviennent propriété de l’Abbaye. Lors de la reconstruction de la chapelle Saint-Maurice à l’endroit actuel, aux Contamines, la paroisse souhaite s’émanciper. Ce ne sera chose faite qu’après la venue de saint François de Sales, évêque d’Annecy-Genève. En 1645, Victor-Amédée II, Duc de Savoie, souhaite que la Chapelle et Châtel, deux jeunes paroisses, soient tout de même une seule entité administrative. 95 ans plus tard, un de ses successeurs proclamera la naissance de Châtel comme commune à part entière. Revenons en 1636 : nous sommes au cœur d’une période faste pour la vallée, en pleine expansion démographique. L’église est alors reconstruite. Un siècle plus tard, entre 1732 et 1733, le clocher est reconstruit une première fois. Il le sera de nouveau en 1811, après la Terreur. L’église sera agrandie entre 1846 et 1848 par Besson. Les peintures intérieures seront reprises en 1936 et 2008.

Le clocher de l’église Saint-Maurice est l’un des plus beaux clochers à bulbes savoyards : ses formes élégantes sont vantées dans toutes la région. Il y a également un trésor non négligeable qui cette fois va ravir nos oreilles : il s’agit des quatre cloches. Et là encore, nous pouvons sans autres parler d’un des plus beaux ensembles du Chablais. Il est formé de trois cloches des frères Claude et Jean-Pierre Paccard de Quintal, représentants de la deuxième génération de cette non moins célèbre fonderie aujourd’hui installée à Sévrier et qui a contribué à la notoriété d’Annecy et de sa région. Elles accompagnent une cloche plus ancienne, fondue par Guillaume, Claude et Antoine Livremont, fondeurs et bourgeois d’Evian, de Pontarlier et de Besançon (25). Elle est classée Monument Historique depuis 1943 car elle a été fondue en 1687. Si les cloches de 1842 ne nous informe pas si elles remplacent des regrettées prédécesseurs, on sait cependant qu’en 1744 Simon Fontaine et Jacques Epillat, fondeurs lorrains, ont réalisés plusieurs cloches pour l’église. Il ne fait peu de doutes que ces cloches aient été fondues à la Révolution pour en faire des canons. Les iconographies des cloches valent le détour. Si la plus grande cloche, fondue au début de l’ère baroque, affiche un agencement proche du gothique avec une multitude de Vierges à l’Enfant, de Cruxifix et le patron, saint Maurice, les plus petites cloches présentent une décoration néoclassique typique de la fonderie de Quintal à l’époque. Au détail près qu’elles arborent elle aussi une gravure de saint Maurice, représenté sur sur cheval, épée brandie.
Depuis 1955, les quatre cloches sont électrifiées. Les deux petites cloches Paccard conserveront leurs équipements d’origines, tout comme la deuxième, qui possède depuis peu de nouvelles ferrures et un nouveau battant. Un nouveau moteur de volée a également été installé il y a peu. Concernant la plus grande cloche, son joug a été changé en 1955. Elle possède encore son battant forgé, mais celui-ci n’est sans doutes plus d’origine. Malgré son grand âge, elle n’a pas été tournée d’un quart de tour. Son usage est d’ailleurs limité à annoncer les offices qui ont lieu tous les quinze jours, dans le but de la ménager.

N° Nom Fondeurs Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 saint Maurice Guillaume, Antoine & Claude Livremont 1687 133,5 1’400 Mi ♭ 3
2 saint Maurice Claude & Jean-Pierre Paccard 1842 119,5 1’050 Fa ♭ 3
3 saint Maurice Claude & Jean-Pierre Paccard 1842 n.c. 650 Sol 3
4 saint Maurice Claude & Jean-Pierre Paccard 1842 n.c. 250 Do 4

Ci-dessous, diverses photos des quatre cloches.

Mes remerciements pour cette visite à M. Bernard Maxit, maire, pour son aimable autorisation, à la secrétaire de mairie pour l’organisation du rendez-vous avec Fernande Blanc, sacristine, pour l’ouverture de la sacristie et du clocher. Remerciés soient également mes amis Mike « Quasimodo » et Guilhem Lavignotte, organiste et carillonneur, pour la collaboration et les échanges amicaux !

Sources & Liens :
Mairie de la Chapelle-d’Abondance
Office du tourisme de la Chapelle-d’Abondance
La Chapelle d’Abondance et son église Saint-Maurice sur Wikipédia
L’église dans la Base Mérimée du Ministère de la Culture
La grande cloche, classée
Matthias Walter, campanologue de l’Etat de Berne (CH)
Fonds privés
Relevé personnel

Bonnevaux – Eglise Saint-Maurice

Bienvenue dans une « bonne vallée » : c’est la signification du nom Bonnevaux. Ses quelques 260 habitants sont blottis contre la Pointe de la Croix. Sa route principale qui enjambe sans cesse le Nant de la Joux Verte. La position de la commune est intéressante car elle est non loin des stations de ski, aussi bien Suisses que Françaises, mais aussi a bonne distance des stations thermales de Thonon et Evian qui se partagent le non-moins célèbre Lac Léman.

La paroisse semble apparaître en 1230, alors que le seigneur Etienne de Féternes offre à l’Abbaye d’Abondance les terres de Bonnevaux. On pense que la première chapelle est bâtie à cette époque, car une mention est faite d’alpages, donc probablement que des fermiers y vivaient. Au XIVe siècle, la paroisse est dépendante de celle de Vacheresse. C’est seulement en 1778 que la chapelle dédiée à saint Maurice sera élevée au rang d’église car Bonnevaux s’émancipe religieusement. Civilement, ce ne sera qu’en 1835, après la Révolution, le Concordat puis la Restauration Sarde (lorsque la Savoie, française sous la Révolution, retrouve son « indépendance »). On ne sait hélas que peu de choses de l’ancienne église… On pense cependant que l’ancienne église possédait encore des parties de la chapelle médiévale. Malheureusement, le 11 mai 1961, la clé de voûte de l’histoire du village part en fumée. L’incendie n’épargnera que le clocher campanile, reconstruit à plusieurs reprises dans les années 1860. A cette date, le maire fait raser le petit campanile, usé par le temps, pour en reconstruire un dès 1860. Finalement, un clocher en dur sera construit entre 1863 et 1865. Mal façonné, il est détruit pour être refait une seconde fois et consacré en 1869. Seule sa base a résisté à l’incendie de 1961. Le sommet sera reconstruit à l’identique alors que l’église sera refaite entièrement dans un style néo-régionaliste par Roger Buisson de Thonon, qui s’inspire de l’élan laissé par Maurice Novarina, architecte notable de nos vallées.

Le seul point positif de l’incendie (s’il en est véritablement un) c’est que depuis 1963, l’église possède quatre cloches, et non trois comme depuis le XVIIIe siècle minimum. Lors de la commande des nouvelles cloches à la fonderie Paccard d’Annecy-le-Vieux, il était convenu de refaire la sonnerie dans l’esprit de l’ancienne avec trois cloches de poids identiques aux anciennes, électrifiées en 1954. Mais plusieurs familles, avec l’Abbé Favre en tête, ont souhaité offrir une petite cloche en complément des trois autres. Cette touche aiguë permet des carillons plus étoffés pour les jours de fêtes. Quant aux anciennes cloches, nous ne savons que peu de choses : en 1779, la petite cloche est refondue et bénie. En 1867, une souscription est ouverte pour l’achat d’une cloche. En 1871, Nicolas Beauquis, fondeur de cloches à Quintal, est rémunéré. Nul doute que cette souscription concerne ce fondeur qui a réalisé une cloche entre les deux dates indiquées. Le payement se faisant toujours un à deux ans après la livraison, elle est probablement bénie entre 1869 et 1870. En 1887, une horloge est placée au clocher et installée par Bailly Comte, horlogers du Jura. Cette horloge a bien évidemment été ravagée par les flammes. Elle dût servir jusqu’en 1954 lorsque les sonneurs furent remerciés et remplacés par la fée électricité.

N° Nom Diamètre Masse Note
1 Notre-Dame de la Visitation 89,5 450 La 3
2 Françoise 80,5 350 Si 3
3 Josèphe Marie 72,5 270 Do ♯ 4
4 Gabrielle Jeanne Marie 59 110 Mi 4
Fonderie Paccard – A.D. 1963

Mes remerciements pour cette visite du clocher à M. Gérard Colomer, maire, pour son aimable accord et à Mme Marina Damevin, secrétaire de mairie pour l’organisation du rendez-vous au clocher en compagnie de Roger Bel, adjoint au maire. Remerciés soit également Mike « Quasimodo » et Guilhem Lavignotte, organiste et carillonneur, pour la collaboration et les échanges amicaux.

Sources & Liens :
Bonnevaux
Eglise Saint-Maurice
Paroisse d’Abondance
Base Mérimée : Histoire
Base Mérimée : Plans de la nouvelle église
Inventaire personnel
Fonds privés

Chevenoz – Eglise Saint-Jean-Baptiste

C’est en aval de la Vallée d’Abondance que se trouve le village de Chevenoz. Ses 600 habitants sont séparés de Vacheresse, en amont, par le ruisseau de Taverole. Ils sont aussi séparés par l’Ugine en aval de Vinzier, ancienne dépendance de Chevenoz qui s’émancipa religieusement puis civilement de Vinzier au XVIIIe siècle. Ce village est organisé autour des trois départementales qui desservent le chef-lieu et ses quelques hameaux. L’un d’entre eux possède sa propre chapelle, dédiée à Saint François de Sales (le Fion) ancien évêque d’Annecy-Genève. Au centre du village se dresse le monument aux morts, la mairie et l’église Saint-Jean-Baptiste.

Déjà citée en 1411, l’église de Chevenoz apparaissait aux dires de Mgr de Bertrand, évêque de Genève, comme délabrée. Cet édifice qui était un lieu de pèlerinage en juin, pour la fête du patron de la paroisse, saint Jean-Baptiste, semblait abriter un temps ces reliques. Mais cela est considéré comme une hypothèse justifiant cette dévotion. Plusieurs fois remaniée et reconstruite au cours des siècles, ce n’est qu’en 1888 que la commune décide de reconstruire le sanctuaire. Les travaux sont confiés à Eugène Dénarié, architecte diocésain. Les travaux commenceront en 1893 pour s’achever un an après déjà. La consécration n’aura lieu qu’en 1897. En 1997, pour fêter son centenaire, l’église est entièrement rénovée à l’intérieur. l’édifice néogothique est relativement simple et de dimensions modestes, mais suffisant pour la commune. Elle se présente sous la forme d’une croix latine avec une nef unique et un transept. De part et d’autres du chœur, la sacristie et le clocher couronné d’une flèche.

Les trois cloches sont sans doutes l’un des seuls témoins de l’ancienne église. Toutes trois datées de 1820, elles ont en effet connues l’ancien clocher avant d’être installé dans l’actuel, à la fin du XIXe siècle. Elles ont été réalisées par les familles Vallier & Gautier, fondeurs de la Vallée de la Clarée près de Briançon. Ces deux familles de fondeurs très liées au lendemain de la Révolution ont desservi tout l’arc alpin durant près de deux siècles. On retrouve également des cloches de l’une ou l’autre dynastie à Bramois ou Grimisuat en Valais et même en Italie, à la Cathédrale de Susa, près de Turin. Ces trois cloches aux dimensions modestes égrènent un motif dit du « Pater Noster ». Si elles n’arborent pas fièrement de noms de baptêmes, elles ont chacune une vocation : la plus grande « embellit les fêtes », puisqu’elle annonce chaque messe dominicale, qui se font rare de nos jours. La moyenne « pleure les défunts » et invoque « la bonté de notre Dieu ». C’est en effet celle la plus petite « appelle le peuple » puisqu’elle sonne chaque angélus : matin, midi et soir. Elles arborent les noms de leurs parrain et marraine respectif, du syndic Claude Charles et du vice-syndic François Mercier. Électrifiées pour le tintement et la volée en 1953, ces cloches présentent encore la motorisation d’origine, excepté le marteau de tintement de la grande, qui fait face à celui de l’horloge mécanique en place auparavant. Les jougs semblent d’origine, alors que les battant ont été remplacés lors de l’automatisation. Le beffroi, en bois, est probablement refait lors de l’édification de la nouvelle église.

N° Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 99 600 Sol 3
2 440 La 3
3 300 Si 3
« Gautier et Vallier fecerunt + 1820 »

 


Les trois cloches. Ci-dessous, quelques détails et gros plans.

Mes remerciements pour cette visite du clocher à la commune de Chevenoz pour l’autorisation de principe d’accéder au clocher et à la paroisse sous le mandat du père Boban et tout particulièrement au sacristain, M. Lucien Dumont, pour l’ouverture du clocher. Remerciés soient également Mike « Quasimodo » et Guilhem Lavignotte, organiste et carillonneur, pour l’aide apportée et les sympathiques échanges.

Sources & liens :
Chevenoz
Eglise de Chevenoz
Inventaire de la reconstruction
Matthias Walter
Fonds privés
Inventaire personnel

Mercury – Eglise Saint-Pierre

C’est au cœur de la Combe de Savoie que nous emmènent aujourd’hui nos expéditions campanaires. La commune de Mercury est installée au nord d’Albertville dans la Combe de Savoie. La commune résulte de la fusion de deux anciennes paroisses en 1807 : celle de Mercury, dédiée à saint Pierre, apôtre et premier pape, et celle de Gémilly dédiée à saint Maurice, soldat thébain et patron de la famille ducale. Cette dernière dépendait du prieuré de Cléry, non loin de là. D’ailleurs, en 1965, la commune abandonna son ancien nom « Mercury-Gémilly » pour ne garder que Mercury. Si l’église de Mercury est aujourd’hui le lieu de culte officiel de toute la commune, l’église de Gémilly est toujours existante mais appartient à des privés. Elle contient des éléments romans, preuve de l’ancienneté de la paroisse.
La famille de Chevron-Villette possédait deux châteaux sur la commune : le Château-Vieux et le Château de Chevron. Si le Château-Vieux (mentionné dès le XIIe siècle) a été détruit au XIVe siècle par un incendie, le second l’avait immédiatement remplacé. Il est d’ailleurs toujours en place près de l’église Saint-Pierre, bien que remanié au XVIIe siècle. Cette même famille de Chevron aurait donné à l’église catholique le pape Nicolas II (mort en 1061). C’est lui qui instaura en 1059 avec sa bulle « In Nomine Domini » l’élection du Pape par les cardinaux. Ce mode de scrutin, le Conclave, est toujours en vigueur aujourd’hui. Avant cela, c’était soit le prédécesseur soit l’empereur du Saint-Empire qui avait la charge de nommer le Pape. Après ces anecdotes, il faut encore citer le Fort de Tamié, qui domine la commune et la vallée. Bien plus récent, il a été construit en 1876 afin de commander la place d’Albertville en contrebas et défendre le secteur, proche de l’Italie et la Suisse. Il est aujourd’hui ouvert au public.

L’église Saint-Pierre de Mercury serait construite sur les ruines d’un temple romain dédiée à Mercure (ce qui explique le nom de la commune). La paroisse aurait été crée au Vème siècle, après l’effondrement de l’Empire Romain. En 1170, les revenus de la paroisse sont attribuées au Chapitre cathédral de Saint-Pierre de Moûtiers. On cite au cours des décennies suivantes une église à Chevron près du château, dédiée à saint Véran, évêque de Cavaillon. Cette église n’est plus citée après l’incendie du château au XIVe siècle. On peut donc penser que deux églises se dressaient au cœur de Mercury. Mais revenons à Saint-Pierre… On note qu’en 1633, l’église avait un chœur plat et un chevet soutenu par de puissants contreforts. En 1681, cette même église est agrandie afin de doubler de volume. Cet agrandissement permet de mettre sept chapelles latérales dans les bas côtés et le clocher au dessus du porche. Entre 1832 et 1836, l’architecte Melano remanie l’église en conservant les modifications de 1681. Cependant, la nef est allongée de deux travées. Casimir Vicario sera sollicité pour faire les peintures néoromanes intérieures. C’est également lui qui travailla dans la basilique-cathédrale de Chambéry. Entre 1864 et 1866, l’ancien clocher est démoli et reconstruit près de la sacristie. Il est couronné de la Vierge qui veille sur Albertville et de quatre autres statues : saint Joseph, saint François de Sales mais aussi deux natifs du village : le pape Nicolas II et l’archevêque de Tarentaise Mgr de Chevron-Villette (1587-1658). Enfin, les 54 statues à l’intérieur de l’église, fruit de la volonté du curé Marjollet, ont été réalisées par les frères Gilardi établis à Annecy.

Après les cinq statues susmentionnées, intéressons-nous aux cinq cloches qui chantent quotidiennement au sommet du clocher de Mercury. Et c’est là une véritable affaire de famille qui attend l’amateur d’histoire campanaire. Si -bien entendu- des cloches étaient en place depuis longtemps, la première mention écrite à ce sujet ne remonte qu’à 1767. D’un poids de 1’900 kilos, cette cloche est signée Breton et Bonvie, fondeurs lorrains. Nous savons également par les archives qu’une cloche fut fondue en 1813. Son poids était un petit peu plus modeste : 750 kilos. En 1845, les frères Claude et Jean-Pierre Paccard ajoutent (ou refondent?) deux cloches : une plus grosse et une plus petite que la cloche de 1813. Après la reconstruction du clocher, la cloche de 1813 fut jugée désagréable sur le plan sonore. La famille Dunand, très pieuse, offrit sa refonte qui fut confiée aux frères Beauquis eux aussi établis à Quintal, comme les deux premières générations de la famille Paccard. Cette même fonderie -ouverte en 1854 et tenue par les deux beaux-frères de Jean-Pierre Paccard- allait célébrer là son apogée. Après la réalisation en 1861 du bourdon de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption du Grand-Bornand qui pèse -rappelons le- 2’834 kilos, voilà que la paroisse de Mercury, avec l’abbé Marjollet en tête, lui confie la fonte de celui qui deviendra le bourdon de la Combe de Savoie : une cloche de 3’410 kilos, répondant au doux nom d’«Immaculée », faisant suite au dogme de l’Immaculée Conception proclamé 12 ans auparavant par le pape Pie IX.
Ainsi, le 25 septembre 1866 étaient bénies devant 40 prêtres et une foule nombreuse venant de toutes les paroisses des alentours, l’«Immaculée » -3’410 kilos- et « Pierre-Marie » -748 kilos- . Montée au clocher les jours suivants, la grosse cloche détrône donc (et de loin!) les deux tonnes du « bourdon de Conflans » installé depuis 1835 dans la tour de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption d’Albertville. Si cette première n’a pas -comme à Conflans- un monarque pour parrain, elle a tout de même sur sa robe le nom de Mgr Jean-Baptiste Miège, évêque-titulaire de Messine et vicaire apostolique du Kansas, natif de la paroisse. Elle rappelle également les différentes étapes de reconstruction du clocher mentionnées plus haut dans l’article. Les inscriptions mettent aussi en évidence la vocation de la cloche : protéger la vallée de la grêle et des maladies, tout en faisant accroître la piété des habitants de la paroisse en tout temps. La cloche arbore également des effigies de l’Immaculée Conception, de saint Joseph et bien entendu un Christ en croix, sans oublier saint Pierre, patron de la paroisse, également présent sur la petite « Pierre-Marie ». En 1885 est installé à Mercury le père Mauris, qui remplace le père Marjollet. Deux ans après son installation, la seconde cloche est fêlée. Instantanément, le curé prend en charge sa refonte. La fonderie Beauquis ayant fermé au début des années 1880, le père Marius s’adresse alors aux frères Paccard qui avaient déménagé au 15 chemin de l’Abbaye à Annecy-le-Vieux. L’ancienne cloche de 1’662 kilos est revendue et le 16 octobre 1887, la nouvelle cloche de 1’796 kilos est bénie. Elle est dédiée au Sacré-Coeur de Jésus. C’est la grande cloche dite « ordinaire » aux dires des archives. Très certainement qu’à l’époque, elle secondait le bourdon qui ne donnait de la voix que pour les grandes heures du lieu. Ses parrains et marraines ne sont pas mentionnés sur la cloche : tous les donateurs -dont les noms ont été inscrits aux archives- y figurent par contre. En 1914, alors que la guerre éclate, la plus petite cloche de l’ensemble, fondue en 1845, fêle à son tour. Il faudra attendre cinq ans pour la revoir toute étincelante. Le travail est confié aux fils de G. Paccard d’Annecy-le-Vieux. Là aussi, l’ancienne cloche fut reprise pour faire une cloche nouvelle. C’est ainsi qu’en 1919 est revenue « Jeanne d’Arc » et son « si bémol » qui est à l’octave du bourdon. Dès lors, le carillon de cinq cloches est au grand complet. Électrifiées il y a quelques décennies, les cinq cloches qui étaient jadis accrochées près des baies logent maintenant dans le clocher, sur un beffroi en acier. Fini le spectacle d’une grande volée depuis la place du village : les cloches sont maintenant cachées par des abats-son. C’est ainsi qu’au clocher de Mercury chante le travail de toute une famille de fondeurs : trois générations Paccard (cloches 2, 3, 5) et les frères Beauquis (1, 3) eux-mêmes frères de Françoise Beauquis, épouse de Jean-Pierre Paccard.

N° Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Immaculée Beauquis frères 1866 176,7 3’410 Si ♭2
2 Sacré-Cœur G&F Paccard 1887 142,7 1’796 Ré ♭ 3
3 Eliza Paccard frères 1845 125,8 1’225 Mi ♭ 3
4 Pierre-Marie Beauquis frères 1866 107,7 748 Sol ♭ 3
5 Jeanne d’Arc Les fils de G. Paccard 1919 80 380 Si ♭ 3

Mes remerciements pour cette visite spéciale du clocher à M. Alain Zoccolo, maire, et à M. André Burdet, sacristain et ancien conseiller municipal. Je remercie également Evelène Estadès & Pierre Dubourgeat, tous deux passionnés d’histoire, pour m’avoir éclairé sur le chemin de cette sonnerie, tant par la mise a disposition d’archives que de photos.
Enfin, mes remerciements à MM. Walter et Krafft, campanologues, pour l’aide au relevé et MM. Mike « Quasimodo« , Philippe « Senonais » et Dominique « Valdom68 » pour le renfort audiovisuel afin de présenter une vidéo digne de cette somptueuse sonnerie savoyarde.

Sources & liens :
Mairie de Mercury
Mercury sur wikipédia
« Histoire de Chevron », Joseph Garin, 1930
« L’église et le Patrimoine Religieux de Mercury », H. Barthélémy, J. Cominazzi, E. Estadès
Fonds privés
Relevé personnel

Porte-de-Savoie – Eglise Saint-Maurice (Les Marches)

Installé près du Mont Granier, la commune des Marches est l’une des trois communes qui compose le vignoble savoyard d’Apremont. Ses 2’500 habitants se répartissent ainsi dans le chef-lieu et autour du lac « Saint André ». Longtemps frontière du Duché de Savoie, la commune des Marches fut un lieu stratégique pour la défense des Terres. L’époque médiévale nous laisse un très beau bourg et un château dont la Salle des Fêtes en reste la plus belle pièce.

La paroisse des Marches demeure très ancienne. Le hameau de Saint-André connut son heure de gloire lors de l’évangélisation du lieu. En effet, cette paroisse fut le centre d’un décanat du diocèse de Grenoble, administrant ainsi 60 paroisses. Le 24 novembre 1248, le Granier s’éboule et détruit toute la paroisse : il n’y a donc plus d’église. Rares étaient les survivants de ce traumatisme. Le chef-lieu est donc déplacé : c’est la fin de la gloire du hameau actuel de Saint-André. L’église est alors déplacée au fond du cimetière actuel. En 1829, l’église est à nouveau déplacée vers l’emplacement que nous connaissons aujourd’hui. Ces déplacements n’ont pas changé le patron de la commune qui reste saint Maurice, patron du Duché de Savoie, en hommage à la première paroisse aujourd’hui ensevelie. Cela n’empêche pas les paroissiens de vénérer saint François de Sales, patron des diocèses d’Annecy et de Chambéry, saint Vincent, patron des vignerons, ou encore saint André, patron du hameau s’élevant ou jadis trônait la première église.

Les trois cloches

Ce sont aujourd’hui trois cloches qui logent dans le clocher de l’église Saint-Maurice des Marches. La tradition rapporte que la plus grande cloche actuelle provient de l’église Saint-Maurice-de-Murs, disparue sous l’éboulement en 1248. On raconte que la cloche fut miraculeusement découverte en 1598 et qu’elle aurait été placée au clocher immédiatement après. Cachée par la population lors de la Révolution, elle fut refondue par deux fois au XIXe siècle, par Eustache Meunier (de Chambéry) en 1883 puis par Georges & Francisque Paccard d’Annecy-le-Vieux en 1876 et 1886. En 1880, on note la refonte de la seconde cloche de l’ensemble.

N° Nom Date Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 André-Lucile 1886 119,1 1’185 Mi 3
2 André-Louise 1880  89 430 La 3
3 Françoise-Joséphine 1886  70 211 Do ♯ 4
Georges & Francisque Paccard fondeurs à Annecy-le-Vieux Haute-Savoie

Mes remerciements pour cette visite du clocher à la commune des Marches sous le mandat de Mme Christine Carrel, maire. Je remercie pour sa disponibilité M. Ghislain Garlatti, conseiller municipal et guide du patrimoine. Je ne peux oublier mes vaillants camarades : MM. Pascal Krafft et Matthias Walter, campanologues ; Mike « Quasimodo » , Philippe « Senonais » et Dominique « Valdom68 » pour l’aide précieuse et les moments d’amitié.

Sources & liens :
Mairie des Marches
Les Marches
Panneau sur site
Sources & liens

Valgelon-La Rochette – Eglise Notre-Dame-des-Carmes

C’est au sud de la Savoie que sont installés les 3’700 habitants de la Rochette. Ce petit bourg traversé par le Gelon se trouve au sud de la Savoie, à quelques kilomètres du département de l’Isère.
Le château de la Rochette est sans doute le monument le plus beau de la commune. Sur son promontoire, il veille sur ce bourg depuis presque mille ans. En effet, un premier château est bâti au XIIe siècle. En 1597, il est détruit par la guerre opposant Louis XIII à la famille de Savoie. Il ne sera reconstruit qu’au XVIIIe siècle. Enfin, il est légué fin XIXe siècle au département.

En 1153, les seigneurs de la Rochette construisent sur leurs terres une église Notre-Dame-du-Pré. En 1329, un couvent Notre-Dame-du-Pré est ouvert sur la rive gauche du Joudron, avec l’autorisation du Prieur de Saint-Jeoire (73). Entre 1401 et 1423, les paroissiens édifient une église Saint-Jean-Baptiste dans un style gothique. Ce sera l’église paroissiale jusqu’à la Révolution. Les restes de l’église font aujourd’hui partie intégrante de l’Espace Saint-Jean, musée. Fatiguées par les guerres et les crues du Joudron et du Gelon, elles seront toujours restaurées. Après la Révolution et la fermeture des Carmes, l’église paroissiale est transférée à Notre-Dame-des-Carmes. Si les seigneurs de l’époque ont souhaité donner de grandes proportions à l’édifice au XVe siècle, une partie sera rasée en 1809 afin de posséder les proportions que l’on connait. Deux restaurations interviendront au cours du XXe siècle.

Le joug de la deuxième cloche et la charpente du clocher.

Trois cloches habitent le clocher. Elles ne sont en aucun cas historiques mais l’intérêt est toujours présent. La plus petite cloche a été fondue en 1852 par les frères Paccard alors installés à Quintal. Deux cloches plus grandes ont été ajoutées ou refondues en 1888 par la génération suivante : Georges & Francisque Paccard. Le beffroi en bois semble avoir traversé les âges. Il est volontiers plus bavard que les cloches. Il semblerait qu’il n’ait accueilli que deux cloches car la travée des deux petites montre un seul emplacement au centre. Il est aujourd’hui rendu inaccessible par des ajouts de poutres au dessus de celui-ci, sans doutes pour soutenir plus facilement les deux cloches actuelles.

N° Fondeur(s) Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 G&F Paccard 120 1’038 Mi 3
2 G&F Paccard 89,9 420 La 3
3 Frères Paccard 70,2 230 Do ♯ 4

Mes remerciements pour les autorisations à la municipalité et aux services techniques sous le mandat de M. André Durand, maire. Remerciés soit également le curé de la Rochette et son diacre, M. Julien Laroche, pour l’accès au clocher et les sonneries spéciales. Je ne peux oublier mes vaillants camarades : MM. Pascal Krafft et Matthias Walter, campanologues ; Mike « Quasimodo« , Philippe « Senonais » et Dominique « Valdom68 » pour l’aide précieuse et les moments d’amitié.

Sources & Liens :
Paroisse de la Rochette
Mairie de la Rochette
Histoire de la Rochette
La Rochette
Fonds privés
Relevé personnel

Crêts-en-Belledonne – Eglise Saint-Pierre (Saint-Pierre-d’Allevard)

Vue sur le clocher de Saint-Pierre et la Crête de Rochefort en arrière-plan

Crêts-en-Belledonne fait partie des « nouvelles communes » françaises. Installée au nord de l’Isère, elle résulte de la fusion de « Saint-Pierre-d’Allevard » et de « Morêtel-de-Mailles ». Le nouveau nom est tout simplement donné par le massif de Belledonne situé sur la commune et en raison du grands nombre de « crêts » (moyenne montagne) délimitant la commune. Ces deux villages possèdent chacun son église : Saint-Michel (Morêtel) et Saint-Pierre, présentée ci-dessous.

Vestige d’un prieuré Clunisien, l’église de Saint-Pierre-d’Allevard est un des édifices les plus intéressants d’Isère pour les amateurs de vielles pierres. Les bâtiments conventuels ont hélas été rasés en 1780 lors de la Sécularisation. Cependant, l’église -rétrogradée au rang de paroissiale- fut par miracle conservée dans son intégralité.
Autorisés par le pape Urbain II en 1095, les premiers moines s’installent ici. De la première église demeure presque intacts le clocher, dont la flèche fut remaniée au XVIIIe siècle, et le chevet, orienté vers l’Orient. Il était entouré de deux chapelles latérales : la première -sous le clocher- désaffectée en 1667 et l’autre, symétrique, sert aujourd’hui de sacristie. La nef a été remaniée au fil des siècles. Elle prit la forme que nous connaissons dans les années 1930 seulement. Une dernière grande restauration en 2012 a permis à l’édifice religieux de mieux lutter contre l’humidité pour le préserver.

Détails de la grande cloche, refondue en 1881.

Le clocher abrite trois cloches. La plus grosse, fondue en 1881 par les frères Georges & Francisque Paccard d’Annecy-le-Vieux (74) est la refonte d’une première de 1644 signée « M.V. ». Ses inscriptions nous apprennent -entre autres- que la souscription qui l’a vu renaître lui a permis de « plus que doubler en grosseur », prouvant ainsi la générosité des paroissiens. Lors de la volée, le battant de cette cloche de 1500 kilos frôle les filets anti-volatiles des ouvertures. On peut donc en conclure que les autorités ont plafonné sa taille. Cependant, en 1882, une petite cloche rejoint le clocher : elle a tout simplement été fondue avec les excédents de ladite souscription. Ces deux cloches savoyardes répondent à une cloche intermédiaire fondue par Breton originaire de Champagneules (52), membre d’une éminente dynastie de fondeurs lorrains.

N° Nom Fondeur(s) Date Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 saints Pierre & Théodule G&F Paccard 1881 134,6 1’505 Ré 3
2 N.C. Breton 1817 78 ~300 Si 3
3 N.C. G&F Paccard 1882 62 186 Ré 4


En raison de divers problèmes techniques, l’audio proposé dans la vidéo est réalisé depuis l’intérieur du clocher, à même la chambre des cloches. On notera la puissance de la grande cloche. Ci-dessous, voici toutefois un des enregistrements extérieurs réalisés. On notera diverses pollutions sonores imprévues… Avec toutes mes excuses.

Mes remerciements pour cette visite du clocher à M. Jean-Louis Maret, maire de Crêts-en-Belledonne pour son aimable autorisation. Je remercie également M. Jean-Marc Givaudan pour l’organisation du rendez-vous et M. S. Sarret en charge des bâtiments pour son accueil. Remerciés soit également MM. Walter & Krafft, campanologues à Berne (CH) et Saint-Louis (68), Mike « Quasimodo« , Philippe « Senonais » et Dominique « Valdom68 » pour la collaboration et les échanges amicaux.

Sources & Liens :
Crêts-en-Belledonne
Saint-Pierre-d’Allevard
Eglise Saint-Pierre de Crêts-en-Belledonne
Mairie de Crêts-en-Belledonne
Fonds privés
Relevé personnel

Saint-Jorioz – Eglise Saint-Nicolas

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Installé au bords du Lac d’Annecy, Saint-Jorioz est idéalement placé au nord-ouest du Massif des Bauges. Cette commune de plus de 5’000 habitants offre également une vue d’exception sur les Aravis avec en tête le Mont Veyrier et ses 1’291 mètres.

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Le nom de la commune proviendrait pour certains de Bienheureux Jore qui fut le fondateur du prieuré aujourd’hui disparu à l’emplacement actuel du lieu-dit « Vielle Eglise » près du Lac. D’autres sources préfèrent plutôt la dérivation en patois savoyard de « saint Georges » comme il est le cas pour Saint-Jeoire-en-Faucigny, non loin de là. L’ancien prieuré était d’ailleurs sous le vocable de saint Georges. Ce prieuré -parlons en- a été fondé par Bx Jore en personne probablement au IXe siècle. Il a été installé au lieu dit actuel « la Vielle Eglise » plus proche du lac que le chef-lieu actuel. Les moines bénédictins l’occupèrent jusqu’en 1763, date de fermeture de celui-ci. Si il ne reste qu’un simple calvaire marquant son emplacement, des fouilles permettent de dire que l’église priorale était romane et qu’elle était accolée d’un cloître et de l’église paroissiale. Celle-ci, dédiée à saint Nicolas depuis 1715, a depuis été détruite.
Déjà à l’ordre du jour en 1853, la destruction n’a été effective qu’en 1885. C’est à cette date que commencent, a quelques centaines de mètres de là, à l’actuel chef-lieu, les travaux d’une nouvelle église néo-gothique par Jean Dénarié. La première messe y est célébrée le 31 octobre 1886. Cependant, la consécration n’a pu se faire avant l’année 1897. Au fond de la nef sont placées dans une modeste chasse les reliques de saint Jore, fondateur de la commune. En 1899 déjà, l’église subit des dégâts d’un orage. L’histoire se répète un certain 23 février 1935. Le clocher aura à faire à une véritable tempête qui aura raison de lui.

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Avec le clocher, c’est un pan de l’histoire campanaire qui s’en est sans doutes allé. Mais, par miracle, la doyenne de la sonnerie datée du XVIe siècle demeurait intacte. Elle sonne toujours aujourd’hui. Avec elle, la plus petite cloche a également pu traverser ses dures épreuves. Du nom de « Louise », elle est beaucoup plus récente car elle a été fondue en 1909 par les frères Georges & Francisque Paccard. Ce sont les fils de Georges, Joseph et Louis, qui ont réalisés les deux nouvelles cloches : la plus grande et la troisième, par la tonalité et le poids. Ces deux cloches aux iconographies soignées relatent la tempête qui ont eu raison des deux anciennes cloches qu’elles remplacent.

N° Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Johanna Catharina Desiderata Les Fils de G. Paccard 1935 105,6 900 Fa 3
2 Marie inconnu XVIe siècle 99 600 La ♭ 3
3 Maria Margarita Francisca Les Fils de G. Paccard 1935 79 350 Si ♭ 3
4 Louise G&F Paccard 1909 69,2 250 Ré ♭ 4
Saint Maurice en relief sur la cloche "Marie" du XVIe siècle.
Saint Maurice en relief sur la cloche « Marie » du XVIe siècle.

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J’adresse mes remerciements pour cette visite à la commune de Saint-Jorioz sous le mandat de M. Michel Béal. Je remercie également M. Fabrice Benoît, en charge des bâtiments, pour son accueil chaleureux.

Sources & liens :
Mairie de Saint-Jorioz
Paroisse Sainte Teresa de Calcutta
Fonds privés
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Saint-Gervais-les-Bains – Eglise Notre-Dame-des-Alpes (Le Fayet)

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C’est au pied du Mont-Blanc que la commune de Saint-Gervais-les-Bains est installée depuis la nuit des temps. Elle possède avec sa voisine Chamonix-Mont-Blanc la particularité d’être la plus haute commune de France car elles se partagent les arrêtes du célèbre Mont-Blanc.
Trois paroisses constituent aujourd’hui la territoire que nous connaissons. Les deux premières sont historiques, en témoignent leurs églises baroques et leurs fiers clochers à bulbe. L’une a donné son nom au lieu, puisque c’est l’église Saints-Gervais-&-Protais (chef-lieu). L’autre, plus en amont, se rattacha administrativement en 1974. Il s’agit de la paroisse de Saint-Nicolas-de-Véroce. Plus en aval du Bonnant se trouve celle du Fayet. C’est au lendemain de la révolution que se développa cette jeune paroisse avec la création de thermes et l’arrivée du chemin de fer.

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La paroisse du Fayet est édifiée le 1er novembre 1929 par Mgr de la Villerabel. De dimensions relativement modestes, sa première église convenait cependant aux besoins des quelques habitants du lieu. Après des années de discussions, le curé Domenget commande à l’architecte de Thonon Maurice Novarina des plans pour une nouvelle église. Les travaux sont entamés en 1936 et l’édifice est consacré le 26 juin 1938. Novarina donne à l’édifice une allure plutôt montagnarde. Le clocher, qui s’élève a droite du chœur, n’est pas sans rappeler une cheminée de chalet. Il utilise également des pierres locales pour la construction, les charpentes sont en chêne et les toits en ardoises. La décoration intérieure a été réalisée par le groupe suisse romand de Saint-Luc. Ainsi, nous noterons les vitraux de MM. Bony et Cingria et les fresques de Paul Monnier. Celle du chœur représente Notre Dame des Alpes accompagnée d’une grande partie de saints locaux : saints François de Sales, Pierre Favre ou encore sainte Jeanne de Chantal et saint Guérin.

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Le clocher abrite aujourd’hui trois cloches. Datée de 1929 et portant comme uniques inscriptions un psaume rappelant son usage, elle semblerait provenir du clocheton de l’église provisoire que remplace le lieu de culte actuel. Cependant, une histoire racontée par Jules Ancey indique que cette cloche était destinée à une chapelle édifiée par l’abbé Claret, probablement à Vallorcine. Déposée de son clocher qui était en ruine, cette cloche fut d’abord entreposée en gare de Vallorcine avant d’être acheminée au Fayet sur demande du chef de dépôt du lieu qui avait connaissance de cette cloche. Alors, il s’en servit d’abord comme vase. Puis, l’abbé Domenget -qui a eu connaissance de cette cloche- la racheta afin de l’installer au clocher du Fayet. L’histoire précise que la cloche, d’abord seule, a été rejointe par d’autres. C’est en effet le cas (nous y reviendrons). Cependant, il paraît plus probable que la cloche soit issue de l’église provisoire qui ne possédait qu’un maigre clocheton en bois. De plus, la date de 1929 coïncide avec l’érection de la paroisse par l’évêque d’Annecy. Entre 1959 et 1962, deux cloches plus grosses viennent tenir compagnie à la plus petite. Si la date de commande -ou de fonte- n’est pas mentionnée, deux religieux sont cités et aident a situer leur achat : l’abbé Garcin (installé vers 1959) et Mgr Cesbron, évêque d’Annecy, décédé en fonctions en 1962. C’est donc dans cet intervalle qu’est situé l’achat de « Jeanne-Françoise » et « Marie-Cécile ». Aujourd’hui, les trois cloches se font entendre pour des mariages ou baptêmes. Pour les offices, seules les deux grosses cloches sont sonnées alors que la petite chante les angélus quotidiens. Enfin, la grosse cloche, est actionnée lors des obsèques.

N° Nom Année Masse (kg) Diamètre (cm) Note
1 Jeanne-Françoise entre 1959/1962 575 96 Sol 3
2 Marie-Cécile entre 1959/1962 325 79,7 Si ♭ 3
3 inconnu 1929 220 72 Do 4
Fonderie Paccard, Annecy-le-Vieux (F-74)
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Les armes de Mgr Cesbron (1887-1962) et sa devise « Sous la lumière de Marie, travail et charité. »

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Mes remerciements pour cette visite du clocher à la paroisse saint François d’Assise de Sallanches et à Mme Curien & M. Mugnier, en charge de l’église, pour l’accès au clocher et les sonneries spéciales.

Sources :
Chedde & la moyenne vallée de l’Arve, thèse de l’Université de Lyon
Saint-Gervais-les-Bains
Le Fayet
Eglise Notre-Dame-des-Alpes
Paroisse Saint-François-d’Assise
Fonds privés
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Abondance – Abbatiale Notre-Dame-de-l’Assomption

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Abondance est aujourd’hui un des lieux touristiques les plus prisés en Pays de Savoie. A la fois très proche de grands domaines skiables et du Lac Léman, Abondance intéresse le visiteur tant par son patrimoine mobilier -voir ci-après- que par son patrimoine gastronomique. En témoigne plusieurs fromages typique de la vallée d’Abondance dont le plus célèbre, le fromage homonyme, l' »Abondance » avec sa forme concave, caractéristique de celui-ci et de son « cousin », le Beaufort.

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Blotti contre le Mont Jorat, le bulbe du clocher de l’église-abbatiale d’Abondance semble vaincre le temps. Du sommet de son coq, un millénaire complet nous contemple. Il pourrait aussi bien nous raconter l’installation des premiers moines puis des chanoines que les grandes heures du lieu, en évitant de nous raconter les effroyables incendies et crues de la Dranse et la décadence de l’Abbaye. Aujourd’hui, il est le témoin d’un village touristique en plein développement depuis des décennies. Il regarde fièrement les touristes qui osent aller au pied de sa tour pour pénétrer dans un lieu qui n’attend qu’une chose : nous livrer ses secrets.

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Si la naissance de l’Abbaye demeure assez vague, on peut avancer que les premiers religieux s’installent sur l’actuel territoire de la commune voisine de la Chapelle-d’Abondance, au XIe siècle. Louis de Féternes -alors seigneur de la Vallée- confie aux religieux le bon soin de celles-ci. En 1108, l’Abbaye d’Agaune ratifie à son tour la donation et offre une autonomie à son Prieuré qui deviendra officiellement une Abbaye en 1139. En 1155 déjà, le Pape Alexandre IV félicite le travail accompli par les chanoines qui signeront un traité de confraternité avec Agaune un an plus tard. L’Abbaye est à l’origine de la naissance de quelques lieux de cultes comme les abbayes d’Entremont, de Sixt ou encore de Salins (Franche-Comté) et des prieurés comme celui de Peillonnex. A cette même époque (XIIe siècle) l’Abbaye connut deux abbés aujourd’hui élevés sur l’autel des bienheureux : Ponce de Faucigny (fondateur de Sixt) et Jean d’Abondance. Après les Augustins, ce sont les Cisterciens Feuillant qui vont prendre possession des lieux en 1607. Ils y resteront jusqu’en 1761, lorsque l’Abbaye sera « sécularisée ».

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L’histoire des bâtiments n’est pas si simple. La première abbatiale a été construite sur le même emplacement que l’actuelle vers 1275. Le cloître, quant à lui, a été réalisé entre 1330 et 1354. Ses fresques datent des années 1430. En 1446, le clocher porche, la nef de l’abbatiale et une partie du monastère sont la proie des flammes. L’histoire se répétera en 1633 (ou 1635) mais l’incendie sera moins violent que le premier. En 1685, un nouveau clocher bulbe est construit au dessus de la nef. Il sera refait une dernière fois à l’emplacement actuel en 1728, l’ancien ayant été -une fois n’est pas coutume- détruit par le feu. Après la sécularisation, les bâtiments sont vendus comme bien nationaux. Lors de la seconde moitié du XIXe siècle, ils reviennent à la commune d’Abondance qui installera alors l’administration de la ville dans l’aile sud. En 1875, les bâtiments sont classés Monuments-Historiques. Entre 1898 et 1900, l’abbatiale est allongée de deux travées vers le porche. A la fin des travaux, le cloître sera à son tour acquis par la commune. Le reste de l’Abbaye -l’abbatiale et l’aile ouest- le sera naturellement avec la célèbre loi de 1905. Au cours du XXe siècle, les lieux sont restaurés : tantôt le cloître, tantôt le clocher, tantôt les orgues…

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Contre tout attente, les quatre cloches de l’église ne sont pas séculaires. L’ensemble campanaire -qui a sans doute évolué au gré des incendies et de l’usure des cloches- est aujourd’hui relativement récent.
De la période sarde ne subsiste que la seconde cloche, fondue en 1840. Surnommée « Victorine » -du nom de sa marraine-, elle fut fondue sous le mandat du syndic (maire) -son parrain- M. André Gagneux. Le curé de l’époque était le Rd Pierre-Joseph Royer. Si cette cloche a pu survivre au remaniement de la sonnerie de 1952, contrairement à ses trois sœurs -dont nous ne savons rien-, elle n’a cependant pas été épargnée. Elle a été réaccordée afin de convenir aux exigences musicales de l’époque. A son retour, elle a été suivie par « Marie-Roberte », « Marie-Alice » et « Marie-Jeanne-Thérèse-Clothilde ». Ces trois cloches, qui portent la mention « refondue en 1952 », ont été bénies sous le pontificat de S.S. le Pape Pie XII, l’épiscopat de Mgr Auguste Cesbron, le mandat de l’Abbé François Veyrat, curé, et du maire Anselme Berthet, parrain de la grosse cloche. Les connaisseurs remarqueront que contrairement aux usages de l’époque, le beffroi et les jougs en bois n’ont pas été troqués contre de vulgaires poutrelles en acier. La fonderie Paccard, en charge de la restauration de l’ensemble campanaire, a même eu la délicatesse de réemployer les montures des anciennes cloches en adaptant les assises des anses. La décoration des nouvelles messagères est aussi de toute beauté. Si la doyenne possède un Crucifix et une Vierge à l’Enfant -typiques des cloches savoyardes de l’époque- les autres cloches arborent de multitudes de symboles chrétiens comme le Panis Angelicus ou l’Agneau Pascal. Elles citent également de nombreuses paroles de saints. Je me permets de notifier l’une d’entre elles, signée saint François de Sales « La charité est entre les vertus comme le soleil est entre les étoiles, elle leur distribue toute leur clarté et beauté ».
Les quatre cloches égrènent un motif assez peu représenté dans nos vallées, celui du « Parsifal » avec les notes mi, sol, la et do aigu.

Nº Nom Fondeur(s) Date Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Marie Roberte Paccard 1952 121 1050 Mi 3
2 « Victorine » Frères Paccard 1840 97,1 650 Sol 3
3 Marie Alice Paccard 1952 90,2 460 La 3
4 Marie Jeanne Thérèse Clothilde Paccard 1952 76 250 Do 4

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Mes remerciements pour cette visite à la commune d’Abondance pour son aimable autorisation d’accéder au clocher de l’abbatiale sous le mandat de Paul Girard-Despraulex, maire. Je remercie également la communauté paroissiale sous la responsabilité du père Jose Boban, curé de l’ensemble paroissial. Remerciée soit également Mme Nathalie Desuzinge, en charge du site patrimonial de l’Abbaye pour l’accès au clocher et à la sacristie de l’abbatiale. Enfin, amitiés à M. Guilhem Lavignotte, organiste d’Yverdon-les-Bains pour son indispensable collaboration.

Sources & liens : 
Abbaye d’Abondance
Mairie d’Abondance
Paroisse d’Abondance
Inventaire Personnel
Fonds Privés
Abondance sur Wikipédia