Le Grand-Bornand – Eglise Notre-Dame de l’Assomption

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Savoyards ou non, il est certain que peu de personnes restent de marbre quand on évoque le nom du Grand-Bornand. Il est difficile de ne pas dissocier cette station aux sports d’hiver, véritable clé de voûte du tourisme dans les Aravis et même dans les Savoie. Cette commune peut ravir à la fois le gastronome avec une dégustation du célèbre Reblochon ; le randonneur avec ses multiples itinéraires au cœur de la Vallée du Bouchet, jusqu’aux cols de la Colombière ou des Annes, ou jusqu’au sommet du Pic du Jallouvre ou de la Pointe Blanche. Au milieu de cette somptueuse nature, le passionné de patrimoine bâti n’est pas en reste. Comment ne pas citer les honorables chalets traditionnels dispersés dans les différents alpages ou dans le chef-lieu ! Naturellement, comme dans chaque village savoyard, le « Point Zéro » reste le clocher de l’église, lieu de recueillement par excellence des Bornandins. Chaque hameau possède également une chapelle, une croix de mission ou un oratoire, si ce n’est les trois ! Les Bornandins sont fidèles au passé rural de la commune puisque c’est cette dernière qui possède le plus grand nombre d’exploitations agricoles en Haute-Savoie : 65! Les gens du pays n’hésitent pas à mettre en avant les produits locaux lors du marché du mercredi matin sous la « grenette ». Enfin, en septembre, la Foire agricole de la Saint-Maurice attire la foule des grands jour. Ce dimanche-là, avant ou après le 22 septembre, est donnée l’occasion de contempler de près les bêtes habituellement dispersées dans les fermes ou dans les alpages, ici et ailleurs.

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Dédiée à Notre-Dame de l’Assomption, particulièrement vénérée dans notre région, l’église paroissiale du Grand-Bornand remonterait à 1146. C’est à cette date qu’est mentionnée une petit chapelle en bois dépendante de Thônes. La première église paroissiale semble avoir été construite au XIII siècle. C’est elle qui succomba lors de l’incendie de 1569. Elle aurait été reconstruite en 1661 dans le plus pur style baroque. Naturellement, à la Révolution, le mobilier liturgique est pillé, le clocher détruit et les cloches (sauf une) sont fondues. L’hiver 1816 donne le coup de grâce à ce lieu de culte ruiné qui s’effondre sous le poids de la neige. Dès 1817, l’édifice religieux est reconstruit. Les travaux seront véritablement achevés en 1877. Le clocher sera reconstruit entre 1820 et 1845. Il sera couronné d’un beau bulbe, à l’origine en fer blanc, et aujourd’hui en inox étamé. Si l’église est bâtie dans le style néogothique, le bulbe baroque du clocher, dont la base date du XVIIIe siècle, rappelle l’ancien édifice qui a péri il y a tout juste 200 ans. Les orgues actuelles et leurs 40 jeux ont été inaugurées en 1988. La chaire date de 1827. Les fonds baptismaux et une toile de Saint Dominique recevant le Rosaire sont les vestiges de l’ancienne église baroque.

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Le clocher abrite aujourd’hui quatre cloches. Trois ont été fondues en 1861 par les frères Beauquis de Quintal, beaux-frères de Jean-Pierre Paccard, lui-même fondeur de cloches. Bénies le 30 mai 1861, jour de la Fête-Dieu, elles avaient réuni l’assemblée des grands jours. La presse de l’époque souligne le fait que le village entier louait la qualité du travail des deux frères fondeurs de cloches. Pesée à Annecy, avant de rejoindre son perchoir définitif, la plus grande pèse 2’834 kilos. Il s’agit de l’un des neuf « bourdons » du département. Les deux petites pèsent ensemble 1’306 kilos, soit environ neuf quintaux pour l’une, et quatre pour l’autre. Toutes trois ont rejoint une vénérable cloche de 1767. Réalisée par Jean-Claude Livremont, maître-fondeur de Pontarlier établi à Annecy, c’est la seule qui a pu survivre à la terrible Révolution française. Ses trois sœurs ont été victimes des Révolutionnaires, comme la quasi-totalité des cloches à l’époque. Des cloches plus anciennes sont attestées au Grand-Bornand : quatre ont succombé à l’incendie de 1569…
Malgré leur électrification, les cloches respectent encore la majorité des traditions locales. Lors des sépultures, les quatre cloches étaient lancées à toute volée. Aujourd’hui, seules les trois plus petites sonnent l’annonce du décès, la veille et le jour des funérailles. Lors de l’annonce, cette volée est précédée par l’âge, tinté sur la troisième cloche pour une femme, et sur la seconde pour un homme. Les quatre cloches peuvent sonner lors des funérailles, par exemple pour un ancien maire ou conseiller de la commune, ou un ancien prêtre. On parle alors du « Grand Glas ». Ce dernier est également actionné l’après-midi de la Toussaint, lorsque la communauté se rend au cimetière pour honorer les défunts de l’année écoulée. Pour les offices, c’est la seconde cloche, dite « la Vieille » qui est lancée. Elle laisse volontiers sa place au bourdon lors des fêtes religieuses. Enfin, le « carillon » sur les quatre cloches est actionné pour les baptêmes et mariages. Si l’actuel sonneur n’a qu’à manipuler quelques boutons en sacristie, il n’est pas en reste pour raconter ses souvenirs d’enfance, lorsque son père et d’autres personnes du village étaient préposés au tirage des cordes. Lors de l’Armistice de 1945, les cloches ont sonné de manière ininterrompue pendant 24 heures ! Une douzaine d’hommes répartis en deux groupes se relayaient pour actionner en volée le bourdon pendant une heure. Ensuite, ils laissaient place au carillonneur le temps de reprendre leur souffle. Puis ils repartaient pour une heure de volée. Comment imaginer aujourd’hui une telle sonnerie de nos cloches?

Nom Fondeur(s) Année Masse (kg) Diamètre (cm) Note
1 Croix, Joseph, Marie, Pierre, Paul Beauquis Fr. 1861 2’834 1,663 Si Bémol 2 -1
2 N.C. I.C. Livremont 1767 1’300 132,9 Mi bémol 3 -1
3 François, Augustin, Victoire Beauquis Fr. 1861 800 111,2 Sol bémol 3 -8
4 Joseph, Marie, Cécile Beauquis Fr. 1861 400 89,9 Si bémol 3 -8

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Détails de la cloche nº2, fondue par Livremont J.C. en 1767.
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Ci dessous, les détails des cloches 1, 3 & 4 signée des frères Beauquis.
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Mes remerciements à M. André Périllat-Amédée, maire de la commune pour son aimable autorisation ; à M. Olivier Delgrange, responsable des bâtiments pour sa disponibilité et M. Julien Michel, responsable des services techniques pour l’organisation du rendez-vous. Remercié soit également M. Périllat, actuel sonneur, pour les anecdotes très intéressante sur « ses » cloches qu’il affectionne tant. Je remercie également Mme Yolande Thabuis, présidente d' »Entremont Patrimoine« , pour la prise de contact. Je remercie également le père André Arnet, curé du lieu, pour la première autorisation attribuée il y a déjà quelques anneés.
Enfin, amitiés à mes amis Mike « Quasimodo« , Mehdi « Cloches Comtoises« , Guilhem Lavignotte, organiste d’Yverdon-les-Bains, Dominique « Valdom68 » et Matthias Walter, président de la GCCS et campanologue à Berne, qui ont eux aussi contribué chacun à leur manière à la réalisation de ce reportage sur l’une des plus imposantes sonneries de Savoie.

Sources :
Mairie-Office du Tourisme du Grand-Bornand
Le Grand-Bornand sur Wikipédia
Fonds Privés
Inventaire personnel avec le concours de M. Walter

Voir aussi :
Paroisse Saint-Pierre-Favre des Aravis

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