Mercury – Eglise Saint-Pierre

C’est au cœur de la Combe de Savoie que nous emmènent aujourd’hui nos expéditions campanaires. La commune de Mercury est installée au nord d’Albertville dans la Combe de Savoie. La commune résulte de la fusion de deux anciennes paroisses en 1807 : celle de Mercury, dédiée à saint Pierre, apôtre et premier pape, et celle de Gémilly dédiée à saint Maurice, soldat thébain et patron de la famille ducale. Cette dernière dépendait du prieuré de Cléry, non loin de là. D’ailleurs, en 1965, la commune abandonna son ancien nom « Mercury-Gémilly » pour ne garder que Mercury. Si l’église de Mercury est aujourd’hui le lieu de culte officiel de toute la commune, l’église de Gémilly est toujours existante mais appartient à des privés. Elle contient des éléments romans, preuve de l’ancienneté de la paroisse.
La famille de Chevron-Villette possédait deux châteaux sur la commune : le Château-Vieux et le Château de Chevron. Si le Château-Vieux (mentionné dès le XIIe siècle) a été détruit au XIVe siècle par un incendie, le second l’avait immédiatement remplacé. Il est d’ailleurs toujours en place près de l’église Saint-Pierre, bien que remanié au XVIIe siècle. Cette même famille de Chevron aurait donné à l’église catholique le pape Nicolas II (mort en 1061). C’est lui qui instaura en 1059 avec sa bulle « In Nomine Domini » l’élection du Pape par les cardinaux. Ce mode de scrutin, le Conclave, est toujours en vigueur aujourd’hui. Avant cela, c’était soit le prédécesseur soit l’empereur du Saint-Empire qui avait la charge de nommer le Pape. Après ces anecdotes, il faut encore citer le Fort de Tamié, qui domine la commune et la vallée. Bien plus récent, il a été construit en 1876 afin de commander la place d’Albertville en contrebas et défendre le secteur, proche de l’Italie et la Suisse. Il est aujourd’hui ouvert au public.

L’église Saint-Pierre de Mercury serait construite sur les ruines d’un temple romain dédiée à Mercure (ce qui explique le nom de la commune). La paroisse aurait été crée au Vème siècle, après l’effondrement de l’Empire Romain. En 1170, les revenus de la paroisse sont attribuées au Chapitre cathédral de Saint-Pierre de Moûtiers. On cite au cours des décennies suivantes une église à Chevron près du château, dédiée à saint Véran, évêque de Cavaillon. Cette église n’est plus citée après l’incendie du château au XIVe siècle. On peut donc penser que deux églises se dressaient au cœur de Mercury. Mais revenons à Saint-Pierre… On note qu’en 1633, l’église avait un chœur plat et un chevet soutenu par de puissants contreforts. En 1681, cette même église est agrandie afin de doubler de volume. Cet agrandissement permet de mettre sept chapelles latérales dans les bas côtés et le clocher au dessus du porche. Entre 1832 et 1836, l’architecte Melano remanie l’église en conservant les modifications de 1681. Cependant, la nef est allongée de deux travées. Casimir Vicario sera sollicité pour faire les peintures néoromanes intérieures. C’est également lui qui travailla dans la basilique-cathédrale de Chambéry. Entre 1864 et 1866, l’ancien clocher est démoli et reconstruit près de la sacristie. Il est couronné de la Vierge qui veille sur Albertville et de quatre autres statues : saint Joseph, saint François de Sales mais aussi deux natifs du village : le pape Nicolas II et l’archevêque de Tarentaise Mgr de Chevron-Villette (1587-1658). Enfin, les 54 statues à l’intérieur de l’église, fruit de la volonté du curé Marjollet, ont été réalisées par les frères Gilardi établis à Annecy.

Après les cinq statues susmentionnées, intéressons-nous aux cinq cloches qui chantent quotidiennement au sommet du clocher de Mercury. Et c’est là une véritable affaire de famille qui attend l’amateur d’histoire campanaire. Si -bien entendu- des cloches étaient en place depuis longtemps, la première mention écrite à ce sujet ne remonte qu’à 1767. D’un poids de 1’900 kilos, cette cloche est signée Breton et Bonvie, fondeurs lorrains. Nous savons également par les archives qu’une cloche fut fondue en 1813. Son poids était un petit peu plus modeste : 750 kilos. En 1845, les frères Claude et Jean-Pierre Paccard ajoutent (ou refondent?) deux cloches : une plus grosse et une plus petite que la cloche de 1813. Après la reconstruction du clocher, la cloche de 1813 fut jugée désagréable sur le plan sonore. La famille Dunand, très pieuse, offrit sa refonte qui fut confiée aux frères Beauquis eux aussi établis à Quintal, comme les deux premières générations de la famille Paccard. Cette même fonderie -ouverte en 1854 et tenue par les deux beaux-frères de Jean-Pierre Paccard- allait célébrer là son apogée. Après la réalisation en 1861 du bourdon de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption du Grand-Bornand qui pèse -rappelons le- 2’834 kilos, voilà que la paroisse de Mercury, avec l’abbé Marjollet en tête, lui confie la fonte de celui qui deviendra le bourdon de la Combe de Savoie : une cloche de 3’410 kilos, répondant au doux nom d’«Immaculée », faisant suite au dogme de l’Immaculée Conception proclamé 12 ans auparavant par le pape Pie IX.
Ainsi, le 25 septembre 1866 étaient bénies devant 40 prêtres et une foule nombreuse venant de toutes les paroisses des alentours, l’«Immaculée » -3’410 kilos- et « Pierre-Marie » -748 kilos- . Montée au clocher les jours suivants, la grosse cloche détrône donc (et de loin!) les deux tonnes du « bourdon de Conflans » installé depuis 1835 dans la tour de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption d’Albertville. Si cette première n’a pas -comme à Conflans- un monarque pour parrain, elle a tout de même sur sa robe le nom de Mgr Jean-Baptiste Miège, évêque-titulaire de Messine et vicaire apostolique du Kansas, natif de la paroisse. Elle rappelle également les différentes étapes de reconstruction du clocher mentionnées plus haut dans l’article. Les inscriptions mettent aussi en évidence la vocation de la cloche : protéger la vallée de la grêle et des maladies, tout en faisant accroître la piété des habitants de la paroisse en tout temps. La cloche arbore également des effigies de l’Immaculée Conception, de saint Joseph et bien entendu un Christ en croix, sans oublier saint Pierre, patron de la paroisse, également présent sur la petite « Pierre-Marie ». En 1885 est installé à Mercury le père Mauris, qui remplace le père Marjollet. Deux ans après son installation, la seconde cloche est fêlée. Instantanément, le curé prend en charge sa refonte. La fonderie Beauquis ayant fermé au début des années 1880, le père Marius s’adresse alors aux frères Paccard qui avaient déménagé au 15 chemin de l’Abbaye à Annecy-le-Vieux. L’ancienne cloche de 1’662 kilos est revendue et le 16 octobre 1887, la nouvelle cloche de 1’796 kilos est bénie. Elle est dédiée au Sacré-Coeur de Jésus. C’est la grande cloche dite « ordinaire » aux dires des archives. Très certainement qu’à l’époque, elle secondait le bourdon qui ne donnait de la voix que pour les grandes heures du lieu. Ses parrains et marraines ne sont pas mentionnés sur la cloche : tous les donateurs -dont les noms ont été inscrits aux archives- y figurent par contre. En 1914, alors que la guerre éclate, la plus petite cloche de l’ensemble, fondue en 1845, fêle à son tour. Il faudra attendre cinq ans pour la revoir toute étincelante. Le travail est confié aux fils de G. Paccard d’Annecy-le-Vieux. Là aussi, l’ancienne cloche fut reprise pour faire une cloche nouvelle. C’est ainsi qu’en 1919 est revenue « Jeanne d’Arc » et son « si bémol » qui est à l’octave du bourdon. Dès lors, le carillon de cinq cloches est au grand complet. Électrifiées il y a quelques décennies, les cinq cloches qui étaient jadis accrochées près des baies logent maintenant dans le clocher, sur un beffroi en acier. Fini le spectacle d’une grande volée depuis la place du village : les cloches sont maintenant cachées par des abats-son. C’est ainsi qu’au clocher de Mercury chante le travail de toute une famille de fondeurs : trois générations Paccard (cloches 2, 3, 5) et les frères Beauquis (1, 3) eux-mêmes frères de Françoise Beauquis, épouse de Jean-Pierre Paccard.

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Immaculée Beauquis frères 1866 176,7 3’410 Si bémol 2
2 Sacré-Cœur G&F Paccard 1887 142,7 1’796 Ré bémol 3
3 Eliza Paccard frères 1845 125,8 1’225 Mi bémol 3
4 Pierre-Marie Beauquis frères 1866 107,7 748 Sol bémol 3
5 Jeanne d’Arc Les fils de G. Paccard 1919 80 380 Si bémol 3

Mes remerciements pour cette visite spéciale du clocher à M. Alain Zoccolo, maire, et à M. André Burdet, sacristain et ancien conseiller municipal. Je remercie également Evelène Estadès & Pierre Dubourgeat, tous deux passionnés d’histoire, pour m’avoir éclairé sur le chemin de cette sonnerie, tant par la mise a disposition d’archives que de photos.
Enfin, mes remerciements à MM. Walter et Krafft, campanologues, pour l’aide au relevé et MM. Mike « Quasimodo« , Philippe « Senonais » et Dominique « Valdom68 » pour le renfort audiovisuel afin de présenter une vidéo digne de cette somptueuse sonnerie savoyarde.

Sources & liens :
Mairie de Mercury
Mercury sur wikipédia
« Histoire de Chevron », Joseph Garin, 1930
« L’église et le Patrimoine Religieux de Mercury », H. Barthélémy, J. Cominazzi, E. Estadès
Fonds privés
Relevé personnel

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