Vallorcine – Eglise Notre-Dame de l’Assomption.

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Cela fait maintenant près de 750 ans qu’un édifice religieux est construit près de la frontière franco-suisse, soit juste après l’installation des colons Walser provenant du Haut-Valais. La paroisse est édifiée en 1272 par Richard, prieur de l’abbaye de Chamonix. 16 ans plus tard, l’église est reconstruite et placée sous le vocable de Notre-Dame. En 1756, le syndic et le conseil de Vallorcine devront reconstruire l’église, usée par le poids des ans. L’emplacement de la nouvelle église fait toutefois débat, en raison de la géographe de la paroisse et ses hameaux éparpillés. Certains voulaient la laisser à sa place et d’autres la construire dans le hameau du Nant, épargné par les avalanches et à mi-distance de tous. Le curé agira en médiateur et arrivera à convaincre tout le monde de la reconstruire à la même place. Domenico Guelino assure le bon déroulement des travaux qui prennent fin en 1757. Il a également été le maître-maçon de l’hôpital de Martigny (CH-VS) et de l’église des Contamines-Montjoie (F-74). Le retable baroque, enlevé en 1956, était une réalisation baroque installé en 1838.

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Un élément plutôt inhabituel entoure l’église, ou plutôt la protège. Il s’agit d’une « tourne » (turne en patois). Une première avalanche avait endommagé l’église en 1594, à cause d’une mauvaise turne en bois. Durant l’hiver 1719-1720, une nouvelle avalanche a raison de la turne. Une nouvelle sera alors construite. Aujourd’hui, l’église semble excentrée du village. Il est bon de préciser que ce n’est pas elle qui s’en est éloignée mais le chef-lieu tout entier. Autrefois, il jouxtait l’église, avant d’être détruit par l’avalanche du 6 mars 1674. Dans l’hiver 1802-1803, une nouvelle grande avalanche investit toute la plaine de Vallorcine, épargnant l’édifice. Cependant en 1843, une avalanche plus grosse encore détruit le clocher et endommage en partie l’église et le presbytère. Le clocher sera rebâti et la turne consolidée. En 1861 et 1953, elle subit de nouvelles restaurations. La dernière en date date de 2006.

Le clocher de l’église abrite trois cloches. Fait plutôt insolite à notre époque, elles sont encore actionnées à la main! Il est évidemment dans la volonté des paroissiens et des autorités de conserver cette tradition devenue rare à cause de la fée électricité. Il s’agit de la dernière église paroissiale où les sonneurs remplP1000727acent des moteurs dans le département. En 1793, la France est plongée en pleine Révolution et la Savoie est annexée à la France. Sur ordre des Révolutionnaires, les cloches doivent être cassées. Les Vallorcins s’y opposent. Finalement, ils devront casser eux mêmes leurs cloches. Il y avait trois cloches : la grande de 488 livres, la « neuve » de 356 livres et la petite de 302 livres. Le commissaire de la vallée a la condescendance d’en épargner une, probablement la plus grande, encore en place (fondue par Jean-Baptiste Chrétiennot en 1735). Il est fort probable que la « neuve » ait été fondue par Louis Léonard en 1774. Fait étrange, la plus petite des cloches a été fondue par Gaspard Duonna en 1779, alors qu’il est attesté en 1793 qu’une seule une cloche a été conservée. Bien que certaines paroisses aient réussi à déjouer les Révolutionnaires en cachant des cloches, il est fort possible que cette petite dame de bronze n’ait pas joué à cache-cache. En effet, la cloche cite le curé et le syndic de Sanson. De même, la marraine ne possède pas de patronyme vallorcin et n’apparaît pas dans les actes de l’époque. Dans le Doubs, une commune nommée « Samson » est peut-être la clé de l’énigme. Il est fort possible que la cloche provienne de ce village car le fondeur, installé à Genève, n’avait pas une grande distance à faire pour couler la cloche dans ce village. En 1813, une dernière cloche, fondue par Louis Gautier à Martigny (CH-VS) complète la sonnerie. Les deux plus petites cloches sont en fenêtre (cloche 2 à l’est, petite au nord) et la plus grande au centre du clocher. Toutes possèdent encore leurs battants d’origine, de même que leurs beaux jougs en bois aux ferrures forgées avec soin.
Aujourd’hui encore, l’ordonnance des sonneries est des plus précises : lors des enterrements les trois cloches sont mises en volée. Autrefois, pour l’annonce du décès, les coups étaient comptés et se basaient sur la grande cloche : 100 pour une femme et 120 pour un homme. Aux mariages, les trois cloches sonnent également la grande volée. La messe est annoncée par la grand’cloche, les baptêmes sont carillonnés sur les trois cloches et le tocsin est sonné sur la plus petite des cloches.

Cloche 1 : Chrétiennot, 1735 – 500 kg, 94,3cm – La 3 -5
Cloche 2 « Marie-Josephte » : Gautier, 1813 – 250 kg, 72,7cm – Do Dièse 4 -2
Cloche 3 : Duonna, 1779 – 100 kg, 57,5cm – Mi 4 -1

(nom, fondeur, année, masse, diamètre, note (La3 =435Hz))

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La petite cloche, décorée avec soin.
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Un grand merci à M. Le Maire de Vallorcine et au chanoine Liaudat, curé de Finhaut et prêtre de Vallorcine pour leurs aimables autorisations. Des remerciements nourris à Mme Dominique Ancey, pour l’accès au clocher et à M. Jean-Marie Dunand, sonneur, pour ses précieuses indications. Mention à Mike « Quasimodo Sonneur de Cloches« , Mehdi « Les Cloches Comtoises » et Alex « Fred Phos » pour l’aide apportée à la réalisation de ce reportage.

LIENS :

Village de Vallorcine
Mairie de Vallorcine
Vallorcine sur Wikipédia
Paroisse Saint Bernard du Mont-Blanc

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