Verdun – Cathédrale Notre-Dame

En 2014, alors que nous fêtions les 100 ans de la mobilisation de la Première Guerre Mondiale, je vous faisais découvrir l’Ossuaire de Douaumont et son « bourdon de la Victoire« , fondu par Bollée-Blanchet en 1927. Lors de ce séjour, j’ai découvert la Meuse, mais aussi la Champagne et l’Aisne. J’ai été profondément marqué par ces longs alignements de croix blanches, ces paysages encore marqués par les impacts d’obus et ce silence parfois pesant, qui en réalité cache le bruit des balles qui sifflaient et le bruit des explosions. Lors de ce séjour, je n’ai pas pu fouler le porche de la Cathédrale Notre-Dame de Verdun, mais je l’ai aperçu au loin. Et j’avais envie de découvrir cet édifice. En juillet 2016, accompagnés de quelques amis, j’ai non seulement pu y entrer, mais j’ai aussi eu l’autorisation d’accéder dans les deux tours et d’y enregistrer une première volée. Nombre de déconvenues d’ordre technique ne m’ont pas permis de vous faire partager cette première visite, mais j’avais promis de le faire à l’occasion de mon retour, avec comme échéance les 100 ans de l’Armistice. Ce jour étant arrivé, il me convient de vous raconter une histoire singulière à mes yeux…

La ville de Verdun est aujourd’hui réputée dans le monde entier. Ses alentours ont été témoins d’une atroce bataille entre le 21 février et le 18 décembre 1916. On en dit souvent : « 300 jours, 300 nuits, 300 000 morts ». En réalité, cette boucherie fit plus de 700 000 victimes, en incluant les blessés et prisonniers de guerres. La position stratégique de Verdun en Lorraine et sa proximité avec l’Alsace, à l’époque allemande, ne l’épargna pas. Pourtant aujourd’hui, cette ville de 20’000 habitants organisée autour de la cathédrale ne montre plus aucune blessure, ou presque. La nature a pudiquement tiré un voile sur le passé, laissant des centaines de milliers de croix blanches, dans différents cimetières rappeler les vies emportées. Ils s’appelaient Alphonse, Victor, Ernest ou François. Ils venaient d’ici, de Savoie, de Provence, de Bretagne ou encore de Paris. Eux qui sont partis en temps de guerre, qu’ils reposent aujourd’hui en paix.

La vie à Verdun n’a bien sûr pas commencé il y a un siècle. La présence d’une agglomération est attestée autour de la rivière Meuse dès l’Antiquité, lorsque les celtes fondent un oppidum (ville fortifiée). Devenue un véritable chef-lieu, elle sera l’une des quatre cités de la Belgique première. C’est dans cette même cité qu’est signé en 843 un traité scindant l’Empire Carolingien en trois. Au Xe siècle, la ville intègre le Saint-Empire romain germanique. Elle formera avec Metz et Toul la Province des « Trois-Évêchés » avant de devenir française en 1648. En plus de la bataille de 1916, on y dénombre d’autres affrontements : en 1792, lors de la Révolution, ou encore en 1870, conflit qui vit la France perdre l’Alsace et la Moselle.
Sur le plan religieux, le diocèse de Verdun semble avoir été créé au VIe siècle. On note une interruption entre 1801 et 1822, comme beaucoup de diocèses suite à la Révolution Française. Depuis 2002, le diocèse est dit « suffragant » de l’archidiocèse de Besançon, suite au redécoupage des différentes provinces ecclésiastiques en France. Entre les XIe et XVIe siècles, le diocèse fait partie du Saint-Empire et connait une période faste. Il en était un état autonome et l’ordinaire jouissait des titres de Comte-Évêque et de Prince du Saint-Empire. Cette situation dure jusqu’en 1552, date à laquelle l’évêché est placé sous la tutelle de la France avant son annexion définitive en 1648. A sa suppression entre 1801 et 1822, l’évêché est ajouté à celui, voisin, de Nancy-Toul. Le diocèse sous sa forme actuelle compte une soixantaine de prêtres pour environ 170 000 catholiques. Il recense deux basiliques mineures. Celle d’Avioth a été érigée par saint Jean-Paul II en 1993. La cathédrale, en plus d’être l’église-mère du diocèse, possède également le titre de basilique depuis 1947.

La cathédrale Notre-Dame a été bâtie à partir de 990 sur le plan roman-rhénan, ce qui fait d’elle une des plus anciennes d’Europe. Ce plan lui donne la particularité de posséder deux chœurs : l’un à l’ouest, et l’autre à l’est, chacun flanqué de deux tours. Dès le début du chantier, aux XIe et XIIe siècles, des ravages obligent les bâtisseurs à reconstruire certains éléments et à modifier l’architecture de l’ensemble. Le pape Eugène III consacre la cathédrale un 1147, un… 11 novembre ! Il s’agit en fait la seconde cathédrale du diocèse. La première, remplacée par l’Abbaye Saint-Vanne, a été la proie des invasions barbares. Au XIVe siècle, la cathédrale est modifiée dans le style gothique par Pierre Perrat. Des chapelles latérales sont ajoutées. Par la suite, jusqu’au XVIe siècle, on note l’ajout d’autres chapelles et la construction du cloître. Le 2 avril 1755, la foudre s’abat sur la cathédrale, détruisant la toiture et les tours. A la suite de cet incident, deux des quatre tours ne sont pas reconstruites, et la cathédrale est rebâtie dans le style baroque. Sont alors ajoutées de nouvelles stalles, un nouvel orgue et un baldaquin imitant celui de la basilique Saint-Pierre de Rome. En 1916, la cathédrale – position stratégique oblige – est endommagée par les bombes allemandes. Ce sont les tours et la toiture qui paient le plus lourd tribu des bombardements. La cathédrale est reconstruite et restaurée. entre 1919 et 1935.

A elles seules, les deux tours restantes de la cathédrale ne comptent pas moins de 19 cloches, fondues entre 1756 et 1955. Seules les 3 plus petites cloches de ce vaste ensemble campanaire ne sonnent pas en volée. Elles peuvent par contre être tintées lors de carillons enregistrés. Cela fait donc de Verdun la seconde sonnerie en volée de France après la cathédrale de Strasbourg : 16 cloches. Le 10 août 1738, la tour nord-est est détruite avec les huit cloches qu’elle contenait. Le coup de grâce est porté le 2 avril 1755 : la totalité des autres cloches sont anéanties dans l’incendie qui ravage la cathédrale. Seuls les deux tours ouest sont reconstruites. Pierre Guillemin de Breuvannes (Bassigny) se voit passer commande de deux bourdons et d’une cloche de 200 kilos. La sonnerie se voit ensuite étoffée à mesure jusqu’en 1783, date à laquelle on recense onze cloches. En 1792, la sonnerie n’en comptait plus que huit. Les deux bourdons et la petite cloche de Pierre Guillemin échappent à la réquisition de 1793 grâce à leur usage civil. En 1810, Farnier réalise une cloche de 300 kilos afin de compléter l’ensemble.
C’est à partir de 1874 que s’engage le vaste chantier campanaire destiné à donner à la sonnerie l’aspect imposant que nous lui connaissons aujourd’hui. La fonderie Farnier-Bulteaux de Mont-devant-Sassey est sollicitée pour réaliser 16 cloches. Les deux petites cloches de 200 et 300 kilos retournent au creuset. Les travaux s’articulent en deux étapes : les années 1870 voient l’ajout d’un troisième bourdon et de trois cloches, à l’octave des plus grandes. C’est dans les années 1890 que la sonnerie prend sa forme actuelle. On ajoute d’abord les cloches intermédiaires (plus de 700 kilos), puis les plus petites viennent compléter l’ensemble en 1899. En 1945, la cloche numéro 13, baptisée « Louise », endommagée par un éclat d’obus est refondue par Joseph Granier dans le Midi. En 2010, « Florence », la quatrième cloche, est ressoudée car fêlée.

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

N.C. Pierre Guillemin 1756 206,5 ~5’300

SOL 2

2

N.C. Pierre Guillemin 1756 186 ~3’800

LA 2

3

Sophie Farnier-Bulteaux 1874 162,5 2’700

SI 2

4

Florence Farnier-Bulteaux & fils 1897 147,2 ~2’010 Do 3
5 Lucie Farnier-Bulteaux 1894 131,8 ~1’360

Ré 3

6

Marguerite-Justine Farnier-Bulteaux & fils 1897 117,1 ~1000 Mi 3

7

Claire Farnier-Bulteaux & fils 1897 110,8 ~850 Fa 3

8

Charlotte Farnier-Bulteaux 1877 99,2 ~600

Sol 3

9

Marcelle Farnier-Bulteaux 1877 87,1 ~400 La 3
10 Jeanne Farnier-Bulteaux & fils 1898 82,5 ~350

Si ♭ 3

11

Marie Farnier-Bulteaux 1874 77,7 305 Si 3
12 Victorine Farnier-Bulteaux & fils 1895 73,8 ~250

Do 4

13

Marie-Elisabeth de la Visitation Joseph Granier 1955 62 ~140 Ré 4
14 Thérèse Farnier-Bulteaux & fils 1898 58,4 ~120

Mi 4

15

N.C. Farnier-Bulteaux & fils 1898 54,4 ~95 Fa 4
16 Félicie Farnier-Bulteaux & fils 1899 49 ~70

Sol 4

17

Maurice Farnier-Bulteaux & fils 1899 N.C. N.C.

La 4

18

Gustave

Farnier-Bulteaux & fils

1899

N.C. N.C.

Si 4

19

Charles

Farnier-Bulteaux & fils

1899

N.C. N.C.

Do 5

Les trois bourdons se partagent la tour nord… :


… et les 16 autres, la tour sud. :

J’adresse mes sincères remerciements à M. Dominique Péridont, diacre de la paroisse cathédrale et membre de l' »ACCV » et à travers lui toute la communauté paroissiale et diocésaine sous l’épiscopat de Mgr Gushing et les mandats successifs des pères Lair et Monnier.
Je remercie l’Association Culturelle de la Cathédrale de Verdun (ACCV), Thierry Simonet, organiste, ainsi que la Direction Départementale de l’Architecte des Bâtiments de France, représentée par Mme Coral Trévin.
Je remercie aussi M. Alexandre Jaquemin, représentant territorial de la maison Bodet pour l’aide technique apportée (programmation et réparations).
Je ne peux pas oublier mes chers amis pour l’aide indispensable… tout d’abord Claude-Michaël « Quasimodo » Mevs, Dominique « Valdom68 » Fatton, Philippe « Senonais » Simonnet, Allan « Le Sonneur Comtois » Picelli et Aurélien Surugues, dernier arrivé dans notre équipe de choc ! Pour les données techniques et les archives, il me revient de citer deux campanologues : le Dr. Matthias Walter, de Berne, et Me Pascal Krafft, de Ferrette.

Bernex – Eglise Saint-Ours

Petit village à l’est du plateau de Gavot, Bernex est dominé par la « Dent d’Oche », emblématique montagne de la région. Au gré des saisons, le village offre un véritable paysage de carte postale, grâce aux paysages, aux chalets rustiques isolés, ou à l’agencement de son chef-lieu. Selon les saisons, Bernex offre de multiples possibilités pour les locaux et touristes : le ski alpin en hiver, de nombreuses balades dans la neige, également possibles en été. On peut toujours arpenter les différents reliefs de la commune à vélo. A quelques kilomètres au nord, le Lac Léman, plus grand lac d’Europe, offre une possibilité de rafraîchissement.

Au cœur du village, une haute silhouette couronnée d’un dôme s’élance : il s’agit de l’église Saint-Ours. Dans ce cas, ce n’est pas le clocher qui domine. D’ailleurs, il est plutôt discret. Nous y reviendrons. L’église, dédiée à saint Ours d’Aoste, a été bâtie entre 1847 et 1848 par Eugène Dénarié d’Annecy. Elle remplace des églises plus anciennes, dont on ne sait pas grand chose, si ce n’est qu’elle est mentionné pour la première fois entre 1078 et 1120, période où la moitié des revenus de la paroisse étaient donnés au prieuré Saint-Victor de Genève.
L’intérieur de l’église est plutôt chaleureux, comme nombre d’églises néoclassiques sardes de la région. On note une multitudes de fresques dans l’édifice, surtout autour du dôme, véritable puits de lumière. Au sommet du chœur trône le repas de la Cène, au soir du Jeudi Saint. Les autels latéraux sont dédiés à la Vierge Marie et à saint Pierre.

Le clocher discret, accolé au cœur de l’édifice, abrite pourtant l’une des plus belles sonneries du chablais. Fondues d’un seul tenant par Georges & Francisque Paccard d’Annecy-le-Vieux, les quatre cloches se partagent un massif beffroi en bois. A en croire le clocher, on ne soupçonnerait pas une telle installation ! Les quatre cloches se répartissent en trois travées. Si la grande cloche se partage seule l’allée centrale, les deux cloches médianes sont face à face, dans une des deux travées latérales. La plus petite cloche, quant à elle, se partage une minuscule travée. Elle n’est pourtant pas au centre, comme si une place était prévue pour une cinquième cloche. On peut aussi admirer avec émerveillement, en plus de cette charpente de bois aux multiples croix de « saint André », que presque tous les équipements d’origines subsistent. On peut ainsi voir sur les trois petites cloches des beaux battants forgés à la main, sauf pour la grande cloche. Il a en effet été changé il y a quelques années. Les jougs en bois disposent encore de leurs ferrures forgées sobrement. Du côté de la motorisation, quelques changements ont été opérés depuis l’électrification en 1951 : on note un nouveau marteau de tintement pour la grande cloche, et de nouveaux moteurs de volée pour les cloches 2 & 3. Ils ont certainement été installés il y a environ une décennie, à la même période que l’automate, installé en 2008. Sous la deuxième cloche, se trouve un instrument de bois : il s’agit très simplement d’une crécelle, utilisée entre les Gloria des Jeudi-Saint et de la Vigile Pascale, en lieu et place des cloches, muettes en signe de deuil, ou à Rome, selon la tradition.

Nom Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

Ours 126,4 1210 Mi ♭ 3
2 Marie 100,4 ~600

Sol 3

3

Antoine 84,2 ~350 Si ♭ 3
4 Joseph 62,4 ~150

Mi ♭ 4

Paccard Frères Fondeurs à Annecy-le-Vieux 1868


Mes sincères remerciement à M. Pierre-André Jacquier, maire, pour ses aimables autorisations et au sacristain pour sa disponibilité. Je remercie aussi Mike « Quasimodo« , fidèle ami, pour sa présence et l’aide technique apportée.

Sources & Liens :
Bernex
Eglise de Bernex
Mairie de Bernex
Office du Tourisme de Bernex-Dent-d’Oche
Clichés personnel
Relevé personnel

Saxel – Eglise Sainte-Madeleine

Pour poursuivre mes explorations, je reste dans la vallée Verte… ou plutôt sur une vallée latérale, creusée par le Brévon. Cette rivière rejoint la Menoge à Boëge, chef-lieu de la vallée Verte. Au fond de ce vallon perpendiculaire se trouve le village de Saxel, trait d’union entre les montagnes et le lac Léman. De son col, un beau point de vue est d’ailleurs offert sur le plus grand lac d’Europe et sur la Suisse, sans oublier les villages savoyards, au premier plan.
Saxel est aussi un passage obligé pour aller jusqu’au sommet du Signal des Voirons, qui culmine à 1480 mètres. S’y trouve un monastère, une chapelle, et de nombreux départs de randonnées.

L’église, dédiée à Marie de Magdala, (dite sainte Madeleine ou Marie-Madeleine), est plutôt éloignée du chef-lieu, symbolisé par sa mairie. De son parking est pourtant offert un beau point de vue sur ce monument bâti en forme de tréflé, unique en Pays de Savoie. Le sanctuaire surplombe quant à lui des sentiers, des pâturages et le Brévon, qui n’est encore qu’un filet d’eau. Ce rocher qui assied l’église a donné son nom au village : Saxel « Sasselum » : gros rocher.
On ne connait pas tellement les origines de cette paroisse et de cette église. On sait que primitivement, elle était sous la juridiction de l’Abbaye Notre-Dame d’Aulps, à quelques vallées de là. L’église était située au « Crêt du Clocher », sur le col. A la Réforme, la paroisse devient protestante. L’église sera finalement abandonnée au retour du catholicisme en 1589, et la paroisse unie à celle de Bons-en-Chablais. Ce n’est qu’en 1601 (ou 1611 selon certaines sources) que saint François de Sales scinde la paroisse de Bons pour rendre à Saxel sa vie religieuse.
Le sanctuaire actuel, en contrebas de l’ancienne église, a été bâti dès 1840. La construction ne sera terminée qu’en 1901. On suppose donc qu’elle ait été faite par étapes. On ne sait hélas pas d’informations sur les raisons de cette durée, ni si l’ancien édifice était encore debout et sa localisation… On sait en revanche qu’entre 1952 et 1954, l’intérieur est restauré par Constant Demaison. Ce sera au tour de la toiture en 1981 puis de nouveau à l’intérieur en 2001. Gros chantier : la suppression de la tribune, faite en béton lors de la précédente restauration. Son poids menaçait les murs du lieu. Si autrefois elle était en bois, aucune tribune a été refaite lors de ces travaux. La municipalité a dores et déjà prévu de nouveaux travaux dans son clocher, à savoir l’accessibilité et son ravalement.

Les cloches ont été acquises en 1859. On ne sait pas tellement les anciennes. A part deux achats de cloche : 1609 et 1770.
Les cloches actuelles ont été fondues par les frères Paccard, la même année que celles du Villard, et un an avant celles de Boëge, deux clochers voisins. Au début du XXe siècle, leur installation a été revue : un nouveau beffroi semble avoir été conçu et le mode de volée a été modifié pour du rétrolancé. Ce système, breveté fin XIXe siècle par la fonderie, permet moins d’efforts pour les sonneurs et sur le beffroi, malgré un qualité sonore moins optimale. Il y a quelques années, la petite cloche a été tournée d’un quart de tour et son mode de volée a été révisé pour du rétrograde. Le battant n’est plus propulsé contre la lèvre supérieure lors de la volée, mais tombe sur la lèvre inférieure. La grosse cloche a conservé ses équipements du XXe siècle. Elle entre en action moins régulièrement que sa petite sœur, qui l’est 3 fois par jour, pour l’angélus, et lors du glas, sonné sur les deux cloches.

Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

116,2 950 Fa 3
2 92,3 500

La♭3

Frères Paccard fondeurs à Annecy-le-Vieux 1859

Mes remerciements pour cette visite à M. Denis Mouchet, maire, pour son aimable autorisation, à Laurent Marth, adjoint au patrimoine et aux bâtiments, pour m’avoir accompagné au clocher, et au sacristain pour les sonneries spéciales. Mention à mes amis Edwin Genoud, un ami à qui je dois une fière chandelle dans ce clocher, et à Mike « Quasimodo » pour le soutien technique, encore une fois indispensable.

Sources & Liens :
Mairie de Saxel
Saxel sur Wikipédia
Eglise de Saxel sur Wikipédia
Eglise de Saxel sur Paysalp
Relevé personnel
Clichés personnels

Burdignin – Chapelle de l’Espérance

Après vous avoir présenté l’église paroissiale de Burdignin, je me dois maintenant de vous présenter le lieu de culte d’un village… dans le village. Ma surprise fut assez visible lorsque M. le Maire de Burdignin -que je remercie à nouveau- m’a fait par de cette chapelle au sommet de sa commune.

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Le domaine de l’Espérance a été bâti dans les années 1950 sous le plan du grand Maurice Novarina, architecte de notre région réputé pour ses églises ou bâtiments remarquables, ici comme ailleurs. Citons rapidement l’église du Plateau d’Assy ou encore l’église du Fayet, déjà en ligne sur ce site. Ce domaine était destiné à devenir un gigantesque lieu d’accueil pour des retraites, en autonomie parfaite. En effet, les lieux sont alimentés par leur propre source et possède leur station d’épuration. Le domaine est équipé d’un immense réfectoire, de dortoirs, d’une piscine couverte, d’un terrain de sport… et d’une chapelle ! Celle-ci a été consacrée en 1960 grâce à Mme Thoral. Son style est très sobre et à la hauteur d’une petite chapelle montagnarde. Les vitraux sont de Jean Bazaine, le tabernacle et les chandeliers de François Hugo.
Précisons enfin que l’ensemble des lieux a été racheté par la commune et qu’une seconde vie pour le lieu est à l’étude. Pour l’heure, ils accueillent des colonies de scouts pour des retraites chaque été.

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La fonderie Paccard a été mandatée en 1957 pour réaliser deux cloches : celle de la chapelle et une toute petite cloche d’appel. Nous allons nous intéresser à la première…
Elle porte la date de décembre 1957 et comme inscriptions « Ave Maria » (Je vous salue Marie), le nom de la commune et du département. La cloche est donc dédiée à la Vierge. Notons qu’elle est ornée d’un Christ en croix, d’une Vierge couronnée, d’un edelweiss et du blason de la fonderie. Elle est de dimensions fortes modestes : 41,7cm de diamètre pour un poids d’environ 47 kilos. Elle sonne le « Si4 ». Elle est encore actionnée à la corde.

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Mes remerciements pour la visite à M. Yves Dupraz, maire de Burdignin, qui m’a aussi signalé la présence de cet édifice. Mention enfin à mes amis Mike « Quasimodo » et Edwin Genoud pour l’aide et l’accompagnement.

Sources & Liens :
Mairie de Burdignin
Burdignin
Fonds privés
Clichés personnels
Relevé personnel

Burdignin – Eglise de la Nativité-de-Marie

Le clocher de l’église, orné d’une flèche, abrite deux cloches, nichées dans un beffroi en bois. On pourra noter que les baies côté ouest et sud sont obstrués par des murs, sans doutes pour éviter que le son des cloches portent jusqu’à Villard et Habère-Lullin, dont les clochers et habitations ne sont pas très loin. D’ailleurs, même les cloches ne sont pas centrées dans le beffroi, mais près des baies est, qui donnent près du parvis et de la mairie. Est-ce un autre signe de cette hypothèse ?
Les cloches, parlons-en… nous avons là deux filles de la fonderie Paccard, représentantes de la troisième et de la cinquième génération. La plus grande porte la date de 1880. Ses inscriptions sont plutôt minimalistes : parrain, marraine, curé et maire. Sa petite sœur, plus récente, porte le millésime 1963. Elle est volontiers plus bavarde que sa grande sœur… et elle porte un nom : « Maria Christina » ! Près d’elle, le beffroi possède une date gravée « 1897 », date ou le beffroi a été reconstruit. Il est fort probable que cette petite cloche soit la refonte d’une ancienne, même s’il en reste aujourd’hui aucune trace.

Nom

Fondeur(s)

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

N.C.

Paccard Frères

1880

115,7

900

Mi3

2

Maria Christina

Paccard

1963

94,7

535

Sol♯3

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Retour en images sur la bénédiction de la petite cloche de Burdignin, en 1963. On y retrouvera dans l’ordre, la présentation de la cloche, sa bénédiction par le curé ou alors le vicaire général d’Annecy, et le tintement par sa marraine. Je remercie le Maire et sa famille, descendants des parrain et marraine, pour les photos tirées de leurs propres fonds.

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Mes sincères remerciements à M. Yves Dupraz, maire de Burdignin, pour son autorisation et son accueil à l’église et à la chapelle. Mention également à Mike « Quasimodo » et Edwin Genoud, pour leur aide précieuse.

Sources & Liens :
Mairie de Burdignin
Burdignin sur Wikipédia
Paroisse de la Visitation en Vallée Verte
Famille Dupraz-Condevaux
Fonds privés
Inventaire personnel

Arenthon – Eglise Saint-Théodule

Après plusieurs découvertes (et redécouvertes) en Chablais, je vous propose maintenant de nous déplacer en basse vallée de l’Arve, capitale du décolletage. La commune d’Arenthon, fortement résidentielle est à mi distance entre les stations de ski des Aravis et du Giffre et le Lac Léman.
La commune d’Arenthon est idéalement située sur un terrain presque plat, non loin de l’Arve, principale rivière du département. Il y a quelques mois seulement, on découvre sur la commune des restes d’un village gallo-romain. On avait pas de doutes sur l’ancienneté du lieu. La famille noble éponyme reste entourée de mystères. Elle apparaît au XIIIe siècle lorsqu’elle s’éloigne de sa commune d’origine pour se rapprocher d’Alex et de sa famille noble. La descendance sera longue et fructueuse. Le plus célèbre membre de la famille est Mgr Jean d’Arenthon-d’Alex, prince évêque de Genève « en exil » à Annecy au XVIIe siècle. La famille s’éteindra quelques décennies après lui, début XVIIIe siècle. Le château d’Arenthon, hélas aujourd’hui presque totalement détruit, était le dernier vestige de cette famille. Aussi connu sous le nom de « château de Sonnaz » était depuis 1741 propriété d’une autre grande famille, Gerbaix de Sonnaz, originaire de Chambéry.

A seulement quelques centaines de mètres du château se trouve le choeur du village avec son église dédiée à saint Théodule, premier évêque du Valais. Ce saint « local » est particulièrement vénéré dans nos contrées. L’église est assez ancienne. Le chœur gothique a probablement été élevé avant 1516 par Jacques Rossel. En 1721, l’église est profondément remaniée et la nef est reconstruite. Au cours du XVIIIe siècle, François Riondet et Jean-François Guillet de Samoëns sont chargés de refaire le clocher, qui sera à nouveau reconstruit en 1939, à la suite d’un incendie de sa flèche. Par bonheur, les deux cloches sont restées intactes.

Les cloches, parlons-en. Si nous passons à Arenthon dans la journée, il est possible de les distinguer : les baies ne sont pas munies d’abat-son. En 1806, au lendemain de la Révolution, les clochers doivent être « repeuplés ». Alors les fondeurs s’activent. Jean-Daniel Dreffet et son fils Barthélémy signent alors la petite cloche. Comme les cloches de ce fondeur, elle est plutôt riche sur le plan iconographique. Ainsi, on peut voir frappé sur la cloche un ostensoir, un Christ ou une Vierge. Outre son parrain et sa marraine, elle cite tout le conseil municipal en fonction et le « recteur » (curé) en charge de la paroisse. Cette cloche est depuis peu munie d’un joug en acier et d’un battant neuf. Il y a quelques années encore, elle était pourvue de son mouton d’origine en bois. Sa grande sœur, elle, possède un joug massif en bois, avec des ferrures neuves. Elle a été réalisée en 1843 par les frères Paccard établis à Quintal. Ce « monument de la foi de la commune d’Arenthon » comme le raconte la cloche a été dimensionné pour ce clocher. Lors de la volée, son battant passe à quelques centimètres des murs !

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 n.c. Frères Paccard 1843 123,5 1200 Mi3
2 n.c. Dreffet JD & B 1806 95.1 500 La3

Mes remerciements pour cette visite du clocher à Mme Chantal Coudurier, maire, pour son aimable autorisation. A l’employé des services techniques et à M. Verdel, sacristain, pour l’accès au clocher et les sonneries spéciales.

Sources & Liens :

Arenthon
Château de Sonnaz
Fonds privés
Relevé & clichés personnels
Mairie d’Arenthon
Paroisse Sainte-Marie en Pays Rochois

Sciez-sur-Léman – Eglise Saint-Maurice

L’église de Sciez (photo Savoie-Mont-Blanc)

C’est l’une des principales cités du Bas-Chablais. Je continue de vous emmener sur les bords du Lac Léman. Aujourd’hui, le port de Sciez. Nous allons prendre un peu de hauteur pour se rapprocher de son église Saint-Maurice, distante de quelques kilomètres de la rive sud du plus grand Lac d’Europe, à cheval entre la Suisse et la France.

En traversant la commune par la route départementale, reliant Annemasse à Thonon, on ne se doute pas du riche passé de la commune. Il est fort probable qu’au néolithique, une population soit déjà installée dans la région. Cette présence est confirmée à l’Age de Bronze, grâce à des fouilles récentes. On a même trouvé des pièces d’argent datant du premier siècle sur la commune. Il y a tout juste 1000 ans, en 1018, Rodolphe III de Bourgogne cède le lieu à l’Abbaye de Saint-Maurice, en Valais. Au deuxième millénaire, on cite l’Abbaye de Filly, au bord du lac, abbaye augustine placée sous la juridiction de Saint-Maurice. On ne sait hélas pas grand chose de sa fondation. Au XIIe siècle, elle passe sous la juridiction de l’évêque de Genève. On sait par ailleurs que les chanoines du Saint-Bernard avaient des vues sur cette abbaye. Après plusieurs siècles d’existence, sous plusieurs dominations (Saint-Maurice, évêché, Aulps, Ainay, commande) la vie communautaire est terminée en 1536, quand la région est envahie par les bernois qui imposent une nouvelle religion. Une fois le catholicisme rétabli, les barnabites rachètent les lieux. Mais les bâtiments conventuels et le clocher sont détruits. On ne sait pas la date de sa destruction, mais que certaines pierres ont été utilisée pour l’église paroissiale.
L’église Saint-Maurice, parlons-en, est bien plus discrète. On ne sait pas grand chose sur elle, si ce n’est qu’elle remonterait au XIe siècle, bâtie à l’emplacement d’une ancienne chapelle. En 1250, l’église est donnée à l’Abbaye de Filly. L’église est reconstruite en 1741, en conservant le clocher et le chœur de la chapelle Sainte-Catherine. Mais l’édifice n’a pas duré longtemps : la nef actuelle a été reconstruite entre 1873 et 1879. L’orientation de l’édifice a été inversé et le clocher conservé. Il est d’ailleurs bien plus petit que l’église.

Je suis aujourd’hui très heureux de pouvoir vous faire découvrir cette sonnerie et ce pour plusieurs raisons. La première est en raison de sa taille : ce clocher renferme pas moins de cinq cloches, ce qui est plutôt rare en Bas-Chablais. De plus, la sonnerie a été restaurée en 2015 avec la remise en service de deux cloches historiques fêlées depuis des décennies.

Les deux cloches plus anciennes portent toutes les deux la date de 1662. C’est le seul clocher du département, avec celui de Rumilly, qui a su conserver deux cloches antérieures à la Révolution fondues simultanément. Bien que datées, nos deux cloches de 1662 ne portent pas de mention d’un fondeur.
Au lendemain de la Révolution, qui détruit l’ensemble campanaire (ou presque!) de Sciez, Jean-Baptiste Pitton, fondeur établi à Carouge, est sollicité pour réaliser ce qui deviendra la plus grosse cloche de la sonnerie actuelle. Originaire de Châtillon-en-Michaille (Ain), il commença son activité en 1786 ou 1787 avant de laisser sa place, peu avant 1830, à François Bulliod, plus tard rejoint par son frère. Nous avons donc ici très certainement l’une de ses dernières cloches. La plus célèbre de ce fondeur reste la petite cloche de l’église de Quintal, fondue en 1796 avec l’aide du syndic, un certain Antoine Paccard. La fonderie Paccard -parlons en- livrait en octobre 1918 deux cloches. Elles ont très certainement pu sonner l’Armistice, comme en témoignent leurs inscriptions, apposées sur leur flanc alors qu’une délicate odeur de victoire envahissait nos contrées. Le clocher de Sciez fut sûrement le premier du département à bénéficier d’une électrification, en 1928. En 2015, les deux cloches de 1662 ont été déposées pour être réparées. La plus grande d’entre elles n’était plus utilisée car fêlée et la bélière mettait en péril la partie supérieure de la cloche. La petite, déposée dans une baie depuis des décennies, était elle aussi fendue. Elles ont donc traversé la France pour revenir en décembre 2015 toutes neuves avant d’être réinstallées. Depuis Noël 2015, le clocher peut à nouveau donner toute sa voix pour les grandes occasions.

Vue sur la charpente du bulbe depuis la chambre des cloches.

Il y aurait tant à dire sur ces cinq cloches de l’église. La plus grande, livrée en 1825, à pour parrain Joseph-Prosper Gaetan d’Allinges, dernier représentant de cette noble famille. Elle cite également l’ensemble du conseil municipal de Sciez. La seconde cloche, livrée en 1918, à pour parrain Mgr Louis-Etienne Piccard, alors prélat à Rome et protonotaire apostolique. Celle a été donnée par sa soeur, Mme Louise Chapuis née Piccard. Elle est aussi sa marraine. La troisième cloche est la seule qui ne porte pas de nom. Ses inscriptions indiquent qu’elle a été financée par les paroissiens de Sciez. Elle cite en grande partie des nobles qui influaient sur la commune. On retrouve ainsi les marquis de Coudrée, Comte de Langin et même une dame de … La Rochette, en Savoie. La quatrième cloche, la plus petite livrée en 1918, a été fondue pour « carillonner la victoire ». Elle est parrainée par le commandant Bartholoni et son épouse Louise, propriétaires du château de Coudrée. « Barbara », la petite cloche, est disposée dans une des baies du clocher. Sa modeste taille lui permet aisément de se balancer entre les abats-son et le beffroi. Contrairement à sa grande soeur de 1662, ses inscriptions sont en latin.

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 St Maurice J.B. Pitton 1825 106,8 700 Fa3
2 Marie Louise Aimée Les Fils de G. Paccard 1918 99,3 600 Sol3
3 inconnu inconnu 1662 84 346 La3
4 Louise Renée Maurice Les Fils de G. Paccard 1918 75 246 Do4
5 Barbara inconnu 1662 60 126 Ré4

En premier lieu, la cloche de 1825… (cloche 1)

…suivent les cloches de 1918 (cloches 2 & 4)…

…et les deux doyennes de 1662 (cloches 3 & 5).
 

Vidéo de la descente des cloches…

Je remercie pour cette visite du clocher la mairie de Sciez sous le mandat de M. Jean-Luc Bidal, maire, et plus particulièrement Mme Dominique Chaumeron, conseillère municipale chargée de la culture qui a supervisé les travaux de restauration. Je remercie aussi la paroisse pour l’accueil et les sonneries des cloches.
Mention, enfin, à mon fidèle ami Mike dit « Quasimodo » pour l’aide technique.

Sources & Liens :
Sciez
Abbaye de Filly
Eglise Saint-Maurice de Sciez
Paroisse de Sciez
Mairie de Sciez
Fonds privés – inventaire personnel

Fessy – Eglise Saint-Jean-Baptiste

Après le clocher de la chapelle de Lully, je vous invite à découvrir l’église mère de cette double paroisse, aujourd’hui intégrée à l’ensemble Saint-Jean-Bosco basé à Bons-en-Chablais. Elle se situe dans une commune de 900 habitants qui tirerait ses origines à l’époque romaine. Majoritairement résidentielle, la plus grande partie des habitants se séparent entre le bourg et le hameau de Rézier. Ce sont des vignes de ce hameau qui sont cédées au XIIIe siècle à la chartreuse de Vallon, à Bellevaux. Elles ont été données par le seigneur de Fessy et le comte Thomas de Savoie.

L’église, dédiée à saint Jean-Baptiste, prouve l’ancienneté de la paroisse. On sait qu’en 470, Domitanius, évêque de Genève, vint renverser une idole vénérée au sommet des Voirons, non loin de là. Une église serait construite au VIIe siècle. On ne sait rien de celle ci, ni ses dimensions, ni si elle a été remaniée jusqu’au XIIIe siècle. Le premier curé mentionné dans les archives est Messire Girard en 1227.
La nouvelle église a été construite entre 1518 et 1536. Elle a été légèrement déplacée par rapport à l’édifice primitif. L’église était plutôt simple et de dimensions modestes. Le chœur était un chevet plat et le clocher servait de porche. Ce dernier a été frappé par la foudre en 1726. Les habitants en profitent pour le restaurer ainsi que l’église. Un conflit naît entre Fessy et Lully. En effet, ce dernier refuse de participer aux frais de restauration de l’église (ils avaient leur chapelle).
Au lendemain de la Révolution, l’église était jugée dans un état plus que moyen. En 1820, les deux communes ont accepté cette restauration. Les travaux auront lieu en 1823. La nef sera reconstruite plus grande, avec deux bas côtés. Quant au massif clocher, qui sert aussi de porche. Quelques débats ont lieu entre les deux communes. Finalement, il sera terminé en 1835. Une plaque près de la tribune retrace son histoire.

En son sommet, deux cloches sont comme « perdues » dans un immense beffroi en bois. En effet, le clocher est de même largeur que la nef, et les cloches plutôt « modestes ». On imaginerait sans peine une sonnerie digne d’une cathédrale en son sein. Mais compte tenu du village et de l’usage des cloches, la sonnerie correspond bien. En 1753, l’unique cloche est refondue. Mais elle ne reviendra pas seule : c’est à cette date qu’une autre cloche est ajoutée. En 1788 Jean-Daniel Dreffet, maître fondeur de Genève, refond la plus grande. Du bronze a été récupéré de l’incendie du couvent des Voirons en 1787.
Les deux cloches actuelles datent du XIXe et du XXe siècle. La plus grande a été fondue en 1858 par les frères Beauquis de Quintal avec le métal de la cloche de 1788. Ses inscriptions en latin, outre le parrain et la marraine, mentionnent le psaume 50 ainsi qu’une louange à saint Jean-Baptiste, patron de la paroisse.
La plus petite cloche est la refonte d’une des deux cloches de 1753. Elle est très récente car date de 1968, soit un an avant la nouvelle cloche de Lully. Elle aussi cite l’abbé Veyrat et les maires des deux communes. Elle porte le doux nom de « Marie ». En plus d’une vierge à l’enfant et d’un christ, elle arbore deux effigies : celle de saint Maurice, patron de Lully, et saint Jean-Baptiste.

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Marie Louise Joséphine Beauquis Frères 1858 122 1100 Mi 3
2 Marie Paccard 1968 80.5 350 Si 3

Je remercie pour cette visite la muncipalité : M. Condevaux, maire, et M. Godé, adjoint. Je remercie aussi la paroisse et plus particulièrement Mme Lacroix, sacristine.
Je n’oublie pas non plus mon fidèle ami Mike « Quasimodo » toujours présent pour m’aider dans mes visites.

Sources & Liens :
Fessy
Mairie de Fessy
Paroisse de Fessy
« Nuit des Eglises : Eglise de Fessy » par D-L Lavy,  2017
Fonds privés – Clichés personnels

 

Lully – Chapelle Saint-Maurice

Dans les explorations chablaisiennes, je vous invite à découvrir un clocher très ancien. Le village de Lully aurait été occupé par les Romains et les Burgondes. Des fouilles archéologiques confirment les différentes hypothèses.
On sait qu’au XIIIe siècle, les sires de Cervens bâtissent le château de la Rochette. Cette famille a profondément marqué les siècles précédents dans la région. De la fondation de la paroisse, on ne sait hélas rien. Peut-être elle a été fondée au VIIe siècle, et placée sous le patronage de saint Maurice, prouvant une fois de plus la place qu’occupait cette abbaye richement dotée en territoire dès sa fondation. La paroisse n’existe que depuis le XIIIe siècle dans les archives : on cite l’abbé Trombert comme curé. Il est cité dans un acte de l’Abbaye cistercienne d’Aulps. La première église est agrandie en 1471. Le clocher a été conservé, c’est celui que l’on connait. En 1536, les protestants envahissent le Chablais. Cet acte sonna le glas de la paroisse. Bien qu’en 1598, la majorité des paroissiens renoncent au protestantisme, la paroisse de Lully ne sera jamais réinstallée. Elle sera unie à celle de Fessy, commune distante de quelques centaines de mètres.

Revenons aux évolutions de l’ancienne église, devenue chapelle. En 1624, la chapelle est restaurée, puis une nouvelle fois fin XVIIIe siècle. L’ancien sanctuaire était à l’époque baroque. Il sonne comme une revanche sur la Réforme, qui a hélas eu raison de la paroisse de Lully. En 1889, la chapelle est rasée. La nouvelle nef sera édifiée dans l’axe perpendiculaire : le clocher est depuis contre le bas côté. Le rez-de-chaussée sert en quelques sortes de sacristie et de local technique. Le retable baroque, par miracle conservé, a été restauré en 1990. Il représente saint Maurice et saints Pierre et Paul.

Le sommet du clocher abrite une seule cloche, aujourd’hui électrifiée. Elle est sonnée par un marteau électrique chaque demi-heure. Si ce dernier est électrique, on peut noter la présence d’une horloge mécanique Paul Odobey, basé à Morez (Jura). La cloche ne sonne pas les angélus quotidiens mais est actionnée lors d’un décès dans le village. D’ailleurs, les sépultures ont toujours lieu à la chapelle, ou alors à l’église de Fessy, selon les convenances. Des rares offices ont lieu dans l’année à la chapelle, là aussi, le son de la cloche est audible.
Si l’actuelle cloche date de 1969, beaucoup d’autres se sont succédées. On sait qu’en 1764, le fondeur Livremont est sollicité pour fondre une nouvelle cloche, l’ancienne étant fêlée. De 300 livres, on passe à 500. Lors de la Révolution, une légende dit que la cloche, devant être amenée à Bons, a été cachée et remplacée par une hotte. Mais malgré cela, elle ne sera jamais retrouvée. En septembre 1797, Jean-Daniel Dreffet livre une nouvelle cloche « Henriette ». En 1835, elle est déjà refondue car brisée. On sait qu’en 1886, la cloche est une nouvelle fois refondue.

La cloche actuelle « Joséphine », refondue en 1969 par la fonderie Paccard, pèse 535 kilos. Elle mesure 95cm de diamètre à la base. Elle sonne le Sol dièse 3.

Mes remerciements à la municipalité de Lully sous le mandat du maire René Girard, pour l’autorisation. Je remercie également M. Jacques Balsat, diacre, pour l’ouverture du clocher. Mention, enfin, à mon ami Mike « Quasimodo » pour l’aide apportée sur place.

Sources & liens :
Lully sur Wikipédia
Paroisse Saint-Jean-Bosco
« La Paroisse de Lully » D-L Lavy

Brenthonne – Eglise Saint-Maurice

Le secteur du Chablais va occuper toutes mes prochaines publications. Je me suis -entre autres- penché sur le clocher-campanile de Brenthonne. Depuis ma plus tendre enfance, sa silhouette élancée ne manquait pas d’interpeller mes yeux, au bord de la départementale qui relie Annemasse à Thonon/Evian.

Brenthonne est une commune de 1000 habitants qui s’organise le long de cette départementale. Elle est traversée de trois torrents qui prennent leurs sources à Saxel : Ruisseau de la Creusiaz, ruisseau de la Pisse-Vache, ruisseau d’Avully. Près de ce dernier se trouve le château Saint-Michel d’Avully, maison forte bâtie au XIVe siècle. Elle témoigne la place stratégique qu’occupait Brenthonne, à la fois aux portes du Chablais mais aussi au pied du col de Saxel, passage que le château s’efforçait de surveiller.
La commune actuelle de Brethonne résulte de la fusion de trois paroisses : Saint-Sylvestre d’Avully, Saints-Victor-et-Ours de Vigny, et Saint-Maurice de Brenthonne. L’invasion des Bernois en 1536 ont eu raison de deux d’entre elles : les églises ont été rasées et le passage de saint François de Sales, en 1598, n’a fait ressusciter que la troisième paroisse. Cela n’a pas empêché les trois communes de s’administrer séparément sur le plan civil jusqu’à la Révolution.

Le clocher de l’église Saint-Maurice de Brenthonne présente la particularité, avec ses homologues d’Annecy-le-Vieux, Saint-Jeoire et Bonnevaux d’être un campanile : il est totalement dissocié de l’église. Il y a pourtant une époque ou un sanctuaire lui était adossé. Et même le cimetière l’entourait, comme il en était la coutume jadis. Mais nous allons commencer par remonter dans le temps…
Le portail qui se trouve au pied du campanile serait de l’époque gothique. Une inscription accompagnée d’une croix tréflée mentionnerait la date de 1400 ou 1450. Le sommet du clocher, plutôt roman, conforte dans les hypothèses qu’il est très ancien. Il remonterait peut-être aux premiers âges du roman. Du sanctuaire qui lui était jadis accolé, on ne sait presque rien si ce n’est qu’elle était orientée conformément aux traditions et ses dimensions : 20m75 de longueur (sans le clocher porche) pour 8m70 de largeur. Le clocher quant à lui est plutôt rectangulaire : 5m20*4m85.

L’édifice était devenu trop exigu pour accueillir l’ensemble des paroissiens. Le Rd Chatillon, curé de l’époque, désirait aussi marquer de son emprunte le lieu en édifiant un édifice pour les siècles à venir. Le refus du Conseil de concrétiser son projet ne le découragea pas : le père avait en effet racheté un terrain à l’ouest du village, face au presbytère. Il a ensuite trouvé les fonds nécessaire auprès des paroissiens pour bâtir ce nouveau sanctuaire, néoclassique, consacré en 1839. L’année suivante, le curé cède l’édifice gratuitement à la commune, en émettant entre autres les conditions que l’édifice ne serve qu’au culte catholique, et qu’aucune végétation ou construction la cache. Lors de la cession du terrain, il était décidé de reporter la construction du clocher. Le terrain jugé instable menace sa pérennité et le financement serait plutôt lourd à assurer.

Revenons à l’ancien clocher. Il a été séparé de sa nef seulement 1878, malgré son intérêt architectural certain. Durant un temps, Brenthonne comptait donc deux églises. Mais la doyenne a en fait été réhabilité en salle consulaire et en école, pour une courte époque.
Le clocher est donc aujourd’hui dans un vaste espace carré. Des murs donnent encore aujourd’hui la dimension qu’avaient l’ensemble église-cimetière. Il peut être très agréable de se poser à l’ombre de cette tour séculaire.
A l’intérieur de cette tour, deux cloches sonnent encore aujourd’hui les cérémonies qui se déroulent à quelques centaines de mètres de là. Des anciennes cloches, nous ne savons rien. Un passage du fondeur Jean-Claude Livremont est mentionné en 1768. Il est confirmé par les inscriptions de la grande cloche. La petite cloche, quant à elle, mentionne une cloche « Maria » datée de 1721. Elle héritera de son nom. L’ensemble est refondu en 1958, avant d’être béni par Mgr Cesbron, évêque d’Annecy, installé puis électrifié.

Nom Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Sts Maurice & François de Sales 89,8 450 La 3
2 Maria 76 275 Do 4
Fonderie Paccard – Annecy-le-Vieux – A.D. 1958

Mes remerciements pour cette visite du campanile à la municipalité de Brenthonne, sous le mandat de M. Michel Burgnard, pour son autorisation. Je remercie également M. Claude Genoud, conseiller municipal, qui m’a accompagné aux cloches. Mention enfin à mon ami Mike « Quasimodo » pour l’aide apportée à la réalisation de ce reportage.

Sources & Liens :
L’Eglise de Brenthonne – Terra Langini – D-L Lavy
Brenthonne sur Wikipédia
Eglise Saint-Maurice de Brenthonne sur Wikipédia
Fonds privés
Clichés personnels
Paroisse Saint-Jean-Bosco