Habère-Lullin – Eglise Saint-Pierre

Habère-Lullin : les Habères. C’est par ce nom que nous décrivons souvent le fond de la Vallée Verte, longtemps ballottée entre les provinces du Chablais et du Faucigny. En effet, le fond de cette vallée possède plusieurs cols de moyenne altitude, donc faciles à franchir. Ils offrent des accès vers des terres chablaisiennes tels que les bords du lac Léman, ou encore la vallée du Brevon. Les Habères, c’est aussi l’histoire de deux familles : la famille de Lullin, qui y construit un château, avant de le vendre quelques siècles plus tard aux Gerbaix de Sonnaz. Quant au nom « Habère » de nombreuses interprétations existent : un abreuvoir, des granges… La pluralité fait aujourd’hui référence à deux villages : Habère-Lullin et Habère-Poche. Il est bon de préciser que jusqu’au XIXème siècle, une seule paroisse existait. Ce n’est qu’en 1841 que Habère-Poche (fond de vallée) s’émancipe, avec une église flambant neuve.
Les Habères remontent au XIIème siècle, alors propriété de la famille de Lullin. Ces terres semblent également être la propriété des moines de l’Abbaye d’Aulps, qui y possèdent alors des « granges ». Le château d’Habère-Lullin, bâti à cette époque, a été vendu à la fin du XVIIème siècle par un descendant de cette famille à la famille Gerbaix de Sonnaz. Ce même château, dont subsistent quelques ruines, a connu une fin tragique. Durant la nuit de Noël 1943, alors que des résistants réveillonnent dans son enceinte, les Allemands font irruption et fusillent 25 d’entre eux. D’autres sont arrêtés (8 seront déportés) et le château est ensuite incendié. En septembre 1944, non loin de là, la revanche eut lieu : une quarantaine d’Allemands sont fusillés par les forces françaises de l’intérieur (FFI).

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L’église Saint-Pierre est citée pour la première fois dans une bulle papale de 1180. Des églises primitives, on ne sait pas grand chose. Mais quelques hypothèses naissent en étudiant l’édifice : une reconstruction autour des années 1400, avec un chœur désaxé de la nef. Sur les plans primitifs, le mur ouest étonnait par son épaisseur : il est probable qu’un clocher peigne, en vogue dans la région sous l’Ancien Régime, se trouvait sûrement là. En 1606, le saint-évêque François de Sales effectue une visite pastorale : il demande que l’Abbé d’Aulps restaure le chœur et les paroissiens la nef. Il est aussi fait mention de cinq chapelles : sainte Agathe, saints Barthélémy, Laurent, Alexis et Notre-Dame de Compassion. En 1634, Jaques Maudry fait un don permettant des travaux généraux dans l’église. Il est possible qu’à cette époque, la baie axiale, aujourd’hui classée, soit obstruée. Nous y reviendrons. En 1714, une sacristie est adossée côté nord de l’édifice. A l’automne 1781, la foudre frappe le clocher : l’église s’embrase ! Très vite, les paroissiens couvrent sacristie et nef avec des planches et demandent à l’archevêque de Chambéry de l’aide : il leur accordera une somme pour reconstruire l’église. Cet incident permet de repenser le sanctuaire : des chapelles sont supprimées et une tribune est crée. La question s’est posée : clocher-porche ou clocher-flèche au dessus du chœur ? La réponse semble aisée après plus de deux siècles, pourtant celui-ci ne sera terminé qu’après la Révolution ! Notons qu’il n’a pas été démoli, car simplement pas achevé lors de la Terreur. Au XIXème siècle la question de reconstruire l’intégralité du bâtiment est posée : finalement, la scission entre « Lullin » et « Poche » eut raison de cette envie et un simple agrandissement de l’édifice eut lieu avec l’ajout d’une travée côté façade. En 1846, pour terminer les travaux, la famille de Sonnaz édifie une chapelle latérale ronde, aujourd’hui chaufferie de l’édifice. Les derniers travaux majeurs sont la création de la sacristie dès 1846, dans l’axe de l’église. Cette dernière, menacée de ruine, a été démolie il y a quelques mois, lançant ainsi des travaux d’envergure pour le sanctuaire, qui lui permettra de regagner de sa superbe : restauration de la couverture, des façades et des abords. La chapelle du Rosaire, actuelle chaufferie, devrait elle aussi retrouver un usage plus spirituel. Tout ceci s’inscrit dans la continuité de la restauration intérieure de l’édifice des années 1990.

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Le clocher est atypique : et sa sonnerie le sera tout autant ! Construit en dessus du chœur, il est entièrement en bois et octogonal. Au pied de celui-ci, dans un recoin, une horloge dite « à cage » est déposée, en attente d’un jour meilleur. Cette horloge d’une autonomie de 30 heures et permettant de sonner chaque quart a été achetée en 1850 par Pierre Forel. Elle était initialement à la tour de l’horloge de la Place du Molard à Genève. Non loin d’elle, un autre mouvement, résolument plus moderne, permettait de sonner les cloches automatiquement, lors des premières années après l’électrification ! Aujourd’hui, les cloches se sonnent avec les dernières technologies : un automate est installé dans l’église, et il se commande même par téléphone portable !
Les cloches -parlons en- sont au nombre de trois… et deux d’entre elles ne sont même pas savoyardes ! Mais c’est ça qui fait tout le charme et l’intérêt de cette sonnerie, inattendue… « Christine », c’est le nom la grosse cloche. Originellement fondue en 1639, elle périt dans l’incendie de 1781. La sonnerie étant anéantie, il est demandé aux fondeurs jurassiens Courpasson et Rognon, ainsi qu’au genevois Jean-Daniel Dreffet de faire une devis pour la fourniture d’une nouvelle sonnerie. C’est ce dernier qui est retenu et qui réalise 3 cloches en 1785. C’est à cette date que la grosse cloche prit son nom, « Christine ». La Révolution et ses tourmentes donnent une confusion autour du sort des cloches : en effet, il est mentionné qu’elles prirent le chemin de la fonte, comme celles des autres clochers, mais pourtant, deux d’entres elles sont encore présentes au début du XIXème siècle. En 1846, MM. François-Simon Barrard et Joseph Bécus, fondeurs de Champigneulles-en-Bassigny (52) refondent Christine et fondent sa petite sœur, nommée « Anna ». On peut volontiers se demander pourquoi ces fondeurs, alors que d’autres exerçaient encore sur Genève, sans parler de la famille Paccard d’Annecy ! Cette dernière à d’ailleurs réalisé deux cloches pour Habère-Poche quelques années auparavant, et des archives de la famille Gerbaix de Sonnaz font mention de correspondances avec Claude Paccard concernant la refonte de la grosse cloche, cassée en 1845. Probablement que la concurrence entre les deux paroisses ne permit pas à ce dernier de remporter le marché. Un siècle après, ses descendants pourront enfin marquer de leur emprunte ce clocher en refondant la cloche de 1785 encore en place. Dédiée à la Vierge, elle ne fait hélas pas mention de son année de fonte. Mais des indices nous aiguillent : l’électrification eut lieu en 1948 et les équipements et décors de la cloche coïncident avec cette date. Cette cloche, en harmonie avec ses grandes sœurs, est un tout petit peu plus petite que l’ancienne : 95cm contre 110cm auparavant. Il est probable que l’ancienne cloche ne donnait pas la tonalité voulue, ou alors qu’elle se soit fêlée avec le temps.

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

Christine Barrard & Bécus 1846 136,1 1’500

Ré ♭ 3

2

Anna Barrard & Bécus 1846 101,5 600 Fa 3
3 Marie Paccard 1948 ? 95 535

La ♭ 3

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Mes remerciements à Mme Marielle Duret et M. Yann Oremus, respectivement maire et adjoint au maire lors de ma visite, pour les autorisations et l’accompagnement au clocher. Je me permets d’avoir une pensée émue pour M. André Duret, aujourd’hui décédé, figure du village, qui m’a conduit dans ce clocher il y a déjà presque 10 ans ! Je remercie également mon ami Claude-Michaël Mevs, dit « Quasimodo« , pour l’aide indispensable !

Sources & Liens :
Habère-Lullin
Mairie d’Habère-Lullin
Eglise Saint-Pierre d’Habère-Lullin
Ecomusée Paysalp : Mémoire Alpine
Informations sur l’horloge : Claude-Michaël Mevs
Me Pascal Krafft, campanologue d’Alsace
Fonds privés
Clichés personnels

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