Allinges – Chapelle Saint-François-de-Sales (Châteauneuf)

Après l’église Notre-Dame de l’Assomption d’Allinges, il convient maintenant de vous conduire dans les deux chapelles de la commune : celle du Château, et celle de Mésinges.
Installée près du Lac Léman, contre la colline des châteaux, la commune d’Allinges s’est avérée être un véritable point stratégique dans la région, à l’époque savoyarde.
Il semble cependant qu’une présence ici est très ancienne. On y a retrouvé des traces d’une ancienne « fonderie » de l’âge du bronze, soit 1300-1200 avant notre ère. La paroisse est citée pour la première fois entre 979 et 1046, le château des Allinges en 1071. L’installation de deux châteaux sur deux « dents » de la colline semble se faire de manière simultanée. Ils sont en effet appartenu à deux branches de la famille d’Allinges, nobles du lieu. Le « Château-Vieux » dont il ne reste que de simples ruines a été un temps à la famille de Faucigny, seigneurs de la province voisine. Alors qu’il était en plein Chablais, il était en pleine rivalité avec le Château-Neuf, avant que les deux soient réunis. Plus tard, au XVIe siècle, le père François de Sales sera envoyé par l’évêque de Genève pour convertir le Chablais, passée sous domination protestante. Pour des raisons de sécurité il sera domicilié à la forteresse d’Allinges pour quelques temps. Il est donc lié à la commune et à ce lieu réputé dans la région. Beaucoup plus proche de nous, un événement tragique à Allinges ébranla la France entière. Le 2 juin 2008, un autocar bloqué à un passage à niveau est percuté par un train. Sept collégiens y trouvent la morts, laissant des familles, des professeurs dans le chagrin. En attente de leur sépulture, leurs corps ont reposé quelques jours à l’église.

La tour « demi-ronde » du château est visible depuis tout le village, et même depuis les alentours. Elle sert de clocher à la chapelle qui a accueilli les prières d’un jeune prêtre, destiné à l’épiscopat de son diocèse mais aussi à la sainteté : François de Sales. Alors que les terres chablaisiennes étaient occupés par les bernois qui y ont installés la Réforme, l’heure du retour au catholicisme avait sonné pour la Savoie et ses dirigeants. Claude de Granier, évêque de Genève exilé à Annecy avait donc envoyé un de ses prêtres en mission pour prêcher la « bonne parole » et établir le retour du catholicisme dans cette province. Pour des raisons de sécurité, le missionnaire qu’était saint François était obligé de loger entre 1594 et 1595 au Château et se rendait de là jusqu’à Thonon, grande place du Chablais, à quelques kilomètres. On peut aisément penser qu’il a utilisé cette chapelle comme lieu pour s’y recueillir et même prêcher sous une fresque du XIe siècle occupant l’abside dite « en cul-de-four ». Si la chapelle a été abandonnée en 1702 par les châtelains du lieu, elle a été réhabilitée en 1832 lorsque Mgr Rey, évêque d’Annecy, racheta le château pour y installer une communauté qui vient de naître : les Missionnaires de Saint-François-de-Sales. Elle est toujours active aujourd’hui au sein du diocèse et même au-delà, et des frères vivent toujours dans le château et desservent ce sanctuaire, qui a pris le patronage de son plus illustre desservant : saint François de Sales.

Au sommet du clocher, dont l’accès n’est pas du tout aisé (il faut en effet rejoindre les appartements des frères puis traverser la nef de la chapelle, avant de faire un semblant d’escalade au sein du clocher), une seule cloche domine tous les lieux. Contrairement à la majorité des chapelles du département, elle n’est plus à la corde. Elle est chargée de sonner l’angélus quotidiennement et de sonner les messes qui ont lieu à la chapelle. Elle a donc été motorisée. Ses dimensions sont modestes (poids estimé d’une centaine de kilos) mais les ornements de la cloche ne manquent pas de rendre hommage au saint patron de la chapelle. Une inscription semi-circulaire entourant sa représentation donne la dédicace de la cloche en son honneur. En dessous, deux lignes latines nous disent :

« Salesius olim patres hinc revocavit ad fidem
Filios nunc per me ad pietatem vocat »

soit (approximativement) :

« Jadis [François de] Sales, d’ici, rappela les pères à la foi. Désormais il appelle les fils à la piété à travers moi. »

Sur l’autre flanc de la cloche, un Christ est représenté avec autour 4 lettres : J. M. et J.F. Peut-être il s’agit de deux frères ou pères qui ont contribué à l’achat de cette nouvelle cloche. D’ailleurs, qu’en est-il d’une ancienne ? Peu d’informations sont données. On apprend simplement que le 12 septembre 1836, deux jours avant la consécration solennelle de la chapelle, Mgr Rey bénit la nouvelle cloche de la chapelle, sans doute pour qu’elle puisse sonner l’événement prévu deux jours plus tard, en présence de l’évêque de Belley et de 200 prêtres venant des diocèses d’Annecy, Belley et Lausanne-Genève.

Nom

Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg)

Note

François de Sales Les Fils de G. Paccard 1920 56,5 ~105

fa 4

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Mes remerciements pour cette visite à M. François Deville, maire, pour son aimable accord. Je remercie également chaleureusement M. André Favier-Bosson, maire-adjoint en charge des bâtiments pour cet après-midi à la découverte de toutes les cloches allingeoises, mais aussi pour sa sympathie, sa collaboration et sa bonne humeur ! Je n’oublie pas non plus les deux frères missionnaires de Saint-François-de-Sales pour l’ouverture des lieux et l’autorisation de passer dans leurs appartements pour se rapprocher de cette cloche.
Je remercie également Claude-Michael Mevs, dit « Quasimodo« , pour l’aide apportée à la réalisation des reportages sur les cloches d’Allinges. Je remercie aussi mes deux amis historiens qui souhaitent rester discrets pour m’éclairer sur les inscriptions latines des cloches.

Sources & liens :
Mairie d’Allinges
Allinges sur Wikipédia
Les Châteaux d’Allinges sur Wikipédia
Missionnaires de Saint François-de-Sales
« Les Châteaux et la chapelle des Allinges » par l’abbé J.-F. Gonthier, 1881, p94
Panneaux sur site
Photos personnelles
Fonds privés

Allinges – Eglise Notre-Dame-de-l’Assomption

C’est une nouvelle fois dans le Chablais que je vous emmène aujourd’hui, à seulement quelques kilomètres de son chef-lieu, Thonon-les-Bains. Installé près du Lac Léman, contre la colline des châteaux, la commune s’est avérée être un véritable point stratégique dans la région, à l’époque savoyarde.
Il semble cependant qu’une présence ici est très ancienne. On y a retrouvé des traces d’une ancienne « fonderie » de l’âge du bronze, soit 1300-1200 avant notre ère. La paroisse est citée pour la première fois entre 979 et 1046, le château des Allinges en 1071. L’installation de deux châteaux sur deux « dents » de la colline semble se faire de manière simultanée. Ils sont en effet appartenu à deux branches de la famille d’Allinges, nobles du lieu. Le « Château-Vieux » dont il ne reste que de simples ruines a été un temps à la famille de Faucigny, seigneurs de la province voisine. Alors qu’il était en plein Chablais, il était en pleine rivalité avec le Château-Neuf, avant que les deux soient réunis. Plus tard, au XVIe siècle, le père François de Sales sera envoyé par l’évêque de Genève (son prédécesseur) pour convertir le Chablais, passée sous domination protestante au XVIe siècle. Pour des raisons de sécurité il sera domicilié à la forteresse d’Allinges pour quelques temps. Il est donc lié à la commune et à ce lieu réputé dans la région. Beaucoup plus proche de nous, un événement tragique à Allinges ébranla la France entière. Le 2 juin 2008, un autocar bloqué à un passage à niveau est percuté par un train. Sept collégiens y trouvent la morts, laissant des familles, des professeurs dans le chagrin. En attente de leur sépulture, leurs corps ont reposé quelques jours à l’église.

Cette église aux pierres apparentes se trouve contre la colline d’Allinges. Son ancienneté ne fait aucun doute : une chapelle primitive serait attestée dès le VIe siècle. Au Moyen-Age, la paroisse couvre le bourg et les deux châteaux. A cette époque, elle était le centre du doyenné du Chablais, c’est à dire le sud du Lac Léman et la Vallée du Rhône, juste en amont du lac. On sait en tout cas qu’au XIIIe siècle, une importante paroisse est installée ici. Elle est d’ailleurs disputée au XIVe par le Prieur du Grand-Saint-Bernard, l’évêque de Genève et le prévôt de Montjoux. Au XVIe siècle, la paroisse est supprimée par l’invasion Bernoise. On ne sait pas trop ce qu’il s’est passé à cette époque. On peut supposer que, comme pour le reste du secteur, l’église soit affectée au culte protestant. La paroisse sera à nouveau formée grâce au paroisse de saint François de Sales. Le clocher, décapité à la Révolution, serait le trait d’union entre l’ancien sanctuaire, garde justement des traces de son histoire. Des hypothèses peuvent être émises, sur l’orientation, la taille et le style de l’édifice. On sait en tout cas que l’actuelle nef a été construite au XIXe siècle dans un style néoclassique sarde, en vogue à l’époque. Une date est dissimulée dans le chevet : 1848. Est-ce le début ou la fin des travaux ? Nous avons plus de précisions sur la dernière grande restauration qui a eu lieu entre 1976 et 1985. Des fresques ornent toute la longueur de la nef, qui fait allusion au passé. On les doit à l’artiste Baud de Morzine. A noter également la chaire dite « de saint François de Sales ».

Le clocher, parlons-en, est plutôt trapu. Accroché au chœur de l’église, il ose à peine se démarquer de la toiture de la nef. Ses pierres laissent apparaître des vestiges de l’ancienne église. Sa porte arbore une inscription gothique, témoin clé de son âge ancien. La flèche, rasée à la Révolution, n’a jamais été reconstruite. D’ailleurs, il ne semble jamais avoir été surélevé : le dernier étage donne directement dans les combles de l’actuel sanctuaire, reconstruit au XIXe siècle.

L’horloge.

Le clocher abrite ici, comme chaque église « ordinaire », deux cloches. S’il convient en général de commencer par la plus grosse cloche, je tiens à présenter, âge oblige, la plus petite. Cette cloche, aux icônes mariaux, porte la date de 1456 et la mention de « Maître Clément Fribor de Genève m’a faite ». Si de cette période, ou l’on commence à faire des cloches signées et datées, on connait aisément Jean & Guillaume Fribor, natifs de la Tarentaise, il semble que Clément soit aussi de cette famille. Ils ont en effet tous le point commun d’avoir comme patronyme « Mercier ». Ce nom de famille est encore présent aujourd’hui. Sans doute un « pseudonyme » pour être plus facilement « accepté » à cette époque. Si cette signature est la seule mentionnée dans nos bases de données, l’œil averti du Dr Matthias Walter, campanologue à Berne, indique volontiers des similitudes dans la décoration avec -entre autres- la cloche numéro 3 de Lutry, fondue dans la première moitié du XVe siècle et de facture inconnue. Cette cloche possède un titre : c’est la plus ancienne cloche datée du département de la Haute-Savoie. La mention de date ici prend tout son sens car il existe une poignée de cloches du XVe siècle qui ne portent aucune date mais qui sont estimées à ce même siècle.
La plus grande des deux cloches est plus ordinaire. Elle a été fondue en 1820 par Jean-Baptiste Pitton, saintier établi à Carouge entre 1787 et les années 1820-30 avant de passer la main aux frères Bulliod qui cesseront l’activité en 1854. Cette cloche, plutôt légère par rapport à sa tonalité figure quand même parmi les plus grandes réalisations. La plus grande semble se trouver à Morzine. Cette cloche post révolutionnaire cite l’ensemble du conseil communal en vigueur, et les autorités religieuses, en plus du parrain et de la marraine. Sa décoration est très simple : un Christ, une Vierge à l’Enfant.

N°

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

— J.-B. Pitton 1820 113,8 900

Mi 3

2 Vierge Marie C. Mercier 1456 92,5 535

La 3

Mes remerciements pour cette visite à M. François Deville, maire, pour son aimable accord. Je remercie également chaleureusement M. André Favier-Bosson, maire-adjoint en charge des bâtiments pour cet après-midi à la découverte de toutes les cloches allingeoises, mais aussi pour sa sympathie, sa collaboration et sa bonne humeur !
Je remercie également Claude-Michael Mevs, dit « Quasimodo« , pour l’aide apportée à la réalisation des reportages sur les cloches d’Allinges.

Sources & liens :

Mairie d’Allinges
Paroisse des Hermones
Allinges
Eglise d’Allinges
Cloche classée – Monument Historique – Notice
L’ancienne cloche des Allinges – W. Deonna
Clichés personnels
Photos Claude-Michael Mevs (horloge)
Matthias Walter
Fonds privés

Saint-Paul-en-Chablais – Eglise de la Conversion-de-Saint-Paul

Il y a quelques semaines, je vous avais présenté la sonnerie de l’église Saint-Ours de Bernex. Le centenaire de la Grande Guerre oblige, j’avais fait une pause dans mon programme de mise en ligne pour vous proposer la sonnerie de la cathédrale de Verdun, seconde de France par sa taille. Le retour en Haute-Savoie se fait on ne peut plus près de Bernex : il s’agit du village voisin.
Au centre du « pays de Gavot » qui correspond au nord-est du Chablais Savoyard, le village domine de près de 450 mètres le Lac Léman. Il offre un panorama dégagé sur l’autre rive et plus particulièrement la ville de Lausanne, distante d’une quinzaine de kilomètres. Les eaux qui s’infiltre dans les terres de Saint-Paul peuvent se boire dans le monde entier. En effet, la commune fait partie de l’impluvium des eaux d’Evian. L’eau qui y ruisselle, quant à elle, terminera sa course dans le Rhône par le biais du Lac Léman.

Si les origines de la commune sont bien anciennes (on remonte même avant l’ère romaine), on sait que vers 1107, des moines de Cluny construisent à « Ciriel » un prieuré bénédictin. L’église conventuelle et ses bâtiments seront construits à l’emplacement actuels. Des dépendances le seront aussi. La mairie en serait un vestige. Cinq moines et un prieur sont chargés de faire vivre les lieux. En 1146, la famille de Bloney s’installe à Saint-Paul. Elle est réputée pour sa piété. D’ailleurs, les corps ont été inhumés sous l’église. L’église est citée au XIIIe siècle et sa composition également. On parle alors d’une nef en trois travées et d’un chœur en hémicycle. Au XVIIIe siècle, les nefs latérales sont ajoutées. A cette époque, le clocher était une tour carré, disposée au dessus de chœur. Il faut démoli en 1840 et reconstruit 22 ans plus tard à l’emplacement actuel. En 1890, l’accès a la crypte est condamnée et le cimetière déplacé. Les voûtes du sanctuaire seront peintes en 1936 et l »église sera restaurée en 1979 par Mantilleri.

Eglise entre 1852 et 1906

Dans mon historique sur l’église… je n’ai volontairement pas parlé d’un épisode : celui de l’incendie du clocher, en 1906. En effet, un coup de tonnerre retentit dans tout le village et frappe le bulbe du clocher de Saint-Paul. Ainsi, les 3 cloches et le clocher sont détruits. A la fin de l’année 1906, on s’empresse de faire une toiture provisoire et de fondre quatre nouvelles cloches pour continuer à annoncer joies et peines, à la hâte. Pour les cloches, nous y reviendrons.

Le clocher entre 1906 et 2012.

Le toit est un simple couronnement à 4 pans (voir ci-contre). Si au cours du XXe siècle, plusieurs projets voient le jour quant à sa reconstruction, aucun ne sera abouti pour la même raison : le manque de moyens. Ce n’est qu’en 2012 que la municipalité annonce que le clocher, bien qu’entretenu, est vieillissant et mérite restauration. Ils lancent alors l’idée de le restaurer… en reconstruisant le bulbe ! Très vite, une association est montée pour soutenir l’idée et chercher des fonds. La commune, le département et des donateurs contribuent à la souscription. A l’automne 2012, la place de la mairie (au chevet de l’église) se voit être le théâtre d’un chantier d’envergure : la construction du bulbe. Le 9 novembre, le bulbe est hissé et posé à sa place définitive par une grue de 250 tonnes, devant un public nombreux. Au cours de l’hiver, les couvreurs continuent de travailler… jusqu’à -17°C !

 

Contrairement au bulbe, la sonnerie de Saint-Paul a été reconstruite bien rapidement. Avant les quatre cloches actuelles, nous savons que les Frères Paccard de Quintal ont livré en 1844 trois cloches pour l’église. Le clocher n’étant pas encore à sa place actuelle, elles ont donc été installées dans un beffroi provisoire, à même le sol. Ce n’est qu’en 1852 qu’elles seront acheminées au clocher et reliées à une horloge publique, qui tintera pour la première fois les 12 coups de midi, le 20 novembre. Ces cloches, qui en remplacent d’autres, ne nous sont pas parvenues. Après la triste période de 1906, les saint-paulins sont conviés le 20 octobre à la bénédiction de … cinq cloches ! Aux quatre de l’église s’est en fait ajoutée la cloche de la chapelle de la Breunaz, sur la route entre le chef-lieu et le village voisin de Bernex.


Souvenirs de la bénédiction des cinq cloches (église et chapelle de Breunaz) en 1906.

Les cloches possèdent des inscriptions communes. On peut ainsi lire quatre fois les noms de Pie X, pape régnant, Mgr Campistron, évêque d’Annecy, Antoine Tercis, archiprêtre et son vicaire, François Pernoud. La plus grande cloche est dédiée au Sacré-Coeur, la seconde à la Vierge, la troisième à saint Paul et la petite à saint François de Sales.

N°

Nom Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Marie Marguerite Françoise 141,6 1800

Re ♭ 3

2

Marie Joséphine — 760 Sol ♭ 3
3 Paula — 515

La ♭ 3

4

Françoise — 360 Si ♭ 3

Georges & Francisque Paccard fondeurs à Annecy-le-Vieux Hte Savoie 1906

La sonnerie de Saint-Paul possède encore son « carillon » : le système utilisé pour jouer des « mélodies » sur les cloches. On peut voir ici une démonstration du carillon, et une photo de la seconde cloche et sa transmission.

Mes remerciements les plus sincères à M. Bruno Gillet, maire de Saint-Paul-en-Chablais, pour son aimable invitation, son accueil et sa gentillesse. Je le félicite aussi pour son vif intérêt pour le patrimoine de sa commune. Je remercie aussi l’association « Mémoire et Patrimoine de Saint-Paul », son président Georges Michoud et son équipe pour l’accueil et la mise à disposition d’archives. Je remercie également mon fidèle ami Mike « Quasimodo » pour l’aide apportée sur place.

Sources & Liens :
Mairie de Saint-Paul
Paroisse de Saint-Paul
Saint-Paul-en-Chablais sur Wiki
Eglise & Prieuré de Saint-Paul
Souvenir de Bénédiction des Cloches
Fonds privés
Archives personnelles
Association « Mémoire et Patrimoine de Saint-Paul »
Matthias Walter
Clichés personnels (église et cloches)
Clichés de Mémoire et Patrimoine de Saint-Paul / Alain Marmoiton (bénédiction / construction clocher)

Verdun – Cathédrale Notre-Dame

En 2014, alors que nous fêtions les 100 ans de la mobilisation de la Première Guerre Mondiale, je vous faisais découvrir l’Ossuaire de Douaumont et son « bourdon de la Victoire« , fondu par Bollée-Blanchet en 1927. Lors de ce séjour, j’ai découvert la Meuse, mais aussi la Champagne et l’Aisne. J’ai été profondément marqué par ces longs alignements de croix blanches, ces paysages encore marqués par les impacts d’obus et ce silence parfois pesant, qui en réalité cache le bruit des balles qui sifflaient et le bruit des explosions. Lors de ce séjour, je n’ai pas pu fouler le porche de la Cathédrale Notre-Dame de Verdun, mais je l’ai aperçu au loin. Et j’avais envie de découvrir cet édifice. En juillet 2016, accompagnés de quelques amis, j’ai non seulement pu y entrer, mais j’ai aussi eu l’autorisation d’accéder dans les deux tours et d’y enregistrer une première volée. Nombre de déconvenues d’ordre technique ne m’ont pas permis de vous faire partager cette première visite, mais j’avais promis de le faire à l’occasion de mon retour, avec comme échéance les 100 ans de l’Armistice. Ce jour étant arrivé, il me convient de vous raconter une histoire singulière à mes yeux…

La ville de Verdun est aujourd’hui réputée dans le monde entier. Ses alentours ont été témoins d’une atroce bataille entre le 21 février et le 18 décembre 1916. On en dit souvent : « 300 jours, 300 nuits, 300 000 morts ». En réalité, cette boucherie fit plus de 700 000 victimes, en incluant les blessés et prisonniers de guerres. La position stratégique de Verdun en Lorraine et sa proximité avec l’Alsace, à l’époque allemande, ne l’épargna pas. Pourtant aujourd’hui, cette ville de 20’000 habitants organisée autour de la cathédrale ne montre plus aucune blessure, ou presque. La nature a pudiquement tiré un voile sur le passé, laissant des centaines de milliers de croix blanches, dans différents cimetières rappeler les vies emportées. Ils s’appelaient Alphonse, Victor, Ernest ou François. Ils venaient d’ici, de Savoie, de Provence, de Bretagne ou encore de Paris. Eux qui sont partis en temps de guerre, qu’ils reposent aujourd’hui en paix.

La vie à Verdun n’a bien sûr pas commencé il y a un siècle. La présence d’une agglomération est attestée autour de la rivière Meuse dès l’Antiquité, lorsque les celtes fondent un oppidum (ville fortifiée). Devenue un véritable chef-lieu, elle sera l’une des quatre cités de la Belgique première. C’est dans cette même cité qu’est signé en 843 un traité scindant l’Empire Carolingien en trois. Au Xe siècle, la ville intègre le Saint-Empire romain germanique. Elle formera avec Metz et Toul la Province des « Trois-Évêchés » avant de devenir française en 1648. En plus de la bataille de 1916, on y dénombre d’autres affrontements : en 1792, lors de la Révolution, ou encore en 1870, conflit qui vit la France perdre l’Alsace et la Moselle.
Sur le plan religieux, le diocèse de Verdun semble avoir été créé au VIe siècle. On note une interruption entre 1801 et 1822, comme beaucoup de diocèses suite à la Révolution Française. Depuis 2002, le diocèse est dit « suffragant » de l’archidiocèse de Besançon, suite au redécoupage des différentes provinces ecclésiastiques en France. Entre les XIe et XVIe siècles, le diocèse fait partie du Saint-Empire et connait une période faste. Il en était un état autonome et l’ordinaire jouissait des titres de Comte-Évêque et de Prince du Saint-Empire. Cette situation dure jusqu’en 1552, date à laquelle l’évêché est placé sous la tutelle de la France avant son annexion définitive en 1648. A sa suppression entre 1801 et 1822, l’évêché est ajouté à celui, voisin, de Nancy-Toul. Le diocèse sous sa forme actuelle compte une soixantaine de prêtres pour environ 170 000 catholiques. Il recense deux basiliques mineures. Celle d’Avioth a été érigée par saint Jean-Paul II en 1993. La cathédrale, en plus d’être l’église-mère du diocèse, possède également le titre de basilique depuis 1947.

La cathédrale Notre-Dame a été bâtie à partir de 990 sur le plan roman-rhénan, ce qui fait d’elle une des plus anciennes d’Europe. Ce plan lui donne la particularité de posséder deux chœurs : l’un à l’ouest, et l’autre à l’est, chacun flanqué de deux tours. Dès le début du chantier, aux XIe et XIIe siècles, des ravages obligent les bâtisseurs à reconstruire certains éléments et à modifier l’architecture de l’ensemble. Le pape Eugène III consacre la cathédrale un 1147, un… 11 novembre ! Il s’agit en fait la seconde cathédrale du diocèse. La première, remplacée par l’Abbaye Saint-Vanne, a été la proie des invasions barbares. Au XIVe siècle, la cathédrale est modifiée dans le style gothique par Pierre Perrat. Des chapelles latérales sont ajoutées. Par la suite, jusqu’au XVIe siècle, on note l’ajout d’autres chapelles et la construction du cloître. Le 2 avril 1755, la foudre s’abat sur la cathédrale, détruisant la toiture et les tours. A la suite de cet incident, deux des quatre tours ne sont pas reconstruites, et la cathédrale est rebâtie dans le style baroque. Sont alors ajoutées de nouvelles stalles, un nouvel orgue et un baldaquin imitant celui de la basilique Saint-Pierre de Rome. En 1916, la cathédrale – position stratégique oblige – est endommagée par les bombes allemandes. Ce sont les tours et la toiture qui paient le plus lourd tribu des bombardements. La cathédrale est reconstruite et restaurée. entre 1919 et 1935.

A elles seules, les deux tours restantes de la cathédrale ne comptent pas moins de 19 cloches, fondues entre 1756 et 1955. Seules les 3 plus petites cloches de ce vaste ensemble campanaire ne sonnent pas en volée. Elles peuvent par contre être tintées lors de carillons enregistrés. Cela fait donc de Verdun la seconde sonnerie en volée de France après la cathédrale de Strasbourg : 16 cloches. Le 10 août 1738, la tour nord-est est détruite avec les huit cloches qu’elle contenait. Le coup de grâce est porté le 2 avril 1755 : la totalité des autres cloches sont anéanties dans l’incendie qui ravage la cathédrale. Seuls les deux tours ouest sont reconstruites. Pierre Guillemin de Breuvannes (Bassigny) se voit passer commande de deux bourdons et d’une cloche de 200 kilos. La sonnerie se voit ensuite étoffée à mesure jusqu’en 1783, date à laquelle on recense onze cloches. En 1792, la sonnerie n’en comptait plus que huit. Les deux bourdons et la petite cloche de Pierre Guillemin échappent à la réquisition de 1793 grâce à leur usage civil. En 1810, Farnier réalise une cloche de 300 kilos afin de compléter l’ensemble.
C’est à partir de 1874 que s’engage le vaste chantier campanaire destiné à donner à la sonnerie l’aspect imposant que nous lui connaissons aujourd’hui. La fonderie Farnier-Bulteaux de Mont-devant-Sassey est sollicitée pour réaliser 16 cloches. Les deux petites cloches de 200 et 300 kilos retournent au creuset. Les travaux s’articulent en deux étapes : les années 1870 voient l’ajout d’un troisième bourdon et de trois cloches, à l’octave des plus grandes. C’est dans les années 1890 que la sonnerie prend sa forme actuelle. On ajoute d’abord les cloches intermédiaires (plus de 700 kilos), puis les plus petites viennent compléter l’ensemble en 1899. En 1945, la cloche numéro 13, baptisée « Louise », endommagée par un éclat d’obus est refondue par Joseph Granier dans le Midi. En 2010, « Florence », la quatrième cloche, est ressoudée car fêlée.

Nº

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

N.C. Pierre Guillemin 1756 206,5 ~5’300

SOL 2

2

N.C. Pierre Guillemin 1756 186 ~3’800

LA 2

3

Sophie Farnier-Bulteaux 1874 162,5 2’700

SI 2

4

Florence Farnier-Bulteaux & fils 1897 147,2 ~2’010 Do 3
5 Lucie Farnier-Bulteaux 1894 131,8 ~1’360

Ré 3

6

Marguerite-Justine Farnier-Bulteaux & fils 1897 117,1 ~1000 Mi 3

7

Claire Farnier-Bulteaux & fils 1897 110,8 ~850 Fa 3

8

Charlotte Farnier-Bulteaux 1877 99,2 ~600

Sol 3

9

Marcelle Farnier-Bulteaux 1877 87,1 ~400 La 3
10 Jeanne Farnier-Bulteaux & fils 1898 82,5 ~350

Si ♭ 3

11

Marie Farnier-Bulteaux 1874 77,7 305 Si 3
12 Victorine Farnier-Bulteaux & fils 1895 73,8 ~250

Do 4

13

Marie-Elisabeth de la Visitation Joseph Granier 1955 62 ~140 Ré 4
14 Thérèse Farnier-Bulteaux & fils 1898 58,4 ~120

Mi 4

15

N.C. Farnier-Bulteaux & fils 1898 54,4 ~95 Fa 4
16 Félicie Farnier-Bulteaux & fils 1899 49 ~70

Sol 4

17

Maurice Farnier-Bulteaux & fils 1899 N.C. N.C.

La 4

18

Gustave

Farnier-Bulteaux & fils

1899

N.C. N.C.

Si 4

19

Charles

Farnier-Bulteaux & fils

1899

N.C. N.C.

Do 5

Les trois bourdons se partagent la tour nord… :


… et les 16 autres, la tour sud. :

J’adresse mes sincères remerciements à M. Dominique Péridont, diacre de la paroisse cathédrale et membre de l' »ACCV » et à travers lui toute la communauté paroissiale et diocésaine sous l’épiscopat de Mgr Gushing et les mandats successifs des pères Lair et Monnier.
Je remercie l’Association Culturelle de la Cathédrale de Verdun (ACCV), Thierry Simonet, organiste, ainsi que la Direction Départementale de l’Architecte des Bâtiments de France, représentée par Mme Coral Trévin.
Je remercie aussi M. Alexandre Jaquemin, représentant territorial de la maison Bodet pour l’aide technique apportée (programmation et réparations).
Je ne peux pas oublier mes chers amis pour l’aide indispensable… tout d’abord Claude-Michaël « Quasimodo » Mevs, Dominique « Valdom68 » Fatton, Philippe « Senonais » Simonnet, Allan « Le Sonneur Comtois » Picelli et Aurélien Surugues, dernier arrivé dans notre équipe de choc ! Pour les données techniques et les archives, il me revient de citer deux campanologues : le Dr. Matthias Walter, de Berne, et Me Pascal Krafft, de Ferrette.

Bernex – Eglise Saint-Ours

Petit village à l’est du plateau de Gavot, Bernex est dominé par la « Dent d’Oche », emblématique montagne de la région. Au gré des saisons, le village offre un véritable paysage de carte postale, grâce aux paysages, aux chalets rustiques isolés, ou à l’agencement de son chef-lieu. Selon les saisons, Bernex offre de multiples possibilités pour les locaux et touristes : le ski alpin en hiver, de nombreuses balades dans la neige, également possibles en été. On peut toujours arpenter les différents reliefs de la commune à vélo. A quelques kilomètres au nord, le Lac Léman, plus grand lac d’Europe, offre une possibilité de rafraîchissement.

Au cœur du village, une haute silhouette couronnée d’un dôme s’élance : il s’agit de l’église Saint-Ours. Dans ce cas, ce n’est pas le clocher qui domine. D’ailleurs, il est plutôt discret. Nous y reviendrons. L’église, dédiée à saint Ours d’Aoste, a été bâtie entre 1847 et 1848 par Eugène Dénarié d’Annecy. Elle remplace des églises plus anciennes, dont on ne sait pas grand chose, si ce n’est qu’elle est mentionné pour la première fois entre 1078 et 1120, période où la moitié des revenus de la paroisse étaient donnés au prieuré Saint-Victor de Genève.
L’intérieur de l’église est plutôt chaleureux, comme nombre d’églises néoclassiques sardes de la région. On note une multitudes de fresques dans l’édifice, surtout autour du dôme, véritable puits de lumière. Au sommet du chœur trône le repas de la Cène, au soir du Jeudi Saint. Les autels latéraux sont dédiés à la Vierge Marie et à saint Pierre.

Le clocher discret, accolé au cœur de l’édifice, abrite pourtant l’une des plus belles sonneries du chablais. Fondues d’un seul tenant par Georges & Francisque Paccard d’Annecy-le-Vieux, les quatre cloches se partagent un massif beffroi en bois. A en croire le clocher, on ne soupçonnerait pas une telle installation ! Les quatre cloches se répartissent en trois travées. Si la grande cloche se partage seule l’allée centrale, les deux cloches médianes sont face à face, dans une des deux travées latérales. La plus petite cloche, quant à elle, se partage une minuscule travée. Elle n’est pourtant pas au centre, comme si une place était prévue pour une cinquième cloche. On peut aussi admirer avec émerveillement, en plus de cette charpente de bois aux multiples croix de « saint André », que presque tous les équipements d’origines subsistent. On peut ainsi voir sur les trois petites cloches des beaux battants forgés à la main, sauf pour la grande cloche. Il a en effet été changé il y a quelques années. Les jougs en bois disposent encore de leurs ferrures forgées sobrement. Du côté de la motorisation, quelques changements ont été opérés depuis l’électrification en 1951 : on note un nouveau marteau de tintement pour la grande cloche, et de nouveaux moteurs de volée pour les cloches 2 & 3. Ils ont certainement été installés il y a environ une décennie, à la même période que l’automate, installé en 2008. Sous la deuxième cloche, se trouve un instrument de bois : il s’agit très simplement d’une crécelle, utilisée entre les Gloria des Jeudi-Saint et de la Vigile Pascale, en lieu et place des cloches, muettes en signe de deuil, ou à Rome, selon la tradition.

N°

Nom Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

Ours 126,4 1210 Mi ♭ 3
2 Marie 100,4 ~600

Sol 3

3

Antoine 84,2 ~350 Si ♭ 3
4 Joseph 62,4 ~150

Mi ♭ 4

Paccard Frères Fondeurs à Annecy-le-Vieux 1868


Mes sincères remerciement à M. Pierre-André Jacquier, maire, pour ses aimables autorisations et au sacristain pour sa disponibilité. Je remercie aussi Mike « Quasimodo« , fidèle ami, pour sa présence et l’aide technique apportée.

Sources & Liens :
Bernex
Eglise de Bernex
Mairie de Bernex
Office du Tourisme de Bernex-Dent-d’Oche
Clichés personnel
Relevé personnel

Saxel – Eglise Sainte-Madeleine

Pour poursuivre mes explorations, je reste dans la vallée Verte… ou plutôt sur une vallée latérale, creusée par le Brévon. Cette rivière rejoint la Menoge à Boëge, chef-lieu de la vallée Verte. Au fond de ce vallon perpendiculaire se trouve le village de Saxel, trait d’union entre les montagnes et le lac Léman. De son col, un beau point de vue est d’ailleurs offert sur le plus grand lac d’Europe et sur la Suisse, sans oublier les villages savoyards, au premier plan.
Saxel est aussi un passage obligé pour aller jusqu’au sommet du Signal des Voirons, qui culmine à 1480 mètres. S’y trouve un monastère, une chapelle, et de nombreux départs de randonnées.

L’église, dédiée à Marie de Magdala, (dite sainte Madeleine ou Marie-Madeleine), est plutôt éloignée du chef-lieu, symbolisé par sa mairie. De son parking est pourtant offert un beau point de vue sur ce monument bâti en forme de tréflé, unique en Pays de Savoie. Le sanctuaire surplombe quant à lui des sentiers, des pâturages et le Brévon, qui n’est encore qu’un filet d’eau. Ce rocher qui assied l’église a donné son nom au village : Saxel « Sasselum » : gros rocher.
On ne connait pas tellement les origines de cette paroisse et de cette église. On sait que primitivement, elle était sous la juridiction de l’Abbaye Notre-Dame d’Aulps, à quelques vallées de là. L’église était située au « Crêt du Clocher », sur le col. A la Réforme, la paroisse devient protestante. L’église sera finalement abandonnée au retour du catholicisme en 1589, et la paroisse unie à celle de Bons-en-Chablais. Ce n’est qu’en 1601 (ou 1611 selon certaines sources) que saint François de Sales scinde la paroisse de Bons pour rendre à Saxel sa vie religieuse.
Le sanctuaire actuel, en contrebas de l’ancienne église, a été bâti dès 1840. La construction ne sera terminée qu’en 1901. On suppose donc qu’elle ait été faite par étapes. On ne sait hélas pas d’informations sur les raisons de cette durée, ni si l’ancien édifice était encore debout et sa localisation… On sait en revanche qu’entre 1952 et 1954, l’intérieur est restauré par Constant Demaison. Ce sera au tour de la toiture en 1981 puis de nouveau à l’intérieur en 2001. Gros chantier : la suppression de la tribune, faite en béton lors de la précédente restauration. Son poids menaçait les murs du lieu. Si autrefois elle était en bois, aucune tribune a été refaite lors de ces travaux. La municipalité a dores et déjà prévu de nouveaux travaux dans son clocher, à savoir l’accessibilité et son ravalement.

Les cloches ont été acquises en 1859. On ne sait pas tellement les anciennes. A part deux achats de cloche : 1609 et 1770.
Les cloches actuelles ont été fondues par les frères Paccard, la même année que celles du Villard, et un an avant celles de Boëge, deux clochers voisins. Au début du XXe siècle, leur installation a été revue : un nouveau beffroi semble avoir été conçu et le mode de volée a été modifié pour du rétrolancé. Ce système, breveté fin XIXe siècle par la fonderie, permet moins d’efforts pour les sonneurs et sur le beffroi, malgré un qualité sonore moins optimale. Il y a quelques années, la petite cloche a été tournée d’un quart de tour et son mode de volée a été révisé pour du rétrograde. Le battant n’est plus propulsé contre la lèvre supérieure lors de la volée, mais tombe sur la lèvre inférieure. La grosse cloche a conservé ses équipements du XXe siècle. Elle entre en action moins régulièrement que sa petite sœur, qui l’est 3 fois par jour, pour l’angélus, et lors du glas, sonné sur les deux cloches.

N°

Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

116,2 950 Fa 3
2 92,3 500

La♭3

Frères Paccard fondeurs à Annecy-le-Vieux 1859

Mes remerciements pour cette visite à M. Denis Mouchet, maire, pour son aimable autorisation, à Laurent Marth, adjoint au patrimoine et aux bâtiments, pour m’avoir accompagné au clocher, et au sacristain pour les sonneries spéciales. Mention à mes amis Edwin Genoud, un ami à qui je dois une fière chandelle dans ce clocher, et à Mike « Quasimodo » pour le soutien technique, encore une fois indispensable.

Sources & Liens :
Mairie de Saxel
Saxel sur Wikipédia
Eglise de Saxel sur Wikipédia
Eglise de Saxel sur Paysalp
Relevé personnel
Clichés personnels

Burdignin – Chapelle de l’Espérance

Après vous avoir présenté l’église paroissiale de Burdignin, je me dois maintenant de vous présenter le lieu de culte d’un village… dans le village. Ma surprise fut assez visible lorsque M. le Maire de Burdignin -que je remercie à nouveau- m’a fait par de cette chapelle au sommet de sa commune.

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Le domaine de l’Espérance a été bâti dans les années 1950 sous le plan du grand Maurice Novarina, architecte de notre région réputé pour ses églises ou bâtiments remarquables, ici comme ailleurs. Citons rapidement l’église du Plateau d’Assy ou encore l’église du Fayet, déjà en ligne sur ce site. Ce domaine était destiné à devenir un gigantesque lieu d’accueil pour des retraites, en autonomie parfaite. En effet, les lieux sont alimentés par leur propre source et possède leur station d’épuration. Le domaine est équipé d’un immense réfectoire, de dortoirs, d’une piscine couverte, d’un terrain de sport… et d’une chapelle ! Celle-ci a été consacrée en 1960 grâce à Mme Thoral. Son style est très sobre et à la hauteur d’une petite chapelle montagnarde. Les vitraux sont de Jean Bazaine, le tabernacle et les chandeliers de François Hugo.
Précisons enfin que l’ensemble des lieux a été racheté par la commune et qu’une seconde vie pour le lieu est à l’étude. Pour l’heure, ils accueillent des colonies de scouts pour des retraites chaque été.

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La fonderie Paccard a été mandatée en 1957 pour réaliser deux cloches : celle de la chapelle et une toute petite cloche d’appel. Nous allons nous intéresser à la première…
Elle porte la date de décembre 1957 et comme inscriptions « Ave Maria » (Je vous salue Marie), le nom de la commune et du département. La cloche est donc dédiée à la Vierge. Notons qu’elle est ornée d’un Christ en croix, d’une Vierge couronnée, d’un edelweiss et du blason de la fonderie. Elle est de dimensions fortes modestes : 41,7cm de diamètre pour un poids d’environ 47 kilos. Elle sonne le « Si4 ». Elle est encore actionnée à la corde.

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Mes remerciements pour la visite à M. Yves Dupraz, maire de Burdignin, qui m’a aussi signalé la présence de cet édifice. Mention enfin à mes amis Mike « Quasimodo » et Edwin Genoud pour l’aide et l’accompagnement.

Sources & Liens :
Mairie de Burdignin
Burdignin
Fonds privés
Clichés personnels
Relevé personnel

Burdignin – Eglise de la Nativité-de-Marie

Le clocher de l’église, orné d’une flèche, abrite deux cloches, nichées dans un beffroi en bois. On pourra noter que les baies côté ouest et sud sont obstrués par des murs, sans doutes pour éviter que le son des cloches portent jusqu’à Villard et Habère-Lullin, dont les clochers et habitations ne sont pas très loin. D’ailleurs, même les cloches ne sont pas centrées dans le beffroi, mais près des baies est, qui donnent près du parvis et de la mairie. Est-ce un autre signe de cette hypothèse ?
Les cloches, parlons-en… nous avons là deux filles de la fonderie Paccard, représentantes de la troisième et de la cinquième génération. La plus grande porte la date de 1880. Ses inscriptions sont plutôt minimalistes : parrain, marraine, curé et maire. Sa petite sœur, plus récente, porte le millésime 1963. Elle est volontiers plus bavarde que sa grande sœur… et elle porte un nom : « Maria Christina » ! Près d’elle, le beffroi possède une date gravée « 1897 », date ou le beffroi a été reconstruit. Il est fort probable que cette petite cloche soit la refonte d’une ancienne, même s’il en reste aujourd’hui aucune trace.

N°

Nom

Fondeur(s)

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

N.C.

Paccard Frères

1880

115,7

900

Mi3

2

Maria Christina

Paccard

1963

94,7

535

Sol♯3

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Retour en images sur la bénédiction de la petite cloche de Burdignin, en 1963. On y retrouvera dans l’ordre, la présentation de la cloche, sa bénédiction par le curé ou alors le vicaire général d’Annecy, et le tintement par sa marraine. Je remercie le Maire et sa famille, descendants des parrain et marraine, pour les photos tirées de leurs propres fonds.

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Mes sincères remerciements à M. Yves Dupraz, maire de Burdignin, pour son autorisation et son accueil à l’église et à la chapelle. Mention également à Mike « Quasimodo » et Edwin Genoud, pour leur aide précieuse.

Sources & Liens :
Mairie de Burdignin
Burdignin sur Wikipédia
Paroisse de la Visitation en Vallée Verte
Famille Dupraz-Condevaux
Fonds privés
Inventaire personnel

Arenthon – Eglise Saint-Théodule

Après plusieurs découvertes (et redécouvertes) en Chablais, je vous propose maintenant de nous déplacer en basse vallée de l’Arve, capitale du décolletage. La commune d’Arenthon, fortement résidentielle est à mi distance entre les stations de ski des Aravis et du Giffre et le Lac Léman.
La commune d’Arenthon est idéalement située sur un terrain presque plat, non loin de l’Arve, principale rivière du département. Il y a quelques mois seulement, on découvre sur la commune des restes d’un village gallo-romain. On avait pas de doutes sur l’ancienneté du lieu. La famille noble éponyme reste entourée de mystères. Elle apparaît au XIIIe siècle lorsqu’elle s’éloigne de sa commune d’origine pour se rapprocher d’Alex et de sa famille noble. La descendance sera longue et fructueuse. Le plus célèbre membre de la famille est Mgr Jean d’Arenthon-d’Alex, prince évêque de Genève « en exil » à Annecy au XVIIe siècle. La famille s’éteindra quelques décennies après lui, début XVIIIe siècle. Le château d’Arenthon, hélas aujourd’hui presque totalement détruit, était le dernier vestige de cette famille. Aussi connu sous le nom de « château de Sonnaz » était depuis 1741 propriété d’une autre grande famille, Gerbaix de Sonnaz, originaire de Chambéry.

A seulement quelques centaines de mètres du château se trouve le choeur du village avec son église dédiée à saint Théodule, premier évêque du Valais. Ce saint « local » est particulièrement vénéré dans nos contrées. L’église est assez ancienne. Le chœur gothique a probablement été élevé avant 1516 par Jacques Rossel. En 1721, l’église est profondément remaniée et la nef est reconstruite. Au cours du XVIIIe siècle, François Riondet et Jean-François Guillet de Samoëns sont chargés de refaire le clocher, qui sera à nouveau reconstruit en 1939, à la suite d’un incendie de sa flèche. Par bonheur, les deux cloches sont restées intactes.

Les cloches, parlons-en. Si nous passons à Arenthon dans la journée, il est possible de les distinguer : les baies ne sont pas munies d’abat-son. En 1806, au lendemain de la Révolution, les clochers doivent être « repeuplés ». Alors les fondeurs s’activent. Jean-Daniel Dreffet et son fils Barthélémy signent alors la petite cloche. Comme les cloches de ce fondeur, elle est plutôt riche sur le plan iconographique. Ainsi, on peut voir frappé sur la cloche un ostensoir, un Christ ou une Vierge. Outre son parrain et sa marraine, elle cite tout le conseil municipal en fonction et le « recteur » (curé) en charge de la paroisse. Cette cloche est depuis peu munie d’un joug en acier et d’un battant neuf. Il y a quelques années encore, elle était pourvue de son mouton d’origine en bois. Sa grande sœur, elle, possède un joug massif en bois, avec des ferrures neuves. Elle a été réalisée en 1843 par les frères Paccard établis à Quintal. Ce « monument de la foi de la commune d’Arenthon » comme le raconte la cloche a été dimensionné pour ce clocher. Lors de la volée, son battant passe à quelques centimètres des murs !

N° Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 n.c. Frères Paccard 1843 123,5 1200 Mi3
2 n.c. Dreffet JD & B 1806 95.1 500 La3

Mes remerciements pour cette visite du clocher à Mme Chantal Coudurier, maire, pour son aimable autorisation. A l’employé des services techniques et à M. Verdel, sacristain, pour l’accès au clocher et les sonneries spéciales.

Sources & Liens :

Arenthon
Château de Sonnaz
Fonds privés
Relevé & clichés personnels
Mairie d’Arenthon
Paroisse Sainte-Marie en Pays Rochois

Sciez-sur-Léman – Eglise Saint-Maurice

L’église de Sciez (photo Savoie-Mont-Blanc)

C’est l’une des principales cités du Bas-Chablais. Je continue de vous emmener sur les bords du Lac Léman. Aujourd’hui, le port de Sciez. Nous allons prendre un peu de hauteur pour se rapprocher de son église Saint-Maurice, distante de quelques kilomètres de la rive sud du plus grand Lac d’Europe, à cheval entre la Suisse et la France.

En traversant la commune par la route départementale, reliant Annemasse à Thonon, on ne se doute pas du riche passé de la commune. Il est fort probable qu’au néolithique, une population soit déjà installée dans la région. Cette présence est confirmée à l’Age de Bronze, grâce à des fouilles récentes. On a même trouvé des pièces d’argent datant du premier siècle sur la commune. Il y a tout juste 1000 ans, en 1018, Rodolphe III de Bourgogne cède le lieu à l’Abbaye de Saint-Maurice, en Valais. Au deuxième millénaire, on cite l’Abbaye de Filly, au bord du lac, abbaye augustine placée sous la juridiction de Saint-Maurice. On ne sait hélas pas grand chose de sa fondation. Au XIIe siècle, elle passe sous la juridiction de l’évêque de Genève. On sait par ailleurs que les chanoines du Saint-Bernard avaient des vues sur cette abbaye. Après plusieurs siècles d’existence, sous plusieurs dominations (Saint-Maurice, évêché, Aulps, Ainay, commande) la vie communautaire est terminée en 1536, quand la région est envahie par les bernois qui imposent une nouvelle religion. Une fois le catholicisme rétabli, les barnabites rachètent les lieux. Mais les bâtiments conventuels et le clocher sont détruits. On ne sait pas la date de sa destruction, mais que certaines pierres ont été utilisée pour l’église paroissiale.
L’église Saint-Maurice, parlons-en, est bien plus discrète. On ne sait pas grand chose sur elle, si ce n’est qu’elle remonterait au XIe siècle, bâtie à l’emplacement d’une ancienne chapelle. En 1250, l’église est donnée à l’Abbaye de Filly. L’église est reconstruite en 1741, en conservant le clocher et le chœur de la chapelle Sainte-Catherine. Mais l’édifice n’a pas duré longtemps : la nef actuelle a été reconstruite entre 1873 et 1879. L’orientation de l’édifice a été inversé et le clocher conservé. Il est d’ailleurs bien plus petit que l’église.

Je suis aujourd’hui très heureux de pouvoir vous faire découvrir cette sonnerie et ce pour plusieurs raisons. La première est en raison de sa taille : ce clocher renferme pas moins de cinq cloches, ce qui est plutôt rare en Bas-Chablais. De plus, la sonnerie a été restaurée en 2015 avec la remise en service de deux cloches historiques fêlées depuis des décennies.

Les deux cloches plus anciennes portent toutes les deux la date de 1662. C’est le seul clocher du département, avec celui de Rumilly, qui a su conserver deux cloches antérieures à la Révolution fondues simultanément. Bien que datées, nos deux cloches de 1662 ne portent pas de mention d’un fondeur.
Au lendemain de la Révolution, qui détruit l’ensemble campanaire (ou presque!) de Sciez, Jean-Baptiste Pitton, fondeur établi à Carouge, est sollicité pour réaliser ce qui deviendra la plus grosse cloche de la sonnerie actuelle. Originaire de Châtillon-en-Michaille (Ain), il commença son activité en 1786 ou 1787 avant de laisser sa place, peu avant 1830, à François Bulliod, plus tard rejoint par son frère. Nous avons donc ici très certainement l’une de ses dernières cloches. La plus célèbre de ce fondeur reste la petite cloche de l’église de Quintal, fondue en 1796 avec l’aide du syndic, un certain Antoine Paccard. La fonderie Paccard -parlons en- livrait en octobre 1918 deux cloches. Elles ont très certainement pu sonner l’Armistice, comme en témoignent leurs inscriptions, apposées sur leur flanc alors qu’une délicate odeur de victoire envahissait nos contrées. Le clocher de Sciez fut sûrement le premier du département à bénéficier d’une électrification, en 1928. En 2015, les deux cloches de 1662 ont été déposées pour être réparées. La plus grande d’entre elles n’était plus utilisée car fêlée et la bélière mettait en péril la partie supérieure de la cloche. La petite, déposée dans une baie depuis des décennies, était elle aussi fendue. Elles ont donc traversé la France pour revenir en décembre 2015 toutes neuves avant d’être réinstallées. Depuis Noël 2015, le clocher peut à nouveau donner toute sa voix pour les grandes occasions.

Vue sur la charpente du bulbe depuis la chambre des cloches.

Il y aurait tant à dire sur ces cinq cloches de l’église. La plus grande, livrée en 1825, à pour parrain Joseph-Prosper Gaetan d’Allinges, dernier représentant de cette noble famille. Elle cite également l’ensemble du conseil municipal de Sciez. La seconde cloche, livrée en 1918, à pour parrain Mgr Louis-Etienne Piccard, alors prélat à Rome et protonotaire apostolique. Celle a été donnée par sa soeur, Mme Louise Chapuis née Piccard. Elle est aussi sa marraine. La troisième cloche est la seule qui ne porte pas de nom. Ses inscriptions indiquent qu’elle a été financée par les paroissiens de Sciez. Elle cite en grande partie des nobles qui influaient sur la commune. On retrouve ainsi les marquis de Coudrée, Comte de Langin et même une dame de … La Rochette, en Savoie. La quatrième cloche, la plus petite livrée en 1918, a été fondue pour « carillonner la victoire ». Elle est parrainée par le commandant Bartholoni et son épouse Louise, propriétaires du château de Coudrée. « Barbara », la petite cloche, est disposée dans une des baies du clocher. Sa modeste taille lui permet aisément de se balancer entre les abats-son et le beffroi. Contrairement à sa grande soeur de 1662, ses inscriptions sont en latin.

N° Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 St Maurice J.B. Pitton 1825 106,8 700 Fa3
2 Marie Louise Aimée Les Fils de G. Paccard 1918 99,3 600 Sol3
3 inconnu inconnu 1662 84 346 La3
4 Louise Renée Maurice Les Fils de G. Paccard 1918 75 246 Do4
5 Barbara inconnu 1662 60 126 Ré4

En premier lieu, la cloche de 1825… (cloche 1)

…suivent les cloches de 1918 (cloches 2 & 4)…

…et les deux doyennes de 1662 (cloches 3 & 5).
 

Vidéo de la descente des cloches…

Je remercie pour cette visite du clocher la mairie de Sciez sous le mandat de M. Jean-Luc Bidal, maire, et plus particulièrement Mme Dominique Chaumeron, conseillère municipale chargée de la culture qui a supervisé les travaux de restauration. Je remercie aussi la paroisse pour l’accueil et les sonneries des cloches.
Mention, enfin, à mon fidèle ami Mike dit « Quasimodo » pour l’aide technique.

Sources & Liens :
Sciez
Abbaye de Filly
Eglise Saint-Maurice de Sciez
Paroisse de Sciez
Mairie de Sciez
Fonds privés – inventaire personnel