Allinges – Eglise Notre-Dame-de-l’Assomption

C’est une nouvelle fois dans le Chablais que je vous emmène aujourd’hui, à seulement quelques kilomètres de son chef-lieu, Thonon-les-Bains. Installé près du Lac Léman, contre la colline des châteaux, la commune s’est avérée être un véritable point stratégique dans la région, à l’époque savoyarde.
Il semble cependant qu’une présence ici est très ancienne. On y a retrouvé des traces d’une ancienne « fonderie » de l’âge du bronze, soit 1300-1200 avant notre ère. La paroisse est citée pour la première fois entre 979 et 1046, le château des Allinges en 1071. L’installation de deux châteaux sur deux « dents » de la colline semble se faire de manière simultanée. Ils sont en effet appartenu à deux branches de la famille d’Allinges, nobles du lieu. Le « Château-Vieux » dont il ne reste que de simples ruines a été un temps à la famille de Faucigny, seigneurs de la province voisine. Alors qu’il était en plein Chablais, il était en pleine rivalité avec le Château-Neuf, avant que les deux soient réunis. Plus tard, au XVIe siècle, le père François de Sales sera envoyé par l’évêque de Genève (son prédécesseur) pour convertir le Chablais, passée sous domination protestante au XVIe siècle. Pour des raisons de sécurité il sera domicilié à la forteresse d’Allinges pour quelques temps. Il est donc lié à la commune et à ce lieu réputé dans la région. Beaucoup plus proche de nous, un événement tragique à Allinges ébranla la France entière. Le 2 juin 2008, un autocar bloqué à un passage à niveau est percuté par un train. Sept collégiens y trouvent la morts, laissant des familles, des professeurs dans le chagrin. En attente de leur sépulture, leurs corps ont reposé quelques jours à l’église.

Cette église aux pierres apparentes se trouve contre la colline d’Allinges. Son ancienneté ne fait aucun doute : une chapelle primitive serait attestée dès le VIe siècle. Au Moyen-Age, la paroisse couvre le bourg et les deux châteaux. A cette époque, elle était le centre du doyenné du Chablais, c’est à dire le sud du Lac Léman et la Vallée du Rhône, juste en amont du lac. On sait en tout cas qu’au XIIIe siècle, une importante paroisse est installée ici. Elle est d’ailleurs disputée au XIVe par le Prieur du Grand-Saint-Bernard, l’évêque de Genève et le prévôt de Montjoux. Au XVIe siècle, la paroisse est supprimée par l’invasion Bernoise. On ne sait pas trop ce qu’il s’est passé à cette époque. On peut supposer que, comme pour le reste du secteur, l’église soit affectée au culte protestant. La paroisse sera à nouveau formée grâce au paroisse de saint François de Sales. Le clocher, décapité à la Révolution, serait le trait d’union entre l’ancien sanctuaire, garde justement des traces de son histoire. Des hypothèses peuvent être émises, sur l’orientation, la taille et le style de l’édifice. On sait en tout cas que l’actuelle nef a été construite au XIXe siècle dans un style néoclassique sarde, en vogue à l’époque. Une date est dissimulée dans le chevet : 1848. Est-ce le début ou la fin des travaux ? Nous avons plus de précisions sur la dernière grande restauration qui a eu lieu entre 1976 et 1985. Des fresques ornent toute la longueur de la nef, qui fait allusion au passé. On les doit à l’artiste Baud de Morzine. A noter également la chaire dite « de saint François de Sales ».

Le clocher, parlons en, est plutôt trapu. Accroché au chœur de l’église, il ose à peine se démarquer de la toiture de la nef. Ses pierres laissent apparaître des vestiges de l’ancienne église. Sa porte arbore une inscription gothique, témoin clé de son âge ancien. La flèche, rasée à la Révolution, n’a jamais été reconstruite. D’ailleurs, il ne semble jamais avoir été surélevé : le dernier étage donne directement dans les combles de l’actuel sanctuaire, reconstruit au XIXe siècle.

L’horloge.

Le clocher abrite ici, comme chaque église « ordinaire », deux cloches. Si il convient en général de commencer par la plus grosse cloche, je tiens à présenter, âge oblige, la plus petite. Cette cloche, aux icônes mariaux, porte la date de 1456 et la mention de « Maître Clément Fribor de Genève m’a faite ». Si de cette période, ou l’on commence à faire des cloches signées et datées, on connait aisément Jean & Guillaume Fribor, natifs de la Tarentaise, il semble que Clément soit aussi de cette famille. Ils ont en effet tous le points commun d’avoir comme patronyme « Mercier ». Ce nom de famille est encore présent aujourd’hui. Sans doutes un « pseudonyme » pour être plus facilement « accepté » à cette époque. Si cette signature est la seule mentionnée dans nos bases de données, l’œil averti du Dr Matthias Walter, campanologue à Berne, indique volontiers des similitudes dans la décoration avec -entre autres- la cloche numéro 3 de Lutry, fondue dans la première moitié du XVe siècle et de facture inconnue. Cette cloche possède un titre : c’est la plus ancienne cloche datée du département de la Haute-Savoie. La mention de date ici prend tout son sens car il existe une poignée de cloches du XVe siècle qui ne portent aucune date mais qui sont estimées à ce même siècle.
La plus grande des deux cloches est plus ordinaire. Elle a été fondue en 1820 par Jean-Baptiste Pitton, saintier établi à Carouge entre 1787 et les années 1820-30 avant de passer la main aux frères Bulliod qui cesseront l’activité en 1854. Cette cloche, plutôt légère par rapport à sa tonalité figure quand même parmi les plus grandes réalisations. La plus grande semble se trouver à Morzine. Cette cloche post révolutionnaire cite l’ensemble du conseil communal en vigueur, et les autorités religieuses, en plus du parrain et de la marraine. Sa décoration est très simple : un Christ, une Vierge à l’Enfant.

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

J.-B. Pitton 1820 113,8 900

Mi 3

2 Vierge Marie C. Mercier 1456 92,5 535

La 3

Mes remerciements pour cette visite à M. François Deville, maire, pour son aimable accord. Je remercie également chaleureusement M. André Favier-Bosson, maire-adjoint en charge des bâtiments pour cet après-midi à la découverte de toutes les cloches allingeoises, mais aussi pour sa sympathie, sa collaboration et sa bonne humeur !
Je remercie également Claude-Michael Mevs, dit « Quasimodo« , pour l’aide apportée à la réalisation des reportages sur les cloches d’Allinges.

Sources & liens :

Mairie d’Allinges
Paroisse des Hermones
Allinges
Eglise d’Allinges
Cloche classée – Monument Historique – Notice
Clichés personnels
Photos Claude-Michael Mevs (horloge)
Matthias Walter
Fonds privés

Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s