Après la chapelle Notre-Dame du Scex, présentée il y a peu, je vous invite à garder le cap sur la Suisse, et simplement redescendre du rocher pour aller au cœur du bourg, à seulement quelques pas de l’Abbaye. Un autre vénérable clocher aux pierres apparentes se dresse là. Il ne s’agit pas d’un temple ou d’un édifice d’une autre confession mais bel et bien d’un autre lieu de culte catholique. L’église Saint-Sigismond de Saint-Maurice est alors complémentaire à l’abbatiale. Si cette dernière accueille la prière conventuelle des chanoines, les murs de l’église se contentent d’accueillir les fidèles tout au long de l’année, au gré de mariages, baptêmes ou funérailles.
Son histoire est tout aussi ancienne que l’Abbaye. L’église aurait été érigée à l’emplacement d’un ancien sanctuaire romain. La cité d' »Agaune » est en effet occupée depuis l’Antiquité, grâce à son environnement : une source nourrissait les habitants, la falaise protégeait d’éventuelles invasions et le Rhône creuse depuis des millénaires une vallée débouchant sur le Léman.
Quand aux origines de la paroisse, elles restent relativement floues. On cite d’abord une église dédiée à l’Évangéliste Jean. Les reliques de saint Sigismond, fondateur du Monastère millénaire, et des membres de sa famille ont été transportées à Agaune, au sein de l’église Saint-Jean. La « Passio Sancti Sigismundi » rédigée aux alentours du VIIIe siècle fait état de nombreux miracles dans cette église. A ce moment là, l’église passe sous la juridiction de l’évêque de Sion. Au cours des siècles, on note de nombreuses passations de la paroisse entre l’Abbaye Territoriale et le Diocèse. Depuis 1992, c’est l’Abbé de Saint-Maurice qui exerce sa juridiction sur la paroisse. Le curé actuel est d’ailleurs un des chanoines de l’Abbaye.
L’histoire de l’édifice est également tumultueuse. On la sait consacrée en 1722 seulement par Mgr Supersaxo, évêque de Sion. Elle faisait suite à sa reconstruction, entre 1711 et 1717. Seul le clocher, dont la flèche a été construite en 1597, a été conservé des anciens édifices, dont l’histoire est pour le moins complexes et mêlées d’incertitudes. Plus près de nous, on note quelques restaurations et modifications : remaniement entre 1895 et 1901, de nouveaux vitraux au milieu du XXe siècle, restauration extérieure en 1977 et intérieure pour le Jubilé de l’An 2000. On note aussi entre ces deux dates l’ajout d’un nouvel orgue Kuhn de deux claviers.
Les trois cloches que comptent le clocher ont été réalisées par des artisans de Vevey. C’est en effet la ville la plus proche qui a hébergé pendant des décennies sinon des siècles une quantité de fondeurs qui ont desservi tout le bassin lémanique Suisse (parfois même jusqu’en France). En 1782, Pierre Dreffet fourni les deux grandes cloches actuelles. La paroisse paye la plus grosse, la bourgeoisie de Saint-Maurice la petite, pour une somme totale de 144 louis. A cette date, on installe également une horloge publique au clocher, disparue en 1977. En 1854, Samuel Tréboux livre la plus petite cloche. Elle sera installée un peu plus haute que les deux autres, sur ce qui ressemble à une extension de beffroi.
N°
Nom
Fondeur
Année
Note
1
Pierre Dreffet
1782
Mi 3
2
La Bourgeoise
Pierre Dreffet
1782
Fa ♯ 3
3
Samuel Tréboux
1854
Sol ♯ 3
Mes remerciements pour cette visite du clocher au chanoine Gilles Roduit de l’Abbaye de Saint-Maurice, curé de la paroisse. Amitiés à Mike dit « Quasimodo » pour l’aide apportée et les moments d’amitié.
Il m’est désormais coutumier au fur et à mesure de me péripéties campanaires de vous faire découvrir quelques sonneries d’autres contrées, soit dans d’autres régions de France, soit en Suisse, voisine de mon territoire de prédilection. Je vous propose donc aujourd’hui une étape en Valais (Suisse), dans une cité qui est l’une des clés de voûtes de l’histoire religieuse du pays.
A quelques centaines de mètres de la non moins célèbre Abbaye de Saint-Maurice se trouve le sanctuaire de Notre-Dame du Scex (dit aussi « du Rocher). Connu dans tout le Valais, il n’a jamais été dans l’ombre du monastère voisin qui a fêté en 2015 ses 1’500 ans ! En 2011, Saint-Maurice a pu faire une sorte de répétition générale, car la chapelle du Rocher fêtait les 1’400 ans de sa fondation ! Depuis le VIIe siècle, les prières à la Vierge se sont jamais tues et de nombreux ermites ont été au chevet de la chapelle Agaunoise, réputée dans la région.
L’Abbaye, vue de la chapelle.
Au fil des siècles, nombres d’ermitages et de chapelles se sont succédés… A l’occasion du Jubilé de 2011, les Echos de Saint-Maurice, journal annuel de l’Abbaye de Saint-Maurice a consacré tout un numéro sur la petite et la grande histoire du monument, et ses ermites (dont le plus illustre, saint Amé). Le numéro est téléchargeable en cliquant ici.
Pour les cloches, une étude a également été proposée. Mais depuis la parution du numéro, quelques changements sont intervenus. Je vous propose donc un résumé actualisé de ce qu’on peut trouver sur ce livre.
La vue sur la vallée du Rhône, vers Martigny
Si l’Abbaye de Saint-Maurice compte aujourd’hui le plus lourd carillon de Suisse et la plus grosse cloche du Valais dans sa tour romane, le patrimoine campanaire de la chapelle est plus modeste. Le clocher mur qui s’élève à l’entrée de la chapelle abrite deux cloches qui se répartissent dans les deux baies. L’histoire campanaire du lieu a été pourtant mouvementée. Pour la connaître dans les détails, je vous invite de nouveau à lire les Echos de Saint-Maurice sur la chapelle du Scex.
Tout au long des presque 500 marches, on trouve un chemin de croix et quelques statues de la Vierge
Pour résumer brièvement, la première mention campanaire a lieu en 1721. On décrit la chapelle comme surmontée d’un clocheton lui-même doté d’une cloche. Celle-ci a été fondue en 1479 et commandée par le chanoine Jean de Chastenay. Vers 1750, le chanoine Charles David fait fondre trois autres cloches. Nul doute que le beffroi a été agrandi à cette époque. Notre chapelle contenaient donc à une époque quatre cloches ! Le clocher sera encore transformé deux fois au XXe siècle : en 1904 et 1948. Il ne contient aujourd’hui que deux cloches. En 1948, les notes du chanoine Léo Müller précisent que la cloche de 1479 et accompagnée de deux cloches, soit un total de trois. Nous pouvons donc supposer qu’en 1904, une des cloches a disparu (fêlée, certainement). L’une des deux datait de 1790. Elle se fêla en 1952. Quant à la dernière, elle a été fondue par Gustave Tréboux de Vevey en 1854. Elle a été donnée à l’église de Dorénaz, à quelques kilomètres de Saint-Maurice, par Mgr Louis Haller, alors Abbé-Évêque du lieu. La cloche de 1970 a été remplacée une première fois en 1954 par la maison Rüestchi d’Aarau. Mais en 1975, « Marie-Thérèse » , fêlée déjà, reprit le chemin du creuset pour revenir toute neuve. On procéda alors à l’électrification de la cloche. Mais on se rendit compte que la petite était fêlée à son tour. Après des décennies de silence, le nouveau Procureur de l’Abbaye, le chanoine Olivier Roduit, lance un appel pour la refondre. Cet appel sera reçu par la famille Veuthey de Saint-Maurice qui offrit le remplacement de la cloche. Confiés à l’entreprise Rüetschi, les travaux seront exécutés début 2016. Bénie dans la basilique par Mgr Jean Scarcella, Abbé, elle prit ensuite le chemin de la chapelle avant d’être mise en service le premier mai 2016. Elle reçut le nom de sa marraine, « Madeleine ». Dès lors, voilà que le clocher sonne pleinement depuis la falaise, écho de plus d’un millénaire d’histoire.
La cloche de 1479, véritable témoin de l’histoire campanaire d’Agaune, sera exposée prochainement au clocher de la Basilique et sera visible lors des visites guidées du clocher, par exemple lors des prochains festivals de carillon.
Mes remerciements pour les enregistrements exceptionnels aux Révérend chanoine Roland Jacquenoud, Prieur de l’Abbaye de Saint-Maurice & au chanoine Cyrille Rieder, recteur du sanctuaire du Scex et sous-prieur. Toute mon amitié à Mike « Quasimodo » pour le soutien technique apporté lors de cet enregistrement des cloches.
Nous nous dirigeons aujourd’hui à l’ouest de la Savoie, sur la rive gauche du Rhône. La commune frontalière de Yenne et ses 3’000 habitants est à seulement quelques kilomètres de Belley, l’un des chefs-lieux de l’Ain. Cette ville est riche en histoire puisque sa position dans l’Avant-pays Savoyard a toujours été stratégique. En 1215, la commune est la première de Savoie affranchie d’une quelconque abbaye (ici les abbayes d’Hautecombe et de Saint-Rambert). Un temps donné aux ducs de Milan, le territoire ne tardera pas à revenir aux Etats de Savoie au XVe siècle. En 1483, les habitants font d’ailleurs acte de fidélité à Charles Ier de Savoie. En 1699, Victor-Amédée confie à Jean-François Vulliet les terres de Yenne. Il en devient le marquis, jusqu’à la Révolution Française. En effet, c’est en 1792 que Yenne intègre la France dans le département du Mont-Blanc. C’est entre 1814 et 1815, lors de la Restauration Sarde que Yenne redeviendra sous la domination des Ducs de Savoie qui possèdent également le titre de Rois de Sardaigne. C’est le 12 juin 1860 que Yenne fait son entrée définitive en France, dans le département de la Savoie (73) avec comme préfecture Chambéry.
L’église Notre-Dame de Yenne est sans doutes l’un des plus belles de la région. Intégralement classée depuis 1987, chacun de ses recoins mérite le détour. Son imposante silhouette laisse paraître une église agrippée au sol, prête à se moquer des siècles. Et c’est le cas ! Un panneau près du porche arbore fièrement le célèbre labyrinthe de la cathédrale Notre-Dame de Reims, logo des Monuments Historiques et la période de construction du sanctuaire yennois : entre le XIIe et le XVe siècle ! Le visiteur qui osera pousser la lourde porte de bois arrivera dans une nef aux pierres apparentes et aux arrêtes gothiques. Pourtant, les vitraux représentants la Vierge ou encore Saint François de Sales, si cher à notre contrée, sont dans des baies clairement romanes. Nuls doutes que le lieu de culte ait été reconstruit siècle après siècle, selon le courant de l’époque. L’acoustique du monument permet la tenue de bon nombre de concerts, sans pour autant perturber la liturgie avec la tenue d’offices, ou de célébrations du casuel comme des baptêmes, mariages et obsèques.
Le clocher flèche est également un élément marquant. Sa tour carrée presque trapue attire l’œil. Au dernier niveau, seules deux baies romanes géminées en plein cintre permettent aux quatre cloches de se faire entendre. Derrière elles, on aperçoit de l’extérieur un beffroi en bois clair. Celui-ci a été refait en 2016 pour remplacer l’ancien, bien trop usé par le temps. L’urgence était là : seule la deuxième cloche était autorisée à sonner. La grande cloche était trop lourde, et les deux petites n’avaient pas encore reçue un coup de baguette magique de la fée électricité. Alors, dès 2014, la nouvelle municipalité n’a pas manquée d’étudier les dossiers en cours de l’ancienne mandature, dont celui des cloches, et n’a pas manqué de le concrétiser !
Et ils ont eu raison ! Car aujourd’hui, le clocher a retrouvé une voix puissante. Il faut dire que son patrimoine campanaire est d’exception. Sur les quatre cloches, la plus petite et la plus grande sont également classées Monuments Historiques ! Elles ont été fondues en 1688 par la famille Vallier. Leurs descendants ont été présentés maintes fois sur ce même site, surtout en collaboration avec la famille Gautier. Ces deux familles étaient en collaboration au lendemain de la Révolution, car toutes deux natives de la région briançonnaise (Hautes-Alpes). Terre savoyarde oblige, diront certains, les deux cloches intermédiaires proviennent des non moins célèbres fours de la fonderie Paccard. La plus grande a été livrée en 1892 par Georges & Francisque, de la 3ème génération, alors installés à Annecy-le-Vieux, et la plus petite par Claude & Jean-Pierre, la génération précédente, installée à Quintal. Une curiosité musicale vient s’ajouter. Si on omet la justesse musicale plus qu’approximative dans cet ensemble, on notera que les deux petites résonnent comme des « répliques » des deux grandes. La plus grande et son grand âge peut paraître comme… atypique ! Cela s’explique par la perte d’un fragment de celle-ci, on ne sait ni pourquoi ni comment (sans doutes lors de précédents travaux, ou à la Révolution?) rendant ainsi un son ténébreux, mais pas si rare, en prenant pour exemple la plus grande cloche de Lutry ou un des bourdons de la cathédrale Saint-Etienne de Sens, en Bourgogne. Enfin bref, on pourra trouver à cette sonnerie tous les charmes du monde… c’est un de mes coups de cœur de l’année !
AVANT RESTAURATION :
PENDANT LES TRAVAUX :
AUJOURD’HUI :
La grande cloche.
Mes remerciements pour cette visite du clocher à M. Padernoz, maire, pour son aimable autorisation, et à MM. Puthon & Watier respectivement premier et deuxième adjoints au maire pour l’organisation de la visite et la mise à disposition des photos lors des travaux. Je n’oublie pas non plus mes amis Mike « Quasimodo » et Guilhem Lavignotte, organiste d’Yverdon-les-Bains pour le soutien technique lors de cette visite.
En prononçant le nom d’Entremont, nous pouvons tout de suite penser à l’entreprise leader mondial dans le fromage à pâte cuite. Mais l’enseigne doit son nom au patronyme de ses fondateurs!
Entemont se situe tout simplement entre quelques monts dont la Pointe de Québlette, le Roc de Charmieux et les Rochers des Traversiers. Ils encerclent les méandres du Borne qui a creusé la combe d’Entremont – Petit-Bornand. Le village est réparti sur les deux versants de la vallée. Le chef-lieu du village, lui, s’étale autour des berges de la rivière. Si la commune est fréquemment traversée, été comme hiver, par les touristes qui rejoignent les prestigieuses stations des Aravis comme Le Grand-Bornand ou La Clusaz, ils sont aussi nombreux a faire une halte sur cette commune qui jouit d’un patrimoine historique et naturel considérable.
Deux chapelles se partagent la commune. La première, au hameau de la Pesse (également dite de « la Rivière », sur la rive droite du Borne. Une chapelle plus récente se trouve sur les hauteurs de la Pointe de la Québlette. Celle ci-a été construite en 1706, un siècle après le passage de saint François de Sales à l’Abbaye Sainte-Marie. D’abord sous le patronage de l’Ange Gardien, puis de saint Grat, évêque d’Aoste, elle est maintenant sous le vocable de saint François de Sales. Une plaque indique qu’elle a été saccagée a la Révolution, puis reconstruite en 1842. Elle sera restaurée en 1924. Une nouvelle restauration a eu lieu à la fin du XXe siècle. On note la réfection du carrelage, du plâtre et des peintures, notamment le tableau du maître-autel représentant saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantal.
Le petit clocheton en bois surplombe le Regard et la vallée d’Entremont. Il abrite une petite cloche fondue en 1842 par les frères Paccard de Quintal. Elle pèse environ 110 kilos pour 54,5 centimètres de diamètre. Elle chante le « fa aigu » (fa 4). Le parrain et donateur était Pierre-François Chenal et la marraine Melchiotte Périllat. Elle est dédiée à saint François de Sales.
Mes remerciements pour cette visite à Mme Yolande Thabuis, présidente de l’association « Entremont Patrimoine » pour l’accès au clocher, le prêt de l’échelle.
Le Massif du Mont-Blanc. A son pied, les hameaux des Houches. La chapelles se trouve au pied de la route verticale la plus à droite.
C’est au cœur de la vallée de Chamonix, dite « Vallée Blanche » que nous allons aujourd’hui. En écrivant ces quelques lignes, c’est pour moi en fait une plongée aux « archives » en publiant ce reportage datant en fait de 2015. La station des Houches est une des stations les plus spacieuses permettant de skier au pied du toit de l’Europe, le Mont-Blanc. Son patrimoine est également une pièce majeure de la vallée. Son église baroque et son clocher à bulbe aux traits romans (pour la maçonnerie) sont souvent cités en exemple, ses retables baroques sont réputés et que dire de la statue du Christ Roi, édifiée pendant les années 30 et 40, qui abrite la plus grande cloche de vallée. La commune abrite également cinq chapelles. Je vous propose de découvrir l’une d’entre elles.
Comme il était jusqu’alors assez rare de présenter une chapelle sur mon site, nous allons nous attarder sur leur rôle dans nos alpages. Souvent, l’église mère (c’est à dire l’église du village, au bourg) était trop éloigné de certains paysans. Alors, pour ne pas les éloigner de la religion qui était le centre de la sociabilité il y a bien des siècles, des églises miniatures sont édifiées dans des hameaux, ou quelques fermes étaient regroupées. Cette église « secondaire » parfois confiée à un chapelain ou desservie par un des vicaires de la paroisse pouvait jadis recevoir quelques sacrements, comme le baptême d’un nouveau né, qui devait se faire très rapidement après sa mise au monde. Aujourd’hui, les chapelles reçoivent quelques messes par an, quelques prières au mois de mai (mois de Marie). Dans nos contrées, les cloches sonneront bien-sûr ces occasions, mais ne manqueront pas non plus d’annoncer un décès dans le hameau. Rares sont encore aujourd’hui les chapelles électrifiées. Il faut donc toujours un sonneur pour actionner la cloche qui pèse en général quelques quintaux maximum.
La chapelle de la Griaz est au cœur d’un des plus importants hameaux historiques de la vallée. On y dénombrait une centaine de foyers en 1561 déjà. Elle a probablement été édifiée dès le XVIe siècle, date ou l’on commence à construire les chapelles dans la vallée. Elle est sous le patronage de Notre Dame et de saint Joseph. Les chapelles possèdent souvent plusieurs vocables pour protéger les hameaux de plusieurs causes, naturelles ou non.
Le petit clocheton permet aujourd’hui de voir sa cloche car il est dénudé de tout abats-son depuis quelques années. Celle ci a été fondue en 1828 par Louis Gautier, fondeur de Briançon maintes fois présenté ici. Elle possède encore tous ses équipements d’origine et elle est actionnée encore aujourd’hui à la corde depuis là chapelle. Elle pèse environ 100 kilos pour 60,4cm de diamètre. Elle porte le doux nom de « Marie Josèphe Geneviève » et tinte un « Mi aigu » (Mi4). Elle a été financée aux dépends des habitants du lieu-dit, parrainée par le Rd Chernier, curé des Houches et Geneviève Choupin. Elle cite également MM. Michel Garny et Nicolas Simond comme procureurs de la chapelle, probablement les gardiens.
Mes remerciements pour cette visite à M. Xavier Roseren, maire à l’époque de ma visite (aujourd’hui député de la 6e circonscription de Haute-Savoie) et à M. Crétenand, responsable des bâtiments de la commune des Houches. Remercié soit également l’abbé Georges Vigliano, curé de Chamonix pour l’autorisation de sonner la cloche.
Je suis fier aujourd’hui de vous présenter un de mes coups de cœur de mes visites. Au cœur de la vallée d’Abondance, qui relie les hauteurs de Thonon-les-Bains au Valais, en Suisse, tout en desservant par la même occasion une grande partie des Portes du Soleil, non moins célèbre station de ski, on a pu se rendre compte que cette vallée regorge de trésors campanaires… ce n’est pas fini ! Sur ce village, nous avons probablement les origines de la vallée. C’est en effet entre les Cornettes de Bise et le Mont de Grange que ce seraient installés les chanoines de Saint-Maurice avant de préférer Abondance, lieu ou les murs de l’Abbaye demeurent presque intacts. Quoi qu’il en soit, ce village est attesté officiellement dès 1178. Son nom évolua au fil du temps avant de prendre la forme actuelle en 1960. Lors de la Révolution, il prit temporairement le nom de « Mont d’Or » avant de devenir un temps « La Chapelle en Chablais ».
Du côté de la paroisse, une grande église est attesté aux Frasses. Elle fera l’objet de discordes entre l’évêque de Genève et l’Abbé d’Abondance, ce dernier préférant avoir la pré-séance dans la vallée. Il obtiendra gain de cause grâce au Pape Innocent IV qui déclassera l’église en chapelle (peut-être que le nom de la commune vient de cet événement?). Dès lors, les lieux deviennent propriété de l’Abbaye. Lors de la reconstruction de la chapelle Saint-Maurice à l’endroit actuel, aux Contamines, la paroisse souhaite s’émanciper. Ce ne sera chose faite qu’après la venue de saint François de Sales, évêque d’Annecy-Genève. En 1645, Victor-Amédée II, Duc de Savoie, souhaite que la Chapelle et Châtel, deux jeunes paroisses, soient tout de même une seule entité administrative. 95 ans plus tard, un de ses successeurs proclamera la naissance de Châtel comme commune à part entière. Revenons en 1636 : nous sommes au cœur d’une période faste pour la vallée, en pleine expansion démographique. L’église est alors reconstruite. Un siècle plus tard, entre 1732 et 1733, le clocher est reconstruit une première fois. Il le sera de nouveau en 1811, après la Terreur. L’église sera agrandie entre 1846 et 1848 par Besson. Les peintures intérieures seront reprises en 1936 et 2008.
Le clocher de l’église Saint-Maurice est l’un des plus beaux clochers à bulbes savoyards : ses formes élégantes sont vantées dans toutes la région. Il y a également un trésor non négligeable qui cette fois va ravir nos oreilles : il s’agit des quatre cloches. Et là encore, nous pouvons sans autres parler d’un des plus beaux ensembles du Chablais. Il est formé de trois cloches des frères Claude et Jean-Pierre Paccard de Quintal, représentants de la deuxième génération de cette non moins célèbre fonderie aujourd’hui installée à Sévrier et qui a contribué à la notoriété d’Annecy et de sa région. Elles accompagnent une cloche plus ancienne, fondue par Guillaume, Claude et Antoine Livremont, fondeurs et bourgeois d’Evian, de Pontarlier et de Besançon (25). Elle est classée Monument Historique depuis 1943 car elle a été fondue en 1687. Si les cloches de 1842 ne nous informe pas si elles remplacent des regrettées prédécesseurs, on sait cependant qu’en 1744 Simon Fontaine et Jacques Epillat, fondeurs lorrains, ont réalisés plusieurs cloches pour l’église. Il ne fait peu de doutes que ces cloches aient été fondues à la Révolution pour en faire des canons. Les iconographies des cloches valent le détour. Si la plus grande cloche, fondue au début de l’ère baroque, affiche un agencement proche du gothique avec une multitude de Vierges à l’Enfant, de Cruxifix et le patron, saint Maurice, les plus petites cloches présentent une décoration néoclassique typique de la fonderie de Quintal à l’époque. Au détail près qu’elles arborent elle aussi une gravure de saint Maurice, représenté sur sur cheval, épée brandie.
Depuis 1955, les quatre cloches sont électrifiées. Les deux petites cloches Paccard conserveront leurs équipements d’origines, tout comme la deuxième, qui possède depuis peu de nouvelles ferrures et un nouveau battant. Un nouveau moteur de volée a également été installé il y a peu. Concernant la plus grande cloche, son joug a été changé en 1955. Elle possède encore son battant forgé, mais celui-ci n’est sans doutes plus d’origine. Malgré son grand âge, elle n’a pas été tournée d’un quart de tour. Son usage est d’ailleurs limité à annoncer les offices qui ont lieu tous les quinze jours, dans le but de la ménager.
N°
Nom
Fondeurs
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
saint Maurice
Guillaume, Antoine & Claude Livremont
1687
133,5
1’400
Mi ♭ 3
2
saint Maurice
Claude & Jean-Pierre Paccard
1842
119,5
1’050
Fa ♭ 3
3
saint Maurice
Claude & Jean-Pierre Paccard
1842
n.c.
650
Sol 3
4
saint Maurice
Claude & Jean-Pierre Paccard
1842
n.c.
250
Do 4
Ci-dessous, diverses photos des quatre cloches.
Mes remerciements pour cette visite à M. Bernard Maxit, maire, pour son aimable autorisation, à la secrétaire de mairie pour l’organisation du rendez-vous avec Fernande Blanc, sacristine, pour l’ouverture de la sacristie et du clocher. Remerciés soient également mes amis Mike « Quasimodo » et Guilhem Lavignotte, organiste et carillonneur, pour la collaboration et les échanges amicaux !
Bienvenue dans une « bonne vallée » : c’est la signification du nom Bonnevaux. Ses quelques 260 habitants sont blottis contre la Pointe de la Croix. Sa route principale qui enjambe sans cesse le Nant de la Joux Verte. La position de la commune est intéressante car elle est non loin des stations de ski, aussi bien Suisses que Françaises, mais aussi a bonne distance des stations thermales de Thonon et Evian qui se partagent le non-moins célèbre Lac Léman.
La paroisse semble apparaître en 1230, alors que le seigneur Etienne de Féternes offre à l’Abbaye d’Abondance les terres de Bonnevaux. On pense que la première chapelle est bâtie à cette époque, car une mention est faite d’alpages, donc probablement que des fermiers y vivaient. Au XIVe siècle, la paroisse est dépendante de celle de Vacheresse. C’est seulement en 1778 que la chapelle dédiée à saint Maurice sera élevée au rang d’église car Bonnevaux s’émancipe religieusement. Civilement, ce ne sera qu’en 1835, après la Révolution, le Concordat puis la Restauration Sarde (lorsque la Savoie, française sous la Révolution, retrouve son « indépendance »). On ne sait hélas que peu de choses de l’ancienne église… On pense cependant que l’ancienne église possédait encore des parties de la chapelle médiévale. Malheureusement, le 11 mai 1961, la clé de voûte de l’histoire du village part en fumée. L’incendie n’épargnera que le clocher campanile, reconstruit à plusieurs reprises dans les années 1860. A cette date, le maire fait raser le petit campanile, usé par le temps, pour en reconstruire un dès 1860. Finalement, un clocher en dur sera construit entre 1863 et 1865. Mal façonné, il est détruit pour être refait une seconde fois et consacré en 1869. Seule sa base a résisté à l’incendie de 1961. Le sommet sera reconstruit à l’identique alors que l’église sera refaite entièrement dans un style néo-régionaliste par Roger Buisson de Thonon, qui s’inspire de l’élan laissé par Maurice Novarina, architecte notable de nos vallées.
Le seul point positif de l’incendie (s’il en est véritablement un) c’est que depuis 1963, l’église possède quatre cloches, et non trois comme depuis le XVIIIe siècle minimum. Lors de la commande des nouvelles cloches à la fonderie Paccard d’Annecy-le-Vieux, il était convenu de refaire la sonnerie dans l’esprit de l’ancienne avec trois cloches de poids identiques aux anciennes, électrifiées en 1954. Mais plusieurs familles, avec l’Abbé Favre en tête, ont souhaité offrir une petite cloche en complément des trois autres. Cette touche aiguë permet des carillons plus étoffés pour les jours de fêtes. Quant aux anciennes cloches, nous ne savons que peu de choses : en 1779, la petite cloche est refondue et bénie. En 1867, une souscription est ouverte pour l’achat d’une cloche. En 1871, Nicolas Beauquis, fondeur de cloches à Quintal, est rémunéré. Nul doute que cette souscription concerne ce fondeur qui a réalisé une cloche entre les deux dates indiquées. Le payement se faisant toujours un à deux ans après la livraison, elle est probablement bénie entre 1869 et 1870. En 1887, une horloge est placée au clocher et installée par Bailly Comte, horlogers du Jura. Cette horloge a bien évidemment été ravagée par les flammes. Elle dût servir jusqu’en 1954 lorsque les sonneurs furent remerciés et remplacés par la fée électricité.
N°
Nom
Diamètre
Masse
Note
1
Notre-Dame de la Visitation
89,5
450
La 3
2
Françoise
80,5
350
Si 3
3
Josèphe Marie
72,5
270
Do ♯ 4
4
Gabrielle Jeanne Marie
59
110
Mi 4
Fonderie Paccard – A.D. 1963
Mes remerciements pour cette visite du clocher à M. Gérard Colomer, maire, pour son aimable accord et à Mme Marina Damevin, secrétaire de mairie pour l’organisation du rendez-vous au clocher en compagnie de Roger Bel, adjoint au maire. Remerciés soit également Mike « Quasimodo » et Guilhem Lavignotte, organiste et carillonneur, pour la collaboration et les échanges amicaux.
C’est en aval de la Vallée d’Abondance que se trouve le village de Chevenoz. Ses 600 habitants sont séparés de Vacheresse, en amont, par le ruisseau de Taverole. Ils sont aussi séparés par l’Ugine en aval de Vinzier, ancienne dépendance de Chevenoz qui s’émancipa religieusement puis civilement de Vinzier au XVIIIe siècle. Ce village est organisé autour des trois départementales qui desservent le chef-lieu et ses quelques hameaux. L’un d’entre eux possède sa propre chapelle, dédiée à Saint François de Sales (le Fion) ancien évêque d’Annecy-Genève. Au centre du village se dresse le monument aux morts, la mairie et l’église Saint-Jean-Baptiste.
Déjà citée en 1411, l’église de Chevenoz apparaissait aux dires de Mgr de Bertrand, évêque de Genève, comme délabrée. Cet édifice qui était un lieu de pèlerinage en juin, pour la fête du patron de la paroisse, saint Jean-Baptiste, semblait abriter un temps ces reliques. Mais cela est considéré comme une hypothèse justifiant cette dévotion. Plusieurs fois remaniée et reconstruite au cours des siècles, ce n’est qu’en 1888 que la commune décide de reconstruire le sanctuaire. Les travaux sont confiés à Eugène Dénarié, architecte diocésain. Les travaux commenceront en 1893 pour s’achever un an après déjà. La consécration n’aura lieu qu’en 1897. En 1997, pour fêter son centenaire, l’église est entièrement rénovée à l’intérieur. l’édifice néogothique est relativement simple et de dimensions modestes, mais suffisant pour la commune. Elle se présente sous la forme d’une croix latine avec une nef unique et un transept. De part et d’autres du chœur, la sacristie et le clocher couronné d’une flèche.
Les trois cloches sont sans doutes l’un des seuls témoins de l’ancienne église. Toutes trois datées de 1820, elles ont en effet connues l’ancien clocher avant d’être installé dans l’actuel, à la fin du XIXe siècle. Elles ont été réalisées par les familles Vallier & Gautier, fondeurs de la Vallée de la Clarée près de Briançon. Ces deux familles de fondeurs très liées au lendemain de la Révolution ont desservi tout l’arc alpin durant près de deux siècles. On retrouve également des cloches de l’une ou l’autre dynastie à Bramois ou Grimisuat en Valais et même en Italie, à la Cathédrale de Susa, près de Turin. Ces trois cloches aux dimensions modestes égrènent un motif dit du « Pater Noster ». Si elles n’arborent pas fièrement de noms de baptêmes, elles ont chacune une vocation : la plus grande « embellit les fêtes », puisqu’elle annonce chaque messe dominicale, qui se font rare de nos jours. La moyenne « pleure les défunts » et invoque « la bonté de notre Dieu ». C’est en effet celle la plus petite « appelle le peuple » puisqu’elle sonne chaque angélus : matin, midi et soir. Elles arborent les noms de leurs parrain et marraine respectif, du syndic Claude Charles et du vice-syndic François Mercier. Électrifiées pour le tintement et la volée en 1953, ces cloches présentent encore la motorisation d’origine, excepté le marteau de tintement de la grande, qui fait face à celui de l’horloge mécanique en place auparavant. Les jougs semblent d’origine, alors que les battant ont été remplacés lors de l’automatisation. Le beffroi, en bois, est probablement refait lors de l’édification de la nouvelle église.
N°
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
99
600
Sol 3
2
440
La 3
3
300
Si 3
« Gautier et Vallier fecerunt + 1820 »
Les trois cloches. Ci-dessous, quelques détails et gros plans.
Mes remerciements pour cette visite du clocher à la commune de Chevenoz pour l’autorisation de principe d’accéder au clocher et à la paroisse sous le mandat du père Boban et tout particulièrement au sacristain, M. Lucien Dumont, pour l’ouverture du clocher. Remerciés soient également Mike « Quasimodo » et Guilhem Lavignotte, organiste et carillonneur, pour l’aide apportée et les sympathiques échanges.
C’est au cœur de la Combe de Savoie que nous emmènent aujourd’hui nos expéditions campanaires. La commune de Mercury est installée au nord d’Albertville dans la Combe de Savoie. La commune résulte de la fusion de deux anciennes paroisses en 1807 : celle de Mercury, dédiée à saint Pierre, apôtre et premier pape, et celle de Gémilly dédiée à saint Maurice, soldat thébain et patron de la famille ducale. Cette dernière dépendait du prieuré de Cléry, non loin de là. D’ailleurs, en 1965, la commune abandonna son ancien nom « Mercury-Gémilly » pour ne garder que Mercury. Si l’église de Mercury est aujourd’hui le lieu de culte officiel de toute la commune, l’église de Gémilly est toujours existante mais appartient à des privés. Elle contient des éléments romans, preuve de l’ancienneté de la paroisse.
La famille de Chevron-Villette possédait deux châteaux sur la commune : le Château-Vieux et le Château de Chevron. Si le Château-Vieux (mentionné dès le XIIe siècle) a été détruit au XIVe siècle par un incendie, le second l’avait immédiatement remplacé. Il est d’ailleurs toujours en place près de l’église Saint-Pierre, bien que remanié au XVIIe siècle. Cette même famille de Chevron aurait donné à l’église catholique le pape Nicolas II (mort en 1061). C’est lui qui instaura en 1059 avec sa bulle « In Nomine Domini » l’élection du Pape par les cardinaux. Ce mode de scrutin, le Conclave, est toujours en vigueur aujourd’hui. Avant cela, c’était soit le prédécesseur soit l’empereur du Saint-Empire qui avait la charge de nommer le Pape. Après ces anecdotes, il faut encore citer le Fort de Tamié, qui domine la commune et la vallée. Bien plus récent, il a été construit en 1876 afin de commander la place d’Albertville en contrebas et défendre le secteur, proche de l’Italie et la Suisse. Il est aujourd’hui ouvert au public.
L’église Saint-Pierre de Mercury serait construite sur les ruines d’un temple romain dédiée à Mercure (ce qui explique le nom de la commune). La paroisse aurait été crée au Vème siècle, après l’effondrement de l’Empire Romain. En 1170, les revenus de la paroisse sont attribuées au Chapitre cathédral de Saint-Pierre de Moûtiers. On cite au cours des décennies suivantes une église à Chevron près du château, dédiée à saint Véran, évêque de Cavaillon. Cette église n’est plus citée après l’incendie du château au XIVe siècle. On peut donc penser que deux églises se dressaient au cœur de Mercury. Mais revenons à Saint-Pierre… On note qu’en 1633, l’église avait un chœur plat et un chevet soutenu par de puissants contreforts. En 1681, cette même église est agrandie afin de doubler de volume. Cet agrandissement permet de mettre sept chapelles latérales dans les bas côtés et le clocher au dessus du porche. Entre 1832 et 1836, l’architecte Melano remanie l’église en conservant les modifications de 1681. Cependant, la nef est allongée de deux travées. Casimir Vicario sera sollicité pour faire les peintures néoromanes intérieures. C’est également lui qui travailla dans la basilique-cathédrale de Chambéry. Entre 1864 et 1866, l’ancien clocher est démoli et reconstruit près de la sacristie. Il est couronné de la Vierge qui veille sur Albertville et de quatre autres statues : saint Joseph, saint François de Sales mais aussi deux natifs du village : le pape Nicolas II et l’archevêque de Tarentaise Mgr de Chevron-Villette (1587-1658). Enfin, les 54 statues à l’intérieur de l’église, fruit de la volonté du curé Marjollet, ont été réalisées par les frères Gilardi établis à Annecy.
Après les cinq statues susmentionnées, intéressons-nous aux cinq cloches qui chantent quotidiennement au sommet du clocher de Mercury. Et c’est là une véritable affaire de famille qui attend l’amateur d’histoire campanaire. Si -bien entendu- des cloches étaient en place depuis longtemps, la première mention écrite à ce sujet ne remonte qu’à 1767. D’un poids de 1’900 kilos, cette cloche est signée Breton et Bonvie, fondeurs lorrains. Nous savons également par les archives qu’une cloche fut fondue en 1813. Son poids était un petit peu plus modeste : 750 kilos. En 1845, les frères Claude et Jean-Pierre Paccard ajoutent (ou refondent?) deux cloches : une plus grosse et une plus petite que la cloche de 1813. Après la reconstruction du clocher, la cloche de 1813 fut jugée désagréable sur le plan sonore. La famille Dunand, très pieuse, offrit sa refonte qui fut confiée aux frères Beauquis eux aussi établis à Quintal, comme les deux premières générations de la famille Paccard. Cette même fonderie -ouverte en 1854 et tenue par les deux beaux-frères de Jean-Pierre Paccard- allait célébrer là son apogée. Après la réalisation en 1861 du bourdon de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption du Grand-Bornand qui pèse -rappelons le- 2’834 kilos, voilà que la paroisse de Mercury, avec l’abbé Marjollet en tête, lui confie la fonte de celui qui deviendra le bourdon de la Combe de Savoie : une cloche de 3’410 kilos, répondant au doux nom d’«Immaculée », faisant suite au dogme de l’Immaculée Conception proclamé 12 ans auparavant par le pape Pie IX.
Ainsi, le 25 septembre 1866 étaient bénies devant 40 prêtres et une foule nombreuse venant de toutes les paroisses des alentours, l’«Immaculée » -3’410 kilos- et « Pierre-Marie » -748 kilos- . Montée au clocher les jours suivants, la grosse cloche détrône donc (et de loin!) les deux tonnes du « bourdon de Conflans » installé depuis 1835 dans la tour de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption d’Albertville. Si cette première n’a pas -comme à Conflans- un monarque pour parrain, elle a tout de même sur sa robe le nom de Mgr Jean-Baptiste Miège, évêque-titulaire de Messine et vicaire apostolique du Kansas, natif de la paroisse. Elle rappelle également les différentes étapes de reconstruction du clocher mentionnées plus haut dans l’article. Les inscriptions mettent aussi en évidence la vocation de la cloche : protéger la vallée de la grêle et des maladies, tout en faisant accroître la piété des habitants de la paroisse en tout temps. La cloche arbore également des effigies de l’Immaculée Conception, de saint Joseph et bien entendu un Christ en croix, sans oublier saint Pierre, patron de la paroisse, également présent sur la petite « Pierre-Marie ». En 1885 est installé à Mercury le père Mauris, qui remplace le père Marjollet. Deux ans après son installation, la seconde cloche est fêlée. Instantanément, le curé prend en charge sa refonte. La fonderie Beauquis ayant fermé au début des années 1880, le père Marius s’adresse alors aux frères Paccard qui avaient déménagé au 15 chemin de l’Abbaye à Annecy-le-Vieux. L’ancienne cloche de 1’662 kilos est revendue et le 16 octobre 1887, la nouvelle cloche de 1’796 kilos est bénie. Elle est dédiée au Sacré-Coeur de Jésus. C’est la grande cloche dite « ordinaire » aux dires des archives. Très certainement qu’à l’époque, elle secondait le bourdon qui ne donnait de la voix que pour les grandes heures du lieu. Ses parrains et marraines ne sont pas mentionnés sur la cloche : tous les donateurs -dont les noms ont été inscrits aux archives- y figurent par contre. En 1914, alors que la guerre éclate, la plus petite cloche de l’ensemble, fondue en 1845, fêle à son tour. Il faudra attendre cinq ans pour la revoir toute étincelante. Le travail est confié aux fils de G. Paccard d’Annecy-le-Vieux. Là aussi, l’ancienne cloche fut reprise pour faire une cloche nouvelle. C’est ainsi qu’en 1919 est revenue « Jeanne d’Arc » et son « si bémol » qui est à l’octave du bourdon. Dès lors, le carillon de cinq cloches est au grand complet. Électrifiées il y a quelques décennies, les cinq cloches qui étaient jadis accrochées près des baies logent maintenant dans le clocher, sur un beffroi en acier. Fini le spectacle d’une grande volée depuis la place du village : les cloches sont maintenant cachées par des abats-son. C’est ainsi qu’au clocher de Mercury chante le travail de toute une famille de fondeurs : trois générations Paccard (cloches 2, 3, 5) et les frères Beauquis (1, 3) eux-mêmes frères de Françoise Beauquis, épouse de Jean-Pierre Paccard.
N°
Nom
Fondeur(s)
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
Immaculée
Beauquis frères
1866
176,7
3’410
Si ♭2
2
Sacré-Cœur
G&F Paccard
1887
142,7
1’796
Ré ♭ 3
3
Eliza
Paccard frères
1845
125,8
1’225
Mi ♭ 3
4
Pierre-Marie
Beauquis frères
1866
107,7
748
Sol ♭ 3
5
Jeanne d’Arc
Les fils de G. Paccard
1919
80
380
Si ♭ 3
Mes remerciements pour cette visite spéciale du clocher à M. Alain Zoccolo, maire, et à M. André Burdet, sacristain et ancien conseiller municipal. Je remercie également Evelène Estadès & Pierre Dubourgeat, tous deux passionnés d’histoire, pour m’avoir éclairé sur le chemin de cette sonnerie, tant par la mise a disposition d’archives que de photos.
Enfin, mes remerciements à MM. Walter et Krafft, campanologues, pour l’aide au relevé et MM. Mike « Quasimodo« , Philippe « Senonais » et Dominique « Valdom68 » pour le renfort audiovisuel afin de présenter une vidéo digne de cette somptueuse sonnerie savoyarde.
Sources & liens : Mairie de Mercury Mercury sur wikipédia
« Histoire de Chevron », Joseph Garin, 1930
« L’église et le Patrimoine Religieux de Mercury », H. Barthélémy, J. Cominazzi, E. Estadès
Fonds privés
Relevé personnel
Installé près du Mont Granier, la commune des Marches est l’une des trois communes qui compose le vignoble savoyard d’Apremont. Ses 2’500 habitants se répartissent ainsi dans le chef-lieu et autour du lac « Saint André ». Longtemps frontière du Duché de Savoie, la commune des Marches fut un lieu stratégique pour la défense des Terres. L’époque médiévale nous laisse un très beau bourg et un château dont la Salle des Fêtes en reste la plus belle pièce.
La paroisse des Marches demeure très ancienne. Le hameau de Saint-André connut son heure de gloire lors de l’évangélisation du lieu. En effet, cette paroisse fut le centre d’un décanat du diocèse de Grenoble, administrant ainsi 60 paroisses. Le 24 novembre 1248, le Granier s’éboule et détruit toute la paroisse : il n’y a donc plus d’église. Rares étaient les survivants de ce traumatisme. Le chef-lieu est donc déplacé : c’est la fin de la gloire du hameau actuel de Saint-André. L’église est alors déplacée au fond du cimetière actuel. En 1829, l’église est à nouveau déplacée vers l’emplacement que nous connaissons aujourd’hui. Ces déplacements n’ont pas changé le patron de la commune qui reste saint Maurice, patron du Duché de Savoie, en hommage à la première paroisse aujourd’hui ensevelie. Cela n’empêche pas les paroissiens de vénérer saint François de Sales, patron des diocèses d’Annecy et de Chambéry, saint Vincent, patron des vignerons, ou encore saint André, patron du hameau s’élevant ou jadis trônait la première église.
Les trois cloches
Ce sont aujourd’hui trois cloches qui logent dans le clocher de l’église Saint-Maurice des Marches. La tradition rapporte que la plus grande cloche actuelle provient de l’église Saint-Maurice-de-Murs, disparue sous l’éboulement en 1248. On raconte que la cloche fut miraculeusement découverte en 1598 et qu’elle aurait été placée au clocher immédiatement après. Cachée par la population lors de la Révolution, elle fut refondue par deux fois au XIXe siècle, par Eustache Meunier (de Chambéry) en 1883 puis par Georges & Francisque Paccard d’Annecy-le-Vieux en 1876 et 1886. En 1880, on note la refonte de la seconde cloche de l’ensemble.
N°
Nom
Date
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
André-Lucile
1886
119,1
1’185
Mi 3
2
André-Louise
1880
89
430
La 3
3
Françoise-Joséphine
1886
70
211
Do ♯ 4
Georges & Francisque Paccard fondeurs à Annecy-le-Vieux Haute-Savoie
Mes remerciements pour cette visite du clocher à la commune des Marches sous le mandat de Mme Christine Carrel, maire. Je remercie pour sa disponibilité M. Ghislain Garlatti, conseiller municipal et guide du patrimoine. Je ne peux oublier mes vaillants camarades : MM. Pascal Krafft et Matthias Walter, campanologues ; Mike « Quasimodo » , Philippe « Senonais » et Dominique « Valdom68 » pour l’aide précieuse et les moments d’amitié.