Marsal – Collégiale Saint-Léger

Pour cette nouvelle découverte, je vous emmène loin de mes vallées. Au cours du périple qui nous a emmené jusqu’à la cathédrale de Verdun, avec mes collègues, il nous a été proposé un arrêt dans un édifice religieux dont la sonnerie vient d’être étoffée. Une histoire récente, il est vrai. Mais il faut voir cela comme une prolongation d’une histoire déjà millénaire.

Marsal est aujourd’hui un bourg de 266 habitants, situé au cœur du Saulnois, entre Strasbourg et Metz. Le bourg, installé entre les bras de la Seille, possède un lot de monuments civils et religieux témoignant l’importance de ce lieu.
On sait que le lieu intéressait déjà les romains, car Marsal se trouve sur la voie romaine, entre Strasbourg et Metz. Au XIIe siècle, l’évêché de Metz et le duché de Lorraine se disputaient le contrôle de Marsal, lieu intéressant car exploité pour ses mines de sel souterraines. Un siècle plus tard, l’église paroissiale est élevée au rang de collégiale. Dès lors, un chapitre de chanoines s’installe et veille sur la paroisse et celles aux alentours. D’ailleurs, sous l’Ancien Régime, Marsal était le siège d’un des archidiaconés du diocèse.
Longtemps, les lieux ont été ballottés entre les évêques de Metz et les ducs Lorrains. par maintes tentatives de ces derniers, tantôt fructueuses ou tantôt ratées. Une fois l’évêché de Metz rattaché à la France, les mêmes combats auront lieu. Cette fois-ci elles opposeront les Rois de France aux ducs de Lorraines. Ce changement de protagonistes n’empêchera pas la poursuite du même scénario : un ballottage permanent. C’est finalement Louis XIV qui aura le dernier mot de cette querelle. Lorsqu’il réussit à prendre Marsal en 1663, il confiera à Vauban la construction de fortifications pour protéger la cité saline. Et c’est ainsi qu’est née la porte de France. Dès lors, Marsal devient Français, jusqu’en 1871, ou la Moselle deviendra allemande suite à la défaite Française, contre la Prusse, avant un glorieux retour français un certain 11 novembre 1918. Outre l’Occupation, aucun nouveau changement n’est à relater.

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La collégiale Saint-Léger est une référence en Moselle. Son massif occidental, très imposant, vient d’être restauré. C’est sur celui-ci que se dressent les deux tours. L’une d’entre elles abrite les cloches, alors que la seconde, qui est asymétrique à l’autre, est vide et n’est pas conçue pour remplir pleinement la fonction de clocher. Mais nous y reviendrons.
C’est au XIIe siècle que sont posées les premières pierres de cet édifice à l’origine roman. L’inspiration germanique de son architecture se ressent par la profondeur de son chevet et son imposant massif occidental. C’est en 1222 que l’église est élevée au rang de collégiale. Un chapitre de sept chanoines s’y installent et redessinent leur édifice pour qu’il soit à la grandeur de son titre. Sous l’Ancien Régime, ce lieu est le centre d’un des archidiaconés du diocèse. Au XVIIIe siècle, la collégiale est unie à celle de Vic-sur-Seilles. Au lendemain de la Révolution, elle devient église paroissiale, statut inchangé aujourd’hui.
Il convient de citer quelques éléments de l’église : les stalles de 1691. Elles proviennent de l’abbaye de Salival. Notons encore quelques fragments d’un ancien sépulcre, un Christ en croix ou encore un reliquaire à clocheton.

Le clocher abrite aujourd’hui un ensemble campanaire de sept cloches, comme à la Révolution Française. En effet, il y a plus de 200 ans, sept cloches étaient en place : la grosse cloche, fondue en 1508 est la seule qui est restée en place. Et elle y est encore aujourd’hui. En 1816, trois nouvelles cloches sont fondues pour accompagner la vénérable cloche signée Maître Conrad de Vic-sur-Seilles. Mais en 1877, elles sont remplacées par deux nouvelles cloches signées Martin de Nancy. En 1917, ceux deux cloches sont réquisitionnées par les allemands et réinstallées en 1919. Ce miracle se produira une nouvelle fois en 1946 : les deux cloches ont été réquisitionnées en 1944 puis retrouvées intactes. En 2013, pendant la campagne de restauration du massif occidental de la collégiale, trois nouvelles cloches sont fondues. Réalisées en septembre en plein air devant le sanctuaire, la bénédiction aura lieu à l’intérieur de celui-ci par l’évêque émérite du diocèse, Mgr Raffin, le lundi de Pâques 2014. Après cet historique, il convient de ne pas oublier la septième cloche : beaucoup plus petite, elle a été fondue au 19e siècle. Sa présence dans l’ensemble campanaire se justifie par un jumelage entre deux communes homonymes. La seconde se trouve dans le Tarn, région réputée pour la volée tournante. Alors, en guise de clin d’œil, Marsal possède probablement la seule cloche en volée tournante de la moitié nord du pays.

Nom Fondeur(s) Année Poids (kg) Note

1

Saint Léger Maître Conrad 1508 1650

Ré♭3

2

Joséphine-Françoise Martin (Nancy) 1877 1’100 Mi♭3
3 Pauline-Caroline Martin (Nancy) 1877 900

Fa3

4

Saints Anges et Archanges A. Voegelé 2013 500 La♭3
5 Saints Martyrs A. Voegelé 2013 300

Si♭3

6

Saints Pasteurs A. Voegelé 2013 200 do4
7 n.c. xx 18xx 40

do 5

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Mes remerciements pour la visite du clocher à MM. Calcatera Bernard & Julien, respectivement maire et président du conseil de fabrique, pour l’accès au clocher pour l’angélus dominical. Je remercie également Me Pascal Krafft, campanologue à Ferrette (68) pour l’organisation de la visite. Enfin, mention à mes amis Claude-Michael Mevs dit « Quasimodo« , Aurélien Surugues et Allan Picelli dit « Le Sonneur Comtois« .

Sources & liens :

Marsal
« Trois nouveaux son de cloche à Marsal« , 2015
Fonderie André Voegelé
Clichés : personnel & Quasimodo
Fonds privés

Saint-André-de-Boëge – Eglise Saint-André

C’est aujourd’hui dans la Vallée Verte que nous nous retrouvons, pour ce premier clocher gravi en 2019. Il se situe dans un village paisible de 500 habitants, entouré de vastes pâturages dont les reliefs ont été creusés par la Menoge, qui quittera la vallée en aval de la commune. Les quelques cinq cents Santadrions peuvent s’enorgueillir de posséder trois lieux remarquables : une chapelle blottie dans les Voirons, des meulières classées et une église néoclassique.

Cette église dédiée à l’apôtre André est construite dans un style courant pour la région : néoclassique. Ses origines sont plutôt inconnues, mais le clocher laisse penser qu’il est plus ancien que la nef. Une église est en tout cas attestée dès le XIIe siècle. L’église semble avoir été bâtie entre 1855 et 1858, bien que d’autres sources donnent la date de consécration à 1837. Quoi qu’il en soit, c’est un édifice néoclassique sarde qui accueille le visiteur ou le croyant. Au centre de l’église, il est conseillé de posséder une vue large : aussi bien pour contempler le maître autel et les autels latéraux -dédiés aux saints André, François et Joseph, ou à la Vierge- mais aussi la coupole au ciel, qui se base sur les Saintes Écritures. Il a été remis à neuf pendant la restauration de 1987, tout comme le chemin de croix.

Qu’ils soient de Genève, de Carouge ou d’Annecy-le-Vieux, les fondeurs ont su marquer de leur empreinte le clocher de Saint-André. En 1782, Jean-Daniel Dreffet, fondeur natif de Coppet (CH-VD) installe une cloche dans le clocher. Cette cloche a retenu toute mon attention pour la visite : elle possède des caractéristiques baroques intéressantes ! Son profil léger (moins de 500 kilos pour un fa dièse!) mais sa puissance sonore montre le talent d’un fondeur qui ne cessera, jusqu’au siècle suivant, de progresser ! Cette cloche a pu survivre à la Révolution Française… et aux refontes ! On sait qu’en 1811, Jean-Baptiste Pitton de Carouge installe une cloche de 150 kilos au clocher. On en entendra plus jamais parler jusqu’en 1938. A cette date, Joseph Paccard, fondeur, se rend au clocher sur demande de la commune. Il constate que la grande cloche bien que « mauvaise », sonne encore, et que la petite est fêlée, à cause d’un battant mal adapté. Il propose alors une cloche plus grosse, en « do dièse, pour 225 kilos ». Il précise qu’elle sera plus puissante que la grande cloche à elle seule ! En novembre, la cloche est coulée et livrée à Saint-André. Le 8 décembre, elle sonne pour la première fois dans le clocher.

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 xx JD Dreffet 1782 90 380 Fa#3
2 Marie-Anselmette Fils de G. Paccard 1938 71.5 220 do#4

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Mes remerciements pour cette visite à la municipalité sous le mandat de M. Jean-François Bosson, maire. Je remercie également Mme Ruhin, sacristine, et M. Francis Hominal, conseiller municipal, pour l’ouverture du clocher et l’accompagnement durant cette visite.

Sources & Liens :
Mairie de Saint-André
Eglise Saint-André
F. Hominal « La refonte d’une cloche à Saint-André : Marie-Anselmette« , Bulletin municipal 2017
Fonds privés
Inventaire personnel
Clichés personnels

Saint-Mihiel – Abbatiale Saint-Michel

Source : http://tourisme-lorraine.fr

Il n’y a pas que la cathédrale de Verdun, qui a justifié le déplacement de toute une équipe pour fêter les anniversaires de deux des nôtres. Malgré les températures froides d’une époque proche de l’hiver, nous nous sommes intéressés à l’abbatiale de Saint-Mihiel. A mi distance entre Bar-le-Duc, préfecture de la Meuse, et Verdun, siège du diocèse du département, cette commune possède un riche passé ecclésial. En témoigne encore les deux principaux lieux de culte : Saint-Michel et Saint-Etienne. Si le premier monument, dont l’histoire va vous être conté, a été une Abbaye, le second n’a été autre qu’une collégiale ! On note également, notamment à l’époque de la Contre Réforme, quelques installations de congrégations. On note aussi la présence depuis le XIIe siècle d’un Prieuré, hors des murs de Saint-Mihiel. Bien entendu, comme presque partout, la Révolution mis à mal les communautés religieuses qui furent chassés. C’est donc la fin de la collégiale, de l’abbaye et des autres communautés. Heureusement pour les générations actuelles et futures, les édifices subsistent pour les principaux, en tant que simples églises paroissiales.

Source : Wikipédia

L’abbatiale Saint-Mihiel s’inscrit encore dans un grand complexe abbatial. Sa nef est encore accrochés aux bâtiments conventuels, en restauration lors de notre visite.
Fondée en 708 ou 709 par le comte Wulfoalde et sa femme Adalsinde, l’abbaye se trouvait jadis à quelques kilomètres de là. Ce n’est qu’en 820 que l’abbé Smaragde déplace l’abbaye jusqu’à l’emplacement que nous connaissons. Les bâtiments primitifs seront reconstruits entre 1044 à 1050, ainsi qu’un clocher roman. Entre 1050 et 1076, la tour-porche de l’abbatiale est construite dans le style ottonien. L’archevêque de Trèves, accompagné des évêques de Verdun et de Toul consacrera l’abbatiale entre 1068 et 1069, soit pendant les travaux. On note une nouvelle reconstruction de l’Abbaye au milieu du XIIe siècle, probablement les bâtiments conventuels. En 1550, la flèche s’effondre. Il faut alors reconstruire le sommet de la tour porche et de la nef de l’église, dans le style gothique. On notera une particularité déjà évoquée à Verdun : les clochers de part et d’autre du chœur, rappelant le style rhénan. Au XVIIe siècle, des nouveaux travaux se font sur la nef de l’abbatiale. Durant le dernier siècle de vie de l’abbaye, on reconstruit une nouvelle fois les bâtiments conventuels et en particulier la bibliothèque qui faisait la renommée de l’Abbaye. A la Révolution, les moines sont chassés. Les bâtiments sont d’abord réaffectés en palais de justice et en prison. Après 1918, une restauration conséquente à lieu sur l’ensemble conventuel. Aujourd’hui, les ailes de l’abbaye abritent un musée départemental et l’Hôtel de Ville. Une restauration est encore en cours sur les bâtiments et l’abbatiale accueillera d’importants travaux dès la fin 2019, en vue de sa pérennisation. Un autre chantier aura lieu sur ses orgues, très réputées. Son buffet, installé sur un nid d’hirondelle, date du XVIIe siècle. Il a en effet été commandé à Jean Adam en 1679 par l’Abbé de l’époque. Plusieurs fois remaniés, la dernière réception des travaux ont eu lieu en 1792.


De la sonnerie abbatiale, on ne sait presque rien, sinon qu’une nouvelle cloche a été fondue en 1524, et que la seconde cloche a été refondue en 1585, par un certain « N.B. ». Selon J. Berthelé, ce serait un certain « Nicolas Buret ». On ne sait pas ce que les Révolutionnaires ont fait de la sonnerie, et encore moins sa constitution…
En 1835, le fondeur Royer de Saint-Mihiel livre la petite cloche de l’ensemble. En 1874, il est notifié que l’abbatiale possède deux grosses cloches de 2500 et 1600 kilos (do et ré). Les fondeurs Martin & Beurnel (Nancy) complètent la sonnerie avec 4 cloches, mais pas très accordées : deux mi, un sol et un si (entre 1150 et 400 kilos). En 1875, la famille Farnier procède à l’étude complète de la sonnerie. Peut-être la fonderie a été mandatée suite à la livraison des cloches l’année précédentes. On sait juste qu’en 1901, les fondeurs Bollée du Mans livrent la petite cloche : un si bémol de 438 kilos. Mais en 1917, les six cloches présentes ont été descendues par les allemands, avec les cloches de Saint-Etienne et les statues en bronze de la ville. La sonnerie actuelle, épargnée dans les années 1940, a été faite en plusieurs tenants. Dès 1919, les deux petites cloches ont été installées par Georges Farnier (en même temps que deux petites cloches de la collégiale). En 1922, la seconde cloche actuelle a été livrée à son tour. Le bourdon, dont la qualité est vantée par Matthias Walter, a été installé en 1929. Dans le beffroi, une travée demeure libre : peut-être une cinquième cloche était attendue. C’est en tout cas ce que laisse penser la sonnerie : si bémol, ré, mi bémol et fa. Une seconde cloche en do permettrait d’avoir les cinq premières notes de la gamme, rappelant ainsi l’ancienne sonnerie disparue en 1917.

Date Diamètre (cm) Masse (kg)

Note

1

1929 172 3’282 Si♭2
2 1922 136,7 1’562 Ré3

3

1919 129 1’370 Mi♭3

4

1919 115 964

Fa3

Georges FARNIER fondeur à ROBECOURT (Vosges)

Mes remerciements pour cette visite du clocher au père Patrick Denis et à son sacristain, M. Genter.
Je remercie également mes amis Claude-Michael Mevs, dit « Quasimodo« , Dominique Fatton « valdom68« , Allan Picelli « Le Sonneur Comtois » et Aurélien Surugues, présents avec moi, pour l’aide apportée.
Enfin, mention à deux pointures et amis : Me Pascal Krafft, pour les données historiques, et le Dr Matthias Walter qui m’a aiguillé sur la route de Saint-Mihiel et de son beau bourdon.

Sources & liens :
Saint-Mihiel
Abbaye Saint-Michel
Musée Farnier de Robécourt
Fondation du Patrimoine – Souscription pour la restauration des orgues
Clichés extérieurs : Internet
Clichés intérieur et cloches : personnels
Fonds privés
Me Pascal Krafft (archives campanaires)
Dr Matthias Walter

Allinges – Chapelle Saint-Maurice (Mésinges)

Il est peut-être temps de vérifier l’adage « jamais deux sans trois ». Après vous avoir proposé l’église et la chapelle du Château, je vous propose de traverser la commune pour se rendre au hameau de Mésinges. Comme Allinges, sa terminaison serait d’origine burgonde. L’étymologie indique que c’était un lieu marécageux « où pousse la mousse ». Le village est mentionné dès le XIIIe siècle avec une population d’environ 100 personnes. En 1411 le même nombre de feux est cité : 16. Un siècle plus tard, la population sera doublée. En 1416, l’église Saint-Maurice de Mésinges est déclarée « filleule d’Allinges ». L’église sera totalement unie à celle d’Allinges par l’évêque de Genève, Mgr Claude de Granier et par le Prévôt de Montjoux (Grand-Saint-Bernard) et son Chapitre. Cette décision sera contestée jusqu’à la Révolution par cette commune, qui fut indépendante jusqu’en 1860. Distante de deux kilomètres du chef-lieu de cette commune actuelle, Mésinges possédait son école, encore debout, et la chapelle a longtemps été entourée du cimetière, délocalisé dans les années 1880 grâce à la donation d’un nouveau terrain, route de la Madeleine. L’entrée ouest du hameau, enjambant la voie ferrée reliant Evian à Annemasse n’est plus aujourd’hui. En effet, il est malheureusement à rappeler que dans ce hameau ou règne habituellement la quiétude, sept enfants perdirent la vie le 2 juin 2008, alors que leur car qui allait les emmener en sortie scolaire, bloqué au passage à niveau, fut happé par un TER qui n’a pu freiner à temps et l’éviter.

Nous avons hélas très peu de renseignements historiques sur cette chapelle. Pour être honnête, il a été même très compliqué de trouver son vocable ! Les ornements intérieurs, d’avant le Concile Vatican II, laissaient penser que le patron de la paroisse était la Vierge Marie, comme pour l' »église mère » de la commune, ou alors saint François de Sales. S’ajoute à cela une tradition disparue qui se tenait le 2 janvier, pour fêter saint Clair du Dauphiné, abbé de Saint-Marcel. A cette occasion était célébrée une messe à la chapelle avec ostension des reliques du saint. Pendant cette période se tenait aussi la vogue en ces lieux et il était coutume de s’y souhaiter la bonne année. Pourtant, le patron est saint Maurice, martyr d’Agaune en Suisse et patron des Pays de Savoie. La vie religieuse est aujourd’hui quasi nulle à la chapelle de Mésinges. Autrefois encore, quelques messes étaient dites chaque année et elle ouvrait ses portes pour le mois de Marie (mai). Cette chapelle séculaire, probablement édifiée à la fin du Moyen-Âge et dont le porche est signée de la date de 1788, aurait une infinité de secrets à livrer. Si la dernière restauration extérieure a été faite en 1999, la restauration intérieure serait quant à elle de la moitié du XIXe siècle.

Le clocher mur est très spécial. Son architecture est déjà à souligner parce que rare dans notre région. Les deux baies n’abritent en réalité aucune cloche, même si les yeux les plus fins voient dans la maçonnerie des trous rectangulaires, comme si prêts à abriter des suspensions pour deux cloches, une par baie. L’interrogation demeure sur le passé campanaire. Aucun indice peut nous susurrer à l’oreille une date du clocher, et si il a bien connu dans ses fenêtre une ou deux cloches pré-révolutionnaires, ou si il était prévu pour en recevoir. Quoi qu’il en soit, sa seule cloche actuelle est installée à l’arrière de celui-ci. Et elle ne loge pas dans les baies. Un petit toit a même été construit pour l’abriter. Prenant le nom de « Péronne » par sa marraine, cette cloche était autrefois actionnée à la corde matin, midi et soir, et au gré des offices, par un sonneur. Aujourd’hui électrifiée, elle est utilisée uniquement chaque midi, pour rappeler la présence de cette chapelle. Son accès est périlleux. Il faut en effet rejoindre les combles du sanctuaire avant d’emprunter un velux qui nous permet de la rejoindre. Mais le toit, trop raide, n’offre pas de bons appuis : il faut aller se loger dans une des deux baies du clocher.

Nom

Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg)

Note

Péronne Frères Paccard 1856 58,7 ~115

mi 4


Mes remerciements pour cette visite à M. François Deville, maire, pour son aimable accord. Je remercie également chaleureusement M. André Favier-Bosson, maire-adjoint en charge des bâtiments pour cet après-midi à la découverte de toutes les cloches allingeoises, mais aussi pour sa sympathie, sa collaboration et sa bonne humeur ! Je n’oublie pas non plus le gardien de la chapelle pour l’ouverture de celle-ci et pour nous avoir permis de faire sonner la cloche exceptionnellement un samedi soir.
Je remercie également Claude-Michael Mevs, dit « Quasimodo« , pour l’aide apportée à la réalisation des reportages sur les cloches d’Allinges.

Sources & liens :
Mairie d’Allinges
Allinges sur Wikipédia
Journal paroissial…
Photos personnelles
Fonds privés

Allinges – Chapelle Saint-François-de-Sales (Châteauneuf)

Après l’église Notre-Dame de l’Assomption d’Allinges, il convient maintenant de vous conduire dans les deux chapelles de la commune : celle du Château, et celle de Mésinges.
Installée près du Lac Léman, contre la colline des châteaux, la commune d’Allinges s’est avérée être un véritable point stratégique dans la région, à l’époque savoyarde.
Il semble cependant qu’une présence ici est très ancienne. On y a retrouvé des traces d’une ancienne « fonderie » de l’âge du bronze, soit 1300-1200 avant notre ère. La paroisse est citée pour la première fois entre 979 et 1046, le château des Allinges en 1071. L’installation de deux châteaux sur deux « dents » de la colline semble se faire de manière simultanée. Ils sont en effet appartenu à deux branches de la famille d’Allinges, nobles du lieu. Le « Château-Vieux » dont il ne reste que de simples ruines a été un temps à la famille de Faucigny, seigneurs de la province voisine. Alors qu’il était en plein Chablais, il était en pleine rivalité avec le Château-Neuf, avant que les deux soient réunis. Plus tard, au XVIe siècle, le père François de Sales sera envoyé par l’évêque de Genève pour convertir le Chablais, passée sous domination protestante. Pour des raisons de sécurité il sera domicilié à la forteresse d’Allinges pour quelques temps. Il est donc lié à la commune et à ce lieu réputé dans la région. Beaucoup plus proche de nous, un événement tragique à Allinges ébranla la France entière. Le 2 juin 2008, un autocar bloqué à un passage à niveau est percuté par un train. Sept collégiens y trouvent la morts, laissant des familles, des professeurs dans le chagrin. En attente de leur sépulture, leurs corps ont reposé quelques jours à l’église.

La tour « demi-ronde » du château est visible depuis tout le village, et même depuis les alentours. Elle sert de clocher à la chapelle qui a accueilli les prières d’un jeune prêtre, destiné à l’épiscopat de son diocèse mais aussi à la sainteté : François de Sales. Alors que les terres chablaisiennes étaient occupés par les bernois qui y ont installés la Réforme, l’heure du retour au catholicisme avait sonné pour la Savoie et ses dirigeants. Claude de Granier, évêque de Genève exilé à Annecy avait donc envoyé un de ses prêtres en mission pour prêcher la « bonne parole » et établir le retour du catholicisme dans cette province. Pour des raisons de sécurité, le missionnaire qu’était saint François était obligé de loger entre 1594 et 1595 au Château et se rendait de là jusqu’à Thonon, grande place du Chablais, à quelques kilomètres. On peut aisément penser qu’il a utilisé cette chapelle comme lieu pour s’y recueillir et même prêcher sous une fresque du XIe siècle occupant l’abside dite « en cul-de-four ». Si la chapelle a été abandonnée en 1702 par les châtelains du lieu, elle a été réhabilitée en 1832 lorsque Mgr Rey, évêque d’Annecy, racheta le château pour y installer une communauté qui vient de naître : les Missionnaires de Saint-François-de-Sales. Elle est toujours active aujourd’hui au sein du diocèse et même au-delà, et des frères vivent toujours dans le château et desservent ce sanctuaire, qui a pris le patronage de son plus illustre desservant : saint François de Sales.

Au sommet du clocher, dont l’accès n’est pas du tout aisé (il faut en effet rejoindre les appartements des frères puis traverser la nef de la chapelle, avant de faire un semblant d’escalade au sein du clocher), une seule cloche domine tous les lieux. Contrairement à la majorité des chapelles du département, elle n’est plus à la corde. Elle est chargée de sonner l’angélus quotidiennement et de sonner les messes qui ont lieu à la chapelle. Elle a donc été motorisée. Ses dimensions sont modestes (poids estimé d’une centaine de kilos) mais les ornements de la cloche ne manquent pas de rendre hommage au saint patron de la chapelle. Une inscription semi-circulaire entourant sa représentation donne la dédicace de la cloche en son honneur. En dessous, deux lignes latines nous disent :

« Salesius olim patres hinc revocavit ad fidem
Filios nunc per me ad pietatem vocat »

soit (approximativement) :

« Jadis [François de] Sales, d’ici, rappela les pères à la foi. Désormais il appelle les fils à la piété à travers moi. »

Sur l’autre flanc de la cloche, un Christ est représenté avec autour 4 lettres : J. M. et J.F. Peut-être il s’agit de deux frères ou pères qui ont contribué à l’achat de cette nouvelle cloche. D’ailleurs, qu’en est t’il d’une ancienne ? Ou de plusieurs anciennes ? Il est difficile de le savoir, car le beffroi a été construit pour l’occasion, en 1920. Le joug de la cloche d’origine n’est plus. Il a été changé par un joug métallique quand la cloche a été électrifiée. Mais la présence de cette tour et de cette chapelle peuvent laisser penser qu’il y en avait déjà avant.

Nom

Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg)

Note

François de Sales Les Fils de G. Paccard 1920 56,5 ~105

fa 4

Mes remerciements pour cette visite à M. François Deville, maire, pour son aimable accord. Je remercie également chaleureusement M. André Favier-Bosson, maire-adjoint en charge des bâtiments pour cet après-midi à la découverte de toutes les cloches allingeoises, mais aussi pour sa sympathie, sa collaboration et sa bonne humeur ! Je n’oublie pas non plus les deux frères missionnaires de Saint-François-de-Sales pour l’ouverture des lieux et l’autorisation de passer dans leurs appartements pour se rapprocher de cette cloche.
Je remercie également Claude-Michael Mevs, dit « Quasimodo« , pour l’aide apportée à la réalisation des reportages sur les cloches d’Allinges. Je remercie aussi mes deux amis historiens qui souhaitent rester discrets pour m’éclairer sur les inscriptions latines des cloches.

Sources & liens :
Mairie d’Allinges
Allinges sur Wikipédia
Les Châteaux d’Allinges sur Wikipédia
Missionnaires de Saint François-de-Sales
Panneaux sur site
Photos personnelles
Fonds privés

Allinges – Eglise Notre-Dame-de-l’Assomption

C’est une nouvelle fois dans le Chablais que je vous emmène aujourd’hui, à seulement quelques kilomètres de son chef-lieu, Thonon-les-Bains. Installé près du Lac Léman, contre la colline des châteaux, la commune s’est avérée être un véritable point stratégique dans la région, à l’époque savoyarde.
Il semble cependant qu’une présence ici est très ancienne. On y a retrouvé des traces d’une ancienne « fonderie » de l’âge du bronze, soit 1300-1200 avant notre ère. La paroisse est citée pour la première fois entre 979 et 1046, le château des Allinges en 1071. L’installation de deux châteaux sur deux « dents » de la colline semble se faire de manière simultanée. Ils sont en effet appartenu à deux branches de la famille d’Allinges, nobles du lieu. Le « Château-Vieux » dont il ne reste que de simples ruines a été un temps à la famille de Faucigny, seigneurs de la province voisine. Alors qu’il était en plein Chablais, il était en pleine rivalité avec le Château-Neuf, avant que les deux soient réunis. Plus tard, au XVIe siècle, le père François de Sales sera envoyé par l’évêque de Genève (son prédécesseur) pour convertir le Chablais, passée sous domination protestante au XVIe siècle. Pour des raisons de sécurité il sera domicilié à la forteresse d’Allinges pour quelques temps. Il est donc lié à la commune et à ce lieu réputé dans la région. Beaucoup plus proche de nous, un événement tragique à Allinges ébranla la France entière. Le 2 juin 2008, un autocar bloqué à un passage à niveau est percuté par un train. Sept collégiens y trouvent la morts, laissant des familles, des professeurs dans le chagrin. En attente de leur sépulture, leurs corps ont reposé quelques jours à l’église.

Cette église aux pierres apparentes se trouve contre la colline d’Allinges. Son ancienneté ne fait aucun doute : une chapelle primitive serait attestée dès le VIe siècle. Au Moyen-Age, la paroisse couvre le bourg et les deux châteaux. A cette époque, elle était le centre du doyenné du Chablais, c’est à dire le sud du Lac Léman et la Vallée du Rhône, juste en amont du lac. On sait en tout cas qu’au XIIIe siècle, une importante paroisse est installée ici. Elle est d’ailleurs disputée au XIVe par le Prieur du Grand-Saint-Bernard, l’évêque de Genève et le prévôt de Montjoux. Au XVIe siècle, la paroisse est supprimée par l’invasion Bernoise. On ne sait pas trop ce qu’il s’est passé à cette époque. On peut supposer que, comme pour le reste du secteur, l’église soit affectée au culte protestant. La paroisse sera à nouveau formée grâce au paroisse de saint François de Sales. Le clocher, décapité à la Révolution, serait le trait d’union entre l’ancien sanctuaire, garde justement des traces de son histoire. Des hypothèses peuvent être émises, sur l’orientation, la taille et le style de l’édifice. On sait en tout cas que l’actuelle nef a été construite au XIXe siècle dans un style néoclassique sarde, en vogue à l’époque. Une date est dissimulée dans le chevet : 1848. Est-ce le début ou la fin des travaux ? Nous avons plus de précisions sur la dernière grande restauration qui a eu lieu entre 1976 et 1985. Des fresques ornent toute la longueur de la nef, qui fait allusion au passé. On les doit à l’artiste Baud de Morzine. A noter également la chaire dite « de saint François de Sales ».

Le clocher, parlons en, est plutôt trapu. Accroché au chœur de l’église, il ose à peine se démarquer de la toiture de la nef. Ses pierres laissent apparaître des vestiges de l’ancienne église. Sa porte arbore une inscription gothique, témoin clé de son âge ancien. La flèche, rasée à la Révolution, n’a jamais été reconstruite. D’ailleurs, il ne semble jamais avoir été surélevé : le dernier étage donne directement dans les combles de l’actuel sanctuaire, reconstruit au XIXe siècle.

L’horloge.

Le clocher abrite ici, comme chaque église « ordinaire », deux cloches. Si il convient en général de commencer par la plus grosse cloche, je tiens à présenter, âge oblige, la plus petite. Cette cloche, aux icônes mariaux, porte la date de 1456 et la mention de « Maître Clément Fribor de Genève m’a faite ». Si de cette période, ou l’on commence à faire des cloches signées et datées, on connait aisément Jean & Guillaume Fribor, natifs de la Tarentaise, il semble que Clément soit aussi de cette famille. Ils ont en effet tous le points commun d’avoir comme patronyme « Mercier ». Ce nom de famille est encore présent aujourd’hui. Sans doutes un « pseudonyme » pour être plus facilement « accepté » à cette époque. Si cette signature est la seule mentionnée dans nos bases de données, l’œil averti du Dr Matthias Walter, campanologue à Berne, indique volontiers des similitudes dans la décoration avec -entre autres- la cloche numéro 3 de Lutry, fondue dans la première moitié du XVe siècle et de facture inconnue. Cette cloche possède un titre : c’est la plus ancienne cloche datée du département de la Haute-Savoie. La mention de date ici prend tout son sens car il existe une poignée de cloches du XVe siècle qui ne portent aucune date mais qui sont estimées à ce même siècle.
La plus grande des deux cloches est plus ordinaire. Elle a été fondue en 1820 par Jean-Baptiste Pitton, saintier établi à Carouge entre 1787 et les années 1820-30 avant de passer la main aux frères Bulliod qui cesseront l’activité en 1854. Cette cloche, plutôt légère par rapport à sa tonalité figure quand même parmi les plus grandes réalisations. La plus grande semble se trouver à Morzine. Cette cloche post révolutionnaire cite l’ensemble du conseil communal en vigueur, et les autorités religieuses, en plus du parrain et de la marraine. Sa décoration est très simple : un Christ, une Vierge à l’Enfant.

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

J.-B. Pitton 1820 113,8 900

Mi 3

2 Vierge Marie C. Mercier 1456 92,5 535

La 3

Mes remerciements pour cette visite à M. François Deville, maire, pour son aimable accord. Je remercie également chaleureusement M. André Favier-Bosson, maire-adjoint en charge des bâtiments pour cet après-midi à la découverte de toutes les cloches allingeoises, mais aussi pour sa sympathie, sa collaboration et sa bonne humeur !
Je remercie également Claude-Michael Mevs, dit « Quasimodo« , pour l’aide apportée à la réalisation des reportages sur les cloches d’Allinges.

Sources & liens :

Mairie d’Allinges
Paroisse des Hermones
Allinges
Eglise d’Allinges
Cloche classée – Monument Historique – Notice
L’ancienne cloche des Allinges – W. Deonna
Clichés personnels
Photos Claude-Michael Mevs (horloge)
Matthias Walter
Fonds privés

Saint-Paul-en-Chablais – Eglise de la Conversion-de-Saint-Paul

Il y a quelques semaines, je vous avais présenté la sonnerie de l’église Saint-Ours de Bernex. Le centenaire de la Grande Guerre oblige, j’avais fait une pause dans mon programme de mise en ligne pour vous proposer la sonnerie de la cathédrale de Verdun, seconde de France par sa taille. Le retour en Haute-Savoie se fait on ne peut plus près de Bernex : il s’agit du village voisin.
Au centre du « pays de Gavot » qui correspond au nord-est du Chablais Savoyard, le village domine de près de 450 mètres le Lac Léman. Il offre un panorama dégagé sur l’autre rive et plus particulièrement la ville de Lausanne, distante d’une quinzaine de kilomètres. Les eaux qui s’infiltre dans les terres de Saint-Paul peuvent se boire dans le monde entier. En effet, la commune fait partie de l’impluvium des eaux d’Evian. L’eau qui y ruisselle, quant à elle, terminera sa course dans le Rhône par le biais du Lac Léman.

Si les origines de la commune sont bien anciennes (on remonte même avant l’ère romaine), on sait que vers 1107, des moines de Cluny construisent à « Ciriel » un prieuré bénédictin. L’église conventuelle et ses bâtiments seront construits à l’emplacement actuels. Des dépendances le seront aussi. La mairie en serait un vestige. Cinq moines et un prieur sont chargés de faire vivre les lieux. En 1146, la famille de Bloney s’installe à Saint-Paul. Elle est réputée pour sa piété. D’ailleurs, les corps ont été inhumés sous l’église. L’église est citée au XIIIe siècle et sa composition également. On parle alors d’une nef en trois travées et d’un chœur en hémicycle. Au XVIIIe siècle, les nefs latérales sont ajoutées. A cette époque, le clocher était une tour carré, disposée au dessus de chœur. Il faut démoli en 1840 et reconstruit 22 ans plus tard à l’emplacement actuel. En 1890, l’accès a la crypte est condamnée et le cimetière déplacé. Les voûtes du sanctuaire seront peintes en 1936 et l »église sera restaurée en 1979 par Mantilleri.

Eglise entre 1852 et 1906

Dans mon historique sur l’église… je n’ai volontairement pas parlé d’un épisode : celui de l’incendie du clocher, en 1906. En effet, un coup de tonnerre retentit dans tout le village et frappe le bulbe du clocher de Saint-Paul. Ainsi, les 3 cloches et le clocher sont détruits. A la fin de l’année 1906, on s’empresse de faire une toiture provisoire et de fondre quatre nouvelles cloches pour continuer à annoncer joies et peines, à la hâte. Pour les cloches, nous y reviendrons.

Le clocher entre 1906 et 2012.

Le toit est un simple couronnement à 4 pans (voir ci-contre). Si au cours du XXe siècle, plusieurs projets voient le jour quant à sa reconstruction, aucun ne sera abouti pour la même raison : le manque de moyens. Ce n’est qu’en 2012 que la municipalité annonce que le clocher, bien qu’entretenu, est vieillissant et mérite restauration. Ils lancent alors l’idée de le restaurer… en reconstruisant le bulbe ! Très vite, une association est montée pour soutenir l’idée et chercher des fonds. La commune, le département et des donateurs contribuent à la souscription. A l’automne 2012, la place de la mairie (au chevet de l’église) se voit être le théâtre d’un chantier d’envergure : la construction du bulbe. Le 9 novembre, le bulbe est hissé et posé à sa place définitive par une grue de 250 tonnes, devant un public nombreux. Au cours de l’hiver, les couvreurs continuent de travailler… jusqu’à -17°C !

 

Contrairement au bulbe, la sonnerie de Saint-Paul a été reconstruite bien rapidement. Avant les quatre cloches actuelles, nous savons que les Frères Paccard de Quintal ont livré en 1844 trois cloches pour l’église. Le clocher n’étant pas encore à sa place actuelle, elles ont donc été installées dans un beffroi provisoire, à même le sol. Ce n’est qu’en 1852 qu’elles seront acheminées au clocher et reliées à une horloge publique, qui tintera pour la première fois les 12 coups de midi, le 20 novembre. Ces cloches, qui en remplacent d’autres, ne nous sont pas parvenues. Après la triste période de 1906, les saint-paulins sont conviés le 20 octobre à la bénédiction de … cinq cloches ! Aux quatre de l’église s’est en fait ajoutée la cloche de la chapelle de la Breunaz, sur la route entre le chef-lieu et le village voisin de Bernex.


Souvenirs de la bénédiction des cinq cloches (église et chapelle de Breunaz) en 1906.

Les cloches possèdent des inscriptions communes. On peut ainsi lire quatre fois les noms de Pie X, pape régnant, Mgr Campistron, évêque d’Annecy, Antoine Tercis, archiprêtre et son vicaire, François Pernoud. La plus grande cloche est dédiée au Sacré-Coeur, la seconde à la Vierge, la troisième à saint Paul et la petite à saint François de Sales.

Nom Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Marie Marguerite Françoise 141,6 1800

Re ♭ 3

2

Marie Joséphine 760 Sol ♭ 3
3 Paula 515

La ♭ 3

4

Françoise 360 Si ♭ 3

Georges & Francisque Paccard fondeurs à Annecy-le-Vieux Hte Savoie 1906

La sonnerie de Saint-Paul possède encore son « carillon » : le système utilisé pour jouer des « mélodies » sur les cloches. On peut voir ici une démonstration du carillon, et une photo de la seconde cloche et sa transmission.

Mes remerciements les plus sincères à M. Bruno Gillet, maire de Saint-Paul-en-Chablais, pour son aimable invitation, son accueil et sa gentillesse. Je le félicite aussi pour son vif intérêt pour le patrimoine de sa commune. Je remercie aussi l’association « Mémoire et Patrimoine de Saint-Paul », son président Georges Michoud et son équipe pour l’accueil et la mise à disposition d’archives. Je remercie également mon fidèle ami Mike « Quasimodo » pour l’aide apportée sur place.

Sources & Liens :
Mairie de Saint-Paul
Paroisse de Saint-Paul
Saint-Paul-en-Chablais sur Wiki
Eglise & Prieuré de Saint-Paul
Souvenir de Bénédiction des Cloches
Fonds privés
Archives personnelles
Association « Mémoire et Patrimoine de Saint-Paul »
Matthias Walter
Clichés personnels (église et cloches)
Clichés de Mémoire et Patrimoine de Saint-Paul / Alain Marmoiton (bénédiction / construction clocher)

Verdun – Cathédrale Notre-Dame

En 2014, alors que nous fêtions les 100 ans de la mobilisation de la Première Guerre Mondiale, je vous faisais découvrir l’Ossuaire de Douaumont et son « bourdon de la Victoire« , fondu par Bollée-Blanchet en 1927. Lors de ce séjour, j’ai découvert la Meuse, mais aussi la Champagne et l’Aisne. J’ai été profondément marqué par ces longs alignements de croix blanches, ces paysages encore marqués par les impacts d’obus et ce silence parfois pesant, qui en réalité cache le bruit des balles qui sifflaient et le bruit des explosions. Lors de ce séjour, je n’ai pas pu fouler le porche de la Cathédrale Notre-Dame de Verdun, mais je l’ai aperçu au loin. Et j’avais envie de découvrir cet édifice. En juillet 2016, accompagnés de quelques amis, j’ai non seulement pu y entrer, mais j’ai aussi eu l’autorisation d’accéder dans les deux tours et d’y enregistrer une première volée. Nombre de déconvenues d’ordre technique ne m’ont pas permis de vous faire partager cette première visite, mais j’avais promis de le faire à l’occasion de mon retour, avec comme échéance les 100 ans de l’Armistice. Ce jour étant arrivé, il me convient de vous raconter une histoire singulière à mes yeux…

La ville de Verdun est aujourd’hui réputée dans le monde entier. Ses alentours ont été témoins d’une atroce bataille entre le 21 février et le 18 décembre 1916. On en dit souvent : « 300 jours, 300 nuits, 300 000 morts ». En réalité, cette boucherie fit plus de 700 000 victimes, en incluant les blessés et prisonniers de guerres. La position stratégique de Verdun en Lorraine et sa proximité avec l’Alsace, à l’époque allemande, ne l’épargna pas. Pourtant aujourd’hui, cette ville de 20’000 habitants organisée autour de la cathédrale ne montre plus aucune blessure, ou presque. La nature a pudiquement tiré un voile sur le passé, laissant des centaines de milliers de croix blanches, dans différents cimetières rappeler les vies emportées. Ils s’appelaient Alphonse, Victor, Ernest ou François. Ils venaient d’ici, de Savoie, de Provence, de Bretagne ou encore de Paris. Eux qui sont partis en temps de guerre, qu’ils reposent aujourd’hui en paix.

La vie à Verdun n’a bien sûr pas commencé il y a un siècle. La présence d’une agglomération est attestée autour de la rivière Meuse dès l’Antiquité, lorsque les celtes fondent un oppidum (ville fortifiée). Devenue un véritable chef-lieu, elle sera l’une des quatre cités de la Belgique première. C’est dans cette même cité qu’est signé en 843 un traité scindant l’Empire Carolingien en trois. Au Xe siècle, la ville intègre le Saint-Empire romain germanique. Elle formera avec Metz et Toul la Province des « Trois-Évêchés » avant de devenir française en 1648. En plus de la bataille de 1916, on y dénombre d’autres affrontements : en 1792, lors de la Révolution, ou encore en 1870, conflit qui vit la France perdre l’Alsace et la Moselle.
Sur le plan religieux, le diocèse de Verdun semble avoir été créé au VIe siècle. On note une interruption entre 1801 et 1822, comme beaucoup de diocèses suite à la Révolution Française. Depuis 2002, le diocèse est dit « suffragant » de l’archidiocèse de Besançon, suite au redécoupage des différentes provinces ecclésiastiques en France. Entre les XIe et XVIe siècles, le diocèse fait partie du Saint-Empire et connait une période faste. Il en était un état autonome et l’ordinaire jouissait des titres de Comte-Évêque et de Prince du Saint-Empire. Cette situation dure jusqu’en 1552, date à laquelle l’évêché est placé sous la tutelle de la France avant son annexion définitive en 1648. A sa suppression entre 1801 et 1822, l’évêché est ajouté à celui, voisin, de Nancy-Toul. Le diocèse sous sa forme actuelle compte une soixantaine de prêtres pour environ 170 000 catholiques. Il recense deux basiliques mineures. Celle d’Avioth a été érigée par saint Jean-Paul II en 1993. La cathédrale, en plus d’être l’église-mère du diocèse, possède également le titre de basilique depuis 1947.

La cathédrale Notre-Dame a été bâtie à partir de 990 sur le plan roman-rhénan, ce qui fait d’elle une des plus anciennes d’Europe. Ce plan lui donne la particularité de posséder deux chœurs : l’un à l’ouest, et l’autre à l’est, chacun flanqué de deux tours. Dès le début du chantier, aux XIe et XIIe siècles, des ravages obligent les bâtisseurs à reconstruire certains éléments et à modifier l’architecture de l’ensemble. Le pape Eugène III consacre la cathédrale un 1147, un… 11 novembre ! Il s’agit en fait la seconde cathédrale du diocèse. La première, remplacée par l’Abbaye Saint-Vanne, a été la proie des invasions barbares. Au XIVe siècle, la cathédrale est modifiée dans le style gothique par Pierre Perrat. Des chapelles latérales sont ajoutées. Par la suite, jusqu’au XVIe siècle, on note l’ajout d’autres chapelles et la construction du cloître. Le 2 avril 1755, la foudre s’abat sur la cathédrale, détruisant la toiture et les tours. A la suite de cet incident, deux des quatre tours ne sont pas reconstruites, et la cathédrale est rebâtie dans le style baroque. Sont alors ajoutées de nouvelles stalles, un nouvel orgue et un baldaquin imitant celui de la basilique Saint-Pierre de Rome. En 1916, la cathédrale – position stratégique oblige – est endommagée par les bombes allemandes. Ce sont les tours et la toiture qui paient le plus lourd tribu des bombardements. La cathédrale est reconstruite et restaurée. entre 1919 et 1935.

A elles seules, les deux tours restantes de la cathédrale ne comptent pas moins de 19 cloches, fondues entre 1756 et 1955. Seules les 3 plus petites cloches de ce vaste ensemble campanaire ne sonnent pas en volée. Elles peuvent par contre être tintées lors de carillons enregistrés. Cela fait donc de Verdun la seconde sonnerie en volée de France après la cathédrale de Strasbourg : 16 cloches. Le 10 août 1738, la tour nord-est est détruite avec les huit cloches qu’elle contenait. Le coup de grâce est porté le 2 avril 1755 : la totalité des autres cloches sont anéanties dans l’incendie qui ravage la cathédrale. Seuls les deux tours ouest sont reconstruites. Pierre Guillemin de Breuvannes (Bassigny) se voit passer commande de deux bourdons et d’une cloche de 200 kilos. La sonnerie se voit ensuite étoffée à mesure jusqu’en 1783, date à laquelle on recense onze cloches. En 1792, la sonnerie n’en comptait plus que huit. Les deux bourdons et la petite cloche de Pierre Guillemin échappent à la réquisition de 1793 grâce à leur usage civil. En 1810, Farnier réalise une cloche de 300 kilos afin de compléter l’ensemble.
C’est à partir de 1874 que s’engage le vaste chantier campanaire destiné à donner à la sonnerie l’aspect imposant que nous lui connaissons aujourd’hui. La fonderie Farnier-Bulteaux de Mont-devant-Sassey est sollicitée pour réaliser 16 cloches. Les deux petites cloches de 200 et 300 kilos retournent au creuset. Les travaux s’articulent en deux étapes : les années 1870 voient l’ajout d’un troisième bourdon et de trois cloches, à l’octave des plus grandes. C’est dans les années 1890 que la sonnerie prend sa forme actuelle. On ajoute d’abord les cloches intermédiaires (plus de 700 kilos), puis les plus petites viennent compléter l’ensemble en 1899. En 1945, la cloche numéro 13, baptisée « Louise », endommagée par un éclat d’obus est refondue par Joseph Granier dans le Midi. En 2010, « Florence », la quatrième cloche, est ressoudée car fêlée.

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

N.C. Pierre Guillemin 1756 206,5 ~5’300

SOL 2

2

N.C. Pierre Guillemin 1756 186 ~3’800

LA 2

3

Sophie Farnier-Bulteaux 1874 162,5 2’700

SI 2

4

Florence Farnier-Bulteaux & fils 1897 147,2 ~2’010 Do 3
5 Lucie Farnier-Bulteaux 1894 131,8 ~1’360

Ré 3

6

Marguerite-Justine Farnier-Bulteaux & fils 1897 117,1 ~1000 Mi 3

7

Claire Farnier-Bulteaux & fils 1897 110,8 ~850 Fa 3

8

Charlotte Farnier-Bulteaux 1877 99,2 ~600

Sol 3

9

Marcelle Farnier-Bulteaux 1877 87,1 ~400 La 3
10 Jeanne Farnier-Bulteaux & fils 1898 82,5 ~350

Si ♭ 3

11

Marie Farnier-Bulteaux 1874 77,7 305 Si 3
12 Victorine Farnier-Bulteaux & fils 1895 73,8 ~250

Do 4

13

Marie-Elisabeth de la Visitation Joseph Granier 1955 62 ~140 Ré 4
14 Thérèse Farnier-Bulteaux & fils 1898 58,4 ~120

Mi 4

15

N.C. Farnier-Bulteaux & fils 1898 54,4 ~95 Fa 4
16 Félicie Farnier-Bulteaux & fils 1899 49 ~70

Sol 4

17

Maurice Farnier-Bulteaux & fils 1899 N.C. N.C.

La 4

18

Gustave

Farnier-Bulteaux & fils

1899

N.C. N.C.

Si 4

19

Charles

Farnier-Bulteaux & fils

1899

N.C. N.C.

Do 5

Les trois bourdons se partagent la tour nord… :


… et les 16 autres, la tour sud. :

J’adresse mes sincères remerciements à M. Dominique Péridont, diacre de la paroisse cathédrale et membre de l' »ACCV » et à travers lui toute la communauté paroissiale et diocésaine sous l’épiscopat de Mgr Gushing et les mandats successifs des pères Lair et Monnier.
Je remercie l’Association Culturelle de la Cathédrale de Verdun (ACCV), Thierry Simonet, organiste, ainsi que la Direction Départementale de l’Architecte des Bâtiments de France, représentée par Mme Coral Trévin.
Je remercie aussi M. Alexandre Jaquemin, représentant territorial de la maison Bodet pour l’aide technique apportée (programmation et réparations).
Je ne peux pas oublier mes chers amis pour l’aide indispensable… tout d’abord Claude-Michaël « Quasimodo » Mevs, Dominique « Valdom68 » Fatton, Philippe « Senonais » Simonnet, Allan « Le Sonneur Comtois » Picelli et Aurélien Surugues, dernier arrivé dans notre équipe de choc ! Pour les données techniques et les archives, il me revient de citer deux campanologues : le Dr. Matthias Walter, de Berne, et Me Pascal Krafft, de Ferrette.

Bernex – Eglise Saint-Ours

Petit village à l’est du plateau de Gavot, Bernex est dominé par la « Dent d’Oche », emblématique montagne de la région. Au gré des saisons, le village offre un véritable paysage de carte postale, grâce aux paysages, aux chalets rustiques isolés, ou à l’agencement de son chef-lieu. Selon les saisons, Bernex offre de multiples possibilités pour les locaux et touristes : le ski alpin en hiver, de nombreuses balades dans la neige, également possibles en été. On peut toujours arpenter les différents reliefs de la commune à vélo. A quelques kilomètres au nord, le Lac Léman, plus grand lac d’Europe, offre une possibilité de rafraîchissement.

Au cœur du village, une haute silhouette couronnée d’un dôme s’élance : il s’agit de l’église Saint-Ours. Dans ce cas, ce n’est pas le clocher qui domine. D’ailleurs, il est plutôt discret. Nous y reviendrons. L’église, dédiée à saint Ours d’Aoste, a été bâtie entre 1847 et 1848 par Eugène Dénarié d’Annecy. Elle remplace des églises plus anciennes, dont on ne sait pas grand chose, si ce n’est qu’elle est mentionné pour la première fois entre 1078 et 1120, période où la moitié des revenus de la paroisse étaient donnés au prieuré Saint-Victor de Genève.
L’intérieur de l’église est plutôt chaleureux, comme nombre d’églises néoclassiques sardes de la région. On note une multitudes de fresques dans l’édifice, surtout autour du dôme, véritable puits de lumière. Au sommet du chœur trône le repas de la Cène, au soir du Jeudi Saint. Les autels latéraux sont dédiés à la Vierge Marie et à saint Pierre.

Le clocher discret, accolé au cœur de l’édifice, abrite pourtant l’une des plus belles sonneries du chablais. Fondues d’un seul tenant par Georges & Francisque Paccard d’Annecy-le-Vieux, les quatre cloches se partagent un massif beffroi en bois. A en croire le clocher, on ne soupçonnerait pas une telle installation ! Les quatre cloches se répartissent en trois travées. Si la grande cloche se partage seule l’allée centrale, les deux cloches médianes sont face à face, dans une des deux travées latérales. La plus petite cloche, quant à elle, se partage une minuscule travée. Elle n’est pourtant pas au centre, comme si une place était prévue pour une cinquième cloche. On peut aussi admirer avec émerveillement, en plus de cette charpente de bois aux multiples croix de « saint André », que presque tous les équipements d’origines subsistent. On peut ainsi voir sur les trois petites cloches des beaux battants forgés à la main, sauf pour la grande cloche. Il a en effet été changé il y a quelques années. Les jougs en bois disposent encore de leur ferrures forgées sobrement. Du côté de la motorisation, quelques changements ont été opérés depuis l’électrification en 1951 : on note un nouveau marteau de tintement pour la grande cloche, et de nouveaux moteurs de volée pour les cloches 2 & 3. Ils ont certainement été installés il y a environ une décennie, à la même période que l’automate, installé en 2008. Sous la deuxième cloche, se trouve un instrument de bois : il s’agit très simplement d’une crécelle, utilisée entre les Glorias des Jeudi-Saint et de la Vigile Pascale, en lieu et place des cloches, muettes en signe de deuil, ou à Rome, selon la tradition.

Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

126,4 ~1200 Mi ♭ 3

2

100,4 ~600 Sol 3
3 84,2 ~350

Si ♭ 3

4 62,4 ~150

Mi ♭ 4

Paccard Frères Fondeurs à Annecy-le-Vieux 1868


Mes sincères remerciement à M. Pierre-André Jacquier, maire, pour ses aimables autorisations et au sacristain pour sa disponibilité. Je remercie aussi Mike « Quasimodo« , fidèle ami, pour sa présence et l’aide technique apportée.

Sources & Liens :
Bernex
Eglise de Bernex
Mairie de Bernex
Office du Tourisme de Bernex-Dent-d’Oche
Clichés personnel
Relevé personnel

Saxel – Eglise Sainte-Madeleine

Pour poursuivre mes explorations, je reste dans la vallée Verte… ou plutôt sur une vallée latérale, creusée par le Brévon. Cette rivière rejoint la Menoge à Boëge, chef-lieu de la vallée Verte. Au fond de ce vallon perpendiculaire se trouve le village de Saxel, trait d’union entre les montagnes et le lac Léman. De son col, un beau point de vue est d’ailleurs offert sur le plus grand lac d’Europe et sur la Suisse, sans oublier les villages savoyards, au premier plan.
Saxel est aussi un passage obligé pour aller jusqu’au sommet du Signal des Voirons, qui culmine à 1480 mètres. S’y trouve un monastère, une chapelle, et de nombreux départs de randonnées.

L’église, dédiée à Marie de Magdala, (dite sainte Madeleine ou Marie-Madeleine), est plutôt éloignée du chef-lieu, symbolisé par sa mairie. De son parking est pourtant offert un beau point de vue sur ce monument bâti en forme de tréflé, unique en Pays de Savoie. Le sanctuaire surplombe quant à lui des sentiers, des pâturages et le Brévon, qui n’est encore qu’un filet d’eau. Ce rocher qui assied l’église a donné son nom au village : Saxel « Sasselum » : gros rocher.
On ne connait pas tellement les origines de cette paroisse et de cette église. On sait que primitivement, elle était sous la juridiction de l’Abbaye Notre-Dame d’Aulps, à quelques vallées de là. L’église était située au « Crêt du Clocher », sur le col. A la Réforme, la paroisse devient protestante. L’église sera finalement abandonnée au retour du catholicisme en 1589, et la paroisse unie à celle de Bons-en-Chablais. Ce n’est qu’en 1601 (ou 1611 selon certaines sources) que saint François de Sales scinde la paroisse de Bons pour rendre à Saxel sa vie religieuse.
Le sanctuaire actuel, en contrebas de l’ancienne église, a été bâti dès 1840. La construction ne sera terminée qu’en 1901. On suppose donc qu’elle ait été faite par étapes. On ne sait hélas pas d’informations sur les raisons de cette durée, ni si l’ancien édifice était encore debout et sa localisation… On sait en revanche qu’entre 1952 et 1954, l’intérieur est restauré par Constant Demaison. Ce sera au tour de la toiture en 1981 puis de nouveau à l’intérieur en 2001. Gros chantier : la suppression de la tribune, faite en béton lors de la précédente restauration. Son poids menaçait les murs du lieu. Si autrefois elle était en bois, aucune tribune a été refaite lors de ces travaux. La municipalité a dores et déjà prévu de nouveaux travaux dans son clocher, à savoir l’accessibilité et son ravalement.

Les cloches ont été acquises en 1859. On ne sait pas tellement les anciennes. A part deux achats de cloche : 1609 et 1770.
Les cloches actuelles ont été fondues par les frères Paccard, la même année que celles du Villard, et un an avant celles de Boëge, deux clochers voisins. Au début du XXe siècle, leur installation a été revue : un nouveau beffroi semble avoir été conçu et le mode de volée a été modifié pour du rétrolancé. Ce système, breveté fin XIXe siècle par la fonderie, permet moins d’efforts pour les sonneurs et sur le beffroi, malgré un qualité sonore moins optimale. Il y a quelques années, la petite cloche a été tournée d’un quart de tour et son mode de volée a été révisé pour du rétrograde. Le battant n’est plus propulsé contre la lèvre supérieure lors de la volée, mais tombe sur la lèvre inférieure. La grosse cloche a conservé ses équipements du XXe siècle. Elle entre en action moins régulièrement que sa petite sœur, qui l’est 3 fois par jour, pour l’angélus, et lors du glas, sonné sur les deux cloches.

Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

116,2 950 Fa 3
2 92,3 500

Lab3

Frères Paccard fondeurs à Annecy-le-Vieux 1859

Mes remerciements pour cette visite à M. Denis Mouchet, maire, pour son aimable autorisation, à Laurent Marth, adjoint au patrimoine et aux bâtiments, pour m’avoir accompagné au clocher, et au sacristain pour les sonneries spéciales. Mention à mes amis Edwin Genoud, un ami à qui je dois une fière chandelle dans ce clocher, et à Mike « Quasimodo » pour le soutien technique, encore une fois indispensable.

Sources & Liens :
Mairie de Saxel
Saxel sur Wikipédia
Eglise de Saxel sur Wikipédia
Eglise de Saxel sur Paysalp
Relevé personnel
Clichés personnels