Armoy – Eglise Saint-Pierre

Une commune scindée en deux
A quelques encablures de la capitale du Chablais, Thonon-les-Bains, et faisant face au plateau de Gavot que la Dranse sépare, le village d’Armoy s’est développé autour de la départementale 26 qui mène vers la vallée du Brevon incluant les villages de Vailly, Lullin ou encore Bellevaux. Le village d’Armoy tirerait ses origines d’un ancien domaine gallo-romain ayant appartenu à un certain « Annonius » sans que cela soit attesté. Mais le nom de la commune à fortement évolué : Annone, Armury, Armoy et même Armoyliaud. Il convient de préciser que la commune voisine, Le Lyaud, dépendait jusqu’au milieu du XIXème siècle tant pour le religieux que l’administratif d’Armoy avant une séparation définitive en 1870. Armoy fut aussi réputé pour sa plâtrière à ciel ouvert active de 1844 à 1934. Forte de 100 ouvriers, elle était alors la plus importante de France lors de son apogée.

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Un lieu de culte à l’architecture plurielle
L’église Saint-Pierre d’Armoy se distingue par son aspect extérieur exclusivement fait de pierres apparentes, issu d’une restauration relativement récente. Cet édifice dédié au premier pape de la chrétienté et apôtre de Jésus remonterait au XIème siècle. Il est difficile de retracer avec précision son histoire mais plusieurs éléments permettent de mieux comprendre le lieu de culte : son chevet, non daté, en serait la partie primitive. Sous le bâtiment, une crypte du XIIIème siècle a été redécouverte en 1977 mais non étudiée. Un bénitier dans l’édifice mentionne la date de 1699. Le clocher porte la date de 1815 et la nef a été victime d’un incendie en 1888. Au XXème siècle, le célèbre architecte thononais Maurice Novarina a imposé dans l’église son style avec un baptistère devant l’autel latéral droit. Autant d’éléments dispersés dans le temps qui permettent d’affirmer que le sanctuaire est riche en réemplois et qu’il n’a jamais été déplacé voire entièrement rasé en vue d’une nouvelle construction. Dans l’histoire de la paroisse, il est bon de préciser qu’elle fut unie au chapitre de la cathédrale de Genève en 1494 et que durant ce siècle, une grande querelle opposa les paroissiens à ceux de Féternes au sujet d’une coupe de bois entre l’église d’Armoy et la Dranse, de quoi entretenir pendant longtemps les guerres de clochers ! 

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Une cloche flâneuse
Dans le petit clocher porche se balancent trois cloches, issues de trois fondeurs et de trois générations différentes. Presque un siècle sépare la plus jeune de la doyenne. Nous commencerons d’ailleurs par présenter cette noble dame de bronze. Son histoire commence dès 1777 à plus de 50 kilomètres. La paroisse d’Arâches, en Faucigny, souhaite se procurer de nouvelles cloches et mandatent des fondeurs de Thonon. En 1778, trois cloches de 4, 6 et 16 quintaux sont réalisées pour cette même paroisse. Le 20 novembre 1793, deux cloches d’Arâches sont transférées à Cluses avant d’être conduites à Bonneville. Le 13 février suivant, une troisième cloche prit le même chemin. Très peu de cloches ont été cassées lors de la Terreur et dès les premières clairières, on allait récupérer des cloches plus grosses dans les différents dépôts (Annecy et Bonneville). C’est ainsi qu’Armoy parvint à récupérer la cloche d’Arâches pesant six quintaux et dédiée à saint François de Sales ! Les lecteurs assidus de ce site ne manqueront pas d’avoir une sensation de déjà vu : de nombreuses cloches se sont promenées à cette époque avec une histoire similaire, comme par exemple de Cluses à Margencel. La cloche d’Arâches n’est malheureusement pas signée mais ces décors et le lieu de résidence des fondeurs laissent penser qu’il s’agit de membres de la dynastie Livremont, originaires du Doubs (25), et en particulier Jean-Claude, fondeur prolifique dans la région lors de la seconde moitié du XVIIIème siècle. En 1822, les autorités d’Armoy et du Lyaud commandent une cloche plus grosse grâce à une vente de communaux. Cette fois-ci, on confie la fonte à Louis Gautier, fondeur briançonnais établi à l’Hôpital (aujourd’hui Albertville) à l’entrée de la vallée de la Tarentaise. Pour compléter la sonnerie trop pauvre à son goût, l’abbé Bequet, curé de la paroisse, offre à ses frais une troisième cloche. Il profite que l’entreprise Paccard installe la grosse cloche de Thonon pour les faire venir à Armoy. Ils préconisent donc l’ajout d’une petite cloche de 155 kilos environ pour compléter joyeusement la sonnerie. Fondue à la fin de l’année 1872, elle est arrivée le 21 février 1873 à l’église avec un poids de 156,5 kilos ! Le dimanche 26, elle fut bénie par l’archiprêtre de Thonon avec l’assentiment de Monseigneur l’évêque d’Annecy. Son installation a été aux frais du généreux curé qui déplore dans ses notes que la commune est restée stoïque. Il y a tout juste une décennie, le beffroi a été entièrement remplacé car l’ancien menaçait ruine et mettait en péril tout le clocher. Nous sommes donc repartis pour des décennies sinon des siècles de bons et loyaux services !

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

non connu

Louis Gautier

1822

102

~600

Sol 3

2

St François de Sales

Jean-Claude Livremont ?

1778

82,8

~325

Si♭3

3

Jeanne

Paccard frères

1872

64

156

Mi♭4

 

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Mes remerciements à :
M. le Maire Patrick Bernard pour son aimable autorisation et son accueil.
Mme Marie-France Planchamp pour son accueil et sa disponibilité.
Mon ami Claude-Michaël Mevs dit « Quasimodo » pour l’aide apportée.

Sources & Liens :
Armoy
Armoy-Le Lyaud
Courrier du père Bequet à Mgr Magnin – 1873
« Etat de la Paroisse d’Armoy par son curé (1867-1877) » conservé aux archives diocésaines d’Annecy
Relevé et clichés personnels

Saint-Julien-en-Genevois – Eglise Saint-Brice (Thairy)

Un air de village
Lorsque l’on déambule dans les rues de Thairy, on constate que sa quiétude n’est interrompue que le matin et le soir par l’impressionnante procession des travailleurs frontaliers. Nous sommes alors tout à fait en droit de se demander si nous sommes bel et bien dans l’une des trois sous-préfectures de Haute-Savoie. Car le village de Thairy possède de nombreuses infrastructures : son école, son cimetière, son monument aux morts et son église, symbole par excellence d’un village ! La mairie n’a plus de raison d’être car le 16 février 1965, Thairy fusionne avec Saint-Julien-en-Genevois à cause d’un problème d’approvisionnement en eau potable. Mais ce qui est devenu un « quartier » a en fait gardé l’âme d’un véritable village haut-savoyard, avec ses jolies fermes restaurées avec goût. Thairy est installée sur une butte offrant un panorama à 360°. Au sommet de celle-ci, outre l’église et les autres bâtiments publics, se trouve le « château », construit bien avant le XVIème siècle. C’est aujourd’hui une propriété privée.

Une bataille historique
Nous sommes le 1er mars 1814, 18’000 hommes ont rendez-vous pour la « bataille de Saint-Julien », moment clé des guerres napoléoniennes. 6’000 d’entre eux étaient français alors que 12’000 étaient autrichiens ! Cette bataille à lieu alors que l’empire napoléonien était en décadence depuis la défaite de l’empereur à Leipzig. Après avoir essuyés de nombreuses défaites, les troupes françaises dirigées par le général Dessaix lancent une grande offensive pour reprendre les Pays de Savoie. C’est à Thairy, dans les champs, qu’aura lieu cet épilogue. N’importe quelle personne rationnelle aurait déconseillé au général d’y aller en raison de l’infériorité numérique mais aussi logistique : mais que faire ! Le général Dessaix, né à Thonon, était ici « chez lui » et entendait bien repousser les autrichiens. En seulement quelques heures, grâce à des stratégies savantes et une connaissance parfaite des lieux, les autrichiens ont été repoussés en Suisse. Des combats à la baïonnette ont même eu lieu devant l’église. Relique de cet épisode qui coûta la vie à plus de mille soldats, un boulet de canon de cette bataille orne le sommet de la fontaine du village. Mais cette victoire fut hélas sans conséquence sur la suite des évènements : Napoléon abdiquera un mois plus tard et en 1815, Genève devient Suisse et la Savoie se sépare pour un temps de la France en rejoignant le royaume sarde jusqu’en 1860.

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Une église en péril
En 2005, le maire de Saint-Julien-en-Genevois prend un arrêté interdisant l’accès du public dans l’église de Thairy. Le diagnostic est sans appel : la charpente est mal conçue, fait s’écarter les murs et fragilise donc la voûte. Des échafaudages surmontant des étais ont été installés dans la nef pour maintenir la voûte et éviter d’accentuer les dégâts. Seulement, il faut trouver plus d’un million d’euros pour redonner à l’édifice sa splendeur d’antan, une somme colossale difficile à trouver. Mais l’église de Thairy tient bon, défie le temps et est unique à bien des endroits. Sa dédicace est très rare : saint Brice, évêque de Tours, successeur direct de saint Martin aux IVème et Vème siècles. La paroisse de Thairy est citée en 1275 sur le baillage des seigneurs de Ternier. Le premier curé, quant à lui, est mentionné en 1412. L’église a été régulièrement vandalisée et pillée, notamment lors des guerres de religions opposant la Suisse protestante à la Savoie catholique, entre les XVIème et XVIIème siècles. Au début du XVIIème siècle, les propriétaires de la maison-forte de Thairy offrent une somme pour la reconstruction de l’église. En 1712, le clocher est réparé. Mais la visite de Mgr Biord quelques décennies plus tard fait mention d’une église en ruines et l’évêque demande aux paroissiens de la réparer, sinon de la reconstruire. En 1755, un contrat est passé entre la paroisse et Pierre Cheneval, architecte, pour la reconstruire. Mais ce dernier décède l’année suivante et c’est Francesco Garella qui prend la suite des travaux. Une pierre dans la nef nous indique que les travaux ont été achevés en 1772. Le clocher a été reconstruit en 1778 sur une base plus ancienne qui abrite aujourd’hui la sacristie. Ce dernier est décentré par rapport à la nef. Il est surmonté d’une élévation rappelant les bulbes baroques typiques de nos vallées, reconstruit en 1833. Nous espérons que cet édifice religieux aux nombreux secrets retrouvera une quelconque utilité dans un futur plus ou moins proche. C’est en tout cas le travail que mène la municipalité et l’association « le Thairoyr » qui souhaitent promouvoir le patrimoine de la ville et des hameaux de Saint-Julien-en-Genevois avec des travaux qui devraient être lancés une fois que l’argent aura été trouvé.

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Une sonnerie homogène signée « G&F Paccard »
Nous sommes en 1899 : la gare de Saint-Julien-en-Genevois accueille un train en provenance d’Annecy. Sur celui-ci, trois nouvelles cloches pour l’église de Thairy. D’un poids d’environ 600, 300 et 180 kilos, elles égrènent un magnifique accord majeur de « sol ». Chaque cloche possède son nom, son parrain, sa marraine et sa propre maxime. Commençons, une fois n’est pas coutume, par la plus petite : Caroline-Louise-Jeanne. Cette cloche « appelle les bénédictions célestes sur la paroisse de Thairy » et, en latin, demande au Seigneur de libérer la paroisse « des tempêtes et de la foudre« . La cloche médiane, Françoise-Octavie-Joséphine, rend louange au Sacré Cœur de Jésus, à Marie Immaculée et à saint Brice. Cette cloche est volontiers plus bavarde que les autres car elle indique « célébrer le zèle de [ses] bienfaiteurs » en citant les noms des plus généreux d’entre eux (on retrouve d’ailleurs le nom du curé Premat et du maire de l’époque). La plus grosse cloche, Alphonsine-Marie-Anna fait mention d’une « refonte » grâce à la commune. C’est d’ailleurs la seule des trois qui porte ce mot précis et son parrain n’est autre que le maire, M. Alphonse Dethurens. Elle porte également les « Laudes Regiae » carolingiennes « Christus Vincit, Christus Regnat, Christus Imperat, Christus ab omni malo nos defendat » (Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ gouverne, le Christ nous protège de tout mal) suivies de deux dates : 1637 et 1899. Si la seconde date correspond bien à la date de la nouvelle cloche, la première date a souvent été interprétée de plusieurs manières, comme par exemple la reconstruction du clocher ou la fonte d’une cloche disparue. Pour en avoir le cœur net, il nous faut emprunter la célèbre DeLorean du film « Retour vers le futur » et revenir au XVIIème siècle. Ne l’ayant pas, je me suis contenté des archives car en 1888, un historien m’a précédé dans ce clocher : Auguste Cahorn. Il s’est attelé à recenser toutes les cloches du canton de Genève puis a entamé, sans pouvoir l’achever, l’ancien diocèse de Genève. Et à l’époque, le clocher ne comptait qu’une seule cloche… fondue en 1637 ! Signée Christophe Aubry, fondeur lorrain établi à Annecy, la cloche avait pour inscriptions les Laudes Regiae citées sur la grosse cloche actuelle et le nom du curé, Jean-François Roc… (la fin du prénom semblait illisible) mais aucun curé avec un nom correspondant n’est attesté à Thairy. Comment expliquer cela ? Il semblerait en effet que cette cloche ne provienne pas de Thairy même. Nous y reviendrons. Les archives nous relatent un autre évènement : le 30 décembre 1710, un dénommé « Emery » de Genève (sûrement Martin) réalise pour la paroisse une nouvelle cloche. On apprend à la Révolution que Thairy ne possède qu’une cloche et qu’elle est réquisitionnée, comme beaucoup d’autres. Elle sera emmenée à Carouge. On apprend aussi que son poids était de 10 quintaux (environ 550 kilos). La cloche de 1637 présente au clocher jusqu’en 1899 était bien plus légère car son poids avoisinait les 400 kilos. La refonte semblait déjà se profiler à l’époque car l’inventaire d’A. Cahorn précise qu’elle est « fortement usée ». Comme expliqué plus haut, il y a fort à parier que cette cloche fut récupérée au concordat par la paroisse. Aujourd’hui encore, sa destination initiale n’est pas connue : aucun curé « Jean François Roc… » n’est attesté dans les dictionnaires du clergé d’Annecy.

Nom

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Alphonsine Marie Anna

100,5

~600

Sol 3

2

Françoise Octavie Joséphine

79,6

~300

Si 3

3

Caroline Louise Jeanne

66,7

~180

Ré 4

Georges & Francisque Paccard fondeurs à Annecy-le-Vieux 1899

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Je remercie d’une manière nourrie :
La municipalité de Saint-Julien-en-Genevois et Mme Véronique Lecauchois, maire, pour l’autorisation exceptionnelle de pénétrer dans l’église et son clocher.
M. Claude Mégevand, président de la Salévienne, pour l’organisation de cette belle visite.
Mme Bénédicte Daudin, président de l’association « le Thairoyr » pour la mise à disposition d’informations historiques.

Sources & Liens :
« Thairy, un village qui préserve son âme », le Dauphiné Libéré (consulté le 1/6/22)
La Salévienne
« Eglise Saint-Brice de Thairy », collection Les Jeudis du Patrimoine, Mémoire et patrimoine de Saint-Julien
Visite au clocher de M. Auguste Cahorn le 24 juin 1888, conservé aux archives diocésaines d’Annecy. 
Association « Le Thairoyr » et sa présidente, Mme Bénédicte Daudin
Relevés et clichés personnels
Fonds privés

Archamps – Eglise Saint-Maurice

Une commune frontalière
Véritable balcon sur l’agglomération genevoise, la commune d’Archamps possède quelques centaines de mètres de frontière avec la Suisse. Sa population à la réputation d’être « la plus riche de France » : le revenu médian est en effet le plus élevé du pays. Mais Archamps ne se borne pas uniquement à sa qualité de vie car la commune est connue -plus localement- pour son technopôle très important, symbolisé par son imposant cinéma trônant au cœur d’un grand complexe et qui accueille tous les cinéphiles accomplis de la région, parfois même de Suisse voisine. Beaucoup plus méconnues, Archamps possède également les ruines d’un château qui appartenaient aux nobles de Montfort, vassaux des comtes de Genève au XIIIème siècle. Les ruines sont situées au pied du Salève, à environ 850 mètres d’altitude et sont difficilement accessibles.

Saint Maurice, patron de la Savoie
Une nouvelle fois, l’église paroissiale est placée sous le vocable de saint Maurice qu’il n’est peut-être pas utile de présenter une nouvelle fois ici. La paroisse est attestée en 1145 comme dépendante de l’abbaye de Talloires avec sa voisine Collonges. En 1412, Archamps passe sous la tutelle de sa voisine jusqu’en 1536, date où les Bernois envahissent le nord de la Savoie et imposent le protestantisme aux habitants. L’église paroissiale, consacrée en 1479, devient donc un temple protestant jusqu’en 1597 lorsque l’évêque de Genève en exil à Annecy y réinstaure la religion catholique. En 1671, les deux paroisses (Collonges et Archamps) sont séparées jusqu’à la Révolution. D’ailleurs, le 12 juin de cette même année, le maître autel et trois autres autels de l’église d’Archamps sont consacrés. En 1803, les noces entre les deux paroisses sont rétablies et seront cette fois de courte durée car en 1829 déjà, elles sont d’abord séparées pour le spirituel puis, le 15 mars 1836, pour le temporel : Archamps et Collonges-sous-Salève deviennent alors deux entités propres. L’église Saint-Maurice, peut-être encore celle du XVème siècle, sera alors reconstruite en deux temps au XIXème siècle après de multiples réparations entreprises depuis les tourments révolutionnaires (clocher, sacristie, ameublement…). On commencera par le chœur et la nef entre 1846 et 1848 sur les plans de l’architecte genevois Brolliet. Pour l’occasion, le roi donne 600 livres à la paroisse. Le 8 mai 1852 Mgr Rendu, évêque d’Annecy, consacre le lieu de culte. On achèvera la reconstruction du nouvel édifice par le clocher porche et une dernière travée en 1864, sur les plans de l’architecte César Pompée. Ce même clocher verra sa flèche être remplacée en 1982. L’ancienne a été déposée au profit d’une nouvelle charpente flambant neuve.

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Des souscriptions et donations
Le 14 juin 1941, à midi, les cloches d’Archamps sonnent pour la première fois à toute volée sans l’aide de sonneurs. Cette opération n’est pas due au saint Esprit mais les cloches avaient tout simplement été électrifiées ! On devait cette révolution à trois généreux donateurs qui n’ont pas souhaité se manifester à l’époque. 80 ans après, leur identité n’est toujours pas connue excepté pour le plus gros des trois dons, dû à Melle Bardy. Mais comme le disait en son temps l’Echo d’Archamps, la revue paroissiale « Mais il y a le Livre où tout est écrit… Et ce Livre est dans les mains de Dieu, qui aura noté, en bonne place, ce beau geste à l’adresse de sa Maison, notre chère église d’Archamps ». L’électrification des cloches a été confiée à la maison Paccard qui a travaillé avec un ingénieur d’Istres, M. Zeeh. Cette opération aura donné lieu à une « taxe » aujourd’hui révolue pour les sonneries des cloches : 15 francs pour une sépulture, 20 francs pour un baptême et 30 francs pour un mariage. Cette taxe devait en fait couvrir la facture d’électricité. Mais ce n’est pas la seule occasion où les paroissiens d’Archamps ont mis la main au porte feuille. Le 10 novembre 1864, les frères Paccard d’Annecy-le-Vieux s’attèlent à fondre une grappe de cloches. Parmi elles, deux sont pour l’église d’Archamps qui inaugure fièrement son nouveau clocher. La première, d’un poids de 620 kilos, a été offerte par l’abbé François Buffet qui donna à la commune 2’500 francs. Nommé dans cette paroisse en 1849, le natif de Publier a servi ce lieu jusqu’à son décès en 1866, à quelques semaines de son soixantième anniversaire. La plus petite cloche pesant 426 kilos est le fruit d’une souscription des fidèles. M. François Lachenal et Melle Marie-Anne Tapponier ont eu l’honneur la parrainer. Il y a un autre élément, aujourd’hui totalement abandonné, qui a été offert par Etienne et Philomène Tapponnier, Marie Juget et le père Albert Juget, prêtre suisse. Il s’agit de l’ancienne horloge mécanique aujourd’hui déposée dans l’obscurité de la salle des cadrans, sous le beffroi. Ce mouvement est signé Paul Odobey et permettait de battre les heures sur la grosse cloche, de son installation en 1895 jusqu’à sa retraite (anticipée, diront certains) en 1941.

l’Horloge mécanique

Lorsque maître et élèves se rencontrent
La plus grosse cloche du clocher (parlons en enfin !) peut étonner par sa tonalité plus « rugueuse » ou « particulière » car dans un profil beaucoup plus léger que ses deux sœurs cadettes. Il s’agit en effet de la plus ancienne des trois. Elle a été réalisée en 1830 par le fondeur de Carouge Jean-Baptiste Pitton assisté de François Bulliod. Voilà que le clocher d’Archamps regroupe donc, avec les deux autres cloches, deux de ses apprentis. Ou plutôt un disciple et les petits enfants d’Antoine Paccard, un autre élève. Mais pour ce dernier, la collaboration s’est bornée à la cloche de Quintal avant que les Paccard ne deviennent de véritables concurrents. Ce n’est qu’au bout de quelques années que le patriarche de la célèbre dynastie se tourne vers Lyon et Louis Frèrejean pour mieux appréhender l’art de la forge et des métaux. Les Bulliod, quant à eux, ont été plus scolaires avec Pitton. Dès 1828, François Bulliod co-signe des cloches avec Pitton (Viry, 1828 ; Monnetier-Mornex, 1829 ; Archamps et Villars-Tiercelin, 1830 ; Soral, 1831…). En 1833, François Bulliod s’émancipe en coulant ses propres cloches avant d’être rejoint par son frère Jean-Marie quelques années plus tard. L’activité a duré jusqu’en 1857, sonnant le glas d’une fonderie de cloches à Carouge. Entre temps, un autre élève se présente chez Pitton : Georges Kervand, plus tard établi à Genève. les deux fondeurs ont signé ensemble une des cloches du Vaud (Suisse) aussi en 1833. Le fondeur Kervand est attesté jusqu’en 1844 sur le canton de Genève et a pu, d’un pied de nez, faire une cloche pour l’église paroissiale de… Carouge (1839) ! Mais n’oublions pas de mentionner les quelques cloches signées « Pitton et fils » (Montailleur, 1802) ou encore François et Jean-Claude Pitton (Albertville, 1805) attestant que Jean-Baptiste Pitton a, lui aussi, pu travailler en famille. Une question demeure : comment ce fondeur a-t-il pu initier autant de vocations, sans pour autant s’offrir une dynastie à l’image des Paccard ? La dernière cloche de Jean-Baptiste Pitton attestée se trouve à l’école de Vernier (Suisse) et le millésime 1834. Il décèdera quatre ans plus tard (1838). Après avoir longuement disserté sur sa succession, en laissant de nombreuses questions en suspens, se pose aussi la question du commencement. Natif de Châtillon-en-Michaille (France, Ain), il est attesté comme fondeur à Carouge dès 1787 (La Frasse et Cernex, 1787). Les campanophiles avertis et les iconographes noteront des décors similaires, notamment la signature, avec Jean-Daniel Dreffet, fondeur établi à Genève depuis la fin des années 1770. Est-ce lui qui a appris le métier à Pitton, et à travers lui à de nombreux fondeurs ?

La renaissance
Alors que je m’apprêtais à publier les lignes ci-dessus, j’ai trouvé tout à fait par hasard dans le registre des baptêmes de la paroisse entre 1800 et 1828 une gerbe de notes du curé Claude Genoux. Ce dernier a été obligé de fuir pendant presque 10 ans sa paroisse à cause de la Révolution. En poste jusqu’en 1829, il y relate, telle une litanie, l’ensemble des petits travaux qu’il a fait faire dans l’église jusqu’à son décès. Il précise en premier lieu que la cloche de 804 livres (env. 440 kilos) a été faite en 1802 au frais des paroissiens et placée au clocher, ironie du sort, le 14 juillet. L’année suivante, le clocher a été refait pour 484 francs. Il s’agit probablement de sa couverture, puisque les révolutionnaires ont rasé uniquement les sommets des tours. Le curé a payé à ses frais le joug et la corde de la cloche ainsi que les échelles du clocher. Les autres travaux restent souvent mineurs : de nouvelles chasubles, réfections de la sacristie, de la porte de l’église, ou encore de nouveaux chandeliers pour le sanctuaire… Quant à la cloche, un mystère demeure : quand a-t-elle été refondue ? Deux options sont possibles : en 1830, au profit d’une cloche plus grosse, ou alors en 1864. Dans le second cas, on l’aurait sans doute remplacée par une cloche équivalente et supplée par la cloche intermédiaire. 

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Mathilde

JB Pitton & F Bulliod

1830

110

~800

Mi 3

2

Odile

Paccard frères

1864

101

620

Sol 3

3

Colette

Paccard frères

1864

88,8

426

La 3

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Remerciements :
La commune et la paroisse d’Archamps.
M. Claude Mégevand, président de l’association « la Salévienne ».
M. Michel Brand, historien et ancien élu d’Archamps.

Sources & Liens :
« Gerbes de notes et documents », Mgr le chanoine Charles-Marie Rebord, 1922
« Dictionnaire du Clergé régulier et séculier du diocèse de Genève-Annecy de 1535 à nos jours », Mgr C.-M. Rebord, 1920
« Echos d’Archamps », revue paroissiale n° 6, 1941
« L’église à un nouveau clocher », bulletin municipal, décembre 1986
Registre des baptêmes de la paroisse d’Archamps 1800-1828, Archives départementales 74, côte 1J3080
Délibérations du Conseil Municipal d’Archamps 1860-1878, Archives départementales 74, côte E DEPOT 16/1 D
Les cloches du Canton de Genève, Auguste Cahorn, 1925
Inventaire sommaire des cloches de Haute-Savoie initié par Auguste Cahorn, 1887/1889
Commune d’Archamps
Paroisse Saint-Pierre-et-Saint-Paul en Genevois
Association la Salévienne
Archives historiques du diocèse d’Annecy
Matthias Walter, expert-campanologue à Berne (CH)
Relevé et clichés personnels
Fonds privés

Fillière – Eglise Saint-Martin (Saint-Martin-Bellevue)

A quelques kilomètres au nord d’Annecy, l’ancienne commune de Saint-Martin-Bellevue (aujourd’hui intégrée à Fillière) porte bien son nom. Son promontoire offre ainsi une vue à 360° sur les massifs environnants : les Bornes, le Salève, la Mandallaz ainsi que les Bauges et le lac d’Annecy. Le nom du village est aussi très bien connu des automobilistes qui franchissent régulièrement la gare de péage, à tort appelée « Allonzier-la-Caille », du nom de la commune voisine. Déjà à l’époque romaine, une voie importante traversait la localité pour relier Annecy à Genève. Son patronyme est à lui seul un gage d’ancienneté avec la référence à saint Martin, évêque de Tours au IVème siècle. Fêté le 11 novembre, c’est aujourd’hui l’un des saints protecteurs de la France, vénéré dans de nombreuses paroisses. 

Les savoyards n’ont aucune raison d’envier les normands et les bretons (ne fâchons personne !) car ils possèdent, eux aussi, leur propre Mont-Saint-Michel. Il ne s’agit cependant « que » d’une basse montagne du Massif des Bauges surplombant l’agglomération chambérienne. Mais les savoyards possédaient aussi, autrefois… le Mont-Saint-Martin ! Dans ce cas précis, ce n’est autre que le village que je vous propose de découvrir. C’est en effet en ces termes qu’est d’abord cité Saint-Martin-Bellevue, caractéristique par sa colline terminée, comme au Mont-Saint-Michel, par un lieu consacré. Il semble d’ailleurs que des nobles aient pris le nom de la commune entre le IXème et le XIIIème siècle, avant de rapidement passer la main à d’autres seigneurs. La commune prit ensuite le nom de « Saint-Martin-d’Annecy » puis, probablement après la Révolution, le nom de « Saint-Martin-en-Genevois », en référence à la province savoyarde dont elle fait partie, avant de devenir « Saint-Martin-Bellevue » en 1921, jusqu’à devenir commune déléguée de Fillière en 2017. L’église Saint-Martin et son clocher sont donc visibles à des kilomètres à la ronde ! Cet édifice remarquable est malheureusement très mal documenté. Son retable baroque qui fait la fierté du monument y représentant saint Martin évêque de Tours accompagnés du saint pape Urbain II et du saint roi Louis (ou Louis IX) préfigure d’un monument du XVIIIème siècle au moins, tout comme son architecture. L’édifice aurait été remanié par deux fois au XIXème siècle : entre 1824 et 1825 puis entre 1882 et 1885. En 1900, des travaux de restaurations sont envisagés sur l’église, le presbytère et le clocher. C’est une lettre de M. le Préfet en personne qui nous indique cet évènement. Peu d’autres informations nous permettent d’apprécier à sa juste valeur le monument qui trône au sommet de sa montagne.

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Le clocher, couronné d’un dôme et d’un clocheton abrite, comme beaucoup de villages du secteur, une sonnerie de deux cloches. Le fondeur de celles-ci est d’ailleurs relativement lié au village. Mais cette liaison n’est pas uniquement due aux deux cloches. Il faut remonter en 1693 pour mieux comprendre. Pierre Bertherat, natif du village, épouse Claudine Paccard de Quintal ! Il y avait tellement de « Bertherat » à Saint-Martin que le curé y a ajouté la mention « dit Paccard » pour ce couple et leur descendants. Le frère de Claudine, Claude-Antoine, eut comme descendant direct… Antoine Paccard ! Est-ce grâce à ce surnom que la commune s’est naturellement tournée vers cette famille de fondeurs de cloches ? Nul ne sait. Quoi qu’il arrive, en 1820, la paroisse souhaite refondre sa cloche. On ne sait pas quand elle a été coulée et quel est son poids de départ. La cloche, toujours en place, est signée « Paccard fondeur de Louis Frèrejean ». Il faut savoir qu’en 1796, Antoine Paccard lance sa propre fonderie mais ce dernier ira travailler à Lyon pour le compte de Louis Frèrejean, membre d’une grande famille de forgerons lyonnais. Ce dernier a racheté les forges de Cran (près d’Annecy) en 1817. Le directeur local de ces forges ne sera autre que Claude Paccard, fils d’Antoine et représentant de la seconde génération. Claude Paccard reprendra ensuite les rennes de la fonderie lancée par son père avant de la transmettre à la prochaine génération, Georges et Hyppolite-Francisque.

Il ne reste malheureusement que très peu de cloches antérieures à 1830 chez les Paccard. Antoine et ses fils étaient déjà activement à l’œuvre dans les années 1810, avec des livraisons à Taninges ou à Montriond. Mais ces cloches (assez imposantes, d’ailleurs) n’existent plus que dans les archives car dans le même siècle elles ont été refondues. Il ne reste que quelques reliques, dont deux cloches de 1817 à Lathuile et Quintal, et peut être d’autres cloches méconnues. Il n’est donc pas si imprudent que cela d’affirmer que la petite cloche de Saint-Martin-Bellevue compte parmi les plus anciennes encore en activité signées par la famille. Mais cette cloche, aux accents baroques, frappe par ces quelques défauts de coulées. J’ai pu compléter le relevé des inscriptions grâce aux psaumes latins, certains mots étant mal démoulés ou partiellement effacés. Heureusement, ses maximes en français ont été mieux réussies et nous permettent de connaître une partie de son histoire. La plus grosse est plus récente. Elle a été fondue en 1856 par la même fonderie. Un autre clin d’œil, car elle fait partie des dernières cloches coulées à Quintal avant la fermeture du four l’année suivante. Cette cloche d’environ 800 kilos est le fruit d’une souscription. Elle nous le dit sans détour « C’est pour la plus grande gloire de Dieu que les habitants de la paroisse de st Martin m’ont donné l’existence en 1856 » ainsi que son prénom, Claudine-Joséphine. Elle le doit à son parrain et à sa marraine, le chanoine Claude Deletraz et Josephine Berthod née Lugaz. Les deux cloches, installées dans un beffroi en bois, ont été motorisées en 1954. Depuis quelques années, elles bénéficient par bonheur de nouveaux battants en acier doux pour limiter leur usure et de nouveaux marteaux de tintements.

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Claudine Joséphine

Frères Paccard

1856

111,7

~800

Fa♯3

2

Paccard fondeur de Ls Frèrejean

1820

91,9

~450

Sol♯3

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Mes remerciements à :
La commune de Fillière et Mme Catherine Mercier-Guyon, maire-adjointe.
La commune déléguée de Saint-Martin-Bellevue.
Mon ami Claude-Michaël Mevs dit « Quasimodo » pour son aide technique et logistique.

Sources & Liens :
Dictionnaire d’Amboise, tome I : Les Pays de Savoie – Deuxième édition (1989)
La petite vache noire – les « Paccard » de Saint-Martin-Bellevue
Relevé personnel
Clichés personnel
Fonds privés

Villy-le-Bouveret – Eglise Saint-Pierre

Au cœur du plateau des Bornes se trouve Villy-le-Bouveret, c’est à dire le pays des bœufs. C’est en effet de là que la commune tire son nom : « Villicus » (fermier régisseur d’une grande ferme) et « Bovis » (les bœufs). S’il ne reste plus grand chose des multiples fermes que peut accueillir son territoire de 349 hectares, il n’en demeure pas moins un village offrant de magnifiques paysages sur tout le plateau des Bornes. Son chef-lieu, dominé par la flèche du clocher de l’église, est installé sur un promontoire le rendant visible de tous les villages voisin ou presque. Le territoire doit ses agréables reliefs aux différents ruisseaux et torrents qui la sillonne. Mais ils rejoignent tous rejoignent la rivière des Usses qui franchira plus en aval les magnifiques ponts de la Caille.

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L’église de Villy-le-Bouveret est dédiée à saint Pierre apôtre et selon la tradition premier pape de la chrétienté. Ce patronage à lui seul atteste d’une paroisse à l’histoire ancienne. Ce n’est pourtant qu’en 1411 qu’est cité le fait le plus ancien avec la nomination du curé J. de Pietra, mais rien n’empêche des évènements antérieurs. Le 29 juin 1581, la moitié du village est détruit par les flammes à cause d’un orage. Un acte notarié de 1582 recense d’ailleurs les dégâts sur la commune. Du côté de l’église, peu d’informations sont connues, si ce n’est que le 25 juillet 1486, un sanctuaire est consacré par Mgr François de Savoie. En 1897, on entreprend la construction d’une nouvelle église sous les plans de l’architecte Fontaine. Lors de la démolition de l’ancienne, on découvre la date de 1506 sur une pierre du chœur : elle marque probablement une restauration. Il faut aussi noter qu’il n’aura fallu qu’un an entre la pose de la première pierre et la consécration du nouveau lieu de culte par Mgr Isoard, évêque d’Annecy, le 4 août 1898. Dans cet édifice néogothique toujours existant, un importante campagne de restauration a eu lieu entre 1965 et 1971. Tout y est passé : l’ameublement, les peintures et même le clocher ! Cet aménagement a malheureusement dépouillé l’édifice de son mobilier préconciliaire.

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La belle flèche du clocher dissimule en son sein, trois cloches. « Barbara » est la plus ancienne. Elle porte la date de 1582. A ce moment-là, le village était en pleine reconstruction. On accorde à cette cloche le don d’éloigner les orages et sonne, encore aujourd’hui, à l’approche de nuages menaçants pour les détourner de la commune. D’autres disent qu’on la sonne pour préserver les récoltes. On raconte aussi que lors de la fonte de la cloche, la baronne du Turchet est venue avec son tablier rempli d’argent pour lui donner un son argentin et pur. La cloche a également été dédiée à sainte Barbe et porte l’inscription « la parole de Dieu demeure pour l’Eternité […] Dieu nous te louons » et les noms de Pingod et Bochet. Cette cloche, l’une des plus anciennes du département, est classée Monument Historique depuis 1943. Lors de la Révolution, elle a été enterrée dans un champ car les villageois ne voulaient pas qu’elle soit saisie pour être fondue. Sans doute qu’une autre cloche qui lui tenait compagnie a été envoyé à sa place car en 1796, Jean Sublet récupère à Bonneville une cloche d’occasion pour le clocher. Il est toutefois curieux qu’un villageois d’une commune du Genevois se rende à Bonneville, chef-lieu du Faucigny, une autre province savoyarde, pour récupérer une cloche alors que les communes alentours avaient déposés -puis récupérés- des cloches à Annecy, chef-lieu du Genevois. Mais en 1833 déjà, la cloche récupérée à Bonneville se fêle. Les autorités considèrent qu’ils est donc urgent de la remplacer mais aussi de l’augmenter car la « Barbara » ne suffit pas aux besoins de la paroisse. Le 7 septembre 1834, la commune passe donc une convention avec Claude Paccard pour refondre et augmenter la cloche cassée. Mais très vite, cette nouvelle cloche se trouve être au centre d’une importante discorde : MM. André Falconnet, conseiller municipal, et Maurice Sublet ont critiqués son arrivée, indiquant qu’elle n’est pas de qualité, qu’elle mettrait en péril le clocher et que le conseil pillent les modestes ressources de la commune. Les élus ont donc écrit à l’Intendant du Genevois (équivalent actuel du préfet) pour lui expliquer les faits, suppliant sa médiation. On apprend en fait que ces messieurs étaient les plus éloignés du clocher et voulaient, tout simplement, une cloche encore plus grosse pour l’entendre, mais sans sortir le moins centime de leur poche ! Presque deux siècles plus tard, on se rend compte que la cloche n’a pas été reprise : elle sonne même les angélus matin, midi et soir ! Enfin, en 1899, les frères François et Félix Bouchet offrent une troisième cloche pour équiper le nouveau clocher, en mémoire de leurs parents. Nommée « Françoise Félicienne Julie », elle pèse 834 kilos et marque, aujourd’hui encore, les heures. Outre les noms des élus et du conseil de fabrique, elle indique en latin qu’elle loue Dieu, convoque les fidèles, rassemble le clergé, embellit les fêtes et pleure les morts. Pour l’occasion, on installe sur la tour des cadrans d’horloge pilotés par un mouvement signé Mayet, horloger à Grenoble. Il est encore en place aujourd’hui, dans son jus, mais mis à la retraite car les cloches ont été par la suite électrifiées et des marteaux électriques marquent désormais le temps qui passe.

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Françoise Félicienne Julie G&F Paccard 1899 110,9 834

Fa 3

2

St Pierre Frères Paccard 1834 86,3 ~380 La 3
3 Barbara Inconnu 1582 63 ~130

Mi ♭ 4

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Mes remerciements :
M. Jean-Marc Bouchet, maire, pour son aimable autorisation
Mme Marion Lupkins, secrétaire de mairie, pour sa disponibilité et le prêt des clés.
L’association « la Salévienne » et Mme Nathalie Debize, pour la mise à dispositions d’archives historiques.
Mon ami Claude-Michaël Mevs dit « Quasimodo » pour son aide précieuse.

Sources & Liens :
Mairie de Villy-le-Bouveret
Archives départementales de Haute-Savoie
La Salévienne
Relevé et clichés personnels
Fonds privés

Excenevex – Eglise Saint-Symphorien

Une destination touristique
La seule plage de sable fin du plus grand lac d’Europe. C’est ce qui fait la réputation de la commune d’Excenevex. C’est grâce à sa position, en amont de la presqu’île du Léman, qu’à pu se former cette commune essentiellement forestière : avec l’apport des sédiments, grâce au courant du Rhône dans le plan d’eau. Le village se retrouve alors tiraillé entre cette presqu’île avec qui elle a fait un bout de chemin, d’une part, et le golfe de Coudrée qui la sépare de Sciez-sur-Léman avec qui Excenevex partage aussi une belle page d’histoire.

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Une église théâtre d’un ancien pèlerinage
La paroisse d’Excenevex est une fausse « jeune paroisse ». Le 23 décembre 1852, Mgr Louis Rendu l’érige en fait pour la deuxième fois ! Avant la Réforme en 1536, Excenevex était déjà une paroisse indépendante avec son église romane construite vers 1150. On raconte que ce sont les chanoines de l’Abbaye augustinienne de Filly, qui était jadis sur l’actuel territoire de Sciez, qui ont fondé cette chapelle dédiée à saint Symphorien d’Autun, jeune martyr des premiers siècles de la chrétienté. L’édifice a été tellement pillé et délabré par le passage des protestants au XVIe siècle qu’au siècle suivant, lors du retour du catholicisme, l’édifice est laissé dans cet état faute de moyens et les paroissiens sont forcés de se rendre à Yvoire, dont ils avaient ralliés la paroisse, pour assister à la messe. Après l’érection de la paroisse d’Excenevex en 1852, un premier curé s’installe en 1857 dans un presbytère flambant neuf. Le lieu de culte se devait d’être restauré voire reconstruit. La commune choisit à l’époque cette seconde option pour y réaliser une église néogothique. C’est l’architecte Auguste Pompée qui réalise les plans de ce nouveau sanctuaire bâti à la place de l’ancienne chapelle. Le chantier s’est étalé de 1862 à 1869. Mais seulement, à la fin du chantier, un problème majeur frappe de plein fouet toute la communauté : le clocher menace de tomber sur l’édifice. Il n’était autre la conséquence d’une période financière pas assez prospère pour un tel chantier : on manquait de fonds, mais on a quand même insisté pour mener à bien le projet d’église. Alors, le clocher a été déconstruit à la hâte en 1870 et on propose de remettre à plus tard ce chantier. Ce sera chose faire au début des années 1990, lorsqu’une association se mobilise pour donner à Excenevex son clocher dans le style de l’édifice afin de se fondre plus facilement dans le décors. Si l’extérieur donne fière allure à l’église avec des parements en pierres, il a été évidemment construit en béton, comme toutes les constructions ou presque de notre époque.
Consacrée sans clocher le 5 mai 1874 par Mgr Rendu, l’église d’Excenevex était jadis témoin d’un pèlerinage le 22 août, jour de la saint Symphorien. Une foule venait de tout le Bas-Chablais pour réciter le rosaire en faisant, sept fois, le tour de l’église. On racontait alors que c’était excellent pour soulager, voire guérir, les rhumatismes !

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Une renaissance campanaire
L’ancienne église comportait un clocher mur avec deux fenêtres, à l’image d’autres édifices du secteur comme les chapelles de Brécorens (Perrignier) et Mésinges (Allinges). On peut évidemment se dire qu’il a comporté des cloches par le passé. Les quelques cartes postales de cet édifice ne nous permet pas de vérifier correctement la présence d’une ou deux cloches avant la démolition de celui-ci.
En 1870, année de déconstruction du clocher, les établissements Paccard d’Annecy-le-Vieux vont fondre une cloche de 450 kilos baptisée « Françoise Pauline Symphorien », dédiée au patron du village. Cette cloche fondue sous l’épiscopat de Mgr Magnin, le mandat du maire Joseph Clerc et de l’abbé Joseph-Athanase Favre a été installée, faute de clocher, contre le chœur de l’église à l’endroit même où il devait s’élever. Elle était actionnée manuellement jusqu’à la construction de son actuel perchoir.
Lorsque l’idée de reconstruire le clocher apparait, deux synergies parallèles vont se mettre en place. La première apporte une seconde cloche de volée baptisée « Claudie Véronique ». Elle a été offerte par une poignée de donateurs. La cloche marque d’ailleurs sur ses inscriptions une certaine unité : 13 patronymes, suivi de la phrase « sous l’égide de la commune et de la paroisse d’Excenevex ». Cette cloche présente une particularité : il s’agit de la seule cloche d’église livrée par la fonderie Bollée d’Orléans pour la région ! Pourquoi ce choix ? Tout simplement la conséquence d’un appel d’offre passé pour l’occasion.
La seconde synergie autour de ce clocher est familiale. Jean et Yvonne Guyon ont souhaité offrir à ce nouveau clocher un carillon à l’occasion de leurs noces d’or. Ils ont choisi le chiffre symbolique de 17 cloches pour le nombre de petits enfants qu’ils avaient à l’époque. Inauguré à Pâques 1992, il comportait en réalité 19 cloches car deux autres ont été réalisés pour étoffer l’instrument : la première rend hommage à une poignée de religieux et la seconde à l’association initiatrice du nouveau clocher. Mais ce n’est pas tout : en 1994, la famille Guyon renchérit avec trois nouvelles cloches plus grosses, trait d’union entre les cloches de volée et les autres cloches du carillon. Elles sont dédiées aux saints Maurice, Barbe et Eugénie alors que les autres cloches ne présentent pas d’effigies religieuses mais un parrain ou une marraine et, tout de même, une devise religieuse. Ces trois cloches sont arrivées avec une quatrième. Dans le clocher, elle est installée à part, pendue à un joug et sur un beffroi indépendant, prête à sonner à la volée. Mais elle n’est pas électrifiée pour sonner comme tel. Il s’agit en fait d’une cloche fondue en 1993 pour un édifice religieux sur le continent américain. Mais faute de moyens, la commande de la cloche a été abandonnée et la fonderie s’est retrouvée avec cette cloche sur les bras. Elle a donc trouvé refuge au clocher d’Excenevex pour compléter le carillon, portant au nombre de 25 les cloches de la tour. C’est ainsi qu’en seulement quelques années, le patrimoine campanaire d’Excenevex est passé d’une seule cloche manuelle accrochée à quelques mètres de haut à un carillon de 23 cloches dans une tour, étoffé par deux cloches de volée électriques, le tout financé par de multiples personnes et la collectivité.

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Françoise Pauline Symphorien Paccard frères 1870 90,5 450

La 3

2

Claudie Véronique Bollée Orléans 1992 69 190 Do♯4
3 aucun Fonderie Paccard 1993 64,2 160

Ré4

Carillon Fonderie Paccard 1991, 1992, 1994

Ré♯4 chromatique Do6

 

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Remerciements
La municipalité d’Excenevex sous le mandat de Mme Chrystelle Beurrier, maire, et ses services administratifs.
La paroisse d’Excenevex et plus particulièrement M. Marc Mudry, en charge de l’église et de son carillon, pour les détails pratique.
La famille Guyon pour ses anecdotes sur la fonte du carillon d’Excenevex.
Je remercie également les personnes précitées pour la fournitures d’archives et de récits historiques sur le carillon.
Mon ami Claude-Michael Mevs dit « Quasimodo » pour son aide technique et logistique lors de cette visite.

Sources & liens
Mairie d’Excenevex
Paroisse de Sciez-sur-Léman
Ensembles campanaires en Rhône-Alpes, J-B Lemoine, 1994
Relevé sur site
Clichés personnels (sauf mentionné)
Famille Guyon

Vovray-en-Bornes – Eglise Saint-Christophe

Sur les contreforts du Mont Salève, célèbre montagne dominant Genève, Vovray-en-Bornes est un village d’environ 500 habitants qui est pourtant tourné vers Annecy et son lac. Essentiellement rurale, cette commune a les pieds dans les Usses, rivière qui prend sa source non loin de là. De nombreux pâturages et des forêts permettent aux métiers agricoles de perdurer. Mais la commune a surtout abrité pendant des décennies sinon des siècles plusieurs carrières de silice qui alimentaient jadis les grandes verreries françaises, italiennes et helvétiques. Le chef-lieu offre un panorama d’exception allant des montagnes du Chablais jusqu’au Bauges en passant par les Aravis et les Bornes, sans oublier la plus majestueuses de nos montagnes : le Mont-Blanc.

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L’église Saint-Christophe de Vovray-en-Bornes fait face à l’actuelle mairie. La flèche de son clocher semble se dresser là depuis l’éternité. Mais pourtant, c’est loin d’être le cas ! On apprend tout d’abord qu’en 1411, la paroisse dépend de sa voisine de Cruseilles. Une nouvelle église est consacrée en 1516 par Mgr Pierre Farfeni, évêque titulaire de Beyrouth et administrateur du diocèse de Genève. En 1607 saint François de Sales alors évêque de Genève visitera à son tour la paroisse et ne pourra que constater une pauvreté évidente dans la communauté. Au cours du XVIIIème siècle, de nombreuses réparations ont lieu dans l’édifice parmi un nouveau retable et clocher reconstruit après une tempête. A la Révolution, l’église est utilisée comme caserne par les révolutionnaires. Au Concordat, on ne pourra que constater que cette période a laissé des plaies indélébiles à l’édifice religieux. A la mort du curé Orsier en 1836, la commune et le conseil de fabrique reçoivent un leg en héritage pour reconstruire l’église qui était dangereuses depuis des années et animait les conversations locales. Mais la somme était si dérisoire qu’aucun entrepreneur n’a répondu à un appel d’offre, pensant avoir à faire à une mauvaise blague. Ce n’est qu’en 1838 que Jean-Marie Brand prend les choses en main et reconstruit l’église avec le peu d’argent à disposition. On lui ajoutera même deux chapelles latérales pour lui donner sa forme actuelle : une croix latine. En 1845, le clocher sera reconstruit à son tour. Mais il n’avait pas la forme que nous lui connaissons aujourd’hui : il sera réhaussé d’un étage en 1950, probablement pour lui donner encore plus d’allure. Dans l’ère du concile Vatican II, l’église sera profondément remaniée dans les années 1960. L’église aux accents baroques laissera alors sa place à un édifice plus « montagnard », même si l’on peut concéder qu’une telle restauration serait impensable aujourd’hui.

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Au début du XIXe siècle, la sonnerie de Vovray était constituée par plusieurs cloches, probablement trois. Si nous n’avons aucune informations sur celles-ci, une donnée s’est néanmoins glissée dans une lettre du curé Chaffard à destination de son évêque, Mgr Rendu. Ce dernier a demandé à l’ensemble de son clergé de lui faire part des us et coutumes des paroisses de son diocèse. Le curé de Vovray lui a alors répondu que « les préjugés consiste à croire que si l’on arrive pour sonner la petite cloche, avant que le nuage menaçant soit sur la paroisse, on parvient à détourner la tempête, quoique l’expérience leur prouve souvent le contraire. » Cette tradition semblait être commune à tout le plateau car un village voisin, Villy-le-Bouveret, utilisait aussi sa plus petite cloche à cet effet il y a quelques années encore. Mais revenons à Vovray. Lors de sa session de printemps, le conseil communal doit statuer sur la refonte de la grosse cloche. Le conseil délégué a passé une convention avec Claude Paccard pour la fonte d’une cloche de 750 kilos mais cette dernière à peine signée a été invalidée par l’intendant général du genevois. Il jugeait le conseil délégué incompétent et précisait que les frères Beauquis ont proposé une offre moins chère. Une solution est proposée par l’intendant : un appel d’offres. Le conseil communal obéit donc à son intendant et soumet la fonte de la cloche aux enchères au prix proposé par les frères Beauquis. Lors de clôture des dossiers, seuls ces derniers se sont positionnés. Mais voilà que le marché attribué, ils refusent d’exécuter la fonte de la cloche à ce prix sans une compensation financière ! La commune, très contrariée, donne donc pouvoir au syndic de passer une nouvelle convention avec Paccard. Cette dernière va entraîner de multiples échanges entre le conseil et l’intendance car elle déplore que la commune ne parle pas des offres plus intéressantes proposées par les frères Beauquis entre temps. Après maintes discussions, il s’est en fait avéré qu’il n’y avait jamais eu de telles offres. Pour la commune, le choix est simple : ils ont d’un côté un fondeur expérimenté et dont la réputation n’est plus à faire et de l’autre un fondeur qui apprend encore le métier, qui a déjà dû refaire plusieurs cloches et dont les méthodes leurs sont perçues comme malhonnêtes. Le 24 octobre 1854 est donc livrée par Paccard une cloche de 841 pesée à Annecy. Là aussi, la réception fit débat : pour l’intendant général, la réception n’est pas juste une vérification du poids, de la forme et de la sonorité de la cloche mais devait être faite par un homme de l’art avec la rédaction d’un rapport de réception. Seulement 18 mois après la livraison de la grosse cloche, la petite fêle à son tour. Les discussions seront nettement plus rapides : la commune souhaite directement passer une convention avec les Paccard en leur revendant le métal de l’ancienne cloche. Ils souhaitent aussi augmenter sa taille pour qu’elle soit en harmonie avec la plus grosse et cela engendre un coût supplémentaire même si les finances de la commune sont jugées saines. Le 21 octobre 1856, la cloche est réceptionnée et pesée : 538 kilos. Amenée à Vovray, elle sera « baptisée » le 29 octobre suivant en grande pompe en étant consacrée à l’Immaculée Conception avant d’être hissée au clocher. Deux ans plus tard, des nouvelles turpitudes campanaires sont annoncées : la troisième cloche était fêlée, soit trois fêlures en quatre ans ! Tout en achevant de payer la fonderie Paccard pour les deux grosses cloches, il faut penser à sa refonte. Ce sera chose faite entre 1860 et 1861 pour la fourniture d’une cloche d’environ 300 kilos. Mais cette fois, c’est la fonderie Beauquis qui effectuera le travail. Pourquoi un changement de fondeur après les péripéties des années précédentes ? Les archives ne le justifient en rien… Comme relaté plus haut, le clocher a été réhaussé en 1950. Sans rien toucher aux grosses cloches, on en profite pour refondre la troisième cloche et pour l’installer au dernier étage. Répondant au nom de « Marie Françoise » elle rend aussi hommage à la Vierge Marie mais cette fois-ci à son assomption. Elle commémore aussi le plus illustre des évêques de la paroisse, saint François de Sales. Né à quelques kilomètres de là, il a, comme tout bon évêque, visité la paroisse lors de son épiscopat. C’est cette année là que les cloches seront électrifiés et que des horloges sont ajoutées au clocher. Avec leur tonalité accordées, elles peuvent joyeusement carillonner les joies et les peines de la communauté.

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Vierge Marie Frères Paccard 1854 109,7 841

Fa♯3

2

Immaculée Conception Frères Paccard 1856 97 538 Sol♯3
3 Marie Françoise Fonderie Paccard 1950 84,5 ~350

La♯3

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Je remercie chaleureusement :
M. Xavier Brand, maire de Vovray-en-Bornes, pour son aimable autorisation.
Mme Odile Montant, conseillère municipale et en charge de l’église, pour son accueil, sa disponibilité et les sonneries spéciales.
La Salévienne, section des Bornes, et plus particulièrement Nathalie Debize, pour la fourniture d’archives historiques.

Sources & Liens :
Mairie de Vovray-en-Bornes
La Salévienne, section des Bornes
Vovray-en-Bornes
Fonds privés
Clichés personnels (sauf indication contraire)
Relevé personnel sur site

La Clusaz – Eglise Sainte-Foy

Dans la famille des grandes stations de ski savoyardes, je demande « La Clusaz ». Bonne pioche : je vous propose aujourd’hui de découvrir un clocher emblématique de notre région qui -à travers les époques- à servi tantôt de repère aux paysans avant de l’être pour les skieurs, amateurs des belles pentes du massif des Aravis. Comme son nom l’indique, le village se situe en amont d’une « cluse », c’est-à-dire un resserrement de la vallée creusé par le torrent du « Nom » prenant sa source au célèbre Col des Aravis, limite entre la commune avec celle de la Giettaz, en Savoie. Mais La Clusaz est également une commune à l’histoire singulière. Essentiellement agricole, elle s’organisait alors autour de son église. Celui qui trouvera des vielles cartes postale n’en croira pas ses yeux : hormis le haut clocher à bulbe, la transformation est flagrante ! C’est en 1902, grâce à l’ouverture d’une route touristique qui emprunte le col des Aravis que La Clusaz commence à développer les sports d’hiver et d’été. 5 ans plus tard, le premier concours de ski est organisé. Il sera le prélude à un fort développement aidé par des passages ponctuels du Tour de France, le développement d’importantes infrastructures sportives et une multiplication des lits touristiques : on en recense pas moins de 20’000 aujourd’hui !

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La paroisse de la Clusaz a vu le jour en des temps anciens, en témoigne son patronage : l’église est vouée à sainte Foy d’Agen, jeune martyr des premiers siècles chrétiens. Les archives laissent entendre que cette fondation est intervenue alors que le diocèse de Genève développait le culte à la sainte, aux alentours du Xe siècle. Une église est en tout cas attestée en 1285 et le 21 octobre 1470, Mgr Fichet consacre un nouveau maître-autel pour le sanctuaire. Divers noms ont alors attribués à la localité, l’avant dernier étant « La Cluse-Lieu-Dieu » accordé par les abbés de Talloires dont dépendait la paroisse jusqu’en 1772. Le clocher a connu cette période puisqu’il a été construit entre 1751 et 1762, du moins ses murs. Comme pour presque tous les autres clochers de la région, il a été décapité à la Révolution et le bulbe actuel a été reconstruit qu’en 1872. L’église, quant à elle, sera partiellement reconstruite et agrandie sur les plans du savoyard Camille Ruphy en 1821. De cette église consacrée le 29 mai 1829, il ne reste hélas rien. A la fin des années 1960, le monument représente un danger pour les fidèles qui s’y rendent. La fréquentation saisonnière importante ajoute à cet inconfort car l’édifice était également jugée trop petit lors des grandes célébrations. En 1971, une circulaire est envoyée à toutes les familles de la commune afin de statuer sur l’avenir du monument religieux : faut il le rebâtir ou le restaurer ? Deux devis sont alors établis : 900’000 francs pour le restaurer, tandis qu’une église neuve de 800 places coûtera 1’500’000 francs. Après moults discussions et recherche de fonds, elle est finalement détruite pour laisser place à un plus grand sanctuaire paroissial en conservant le clocher. Mgr Bernard Panafieu, évêque auxiliaire d’Annecy et futur cardinal en a béni la première pierre le 24 novembre 1974. Le 13 juillet 1975, Mgr Jean Sauvage, évêque d’Annecy, consacrera la nouvelle église toujours sous le vocable de sainte Foy. On notera quelques modifications majeures en plus du style contemporain : l’église est tournée de 180° pour que son entrée soit face à la grenette. La tour, jadis près du chœur, se retrouve plus valorisée en dominant la grande place au centre du village.

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Si la maçonnerie du clocher actuel date du milieu du XVIIIème siècle, c’est parce que la paroisse était motivée par ces travaux… et aidés par des exilés ! Lors de cette reconstruction, les natifs du village installés à Paris font une quête non seulement pour la tour mais surtout pour installer une grosse cloche ! En 1767, il est demandé à Jean-Claude Livremont, établi à Annecy, de fondre une cloche de vingt quintaux. La même année, ce fondeur réalisera également deux cloches pour la paroisse non lointaine du Grand-Bornand, autre sonnerie majeure des Aravis. Mais au bout de quelques décennies, le clocher voit arriver sa première épreuve : la Révolution. Son bulbe sera détruit afin d’être réduit à quatre murs et les cloches seront déposées puis emmenées à Annecy vers 1793/1794. En 1796 déjà, la ferveur est de retour à La Clusaz. Les 17 et 25 août 1797, deux nouvelles cloches sont fondues à La Clusaz : elles pesaient 23 et 4 quintaux. Le 23 octobre 1797, une horloge sonne à nouveau au clocher grâce aux cloches nouvellement installées et au don de Gabrielle Donze-Gargand.
Grâce aux dons de Pierre Avetan-Nicoud et à d’autres donateurs anonymes, on fond en 1852 à Quintal « Marie-Jacqueline », d’un poids de 800 kilos. Quatre années plus tard, c’est la grosse cloche qui prend à son tour le chemin du four des frères Paccard pour être augmentée. La commune financera cette opération avec une coupe de bois extraordinaire et une souscription volontaire. Elle revient bien plus imposante car elle a encore le titre de seconde plus grosse cloche des Aravis, après le bourdon du Grand-Bornand qui l’a devance d’environ 500 kilos.
En 1947, la commune fait électrifier les trois cloches alors estimées par le campaniste à 2’400, 800 et 300 kilos. Cinq années plus tard, la fonderie Paccard refond et augmente la petite cloche. S’agit-il de celle de 4 quintaux fondue en 1797 avec la grosse cloche ? La question reste en suspens. Une chose est sûre : on profite de cette refonte pour offrir au clocher une sonnerie beaucoup plus harmonieuse : la cloche moyenne accompagne sa petite sœur pour être réaccordée sans être refondue. Si elle perd quelques kilos suite à  son accordage (on meule son intérieur pour abaisser sa note) sa petite sœur aura résolument pris un petit peu plus de poids : près de 150 kilos ! Elle permet donc au clocher d’égrener un bel accord dit « Alléluia » avec le « la du diapason », le « fa » qui répondent au puissant « do » de la grosse cloche, grâce à son profil dit « renforcé » : c’est-à-dire que le rapport note/poids est plus important que celui de ses petites sœurs. 

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Foy Rosalie

Paccard frères

1856

156

2’300

Do 3

2

Marie Jacqueline

Paccard frères

1852

110,5

800

Fa 3

3

Jeanne Marie Gabrielle Yvonne

Fonderie Paccard

1953

89,9

460

La 3

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J’adresse mes chaleureux remerciements à :

  • La municipalité de La Clusaz et son maire M. Didier Thévenet, pour l’aimable autorisation.
  • Le centre technique municipal et son responsable, M. François Raget.
  • Le service bâtiments dont M. Stéphanic Eldin, pour l’accompagnement.
  • La paroisse Saint-Pierre-Favre en Aravis et les sacristains pour les sonneries spéciales.

Sources & liens :

Mairie de la Clusaz
40 ans de l’église de La Clusaz
Mémoires et documents de l’Académie Salésienne, Tomes 60 et 61 – Années 1942 et 1943
Fonds privés
Inventaire personnels
Anciennes cartes postales

Fillière – Eglise Saint-Maurice (Aviernoz)

A l’ouest du massif des Bornes, le village d’Aviernoz et ses 900 habitants ont rejoint en 2017 la commune de Fillière. Elle doit son nom à la rivière qui traverse ce grand plateau, trait d’union entre les lac d’Annecy et Léman.  Aviernoz s’organise dans un autre vallon creusé par un autre torrent, celui du nant de l’Aulp. Il est coincé entre la montagne du Parmelan (1856 mètres) et les Ollières, une des cinq communes de la nouvelle entité administrative. Avec cette dernière, Aviernoz a réalisé un véritable cheminement historique qui remonte a une période incertaine. Au XVème siècle, l’église se trouve près du ruisseau de Faty, au centre des territoires des deux communes qui se la partageaient. L’église était décrite comme simple et souvent en mauvais état lors des visites pastorales. En 1443, la direction spirituelle de la paroisse est déplacée aux Ollières : voilà qu’Aviernoz devient à son tour dépendante. C’est en 1682 qu’elle retrouve son autonomie avec la scission des deux communautés car entre temps, les Ollières à construit son propre sanctuaire également dédié à saint Maurice.  Mais cette première église d’Aviernoz que nous connaissons est entourée de mystères : des fouilles ont été organisées et aucun indice ne subsiste. Le cadastre de 1730 ne mentionne aucune construction également. On raconte que l’éloignement des églises avait posé de nombreux débats qui se sont parfois terminés en bagarres générales si bien qu’une forêt d’Aviernoz a été baptisée « le bois de la bataille « ! 

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En 1732, une mappe donne l’emplacement d’une église assez modeste au lieu-dit du « Crêt des Pierres ». Quand a-t-elle été construite ? Probablement après la séparation définitive de 1682. Elle se trouvait sur l’ancien cimetière encore matérialisé aujourd’hui par ses murs épais. L’historique de l’église avant la Révolution est méconnu. Mais des récits du curé Berlioz installé en 1785 nous racontent qu’à la Révolution le clocher a été décapité, les statues ont été brûlées et les citoyens montaient en chaire pour publier les différentes déclarations des Révolutionnaires ! La paroisse aura du mal a relever son édifice religieux après cette période tourmentée : l’évêque demande d’engager d’importants travaux à la cure, à l’église et au cimetière. La dernière réfection importante sera faite en 1829. Le 17 avril 1835, un Vendredi Saint, l’église subit un violent incendie. Le curé Domenjoud, nommé après cet incident, a enquêté et raconte qu’à l’issue de la célébration du matin, la lampe resta allumée près du reposoir vénéré ce jour là. Le grand vent qui régnait sur Aviernoz agita les rideaux qui ont été en contact avec la lampe. Devant l’impuissance de tous, l’église a été réduite en cendres. Aviernoz restera cinq ans sans sanctuaire car encore en 1838, aucune entreprise n’avait manifesté son intérêt pour le chantier en raison de l’accès difficile. Un nouveau débat s’ouvre alors : faut-il relocaliser l’église ? Finalement, elle ne sera déplacée que de quelques mètres et les travaux se dérouleront de 1840 à 1841. Les grandes sécheresses permettent aujourd’hui de dessiner le plan du sanctuaire et une croix marque, pour la postérité, l’emplacement de son chœur. Cette église n’a en fait servi qu’un demi siècle. On s’était très vite rendu compte qu’elle a été mal construite car des réparations sont à faire régulièrement. Finalement, en 1890, le conseil municipal étudie sa destruction au profit d’un nouvel édifice. Si le projet est très vite bouclé, ce n’est qu’en 1896 qu’il sera lancé et avec difficultés : l’évêque n’a pas été consulté pour son déplacement vers un autre hameau et se range derrière l’avis des paroissiens en y donnant un avis défavorable. Mais qu’importe, à partir de mai l’église est démolie sur ordre de la commune alors qu’elle est propriété de la paroisse ! Le nouvel édifice sera construit à 500 mètres de là, à côté de la mairie : c’est celui que nous connaissons aujourd’hui. Il sera achevé l’année suivante et donnera naissance à de nouveaux conflits entre les institutions civiles et religieuses. L’évêque devait la consacrer en 1901 mais la veille de la cérémonie il reçoit une lettre : le voilà interdit de pénétrer dans la commune ! C’est finalement son successeur qui le fera en 1932. Le sanctuaire a été construit dans un style néogothique et a été restauré en 1982. Elle se compose d’une nef unique et d’un transept qui accueille deux chapelles latérales. De part et d’autres du chœur, la sacristie et le clocher.

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Le clocher est doté d’une discrète horloge battant heures et demi-heures sur les deux cloches actuelles. L’histoire campanaire est malheureusement inconnue jusqu’à l’incendie de l’église en 1835. On sait simplement que la ou les cloches ont été la proie des flammes : leur bronze gisait au sol. Ce n’est qu’à partir de 1840 qu’on se préoccupe d’en commander une nouvelle. Pour ce faire on confie d’abord le métal restant à Claude Paccard, fondeur à Quintal. Après maintes discussion sur son poids, il réalisera une cloche de 952 kilos livrée le 25 août 1842. Cependant, la municipalité a complètement oublié de commander un beffroi pour la supporter ! Et les négligences ne s’arrêtent pas là : en 1850, le curé rappelle aux élus que le fondeur attend toujours son règlement. En 1877, au cours d’une mission, le curé de l’époque ouvre une souscription volontaire auprès des habitants pour commander une seconde cloche. Elle sera réalisée en 1878 par les frères Beauquis de Quintal. Il est inscrit sur celle-ci la mention suivante « sans impôt ». Elle ne restera pas longtemps dans le clocher de l’ancienne église car le 1er mai 1896, le maire ordonne la descente des deux cloches et compte bien faire appliquer sa décision aidé de deux gendarmes. Le trésorier de la paroisse s’y opposera « par la force ». Il finira menotté et emmené loin de l’église par la maréchaussée. La grosse cloche se retrouve fragilisée par ce déménagement. Au gré des sonneries dans son nouveau perchoir, elle se fêle et offre un son de plus en plus désagréable. Narcisse Métral-Bindoz, le sonneur, prit la peine de se rendre dans chaque foyer en leur priant de contribuer à la fonte d’une nouvelle cloche. Le succès fut double pour cet homme : on commande en 1956 à la fonderie Paccard une grosse cloche de 1500 kilos nommée « Marie Michel » et Narcisse en fut le parrain. Mais cette cloche a aussi sonné l’heure de sa retraite : on en profite pour doter le clocher de la fée électricité. Le texte de la grosse cloche le mentionne. Il indique également le nom du maire Marcel Ancrenaz, de son adjoint et des conseillers. On trouve aussi le nom de l’évêque Mgr Cesbron et du curé l’abbé Gerfaux. La cloche porte également la maxime certes classique mais ô combien significative « qu’elle pleure ou qu’elle chante, ma voix toujours prie ».

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Marie Michel

Paccard

1956

134

1500

Ré 3

2

Beauquis frères

1878

106.4

700

Sol 3

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Mes remerciements :
La commune nouvelle de Fillière et plus particulièrement Mme Catherine Mercier-Guyon, maire-adjointe.
La commune déléguée d’Aviernoz et plus particulièrement M. Yves Rubin-Delanchy, conseiller.
M. Bernard Convers, président de la Société d’Hisoire du Pays de Fillière, pour les informations historiques.

Sources & Liens :
Commune de Fillière
Bernard Convers, président de la Société d’Histoire du Pays de Fillière
Délibérations communales – Archives départementales de la Haute-Savoie
Clichés personnels (exception : vue aérienne des fondations de l’ancienne église – Bernard Convers)
Fonds privés
Relevé personnel

Annecy – Eglise Saint-Maurice (Pringy)

A quelques encablures du lac et de la vielle ville d’Annecy, la commune de Pringy a rejoint en 2017 avec quelques une de ses voisines la préfecture haut-savoyarde. Si elle fait désormais partie intégrante de la 29ème ville de France (en 2020), elle a été en réalité un village d’à peine 400 habitants jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. Cette localité très ancienne se trouve sur une colline délimitée par la rivière Fier et le Viéran, son affluent. Cette position permet à Pringy de bénéficier d’un bel ensoleillement qui a été prisé par plusieurs familles nobles qui y ont établis des places fortes. Il faut avant tout remettre les choses dans leur contexte : Annecy fut la capitale de la province du Genevois, avec comme épicentre le château de la vielle ville, résidence des comtes de Genève. Pringy se situait donc sur la route privilégiée entre deux cités importantes : Annecy et Genève. Cette route est déjà attestée à l’époque gallo-romaine ! Deux maisons fortes se sont installées à Pringy : le château de Promery et le Château de Monthoux. Au XIXème siècle, Pringy entame discrètement sa transformation avec la construction d’une voie de chemin de fer en 1884 et l’implantation d’une gare, toujours utilisée. Un énorme pont enjambe alors le Fier à la hauteur du hameau de Brogny, là ou quelques siècles auparavant est né un cardinal qui a murmuré à l’oreille des papes, Jean de Brogny. Au cours du siècle dernier, le tracé de l’autoroute passe de l’autre côté du bourg, et un échangeur sur la commune augmente considérablement son attractivité. En 1973, la commune de Pringy fusionne avec le celle de Ferrières, permettant à la commune de s’étendre vers la montagne de Mandallaz. De cette paroisse disparue à la Révolution ne subsiste aujourd’hui qu’une modeste chapelle.

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La paroisse de Pringy est dédiée à saint Maurice, patron de la famille ducale de Savoie. En 867, « Prinniacum » est donné à la famille de Thieteberge par Lothaire II, roi de Lotharingie. Toutefois, ce n’est qu’au XVème siècle qu’on commence à dessiner l’histoire d’une église paroissiale à Pringy avec des vitraux encore installés dans le chœur actuel. Deux siècles plus tard, elle est référencée dans le cadastre de Pringy. On peut imaginer de cet édifice un style roman avec des proportions semblables à l’église voisine d’Argonay. Des travaux sont faits sur cette église en 1703. En témoigne des gravures sur une pierre, toujours dans dans le chœur de l’église actuelle. Un clocher est ajouté à l’édifice en 1742. En 1826, le lieu de culte est la proie des flammes. Il sera profondément remanié et agrandi entre 1850 et 1860. Le style néogothique sera alors utilisé avec un chœur polygonal et une voûte caractéristique. En 1960, l’église est restaurée pour son centenaire et un narthex y est ajouté. En 1992, la flèche du clocher est déposée au profit d’une nouvelle charpente. Mais quatre ans plus tard, un tremblement de terre particulièrement violent détruit partiellement la voûte néogothique, qui sera aussitôt reconstruite avec soin, si bien que seuls les livres d’histoires portent la trace de cette secousse d’une magnitude 5,2 sur l’échelle de Richter !

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Tout comme l’église, l’histoire de la sonnerie est parsemée d’embûches. Ce n’est qu’en 1832 que la première mention d’une cloche est inscrite… sur la grosse cloche actuelle ! On imagine qu’en 1742, des cloches sont installées dans le nouveau clocher. Ces cloches, si elles n’ont pas été refondues à cause de fêlures, ont du être sacrifiées à la Révolution, comme l’histoire des communes nous l’apprend si bien, à presque chaque clocher. Comme indiqué précédemment, une cloche est fondue le 30 août 1832. L’actuelle grosse cloche reprend patiemment presque toutes ces inscriptions, sauf le fondeur qui n’est pas mentionné. C’est déjà un noble qui en a été le parrain : le Baron de Livet, résidant du château de Monthoux. Déjà, car en 1897, lorsque les cloches sont refondues, la petite cloche a été parrainée par le compte d’Asnières de Sales et un membre de la famille Raymond de la Grange. Ils ont tous les deux laissés leur blasons sur la petite cloche, en plus de leur nom.
Sur les 120’000 cloches réalisées par la fonderie savoyarde, elles comptent donc parmi celles… qui ont le moins voyagé ! A vol d’oiseau, la fonderie d’Annecy-le-Vieux ne se trouvait qu’à… 3’500 mètres ! La question reste à savoir : ont-elles pris le train d’Annecy à Pringy où se sont elles déplacées par les voies normales ? En effet, le principal argument de la fonderie Paccard pour un déplacement des fours de Quintal à Annecy-le-Vieux était le suivant : entre le second lieu et la nouvelle gare d’Annecy, les routes descendaient. Il était donc plus simple pour elles de rejoindre la voie ferrée. Quoi qu’il en soit, l’installation est encore « dans son jus ». Bien qu’électrifiées en 1933 déjà et figurant ainsi dans les premières sonneries électrifiées du département, elles ont conservées leur équipements d’origines : beffroi, jougs et ferrures. Seul le battant de la petite cloche vient d’être remplacé, cette dernière étant sollicitée quotidiennement pour les angélus : matin, midi et soir.

Nom Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

Fernande Marie 101 600 Sol 3
2 Françoise Marie Antoinette 80 300

Si 3

Georges et Francisque Paccard fondeurs à Annecy-le-Vieux 1897

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Mes remerciements pour cette visite :
La commune déléguée de Pringy pour les démarches, sous le mandat de M. Xavier Osternaud, maire délégué.
Le service patrimoine de la commune nouvelle d’Annecy et Mme Julie Leclerc, pour l’ouverture du clocher et son précieux temps accordé.
La paroisse Saint-Marc du Parmelan et son curé, l’abbé Gilles Chassé, pour les sonneries spéciales.
Mon ami Claude-Michaël Mevs dit « Quasimodo » pour l’aide apportée à la réalisation de ce reportage.

Sources & Liens :
Mairie d’Annecy
Eglise de Pringy
Clichés personnels
Fonds privé
Inventaire personnel avec le concours de Quasimodo Sonneur de Cloches.