Fillière – Eglise Saint Jean-Baptiste (Évires)

Quel conducteur n’a jamais redouté le col d’Evires après d’importantes chutes de neige ? S’il ne fait pas la terreur des cyclistes du Tour de France, c’est parce qu’il ne culmine « qu’à » 810 mètres d’altitude. Ce même col était déjà plébiscité par les Romains pour relier Annecy à Genève facilement. En 1824, la route nationale est inaugurée sur le col et dans les années 1880, de nombreux tunnels sont creusés pour installer la ligne de chemin de fer. Plus récemment, les ingénieurs autoroutiers ont à leur tour jetés leur dévolu sur ce secteur pour relier en moins de trois quarts d’heures ces deux mêmes villes. Cette portion autoroutière est passé au second plan depuis qu’un nouveau tronçon, plus direct, permet de faire le même trajet en seulement une demi-heure. Evires est un village majoritairement rural et se compose de pas moins de 40 hameaux répartis sur presque 20km² ! En 2017, la commune a rejoint la commune nouvelle de Fillière qui rassemble cinq anciennes localités répartis autour de la rivière « Fillière »… sauf Evires ! Mais sur son territoire coule le torrent de Daudens qui se jette dans cette rivière. Ajoutons qu’Evires se trouve sur la ligne du partage des eaux de l’Arve et du Fier, les deux principales rivières du département. C’est probablement la raison de son nom car « Evires » porte le suffixe « eve » signifiant « eau ». Mais on raconte aussi que le sol argileux est gorgé d’eau. Cette ligne de partage des eaux a également marqué, jadis, la limite entre les provinces du Faucigny (bassin versant de l’Arve) et du Genevois (bassin versant du Fier).

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La paroisse d’Evires « Aquaria in Bornis » est retrouvée dans les archives en 1411. L’évêque de Genève rend alors visite à une église qui mérite quelques travaux mais qui abrite quelques reliques de saint Loup. Au gré des visites pastorales, on apprend que les demandes de travaux faites par les évêques successifs ne sont pas toujours entreprises par la paroisse. Mais entre 1516 et 1518, l’évêque de Genève va prendre une décision plutôt étonnante : l’église, vétuste, doit déménager dans l’année. On n’en sait pas tellement la cause mais en 1527 est achevé le chœur de la nouvelle église, crucifiant alors l’ancienne qui était située au hameau de la Côte, de l’autre côté de la colline. Au XVIIème siècle, le révérend Jean-Gaspard Cochet, curé d’Evires, fonde la première école de la paroisse. En 1750, Pierre Cheneval, réputé pour sa conception de nombreux clochers prérévolutionnaires en Savoie, réalise les plans de celui d’Evires qui n’a malheureusement pas été épargné à la Révolution Française. Notons que la paroisse d’Evires est l’une des premières de la région a renouer avec la religion catholique à l’Epiphanie 1796 avec un prêche de l’abbé Amblet, curé de La Roche de retour après un exil au Piémont (Italie) pendant la Terreur. De cette période, de nombreux objets de culte ont été cachés et retrouvés bien plus tard. Mais on peut supposer sans trop d’hésitation que l’église était dans un état délabré après cette période sombre. Les archives municipales nous racontent que dans les années 1820, des réparations sont faites à l’église. En 1832, on lui donne un nouvel autel. Dès 1838, un chantier de réhabilitation se prépare : le toit et le clocher sont en mauvais état et l’église est jugée trop petite. On lui ajoutera une tribune et on réparera ce qui doit l’être. De nouveaux travaux de la même nature sont à nouveau entrepris et réceptionnés en 1851. Quoi qu’il en soit, 15 ans plus tard, l’église est intégralement reconstruite dans le style néogothique avec une plus grande capacité d’accueil pour le millier d’habitants. Si les travaux sont achevés en 1867 déjà, l’évêque d’Annecy Mgr Isoard ne consacrera le lieu de culte que le 18 novembre 1888. Mais le clocher n’avait pas suivi cette reconstruction : il était encore trop petit. Les cloches, accrochées guère plus haut que la tribune ne pouvaient être entendues de tout le village et assourdissaient les fidèles. Pour donner à l’église une fière allure et remédier à ce problème, il sera réhaussé de 11 mètres en 1965. L’ancienne chambre des cloches est encore visible aujourd’hui avec des baies géminées.

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Il est malheureusement difficile de trouver des archives relatant l’histoire ancienne de la sonnerie d’Evires. Le seul témoignage est donné par la cloche numéro trois. Donnant le « la » du diapason, elle date de 1678… ou presque ! Elle a en effet été refondue en 1965 lors de l’élévation du clocher. On constate -non sans un certain plaisir- qu’une partie de ses inscriptions ont été reproduites à l’identique. On lit ainsi une dédicace à saint Jean-Baptiste ainsi que ses parrain et marraine. Sur la robe de la cloche, on peut contempler un joli texte rappelant son histoire et les évènements qu’elle a connu : Révolution, séparation de l’Eglise et de l’Etat et les guerres. Avec elle, « Dorothée » est venue prendre place dans le clocher pour former une sonnerie de quatre cloches. Dédiée à saint André apôtre, elle rend grâce pour tous les prêtres natifs d’Evires et leur famille, tout en priant pour les vocations. Elle est le fruit d’une souscription dans le village. Comme il y a quatre cloches, il faut présenter les deux autres : Marie-Françoise et Mélanie. La première est la plus grosse. Elle a été fondue en 1875 par les frères Paccard d’Annecy-le-Vieux. Elle en remplace une autre, plus petite et fêlée. On raconte à tort qu’elle s’appelle « Andréanne » en raison de sa marraine qui serait autour d’une morbide histoire. Alors que son mari, parrain de la cloche, et elle tentent d’assommer eux-mêmes un cochon pour ne pas payer le service d’un boucher, elle manque involontairement, bien-sûr, la tête de l’animal et assomme de toutes ses forces son mari qui décèdera sur le coup. On raconte aussi que dans un élan de chagrin, elle légua une partie de sa fortune à l’église d’Evires qui fit d’elle et son défunt mari parrain et marraine de la nouvelle cloche. Mais cette dernière nous apprend cependant que ce sont Pierre-Joseph Tissot et son épouse Marie Clerc qui ont financé les deux tiers de son existence ! Elle arbore aussi de nombreuses inscriptions latines, le blason de saint François de Sales (né à quelques kilomètres de là), ainsi que la Vierge, saints Joseph et Jean-Baptiste. Quant à Mélanie, la plus petite, elle a été livrée en 1889, soit quelques mois après la consécration de l’église. Elle a été installée sous le mandat du curé Gaillard et du maire Emile Mugnier, parrain de la cloche. Mélanie Luiset, sa femme, en est la marraine. Lors de l’élévation du clocher, elles se sont hissées de plus de huit mètres vers une nouvelle chambre des cloches plus vaste et ouverte sur l’extérieur. Pour accueillir la nouvelle cloche « Dorothée » le beffroi a été remplacé par une charpente en acier. Seul témoin de l’ancienne installation, le joug de la grosse cloche a été « converti » en siège pour le célébrant dans le chœur de l’église, face à une cloche de sacristie également fondue par les ateliers Paccard.

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg)

Note

1

Marie Françoise Paccard frères 1875 150,3 2’069 Do 3
2 Dorothée Paccard 1965 109,6 800

Fa 3

3

St Jean-Baptiste Paccard 1965 89,2 450 La 3
4 Mélanie G&F Paccard 1889 59,8 120

Mi 4

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Je remercie chaleureusement :

  • La commune de Fillière et plus particulièrement Catherine Mercier-Guyon, maire adjointe.
  • La commune déléguée d’Evires et plus particulièrement Christine Dupont, maire déléguée.
  • Gabriel Maulet (†) sacristain de l’église d’Evires.
  • Le Dr Matthias Walter et Claude-Michael Mevs pour l’aide à la réalisation de ce reportage.

Sources & Liens :

Mairie de Fillière
Bulletins paroissiaux (articles de Gabriel Maurlet)
Echos de mémoires Eviroises, 2013, Catherine Sondaz
Groisy à travers le temps, Anne-Marie Chappaz-Cheneval
Bernard Convers, président de la Société d’Histoire du Pays de Fillière
Délibération communales de la commune d’Evires conservées aux archives départementales de la Haute-Savoie
Clichés personnels
Fonds privés

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