Annecy – Eglise Saint-Maurice

A la découverte de la Venise savoyarde
Annecy, préfecture de la Haute-Savoie, doit une grande partie de son attractivité à son cadre naturel exceptionnel entre le lac d’Annecy et les montagnes alpines, ainsi qu’à sa proximité avec Genève. Son centre ancien, traversé par le Thiou et dominé par le Palais de l’Isle, témoigne d’une histoire ancienne : après des occupations préhistoriques et le vicus gallo-romain de Boutae dans la plaine des Fins, détruit lors des invasions, la population se replie sur la colline d’Annecy-le-Vieux avant la fondation d’« Annecy-le-Neuf » au XIᵉ siècle autour du Château d’Annecy.
Devenue capitale des comtes de Genève puis intégrée à la Maison de Savoie en 1401, la ville acquiert une importance religieuse majeure au XVIᵉ siècle lorsque l’évêque de Genève s’y réfugie après la Réforme. Elle devient alors un centre de la Contre-Réforme, marqué notamment par l’action de saint François de Sales. Transformée au XIXᵉ siècle par l’industrialisation, l’arrivée du chemin de fer et l’aménagement urbain, Annecy poursuit ensuite son développement touristique et économique, jusqu’à devenir aujourd’hui une ville dynamique de plus de 130 000 habitants après sa fusion avec cinq communes limitrophes en 2017.

Pour une introduction complète, se référer à l’article sur la cathédrale Saint-Pierre d’Annecy.

Le vœu du cardinal de Brogny
Jean Fraczon, dit Jean Allarmet de Brogny, est un grand homme d’Église né en 1342 au hameau du Petit-Brogny, dans une famille de paysans aisés. Il étudie à Genève puis à l’université d’Avignon, où il obtient un doctorat en droit et entame une carrière ecclésiastique. Créé cardinal en 1385, il cumule plusieurs charges importantes, lui permettant de percevoir de nombreux revenus, et devient l’un des hommes forts de l’Église durant plusieurs décennies. Pendant le Grand Schisme d’Occident, il exerce de hautes responsabilités qui contribuent à maintenir une certaine continuité dans le gouvernement de l’Église. Il joue notamment un rôle majeur au Concile de Constance (1414-1418), qui met fin au schisme avec l’élection du pape Martin V. Il meurt à Rome en 1426 après avoir fondé plusieurs institutions religieuses et éducatives, notamment un collège pour étudiants pauvres à Avignon. Parmi ses largesses, le couvent des dominicains d’Annecy — devenu l’actuelle église paroissiale Saint‑Maurice — en fait partie. C’est en effet lui qui implantera cette communauté dans sa ville natale, après avoir obtenu du pape Martin V l’autorisation d’installer un des ordres mendiants dans cette cité en plein essor. Mais cette fondation interroge, car les dominicains avaient tendance à s’installer deux siècles auparavant dans des villes bien plus importantes que l’était Annecy au XVe siècle, avec moins de 1’500 habitants en 1412. Brogny coucha alors cette communauté nouvelle sur son testament, pour que la moitié de son héritage leur soit attribué pour l’entretien du couvent et l’acquisition de livres, ornements vêtements liturgiques. En retour, le couvent devra dire une messe des morts chaque jour.

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La plus vieille église d’Annecy
Dès 1422, on se met à la tâche pour construire une église conventuelle. Mais la mort du cardinal, en 1426, sembla freiner la construction de l’église, qui n’était alors guère avancée. Les dominicains ne reçurent du défunt que 2 000 florins, un calice d’argent et quelques ornements pour l’église. C’était toutefois sans compter sur d’autres nobles des environs qui donnèrent à leur tour de quoi achever la construction. Il convient toutefois de préciser que les frères, surpris par le décès brutal de leur bienfaiteur et par la modicité de l’argent reçu à cette occasion, furent contraints de revoir leurs ambitions à la baisse. C’est finalement le 14 septembre 1445 que l’église est consacrée sous le vocable de Saint-Nicolas, bien qu’elle soit encore inachevée : il fallait en effet poursuivre parallèlement la construction du couvent, et la communauté devait donc orienter les fonds au gré des urgences. Lors de la construction du clocher, on remarqua rapidement que celui-ci penchait vers le nord et entraînait avec lui tout le chœur de l’édifice. Les travaux furent alors suspendus pendant un temps, par crainte que le chœur ne s’effondre. Deux témoins de cet épisode subsistent encore aujourd’hui : la base du clocher, inclinée, ainsi que le chœur de l’édifice, notamment les piliers penchés, visibles à l’œil nu. Si l’œuvre initiale se voulait grandiose, les frères durent se contenter, dans un premier temps, d’une simple nef couverte d’une charpente rudimentaire, avec un jubé séparant la nef du chœur, des stalles et un sanctuaire pour la célébration de la messe. À la fin du XVe siècle, les travaux s’accélèrent avec l’édification de chapelles latérales au nord et, grâce à l’important legs de Jean Magnin, la construction d’une voûte gothique, comme le stipulait son testament de 1493. En 1507, la construction du clocher est reprise. Détruit à la Révolution — seule sa base des XIVe et XVe siècles a été conservée —, il n’est connu aujourd’hui que par quelques illustrations sommaires : les deux derniers niveaux étaient percés de trois baies et un discret clocheton, posé sur un toit à quatre pans, soutenait une flèche élancée vers le ciel. Dans l’église conventuelle achevée, plusieurs modifications seront apportées au fil du temps. Nous en détaillerons quelques-unes, comme par exemple l’ajout d’un orgue sur le jubé en 1557. Cette installation nécessita la construction d’une chaire pour les prêches, qui se faisaient alors depuis ce même jubé. Si l’édifice gothique « savoyard » ou « tardif » possède quelques touches baroques — comme le retable de la chapelle de Savoie-Luxembourg dédiée à la Vierge —, le XVIIIe siècle, dernier de la présence des dominicains à Annecy, fut en effet très prospère pour la communauté.

De Saint-Dominique à Saint-Maurice
En 1792, la Révolution entre en Savoie. Il est rapidement décrété que les communautés religieuses sont dissoutes et que leurs biens sont confisqués. Les dominicains sont alors chassés de leur couvent, sans jamais pouvoir y revenir. Pendant quelques mois, l’église Saint-Dominique accueille la communauté paroissiale d’Annecy : l’ancienne église Saint-Maurice, située à l’ombre du château, a été interdite d’accès car elle menaçait ruine. Cette dernière ne se relèvera d’ailleurs pas des épreuves que toutes les églises durent alors subir, à Annecy comme ailleurs. L’interdiction du culte donne bientôt à l’église Saint-Dominique un tout autre usage : son chœur est transformé en fenil militaire. Devenue propriété communale, l’église subit de nouvelles transformations imposées par l’époque. Son clocher — le dernier de la ville à subsister — est finalement rasé à hauteur de la nef. Celle-ci abrite d’ailleurs pendant quelque temps la guillotine révolutionnaire, qui ne sera toutefois jamais utilisée. L’édifice est ensuite transformé en grenette municipale. Rendue au culte au début du XIXᵉ siècle, l’église devient alors l’une des deux églises paroissiales d’Annecy avec l’actuelle cathédrale. L’ancienne église des dominicains prend ainsi le vocable de Saint-Maurice, prolongeant l’histoire de la paroisse primitive et de son église disparue. La première décision du nouveau curé, l’abbé Bouvet, est de faire détruire le jubé afin d’acter la transformation de l’église conventuelle en église paroissiale. C’est sous son ministère que l’édifice retrouve progressivement ses lettres de noblesse grâce à une première restauration générale. En 1822, un séisme endommage l’église et contraint la municipalité à entreprendre d’importants travaux. L’achèvement d’un nouveau clocher, en 1827, marque la renaissance de l’église Saint-Maurice. Malgré ces travaux, l’édifice continue de subir le poids des siècles et les atteintes du temps. Une grande restauration est ainsi menée entre 1848 et 1849 afin de le sauver d’une ruine certaine. Un orgue Merklin est installé sur la tribune grâce à un legs du curé Jorat, décédé en 1868. En 1875, l’église fait l’objet d’une nouvelle restauration importante destinée à la préserver. Plusieurs projets sont alors proposés pour transformer son aspect, mais aucun ne sera finalement retenu. En 1897, l’église reçoit un décor peint. Puis, en 1956, une nouvelle restauration majeure épure l’intérieur de l’édifice. L’orgue est reconstruit en 1967 par Athanase Dunand, facteur d’orgues à Lyon. Par la suite, la municipalité entretient l’église, bon an mal an, jusqu’à la dernière grande campagne de restauration. Après deux années de travaux et trois millions d’euros investis, l’édifice est rouvert au culte le 11 septembre 2016.

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L’ensemble campanaire à l’épreuve de la Révolution
Des cloches contemporaines des Dominicains, nous ne savons presque rien. On sait toutefois qu’au moment de la Révolution, cinq cloches furent descendues du clocher. Leur destin fut funeste : elles furent brisées et destinées à la fonte. L’une d’elles, pesant 230 livres, prit ainsi la route de Pont-d’Ain le 10 mars 1794, accompagnée de 4 212 livres de bronze provenant de cloches déjà brisées. L’année suivante, le 3 août 1795, dix quintaux de bronze furent encore remis au citoyen Goldschmidt, qui venait d’établir une manufacture de limes dans les anciens bâtiments conventuels. Il est toutefois difficile d’affirmer que ces quantités de métal provenaient exclusivement des cloches de Saint-Dominique. En effet, toutes les cloches d’Annecy et des paroisses voisines étaient alors destinées à être rassemblées sur la place de la Liberté, au pied du clocher de Notre-Dame-de-Liesse, avant d’être fondues. Cette place existe toujours aujourd’hui, bien qu’elle ait repris le nom de l’église qu’elle dessert : la place Notre-Dame. Ainsi, les cloches de Saint-Dominique semblaient promises à disparaître à jamais. Une seule, la plus grosse, connut pourtant un destin différent.

Le jeu des chaises musicales
Attardons-nous alors sur cette grosse cloche. Son histoire remonte au 13 juin 1768, date de sa bénédiction. Nul doute qu’elle en remplace une plus ancienne qui fêla peu de temps avant. Elle eut pour parrain le marquis de Sales. Le nom de son fondeur ne nous est pas parvenu ; toutefois, tout porte à croire qu’elle sortit de la main de Louis Léonard de Morteau (25), qui réalisa la même année deux cloches pour la collégiale Notre-Dame-de-Liesse. Au moment de la Révolution, la cloche fut transportée et placée au sommet du clocher de l’ancienne collégiale afin de rythmer la vie municipale. Elle était alors réputée « de toute grandeur », c’est-à-dire de très forte dimension. Les événements révolutionnaires ne l’épargnèrent pas entièrement : elle en conserva quelques balafres. Malgré cela, elle continua de sonner pendant près d’un siècle encore, jusqu’en 1878, année où elle fut refondue et considérablement agrandie, atteignant le poids vertigineux de 5 105 kilogrammes. Le poids de l’ancienne cloche de Saint-Dominique nous est connu grâce aux échanges conservés entre la fabrique de Notre-Dame et la fonderie Paccard, chargée de sa refonte : elle pesait alors 2 021 kilogrammes.

À l’inverse, en 1807, le curé Bouvet réclama une cloche qui gisait alors au pied du clocher de l’ancienne collégiale Notre-Dame-de-Liesse. Fondue en 1561 par François Sermond (ou Franz Sermund), originaire de Bormio, en Valteline, et établi à Berne, où il se distingua par la fonte de remarquables cloches suisses encore conservées aujourd’hui. Elle constituait alors la seconde cloche de l’ensemble campanaire de la collégiale avant la Terreur. La collégiale ayant été dissoute et ses ruines se trouvant alors sur le territoire de la paroisse de Saint-Maurice, le curé s’appuya sur un décret de Napoléon, daté de 1805, pour en exiger l’installation dans son clocher. Il obtint cette faveur en 1807. Nous ignorons toutefois ce que devint la cloche durant les deux décennies suivantes, avant qu’elle ne rejoigne son perchoir définitif dans le clocher achevé en 1827. Cette belle cloche porte, en latin, la maxime suivante : Mentem sanctam spontaneam, honorem Deo et patriae liberationem, que l’on peut traduire par : « Un esprit saint et spontané, l’honneur à Dieu et la libération de la patrie ». Cette devise, traditionnellement attribuée à sainte Agathe, se rencontre fréquemment sur les cloches de cette époque en Pays de Savoie. La mention de la « libération de la patrie » renvoie certainement à la restitution des terres savoyardes intervenue en 1560, après leur occupation par le roi de France depuis 1536. La cloche a malheureusement perdu deux anses et présente des bords très ébréchés, sans doute les cicatrices laissées par la période de la Terreur et par ses déplacements entre les deux clochers. Ces blessures n’altèrent toutefois pas la puissance et la beauté de sa tonalité. Outre ses qualités sonores, la cloche offre également un décor remarquable pour qui peut l’observer de près. On y voit saint Antoine ou encore les armes de la collégiale — l’étoile à huit rais — surmontées d’un beau crucifix. Une grande croix florale domine également le cartouche du fondeur. Au pied de celui-ci figure un petit animal que l’on interprète tantôt comme un lézard, tantôt comme une salamandre. L’inscription, placée au sommet de la robe, est parfaitement lisible et les lettres sont d’une grande netteté, ce qui est assez rare pour une cloche du XVIᵉ siècle. La cloche fut tournée d’un quart de tour, probablement à la fin du XIXᵉ siècle, afin d’éviter une usure excessive des mêmes points de frappe qui aurait pu provoquer une fêlure. C’est de cette époque que datent aussi son joug en bois et son battant, quoique ses ferrures de fixations aient été refaites il y a pas si longtemps. Ce remarquable objet est classé monument historique depuis le 2 août 1911. Ce n’est toutefois pas la plus ancienne cloche d’Annecy, titre qui revient à l’ancienne cloche de la porte Sainte-Claire, datée de 1556 et coulant aujourd’hui une retraite paisible dans les réserves du château d’Annecy.

La grande cloche, provenant de Notre-Dame-de-Liesse :

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La reconstruction du clocher et la fonte contestée d’une cloche
Comme indiqué plus haut, le clocher fut rasé jusqu’à la hauteur de la nef durant la Révolution. Sa reconstruction ne fut véritablement envisagée qu’au cours des années 1820. Les plans de Louis Ruphy donnèrent à la nouvelle tour une esthétique pleinement inscrite dans son époque : son style s’éloigne nettement de la nef gothique pour adopter un langage résolument néoclassique. Si ce clocher peut rappeler celui de la cathédrale Saint-Pierre, l’impression n’est pas trompeuse : l’influence est bien réelle, et la plume de l’architecte également. À l’étage des cloches, la tour s’ouvre par trois baies à l’est et à l’ouest, tandis que les faces nord et sud sont percées d’une élégante serlienne, motif cher à Ruphy. L’ensemble est couronné par un charmant dôme qui achève d’élancer la silhouette du clocher. Pour garnir cette nouvelle tour, le curé Bouvet entreprit la fonte d’une seconde cloche, bien qu’il estimât qu’une église de cette importance devrait en posséder quatre. Afin de réduire la dépense, il décida d’utiliser une cloche remisée qui appartenait alors à la paroisse de Gevrier. Il faut rappeler que cette paroisse avait été supprimée à la Révolution et que ses biens avaient été transférés à la paroisse de Saint-Maurice. L’histoire de cette cloche est toutefois singulière. Datée de 1639, elle n’avait en réalité pas été coulée pour Gevrier, mais pour une autre église dédiée à saint Étienne, celle de Dingy-Saint-Clair. Comme beaucoup d’autres instruments d’airain des environs, elle fut déposée à Annecy lors de la centralisation des cloches ordonnée à l’époque révolutionnaire. Dès 1796, les paroissiens de Gevrier la récupérèrent. La présence sur la cloche du nom de saint Étienne, patron de leur paroisse, a sans doute favorisé — ou du moins facilité — cette attribution erronée, tandis que ses parrain et marraine attestaient de son appartenance à l’église de Dingy. Lorsque le curé Bouvet décida de la récupérer, les paroissiens de Gevrier s’y opposèrent vivement. Malgré ces protestations, il obtint néanmoins la cloche et la fournit aux fondeurs. L’affaire ne s’éteignit pas pour autant : les habitants de Cran tenteront encore à plusieurs reprises d’en revendiquer la restitution, notamment lors de la création d’une nouvelle paroisse sur leur territoire en 1869. Pour financer la cloche fondue en 1826, le curé Bouvet apporta également 596 livres d’airain provenant d’une cloche cassée, ce qui permit de réduire quelque peu la dépense. Malgré ces apports de matière et quelques dons, la somme nécessaire ne fut pas immédiatement réunie, et la cloche demeura hypothéquée les années suivantes. Le curé s’en inquiétait d’ailleurs dans sa correspondance, indiquant encore en 1829 que les créanciers se réservaient même le droit de vendre la cloche si le paiement venait à paraître compromis. Cette cloche, d’un style encore marqué par le baroque, fut fondue le 6 juillet 1826 par Claude Paccard, à Quintal. Elle ne fut cependant bénie que le 29 juin 1827. Les inscriptions sont en relief uniquement pour la maxime latine — tirée du psaume 150 — ainsi que pour le nom de la paroisse et le début de la mention des parrains et marraines. Le reste des inscriptions, notamment les noms des bienfaiteurs Pierre-François et Sophie de Sales, a été ajouté ultérieurement par un certain Guillot. La cloche est également ornée de plusieurs figures : un Christ, une Vierge à l’Enfant, ainsi qu’un évêque mitré et crossé, très probablement François de Sales.

La cloche de 1826 :

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Deux cloches, deux fondeurs, une seule année
Avant de clore cet article, il convient de présenter les deux plus petites cloches de l’église. Toutes deux portent la même date : 1867. Leur origine diffère cependant. La plus petite fut fondue à quelques kilomètres de là par les frères Paccard, tandis que l’autre — plus imposante — provient d’Unieux, dans la Loire. Elle fut réalisée par les aciéries Holtzer et présente une particularité notable : il ne s’agit pas d’une cloche en bronze, mais en acier. Si l’inventaire des cloches de Haute-Savoie demeure encore incomplet à l’heure où ces lignes sont écrites, les exemples de cloches en acier semblent particulièrement rares dans nos vallées. À ce jour, les deux seuls autres exemplaires identifiés auraient été réalisés la même année pour l’église de Ville-en-Sallaz, ce qui souligne le caractère singulier de la pièce conservée ici. La comparaison entre les deux cloches se révèle d’ailleurs instructive. L’emploi de l’acier répondait avant tout à une logique économique : nettement moins coûteux que le bronze, ce matériau permettait aux paroisses de se doter d’une cloche de dimension plus importante à moindres frais. Ce choix n’était toutefois pas sans contrepartie. Avec le temps, la cloche d’acier a sensiblement moins bien vieilli : la corrosion y progresse aisément et altère progressivement l’instrument. Sur le plan sonore également, la différence est perceptible : le timbre se révèle plus sec, et la résonance sensiblement plus brève que celle d’une cloche de bronze. L’ornementation elle-même traduit cette fabrication plus industrielle. La cloche d’acier, décorée d’une croix et d’une silhouette évoquant la Vierge à l’Enfant, ne porte aucune inscription véritable, sinon la signature du fondeur. La plus petite cloche — aujourd’hui inutilisée en raison de ses dimensions modestes — se montre quant à elle plus diserte. On peut y lire l’inscription suivante : « Paroisse de Saint-Maurice d’Annecy – Révérend F. Jorat, curé », suivie de la signature des fondeurs. Ajoutons que le chanoine François Jorat, curé de Saint-Maurice de 1858 à sa mort en 1868 fit des fondations pieuses pour sa paroisse. Ainsi s’achève la présentation de l’ensemble campanaire. On ne manquera pas d’y voir un discret clin d’œil de l’histoire : les aciéries Holtzer coulèrent ici une cloche pour une paroisse voisine de celle que fréquentait alors la famille Paccard, dont la fonderie allait bientôt s’imposer parmi les plus importantes de France. Cette cloche est d’ailleurs isolée des trois autres, séparée par une travée vide dans l’imposant beffroi, prêt à accueillir de nouvelles cloches. Les trois cloches de bronze se partageant alors les deux travées sud du beffroi : la grosse cloche seule, et les deux cloches Paccard dans la travée sud, la cloche de 1826 légèrement déportée vers l’ouest, laissant alors la place à la plus petite qui sonne dans l’axe perpendiculaire des autres, ne demandant qu’une nouvelle corde pour se joindre aux carillons de ses grandes sœurs.

La cloche Holtzer, en acier :

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La petite cloche inutilisée :

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Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Franz Sermund 1561 146,5 ~1950 Ré 3
2 Claude Paccard 1826 108 ~800 Sol 3
3 Jacob Holtzer 1867 85,5 ~250 Si 3
4 Paccard frères 1867 41 ~50 La 4

Mes remerciements nourris à :

  • Le père Vincent Rossat, curé de la paroisse Sainte-Jeanne-de-Chantal, pour son aimable autorisation.
  • M. Jean-Luc Fournier, sacristain, pour l’ouverture des portes et l’accompagnement sur place.
  • M. Christian Regat, vice-président des Amis du Vieil Annecy et membre de l’Académie de Savoie, pour la belle organisation de cette étape.
  • Mes amis helvètes Claude-Michaël Mevs dit « Quasimodo » et Dominique Fatton, pour l’indispensable aide à la réalisation de ce reportage.

Sources & Liens :

  • REGAT, Christian, Annecy, l’église Saint-Maurice : ancienne église conventuelle Saint-Dominique, dans Annesci, n° 54, Société des Amis du Vieil Annecy, 2020.
  • MERCIER, abbé J.-M., Vie de M. Bouvet dit « l’oncle Jacques », curé de Saint-Maurice d’Annecy, Annecy, Imprimerie Abry, 1870.
  • Mémoires et documents publiés par l’Académie salésienne, tome XXV, Annecy, Académie salésienne, 1902.
  • Fonds privés
  • Relevé personnel
  • Clichés personnels

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