Saint-Blaise – Eglise Saint-Blaise

Une terre de passage.
C’est ainsi qu’est décrit Saint-Blaise dans la monographie consacrée à ce village écrite par Dominique Bouverat en 2019. Cette « terre de labeur » est implantée sur les pentes occidentales du Salève, montagne emblématique des genevois, montagne jurassienne en Pays de Savoie. Ce petit village de 300 habitants offre un magnifique panorama à plus de 180° : du Semnoz jusqu’au lac Léman, il offre une belle perspective sur l’avant pays savoyard, avec les pentes creusées par les Usses en tête. Le ruisseau de la Férande prend d’ailleurs sa source entre l’église et le cimetière avant de les rejoindre, quelques kilomètres au sud-ouest.

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De clocher porche à campanile…
Peu de choses nous sont vraiment contées sur la paroisse de Saint-Blaise. Ses armoiries, cependant, nous renvoient à l’an 1029, date d’une donation par Rodolphe de Bourgogne de Saint-Blaise et ses terres à l’Abbaye de Cluny. Puis, en 1411, l’église est mentionnée un peu au-dessus de son emplacement actuel, mais il faut attendre 1753 pour un événement marquant : le 17 juillet, un coup de foudre frappe le clocher. Le curé meurt sur le coup, et l’édifice est réduit en cendres. Si l’église est très probablement reconstruite après cet incendie, les archives ne nous le disent pas formellement.
Au lendemain de la Révolution, la paroisse de Saint-Blaise devient une « filiale » d’Andilly. Les habitants, alors, devaient faire un long chemin pour prier. C’est ainsi que, dans les délibérations des deux communes — distinctes sur le plan temporel mais liées spirituellement — on note une série de joutes verbales parfois élégamment formulées, mais qui laissent imaginer des conflits plus vifs. Saint-Blaise, par exemple, refusait de contribuer financièrement à toute initiative andillienne, tandis qu’Andilly, sans détour, soulignait que Saint-Blaise était « définitivement unie spirituellement » à elle. Et bien sûr, Andilly n’était pas prête à investir à Saint-Blaise, tout en exigeant une participation des habitants pour leurs propres frais d’église.
Dans les années 1830, la situation de l’église devenait préoccupante. Le curé de Cruseilles était alarmé par son état de délabrement, et le syndic de Saint-Blaise, lui, semblait préférer d’autres chantiers plus urgents. Ce n’est qu’au cours des années 1840 que des travaux décisifs sont engagés. Le clocher, un élément central de l’édifice, est reconstruit après trois longues années de travaux — trois années pour ce qui aurait dû être une simple formalité. Lorsqu’il est terminé en 1846, le clocher porte encore un dôme, avant qu’il ne soit modifié pour une flèche plus tard. Très vite après, l’église elle-même est presque entièrement reconstruite, à l’exception de quelques murs résistants. L’édifice prend forme sous la forme d’une simple nef, avec une sacristie contre le chœur, et le clocher fait office de porche. En 1847, un curé s’y installe après de multiples désistements devant la rudesse de cette petite et pauvre paroisse.
Mais à peine un siècle et demi plus tard, l’église menace ruine. Sa restauration coûterait trop cher au village, et son avenir semblait incertain. C’est alors qu’une décision difficile mais nécessaire est prise : raser l’ancienne église pour en bâtir une nouvelle. L’idée était d’y adjoindre une salle polyvalente, car le village en manquait cruellement. Le projet initial prévoyait même la destruction du clocher, au profit d’un petit support pour les cloches à côté du bâtiment, ou une fusion entre l’église et la salle communale. Mais la commune a finalement choisi de préserver son clocher, celui-là même qui se dresse encore aujourd’hui, détaché du nouveau monument.
Ainsi, l’église Saint-Blaise occupe désormais le premier étage de la nouvelle structure, et une petite salle communale trouve sa place au sous-sol. L’ancienne église, quant à elle, est démolie en 1980, et la nouvelle église est inaugurée l’année suivante. En 1983, Mgr Jean Sauvage, évêque d’Annecy, bénit l’édifice. Puis, en 1985, son successeur, Mgr Hubert Barbier, consacre l’autel. Ce dernier sera orné de reliques de saint Blaise et de saint Vincent. Dans ce même esprit de continuité, la croix et le vitrail de saint Blaise, qui ornaient l’ancien chœur, ont été intégrés dans le nouveau lieu de culte. Aujourd’hui, un oculus au-dessus de l’autel permet d’apercevoir la croix du clocher, qui, telle une ligne invisible, relie le passé au présent.

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Deux cloches, deux siècles, un seul fondeur.
Le 25 décembre 1963, la petite église de Saint-Blaise devait être bien trop exiguë pour accueillir toute la population. Les quelque 150 habitants de l’époque — et peut-être même des voisins des alentours — ont probablement dû se presser dans la nef déjà fatiguée du modeste édifice pour le baptême de « Marie-Pierre ».
Marie-Pierre, c’est le nom de la nouvelle villageoise, née quelques semaines plus tôt sur les pentes d’Annecy-le-Vieux. Et quel beau bébé ! Elle affiche un poids conséquent : près de 200 kilos pour 67,4 centimètres. Vous l’aurez compris, il ne s’agit pas d’un enfant, mais bien d’une nouvelle cloche !
J’aurais aussi pu écrire qu’on n’avait pas vu pareil événement depuis des lustres… mais quelques semaines auparavant, le 20 octobre, les quatre cloches de la commune voisine de Cruseilles avaient été bénies en grande pompe ! On peut aisément imaginer que le conseil municipal de l’époque, emmené par Pierre Cusin, eut la brillante idée que — toutes proportions gardées — Saint-Blaise pouvait vivre, elle aussi, son grand moment.
Dès lors, Marie-Pierre chantera la paix : dans les consciences, et dans le village.
Elle eut pour parrain le conseil municipal, conduit par Pierre Vesin, et pour marraine Joséphine Vesin.
Marie-Pierre ne remplaça aucune cloche. Au contraire, elle vint soulager « Brigide ». Brigide, c’est sa grande sœur, en poids, mais aussi en âge. Fondue au printemps 1851 par les frères Paccard, sous les mandats du curé Nicolas Marullaz et du syndic Laurent Trombert, elle fut parrainée par Laurent Déprés l’Oncle et Jeanne-Françoise Tapponnier, épouse du syndic. Elle remplaçait une autre cloche, d’à peine 80 kilos, dont nous ne savons presque rien, si ce n’est qu’elle était cassée. Le bronze de cette dernière fut utilisé pour réduire la facture de la nouvelle cloche, prévue à six quintaux poids de Genève (soit environ 330 kilos).
Depuis 1963, elles chantent toutes deux depuis le clocher de Saint-Blaise les joies et les peines de la communauté. Désormais installées dans le campanile, elles rappellent ensemble au village l’ancienne église qu’elles ont connue jusqu’à son dernier jour.

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

Brigide Frères Paccard 1851 85,8 ~380

Si♭3

2 Marie-Pierre Fonderie Paccard 1963 67,4 ~180

Ré4

En haut : vue générale du beffroi.

La petite cloche (1963) :

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La grosse cloche (1851) :

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Mes remerciements à :
Mme Christine Mégevand, maire, pour son aimable autorisation.
Mme Nadine Cusin, secrétaire de mairie, pour son agréable accueil.

Sources & Liens :
Mairie de Saint-Blaise
Paroisse Sainte-Croix au Pays de Cruseilles
BOUVERAT, Dominique. Saint‑Blaise, terre de labeur, terre de passage. Saint‑Blaise, Commune de Saint‑Blaise, 2019.
Archives départementales de Haute-Savoie, E DEPOT 52 GG2, E DEPOT 52 GG3, « Etat civil de la commune de Cernex ».
Rebord, C.-M. & Gavard, A., Dictionnaire du clergé séculier et régulier du diocèse de Genève‑Annecy de 1535 à nos jours, Tome I (A–G), Bourg : impr. J. Dubreuil, 1920, Tome II (H–Z), Annecy : impr. communale, 1921
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