Valgelon-La Rochette – Eglise Notre-Dame-des-Carmes

C’est au sud de la Savoie que sont installés les 3’700 habitants de la Rochette. Ce petit bourg traversé par le Gelon se trouve au sud de la Savoie, à quelques kilomètres du département de l’Isère.
Le château de la Rochette est sans doute le monument le plus beau de la commune. Sur son promontoire, il veille sur ce bourg depuis presque mille ans. En effet, un premier château est bâti au XIIe siècle. En 1597, il est détruit par la guerre opposant Louis XIII à la famille de Savoie. Il ne sera reconstruit qu’au XVIIIe siècle. Enfin, il est légué fin XIXe siècle au département.

En 1153, les seigneurs de la Rochette construisent sur leurs terres une église Notre-Dame-du-Pré. En 1329, un couvent Notre-Dame-du-Pré est ouvert sur la rive gauche du Joudron, avec l’autorisation du Prieur de Saint-Jeoire (73). Entre 1401 et 1423, les paroissiens édifient une église Saint-Jean-Baptiste dans un style gothique. Ce sera l’église paroissiale jusqu’à la Révolution. Les restes de l’église font aujourd’hui partie intégrante de l’Espace Saint-Jean, musée. Fatiguées par les guerres et les crues du Joudron et du Gelon, elles seront toujours restaurées. Après la Révolution et la fermeture des Carmes, l’église paroissiale est transférée à Notre-Dame-des-Carmes. Si les seigneurs de l’époque ont souhaité donner de grandes proportions à l’édifice au XVe siècle, une partie sera rasée en 1809 afin de posséder les proportions que l’on connait. Deux restaurations interviendront au cours du XXe siècle.

Le joug de la deuxième cloche et la charpente du clocher.

Trois cloches habitent le clocher. Elles ne sont en aucun cas historiques mais l’intérêt est toujours présent. La plus petite cloche a été fondue en 1852 par les frères Paccard alors installés à Quintal. Deux cloches plus grandes ont été ajoutées ou refondues en 1888 par la génération suivante : Georges & Francisque Paccard. Le beffroi en bois semble avoir traversé les âges. Il est volontiers plus bavard que les cloches. Il semblerait qu’il n’ait accueilli que deux cloches car la travée des deux petites montre un seul emplacement au centre. Il est aujourd’hui rendu inaccessible par des ajouts de poutres au dessus de celui-ci, sans doutes pour soutenir plus facilement les deux cloches actuelles.

Fondeur(s) Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 G&F Paccard 120 1’038 Mi 3
2 G&F Paccard 89,9 420 La 3
3 Frères Paccard 70,2 230 Do ♯ 4

Mes remerciements pour les autorisations à la municipalité et aux services techniques sous le mandat de M. André Durand, maire. Remerciés soit également le curé de la Rochette et son diacre, M. Julien Laroche, pour l’accès au clocher et les sonneries spéciales. Je ne peux oublier mes vaillants camarades : MM. Pascal Krafft et Matthias Walter, campanologues ; Mike « Quasimodo« , Philippe « Senonais » et Dominique « Valdom68 » pour l’aide précieuse et les moments d’amitié.

Sources & Liens :
Paroisse de la Rochette
Mairie de la Rochette
Histoire de la Rochette
La Rochette
Fonds privés
Relevé personnel

Crêts-en-Belledonne – Eglise Saint-Pierre (Saint-Pierre-d’Allevard)

Vue sur le clocher de Saint-Pierre et la Crête de Rochefort en arrière-plan

Crêts-en-Belledonne fait partie des « nouvelles communes » françaises. Installée au nord de l’Isère, elle résulte de la fusion de « Saint-Pierre-d’Allevard » et de « Morêtel-de-Mailles ». Le nouveau nom est tout simplement donné par le massif de Belledonne situé sur la commune et en raison du grands nombre de « crêts » (moyenne montagne) délimitant la commune. Ces deux villages possèdent chacun son église : Saint-Michel (Morêtel) et Saint-Pierre, présentée ci-dessous.

Vestige d’un prieuré Clunisien, l’église de Saint-Pierre-d’Allevard est un des édifices les plus intéressants d’Isère pour les amateurs de vielles pierres. Les bâtiments conventuels ont hélas été rasés en 1780 lors de la Sécularisation. Cependant, l’église -rétrogradée au rang de paroissiale- fut par miracle conservée dans son intégralité.
Autorisés par le pape Urbain II en 1095, les premiers moines s’installent ici. De la première église demeure presque intacts le clocher, dont la flèche fut remaniée au XVIIIe siècle, et le chevet, orienté vers l’Orient. Il était entouré de deux chapelles latérales : la première -sous le clocher- désaffectée en 1667 et l’autre, symétrique, sert aujourd’hui de sacristie. La nef a été remaniée au fil des siècles. Elle prit la forme que nous connaissons dans les années 1930 seulement. Une dernière grande restauration en 2012 a permis à l’édifice religieux de mieux lutter contre l’humidité pour le préserver.

Détails de la grande cloche, refondue en 1881.

Le clocher abrite trois cloches. La plus grosse, fondue en 1881 par les frères Georges & Francisque Paccard d’Annecy-le-Vieux (74) est la refonte d’une première de 1644 signée « M.V. ». Ses inscriptions nous apprennent -entre autres- que la souscription qui l’a vu renaître lui a permis de « plus que doubler en grosseur », prouvant ainsi la générosité des paroissiens. Lors de la volée, le battant de cette cloche de 1500 kilos frôle les filets anti-volatiles des ouvertures. On peut donc en conclure que les autorités ont plafonné sa taille. Cependant, en 1882, une petite cloche rejoint le clocher : elle a tout simplement été fondue avec les excédents de ladite souscription. Ces deux cloches savoyardes répondent à une cloche intermédiaire fondue par Breton originaire de Champagneules (52), membre d’une éminente dynastie de fondeurs lorrains.

Nom Fondeur(s) Date Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 saints Pierre & Théodule G&F Paccard 1881 134,6 1’505 Ré 3
2 N.C. Breton 1817 78 ~300 Si 3
3 N.C. G&F Paccard 1882 62 186 Ré 4


En raison de divers problèmes techniques, l’audio proposé dans la vidéo est réalisé depuis l’intérieur du clocher, à même la chambre des cloches. On notera la puissance de la grande cloche. Ci-dessous, voici toutefois un des enregistrements extérieurs réalisés. On notera diverses pollutions sonores imprévues… Avec toutes mes excuses.

Mes remerciements pour cette visite du clocher à M. Jean-Louis Maret, maire de Crêts-en-Belledonne pour son aimable autorisation. Je remercie également M. Jean-Marc Givaudan pour l’organisation du rendez-vous et M. S. Sarret en charge des bâtiments pour son accueil. Remerciés soit également MM. Walter & Krafft, campanologues à Berne (CH) et Saint-Louis (68), Mike « Quasimodo« , Philippe « Senonais » et Dominique « Valdom68 » pour la collaboration et les échanges amicaux.

Sources & Liens :
Crêts-en-Belledonne
Saint-Pierre-d’Allevard
Eglise Saint-Pierre de Crêts-en-Belledonne
Mairie de Crêts-en-Belledonne
Fonds privés
Relevé personnel

Saint-Jorioz – Eglise Saint-Nicolas

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Installé au bords du Lac d’Annecy, Saint-Jorioz est idéalement placé au nord-ouest du Massif des Bauges. Cette commune de plus de 5’000 habitants offre également une vue d’exception sur les Aravis avec en tête le Mont Veyrier et ses 1’291 mètres.

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Le nom de la commune proviendrait pour certains de Bienheureux Jore qui fut le fondateur du prieuré aujourd’hui disparu à l’emplacement actuel du lieu-dit « Vielle Eglise » près du Lac. D’autres sources préfèrent plutôt la dérivation en patois savoyard de « saint Georges » comme il est le cas pour Saint-Jeoire-en-Faucigny, non loin de là. L’ancien prieuré était d’ailleurs sous le vocable de saint Georges. Ce prieuré -parlons en- a été fondé par Bx Jore en personne probablement au IXe siècle. Il a été installé au lieu dit actuel « la Vielle Eglise » plus proche du lac que le chef-lieu actuel. Les moines bénédictins l’occupèrent jusqu’en 1763, date de fermeture de celui-ci. Si il ne reste qu’un simple calvaire marquant son emplacement, des fouilles permettent de dire que l’église priorale était romane et qu’elle était accolée d’un cloître et de l’église paroissiale. Celle-ci, dédiée à saint Nicolas depuis 1715, a depuis été détruite.
Déjà à l’ordre du jour en 1853, la destruction n’a été effective qu’en 1885. C’est à cette date que commencent, a quelques centaines de mètres de là, à l’actuel chef-lieu, les travaux d’une nouvelle église néo-gothique par Jean Dénarié. La première messe y est célébrée le 31 octobre 1886. Cependant, la consécration n’a pu se faire avant l’année 1897. Au fond de la nef sont placées dans une modeste chasse les reliques de saint Jore, fondateur de la commune. En 1899 déjà, l’église subit des dégâts d’un orage. L’histoire se répète un certain 23 février 1935. Le clocher aura à faire à une véritable tempête qui aura raison de lui.

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Avec le clocher, c’est un pan de l’histoire campanaire qui s’en est sans doutes allé. Mais, par miracle, la doyenne de la sonnerie datée du XVIe siècle demeurait intacte. Elle sonne toujours aujourd’hui. Avec elle, la plus petite cloche a également pu traverser ses dures épreuves. Du nom de « Louise », elle est beaucoup plus récente car elle a été fondue en 1909 par les frères Georges & Francisque Paccard. Ce sont les fils de Georges, Joseph et Louis, qui ont réalisés les deux nouvelles cloches : la plus grande et la troisième, par la tonalité et le poids. Ces deux cloches aux iconographies soignées relatent la tempête qui ont eu raison des deux anciennes cloches qu’elles remplacent.

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Johanna Catharina Desiderata Les Fils de G. Paccard 1935 105,6 900 Fa 3
2 Marie inconnu XVIe siècle 99 600 La ♭ 3
3 Maria Margarita Francisca Les Fils de G. Paccard 1935 79 350 Si ♭ 3
4 Louise G&F Paccard 1909 69,2 250 Ré ♭ 4
Saint Maurice en relief sur la cloche "Marie" du XVIe siècle.
Saint Maurice en relief sur la cloche « Marie » du XVIe siècle.

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J’adresse mes remerciements pour cette visite à la commune de Saint-Jorioz sous le mandat de M. Michel Béal. Je remercie également M. Fabrice Benoît, en charge des bâtiments, pour son accueil chaleureux.

Sources & liens :
Mairie de Saint-Jorioz
Paroisse Sainte Teresa de Calcutta
Fonds privés
Relevé personnel

Saint-Gervais-les-Bains – Eglise Notre-Dame-des-Alpes (Le Fayet)

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C’est au pied du Mont-Blanc que la commune de Saint-Gervais-les-Bains est installée depuis la nuit des temps. Elle possède avec sa voisine Chamonix-Mont-Blanc la particularité d’être la plus haute commune de France car elles se partagent les arrêtes du célèbre Mont-Blanc.
Trois paroisses constituent aujourd’hui la territoire que nous connaissons. Les deux premières sont historiques, en témoignent leurs églises baroques et leurs fiers clochers à bulbe. L’une a donné son nom au lieu, puisque c’est l’église Saints-Gervais-&-Protais (chef-lieu). L’autre, plus en amont, se rattacha administrativement en 1974. Il s’agit de la paroisse de Saint-Nicolas-de-Véroce. Plus en aval du Bonnant se trouve celle du Fayet. C’est au lendemain de la révolution que se développa cette jeune paroisse avec la création de thermes et l’arrivée du chemin de fer.

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La paroisse du Fayet est édifiée le 1er novembre 1929 par Mgr de la Villerabel. De dimensions relativement modestes, sa première église convenait cependant aux besoins des quelques habitants du lieu. Après des années de discussions, le curé Domenget commande à l’architecte de Thonon Maurice Novarina des plans pour une nouvelle église. Les travaux sont entamés en 1936 et l’édifice est consacré le 26 juin 1938. Novarina donne à l’édifice une allure plutôt montagnarde. Le clocher, qui s’élève a droite du chœur, n’est pas sans rappeler une cheminée de chalet. Il utilise également des pierres locales pour la construction, les charpentes sont en chêne et les toits en ardoises. La décoration intérieure a été réalisée par le groupe suisse romand de Saint-Luc. Ainsi, nous noterons les vitraux de MM. Bony et Cingria et les fresques de Paul Monnier. Celle du chœur représente Notre Dame des Alpes accompagnée d’une grande partie de saints locaux : saints François de Sales, Pierre Favre ou encore sainte Jeanne de Chantal et saint Guérin.

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Le clocher abrite aujourd’hui trois cloches. Datée de 1929 et portant comme uniques inscriptions un psaume rappelant son usage, elle semblerait provenir du clocheton de l’église provisoire que remplace le lieu de culte actuel. Cependant, une histoire racontée par Jules Ancey indique que cette cloche était destinée à une chapelle édifiée par l’abbé Claret, probablement à Vallorcine. Déposée de son clocher qui était en ruine, cette cloche fut d’abord entreposée en gare de Vallorcine avant d’être acheminée au Fayet sur demande du chef de dépôt du lieu qui avait connaissance de cette cloche. Alors, il s’en servit d’abord comme vase. Puis, l’abbé Domenget -qui a eu connaissance de cette cloche- la racheta afin de l’installer au clocher du Fayet. L’histoire précise que la cloche, d’abord seule, a été rejointe par d’autres. C’est en effet le cas (nous y reviendrons). Cependant, il paraît plus probable que la cloche soit issue de l’église provisoire qui ne possédait qu’un maigre clocheton en bois. De plus, la date de 1929 coïncide avec l’érection de la paroisse par l’évêque d’Annecy. Entre 1959 et 1962, deux cloches plus grosses viennent tenir compagnie à la plus petite. Si la date de commande -ou de fonte- n’est pas mentionnée, deux religieux sont cités et aident a situer leur achat : l’abbé Garcin (installé vers 1959) et Mgr Cesbron, évêque d’Annecy, décédé en fonctions en 1962. C’est donc dans cet intervalle qu’est situé l’achat de « Jeanne-Françoise » et « Marie-Cécile ». Aujourd’hui, les trois cloches se font entendre pour des mariages ou baptêmes. Pour les offices, seules les deux grosses cloches sont sonnées alors que la petite chante les angélus quotidiens. Enfin, la grosse cloche, est actionnée lors des obsèques.

Nom Année Masse (kg) Diamètre (cm) Note
1 Jeanne-Françoise entre 1959/1962 575 96 Sol 3
2 Marie-Cécile entre 1959/1962 325 79,7 Si ♭ 3
3 inconnu 1929 220 72 Do 4
Fonderie Paccard, Annecy-le-Vieux (F-74)
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Les armes de Mgr Cesbron (1887-1962) et sa devise « Sous la lumière de Marie, travail et charité. »

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Mes remerciements pour cette visite du clocher à la paroisse saint François d’Assise de Sallanches et à Mme Curien & M. Mugnier, en charge de l’église, pour l’accès au clocher et les sonneries spéciales.

Sources :
Chedde & la moyenne vallée de l’Arve, thèse de l’Université de Lyon
Saint-Gervais-les-Bains
Le Fayet
Eglise Notre-Dame-des-Alpes
Paroisse Saint-François-d’Assise
Fonds privés
Relevé personnel

Abondance – Abbatiale Notre-Dame-de-l’Assomption

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Abondance est aujourd’hui un des lieux touristiques les plus prisés en Pays de Savoie. A la fois très proche de grands domaines skiables et du Lac Léman, Abondance intéresse le visiteur tant par son patrimoine mobilier -voir ci-après- que par son patrimoine gastronomique. En témoigne plusieurs fromages typique de la vallée d’Abondance dont le plus célèbre, le fromage homonyme, l' »Abondance » avec sa forme concave, caractéristique de celui-ci et de son « cousin », le Beaufort.

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Blotti contre le Mont Jorat, le bulbe du clocher de l’église-abbatiale d’Abondance semble vaincre le temps. Du sommet de son coq, un millénaire complet nous contemple. Il pourrait aussi bien nous raconter l’installation des premiers moines puis des chanoines que les grandes heures du lieu, en évitant de nous raconter les effroyables incendies et crues de la Dranse et la décadence de l’Abbaye. Aujourd’hui, il est le témoin d’un village touristique en plein développement depuis des décennies. Il regarde fièrement les touristes qui osent aller au pied de sa tour pour pénétrer dans un lieu qui n’attend qu’une chose : nous livrer ses secrets.

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Si la naissance de l’Abbaye demeure assez vague, on peut avancer que les premiers religieux s’installent sur l’actuel territoire de la commune voisine de la Chapelle-d’Abondance, au XIe siècle. Louis de Féternes -alors seigneur de la Vallée- confie aux religieux le bon soin de celles-ci. En 1108, l’Abbaye d’Agaune ratifie à son tour la donation et offre une autonomie à son Prieuré qui deviendra officiellement une Abbaye en 1139. En 1155 déjà, le Pape Alexandre IV félicite le travail accompli par les chanoines qui signeront un traité de confraternité avec Agaune un an plus tard. L’Abbaye est à l’origine de la naissance de quelques lieux de cultes comme les abbayes d’Entremont, de Sixt ou encore de Salins (Franche-Comté) et des prieurés comme celui de Peillonnex. A cette même époque (XIIe siècle) l’Abbaye connut deux abbés aujourd’hui élevés sur l’autel des bienheureux : Ponce de Faucigny (fondateur de Sixt) et Jean d’Abondance. Après les Augustins, ce sont les Cisterciens Feuillant qui vont prendre possession des lieux en 1607. Ils y resteront jusqu’en 1761, lorsque l’Abbaye sera « sécularisée ».

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L’histoire des bâtiments n’est pas si simple. La première abbatiale a été construite sur le même emplacement que l’actuelle vers 1275. Le cloître, quant à lui, a été réalisé entre 1330 et 1354. Ses fresques datent des années 1430. En 1446, le clocher porche, la nef de l’abbatiale et une partie du monastère sont la proie des flammes. L’histoire se répétera en 1633 (ou 1635) mais l’incendie sera moins violent que le premier. En 1685, un nouveau clocher bulbe est construit au dessus de la nef. Il sera refait une dernière fois à l’emplacement actuel en 1728, l’ancien ayant été -une fois n’est pas coutume- détruit par le feu. Après la sécularisation, les bâtiments sont vendus comme bien nationaux. Lors de la seconde moitié du XIXe siècle, ils reviennent à la commune d’Abondance qui installera alors l’administration de la ville dans l’aile sud. En 1875, les bâtiments sont classés Monuments-Historiques. Entre 1898 et 1900, l’abbatiale est allongée de deux travées vers le porche. A la fin des travaux, le cloître sera à son tour acquis par la commune. Le reste de l’Abbaye -l’abbatiale et l’aile ouest- le sera naturellement avec la célèbre loi de 1905. Au cours du XXe siècle, les lieux sont restaurés : tantôt le cloître, tantôt le clocher, tantôt les orgues…

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Contre tout attente, les quatre cloches de l’église ne sont pas séculaires. L’ensemble campanaire -qui a sans doute évolué au gré des incendies et de l’usure des cloches- est aujourd’hui relativement récent.
De la période sarde ne subsiste que la seconde cloche, fondue en 1840. Surnommée « Victorine » -du nom de sa marraine-, elle fut fondue sous le mandat du syndic (maire) -son parrain- M. André Gagneux. Le curé de l’époque était le Rd Pierre-Joseph Royer. Si cette cloche a pu survivre au remaniement de la sonnerie de 1952, contrairement à ses trois sœurs -dont nous ne savons rien-, elle n’a cependant pas été épargnée. Elle a été réaccordée afin de convenir aux exigences musicales de l’époque. A son retour, elle a été suivie par « Marie-Roberte », « Marie-Alice » et « Marie-Jeanne-Thérèse-Clothilde ». Ces trois cloches, qui portent la mention « refondue en 1952 », ont été bénies sous le pontificat de S.S. le Pape Pie XII, l’épiscopat de Mgr Auguste Cesbron, le mandat de l’Abbé François Veyrat, curé, et du maire Anselme Berthet, parrain de la grosse cloche. Les connaisseurs remarqueront que contrairement aux usages de l’époque, le beffroi et les jougs en bois n’ont pas été troqués contre de vulgaires poutrelles en acier. La fonderie Paccard, en charge de la restauration de l’ensemble campanaire, a même eu la délicatesse de réemployer les montures des anciennes cloches en adaptant les assises des anses. La décoration des nouvelles messagères est aussi de toute beauté. Si la doyenne possède un Crucifix et une Vierge à l’Enfant -typiques des cloches savoyardes de l’époque- les autres cloches arborent de multitudes de symboles chrétiens comme le Panis Angelicus ou l’Agneau Pascal. Elles citent également de nombreuses paroles de saints. Je me permets de notifier l’une d’entre elles, signée saint François de Sales « La charité est entre les vertus comme le soleil est entre les étoiles, elle leur distribue toute leur clarté et beauté ».
Les quatre cloches égrènent un motif assez peu représenté dans nos vallées, celui du « Parsifal » avec les notes mi, sol, la et do aigu.

Nom Fondeur(s) Date Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Marie Roberte Paccard 1952 121 1050 Mi 3
2 « Victorine » Frères Paccard 1840 97,1 650 Sol 3
3 Marie Alice Paccard 1952 90,2 460 La 3
4 Marie Jeanne Thérèse Clothilde Paccard 1952 76 250 Do 4

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Mes remerciements pour cette visite à la commune d’Abondance pour son aimable autorisation d’accéder au clocher de l’abbatiale sous le mandat de Paul Girard-Despraulex, maire. Je remercie également la communauté paroissiale sous la responsabilité du père Jose Boban, curé de l’ensemble paroissial. Remerciée soit également Mme Nathalie Desuzinge, en charge du site patrimonial de l’Abbaye pour l’accès au clocher et à la sacristie de l’abbatiale. Enfin, amitiés à M. Guilhem Lavignotte, organiste d’Yverdon-les-Bains pour son indispensable collaboration.

Sources & liens : 
Abbaye d’Abondance
Mairie d’Abondance
Paroisse d’Abondance
Inventaire Personnel
Fonds Privés
Abondance sur Wikipédia

Vinzier – Eglise Saint-Pierre

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C’est aujourd’hui au cœur du Chablais, province de Savoie, que nous emmènent nos périples campanaires. C’est sur le plateau de Gavot, au dessus des célèbres communes de Thonon-les-Bains et Evian-les-Bains, que se trouve le village de Vinzier.
Comme dans tout village, l’église et son clocher-flèche sont un véritable point de repère. Sur ce même plateau, les romains y possédaient de multiples villas. Les sources s’accordent à dire que plusieurs d’entre elles ont été sur le territoire actuel de la commune. Étymologiquement, « Vinzier » serait dérivé d’un nom antique. Au XIIIe siècle, la puissante Abbaye d’Aulps, sise à quelques kilomètres de là possède quelques possessions sur Vinzier. Le village contraste nettement avec les stations en amont et les villes lacustres en aval car il demeure dans les villages savoyards traditionnels avec un fort caractère paysan.

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Si la vie a Vinzier n’est pas installée depuis hier, ce n’est pas le cas de sa paroisse qui est beaucoup plus jeûne : elle est née en même temps que l’église actuelle : en 1892. Jusqu’alors, la paroisse dépendait de Chevenoz, à quelques kilomètres de là. L’intérieur de l’église est relativement sobre. Elle est dans le style néogothique ogival et le sanctuaire prend la forme d’une croix latine : une simple nef avec un transept.

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Il est cependant fort probable qu’elle remplace une ou plusieurs chapelles. J’en prends pour preuve la plus grosse des trois cloches. Elle a été fondue en 1825 par Jean-Baptiste Pitton, maître-fondeur de Carouge maintes fois présenté ici. En 1895, la fonderie Paccard livre à Vinzier une seconde cloche. Baptisée « Joséphine », elle est un petit peu plus petite que sa grande sœur. Pour l’occasion, le clocher -flambant neuf- est doté d’un nouveau beffroi. En 1929, la génération suivante des Paccard installe à Vinzier une troisième cloche, nommée « Marie-Françoise ». Contrairement aux autres cloches, elle est installée différemment dans un système dit du « rétrolancé » (très bien représenté dans la région). Breveté par Paccard en 1891, il permet de réduire les forces émises par la cloche lors de la volée vis à vis du beffroi mais aussi de ménager les sonneurs. Ce système fut énormément prisé par la fonderie ancilevienne entre (environ) 1905 et 1935. Il est aujourd’hui uniquement installé sur les cloches d’un poids très important (par exemple la Peace Bell de Newton ou la sonnerie monumentale de Markham). Les trois cloches de Vinzier égrènent le motif dit « Te Deum », à l’harmonie discutable, certes, mais composé d’une cloche baroque et de deux générations Paccard. C’est une des multiples sonneries villageoises hétérogènes qui fait le charme de nos clochers.

Nom Fondeur(s) Date Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 saint Pierre J-B Pitton 1825 96,4 ~525 Sol ♯ 3
2 Joséphine G&F Paccard 1895 85 ~380 Si 3
3 Marie-Françoise Les fils de G. Paccard 1929 74 ~260 Do ♯ 4
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Détail de la cloche 2, Joséphine.

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Mes remerciements pour cette visite à Mme Marie-Pierre Girard, maire de Vinzier, pour l’autorisation et les sonneries spéciales. Je remercie également les agents municipaux qui nous ont spécialement ouvert le monument pour notre visite.
Je remercie également mon ami Guilhem Lavignotte, organiste d’Yverdon-les-Bains pour l’aide apportée a la réalisation de ce reportage.

Sources & liens :
Eglise de Vinzier
Mairie de Vinzier
Inventaire personnel
Fonds privés

Saint-Avold – Abbatiale Saint-Nabor

L'abbatiale et les toits du bourg.
L’abbatiale et les toits du bourg.

C’est aujourd’hui à la frontière Franco-Allemande que je vous donne rendez-vous. La commune de Saint-Avold et ses 16’000 Naboriens se situe au nord-est de la France, en Lorraine.
Le patrimoine religieux de la cité frontalière est des plus intéressants. On dénombre pas moins de 11 lieux de cultes, dont 9 catholiques. Les deux édifices les plus remarquables sont la Basilique Notre-Dame-du-Bon-Secours (hélas sans cloches) et l’église-abbatiale Saint-Nabor. Le nom de la commune « Saint-Avold » provient en fait de saint Nabor, légionnaire chrétien de Maxence martyrisé en 304.
L’église-abbatiale Saint-Nabor est l’unique vestige d’une abbaye. Avant que celle-ci ne soit fondée, un oratoire est installé sur ce même lieu en 509. Il deviendra très rapidement un monastère. En 720, saint Sigisbaud, évêque de Metz fait construire en lieu et place du monastère une abbaye dédiée à saint Pierre. Un de ses successeurs, saint Chrodegang, y introduit la règle de saint Benoît. En 765, les reliques de saint Nabor sont transférées en l’Abbaye. Au fur et à mesure, toute une bourgade se développe à l’ombre des tours de l’abbatias Sancti-Naboris. Mais après plus de mille ans de présence, les moines sont chassés en 1791.
dsc_0025Après la Révolution, l’église devient l’église paroissiale de la ville. Elle en remplace une autre -dédiée à Saint-Pierre-et-Paul- qui avait été construite une première fois au XIVe siècle. Agrandie en 1497, l’église sera reconstruite en 1557. Au XVIIIe siècle, le sanctuaire sera réparé avant de fermer définitivement ses portes en 1793. Il sera ensuite vendu comme bien national avant d’être partiellement démoli et transformé en habitations. Quelques vestiges demeurent rue de la Salle.
Revenons à Saint-Nabor. L’abbatiale est entièrement reconstruite entre 1754 et 1769 dans un style classique alors que l’abbaye toute entière était en plein remaniement architectural. L’abbatiale en remplace deux autres : une première, construite au XIe siècle et une seconde bâtie entre 1515 et 1520. Ses dimensions sont notables : 67 mètres de longueur pour 28 mètres de largeur avec une toiture culminant à 30 mètres et les tours du chevet mesurent 53 mètres! Mais seule la tour de façade construite en hors d’oeuvre abrite les cloches. Elle mesure tout de même 45 mètres. Au pied de celle-ci, en tribune, se trouvent les grandes orgues et son buffet remarquable.

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dsc_0034Prenons de la hauteur et étudions maintenant les cloches. Si les archives de l’Abbaye sont aujourd’hui disparues, quelques rares traces permettent de dire qu’en 1757, alors que l’abbatiale était en pleine construction, l’Abbaye achète du métal pour refondre sa grosse cloche et deux plus petites, laissant penser que le clocher est en voie d’achèvement. La Révolution nous indique qu’il en possédait 11 : « quatre grosses, quatre moyennes et trois petites ». Il est fort possible que l’ensemble campanaire fut reconstruit au XIXe siècle, mais cet ensemble fut réquisitionné en 1917, a l’exception d’une seule cloche : le bourdon. Fondu en 1411, il sera refondu après trois siècles de bons et loyaux services, en 1717. Si le bourdon a pu échapper à la réquisition de 1917, il n’échappa pas au curé Dicop qui avait entreprit un véritable travail de restauration sur le lieu de culte et son mobilier. Il ordonna donc sa refonte. Avec ce nouveau bourdon de 5’800 kilos, 28 cloches sont livrées par la fonderie Paccard d’Annecy. Huit pouvaient sonner en volée, et 19 formaient un des rares carillons de Lorraine. Hélas, l’histoire semble se répéter lors de l’Occupation et le sort semble s’acharner : toutes les cloches sont réquisitionnées. Si le bourdon -laissé par les occupants-est toujours en place et continue de sonner, Benjamin -la benjamine du carillon- fut discrètement sauvée et est aujourd’hui en sacristie. Elle est amenée dans le chœur lors des offices pour être tintée à l’Elevation. En 1947, la paroisse commande quatre cloches à la fonderie Blanchet de Paris : elles ont en fait été réalisées par Louis Bollée. On en déduit donc que la fonderie parisienne en venait à sous traiter les commandes. Elles sonnent aujourd’hui les différents angélus et cérémonies et sont rejointes par le bourdon pour les grandes heures du lieu par la voix puissante du bourdon.

Fondeur(s) Année Masse (kg) Diamètre (cm) Note
1 Frères Paccard 1920 ~5’800 207,5 Sol 2
2 A. Blanchet 1947 1918 146,3 Do 3
3 A. Blanchet 1947 1310 124,5 3
4 A. Blanchet 1947 972 115,3 Mi 3
5 A. Blanchet 1947 578 94,3 Sol 3

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Mes remerciements pour cette visite au père Riboulot, curé de la paroisse Saint-Paul-des-Sources et recteur de la Basilique de Saint-Avold, pour son aimable autorisation et son accueil. Je remercie mes amis passionnés Mike « Quasimodo« et Dominique « Valdom68 » pour l’aide apportée à la réalisation de ce reportage. Je remercie particulièrement  Mehdi « Cloches Comtoises » qui s’est dévoué pour aider la cloche 4 au démarrage suite à une défaillance survenue le jour de notre visite. Amitiés à M. Matthias Walter -campanologue à Berne maintes fois remercié ici- qui m’a signalé cette intéressante sonnerie -au hasard d’une captivante discussion campanaire- et qui m’a transmis ses données non relevées faute de temps.562739eb


La basilique de Saint-Avold est aujourd’hui en péril et nécessite aujourd’hui d’importants travaux. Une souscription est aujourd’hui lancée pour sauvegarder ce patrimoine exceptionnel :
POUR EN SAVOIR PLUS.

Sources & liens :
Saint-Avold
Saint Nabor
Abbatiale Saint-Nabor
Paroisse de Saint-Avold
Eugène Voltz « l’Eglise abbatiale Saint-Nabor » à Saint-Avold
Fonds privé
Relevé – Matthias Walter
Archives Bollée-Voegelé – P. Krafft

Metz-Sablon – Eglise Saint-Fiacre & du Sacré-Coeur

Le clocher du Sablon.
Le clocher du Sablon.

Aujourd’hui quartier intégrant de Metz, préfecture de la Moselle, le Sablon fut une commune indépendante jusqu’au 1er avril 1914.
A l’Antiquité déjà, l’amphithéâtre de Metz se trouvait à l’emplacement du quartier actuel. C’est dans cet amphithéâtre même que fut élevée au IIIe siècle la paroisse de Sablon et son oratoire dit Saint-Pierre-aux-Arènes. Au Moyen-Âge, un grand nombre d’édifices religieux sont bâtis au Sablon, si bien que ce lieu sera surnommé « le quartier des basiliques ». En 1552, tous ces édifices sont détruits lors du siège de Metz. L’Abbaye Saint-Clément et la chapelle Saint-Fiacre seront totalement rasés. Suite au siège, Sablon est boudé et seules quelques fermes demeurent, jusqu’à la création de la commune en 1790. Peu avant, la congrégation des Soeurs de Sainte-Chrétienne s’installe sur le Sablon. L’annexion allemande de 1871 permit a la commune de se développer, mais celui-ci ce terminera en 1914 par la fusion du Sablon avec Metz.

L'église aujourd'hui.
L’église aujourd’hui.
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L’église, intérieur.

Au Sablon trônent une chapelle et  deux églises : la chapelle Sainte-Chrétienne (vestige du couvent), l’église Saint-Fiacre et l’église Saint-Vincent-de-Paul. Si cette dernière a été construite très récemment, l’église Saint-Fiacre -également dédiée au Sacré-Cœur de Jésus- possède une histoire très intéressante. Au Moyen-âge déjà, une chapelle Saint-Fiacre est édifiée.
En 1914, la construction d’une nouvelle église est décidée. L’ancienne église était jugée trop petite et elle ne répondait plus aux besoins suite à l’explosion démographique du Sablon. Les travaux de l’édifice commencent sous la direction de l’architecte Neuhauss. La première pierre est posée le 8 mars par Mgr Bentzler, évêque de Metz. Mais la déclaration de la guerre stoppa net les travaux. L’église ne faisait qu’un ou deux mètres de hauteur. Une fois la guerre finie, la construction de l’église est relancée. Cependant, les moyens manquaient pour construire le projet initial. Le conseil municipal de Metz demande à l’architecte Dedun de simplifier les plans. L’église est consacrée le 18 mars 1928 par Mgr Pelt, évêque de Metz, assisté du chanoine Chatam, curé du lieu. L’église est sous le double vocable du Sacré Coeur de Jésus et de saint Fiacre, moine irlandais. L’église peut accueillir 1’320 personnes dans un sanctuaire de 60m de long, 16m de hauteur sous la grande voûte et sous un clocher qui mesure 70m pour une masse de 2’300 tonnes, excusez du peu!

Détail du clocher et du transept.
Détail du clocher et du transept.

Qui dit nouvelle église, dit nouvelle sonnerie ! Deux ans avant la consécration de l’édifice une sonnerie de six cloches est commandée aux ateliers de Georges Farnier, illustre représentant d’une dynastie native du réputé Bassigny qui offrit aux clochers un grand nombre de saintiers talentueux. Ces six cloches sont sur le motif du « Veni Creator Spiritus » sur le SI, à savoir les notes : Si grave, do dièse, ré dièse, fa dièse et sol dièse. La petite cloche complète avec un si aigu. Ces six cloches représentent 6’228 kilos. Elles sont installées dans un beffroi en acier. Les trois plus grande se partagent le premier niveau et les petites sont plus hautes. Chacune est dédiée à un saint pour une raison précise. Les trois plus grandes sont dédiée au Sacré Coeur, co-patron, à la Vierge Marie et à saint Joseph. La quatrième rend hommage à l’autre co-patron, saint Fiacre. Les deux petites louent saint Jean l’évangéliste et sainte Jeanne d’Arc, co-patronne de France.

Nom/Vocation Masse (kg) Diamètre (cm) Note
1 Sacré-Cœur de Jésus 2’230 153 Si 2
2 Vierge Marie 1’542 136,7 Do ♯ 3
3 Saint Joseph 1’113 121,8 Ré ♯ 3
4 Saint Fiacre 637 102,4 Fa ♯ 3
5 Saint Jean 445 91,2 Sol ♯ 3
6 Sainte Jeanne d’Arc 261 76,7 Si 3
Georges Farnier, Fondeur, Robécourt, Vosges
A.D. 1926

dsc_0113retoucheLes six cloches. Ci-dessous, diverses vues et détails.
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J’adresse mes sincères remerciements à M. Paul Forêt, trésorier du conseil de fabrique pour son aimable autorisation, pour l’accès et pour les sonneries spéciales. Je remercie également le curé de la paroisse pour son autorisation.
Je tiens également à remercier mes chers confrères passionnés, tout d’abord M. Matthias Walter expert-campanologue à Berne (CH) et le Dr. Hans-Peter Schifferle pour la collaboration extérieure (prise de son et lancement des volées). Je remercie également mes confrères présents dans la tour lors des sonneries : MM. Mehdi –Cloches Comtoises– et Dominique –Valdom68– qui ont respectivement aidé pour la sonnerie manuelle du bourdon et pour l’aide au tournage de la vidéo. Je citerai également M. Jeff Vergne, descendant des fondeurs Farnier pour la mise à disposition d’archives sur cette sonnerie.

Sources & liens :
Paroisse de Metz-Sablon
Livrets sur l’église de Metz-Sablon
Musée de la Fonderie Farnier
Fonds privé
Inventaire personnel

La Baume – Eglise de l’Immaculée-Conception

La chapelle de Gys (commune du Biot). Au loin, l'église de la Baume.
La chapelle de Gys (commune du Biot). Au loin, l’église de la Baume.

C’est sur les rives de la Dranse -de Morzine- qu’est installé le village de la Baume, et ses 278 Baumis. À mi-chemin entre le Lac Léman et les grandes stations des Portes du Soleil (Morzine-Avoriaz, Les Gets…), ce village s’étend du Col de Seytrousset (à l’ouest) au Col de Nicodex (à l’est) tout en passant par la Pointe d’Ireuse, le Mont Billat ou l’Arrête des Aiguillettes. Enfin, en aval de la commune se trouve le Barrage hydroélectrique de Jotty.

L'église et la place du village.
L’église et la place du village.

A l’origine, le territoire de la Baume et ses hameaux ne dépendaient pas -comme le reste de la vallée- de l’Abbaye d’Aulps mais des seigneurs des Allinges. C’est au XVIe siècle seulement que la puissante abbaye bénédictine obtint les droits sur ce territoire.
L’église, dédiée à l’Immaculée Conception ne passe pas inaperçue puisque de son rocher, elle domine la route reliant Thonon à Morzine. Si elle semble défier le temps, sa construction ne date pourtant que du XIXe siècle : elle est même contemporaine à la scission du village avec le Biot, installé de l’autre côté de la Dranse qui creuse la vallée.
L’église de la Baume est consacrée en 1867, mais son histoire commence en 1840 quand la paroisse du Biot émet le souhait de déplacer son église. Le nouvel emplacement n’est pas à l’avantage des habitants situés outre Dranse. L’église de la Baume commence donc a être élevée en 1846, tout comme celle du Biot. Celle-ci sera consacrée en 1850 déjà. Les dissidents refuseront d’y entrer. Un an plus tard, l’évêque reconnait le bien fondé de la séparation et la Baume sera érigée en paroisse en 1852 avec la nomination du père Cathand comme curé. Il semblerait que la consécration tardive (1867) soit due au fait que l’autel n’était pas conforme car non scellé au mur. Ladite consécration interviendra une fois ce problème corrigé.
L’église est de style néo-classique avec trois nefs. L’orgue en tribune date de 1872. Il est classé monument-historique. Si sa soufflerie est aujourd’hui électrique, le système manuel n’est pas condamné pour autant et la soufflerie peut être encore actionné à grand renfort d’huile de coude ! Le clocher, enfin, sera reconstruit lors de la seconde guerre mondiale, suite au malheureux incendie qui détruisit toute la tour.

Les premières cloches, commandées dans les années 1860, ont malheureusement péri dans ledit incendie. Mais si tôt le clocher reconstruit, quatre nouvelles cloches sont commandées à la fonderie Paccard et installées au clocher, probablement reconstruit à l’identique. Bénies le 6 octobre 1940, elles ne le sont pas par Mgr du Bois de la Villerabel, comme le mentionnent leurs inscriptions, mais par le vicaire général, Mgr Mogenet. Ce premier avait été nommé -entre la fonte et la bénédiction- archevêque du diocèse d’Aix-en-Provence.
Depuis leur installation, « Agnès », « Marie-Louise », « Thérèse » et « Marie-Magdeleine » sont installées derrière les abat-sons. Entourées de béton, elles sont pourtant installées sur un beffroi en bois dont les croisillons sont typiques de la fonderie annecienne. Équipées avec des jougs en fonte, elles se balancent en « rétro-mitigé » ce qui donne une sonnerie plus lente et un petit peu plus aérienne. Les trous dans la dalle de béton laissent penser que les cloches n’ont pas été électrifiées immédiatement et que les sonneurs avaient moins de peine à les sonner que les anciennes, très certainement équipées pour une volée franche.
Ci-dessous, voici quelques clichés de la réception des nouvelles cloches (1940).

CP Cloches
Cloches 02 Cloches 01

Nom Masse (kg) Diamètre (cm) Note
1 Agnès 1’058 119 Mi 3
2 Marie-Louise 739 106 Fa ♯ 3
3 Thérèse 540 95 Sol ♯ 3
4 Marie-Magdeleine 344 80,4 Si 3
Les fils de G. Paccard fondeurs à Annecy-le-Vieux – A.D. 1940

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J’adresse mes sincères remerciements à M. Bruno Isnard, employé communal et sacristain, pour l’ouverture du clocher et pour les sonneries spéciales. Je remercie également M. Jean-Michel Wach, Guide du Patrimoine des Pays de Savoie, pour ses intéressantes anecdotes et images d’archives, et Mike « Quasimodo » pour son étroite collaboration lors de notre visite effectuée au printemps 2016.

Sources :
Mairie de la Baume
Fonds et collections privées
Inventaire personnel
Jean-Michel Wach, Guide du Patrimoine des Pays de Savoie
« Histoire de la Paroisse de la Baume« , Abbé G. Paumaz, 1951

Albertville – Eglise Saint Jean-Baptiste

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Les trois clochers d’Albertville. Saint-Jean-Baptiste se trouve à gauche.

Sous-préfecture de la Savoie et « carrefour des quatre vallées » (Val d’Arly, Beaufortain, Tarentaise et Combe de Savoie), Albertville est bien entendu réputée pour avoir accueilli du 8 au 23 février 1992 les XVIe Jeux Olympiques d’hiver. Après cet événement mondial que sont les Jeux Olympiques, la commune continue occasionnellement d’attirer les organisateurs d’événements, comme par exemple le Tour de France, avec une arrivée d’étape en 1998, un simple passage en 2013 ou encore un départ d’étape en 2016. Mais cette commune de presque 20’000 habitants est en réalité très jeune. Elle est née en 1835 lorsque le Roi de Sardaigne et Duc de Savoie Charles-Albert réunit l’Hôpital avec le bourg médiéval de Conflans, l’occasion pour le souverain de laisser son nom à cette toute nouvelle bourgade. En 1965, Saint-Sigismond vient étoffer la commune. Des grands noms de France sont aussi intimement associés à Albertville. Jean Moulin, chef de la Résistance, fut sous-préfet d’Albertville entre 1925 et 1930. La ville a également vu naître l’architecte Henry Bernard, le skieur champion olympique Jean-Luc Crétier ou le vidéaste Jérôme Jarre. L’ancien ministre Michel Barnier réalisa ses années lycéennes à Albertville.

Photo Gilles Lansard
Photo Gilles Lansard

La paroisse de l’Hôpital est née vers le XIV siècle. L’édifice primitif, Saint Jean de Jérusalem, fut bâti par les Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem au Chaudan, qui constituait jadis le bourg de l’Hôpital. Ce hameau se trouve au nord de l’église actuelle. Devenue église Saint Jean-Baptiste, elle fut reconstruite en 1820 au même emplacement. Malgré cela, elle ne répondait plus aux besoins de la ville qui s’agrandissait vers le sud. La vétusté et le poids des ans se faisaient sentir. Dès l’annexion à la France, en 1860, la question se pose d’une reconstruction totale de l’édifice dans un autre emplacement, d’avantage centré. En 1862, l’architecte Eugène Dénarié propose ses plans au conseil de municipal qui approuve le devis en janvier 1863. L’édifice néo-gothique qui doit se dresser à l’emplacement d’une salle d’humanité est critiqué. Du plan initial, seule la nef restera fidèle aux plans. Le clocher est aussi vivement critiqué car mal placé et trop bas. Initialement prévu au chevet de l’édifice, il sera un temps dessiné vis à vis de la sacristie, près du chœur, avant de finir en façade. Si le vicaire général du diocèse souhaite voir l’église agrandie et le clocher rehaussé d’avantage, le Conseil des bâtiments civil de Savoie impose à l’architecte de revoir les proportions à la baisse : nef et clochers devront être moins hauts! A son tour, le préfet demande de revoir le projet à la baisse en 1865. Après une énième modification, il approuve en 1867 les plans de l’édifice et autorise les travaux. Début 1868 a lieu la pose de la première pierre par l’évêque de Tarentaise, Mgr Gros. En 1873, le préfet met en demeure l’entrepreneur de reprendre les travaux de l’église. Ils seront achevés en 1875, année où Mgr Turinaz consacre l’église le 6 mai. Le conseil municipal réceptionne les travaux le 2 décembre suivant. Pour la petite anecdote, c’est dans cette église que Jean Moulin se marie avec Mme Marguerite Cerutti en septembre 1926.

Les deux cloches installées au clocher proviennent tout droit de l’ancienne église : elles ont été fondues en 1805. Elles se partagent une seule des deux travées de l’imposant beffroi du clocher. Elles sont chacune sur un niveau. L’autre travée accueille les vestiges du mouvement d’horloge, aujourd’hui hors service.
Si certains jugeront la sonnerie maigre pour une église aussi imposante, ces deux cloches méritent tout de même le détour : elles portent la signature de « Jean-Claude et François Pitton » pour la plus petite et uniquement Jean-Claude pour la grande. Le patronyme de « Pitton » était – jusqu’à la découverte de ces clochers – attribué uniquement à Jean-Baptiste Pitton, réputé pour avoir appris en 1796 le métier à Antoine Paccard, changeant au passage le destin de toute une famille villageoise. Cependant, le fait d’avoir une cloche à Montailleur (non loin de là) signée « Pitton et fils » en 1802 -donc trois ans plus tôt- peut laisser penser, logiquement, que MM. Jean-Claude et François sont les enfants de Jean-Baptiste, même si la documentation que j’ai trouvée sur J.B. Pitton ne citent en aucun cas de descendance. L’abbé Falquet, qui s’est intéressé aux cloches de la Savoie, évoque également une collaboration entre François Pitton et Eustache Meunier, fondeur installé à Chambéry au début du XIXe siècle.
Aucun document formel ne nous permet de confirmer cette hypothèse même si elle est fort plausible. Avec cette sonnerie, nous voyons l’intérêt de s’intéresser à chaque clocher, car même si la taille peut faire défaut, nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Jean-Claude Pitton 1805 108,5 750 Fa 3
2 St Jean-Baptiste Jean-Claude & François Pitton 1805 79 300 Si 3
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La grosse cloche.

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Mes remerciements à Madame Martine Berthet et au Service Communication de la ville d’Albertville pour l’aimable autorisation ; au Service Patrimoine pour le temps accordé et la mise à disposition d’archives et au père Badaud, curé, pour les sonneries spéciales.

Sources :
Inventaire personnel
Abbé Falquet
Description de l’église – Service Patrimoine d’Albertville
Fonds Privés
Mairie d’Albertville