Contamine-sur-Arve – Prieuré Sainte-Foy

Installé sur la rive droite de l’Arve, principale rivière du département, la commune de Contamine-sur-Arve possède une exposition remarquable tout au long de l’année. Presque à mi-distance entre Annemasse et Bonneville, cette petite commune rurale offre une certaine quiétude à ses presque deux milles habitants. Son territoire est frôlé par bien des habitants des communes voisines en raison de l’implantation du nouvel hôpital CHAL, qui a fusionné ceux d’Ambilly et Bonneville. Citons encore le lycée agricole, rassemblant des lycéens des alentours qui se destineront aux sports équins ou à la préservations de nos environnements et espaces verts. Enfin, le premier dimanche d’octobre, gens du villages et des environs se retrouvent dans le bourg pour la fête de la Saint-Bruno, durant laquelle de nombreux exposants vident leur greniers, des sportifs arpentent les sentiers du lieu et les passionnés d’histoire poussent la porte de l’église Sainte-Foy, vestige d’un prieuré.

 

Du côté historique, il y aurait tant à dire sur le passé. Je ne peux que vous recommander la monographie de Contamine-sur-Arve, édité par l’association des « Amis de la Grande Maison », composée de contaminois ou non mais tous amoureux du patrimoine de la commune. Votre serviteur a eu le plaisir d’y contribuer sur la partie campanaire. Je vais cependant vous donner quelques informations sur l’évolution de l’église priorale, intimement liée à l’histoire de Contamine.
En 909 ou 910 était fondé à Cluny une abbaye qui, siècle après siècle, s’enrichira de maintes possessions et de territoires. Le 2 février 1083, Guy de Faucigny, évêque de Genève, confia les terres contaminoises à l’abbé Hugues de Semur. Les moines bénédictins y bâtiront immédiatement un premier monastère attenant à l’église Sainte-Marie, déjà construite par les paroissiens. Très rapidement, le prieuré sera connu sous le nom de « Prieuré Notre-Dame de Contamine ». La famille de Faucigny, seigneurs des lieux, choisiront ce sanctuaire comme lieu de sépulture pour le repos de leurs âmes. Au fur et à mesure, de nombreuses paroisses de la province seront confiés aux moines. Citons à titre d’exemple Les Gets ou Boëge. Jusqu’en 1625, les prieurs bénédictins se succéderont à la tête des lieux, malgré une fin périlleuse, en raison de l’invasion des troupes protestantes en 1589. Celle-ci a hélas mis à mal le prieuré, qui ne se relèvera jamais sous sa forme originale. En 1618, le vicaire général de l’ordre bénédictin rend visite à la communauté. Il affirme que les moines ne pourront jamais relever complètement les murs. En 1625, les derniers moines bénédictins sont relogés dans des prieurés plus modestes des communes voisines. 9 ans avant, les revenus de Contamine sont attribués à une communauté de barnabites, ordre fondé par saint Antoine-Marie Zaccaria un siècle auparavant. Ils prendront naturellement la suite des bénédictins. Entre 1620 et 1625, leur nouvelle demeure, la « Grande Maison » est bâtie à quelques mètres de l’église conventuelle. Mais la communauté commence déjà à s’essouffler à la fin du XVIIIe siècle, alors qu’un vent de sécularisation commence à souffler sur nos territoires. En 1793, après une présence de 168 ans, ils quittent les lieux. Les bâtiments seront aussitôt revendus comme « bien national », alors que la Révolution battait son plein. Le syndic de Contamine s’appropriera la majeure partie de la Grande Maison et y favorisera l’installation d’une fabrique de coton. Mais le pari n’a pas été concluant. Finalement, les bâtiments retrouveront leur usage primitif : abriter les prières d’une communauté. En 1846-47, une communauté rédemptoriste s’installe dans la Grande Maison. Si la commune était favorable au maintien de la communauté, les lois du début du XXe siècle forceront la congrégation à être dissoute et à quitter les lieux qu’ils occupaient, dont Contamine. A partir de cette période (1901-1905) la paroisse revient simplement sous l’administration de l’évêque diocésain qui nommera, autant de fois de nécessaire, un curé pour le représenter. Cette situation est donc l’actuelle.

Après cette histoire mouvementée des communautés, il convient de parler du lieu principal de prières : l’église. Ou plutôt… les églises.
Si l’église primitive était sous le vocable de sainte Marie, Mère de Dieu, les moines se la sont appropriés selon les normes en vigueur : elle était devenue à l’usage exclusif de la communauté et les paroissiens ne pouvaient pas s’y recueillir. Alors, comme ailleurs, il fallait prévoir un second sanctuaire. Celui-ci allait être attenant au premier… avec une seule nef ! Un jubé allait séparer deux lieux dédiées à deux saintes : sainte Marie pour les religieux, et sainte Foy pour les paroissiens. Ce dernier sanctuaire sera desservi par un clergé séculier, distinct à la communauté régulière. Cet édifice, dont les restes actuels sont encore debout, sont signés maître Jacques de Saint-Georges. Les plans établis, la construction pourra commencer en 1295 pour se terminer 21 ans plus tard. Les deux églises (paroissiale et conventuelle), le cloître et les bâtiments conventuels sortent donc de terre. Cet architecte à laissé là une église unique, par sa forme et surtout par ses ouvertures : rectangulaires ! Si vous voulez voir les mêmes fenêtres, vous devrez vous rendre… au Pays de Galles ! En 1589, les Bernois ne manqueront pas de saccager sanctuaire et bâtiments conventuels. En réalité, il ne demeure que l’équivalent de l’église conventuelle. Le reste a été tout simplement détruit car jamais relevé. Les décors intérieurs datent de 1625/1635. Ils ont été découverts lors de la restauration de 1994-1995. Le retable présent dans le chœur a été commandé entre 1607 et 1635, probablement à l’arrivée des barnabites. Il représente entre autres quatre saints majeurs : saint François de Sales, sainte Foy, Bienheureux Ponce, saint Antoine-Marie Zaccaria. La personne principale est bien-sûr la Vierge à l’Enfant, le jour de son Assomption.
Dans les années 1850-60, une restauration de l’église est envisagée, à l’occasion du rattachement de la Savoie à la France. Plusieurs projets sont proposés et l’un d’entre eux prévoyait de construire deux clochers, donnant à la façade une allure de cathédrale. Mais à chaque projet, un élément faisait défaut : le manque de moyens. En 1869, il sera finalement décidé de restaurer l’église avec une grande simplicité : le clocher sera allégé pour celui que nous connaissons, en bois, et les murs consolidés.

La charpente du clocher, avec au centre les deux cloches actuelles.

Les sonneries de Contamine ont évolué avec l’histoire. On sait que l’incendie du 31 octobre 1476 mis à mal l’ensemble campanaire. Le vicaire général de Genève ordonna aussitôt la reconstruction de l’édifice religieux et la fonte de deux cloches, afin de sonner les différents offices qui ont lieu dans les églises. En 1589, l’invasion par les Bernois n’épargnera pas le clocher et ses occupantes. En 1607, la visite pastorale de Jean Papon demande la fonte d’une cloche, plus grande que celle en place, sans doutes fondue à la hâte après la destruction partielle du sanctuaire. Il ajoute qu’une troisième cloche encore plus grande sera à prévoir. En 1654, le curé procède à une quête pour une nouvelle cloche. En 1752, l’intendant de Contamine s’inquiète de la refonte de la première cloche. En 1781, le Sieur Livremont est mandaté par la commune pour la refonte de la grosse cloche. En 1833, le conseil se réunit au grand complet pour demander une expertise de la cloche de l’église paroissiale. Seule une consolidation du joug sera faite. En 1835 elle sera accompagnée d’une petite sœur, fondue par Jean-Marie et François Bulliod de Carouge. Ils seront à nouveau mandaté par la commune en 1842, car la plus grande était hors service. Cette cloche nouvelle sera plus lourde de trois quintaux que l’ancienne. On ne sait hélas trop comment elles ont été mises hors d’usage. On sait simplement qu’en 1905, elles sont entreposées dans un hangar : l’une en miette, l’autre visiblement en un seul morceau. Les débris seront vendus à Georges et Francisque Paccard entre 1907 et 1909. On ne sait pas si il restait une cloche au clocher car pendant ce temps, on note qu’en 1908 un arrêté est pris par la mairie pour l’usage des cloches de l’église.
En 1914, une cloche fondue par les fils de Georges Paccard est installée à l’église. Elle sonna le tocsin de la mobilisation générale de la Première Guerre Mondiale. 20 ans plus tard, le curé Mermaz lance la souscription pour une cloche plus petite, également fournie par les frères Paccard. Elle est bénie le 30 avril 1934 par Mgr Du Bois de la Villerabel, évêque d’Annecy. En 1963, elles sont électrifiées et sonnent de manière automatique.

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg)

Note

1

N.D. du Perpetuel Secours Les Fils de G. Paccard 1914 101 620 Sol 3
2 Thérèse Alphonsine Emilie 1934 81 320

Si 3

Mes remerciements pour les sonneries spéciales et pour le prêt de la clé à l’ensemble de la municipalité de Contamine, sous le mandat de Serge Savoini, maire. Un grand merci également aux membres de l’association de la Saint-Bruno et de la Grande Maison pour les fructueux échanges tout au long de l’année autour de ce patrimoine campanaire contaminois.

Sources & Liens :
Contamine-sur-Arve
Mairie de Contamine-sur-Arve
Abbaye de Cluny
Antoine Cordoba & Josiane Croset : « A Toute Volée », in « Contamine-sur-Arve – Art, Histoire, Emotions » Josiane Croset & Les Amis de la Grande Maison, 2015.
Clichés personnels
Fonds privés

Pers-Jussy – Eglise Saints-Pierre-et-Paul

Une commune de 3 000 âmes au caractère rural
Véritable balcon sur la vallée de l’Arve, la commune de Pers-Jussy est visible — dit-on — de plus de 40 villages alentour ! Si le chiffre est sans doute un peu enjolivé, il suffit de lever les yeux pour apprécier l’ampleur du panorama : la vallée de l’Arve s’ouvre à l’ouest, glisse vers la plaine d’Annemasse et rejoint plus loin le Rhône en aval de Genève.
Le regard embrasse alors un paysage à plus de 180°, du Salève aux Bornes, en passant par le Jura, les Brasses, le Môle et, au loin, quelques cimes du Massif du Mont-Blanc.
Éparpillée en hameaux sur un territoire de plus de 18 km², la commune conserve une identité rurale et montagnarde : fermes anciennes, chemins de crête, vergers, forêts… et, au cœur du bourg, une église qui domine fièrement le paysage. Avec sa couleur orangée si singulière, elle est visible à des kilomètres et incarne l’union de deux paroisses réunies au début du XIXe siècle.

Une église-phare dans la vallée
L’église Saints-Pierre-et-Paul, achevée en 1854, est bâtie dans le style néoclassique sarde, sur un plan basilical typique des constructions religieuses de l’époque.
Sa réalisation, précédée de quinze années de débats, coûta 90 000 livres, soit trois fois plus que ce qui avait été prévu : un effort considérable pour une communauté de 2 000 paroissiens.
À l’intérieur, la nef baigne dans une atmosphère chaleureuse. Le maître-autel, commandé en 1856 et livré en 1860, met en scène les deux saints patrons de la paroisse. Deux autels latéraux complètent l’ensemble : à droite, un autel dédié à la Vierge Marie, à gauche, un autre à saint Antoine, patron de Jussy.
Fait étonnant, l’église ne fut consacrée que le 6 mai 1863, près de dix ans après son achèvement, sans qu’aucun document n’en explique la raison.
En 2004, pour son 150e anniversaire, l’édifice a bénéficié d’une restauration complète. Depuis, sa façade orangée capte la lumière et se repère de très loin, telle un phare dans la plaine.

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Deux paroisses pour une église
L’actuelle église remplace les anciens lieux de culte de Pers et Jussy, distants d’à peine un kilomètre. Réunies au lendemain de la Révolution spirituellement puis administrativement, les deux paroisses se retrouvent dans l’église de Pers, agrandie puis remplacée au XIXe siècle par l’édifice actuel, bâti un peu plus bas dans le village.
Les archives mentionnent Pers dès 1212 (possession de l’abbaye d’Entremont) et Jussy en 1291 (rattachée au prieuré de Saint-Victor de Genève).
À Pers, un terre-plein artificiel fut créé en 1498 pour y ériger une nouvelle église, entourée d’un cimetière. Elle servit jusqu’au milieu du XIXe siècle avant qu’on construise l’actuelle, en contrebas. Le terre-plein existe encore et a abrité des terrains de tennis qui ont depuis peu laissé leur place à un parking et une aire de jeux.

Les églises disparues de Jussy
De Jussy, il ne reste plus rien : sa première église fut remplacée au XIVe siècle, restaurée avant la Révolution, puis vendue en 1829 avant de disparaître.
Heureusement, quelques éléments de mobilier furent préservés et intégrés à l’église de Pers-Jussy : la statue de saint Antoine, patron de Jussy, ou encore le Christ suspendu entre le chœur et l’autel de la Vierge. Certains paroissiens de Jussy dénoncèrent d’ailleurs à l’époque un véritable vol de la part de leurs voisins de Pers.
De l’ancienne église de Pers, quelques œuvres subsistent également : deux tableaux (saint François et l’Annonciation) dans le chœur, et un Christ « Renaissance » à la tribune.

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Cloches en voyage
L’histoire des cloches est particulièrement mouvementée.

  • Celles de Jussy sont presque inconnues. Après la Révolution, Joseph Pugin, agent municipal de Jussy, récupère à Bonneville une cloche de 250 livres poids de marc (env. 120 kilos). Confisquée à la Révolution, sa provenance est inconnue. Cette cloche sera ensuite récupérée par la paroisse de Pers à la fusion des deux paroisses.
  • À Pers, les premières mentions datent de 1754, quand les deux cloches en place furent refondues et augmentées par Jean-François Livremont, fondeur originaire de Pontarlier installé à Annecy. Mais elles disparurent à la Révolution. Joseph Naville, agent communal, récupère alors à Bonneville une cloche estimée entre 470 et 515 kilos pour l’installer au clocher de Pers. La description et la provenance de la cloche sont connues : elle a été fondue en 1784 par Claude-Joseph Livremont, membre de la même dynastie que Jean-François, pour la paroisse d’Argentière (Chamonix). Confisquée à la Révolution, elle fait partie des 92 cloches réinstallées dans un clocher dès 1796. En 1816, les élus chamoniards essayent en vain de la récupérer.

Au début du XIXe siècle, Pers possédait donc deux cloches : une petite (Jussy) et une grosse (Pers). Cette dernière, fêlée en 1820, fut refondue une première fois, sans en savoir plus sur les conditions de sa fonte, ni par qui. Légèrement augmentée, elle se cassa en 1824 déjà et fut alors refaite et doublée de poids par Claude Baudy en 1829, atteignant plus d’une tonne. Pour financer l’opération (entre autres), la commune vendit l’ancienne église et le cimetière de Jussy… à Baudy lui-même !
Mais les déboires continuèrent : en 1836, la cloche de Jussy se brisa, puis en 1842, la grosse cloche refondue en 1829. La paroisse se retrouva sans aucune cloche.

1842 : trois nouvelles voix pour Pers-Jussy
En juillet 1842, trois nouvelles cloches, fondues par les frères François et Jean-Marie Bulliod à Carouge (Genève), furent livrées et bénies. Leurs poids respectifs étaient de 1 089 kg, 569 kg et 211 kg.
Elles portent des inscriptions classiques : parrain, marraine, curé, vicaire et élus de la commune. Si la grosse cloche est clairement mentionnée dans les délibérations communales quant à son acquisition, le financement des deux petites restent mystérieux à l’heure actuelle. Sont-elles l’œuvre de souscriptions ou de libéralités privées ?

Le XXe siècle : la naissance de « Marie-Pierre »
En 1946, la grosse cloche, fêlée une fois encore, fut refondue sous le nom de Marie-Pierre, avec un poids légèrement inférieur (1 069 kg). Elle porte une inscription laconique rappelant son histoire, sans parrain ni marraine. Seul le nom du curé, Gaston Bouvard, y apparaît.
Depuis lors, les trois cloches rythment la vie du village et sonnent électriquement : heures, angélus, annonces de décès, offices… et chaque dimanche matin, elles sonnent encore la Résurrection, même en l’absence de messe.

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Marie-Pierre Les fils de G. Paccard 1946 119,4 1’069

Mi3

2

Bulliod frères 1842 97,1 569 Sol3
3 Bulliod frères 1842 70,6 211

Do4

Remerciements :
Mme Isabelle Roguet, maire, pour son aimable autorisation et son accompagnement au clocher.
M. Denis Dupanloup, maire adjoint, pour l’ouverture du clocher.
M. Matthieu Jules, guide à la fonderie Paccard et passionné breton, pour l’aide apportée à la réalisation de ce reportage.

Sources & Liens :
Mairie de Pers-Jussy.
Paroisse Saint-Jean-XIII d’Arve et Salève.
Constantin de Magny, Claude. L’église de Pers-Jussy, ou la fusion de deux paroisses. Non édité, 2015.
Archives départementales de la Haute-Savoie, EDEPOT 211.
Archives départementales de la Haute-Savoie, EDEPOT 330.
Coutin, François, « Histoire de la Collégiale de Sallanches et ses annexes », Mémoires et documents de l’Académie salésienne, no 59,‎ 1941.
Relevé personnel
Clichés personnels

Chamonix Mont-Blanc – Eglise Saint Michel

Statue du Dr. Michel Paccard et de Jaques Balmant, premiers hommes a gravir le Mont-Blanc
Statue du Dr. Michel Paccard et de Jaques Balmat, premiers hommes a gravir le Mont-Blanc

Chamonix-Mont-Blanc est probablement l’une des communes savoyardes les plus estimées dans le monde. C’est sur son territoire même que se dresse le Mont-Blanc -toit de l’Europe-, l’Aiguille du Midi ou encore la Mer de Glace. Ce haut lieu touristique abrite des pans entiers de l’histoire de l’alpinisme en plus d’un riche passé patrimonial. Ce sont MM. Michel Paccard et Jacques Balmat qui ont pu atteindre le toit de l’Europe en 1786. Aujourd’hui, une des principales rues chamoniardes porte le nom du Dr Paccard et un des établissements scolaires porte le nom de son compagnon de cordée, Jacques Balmat. Dès lors, le Mont-Blanc est gravi par des alpinistes confirmés ou non venant du monde entier. Maurice Herzog, député-maire de Chamonix de 1968 à 1977, est le premier homme à avoir gravi l’Annapurna. C’est la première fois qu’une expédition entière parvient à atteindre un sommet de plus de 8’000 mètres.
Une grande partie des historiens se pencheront volontiers sur l’évolution des funiculaires, des téléphériques, du tourisme ou encore des premières ascensions des différents sommets des Alpes. Ceux qui aiment également les vielles pierres n’hésiteront pas à pousser les lourdes portes des églises Saint-Michel -vestiges d’un prieuré-, Saint-Pierre d’Argentière ou encore celles de la chapelle Saint-Bernard des Praz. Les lignes suivantes vous permettront de franchir des portes dérobées accessibles pour une poignée de personnes : celles des clochers chamoniards.

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L’église Saint-Michel de Chamonix est aujourd’hui la cœur spirituel de la Vallée Blanche en raison du regroupement des paroisses. Pour cette église, ce n’est qu’un retour aux sources. Au XIe siècle, Aymon Ier de Genève confie la vallée à l’Abbaye piémontaise de Saint-Michel-de-la-Cluse (I). Une première église bâtie par les moines est attestée en 1119. Il s’agit en fait d’une nouvelle église, une première existant déjà auparavant. En 1519, Guillaume de la Ravoire, alors prieur, lie l’église à la puissante Collégiale Saint-Jacques de Sallanches. Seulement, trois ans après, tout chamonix est la proie des flammes. Nous retrouvons le fil de son histoire presque deux siècles plus tard : en 1702. Le sanctuaire prieural est alors reconstruit. Le chapitre collégial de Sallanches finance le chœur et les paroissiens la nef. Après 12 ans de travaux, Mgr de Bernex, évêque d’Annecy, consacre l’église en soulignant sa beauté. Mais en 1758, voilà que l’église brûle à nouveau. La restauration est entreprise entre 1760 et 1790. Après la Révolution, il faut à nouveau redonner à l’église -rendue à la vie paroissiale- son faste d’antan : nous noterons alors une grande restauration entre 1830 et 1860 (nouvelle peinture, nouveau retable et nouvelle façade en 1840 remplacée en 1864 par celle que nous connaissons, avec une travée supplémentaire). L’orgue est le dernier arrivé dans cette église : inauguré en 1992 par Marie-Claire Alain, cet instrument est composé de deux buffets pour laisser entrer la lumière des vitraux de façade. Le bulbe du clocher est toujours au milieu du village. Chaque 15 août, les guides s’installent sur les bans de l’église pour une grande messe en mémoire de leurs confrères disparus ou décédés. Les murs du lieu de culte ne comptent plus les veillées de prières pour les incidents de montagne ou encore pour de grands montagnards comme tout récemment Maurice Herzog, héros de l’Annapurna et ancien député-maire de la commune.

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Le clocher à bulbe, typique de nos vallées, a été restauré une dernière fois en 2003. Il abrite quatre cloches qui -contrairement aux usages haut-savoyards- sont suspendues en fenêtre et non à l’intérieur du beffroi, ce qui permets aux chamoniards et touristes d’assister au spectacle des volées de ces quatre cloches. Côté nord se trouve la plus grosse cloche, aux origines très anciennes. Ses inscriptions indiquent qu’elle a été refondue en 1761. Après avoir survécu aux révolutionnaires, elle prit à nouveau le chemin du creuset en 1815. Enfin, en 1845, Claude et Jean-Pierre Paccard réalisent la pièce que nous connaissons : une cloche de 1’500 kilos dédiée à l’Archange saint Michel, patron de la paroisse. En 1822, nous notons le passage de deux fondeurs réputés dans l’arc alpin : les familles Vallier et Gautier. Établies quelques années à Conflans, elles ont réalisés trois cloches en profil relativement « lourd » contrairement à d’autres sonneries. La seconde cloche de l’ensemble souhaite la « paix (…) aux hommes de bonne volonté ». Ses deux petites sœurs prient respectivement pour le repos des défunts et pour que l’espérance des justes soit immortelle. Il faut noter que l’harmonie de cette sonnerie est discutable en raison de la présence d’un demi-ton et d’un « triton » dans cette sonnerie. En effet, si les trois cloches de 1822 forment un segment de gamme, la grande cloche sonne un demi-ton trop bas. En profil moyen, il est fort possible que les frères Paccard aient livré une cloche de dimensions identiques à sa prédécesseur, au détriment de l’accord. Mais la qualité des cloches dans cette station réputée fait presque oublier ce défaut qui rend la sonnerie singulière.

Nom Fondeurs Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Saint Michel Frères Paccard 1845 136,2 1’560 Ré 3
2 Vallier & Gautier 1822 120 1’050 Fa 3
3 Vallier & Gautier 1822 106,5 700 Sol 3
4 Vallier & Gautier 1822 99,3 600 La bémol 3
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La cloche 3 qui prie pour les défunts, côté parvis.

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J’adresse mes remerciements pour mes différentes visites du clocher au père Vigliano, curé de la paroisse et chanoine d’honneur de l’Abbaye de Saint-Maurice. Je n’oublie pas toutes les personnes qui ont découvert ce clocher si célèbre : Matthias Walter, expert-campanologue à Berne, Mike alias « Quasimodo », Gideon Bodden -carillonneur d’Amsterdam- ou encore François-Xavier qui a aidé à réaliser la vidéo ci-dessus.

Sources & liens :
Mairie de Chamonix-Mont-Blanc
Paroisse de Chamonix-Mont-Blanc
Chamonix sur Wiki
L’église sur Wiki
Inventaire personnel
Fonds privés

Marnaz – Eglise Saint Pierre aux Liens

MarnazConstruite de 1848 à 1851 sur le lieu-dit « La Contamine », l’église Saint Pierre de Marnaz a également été construite pour la paroisse voisine : Scionzier. Lors de la scission de 1866, elle est attribuées aux Marmerots. Les Shonverots, mécontents, sont alors venu récupérer la cloche, qui, après jugement, sera restituée à la fonderie Paccard.

Cloche 1 « Jeanne Marceline » – G&F Paccard, 1900 – 1’250 kilos – Mi Bémol 3

Cloche 2 « Elisa Célestine » – G&F Paccard, 1900 – 620 kilos – Sol 3

Cloche 3 « Marie Josephte » – Frères Paccard, 1863 – 150 kilos – Mi Bémol 4

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Un grand merci à M. Le Maire pour l’accès au clocher et les sonneries spéciales.

Morillon – Eglise Saint Christophe

P1040178Jadis, la paroisse de Morillon était sous la tutelle de la Collégiale de Samoëns. En 1500, elle devient indépendante, une chapelle se dresse alors érigée à l’emplacement de l’église actuelle.  Elle est agrandie en 1577, le maître autel est construit au XVIIIe siècle. En 1866, le chœur au chevet carré devient circulaire. La tour clocher, percée de baies géminées sur deux étages et surmontée d’un bulbe, a été restaurée il y a quelques années.

Cloche 1 : J-D Dreffet, 1804 – 650 kilos – Sol 3

Cloche 2 : Frères Paccard, 1859 – 450 kilos – La 3

Cloche 3 : Collance & Marrez, 1726 – 45 kilos – La 4

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Un grand merci à M. Brischoux pour l’accès au clocher et les sonneries spéciales.

Saint Pierre en Faucigny – Eglise Saint Pierre

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La commune de Saint Pierre en Faucigny est le fruit de la fusion – en 1965 – de Saint Pierre de Rumilly, Saint Maurice de Rumilly et Passeyrier. De ces trois entités, il ne reste qu’une seule église. La paroisse, quant à elle, a fusionné au lendemain de la Révolution déjà, en 1803. L’église de Saint Pierre, bâtie en 1745, fut remaniée en 1840 dans le style néoclassique sarde. Son clocher, qui n’a jamais reçu sa flèche, date de 1899. Il a abrité, jusqu’en 1861, une cloche en provenance de chaque paroisse, dans le but de chanter au nom d’une seule paroisse.

Cloche 1 « Marie-Pierre » – Paccard, 1961 – 580 kilos – Sol 3

Refonte d’une cloche de 500 kilos.

Cloche 2 « Marie-Jeanne » Paccard, 1961 – 350 kilos – Si Bémol 3

Refonte d’une cloche de 1663 de 200 kilos.

Cloche 3 « Marie-Françoise » Paccard, 1961 – 250 kilos – Do 4

Refonte d’une cloche du XVIe siècle de 200 kilos.

674221071 947208093 1664139120

Un grand merci à M. Pierre Nicollet (†) pour l’accès au clocher et les sonneries spéciales.

Scientrier – Eglise Saint-Maurice

Il y a quelques semaines, je vous présentais l’église Saint-Théodule d’Arenthon et ses deux cloches. Pour rappel, l’une est genevoise et l’autre savoyarde. A seulement 850 mètres de cet édifice au chœur gothique se trouve un autre sanctuaire, pourtant sur la commune voisine de Scientrier. Totalement excentrée du bourg, ce modeste monument religieux semble plutôt bien plus ancien. Il est au bord de l’Arve, proche du Prieuré de Contamine, à l’origine de la fondation de la paroisse. Il est vrai qu’en traversant Scientrier par les grands axes, on ne voit pas l’ombre d’un clocher. Par contre, on peut aisément trouver la mairie, l’école et le cimetière. Le chemin le plus usité pour accéder à l’église impose le passage par la commune d’Arenthon ! La raison est bien entendu historique et pas si ancienne.

 

Le cadran solaire de 1757.

On sait que cette église, sous le vocable de saint Maurice, a été construite en 1511 par les moines du prieuré de Contamine, qui avaient certainement construit un pont pour traverser l’Arve qui sépare les deux communes. Pourtant, jusqu’à la fin du XIXe siècle, son histoire est vide. On notera seulement une anecdote plutôt intéressante expliquant sa position actuelle. A cette période, l’église menaçait de finir en ruines, le temps ayant fait son oeuvre. On sait que l’évêque d’Annecy, Mgr Isoard, était prêt à interdire le culte dans le bâtiment tant que de sérieux travaux n’étaient pas entrepris. Le conseil municipal entier, qui avait entrepris le projet de recréer le bourg ailleurs, saisit donc cette opportunité pour la détruire et en reconstruire une autre, ailleurs. C’était sans compter sur l’attachement des habitants du « vieux bourg », ancien chef-lieu, pour leur église séculaire. Une consultation de la population est donc lancée en 1901 : le choix portait entre deux parcelles différentes ou le refus du transfert. A la voix près, le refus du transfert l’emportera. Mais des travaux de réparations demandés par l’évêque ne sont pas lancés pour autant. En 1903, le même maire ferme l’église et alloue un local pour l’exercice du culte. Un an plus tard, un nouveau conseil s’installe et tente de relancer les débats et ils ont trouvé un nouveau terrain.  Ils l’ont même acheté mais… le tribunal de Saint-Julien invalide la vente ! Les recherches d’un lieu idéal ont donc été relancées et le maire demande à réparer la vielle église pour la rouvrir au culte le temps des travaux, non sans certaines contestations dans le conseil. Au final, elle servira encore plus de 30 ans. Juste avant la Seconde Guerre Mondiale, en 1939, le projet renaît de ses Cendres et est confié à Dom Bellot, architecte de la Basilique des Fins d’Annecy ou encore de l’église Saint-Joseph d’Annemasse. Le terrain était trouvé, les pierres acheminées, mais la guerre eut raison du projet presque abouti, qui n’aurait jamais été entièrement financé en raison de grosses restrictions budgétaires. En 1977, cinq années de travaux sont lancées dans l’église toujours debout : toiture, fenêtres, nouveaux abords. Elle a donc profité d’une cure de jouvence, et même les cloches ont été électrifiées !

Les cloches, parlons en. Comme sa voisine, nous avons affaire à une première de facture suisse (ou presque, Carouge étant sarde a l’époque) et une autre des ateliers Paccard. Cette dernière d’environ une tonne a été fondue en janvier 1875. Commandée l’année d’avant, elle honore le testament du révérend père Babaz Victor, curé de Scientrier, décédé en 1856. Il offrait 2’000 francs à la commune pour l’achat d’une seconde cloche plus grosse pour suppléer à une cloche plus ancienne. Cette dernière est couverte de mystères : elle ne possède ni signature, ni date de fonte. Ses décors sont un indice indéniable. Ils rappellent Jean-Baptiste Pitton, fondeur établi à Carouge entre 1787 et 1830. Il faut noter qu’ils ont été grossièrement démoulés. Les inscriptions, quant à elles, sont criblées de fautes d’orthographe. Certains mots ont du être partiellement écrit en négatif car les lettres semblaient absente au démoulage. Peut-être il s’agit de l’œuvre d’un de ses élèves. Pour en savoir plus, ce n’est qu’en 2021 (soit 3 ans après ma visite) que j’ai trouvé dans les archives l’histoire de cette cloche. En 1814, le conseil communal se réunit pour discuter de la cloche, fêlée depuis 10 ans. Elle pesait à peine 100 kilos. Il est convenu qu’il faut commander une cloche de 500 kilos, audible de toute la commune. Le syndic passe une convention le 26 février avec Jean-Baptiste Pitton de Carouge pour la fonte d’une cloche de presque 400 kilos (sept cent vingt cinq livres de Genève, soit 398 kilos) confirmée deux jours plus tard par l’Intendant de la province. Début 1816, les comptes sont faits : prix de la cloche, de son joug en chêne et de son battant. Elle aura coûté 1300 francs.

Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

Paccard Frères 1875 117 950

Fa 3

2 J-B Pitton 1815 86 400

Si bémol 3

Mes remerciements pour cette visite du clocher à M. Denis Barbier, maire, pour son aimable autorisation, et à M. Michel Brantus, adjoint, pour l’ouverture du clocher et les sonneries spéciales.

Sources & Liens :
Scientrier sur Wikipédia
Scientrier
Fonds Privés
Annuaire du Département du Léman, 1811 & 1814
Clichés personnels
Matthias Walter, campanologue

Villard – Eglise Saint-Jean-Baptiste

Après de multiples périples dans la vallée Verte, je vous propose ce qui est sans doutes mon clocher préféré. Dominant un village de 760 habitants, ce clocher est fièrement adossé contre le massif des Brasses, sur la rive droite de la Menoge. Il est repérable de toute la vallée : que l’on vienne de Bogève par le Col du Perret, de Boëge, en aval, des Habères, en amont, ou encore de Burdignin, sur l’autre rive. Précisons encore que ce village a connu maintes typographies… dans l’ancien temps on parlait « du » Villard (sous entendant « Le Villard ») ou encore « Le Villard-sur-Boëge ». Cette terminaison permettait de préciser et faire écho à un autre Villard, près de Thônes. Il y a aussi énormément de localités dans les Alpes contenant le mot « Villard ». Son nom dérive du latin « Villarius » : « du domaine rural ».

 

L’église Saint-Jean-Baptiste de Villard se caractérise par son clocher baroque, typique des Pays de Savoie. L’édifice actuel en remplace beaucoup d’autres. Il est cité pour la première fois en 1302, lors de l’érection de la paroisse et le détachement d’une chapelle dépendante du Prieuré de Burdignin. Au début du XVe siècle, cette chapelle, édifiée en église juste après l’érection de la paroisse, est déjà jugée vétuste par l’évêque de Genève qui somme le curé de la paroisse à la faire restaurer. Elle possédait 3 chapelles latérales dédiées à sainte Catherine, saint Grat et à la Vierge Marie. On ne sait pas trop l’évolution de l’édifice religieux. On sait cependant qu’à la Révolution, le retable a été caché derrière un mur. On ne sait pas si il a été sacrifié durant cette période, car l’actuel est daté du XIXe siècle. D’ailleurs, l’église entière est post révolutionnaire. Elle a été bâtie entre 1820 et 1826 dans le style néoclassique sarde. La coupole est l’oeuvre de Ploturo. Le clocher ne sera ajouté à l’édifice qu’en 1828.

 

Si l’église est seulement du XIXe siècle, on atteste la présence d’une cloche dès l’érection de la paroisse, en 1305. Si cette cloche n’existe plus depuis longtemps, deux témoins du passé religieux de la paroisse demeurent à l’église. La première a été réalisée par Guillaume Melot, établi à Vesoul. Elle a réussi à sortir indemne de la Révolution et des différents conflits historiques. Au pied du clocher, sa petite sœur date de 1687. Attribuée à F. Verney, fondeur inconnu, elle était jadis au clocher de l’église. Confisquée à la Révolution, elle a été récupérée au Concordat par la paroisse de la Côte-d’Arbroz, qui pensait alors récupérer sa cloche. Ce n’est qu’en 1989 qu’elle est rendue à Villard lors d’une cérémonie solennelle. Sa modeste taille ne lui a hélas pas permise de monter avec ses sœurs, elle est donc exposée dans le porche. Sa grande sœur, fondue en 1689, aussi sous la volonté du curé Mouchet, existe encore également. Mais elle se trouve au clocher de Veigy-Foncenex, commune frontalière près du Lac Léman. Les deux cloches du clocher qui accompagnent nos deux doyennes ont été fondues en 1859 par les établissements Paccard, installés depuis peu à Annecy-le-Vieux. La plus grande cloche cite naturellement ses parrain et marraine, et le conseil. La plus petite quant à elle, cite tous les prêtres en exercice natifs de la paroisse, qu’ils soient du diocèse ou non.

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

Adèle Joséphine Paccard Frères 1859 122,5 1250

Ré#3

2

inconnu G. Melot 1558 101,7 650

Fa#3

3 Marie Rosalie Paccard Frères 1859 81,1 350

La#3

4 inconnu F. Verney 1687 inc. ~40

Sol#4


Mes remerciements pour l’aimable autorisation à M. Pierrick Dufour, maire de Villard. Mes remerciements nourris et sincères à Mme Heuzé, maire-adjointe et Mme Delavoet pour l’ouverture du clocher et les sonneries spéciales. Enfin, mention à Mile alias « Quasimodo » pour l’aide apportée à la réalisation de ce reportage.

Sources & Liens :

Villard sur Wikipédia
Eglise de Villard
Mairie de Villard
« Le Villard et la Vallée de Boëge avant la Révolution« , abbé J. Mouthon, 1914

Saint Jeoire en Faucigny – Eglise Saint Georges

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Saint-Jeoire semble être un lieu qui a été occupé depuis la nuit des temps. En effet, une grotte à Onnion, village mitoyen, nous prouve qu’une population était installée à cette époque dans la vallée du Risse. Des vieux outils ont également été retrouvés sur Saint-Jeoire et auraient cinq millénaires d’ancienneté. Le premier millénaire de notre ère est relativement pauvre en faits historiques. Il est certain qu’à la fin de celui-ci, avec le développement du christianisme, un lieu de culte sous le patronage de saint Georges (ce qui explique le nom très savoyard du village), grand martyr dont le culte était très répandu à cette période, y est édifié. En 1185, un texte de la Chartreuse du Reposoir cite pour la première fois la famille noble de Saint-Jeoire. Au début de ce même siècle, un testament indique l’existence d’une église, d’une fabrique et d’un curé, le père Jean de la Fléchère. En 1339, on apprend que Saint-Jeoire est le bourg le plus peuplé du Faucigny avec près de 1’500 habitants. La commune possédait au Moyen-Âge plusieurs châteaux. Si le château de Beauregard, qui a appartenu aux Comtes de la Fléchère, domine toujours la cité, ceux de Saint-Jeoire, de la Ravoire et du Turchon font partie aujourd’hui du souvenir et des manuscrits. La commune était également entourée de nombreuses maisons fortes comme elle est encore aujourd’hui entourée de montagnes.

DSC_0060Le château de Beauregard.

Lorsque nous sommes sur la place de Saint-Jeoire, nous pouvons voir deux monuments religieux : l’église et son campanile. La base de ce dernier remonterait au XIIe siècle. La date de 1173 y est gravée. L’église romane fera l’objet d’une réfection en 1318. Après près de cinq cents ans de bons et loyaux services elle sera démolie et réédifiée sur le même emplacement. En 1739 le sommet du clocher sera intégralement reconstruit, avec une flèche élancée. C’est dans cette période que l’édifice roman sera totalement démoli pour laisser place à un nouveau, édifié avec les ruines du château de Saint-Jeoire. Ce même lieu de culte connaîtra la Révolution Française et subira son anticléricalisme. Il sera d’ailleurs consacré à la déesse Raison, comme beaucoup d’églises lors de cette période. Le sommet du clocher sera également abattu et les cloches fondues. En 1855, l’on procède à la déconstruction de l’ancien sanctuaire, probablement baroque, à l’exception du clocher roman qui deviendra dès lors campanile. Ce dernier subira sa dernière transformation en 1878 : la flèche sera abattue pour laisser place à des créneaux. La nouvelle église sera reconstruite dans un style néo-gothique lombard sur les plans des architectes Gignoux et Ruphy. Elle sera consacrée en 1858. Bien que dédié à Saint-Georges, le sanctuaire semble également voué à la Vierge. A l’intérieur, la voûte est peinte d’un bleu orné d’étoiles et la Vierge y est représentée. Ce sont d’ailleurs des statues semblables à des Vierges qui trônent dans le Maître-Autel.

DSC_0017bisLa nef de l’église.

DSC_0005Le clocher de l’église abrite actuellement quatre cloches. Datées du XIXe siècle, elles ont toutes été financées et parrainées par des Comtes et Comtesses de la Fléchère, dont le dernier descendant de cette famille noble, Roger de la Fléchère, s’est éteint en 2009. A sa sépulture, les cloches ont non seulement salué à toute volée sa mémoire, mais ont aussi sonné le glas d’un pan entier de l’histoire de la commune.
La plus grande cloche est également la doyenne. Elle a été parrainée par le comte Ange Etienne Alexy de la Fléchère. Sa marraine était « Madame Veuve J.C. Enriette de Chaillou Comtesse de Montailleur ». Cette cloche possède comme unique décor une Vierge à l’Enfant et une croix. Elle cite également le recteur (curé) François Marie Nachon et le syndic (maire) Joseph Marie Dumont. La cloche numéro deux remonte à 1808. Une petite cloche estimée à trois quintaux et demi occupait déjà le clocher. Elle était parrainée par Georgine et Alexis de la Fléchère. En 1889 elle est augmentée de moitié par Marie et Charles de la Fléchère. Elle est dédiée à Saint Georges de par sa première marraine, comme en témoigne une effigie du saint patron de la paroisse, en complément d’un Christ. La troisième cloche, celle qui sonne les angélus quotidiens, est dédiée à Saint François de Sales, patron du diocèse. Elle a été offerte par Louise et François de la Fléchère. La plus petite est vouée à Sainte Anne. Elle a été financée par Anne et Henry de la Fléchère. Une effigie sur la cloche le rappelle.

Cl.1 : Frères Paccard, 1843 – 135,5 cm, 1’500 kilos – Ré 3 -5
Cl.2 « St Georges » : G&F Paccard, 1889 – 107,4 cm , 700 kilos – Fa Dièse 3 +1
Cl.3 « St François de Sales » : G&F Paccard, 1889 – 90 cm, 420 kilos – La 3 ±0
Cl.4 « Ste Anne » : G&F Paccard, 1889 – 67 cm, 180 kilos – Ré 4 +5

fondeurs, année, diamètre, masse, note (La3 =435 Hertz)

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Ci dessus, les mascarons de la seconde cloche, fondue en 1889.
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J’adresse mes sincères remerciements pour la première visite à l’ancien maire, M. Gilles Perret pour son aimable autorisation et à M. Cataton des services techniques pour m’avoir accompagné.
Pour la dernière visite, effectuée en octobre 2015, je remercie Madame le Maire, Nelly Noël-Sandrin et sa municipalité pour la réédition de l’accord, et M. Perrotin, directeur des services techniques, pour l’accueil au pied du campanile.
Enfin, mention à mes camarades Mike « Quasimodo » et Guilhem Lavignotte, organiste titulaire d’Yverdon les Bains pour leur indispensable collaboration et les moments d’amitiés.

Sources :
« Mystère au clocher de Saint-Jeoire », Le Petit Colporteur, 2011
Commune de Saint-Jeoire-en-Faucigny
Relevé Personnel
Archives privées

Voir aussi :
Eglise Saint Georges de Saint-Jeoire
Paroisse Saint François-Jacquard