Contamine-sur-Arve – Prieuré Sainte-Foy

Installé sur la rive droite de l’Arve, principale rivière du département, la commune de Contamine-sur-Arve possède une exposition remarquable tout au long de l’année. Presque à mi-distance entre Annemasse et Bonneville, cette petite commune rurale offre une certaine quiétude à ses presque deux milles habitants. Son territoire est frôlé par bien des habitants des communes voisines en raison de l’implantation du nouvel hôpital CHAL, qui a fusionné ceux d’Ambilly et Bonneville. Citons encore le lycée agricole, rassemblant des lycéens des alentours qui se destineront aux sports équins ou à la préservations de nos environnements et espaces verts. Enfin, le premier dimanche d’octobre, gens du villages et des environs se retrouvent dans le bourg pour la fête de la Saint-Bruno, durant laquelle de nombreux exposants vident leur greniers, des sportifs arpentent les sentiers du lieu et les passionnés d’histoire poussent la porte de l’église Sainte-Foy, vestige d’un prieuré.

 

Du côté historique, il y aurait tant à dire sur le passé. Je ne peux que vous recommander la monographie de Contamine-sur-Arve, édité par l’association des « Amis de la Grande Maison », composée de contaminois ou non mais tous amoureux du patrimoine de la commune. Votre serviteur a eu le plaisir d’y contribuer sur la partie campanaire. Je vais cependant vous donner quelques informations sur l’évolution de l’église priorale, intimement liée à l’histoire de Contamine.
En 909 ou 910 était fondé à Cluny une abbaye qui, siècle après siècle, s’enrichira de maintes possessions et de territoires. Le 2 février 1083, Guy de Faucigny, évêque de Genève, confia les terres contaminoises à l’abbé Hugues de Semur. Les moines bénédictins y bâtiront immédiatement un premier monastère attenant à l’église Sainte-Marie, déjà construite par les paroissiens. Très rapidement, le prieuré sera connu sous le nom de « Prieuré Notre-Dame de Contamine ». La famille de Faucigny, seigneurs des lieux, choisiront ce sanctuaire comme lieu de sépulture pour le repos de leurs âmes. Au fur et à mesure, de nombreuses paroisses de la province seront confiés aux moines. Citons à titre d’exemple Les Gets ou Boëge. Jusqu’en 1625, les prieurs bénédictins se succéderont à la tête des lieux, malgré une fin périlleuse, en raison de l’invasion des troupes protestantes en 1589. Celle-ci a hélas mis à mal le prieuré, qui ne se relèvera jamais sous sa forme originale. En 1618, le vicaire général de l’ordre bénédictin rend visite à la communauté. Il affirme que les moines ne pourront jamais relever complètement les murs. En 1625, les derniers moines bénédictins sont relogés dans des prieurés plus modestes des communes voisines. 9 ans avant, les revenus de Contamine sont attribués à une communauté de barnabites, ordre fondé par saint Antoine-Marie Zaccaria un siècle auparavant. Ils prendront naturellement la suite des bénédictins. Entre 1620 et 1625, leur nouvelle demeure, la « Grande Maison » est bâtie à quelques mètres de l’église conventuelle. Mais la communauté commence déjà à s’essouffler à la fin du XVIIIe siècle, alors qu’un vent de sécularisation commence à souffler sur nos territoires. En 1793, après une présence de 168 ans, ils quittent les lieux. Les bâtiments seront aussitôt revendus comme « bien national », alors que la Révolution battait son plein. Le syndic de Contamine s’appropriera la majeure partie de la Grande Maison et y favorisera l’installation d’une fabrique de coton. Mais le pari n’a pas été concluant. Finalement, les bâtiments retrouveront leur usage primitif : abriter les prières d’une communauté. En 1846-47, une communauté rédemptoriste s’installe dans la Grande Maison. Si la commune était favorable au maintien de la communauté, les lois du début du XXe siècle forceront la congrégation à être dissoute et à quitter les lieux qu’ils occupaient, dont Contamine. A partir de cette période (1901-1905) la paroisse revient simplement sous l’administration de l’évêque diocésain qui nommera, autant de fois de nécessaire, un curé pour le représenter. Cette situation est donc l’actuelle.

Après cette histoire mouvementée des communautés, il convient de parler du lieu principal de prières : l’église. Ou plutôt… les églises.
Si l’église primitive était sous le vocable de sainte Marie, Mère de Dieu, les moines se la sont appropriés selon les normes en vigueur : elle était devenue à l’usage exclusif de la communauté et les paroissiens ne pouvaient pas s’y recueillir. Alors, comme ailleurs, il fallait prévoir un second sanctuaire. Celui-ci allait être attenant au premier… avec une seule nef ! Un jubé allait séparer deux lieux dédiées à deux saintes : sainte Marie pour les religieux, et sainte Foy pour les paroissiens. Ce dernier sanctuaire sera desservi par un clergé séculier, distinct à la communauté régulière. Cet édifice, dont les restes actuels sont encore debout, sont signés maître Jacques de Saint-Georges. Les plans établis, la construction pourra commencer en 1295 pour se terminer 21 ans plus tard. Les deux églises (paroissiale et conventuelle), le cloître et les bâtiments conventuels sortent donc de terre. Cet architecte à laissé là une église unique, par sa forme et surtout par ses ouvertures : rectangulaires ! Si vous voulez voir les mêmes fenêtres, vous devrez vous rendre… au Pays de Galles ! En 1589, les Bernois ne manqueront pas de saccager sanctuaire et bâtiments conventuels. En réalité, il ne demeure que l’équivalent de l’église conventuelle. Le reste a été tout simplement détruit car jamais relevé. Les décors intérieurs datent de 1625/1635. Ils ont été découverts lors de la restauration de 1994-1995. Le retable présent dans le chœur a été commandé entre 1607 et 1635, probablement à l’arrivée des barnabites. Il représente entre autres quatre saints majeurs : saint François de Sales, sainte Foy, Bienheureux Ponce, saint Antoine-Marie Zaccaria. La personne principale est bien-sûr la Vierge à l’Enfant, le jour de son Assomption.
Dans les années 1850-60, une restauration de l’église est envisagée, à l’occasion du rattachement de la Savoie à la France. Plusieurs projets sont proposés et l’un d’entre eux prévoyait de construire deux clochers, donnant à la façade une allure de cathédrale. Mais à chaque projet, un élément faisait défaut : le manque de moyens. En 1869, il sera finalement décidé de restaurer l’église avec une grande simplicité : le clocher sera allégé pour celui que nous connaissons, en bois, et les murs consolidés.

La charpente du clocher, avec au centre les deux cloches actuelles.

Les sonneries de Contamine ont évolué avec l’histoire. On sait que l’incendie du 31 octobre 1476 mis à mal l’ensemble campanaire. Le vicaire général de Genève ordonna aussitôt la reconstruction de l’édifice religieux et la fonte de deux cloches, afin de sonner les différents offices qui ont lieu dans les églises. En 1589, l’invasion par les Bernois n’épargnera pas le clocher et ses occupantes. En 1607, la visite pastorale de Jean Papon demande la fonte d’une cloche, plus grande que celle en place, sans doutes fondue à la hâte après la destruction partielle du sanctuaire. Il ajoute qu’une troisième cloche encore plus grande sera à prévoir. En 1654, le curé procède à une quête pour une nouvelle cloche. En 1752, l’intendant de Contamine s’inquiète de la refonte de la première cloche. En 1781, le Sieur Livremont est mandaté par la commune pour la refonte de la grosse cloche. En 1833, le conseil se réunit au grand complet pour demander une expertise de la cloche de l’église paroissiale. Seule une consolidation du joug sera faite. En 1835 elle sera accompagnée d’une petite sœur, fondue par Jean-Marie et François Bulliod de Carouge. Ils seront à nouveau mandaté par la commune en 1842, car la plus grande était hors service. Cette cloche nouvelle sera plus lourde de trois quintaux que l’ancienne. On ne sait hélas trop comment elles ont été mises hors d’usage. On sait simplement qu’en 1905, elles sont entreposées dans un hangar : l’une en miette, l’autre visiblement en un seul morceau. Les débris seront vendus à Georges et Francisque Paccard entre 1907 et 1909. On ne sait pas si il restait une cloche au clocher car pendant ce temps, on note qu’en 1908 un arrêté est pris par la mairie pour l’usage des cloches de l’église.
En 1914, une cloche fondue par les fils de Georges Paccard est installée à l’église. Elle sonna le tocsin de la mobilisation générale de la Première Guerre Mondiale. 20 ans plus tard, le curé Mermaz lance la souscription pour une cloche plus petite, également fournie par les frères Paccard. Elle est bénie le 30 avril 1934 par Mgr Du Bois de la Villerabel, évêque d’Annecy. En 1963, elles sont électrifiées et sonnent de manière automatique.

Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg)

Note

1

N.D. du Perpetuel Secours Les Fils de G. Paccard 1914 101 620 Sol 3
2 Thérèse Alphonsine Emilie 1934 81 320

Si 3

Mes remerciements pour les sonneries spéciales et pour le prêt de la clé à l’ensemble de la municipalité de Contamine, sous le mandat de Serge Savoini, maire. Un grand merci également aux membres de l’association de la Saint-Bruno et de la Grande Maison pour les fructueux échanges tout au long de l’année autour de ce patrimoine campanaire contaminois.

Sources & Liens :
Contamine-sur-Arve
Mairie de Contamine-sur-Arve
Abbaye de Cluny
Antoine Cordoba & Josiane Croset : « A Toute Volée », in « Contamine-sur-Arve – Art, Histoire, Emotions » Josiane Croset & Les Amis de la Grande Maison, 2015.
Clichés personnels
Fonds privés

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