C’est sur la rive droite de la Dranse d’Abondance qu’est installé Vacheresse, à l’écart de la grand’route qui mène aux stations de ski en bout de vallée. Cette position permet de contempler de loin ce village fidèlement organisé autour de son église paroissiale et de son cimetière. Son clocher fait de moellons et de pierre de taille – couronné d’un lanterneau imitant les bulbes baroques – est un véritable repère. Il est éclairé par le soleil le jour et relayé par quelques projecteurs la nuit. Pourtant, du sommet de la croix qui le couronne, des siècles nous contemplent.
Les plus vieux écrits nous apprennent que Vacheresse était jadis paroisse du diocèse de Genève. L’église était alors dédié à Saint Ours, prêtre irlandais du VIe siècle. Une visite pastorale par l’évêque en 1411 fait état d’une église au chœur incomplet. A la fin du XVe siècle, l’évêque demande à la paroisse de reconstruire les poutraisons du clocher et la fenêtre de la nef. Cette église qui se situait au lieu-dit « les Chapalettes » a été emportée par un éboulement en 1617. En 1623 l’église est reconstruite à l’emplacement que nous connaissons, encerclée par le cimetière communal. En 1706, le lieu de culte est déjà délabré puis jugé trop petit en 1722. Il sera donc immédiatement reconstruit et agrandi. Dès les années 1770, nous notons un bon nombre de travaux dans l’église : reconstruction du clocher, réfection de la nef, etc… Et ce jusqu’à la Révolution Française. Le concordat à peine signé, les travaux reprennent. La décennie précédente, le sommet du clocher fut abattu et le mobilier liturgique mis à mal. En 1841, la paroisse change de saint patron. Saint Étienne, premier martyr devient titulaire, Saint Ours devient co-titulaire avec Saint Antoine l’Abbé. Dès 1860 l’église est agrandie sur les plans de l’architecte thonnonais Pompée. L’édifice présente un style très éclectique. Le lanterneau du clocher et l’architecture de l’église sont indiscutablement néoclassiques. Cependant, les retables sont clairement néo-gothiques. Cette différence accentue l’intérêt que l’on peut avoir pour ce lieu de culte.
Quatre belles cloches sont locataires du clocher de Vacheresse. Disposées dans la travée nord, les deux cloches médianes sont de 1842. La plus grande, qui porte le nom d' »Étiennette » rend hommage à St Étienne, patron de Vacheresse, son parrain M. Amédée Tagand et sa marraine Mme Anne Favre. La plus petite, « Marie », cloche dite « de l’angélus » a eu pour parrain et marraine Ambroise et Constance Tagand. Enfin, les cloches 1 et 4 ont été fondues en 1957. La plus grande, « Marie-Claudine », cloche des offices, se contente de remplacer une cloche plus ancienne, fondue en 1754. Elle a pour parrains le conseil municipal de Vacheresse. Sa petite sœur, « Marie-Françoise », cloche dite « du feu », « prie pour l’union des foyers ». Elle a pour parrains le conseil paroissial et pour marraines les jeunes filles de la paroisse. Toutes deux ont été bénies par Mgr Cesbron, évêque d’Annecy sous le mandat de M. Alphonse Tagand, maire, et du P. Pierre Tavernier, curé du lieu. La petite cloche est étrangement munie d’un joug en bois, alors que sa grande sœur possède, conformément à la pratique de l’après-guerre, un rail métallique. C’est probablement, pour Marie-Françoise, le joug d’une ancienne cloche. Même si -contrairement à la plus grande- elle ne fait aucunement mention d’une éventuelle prédécesseure, les archives nous indiquent qu’un achat de cloche intervint en 1812. Nous ne savons hélas ni le fondeur, ni le nombre et les dimensions des cloches installées autrefois. Il est cependant certains qu’elles n’ont pu parvenir jusqu’à nous, à notre grand regret.
N°
Nom
Fondeurs
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
Marie Claudine
Paccard
1957
112,9
900
Fa 3
2
Etiennette
Frères Paccard
1842
99,5
600
Sol 3
3
Marie
Frères Paccard
1842
88,8
400
La 3
4
Marie Françoise
Paccard
1957
84,7
360
Si ♭ 3
Détail d’une des cloches de 1842, et sa Vierge à l’Enfant. Ci-dessous, les quatre cloches.
Mes remerciements à M. Petitjean, maire de Vacheresse, pour son aimable autorisation ; à M. Mottiez, secrétaire de mairie, qui nous a accompagné et enfin à la communauté paroissiale de Vacheresse et son curé, Mgr Gobel. Remercié soit également Quasimodo, pour l’aide apportée a la réalisation de ce reportage.
Montailleur est installé sur la rive droite de l’Isère, principale rivière de la Combe de Savoie. Ce petit village de sept cents âmes possède un passé relativement riche. Au Moyen-Âge, ce bourg abritait déjà une Maison Forte. Aujourd’hui encore subsistent quelques ruines d’un château dans le lieu-dit du même nom. Près de ce château est installée une chapelle placée sous le patronage de l’Archange Saint Michel. L’église néo-gothique, quant à elle, est dédiée à Saint Maurice, légionnaire thébain mort en Valais au IIIe siècle. Cette église, consacrée en 1885, a été bâtie sur les plans de l’architecte diocésain M. Joseph-Samuel Revel. En 1884, l’ancienne église sera déconstruite. Le seul élément conservé est la base du clocher afin de faire un trait d’union entre les deux édifices religieux. Aujourd’hui encore, la chambre des cloches de l’ancienne église est encore visible par des ouvertures géminées. L’étage au-dessus, en pierres apparentes, est la partie nouvelle, avec une nouvelle chambre des cloches, un petit peu plus étroite.
Les plus anciennes archives que nous possédons font état de quatre cloches en place dans le clocher de l’église sous l’Ancien Régime. En 1793 trois d’entre elles, les plus petites, prirent le chemin de Chambéry pour être cassées et fondues. Elles pesaient au total 830 kilos. La plus grande (880 kilos) était restée au clocher pour donner de la voix pour le tocsin ou autre événement civil. Dérobée en avril 1794 puis retrouvée quelques jours après, elle sera contrainte de subir le même sort que ses petites sœurs. En 1802, soit peu de temps après que le Concordat soit signé, une cloche pesant environ une tonne est fondue par un Carougeois et son fils : Jean-Baptiste Pitton. Ce n’est pas la première fois que nous relatons le savoir-faire de ce fondeur né en Isère. Cette cloche sans nom, installée en rétrograde, est accompagnée de trois autres cloches. La plus grande d’entre elles – la deuxième – porte la date de 1860 et la griffe des frères Paccard, fondeurs à Annecy-le-Vieux, en Haute-Savoie. Cette cloche en remplace une autre d’un seul quintal. Son acquisition reste une zone d’ombre. Deux petites cloches permettent au quadrillon de s’exprimer pleinement. Nommées respectivement « Françoise-Marguerite du Sacré-Coeur » et « Marie-Jeanne-Angéline-Philomène », elles ont été fondues toujours par la célèbre fonderie savoyarde Paccard en 1891. Leurs dédicaces rendent hommage à leur parrains et marraines respectifs, et citent le curé qui les « donne à la fabrique ». On trouve enfin l’inscription « L’année de fonte de la Savoyarde 1891 » ! En effet, c’est cette même année qu’est fondue la célèbre Savoyarde sur l’initiative de l’archevêque de Chambéry. Depuis l’installation des nouvelles cloches en juillet 1892, ce carillon entonne joyeusement un « accord majeur » en « mi » audible lors des funérailles.
N°
Nom
Fondeurs
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
Pitton père & fils
1802
119,7
1000
Mi 3
2
Paccard frères
1860
94,5
500
Sol ♯ 3
3
Françoise Marguerite du Sacré Cœur
G&F Paccard
1891
79,3
308
Si 3
4
Marie Jeanne Angéline Philomène
G&F Paccard
1891
58,6
130
Mi 3
La cloche 3 « Marguerite du Sacré-Coeur » et la cloche 1 en arrière plan.
Mes sincères remerciements à la municipalité de Montailleur, sous le mandat de M. Jean-Claude Sibuet-Becquet, maire, pour son aimable autorisation et à M. Pierre Dubourgeat, jeune conseiller municipal intarissable sur l’histoire de son village pour nous avoir accompagné. Je tiens aussi à remercier le petit comité qui nous a accueillis pour avoir pris le temps de nous écouter, de même que Quasimodo (que je remercie vivement également pour sa collaboration) et qui partagé mon ébahissement devant ces remarquables cloches. Enfin, je citerai Marie-Thérère Floret-Miguet pour le très bel article sur notre venue au clocher en cette avant-veille de la Toussaint.
Aux portes du beaufortain, vallée creusée par le Doron, Queige est un village de 800 habitants de part et d’autre d’une rivière parfois tempétueuse. De nombreux sommets dépassant les 2000 mètres d’altitude entourent la commune, qui possède un moyen de communication avec le Val d’Arly grâce au Col de la Forclaz, nom très répendu. En effet, en patois Forclaz signifie « petite fourche » ou « fourchette » : il faut comprendre alors « un passage dans la montagne », nous disent volontiers nos anciens. Si le chef-lieu du village est installé rive droite du Doron, de nombreux hameaux sont installés ici et là, aussi bien en direction du Col qu’au bord du torrent, qui coule depuis les alpages et plus particulièrement les barrages de Roselend et de la Girotte, plus en amont.
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La première mention d’une église à Queige remonte à 1171. Un édifice religieux était déjà construit en contrebas de l’actuel, près du Doron. Suite à une importante crue de cette rivière, l’église fut déplacée à l’emplacement actuel en 1351. La base de la tour clocher, qui sert également de chœur, est bien plus ancienne : il s’agit en fait de la tour d’un ancien château. En 1674, le nouveau sanctuaire baroque est consacré. Les travaux sont réalisés par les tailleurs de pierres de la paroisse de Sixt, en vallée du Giffre. En 1793, Ablitte ordonne de raser la tour. Fini le temps du clocher majestueux qui dépassait fièrement la nef de l’église, sa flèche élancée et ses quatre clochetons. Aujourd’hui, une modeste flèche couronne un clocher qui ose à peine se démarquer de la nef. Grand classique pour les églises baroques des pays de Savoie, l’intérieur contraste nettement avec la sévérité extérieure. Le retable est sans doute l’élément le plus remarquable de l’édifice. Chaque année, début février, Queige fête sa patronne, Sainte Agathe. Une grande foule assiste à la messe patronale où est béni le pain de Sainte Agathe.
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Le clocher trapu, ancienne tour de château, abrite aujourd’hui quatre cloches. La plus grande des quatre, « Marie-Françoise », date de 1646. A la fin du XIXe siècle, cette cloche qui survécut à la Révolution se fêla. Il a fallu la refondre en 1886. Cette cloche prie pour les Queigerans qui l’ont financée. Elle arbore aussi le nom du curé, du maire de l’époque, du parrain et de sa marraine ainsi que l’inscription « Je sonne la messe, les heures et chasse l’orage ». La deuxième cloche se retrouve à être la doyenne aujourd’hui. Elle a été fondue en 1824 par un fondeur natif de Briançon, pourtant bien connu en Savoie : Louis Gautier. Elle est dédiée à Sainte Agathe. Comme les autres cloches, elle fut offerte par les queigerans vivant à Paris, en plus des villageois. Mgr Antoine Martinet, un queigeran -entre autres- docteur et professeur de théologie, chanoine honoraire de la Métropole de Chambéry et vicaire général de la Tarentaise a eu l’honneur de parrainer cette cloche. Une fois la cloche installée au clocher, il deviendra Archévêque de Chambéry jusqu’à sa mort. Lucie-Joséphine est la troisième cloche. Fondue en 1827 par Gautier, elle fut refondue à Quintal en décembre 1843. « Marie-Cécile » est la benjamine de la sonnerie, tant par sa taille que son âge. Fondue en 1845 et donnant un « ré » de deux quintaux à peine, elle fut refondue en 1950, alourdie et harmonisée pour l’occasion avec ses grandes sœurs. Fondue quelques années après la seconde guerre mondiale, elle se veut être « la cloche de la Paix ». Autrefois, les sépultures pouvaient être sonnées avec une seule ou trois cloches, selon le défunt. Aujourd’hui, le glas est composé à la fois d’un tintement des quatre cloches (un coup par cloche, pendant cinq minutes) puis de la grande volée, entonnant un solennel Salve Regina (nom de l’accord des cloches) avant et après la célébration de la sépulture. Grâce à l’élan de la municipalité en place depuis 2014, elles sont désormais visible en point d’orgue d’un parcours de visite dans le village. Récemment, le clocher a été restauré pour lui rendre une belle apparence mais aussi pour accueillir plus sereinement un public toujours plus nombreux. Cerise sur le gâteau, les cloches viennent d’être nettoyées et polies, afin de donner une apparence presque rajeunie, même si les cloches sont presque toutes centenaires !
N°
Nom
Fondeurs
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
Marie Françoise
G&F Paccard
1886
126,8
1263
Mi ♭ 3
2
Sainte Agathe
Louis Gautier
1824
101,2
610
Sol 3
3
Lucie Joséphine
Frères Paccard
1843
81,6
325
Si ♭ 3
4
Marie Cécile
Les fils de G. Paccard
1950
76,2
275
Do 4
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Anecdote : au début du XXe siècle, alors que l’Église et l’État divorçaient, le village de Queige était marqué par un fort anticléricalisme. Autrefois, a l’issue d’obsèques religieuses, les défunts étaient inhumés de manière à regarder l’église qui les surplombaient. Alors, les athées, enterrés « en libres penseurs » souhaitaient lui tourner le dos. De cette période subsiste cette tradition qui serait toujours en vigueur. En 1908, lors d’obsèques civiles, le fossoyeur -pour témoigner de sa colère- n’a même pas pris la peine de descendre le cercueil au fond de la tombe à l’aide de cordes : il l’a lâché et laissé tomber!
Mes sincères remerciements à M. Edouard Meunier, maire de Queige pour son aimable autorisation et son accueil plus que chaleureux ainsi que M. Jean-Louis Combaz, sacristain, pour l’ouverture du clocher. Je remercie également mes collègues Quasimodo (visite de 2015), Loris « Les Cloches Mauriennaises » et Aurélien Surugues (visite de 2020) pour leur collaboration et les chouettes moments d’amitié !
Sources :
Jean-Louis Vernaz
Edouard Meunier, maire de Queige
« Cloches du Beaufortain et d’ailleurs » Marie-Françoise Doucet, 2003
Inventaire personnel
Fonds privés
En prononçant le nom de Thorens-Glières, un lieu nous vient immédiatement à l’esprit : le célèbre Plateau des Glières, l’un des foyers de la Résistance Française lors de la Seconde Guerre Mondiale. En fouillant un peu plus le passé, on apprend que c’est cette commune qui a vu naître, un 21 août 1567, Saint François de Sales. Docteur de l’église et saint-patron des journalistes, celui qui fut prêtre puis évêque du diocèse de Genève-Annecy était issu d’une famille noble. Ses descendants (indirects) possèdent encore le château de Thorens-Glières, sis sur le hameau de Sales. Bien que le château ait été démoli par Louis XIII en 1630, un autre a été reconstruit à quelques mètres de l’ancien. Une chapelle, dédiée à l’enfant du village, marque l’emplacement de la chambre ou ledit saint vit le jour.
A quelques mètres de là, dans le chef-lieu, une flèche dépasse les bâtisses. L’église initialement dédiée à Saint Maurice est aujourd’hui dédiée à Saint François de Sales en plus du martyr d’Agaune, Saint Maurice. L’édifice a su conserver son chœur du XVe siècle. C’est entre ses murs qu’a été baptisé Saint François de Sales et qu’il a été ordonné évêque. En 1898, la nef et les bas côtés, jugés en mauvais état, son abattus pour être reconstruits et agrandis. La remarquable mosaïque dans le chœur date de 1935. On peut admirer la Sainte Trinité, et les deux patrons de la paroisse : Saint Maurice qui encourage ses troupes à mourir pour le Seigneur, et Saint François de Sales lors de son ordination, quatre siècles auparavant.
Le clocher flèche abrite actuellement deux cloches. Bien que l’histoire du patrimoine campanaire ne soit guère connue, nous avons la certitude que lors de l’installation des deux cloches actuelles, une troisième plus ancienne prenait déjà place dans le clocher. En témoignent un joug en bois, déposé, qui ne correspond pas à celui de la grosse cloche, déposé il y a peu au profit d’un joug métallique, et une inscription sur la grosse cloche relatant ses « deux sœurs cadettes ». Aujourd’hui encore, « Jeanne Salésienne » et « Immaculée » se chargent de chanter les louanges du Seigneur, mais aussi d’annoncer aux thoranais(es) les joies et les peines. Elles ont toutes deux eu pour parrains et marraines le comte et la comtesse Eugène et Jeanne de Roussy de Sales, illustres descendants de la famille de Sales.
N°
Nom
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
Jeanne Salésienne
143,1
1700
Ré ♭ 3
2
Immaculée
95,9
500
La ♭ 3
Georges et Francisque Paccard fondeurs à Annecy-le-Vieux 1884
« Jeanne Salésienne » la plus grande des deux cloches.
Mes remerciements à la municipalité de Thorens-Glières sous le mandat de M. Christian Anselme, maire, pour son aimable autorisation, et à M. Didier Duborper, directeur des services techniques. Des remerciements nourris à M. André Colin, président du conseil de paroisse, pour nous avoir accueillis et accompagnés au sommet de ce beau clocher. Enfin, mention à Alex « Fred Phos » pour sa collaboration.
Le village de Champdor se trouve en plein cœur du Bugey, l’une des quatre provinces de l’Ain. De 1077 à 1601, la commune faisait partie intégrante du territoire de la Maison de Savoie. Au cours du XIIe siècle, on apprend qu’elle appartenait à des familles nobles. Le premier nom est celui des de Lurieux. Jusqu’à la Révolution Française, quelques familles se sont succédées. La dernière ayant eu un quelconque pouvoir est la famille de Montillet. C’est à cette famille que l’on doit le château de Champdor, bâti dès 1730 et achevé en 1743. L’un des éléments remarquables est sa tour, dont les deux derniers étages sont aménagés pour abriter une horloge et une cloche. Il est bon de préciser qu’à quelques mètres du château se trouve l’église, qui, elle aussi, a toujours été équipée de cadrans, et dont les cloches sonnent encore aujourd’hui le temps qui passe. Cette église, qui remonterait au XVe siècle, possède un clocher carré reconstruit en 1823, suite aux dommages causés par la Révolution. Il est possible que l’église ait été remaniée au XIXe siècle, car elle est aujourd’hui dans un style néo-gothique.
Le clocher abrite actuellement trois cloches. Bien que les deux plus grandes soient équipées pour tinter heures et demi-heures, toutes trois sont encore actionnées à la corde! Néanmoins, une belle sonnerie régulière a un prix, notamment pour la grosse cloche : il faut être deux ou en bonne condition physique! La sonnerie se compose d’une cloche Burdin Ainé dédiée à Saint Paul Apôtre, fondue en 1838, et de deux cloches fondues à Annecy-le-Vieux par Georges & Francisque Paccard en 1893. Ces dernières ont été financées par la commune. La plus grande cloche a eu pour parrain le baron de l’époque, Xavier de Montillet. La plus petite, quant à elle, rend hommage à tous les évêques et archevêques des différents diocèses et archidiocèses qui ont eu à un moment de leur histoire Champdor comme paroisse. A l’époque, l’évêque avait sa cathèdre à Belley, ce qui est toujours le cas aujourd’hui, mais avec Bourg-en-Bresse comme Co-Cathédrale.
N°
Nom
Fondeur
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
Marthe Marie
G&F Paccard
1893
133
1400
Ré 3
2
St Paul
Burdin Ainé
1838
103,2
650
Fa 3
3
Stéphanie Louise
G&F Paccard
1893
88
400
La 3
La cloche deux, richement décorée.
Mes remerciements à M. Stéphane Martinand, maire de la commune de Champdor, pour son aimable autorisation. Mention à mes excellents camarades campanaire Mike « Quasimodo », Philippe « Senonais » et Matthias Walter, expert-campanologue à Berne, pour l’aide indispensable à la réalisation de ce reportage.
Le village de Marboz se situe dans le nord du département de l’Ain. Le clocher élancé de l’église Saint Martin est encore aujourd’hui un repère. Il est d’ailleurs visible de toutes les entrées du bourg de 2’200 habitants. La plus ancienne mention d’un édifice religieux remonte à 974. Manassès, sire de Coligny, village voisin, fait don de l’église de Marboz à l’abbaye de Gigny qui établit alors un prieuré près de l’église. A cette époque, la paroisse est indirectement dépendante des bourguignons. Après une guerre de plusieurs années entre Hubert de la Tour du Pin et Aimé IV de Savoie, la commune passe sous domination savoyarde en 1289. Ballottée entre la Savoie et la France pendant le XVIe siècle, la paroisse deviendra définitivement française en 1601. Pour revenir à des faits religieux, en 1470, une visite pastorale est effectuée par l’archevêque auxiliaire de Lyon. L’église est décrite comme pauvre, car il manque le grand autel, qui ne sera jamais installé. La messe était alors dite sur un autel « portatif ». En 1584, un tremblement de terre fragilise l’église et les maisons du bourg. En 1613, l’archevêque de Lyon se déplace jusqu’à Marboz. Il actualise les propos de son confrère venu en 1470 pour dire que l’église était plus belle et qu’elle possédait 7 chapelles. En 1656, l’un de ses successeurs déclare lors d’une visite que le sanctuaire est « pauvre de tous ornements nécessaires ». A l’époque, elle avait 13 chapelles. Probablement pillée à la Révolution, l’église sera rebâtie dans un style néogothique dès 1858. Elle sera consacrée en 1861. Elle abrite aujourd’hui des reliques de Sainte Urbaine dans une chapelle latérale qui lui est dédiée.
Le clocher, fin et élancé, supporte aujourd’hui quatre cloches. Toutes installées dans un beffroi en bois, elles étaient actionnées par des sonneurs jusqu’en 1967 et tintaient le temps qui passe avec une horloge mécanique conçue par MM. Paget frères à Morez-du-Jura en 1863. En 1941 ce mouvement est remplacé par l’entreprise fondée par Lucien Terraillon, basé sur la même commune jurassienne. C’est d’ailleurs la marque que porte le cadre de l’horloge. Ce mouvement pilotait au tintement les trois plus grandes des quatre cloches. Cette sonnerie, malgré un pilotage par automate, demeure : les quarts sur les cloches 3 et 2, et l’heure pleine sur le « bourdon ». La petite cloche s’est toujours contentée de sonner à la volée. Nous n’avons pas la moindre information sur les anciennes sonneries de Marboz. Il est certain que les cloches actuelles succèdent à d’autres et s’inscrivent dans la probable grande lignée de cloches marboziennes aux vues de l’histoire de la bourgade. Fondues en deux étapes (« bourdon » en 1871, puis les autres en 1875) les cloches portent la signature de la fonderie lyonnaise Burdin-Ainé, l’une des plus productives dans la région.
N°
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
1871
148,5
1950
Do 3
2
1875
117,1
900
Mi 3
3
1875
99
550
Sol 3
4
1875
74,5
250
Do 4
Burdin Ainé fondeur à Lyon
Détails de la grande cloche.
Mes remerciements vont à la municipalité de Marboz, pour leur accord de principe et à M. Joël Guillet, paroissien en charge des différentes sonneries de cloches pour sa gentillesse et sa disponibilité. Enfin, mention amicale envers MM. Mike « Quasimodo » et Philippe « Senonais » pour leur précieuse collaboration et les sympathiques échanges.
Sources : Commune de Marboz
Relevé personnel
Panneaux sur site
Collections privées
En plein cœur de la vallée du Giffre, Verchaix n’est que commune à part entière que depuis 1865. Dépendants de la collégiale de Samoëns, les habitants de la commune construisent en 1665 une chapelle dédiée à Saint Guérin, évêque de Sion et fondateur de l’Abbaye de Saint-Jean-d’Aulps, à l’emplacement de l’actuelle mairie. En 1777, ils demandent à Mgr Jean-Pierre Biord, évêque du diocèse natif de Samoëns, la création d’une paroisse. Ce sera chose faite en 1779. La construction de l’église est alors confiée à Claude-François Amoudruz, architecte septimontain. Elle sera achevée en 1783. Malgré cette indépendance, c’est aux chanoines de la collégiale de Samoëns qu’il revient de nommer le curé de Verchaix. Le premier sera Charles-François Bouvet. Malheureusement ce brave père devra finir ses jours en Suisse, à cause de la Révolution. L’église trapue se compose d’une nef unique prolongée par un chœur à chevet arrondi. Sa tribune est ajoutée en 1830.
Après vous avoir présenté des ensembles notables telles que la Savoyarde, plus grosse cloche de France ou encore la cathédrale de Dijon et son carillon, l’un des plus grands de France, c’est aujourd’hui une sonnerie modeste que je vous présente, mais son caractère hétérogène est des plus intéressants. Deux cloches, de deux fondeurs. La plus grosse date de 1836, c’est la plus récente. C’est une cloche des frères Paccard de Quintal (deuxième génération). Elle montre tout le savoir-faire acquis par cette célèbre famille au bout de quarante ans de fonte. Elle tient compagnie à une cloche plus ancienne. Elle a été offerte par le père Bouvet, premier curé de la paroisse. Elle est antérieure à la Révolution et porte le sceau de Jean-Daniel Dreffet, fondeur maintes fois présenté sur ce site.
N°
Nom
Fondeur
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
Frères Paccard
1836
89
400
La 3
2
St Guérin
JD Dreffet
1786
74,5
250
Si 3
Les deux cloches, installées côte à côte dans le clocher en bois.
Un grand merci à M. Joël Vaudey, maire de Verchaix, pour son aimable invitation et sa disponibilité. Des remerciements nourris au père Bruno Hébert, curé de la paroisse Bienheureux Ponce et à Mme Deffaugt, sacristine, pour les sonneries spéciales et pour le soutien qu’ils me témoignent.
A la fin du XIe siècle, les comtes de Genève confient à l’abbaye Saint Michel de la Cluse la vallée de Chamonix pour y bâtir un prieuré. Au XIVe siècle, celui-ci dépendait de la toute proche collégiale Saint-Jacques de Sallanches. Après des siècles de prospérité, deux nouvelles paroisses se détachent de ce prieuré : celle d’Argentière et celles des Houches. Toutes deux invoquent les mêmes raisons : la proximité inexistante. Alors, en 1730, commencent les travaux de la nouvelle église des Houchards. Cette église en forme de croix latine à nef unique est consacrée en 1766. Elle est décorée dans le style baroque savoyard. Ce style, en vogue à l’époque, est issu de la Contre-Réforme au XVIe siècle. A l’extérieur de l’édifice, c’est surtout le bulbe au sommet du clocher qui le caractérise. Il a été reconstruit en 1839. On entre dans l’édifice par un portail en forme d’arc de triomphe, qui marque la séparation de l’art profane et de l’art sacré. En poussant la lourde porte de bois, on aperçoit un grand retable, entouré par deux autels latéraux. L’un dédié à Notre-Dame des Carmes, et l’autre au Rosaire. Dans le maître autel, on peut voir entre autres le baptême de Jésus par Jean-Baptiste, patron de la paroisse. En arrivant dans le chœur, il est conseillé de lever la tête car sur la voûte est peint la Passion de Jésus.
Trois cloches, 3 fondeurs, 3 lieux et 3 timbres différents. La sonnerie des Houches est la plus hétérogène qui soit. La plus grande cloche, indiscutablement baroque, a été faite par les frères Livremont, grande dynastie originaire du Doubs (25). La seconde cloche, plus récente que sa grande soeur, a été fondue par l’Isérois Jean-Baptiste Pitton, établi à Carouge (CH), commune à l’époque rattachée à la Savoie. La plus petite, enfin, provient des fours de Quintal, plus précisément ceux des frères Paccard, qui ont fondu, la même année, l’imposante sonnerie de la collégiale de Sallanches, composée de 9 cloches a la volée. Cette cloche, tout en les regardant, dialogue chaque midi avec le Christ-Roi et sa grande cloche. Si la plus grande cloche chante la gloire de Saint Jean-Baptiste, la cloche 2 nommée « Marie Michelle » prie également pour Saint Michel, qui demeure patron de la paroisse de Chamonix. La plus petite enfin porte le prénom de « Jeanne Pulchérie ». Il faut savoir que le prénom Pulchérie a toujours été très peu donné, ce qui rend encore plus rare une cloche portant ce prénom. Sa marraine ne se nommant pas ainsi, je pense que la cloche est soit un hommage à une personne ou à sainte Pulchérie, car en voyant la rareté de ce prénom, il n’est peut-être pas le fruit du hasard. Hélas la cloche ne peut pas nous répondre sur cette interrogation.
Mes remerciements à M. Le Maire des Houches et à M. Cretenand des services bâtiments et aux pères Vigliano et Mongellaz, curé et prêtre résident des Houches pour l’accès au clocher et les sonneries spéciales. Amitiés à Alex « Fred Phos » également de la partie.
A l’entrée de la célèbre « Vallée Blanche » de Chamonix, réputée pour bien des mérites, le village des Houches se blottit contre les célèbres pentes du Mont-Blanc, sans pouvoir en revendiquer sa propriété ! Le toit des Alpes est en effet à cheval sur deux communes : Saint-Gervais-les-Bains et bien sûr Chamonix-Mont-Blanc. Mais cette localité de presque 3’000 âmes ne désemplit pas avec ses nombreux atouts touristiques : aussi bien pour des belles pistes ou bien des lieux incontournables comme le parc animalier du Merlet mais aussi les glaciers de la Griaz et de Taconnaz, non loin du célèbre glacier chamoniard des Bossons. Il y a aussi une curiosité intrigante : dans la montagne, face au Mont-Blanc, une drôle de statue lève la main droite, comme pour les saluer : il s’agit de la statue du Christ Roi.
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La genèse d’un tel projet eut lieu à Rome, en 1925. Le pape Pie XI publie une encyclique (lettre adressée à tous les évêques et fidèles du monde, souvent écrite par le pape) « Quas Primas » instituant alors la fête liturgique du Christ Roi. Cette longue missive a aussi un rôle politique grâce à sa sacralité : le pape souhaite rappeler la primauté du Christ, roi de l’univers, sur n’importe quel autre roi ou dirigeant souverain, s’opposant ainsi à l’athéisme public qui était particulièrement en vogue à l’époque, URSS en tête. Il se justifie régulièrement dans son texte grâce aux écrits sacrés. « Quas Primas » est très bien accueilli dans les paroisses du monde et la fête liturgique trouve vite sa place. Aux Houches, ce texte prendra une tout autre dimension. L’abbé Claude-Marie Delassiat, fraichement installé, se lance dans un projet fou : ériger une statue rappelant « l’amour et la paix entre les hommes ». L’abbé initie une souscription en 1929 et en 1933 déjà, la construction peut démarrer. L’emplacement choisi est le rocher d’Oran, à 1’180 mètres d’altitude, face au Mont-Blanc. Selon l’abbé lui-même, « ce monument érigé face au Mont-Blanc signifie que, de même que le sommet domine l’Europe, le Christ domine le monde et les siècles ». Le projet sera approuvé par l’évêque d’Annecy et encouragé par le Vatican. Initialement prévu à 40 mètres de haut, le projet est revu à la baisse pour ne faire « que » 25 mètres. Georges Serraz a réalisé la statue et l’architecte Viggo Feveile en réalisera l’agencement intérieur. Après un an de travaux dans des conditions parfois difficiles (aucun accès carrossable à la statue) Mgr de la Villerabel, évêque d’Annecy bénit l’œuvre accompagné de la fanfare du 27ème bataillon des chasseurs alpins le 19 août 1934. La statue est en béton armé dans un style art déco. Même si elle se trouve sur un socle rocheux, ce dernier a du être renforcé pour garantir la stabilité de l’œuvre qui ne pèse pas moins de 500 tonnes ! Au pied de celle-ci se trouve une petite chapelle. Un escalier de 84 marches permet d’accéder à un belvédère près de la tête du Christ. A la mort de l’abbé en 1951, le culte s’éteint progressivement autour de la statue. En 1977, l’ensemble qui était jusqu’alors la propriété de la « Société Civile de Coupeau » est vendu à la commune des Houches pour 5’000 francs. Vandalisée en 1980, la statue est par la suite restaurée. Le 12 août 1984, une messe est célébrée en action de grâce de son premier demi-siècle d’existence. Les années 90 auraient pu sonner le glas des lieux qui n’accueillaient que quelques randonneurs curieux. En 2014, le retour du culte est célébré en grande pompe : durant les mois de juillet et d’août, par beau temps, une messe est célébrée le jeudi matin en plein air ! En mars 2020, la statue se retrouve inscrite à la liste des Monuments Historiques.
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Un élément très caractéristique de la statue n’est pas visuel, mais sonore ! Les houchards y sont sensibilisés mais les gens de passage peuvent s’étonner d’entendre trois fois par jour une grosse cloche résonner contre les montagnes ! Dès 1935, l’abbé Delassiat souhaite garnir sa statue monumentale d’un campanile assorti de plusieurs cloches. Dès les premiers balbutiements de ce second projet, les frères Paccard sont enthousiastes et prédisent sa réussite. La confection des plans est proposée à l’architecte Viggo Feveille. Georges Serraz, quant à lui, devra être consulté. Ce dernier est en effet accaparé par un autre chantier d’envergure : la statue du Mas-Riller à Miribel (Ain) qui prévoyait, elle aussi, un projet campanaire d’envergure ! Le projet campanaire des Houches prévoyait la fonte d’une grosse cloche dédiée à la Paix de 3’000 kilos, accompagné de trois autres cloches. Il était même question de proposer un grand campanile pour la grosse cloche avec un belvédère intégré. Les plus petites cloches, quant à elles, auraient pris place au pied de la statue, face à la vallée. Pour concrétiser ses envies, l’abbé Delassiat lance une souscription financière mais aussi matérielle : les intéressés pouvaient fournir du bronze et du cuivre. Le métal était régulièrement déposé à la fonderie Paccard d’Annecy-le-Vieux. Autre accroche, le curé avait proposé que les familles de défunts puissent arborer les noms de leurs disparus « Morts pour la France » sur la cloche s’ils participent à la souscription. En clair, 100 francs permettaient de voir son nom ou celui de son choix sur la cloche ! Seulement voilà, la quête est plus longue que prévu et entre temps, la Seconde Guerre Mondiale éclate. Elle n’empêche pas les discussions mais tout le métal rassemblé est réquisitionné par les allemands quelques mois avant la fin de la guerre ! Le projet s’en retrouve grandement affecté, mais le curé reprend de la vigueur et repart à la conquête d’argent et de métal. Le projet s’en trouvera à jamais affaibli : la cloche de la Paix pèsera finalement 1’800 kilos et sera seule. Il était un temps question qu’elle fasse écho au bourdon du Mas-Riller de Miribel, dont le sculpteur Serraz est le trait d’union. Un petit carillon de cinq petites cloches fondu en même temps que le bourdon aurait aussi dû rejoindre le clocher de l’église, mais ce dernier ne vit jamais le jour.
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La cloche est fondue début juin 1947 à la fonderie Paccard d’Annecy-le-Vieux. L’abbé Delassiat est présent pour assister à la naissance de sa cloche et pour bénir le métal en fusion. Il est revenu aux Houches pleins de souvenirs : le lendemain, il a raconté en chaire qu’il a failli tomber dans la fosse avec le métal en fusion ! La cloche arbore une effigie du Christ-Roi et le texte suivant en latin dont je donne la traduction : « Dans le royaume de Dieu, Jésus Christ, Dieu et homme, Roi des rois, Seigneur des seigneurs à donné la paix à tous par la justice et la charité » ainsi qu’en français « Je sonne en l’honneur du Christ, roi des rois ; de Marie, reine de l’univers ; pour la paix du monde, pour les morts des deux grandes guerres et pour les victimes de la montagne ». Sur l’autre face, le blason Paccard surplombe une litanie d’inscriptions : il s’agit des noms des donateurs, divisés en deux catégories : d’abord les noms de familles et l’initiale du prénom pour les plus généreux, puis une simple lettre pour les plus petits donateurs. En tête figurent les prénoms du parrain et la marraine, Bernard-Emile et Nicole Patringot, suivi du nom de l’abbé Delassiat. La cloche est arrivée aux Houches saluée par les trois cloches de l’église. Elle sera d’ailleurs exposée un temps dans l’édifice avant de rejoindre son perchoir. Lors de sa difficile montée à la statue, l’abbé suivit de la place du village les évènements grâce à des jumelles, il « sautait comme un cabri au fil des péripéties de la montée ». La cloche est ensuite installée sur son beffroi, prête à sonner. C’est le 14 août 1949 que la cloche est bénie, non pas par l’évêque, ni par l’abbé, mais par le chanoine Kir, alors député-maire de Dijon. Dans une lettre contemporaine, l’abbé demanda à Mgr Cesbron l’autorisation de bénir lui-même la cloche. Il s’est justifié en précisant que ce n’est qu’une simple bénédiction et non un véritable baptême de cloche d’église. On apprend aussi dans sa missive que le parrain et la marraine de la cloche n’avaient pas donné, à ce moment très précis, le moindre centime pour la cloche. Le courrier ajoute qu’au mépris de leur investissement passé pour le projet, ils se réjouissaient auprès de tout Chamonix de ne pas voir leur nom de famille figurer sur la cloche. Sans doutes que ces très influentes personnes étaient déçus de voir le projet perdre de l’ambition malgré lui au fil du temps, pourtant bien concrétisé avec une fort belle cloche puissante. Pourquoi un tel délai entre sa fonte, en 1947, et sa bénédiction en 1949 ? Tout simplement car entre temps, la cloche fut préparée, transportée au village, exposée, installée au campanile puis… électrifiée ! Cependant, tout comme il était hautement difficile d’amener la cloche à bon port, il fallait aussi prévoir la fée électricité. Rappelons que la statue n’est entourée que d’arbres et de rochers. Les fils ont donc été enterrés jusqu’au campanile mais les travaux étaient beaucoup moins ardus qu’imaginé. Dès lors, la cloche sonne à 8h00, 12h00 et 19h00 l’angélus ainsi que pour les offices récités près de la statue. Récemment, la cloche a été pourvu d’un nouveau joug en métal et tout récemment d’un nouveau moteur de volée. Notons enfin que son battant et le beffroi en bois sont encore d’origine. Puisse cette grande cloche sonner encore longtemps pour que règne toujours la Paix !
Nom
Fondeur
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
Cloche de la Paix
Les fils de G. Paccard
1947
143,7
~1800
Do♯3
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Mes remerciements à :
La paroisse Saint-Bernard du Mont-Blanc et à son curé, l’abbé Georges Vigliano.
Le Musée Montagnard des Houches et Mme Eloïse Coudeville, pour la mise à disposition d’archives et de photographies d’époque.
Les archives du diocèse d’Annecy et Mme Mélanie Maréchal, pour la mise à disposition d’archives.
Mon ami Claude-Michaël Mevs dit « Quasimodo » pour l’aide apportée à la bonne réalisation de ce reportage
L’histoire de la cathédrale débute en 511. L’évêque saint Grégoire de Langres (dont Dijon dépendit jusqu’au XVIIIe siècle) fit construire une crypte afin d’y déposer le corps d’un saint anonyme, dont la tombe faisait des miracles : ce saint y avait gagné le surnom de « benignus », « le bon », et est maintenant connu sous le nom saint Bénigne. Une vita ne fut rédigée qu’a posteriori. Dès 535, le même Grégoire fait élever une basilique au dessus de la crypte. En 871, une abbaye bénédictine est crée, mais la basilique étant vétuste, l’évêque de Langres, Isaac la fait reconstruire. Elle prend logiquement le titre d’abbatiale. En 1001, l’abbé de Saint-Bénigne s’engage dans la construction d’un nouvel édifice de style roman-lombard. C’est à ce moment que la crypte telle qu’on la connaît est édifiée : il s’agit en fait du rez-de-chaussée d’une rotonde, qui permettait aux fidèles de déambuler autour du corps du saint. Entre 1137 et 1147, l’ancien portail est construit. Il disparaîtra au XIXe siècle. Dès 1280, on édifie le nouveau sanctuaire gothique car une des tours s’était effondrée sur lui en 1271. Il ne sera achevé qu’en 1393. En 1479, Louis XI prend à témoin le lieu de culte dijonnais pour confirmer sa protection envers la capitale bourguignonne, c’est à dire en réalité, sa reconquête du duché bourguignon. (Les canons du château dijonnais, par exemple, étaient tournés du côté de l’église Notre-Dame pour mater la ville en cas d’émeute, et les Français ne manquèrent pas de s’en servir). En 1813, l’abbatiale devient cathédrale du tout jeune diocèse de Dijon, érigé en 1731. Auparavant, la cathédrale était Saint-Etienne. Le portail de la basilique est alors supprimé. Il n’en subsiste que saint Bénigne et quatre autres éléments. Au XIXe siècle, la cathédrale est jugée délabrée. Certains envisagent même de la démolir. Des travaux de restauration sont engagés en 1830 puis en 1884. En 2002 le diocèse de Dijon devient archevêché métropolitain : la cathédrale devient logiquement dans la suite la cathédrale métropolitaine. A l’intérieur, le visiteur remarque une grande différence entre la pierre de la nef et celle du chœur. Il est raconté que la pierre n’était pas la même. La campagne de restauration faite entre 1988 et 1995 a eu pour but de refaire ce contraste, vivement critiqué. Les grandes orgues sont également remarquables, elles furent construites au XVIIIe siècle par les frères Riepp, qui ont également réalisé les orgues de la collégiale Notre-Dame de Dole.
Le carillon de Dijon est relativement récent. La majorité des cloches proviennent des fours d’Annecy le Vieux, dans les années 1960 et 1980. En regardant attentivement le carillon, le connaisseur remarquera une différence entre une minorité de cloches et les Paccard : le manque de patine évident chez les savoyardes, alors que quelques unes, fondues dans un tout autre profils ont quelques décennies de plus. Ce sont des vestiges des anciens carillons. L’histoire du plus grand instrument campanaire bourguignon (67 cloches) est en effet mouvementée. La plus grande des cloches fixes provient de l’église Notre-Dame (le carillon utilise aussi les 4 cloches de volée). En effet, à la fin du XIXe siècle, le clocher de Notre-Dame voit son architecture modifiée, avec l’apparition d’une haute flèche, et il ne peut plus supporter d’importantes cloches. Celles-ci sont alors descendues et cachées avant l’érection d’un autre clocher. Mais la cathédrale récupéra la grosse cloche avant qu’il ne soit construit, laissant aux oubliettes le projet de Notre-Dame. Les autres partirent pour l’église moderne de Sainte-Bernadette. Le petit bourdon est la seule cloche de volée antérieure à la Révolution : c’est l’ancien bourdon de Saint-Etienne, désaffectée à la Révolution et aujourd’hui bibliothèque. Toutes les cloches de Saint-Etienne ont aussi servi au carillon. Tout comme les cloches de Notre-Dame, elles ont toutes été refondues. Une des plus grosses cloches porte dans le bronze gravé le souvenir de ces cloches. En 1862 est formée la sonnerie en volée de la cathédrale. Les sonneurs devaient monter jusqu’au sommet de la tour afin d’actionner les cloches avec des pédales, jusqu’en 1935, moment où des moteurs les remplaceront. Le bourdon de sept tonnes est installé car les autorités religieuses jugeaient normal que la plus grosse pièce du diocèse soit à la cathédrale et non ailleurs, car la collégiale de Semur-en-Auxois avait commandé à G. Morel une cloche de cinq tonnes en 1857. Après l’installation de la sonnerie en volée, au sommet, des cloches de carillon ont été installées en 1894, 1895 et 1902.
N°
Nom
Fondeur
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
Marie Alphonse
G. Morel
1862
221,2
7122
Fa 2
2
Claude
Guillot & Mahuet
1740
172,4
~3500
La 2
3
Elisabeth Louise
G. Morel
1862
143,8
1805
Do 3
4
Bernard Sophie
G. Morel
1862
108
794
Fa 3
Mes remerciements vont au chanoine Dominique Garnier, archiprêtre de la cathédrale pour son aimable autorisation, ainsi qu’à M. Sébastien Carcel, sacristain, pour son accueil et sa dévotion. Je tiens également à remercier le père Gonneaud, curé de Notre-Dame de Dijon pour l’organisation de cette visite et à Mike « Quasimodo » sans qui ce reportage n’aurait pas vu le jour.