Dingy-Saint-Clair – Eglise Saint-Etienne

Un village entre Fier et Parmelan
Au creux de la Haute-Savoie, Dingy-Saint-Clair s’étire entre le Fier et le Parmelan, dans un vallon creusé par le torrent du Mélaise, où les montagnes semblent dialoguer avec le ciel. Les forêts, les prairies et les falaises calcaires chantent ici la vie rustique, le souffle des saisons et le parfum discret des alpages. Mais le village n’est pas qu’un décor : il porte la mémoire. La voie romaine, gravée dans la roche, se love au bord du Fier, témoin murmurant de temps très anciens. La chapelle Saint-Clair, érigée à l’emplacement d’un ancien prieuré, garde en mémoire les prières des moines clunisiens qui s’y succédèrent pendant des siècles, jusqu’à la Révolution. Plus près de nous, Dingy fut aussi marqué par la Seconde Guerre mondiale : à l’ombre du clocher de l’église, des résistants trouvèrent refuge, parfois même cachés dans sa flèche, nourris en secret par le curé qui, dit-on, montait un panier d’osier pour les ravitailler. Ainsi, Dingy-Saint-Clair n’est pas seulement un village de montagne : c’est une terre où paysage et histoire se répondent, et où chaque pierre porte encore une mémoire vivante.

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Saint Clair ou saint Etienne ?
Depuis les origines connues, la paroisse de Dingy-Saint-Clair est placée sous la protection du martyr Etienne. Elle revendique d’ailleurs posséder en relique son bras, qui aurait été rapporté de Rome. Son église, toujours située au centre de la paroisse, n’a jamais changé d’emplacement. Elle était jadis accompagnée du cimetière, aujourd’hui déplacé. Les premiers documents mentionnant cette église remontent à une visite pastorale de 1411. L’édifice est alors jugé en assez bon état, bien que nécessitant quelques travaux, et sera reconstruit peu avant 1470. De cette reconstruction subsiste le magnifique chœur, avec ses vitraux d’époque, qui fait encore aujourd’hui la fierté des habitants. En 1789, alors que l’orage révolutionnaire grondait encore loin de nos vallées, le curé Bollard en fit une description élogieuse et attestait de sa bonne tenue. On sait aussi qu’avant la Révolution, l’église de Dingy possédait de nombreuses chapelles aux vocables variés. Chacune était dotée d’un recteur et devait son existence à la générosité de grandes familles, au premier rang desquelles les comtes de Menthon-Dingy. Durant la Révolution française, l’église fut relativement épargnée : elle ne fut que partiellement dépouillée de ses biens, comme en témoigne un écrit du prêtre missionnaire qui officia à Dingy durant l’exil du curé et de son vicaire. La paix revenue, les prêtres également, le conseil municipal s’empressa dès 1802 de faire entreprendre les premières réparations et d’acquérir ce qui manquait pour l’exercice du culte. La visite pastorale de 1829 signale toutefois une église trop petite pour la paroisse et dans un état préoccupant. Dès 1833, l’édifice retient toute l’attention des élus, et en 1837, on décide de le démolir… ou presque : le chœur est conservé, tandis que la nef et le clocher sont reconstruits sur les plans de l’architecte Ruphy, travaux achevés en 1840. En 1845, lors d’une nouvelle visite pastorale, l’évêque d’Annecy s’émerveille de la beauté du sanctuaire. Depuis lors, l’église a connu diverses réparations et quelques ajouts au fil du temps, comme un nouvel harmonium en 1901 ou une horloge de clocher en 1919. Plus récemment, il y a une dizaine d’années, la totalité des façades fut ravalée, redonnant à l’édifice l’apparence d’une jeunesse insolente, en dépit du poids des siècles.

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Les cloches de l’Ancien Régime
Le magnifique clocher de Dingy se dresse contre le chœur gothique, à l’emplacement de la chapelle Notre-Dame et saint Georges, fondée au XVe siècle par Catherine de Cordon, veuve de Jean II de Menthon. Menacée de ruine en 1829, la chapelle sera démolie dix ans plus tard pour permettre la construction de la nouvelle tour. L’ancien clocher, quant à lui, avait été amputé de sa flèche à la Révolution mais avait pu conserver une seule cloche, la plus grande. Celle-ci, fondue le 1er juin 1767 par Jean-Claude Livremont dans le cimetière de l’église, pesait alors 1 496 livres. Elle remplaçait une cloche fêlée l’année précédente et tenait compagnie à deux autres cloches disparues à la Révolution, au même titre que celles du prieuré Saint-Clair (2) et de la chapelle de Blonnière (2).

Une véritable odyssée campanaire !
Parmi ces disparues, l’une connut une véritable odyssée ! Arrivée à Annecy pour y être brisée, elle fut récupérée par la paroisse de Gevrier dès 1796, avant d’être aussitôt supprimée et rattachée à la paroisse Saint-Maurice d’Annecy. Les habitants de Dingy, informés que leur ancienne cloche avait été récupérée ailleurs, tentèrent de la reprendre, mais sans succès. Après avoir été confiée en 1825 à Saint-Maurice pour y être refondue, cette cloche — une belle pièce de 1639 pesant 174,5 kilos, dédiée à saint Étienne — fut longtemps réclamée par sa paroisse d’origine, recréée en 1869. Mais le mal était fait. Elle avait été parrainée par le comte Bernard de Menthon et sa mère Claudine de Michaille, tous deux étroitement liés à Dingy, leur dernière demeure, et nullement à Gevrier ! Si Dingy n’avait pu récupérer cette cloche, la paroisse s’en procura une autre au dépôt d’Annecy. Mais elle s’avéra rapidement fêlée. Dès 1802, les élus reprirent le projet à bras-le-corps et commandèrent à Jean-Baptiste Pitton une cloche de 30 quintaux « pour servir de timbre à l’horloge », pour la somme considérable de plus de 5 000 francs. Le parrain fut l’abbé Aimé Bollard, curé de Dingy, et la marraine Anne-Marie Genoux, veuve Tournier d’Annecy. Il s’agit de la plus grosse cloche connue du fondeur, en tout cas l’une de ses œuvres majeures !

De refonte en refonte…
En 1870, la cloche de 1767 étant fendue et la Pitton de 1802 se retrouvant bien seule, la commune prit l’initiative de refondre et d’ajouter une troisième cloche, afin de redonner au clocher sa pleine voix prérévolutionnaire. Ainsi, Marie et Étiennette vinrent rejoindre la grande cloche placée sous la protection de saint Étienne. Mais cette compagnie ne dura que quelques années : la cloche Pitton finit par se fendre à son tour. Une nouvelle cloche de 1 508 kilos fut bénie le 30 octobre 1904, nommée Georgine Alexandrine par son parrain Georges Dufournet et sa marraine Alexandrine Tessier. De nombreux prêtres natifs de la commune, ainsi que le curé et quelques laïcs, contribuèrent à sa fonte. La cloche implore encore saint Étienne de « protéger [son] peuple ». Cette même grosse cloche, jadis en rétrolancé, a été transformée il y a quelques décennies en rétromitigé. Elle a également perdu son majestueux joug en fonte typique de la maison Paccard, remplacé par un joug arqué métallique. Les deux petites cloches ont quant à elles conservé leurs équipements d’origine, quoique renforcés de nouvelles ferrures. La plus petite, accrochée bien en hauteur, ne donne malheureusement que rarement de la voix, notamment lors de rares carillons. Électrifiée, elle laisse toutefois aux deux grandes cloches le soin de sonner angélus, messes et enterrements.

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg)

Note

1

Georgine Alexandrine Georges & Francisque Paccard 1904 133,5 1’508 Ré3
2 Marie Paccard frères 1871 107,6 ~700

Fa♯3

3 Etiennette Paccard frères 1871 67,3 ~180

Ré4

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Mes remerciements à :
MM. Bruno Dumeignil, maire, et Philippe Gaultier, premier adjoint, pour leur aimable autorisation.
M. Bernard Cadoux, sacristain, pour l’ouverture de l’église et de son clocher.
M. Matthieu Jules, guide à la Maison Paccard, pour l’aide apportée à la réalisation de ce reportage.

Sources & Liens :
Dingy-Saint-Clair
Dingy-Saint-Clair sur Wikipédia
Archives départementales de Haute-Savoie, EDEPOT 0102 GG 0002
Monographie de Dingy-Saint-Clair, Mémoires et Documents n°44, Académie Salésienne, 1919.
Annecy, L’église Saint-Maurice d’Annecy, Annesci n°54, Société des Amis du Vieil Annecy, 2020.
Relevé personnel
Clichés personnels

Saint-Blaise – Eglise Saint-Blaise

Une terre de passage.
C’est ainsi qu’est décrit Saint-Blaise dans la monographie consacrée à ce village écrite par Dominique Bouverat en 2019. Cette « terre de labeur » est implantée sur les pentes occidentales du Salève, montagne emblématique des genevois, montagne jurassienne en Pays de Savoie. Ce petit village de 300 habitants offre un magnifique panorama à plus de 180° : du Semnoz jusqu’au lac Léman, il offre une belle perspective sur l’avant pays savoyard, avec les pentes creusées par les Usses en tête. Le ruisseau de la Férande prend d’ailleurs sa source entre l’église et le cimetière avant de les rejoindre, quelques kilomètres au sud-ouest.

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De clocher porche à campanile…
Peu de choses nous sont vraiment contées sur la paroisse de Saint-Blaise. Ses armoiries, cependant, nous renvoient à l’an 1029, date d’une donation par Rodolphe de Bourgogne de Saint-Blaise et ses terres à l’Abbaye de Cluny. Puis, en 1411, l’église est mentionnée un peu au-dessus de son emplacement actuel, mais il faut attendre 1753 pour un événement marquant : le 17 juillet, un coup de foudre frappe le clocher. Le curé meurt sur le coup, et l’édifice est réduit en cendres. Si l’église est très probablement reconstruite après cet incendie, les archives ne nous le disent pas formellement.
Au lendemain de la Révolution, la paroisse de Saint-Blaise devient une « filiale » d’Andilly. Les habitants, alors, devaient faire un long chemin pour prier. C’est ainsi que, dans les délibérations des deux communes — distinctes sur le plan temporel mais liées spirituellement — on note une série de joutes verbales parfois élégamment formulées, mais qui laissent imaginer des conflits plus vifs. Saint-Blaise, par exemple, refusait de contribuer financièrement à toute initiative andillienne, tandis qu’Andilly, sans détour, soulignait que Saint-Blaise était « définitivement unie spirituellement » à elle. Et bien sûr, Andilly n’était pas prête à investir à Saint-Blaise, tout en exigeant une participation des habitants pour leurs propres frais d’église.
Dans les années 1830, la situation de l’église devenait préoccupante. Le curé de Cruseilles était alarmé par son état de délabrement, et le syndic de Saint-Blaise, lui, semblait préférer d’autres chantiers plus urgents. Ce n’est qu’au cours des années 1840 que des travaux décisifs sont engagés. Le clocher, un élément central de l’édifice, est reconstruit après trois longues années de travaux — trois années pour ce qui aurait dû être une simple formalité. Lorsqu’il est terminé en 1846, le clocher porte encore un dôme, avant qu’il ne soit modifié pour une flèche plus tard. Très vite après, l’église elle-même est presque entièrement reconstruite, à l’exception de quelques murs résistants. L’édifice prend forme sous la forme d’une simple nef, avec une sacristie contre le chœur, et le clocher fait office de porche. En 1847, un curé s’y installe après de multiples désistements devant la rudesse de cette petite et pauvre paroisse.
Mais à peine un siècle et demi plus tard, l’église menace ruine. Sa restauration coûterait trop cher au village, et son avenir semblait incertain. C’est alors qu’une décision difficile mais nécessaire est prise : raser l’ancienne église pour en bâtir une nouvelle. L’idée était d’y adjoindre une salle polyvalente, car le village en manquait cruellement. Le projet initial prévoyait même la destruction du clocher, au profit d’un petit support pour les cloches à côté du bâtiment, ou une fusion entre l’église et la salle communale. Mais la commune a finalement choisi de préserver son clocher, celui-là même qui se dresse encore aujourd’hui, détaché du nouveau monument.
Ainsi, l’église Saint-Blaise occupe désormais le premier étage de la nouvelle structure, et une petite salle communale trouve sa place au sous-sol. L’ancienne église, quant à elle, est démolie en 1980, et la nouvelle église est inaugurée l’année suivante. En 1983, Mgr Jean Sauvage, évêque d’Annecy, bénit l’édifice. Puis, en 1985, son successeur, Mgr Hubert Barbier, consacre l’autel. Ce dernier sera orné de reliques de saint Blaise et de saint Vincent. Dans ce même esprit de continuité, la croix et le vitrail de saint Blaise, qui ornaient l’ancien chœur, ont été intégrés dans le nouveau lieu de culte. Aujourd’hui, un oculus au-dessus de l’autel permet d’apercevoir la croix du clocher, qui, telle une ligne invisible, relie le passé au présent.

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Deux cloches, deux siècles, un seul fondeur.
Le 25 décembre 1963, la petite église de Saint-Blaise devait être bien trop exiguë pour accueillir toute la population. Les quelque 150 habitants de l’époque — et peut-être même des voisins des alentours — ont probablement dû se presser dans la nef déjà fatiguée du modeste édifice pour le baptême de « Marie-Pierre ».
Marie-Pierre, c’est le nom de la nouvelle villageoise, née quelques semaines plus tôt sur les pentes d’Annecy-le-Vieux. Et quel beau bébé ! Elle affiche un poids conséquent : près de 200 kilos pour 67,4 centimètres. Vous l’aurez compris, il ne s’agit pas d’un enfant, mais bien d’une nouvelle cloche !
J’aurais aussi pu écrire qu’on n’avait pas vu pareil événement depuis des lustres… mais quelques semaines auparavant, le 20 octobre, les quatre cloches de la commune voisine de Cruseilles avaient été bénies en grande pompe ! On peut aisément imaginer que le conseil municipal de l’époque, emmené par Pierre Cusin, eut la brillante idée que — toutes proportions gardées — Saint-Blaise pouvait vivre, elle aussi, son grand moment.
Dès lors, Marie-Pierre chantera la paix : dans les consciences, et dans le village.
Elle eut pour parrain le conseil municipal, conduit par Pierre Vesin, et pour marraine Joséphine Vesin.
Marie-Pierre ne remplaça aucune cloche. Au contraire, elle vint soulager « Brigide ». Brigide, c’est sa grande sœur, en poids, mais aussi en âge. Fondue au printemps 1851 par les frères Paccard, sous les mandats du curé Nicolas Marullaz et du syndic Laurent Trombert, elle fut parrainée par Laurent Déprés l’Oncle et Jeanne-Françoise Tapponnier, épouse du syndic. Elle remplaçait une autre cloche, d’à peine 80 kilos, dont nous ne savons presque rien, si ce n’est qu’elle était cassée. Le bronze de cette dernière fut utilisé pour réduire la facture de la nouvelle cloche, prévue à six quintaux poids de Genève (soit environ 330 kilos).
Depuis 1963, elles chantent toutes deux depuis le clocher de Saint-Blaise les joies et les peines de la communauté. Désormais installées dans le campanile, elles rappellent ensemble au village l’ancienne église qu’elles ont connue jusqu’à son dernier jour.

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note

1

Brigide Frères Paccard 1851 85,8 ~380

Si♭3

2 Marie-Pierre Fonderie Paccard 1963 67,4 ~180

Ré4

En haut : vue générale du beffroi.

La petite cloche (1963) :

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La grosse cloche (1851) :

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Mes remerciements à :
Mme Christine Mégevand, maire, pour son aimable autorisation.
Mme Nadine Cusin, secrétaire de mairie, pour son agréable accueil.

Sources & Liens :
Mairie de Saint-Blaise
Paroisse Sainte-Croix au Pays de Cruseilles
BOUVERAT, Dominique. Saint‑Blaise, terre de labeur, terre de passage. Saint‑Blaise, Commune de Saint‑Blaise, 2019.
Archives départementales de Haute-Savoie, E DEPOT 52 GG2, E DEPOT 52 GG3, « Etat civil de la commune de Cernex ».
Rebord, C.-M. & Gavard, A., Dictionnaire du clergé séculier et régulier du diocèse de Genève‑Annecy de 1535 à nos jours, Tome I (A–G), Bourg : impr. J. Dubreuil, 1920, Tome II (H–Z), Annecy : impr. communale, 1921
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Cernex – Eglise Saint-Martin

Bienvenue au cœur du Genevois savoyard
Le petit village de Cernex déploie son bourg et ses hameaux sur les pentes septentrionales du mont Sion, façonnées par l’érosion du nant Trouble et du ruisseau du Mostan, qui traversent la commune avant de rejoindre, à son extrémité sud, la rivière des Usses. Vue du ciel, c’est une alternance de maisons, de forêts et de pâturages qui se dessine. Au centre de cet ensemble s’organise le chef-lieu, avec l’église Saint-Martin, son poids public, l’ancienne cure, la mairie et l’école. À mi-chemin entre Genève et Annecy, et à un jet de pierre de l’ancienne voie romaine — aujourd’hui la route départementale D1201 —, Cernex offre un cadre de vie agréable et préservé.
La présence humaine à Cernex ne date pas d’hier : des vestiges d’une occupation romaine ont été mis au jour au hameau de Verlioz. Au Moyen Âge, Cernex devient le centre d’une seigneurie, dont subsiste encore le château. Celui-ci appartient d’abord à la famille de Lucinge dès le XIIIe siècle, puis passe successivement aux Mandallaz, puis aux Costa, qui deviendront les Costa de Beauregard. Après divers transferts survenus à la suite de la Révolution, le château est aujourd’hui une propriété privée.

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Une église enracinée dans les siècles
L’église Saint-Martin de Cernex est attestée, elle aussi, au XIIIe siècle : Amédée Posey en fit don à l’évêque de Genève. Le patron de la paroisse, saint Martin, fut évêque de Tours au IVe siècle, dit-on sans son consentement. Fêté le 11 novembre, il compte aujourd’hui parmi les patrons secondaires de la France. Près de 500 villages portent son nom, et plus de 4 000 églises sont placées sous sa protection ! C’est aussi un gage d’ancienneté pour la paroisse.
On note d’ailleurs que dans les actes d’état civil du XVIIe siècle, conservés aux Archives départementales de Haute-Savoie, le saint tourangeau protégeait déjà Cernex. On sait aussi que le 7 juillet 1443, Mgr Barthélemi Vittelleschi, évêque de Corneto et Montefiascone, donna la tonsure dans la paroisse au nom du cardinal François de Mez, évêque de Genève.
L’actuelle église Saint-Martin fut construite en 1646, dans le style gothique. Agrandie en 1749 à partir de la voûte centrale, elle fut encore remaniée dans les années 1840. Sa dernière consécration remonte au 19 avril 1846, par Mgr Rendu, évêque d’Annecy.
La nef principale, avec ses voûtes gothiques, ouvre sur deux chapelles latérales : celle de gauche est dédiée à saint Martin, celle de droite à la bienheureuse Vierge Marie. L’intérieur de l’édifice a été restauré avec goût en 2024, et la réouverture officielle eut lieu — comme pour une célèbre cathédrale parisienne — le 7 décembre. À l’extérieur, le monument fut rafraîchi il y a une décennie. Le chevet, typique des constructions gothiques, mérite le regard.
Le clocher n’est pas en reste, notamment avec ses baies géminées romanes au niveau des cloches, signe d’une construction probablement plus ancienne que l’église actuelle. S’il a perdu sa toiture en 1793, sur les ordres d’Albitte, il fut reconstruit dès 1796, car élus et citoyens s’émouvaient de voir le monument prendre l’eau.
La face nord-ouest de la charpente du clocher de Cernex fut dotée d’une horloge au lendemain de la Première Guerre mondiale, pilotée par une horloge mécanique jurassienne Terraillon, qui actionnait aussi, sur la grosse cloche, les sonneries horaires. Elle fut un don de Marie-Cécile Dufaux, en mémoire de son mari François et de ses deux fils, Tiburce et Cyrille-Marcel, tous deux « morts pour la France ». Aujourd’hui remplacé par un système 100 % électrique, piloté depuis la sacristie, le mouvement d’horloge coule une retraite heureuse dans la salle du conseil municipal de la commune.

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Une grosse cloche refondue trois fois en 106 ans !
Le clocher de l’église Saint-Martin de Cernex est un véritable écrin pour deux cloches du XVIIIᵉ siècle. C’est un cas isolé — si ce n’est unique — dans nos contrées, tant on sait combien la Révolution fut génocidaire pour les cloches, provoquant même un grand brassage de celles-ci dans nos vallées. Nous y reviendrons !
La plus grosse cloche de Cernex — et la plus récente — date de 1787 et porte la griffe de Jean-Baptiste Pitton. Elle remplaçait une cloche de 1755 déjà fêlée. Les archives d’état civil nous rapportent qu’une convention fut signée avec le fondeur le 7 juin, pour un prix de 240 livres. Le 22 juin, le fondeur réalisa une nouvelle cloche de 479 kilos, légèrement plus lourde que l’ancienne, ce qui fit grimper le prix total à 384 livres, justifié par un apport de métal supplémentaire. La commune fournissait en effet l’ancienne cloche et prenait à sa charge le transport des deux cloches, l’ancienne et la nouvelle.
Dédiée à saint Pierre, la cloche fut parrainée par Pierre-Louis Brun, comte de Cernex, et son épouse Mathilde d’Oncier de la Bathie. Pour la bénédiction, célébrée le premier dimanche de juillet, ils furent représentés par leurs fermiers, François Charrière fils et son épouse Jeanne Lachat. La cloche cite encore les autorités. Il y a le curé, le chanoine de Roget, son vicaire Simon Rey et le syndic, F. Dupeinier.
Les actes d’état civil ne s’arrêtent pas là. Entre deux baptêmes de 1755, un long paragraphe retrace — cette fois-ci — l’épopée de la fonte de la cloche précédente. Fêlée en octobre 1750, ce n’est que le 24 juin 1755 qu’un prix-fait fut accordé à Simon Fontaine, fondeur lorrain, pour refondre la cloche moyennant 150 livres. Le 12 juillet suivant, il coula une cloche légèrement plus lourde de 35 livres (poids d’Annecy), bénie « sans invitation » et installée au clocher dès le lendemain.
Le parrain fut déjà, une première fois, Pierre-Louis Brun, comte de Cernex, et la marraine Jaqueline Blancheville de Cernex. Tous deux furent représentés, comme en 1787, par Pierre-François Charrière et son épouse Marie Bretton, fermiers du parrain.
Mais l’acte ne s’arrête pas là… Il fait aussi mémoire de l’ancienne cloche : fondue en 1681, elle portait — en latin — l’inscription suivante : « Par ce tintement de cloche, que se dissipent : la puissance des envieux, les ombres des fantômes, les coups de la foudre, la violence des tonnerres, les calamités des tempêtes, et tout esprit des orages. » Suivaient les noms du parrain et de la marraine : « Gaspard César, comte du Villard, baron de Cernex, seigneur de Beauregard, Massongy, Crappon, coseigneur de Nernier et Frise, trésorier, conseiller d’État de S.A.R., président ordinaire en la chambre, et demoiselle Laurence Bertier de Lamotte. »
C’est ainsi qu’en un peu plus d’un siècle, la grosse cloche de Cernex fut jetée au creuset… trois fois !

Vues sur la grosse cloche :

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De Saint-Nicolas-de-Véroce à Cernex…
La petite cloche de Cernex, installée à ses côtés, date de 1759. Elle est assez curieuse, car aucun écrit ne la mentionne : ni elle, ni d’éventuelles autres refontes. Les archives relatent toujours les péripéties liées à la grosse cloche.
Ses inscriptions permettent de mieux cerner son histoire, et les archives éclairent le contexte révolutionnaire à Cernex. Pour mieux la comprendre, il a d’abord fallu la décrypter. Après une maxime en latin — « Au son de mon bronze, volez docilement vers les temples, car si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » — elle cite son parrain, Jean-François Mollard, et sa marraine, Jeanne-Nicolarde Orset, son épouse. Puis le vicaire, J.M.A. Chesney, et l’abbé J. Bouvard, « prêtre résident ».
De ces quatre noms, des recherches permettent de converger vers une paroisse : Saint-Nicolas-de-Véroce. La généalogie montre que le couple qui a parrainé la cloche est né, s’est marié et est décédé dans ce village du massif du Mont-Blanc. Les dictionnaires du clergé d’Annecy, élaborés par le chanoine Rebord, mentionnent aussi deux prêtres présents dans la paroisse cette année-là : Jean-Marie Bouvard, vicaire et régent de la paroisse de 1747 à 1760, avant d’être le premier curé des Contamines-Montjoie ; Joseph-Marie-Alexis Chesney, quant à lui, fut vicaire de la paroisse de 1753 jusqu’en 1781, puis curé de Saint-Jean-d’Aulps.
Le fondeur de notre cloche, Jean-Claude Livremont de Pontarlier, établi à Thonon-les-Bains, a aussi fondu une cloche la même année pour le clocher de Saint-Nicolas-de-Véroce. Cette dernière y sonne encore aujourd’hui.
Mais alors, comment expliquer sa traversée du département ? Il faut pour cela faire un saut dans le temps.
À la Révolution, la commune de Cernex atteste détenir deux cloches. Elle est alors invitée à en livrer une à Carouge à l’automne 1793. La cloche fut descendue dans l’église quelques jours avant son transfert. Mais, grande surprise : durant une nuit, des malfaiteurs se sont introduits dans l’église pour la dérober ! Les élus convoquent alors tous les habitants le 11 mars 1794 (21 ventôse an II) pour leur demander si quelqu’un est complice de ce méfait. Chaque individu est alors invité à prêter serment. Des fouilles ont même été réalisées dans un champ récemment labouré, mais ni les ravisseurs ni la cloche n’ont été retrouvés !
Les autorités révolutionnaires exigent alors, en réponse, que l’autre cloche — la plus grosse, celle de 1787 — soit livrée. Les archives racontent cette fois que personne n’est capable de dire si la cloche est effectivement livrée à Carouge, les élus « habitant trop loin du clocher ». Malgré tout, ils assureront que la cloche a été livrée ! Deux siècles plus tard, on peut se demander si les élus ne manquaient pas de considération à l’égard des autorités révolutionnaires, car il était très simple d’aller vérifier dans la tour si la cloche était encore là !
De plus, on remarque qu’en 1796, en parallèle de la reconstruction du clocher, les autorités demandent à Carouge de leur restituer leur cloche donnée le 31 mars 1793 (11 germinal an II), ou une de poids équivalent ! Que dire de cette ironie quand on sait que la petite cloche n’a jamais été retrouvée, et que la grande est toujours au clocher… en 2025 !
La suite de cette épopée est connue par les multiples histoires contées dans de nombreux clochers de Haute-Savoie : confisquée à Saint-Nicolas-de-Véroce en 1793, la cloche fut déposée à Bonneville avec tant d’autres cloches du Faucigny. Elle qui a échappé à la casse, comme beaucoup d’autres, fut récupérée par Cernex.
Pourquoi à Bonneville et pas à Carouge ? Car les cloches envoyées là-bas n’ont malheureusement pas connu le même sort et furent rapidement brisées, à quelques exceptions près. Arrivée à Cernex, elle fut installée aux côtés de la cloche Pitton et — par bonheur pour nous — elle ne fut jamais refondue depuis, et continue de sonner, infatigablement, les angélus quotidiens, matin, midi et soir.

Vues sur la petite cloche :

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Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg)

Note

1

Saint Pierre Jean-Baptiste Pitton 1787 92,7 479 Sol♯3
2 Jean-Claude Livremont 1759 83,5 ~320

La 3

Tout en haut : vue générale du beffroi construit en 1796.

Mes remerciements vont à :
Mme Nadine Cusin, première adjointe au maire, pour son accueil et l’ouverture du clocher.

Sources & Liens :
Archives départementales de Haute-Savoie, E DEPOT 52 « Archives communales déposées de la commune de Cernex ».
Archives départementales de Haute-Savoie, E DEPOT 52 GG2, E DEPOT 52 GG3, « Etat civil de la commune de Cernex ».
Rebord, C.-M., Administration diocésaine. Gerbe de notes et documents : ordinations, consécrations d’églises et d’autels, conférences ecclésiastiques, mandements des évêques, immunités, hospice, etc., Annecy : Imprimerie commerciale (Grand Séminaire), 1922, in‑8°, env. 365 p.
Rebord, C.-M. & Gavard, A., Dictionnaire du clergé séculier et régulier du diocèse de Genève‑Annecy de 1535 à nos jours, Tome I (A–G), Bourg : impr. J. Dubreuil, 1920, Tome II (H–Z), Annecy : impr. communale, 1921
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Villy-le-Pelloux – Eglise Saint-Théodule

Un village sur un plateau
Au sud-ouest du plateau des Bornes, le petit village de Villy-le-Pelloux se situe à bonne distance des grandes bourgades du secteur : Cruseilles, La Roche-sur-Foron, mais surtout Genève et Annecy. Bien que la commune appartienne à la Haute-Savoie, département qui abrite le plus haut sommet de France (le Mont-Blanc), aucun sommet notable ne se trouve sur son territoire : l’altitude y varie entre 562 et 764 mètres. Forte d’un millier d’habitants aujourd’hui, cette petite commune n’en a pourtant jamais compté plus de 300 avant les années 1990. Il faut dire qu’avec sa belle situation dégagée, offrant un panorama à 360° sur le Salève, les Bornes ou encore la Mandallaz, et sa proximité avec la Suisse, Villy-le-Pelloux constituait un lieu idéal pour de nombreux frontaliers en quête de quiétude. Vue du ciel, la commune apparaît désormais comme un gros bourg organisé autour de la route départementale 2, qui relie Marlioz à Gaillard.

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Un édifice modeste mais complexe
Au centre du village, près de la mairie et de l’école, la petite église Saint-Théodule semble défier le temps. La paroisse est déjà mentionnée en 1311 dans les écrits. En 1481, l’évêque de Genève consacre l’église, dont le chœur est toujours en place. La belle fenêtre latérale gothique en est un témoin visible. En 1607, saint François de Sales, évêque de Genève, visite la paroisse, qui compte alors 18 feux (environ 80 habitants), et note que le curé vit de sa dîme. Un peu plus tard, le curé Claude Tardy, en poste de 1649 à 1694, fait rénover à ses frais le presbytère et fit construire l’avant nef du monument ainsi que le clocher. À la Révolution, l’église, comme tant d’autres, est sans doute ravagée par les révolutionnaires. En 1873, la sacristie est reconstruite, l’ancienne menaçant le monument. Plus proche de nous, on sait que l’église bénéficie d’une importante restauration extérieure après la tempête de 1988. En 2007, c’est au tour de l’intérieur d’être rafraîchi. En observant de plus près le sanctuaire, on peut se demander comment il a réellement été construit, tant les styles qui s’y côtoient sont variés entre la nef, le chœur et la sacristie.

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D’Annecy à Villy-le-Pelloux…
Le fin clocher, solidaire de la charpente du monument religieux, abrite deux modestes cloches au fort intérêt patrimonial ! La plus petite, datée de 1871, indique qu’elle a été « commissionnée par Jean Excoffier, maire (dont le nom fut ajouté a postériori et certaines lettres sont tombées) et Rd Jolivet, curé ». Il faut en effet préciser que Jean Excoffier fut élu à ce poste le 17 juin 1871, probablement pendant le processus de fabrication de la cloche. De manière laconique, elle rappelle aussi sa commune, son parrain Jean-Jacques Peccoud et sa marraine, Rosalie Cloppet, son épouse. Aucune archive aujourd’hui connue ne précise son achat. En remplaçait-elle une autre ? À côté d’elle, une cloche de 1774 à la tonalité lorraine lui répond. Fondue par une branche de la dynastie Goussel installée à Chambéry, elle cite uniquement son parrain et sa marraine : Louis Michel Tochon, avocat au Sénat de Savoie et substitut avocat fiscal de la province du Genevois, et son épouse Hélène Félix Famel. En regardant de plus près ce notable, on se rend compte qu’il est né à Annecy, qu’il y fut baptisé et qu’ils se sont mariés à l’église paroissiale Saint-Maurice d’Annecy. C’est dans cette même église — disparue en 1794 et située près du château — qu’ils firent baptiser une de leurs filles, cette même année. Comment expliquer la présence de cette cloche dans cette église ? Une hypothèse se présente devant nous : la cloche fut alors coulée pour l’ancienne église Saint-Maurice d’Annecy. Descendue à la Révolution, elle rejoint alors de nombreuses autres sur la « Place de la Liberté » pour y être fondue en canons. La majorité d’entre elles seront épargnées et les paroisses autorisées à les récupérer. Mais bien souvent, c’était l’occasion de repartir avec une cloche un peu plus lourde que celle qu’on a posée… Il est donc fort probable que la cloche de Villy-le-Pelloux provienne de l’ancienne église Saint-Maurice d’Annecy, dont elle est l’une des rares reliques. Si le prénom du fondeur n’est pas mentionné, on peut attribuer cette cloche à Antoine Goussel ou à Jean-Baptiste, maîtres fondeurs tour à tour à Chambéry. Antoine Goussel est mentionné sur la cloche de Vimines fondue en 1750 comme « fondeur et directeur de la fabrique royale de Chambéry », puis en 1757 à Grésy-sur-Isère. Jean-Baptiste, quant à lui, est mentionné à l’Abbaye de Saint-Maurice (Valais) ou encore à Ballaison en 1790. Le patronyme Goussel apparaîtra encore en collaboration avec le nom Pitton en 1808 et 1809, sur des cloches fondues pour Saint-Jeoire-en-Faucigny et Féternes. Bien que cette épopée savoyarde ne soit que très peu connue pour l’instant, il convient de préciser qu’elle ne doit être qu’une goutte d’eau dans l’histoire bien plus vaste de cette dynastie originaire du Bassigny, haut lieu de la campanologie qui a vu naître de nombreuses lignées de fondeurs talentueux. La famille Goussel, l’une d’entre elles, a inondé la Lorraine et ses alentours par ses productions, avant de se sédentariser vers 1850 à Metz. C’est à la fin du XIXᵉ siècle que l’histoire familiale cessera, comme ce fut le cas pour de nombreuses autres fonderies de cloches. A l’électrification, à la fin du siècle dernier, les cloches ont été passées du lancé franc au rétrograde avec des montures en acier cintrées, permettant de réduire les efforts sur le clocher, pleinement solidaire de la charpente de l’église paroissiale.

Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg)

Note

1

Goussel 1774 62 ~130 Ré 4
2 Paccard frères 1871 56,9 ~110

Fa 4

En haut de page : vue d’ensemble de la chambre des cloches.

La grosse cloche de 1774 :

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La petite cloche de 1871 :

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Mes remerciements à :
Mme Charlotte Boettner, maire, pour son aimable autorisation.
MM. Jean-Paul Verney et Joseph Baillon, conseillers municipaux, pour l’accompagnement sur place.
Mme Fanny Caselani, directrice générale des services, pour la logistique.
Mme Blandine Seitz, conservatrice des antiquités et objets d’arts (CAOA) de Haute-Savoie, pour l’invitation.
M. Christian Regat, auteur et historien, membre de l’Académie de Savoie, pour les précisions historiques sur l’ancienne église Saint-Maurice d’Annecy.

Sources & Liens :
Mairie de Villy-le-Pelloux
Villy-le-Pelloux sur Wikipédia
Paroisse Sainte-Croix en Pays de Cruseilles
Fiche biographique de Louis Michel Tochon sur Geneanet, consultée le 05.07.2025
Archives départementales de la Haute-Savoie, EDEPOT GG 29
Archives départementales de la Haute-Savoie, EDEPOT GG 41
Archives départementales de la Haute-Savoie, EDEPOT 307 1D 2
Archives Christian Regat
Fonds privés
Relevé sur site
Clichés personnels

Jonzier-Epagny – Eglise Saint-Maurice

Au cœur du Genevois français, la commune de Jonzier-Épagny réunit les territoires de deux anciennes paroisses, Jonzier et Épagny-sous-Chaumont, unies lors du Concordat. Située entre les monts Vuache et Sion, elle s’établit sur une ancienne moraine glaciaire déposée par le Rhône il y a environ 10 000 ans. Le village s’organise autour du bourg — ancienne paroisse de Jonzier — complété par plusieurs hameaux : Épagny, Les Barraques et Vigny. La paroisse d’Épagny, bien que disparue, a fait l’objet d’une étude approfondie à l’occasion de la construction d’un lotissement en 2019. On craignait alors que les derniers vestiges de l’ancienne église, dissimulés dans une ferme, ne disparaissent à jamais. L’étude, menée par Dominique Miffon pour La Salévienne, a révélé de nombreux éléments intéressants. Toujours modeste — ne comptant que quelques feux —, la paroisse a connu plusieurs vocables au fil du temps : saint Martin, puis saint Vincent, et enfin saint Sébastien. Les visites pastorales des évêques de Genève témoignent de sa pauvreté, l’église étant régulièrement décrite comme sommaire, voire délabrée.

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En revanche, la paroisse de Jonzier, dédiée à saint Maurice, n’a pas connu le même destin. Tandis que les évêques déploraient la misère d’Épagny, ils louaient le dynamisme de Jonzier, où le curé se montrait zélé et les paroissiens exemplaires de piété. Cela n’empêchait pas l’église de nécessiter des réparations, ni d’être le théâtre d’événements intrigants, comme ces mystérieuses « effusions de sang » mentionnées lors d’une visite. En 1782, la toiture de l’église est endommagée et doit être restaurée ; en 1844, le bâtiment est déclaré vétuste et une reconstruction s’impose. La paroisse d’Épagny, pourtant réunie à Jonzier sur le plan spirituel depuis le Concordat, refuse de céder ses biens pour financer les travaux. Malgré cela, entre 1848 et 1849, un nouvel édifice néoclassique sarde est érigé, dédié à saint Maurice. Il est consacré le 28 avril 1852 par l’évêque d’Annecy. Ce bel édifice, toujours bien conservé, incarne encore aujourd’hui l’esprit du XIXe siècle. Dans les années 1860, le projet de réunification administrative des deux communes prend forme. Mais de lourdes dépenses s’annoncent aussi avec le rattachement de la Savoie à la France : école-mairie, fontaines, pompe… et même un nouveau clocher ! En effet, la tour construite avec l’église ne respectait pas les plans initiaux et doit être reconstruite en 1861. Finalement, en 1866, les deux communes ne forment plus qu’une, malgré les protestations d’Épagny, qui perd non seulement son autonomie spirituelle, mais aussi son pouvoir exécutif, le chef-lieu étant désormais fixé à Jonzier. L’église Saint-Maurice, quant à elle, connaît plusieurs restaurations, conservant à chaque fois son caractère d’origine et ses beaux décors. En 2019, elle s’enrichit d’un symbole fort : une statue de saint Sébastien, seule relique rescapée de l’église d’Épagny, est intégrée à l’édifice. Ce petit saint devient alors le trait d’union entre Jonzier et Épagny-sous-Chaumont, deux paroisses désormais réunies dans la mémoire comme dans les murs.

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Les cloches d’Épagny restent mal connues, tant les archives sont silencieuses à leur sujet. On sait seulement qu’à la Révolution, les cloches d’Épagny et de Jonzier furent descendues, les clochers abattus et les beffrois brûlés. En 1816, une petite cloche de deux quintaux à peine est refondue par Jean-Baptiste Pitton, à Carouge. Selon ses inscriptions, c’est « Jean Morad » — certainement Morard ? — qui en finança la fonte. Le parrain est Pierre Alphonse Guillerme, et la marraine, sa sœur Jeanne Louise. Fait notable : l’inscription ne mentionne que la « paroisse de Jonzier », ce qui pourrait témoigner d’un refus d’Épagny de participer à son financement. En 1861, cette unique cloche est jugée trop faible : son tintement est inaudible, notamment dans les hameaux d’Épagny et de Vigny. On envisage alors l’acquisition d’une cloche de 1 000 kg pour lui répondre. Finalement, en août 1864, deux nouvelles cloches, fondues par les ateliers Burdin de Lyon, viennent compléter la sonnerie de la nouvelle tour. Ces deux cloches ne portent que des noms : ceux des nombreux parrains et marraines, des maires des deux communes (alors encore distinctes), ainsi que du curé et de son vicaire. Bien que leur achat ait été prévu et budgété, il laisse la commune endettée. Les archives témoignent qu’en 1865, le poids de la grosse cloche, prévu pour 1 000 kilos, atteint en réalité 1 223 kg ! Une tuile pour la commune de Jonzier qui hérite d’une somme bien plus importante à payer et qui, visiblement, ne peut pas compter sur sa voisine Épagny, déjà réticente à honorer cette dépense… En 1867, la commune fusionnée se trouve dans l’incapacité de payer le fondeur et cherche des solutions, allant jusqu’à envisager la vente de certains biens communaux, comme l’ancien cimetière d’Épagny. Jean-Baptiste Morard, parrain de la petite cloche Burdin, avança lui-même le beffroi supportant les trois cloches ! Les archives ne précisent pas si la dette fut un jour réglée, mais la présence intacte des cloches laisse supposer une issue heureuse, tant pour la commune que pour le fondeur. Encore aujourd’hui, les deux grandes cloches Burdin résonnent en réponse à la plus modeste cloche Pitton. Bien que trop fragile pour être motorisée en volée, cette dernière participe encore aux carillons lors des mariages ou des baptêmes, accompagnant ses grandes sœurs dans une belle harmonie patrimoniale.

Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Burdin Ainé 1864 123,7 1’223

Ré♯3

2

Burdin Ainé 1864 103,5 ~700 Fa♯3
3 Jean-Baptiste Pitton 1816 57 ~105

Ré♯4

La cloche Pitton de 1816 :

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Les deux cloches Burdin de 1864 :

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Mes remerciements à :
M. Joseph Duparc, ancien maire et sacristain, pour l’ouverture du clocher et les sonneries spéciales.
M. Michel Brand, membre de la Salévienne et ancien élu d’Archamps, pour l’organisation du rendez-vous.

Sources & Liens :
« Epagny-sous-Chaumont, petite histoire de l’antique paroisse », Dominique Miffon aux Echos Saléviens n°29 – La Salévienne, 2022
La Salévienne
Inventaire personnel
Relevés et clichés personnels
Fonds privés

Savigny – Eglise Saint-Denis

Installée sur les pentes orientales du Vuache, la commune de Savigny s’organise en sept hameaux entourant le « chef-lieu », constitué d’habitations regroupant l’église, le cimetière, l’école et la mairie. La majeure partie du millier d’habitants réside dans le hameau de Murcier, situé au nord du centre administratif du village. La paroisse de Savigny, devenue commune, tire son nom du latin Sabin(i)us, probablement en mémoire d’un propriétaire romain qui y aurait établi une villa. Ce toponyme est d’ailleurs assez répandu en France et en Suisse voisine : on recense plus d’une trentaine de localités nommées Savigny en territoire francophone (communes et hameaux), sans oublier de nombreuses variantes comme Sévigné ou Chavigny. Notre Savigny haut-savoyard fut aussi le siège d’une seigneurie et connut l’existence d’un château féodal situé à 200 mètres de l’église Saint-Denis. Ce manoir, passé entre plusieurs familles, passa ensuite entre des mains privée, d’abord une ferme puis une propriété privée.

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La position de l’église surprend : pourquoi un tel emplacement, éloigné des hameaux de la commune ? Il est certain qu’il ne s’agissait pas du lieu de culte primitif, mais peut-être d’un compromis entre les habitants. On pourrait dire, en souriant, qu’à Savigny, on a su « mettre l’église au milieu du village » ! La tradition rapporte qu’une ancienne chapelle dédiée à saint Martin aurait existé au hameau d’Olliet, mais aucun écrit ne le confirme. Dès l’an 1000, la paroisse devient une dotation de Guy de Faucigny au prieuré de Saint-Oyen (aujourd’hui Saint-Claude, dans le Jura). L’ancienne église était orientée à l’est. Au XVe siècle, alors qu’elle est placée sous le vocable de saint Antoine, une chapelle y est fondée par Jean de Menthon-Lornay, chanoine de Genève. De cette époque subsiste une fenêtre gothique en façade de l’église actuelle. Au siècle suivant, le sanctuaire passe sous la protection des saints Denis et Madeleine, annonçant peut-être une reconstruction partielle ou totale du bâtiment. Deux autres chapelles complétaient alors le lieu de culte. Lors de la Révolution, Savigny ne fit pas exception : l’église fut dépouillée et malmenée. Après le Concordat, elle continue tant bien que mal à servir de lieu de culte, bien que jugée petite et délabrée. Les propositions de reconstruction se multiplient, mais le conseil municipal préfère des réparations. C’est finalement l’arrivée du curé Briffod qui change la donne. Ce jeune prêtre dynamique, natif de Lucinges, parvient à convaincre les élus de reconstruire l’église, alors que la population avait doublé. Une imposition extraordinaire est votée pour les années 1828, 1829 et 1830 afin de réunir 1 800 francs. Entre-temps, le curé sollicite un devis auprès de l’architecte Amoudruz, qui propose une nouvelle église pour 12 600 francs. Pour atteindre cette somme, toute la population se mobilise : des dons affluent, et les habitants s’engagent à aider à la construction, au transport des matériaux, voire à l’hébergement des ouvriers. Le clocher est conservé, mais l’église est inversée : jadis porte d’entrée de l’édifice, la tour se retrouve désormais derrière le chœur, intégrée au bâtiment, avec la sacristie attenante. On ignore la date exacte de construction du clocher, mais il est considéré comme très ancien. Il est même jugé « frustrant », car sa maçonnerie ne dépasse pas le faîte du toit. Après bien des péripéties autour de l’ameublement du sanctuaire, l’évêque d’Annecy consacre l’église le 23 avril 1845. Un dernier aménagement a lieu en 1976, dans l’élan du concile Vatican II. Si certains éléments comme la chaire ou les confessionnaux sont démontés, les retables et la décoration générale sont conservés, préservant l’aspect d’origine de l’église, aujourd’hui qualifiée de remarquable dans son secteur.

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Le clocher pluriséculaire a certainement connu de nombreuses cloches. En 1793, il en est dépouillé alors qu’il n’en portait que deux, dont l’historique est malheureusement aujourd’hui inconnu. Ce n’est qu’en 1809 qu’il retrouve sa fonction première avec une nouvelle cloche dédiée à saint Denis, fondue l’année précédente. On peut lire sur son flanc l’inscription suivante : « Burnier, recteur. Parrain François Burnet. Marraine Marie Vuichard. Décombe, maire de Savigny. » Mais les noms du parrain et de la marraine ont été limés, puis remplacés, en creux, par ceux de Denis Fol et Etiennette Rosay. Comment expliquer cela ? Un élément de réponse se trouve dans l’acte de baptême de la cloche : elle avait en réalité deux parrains et deux marraines. Il est probable qu’un excès de colère, dû à l’omission de deux noms sur la cloche, ait conduit à cette modification. En 1837, le conseil municipal commande deux nouvelles cloches aux frères Paccard, destinées à compléter la petite cloche de 1808. Leur coût s’élève à 1 800 francs pour environ 800 kilos de bronze. Le curé Briffod, une fois de plus, mobilise toute son énergie pour réunir un tiers de la somme nécessaire. Les habitants, eux aussi, s’impliquent : ils construisent un four à chaux, dont la production permet de boucler le financement. Sur ces deux cloches, en plus des noms des autorités, parrains et marraines, figurent les inscriptions suivantes : sur la première : « À la plus grande gloire de Dieu » et sur la seconde : « Faite avec les dons réunis du Rd Briffod, curé ». À la fin du siècle, la petite cloche est fortement ébréchée et sa sonorité jugée désagréable. Elle est finalement refondue en 1922 par la fonderie Paccard, redonnant au clocher sa voix tripartite. Lors de l’électrification, sans doute dans la seconde moitié du XXe siècle, cette petite cloche n’est pas motorisée pour la volée, probablement en raison de sa trop grande proximité tonale avec la cloche médiane. Elle reste néanmoins utilisable au tintement, notamment lors des carillons festifs suivant les mariages ou les baptêmes. Elle porte, sur son flanc, des inscriptions laconiques comparables à celles de la cloche disparue de 1808 : deux parrains, deux marraines, le maire et le curé.

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Andrianne Marie Gasparine Frères Paccard 1837 91,8 ~450

La 3

2

Marie Joséphine Françoise Frères Paccard 1837 81,8 ~325 Si 3
3 Marie Eudoxie Les fils de G. Paccard 1922 74,3 ~250

Do 4

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Mes remerciements à :
Mme Chantal Favre-Bonvin, sacristine, pour l’ouverture du clocher et les sonneries spéciales
M. Michel Brand, ancien élu d’Archamps, pour l’organisation de ce rendez-vous.

Sources & liens :
« Monographie de la commune de Savigny », P. Fenouillet, Mémoires et documents publiés par l’Académie Savoisienne, Tome LIV.
« Gerbes de notes et documents », Mgr le chanoine Charles-Marie Rebord, 1922
1J-2867, page 44, Archives départementales de Haute-Savoie
Fonds privés
Relevé sur site
La Salévienne

Valleiry – Eglise Saint-Etienne

Souvent dépeinte comme sans histoire en écumant le site Google, la commune de Valleiry n’est cependant pas inintéressante pour de nombreux locaux, à en croire l’évolution de sa démographie ! Dépassant depuis peu les 5’000 habitants, cette localité frontalière n’excédait jamais les 350 âmes avant le milieu du XXe siècle et la croissance phénoménale qu’à connu notre région, en raison notamment de l’attractivité que représente la Suisse toute proche. Le toponyme de la commune n’est sûrement pas dû au prénom actuel, quelque soit son orthographe, mais plutôt à Vallerius Caïus, fils de Titus, tribun militaire romain de la seconde légion qui avait édifié une villa romaine dans la région. Les terres ont appartenu au chapitre cathédral de Genève avant d’être ballottée durant deux siècles entre la religion protestante et la religion catholique à partir du XVIe siècle. En 1754, la paroisse redevient catholique définitivement avant de devenir une commune en 1771. Au XIXe siècle, la ligne de chemin de fer qui sillonne le territoire permet à Valleiry, qui dispose alors de sa gare, de prospérer dans les activités commerciales. A cette même période, une famille originaire de la commune brille à l’échelle locale comme nationale en politique : la famille Chautemps. Du simple élu municipal au parlementaire incontournable, toutes les fonctions électorales sont connues de la famille. Camille Chautemps fut même quatre fois président du conseil (comprenez aujourd’hui premier ministre).

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L’église Saint-Etienne de Valleiry se dresse dans le bourg, avec son clocher massif et son église aux allures de temple. Il faut dire que la domination protestante deux siècles durant a marqué l’édifice, le rendant alors singulier dans la région. Nous savons que le 2 mars 1262, le comte de Genève donne cette paroisse au chapitre cathédral de Genève qui pourront alors y nommer un curé et y collecter les impôts. Le religion protestante y sera d’ailleurs imposée en 1536 et un pasteur desservira alors le temple ainsi que l’actuelle commune de Chênex. A l’occasion du retour de Valleiry en terres savoyardes -et catholiques- le roi Charles-Emmanuel III offrit -entre autres- un presbytère, une rente annuelle à la paroisse ainsi que des objets de cultes. Le curé Blanc mit un point d’honneur à restaurer deux chapelles déjà présentes avant l’ère calviniste sous de nouveaux vocables : Notre-Dame et Saint-Pierre (la deuxième était sous saint Nicolas). L’église fut reconstruite dans le style néoclassique sarde en 1848-1849 et consacrée le 30 avril 1852. Le coût des travaux (18’000 livres) fut assumé par les communes de Valleiry et de Dingy-en-Vuache. Cette dernière commune fut une paroisse jusqu’à a Révolution Française. Le culte ne fut pas rétabli et une partie de son territoire fut rattaché -pour le spirituel- à Vulbens et l’autre à Valleiry. Le clocher massif, dont la base date du XIIIe siècle, fut réhaussé en 1890. L’intérieur de l’édifice fut restauré il y a quelques années, offrant des décors étincelants pour le visiteur ou le fidèle qui y pénètre.

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Le grand clocher abrite une sonnerie de trois cloches. La pièce maîtresse de l’ensemble porte la date du 20 mai 1810 et la griffe de Jean-Baptiste Pitton, maître fondeur établi à Carouge. Il est réputé pour ses nombreuses cloches dans la région mais surtout pour être à l’origine de la célèbre dynastie Paccard. Cette cloche volontiers bavarde nous indique qu’elle en remplace une autre fondue le 11 juillet 1763. Elle évoque aussi le passé religieux de la commune, invoquant « l’hérésie de Calvin ». A ses côtés, dans l’autre travée du beffroi, deux cloches se font face. Jadis, une seule occupait tout l’espace. Fondue le 2 décembre 1829 par Claude Paccard, elle est dédiée à saint Etienne et fut établie aux frais de la commune et de la paroisse de Valleiry à qui elle appartient. En 1888, Auguste Cahorn visite ce clocher et atteste que les deux cloches citées ici sont présentes. En 1937, le révérend Jean-Marie Favre, aumônier à Thonon-les-Bains et « chanoine de Notre-Dame de Guadeloupe » offre une nouvelle cloche. Sur ses inscriptions, en plus de la mémoire de son donateur, il est clairement inscrit qu’elle « sonne la paix ». On remarque aussi que le nom du maire de la commune, un autre Chautemps, a été rajouté après coup, certaines lettres collées ont d’ailleurs disparues avec le temps. L’ajout de cette cloche eut pour conséquence de déplacer la cloche de 1829, plus petite, et de transformer cette travée du beffroi afin de permettre aux deux cloches d’avoir toute la place de sonner à pleine volée dans ce grand clocher.

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Jean-Baptiste Pitton 1810 114,5 ~800

Fa♯3

2

Jeanne Marie Joséphine Les fils de G. Paccard 1937 89,5 ~400 La 3
3 Saint Etienne Claude Paccard 1829 82,4 ~325

Si 3

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Mes remerciements à :
M. François Excoffier, sacristain, pour son accueil chaleureux.
M. Michel Brand, ancien élu d’Archamps, pour l’organisation de la visite.
M. Dominique Ernst, pour son éclairage historique.

Sources & Liens :
La Salévienne
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Clichés personnels

Saint-Julien-en-Genevois – Eglise Saint-Julien-de-Brioude

Aujourd’hui sous-préfecture de la Haute-Savoie, la ville frontalière de Saint-Julien-en-Genevois vit à l’heure suisse, ou presque ! Pour se rendre à Genève aujourd’hui, nul besoin de traverser la campagne : il est possible d’y aller sans quitter la ville ! L’espace de quelques mois, la ville fut même helvète : elle fut rattachée au canton de Genève de décembre 1815 à octobre 1816. Les origines de Saint-Julien sont lointaines. Le nom de la commune, associé à saint Julien de Brioude, martyr du IIIe siècle, rappelle ici une importante évangélisation. Les ruines d’une basilique mérovingienne datée du VIe siècle fut d’ailleurs retrouvée au hameau de Puy-Saint-Martin. Les écrits les plus anciens font d’ailleurs mention de « Posterla » avant de devenir progressivement « Saint-Julien ». Ce n’est qu’en 1893 que le nom s’allongera avec la particule « en Genevois », référence faite à la province savoyarde où se trouve la ville. Par sa position, Saint-Julien fit souvent les frais des guerres entre Genève et le Duché de Savoie. Cette situation durera pendant plusieurs siècles jusqu’en 1603, où le « traité de Saint-Julien » sonnera le glas des affrontements entre les deux camps, la Savoie reconnaissant enfin Genève comme république souveraine. Une fois devenue française, la commune prendra progressivement son importance : chef-lieu de canton et sous-préfecture. Les bâtiments principaux sont d’ailleurs des cadeaux impériaux suite au rattachement de la Savoie à la France : la sous-préfecture, l’hôtel de ville, l’hôpital Saint-Joseph ou encore l’église paroissiale en sont des illustrations.

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Comme évoqué plus haut, la présence de monuments chrétiens à Saint-Julien ne date pas d’hier ! Après un sanctuaire à Puy-Saint-Martin, les églises s’installent à l’emplacement de l’actuel bureau de poste de la commune. En 1482, l’église est visitée par l’évêque Jean de Bertrand. Le 6 juin 1486, une nouvelle église est consacrée par son successeur, François de Savoie. Entre 1536 et 1590, l’église devient un temple protestant suite à l’invasion genevoise en terres savoyardes. En 1700, cette église semble fatiguée et un nouvel édifice sera construit sous la houlette de maîtres d’œuvres du Bugey et du Piémont. Cette église semble n’avoir été consacrée que le 12 juin 1768 avec un chœur à chevet plat et une nef à six chapelles. En 1866, cet édifice trop petit sera remplacé par un nouveau monument, construit à quelques mètres : il s’agit de l’actuelle église paroissiale ! Consacrée le 9 juillet 1866, elle était dépourvue de clocher. Dès lors, Saint-Julien connait deux églises : l’ancienne n’a pas été rasée ! Elle continue d’ailleurs de supporter les cloches dans sa tour. Cette situation durera jusqu’en 1884 où le curé Rannaud fait construire un clocher flèche pour son édifice néogothique. Est-ce qu’on démolit l’ancienne église ? Toujours pas ! Tandis que la nef était devenue une épicerie, le clocher dépourvu de cloches sera un précurseur en servant de centrale téléphonique, lui offrant un sursis de plusieurs décennies. L’ancien monument sera finalement rasé en 1931, ne laissant alors qu’une seule église à Saint-Julien. Mais au début des années 1970, l’église néogothique est fatiguée : les murs sont lézardés et la sécurité du bâtiment est remise en cause. Plutôt que de la raser, il est décidé de transformer le bâtiment : la base du bâtiment est conservée, mais toute sa partie supérieure sera revue, lui offrant la silhouette atypique que nous connaissons aujourd’hui : une gigantesque toiture sur une nef très aérée dépourvue de piliers, et un clocher flèche remplaçant l’ancien clocher néogothique de 1884… qui existe toujours !

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C’est une visite déconcertante qu’attend le passionné de cloches ou le campaniste en charge de l’entretien. Pour accéder au clocher… ou plutôt aux clochers, une porte dérobée nous attend dans le vestibule de l’édifice moderne. Dès le passage de la porte un saut dans le temps s’opère : nous entrons en effet dans le clocher de 1884 ! Un escalier à vis en bois nous emmène jusqu’à la toiture du nouvel édifice, toute d’acier, pour rejoindre l’intérieur de la vieille tour. Et là, un nouveau saut dans le temps s’effectue : nous arrivons droit devant l’horloge mécanique de 1883, et près d’elle repose l’ancien clavier de carillon, à moitié disloqué. On imagine sans peine les sonneurs se relayer pour carillonner sur l’ensemble campanaire installé quelques mètres plus haut ! Sur l’horloge mécanique, quatre tiges étaient reliées à quatre marteaux : les trois petites tintaient les quarts, et la plus grosse les heures. Une dernière volée de marches mène au beffroi. Le lieu est très sombre car l’ancien clocher est imbriqué dans le nouveau ! Les murs sont encore là, le beffroi en bois également, comme si rien n’avait bougé autour. Il y a encore même la moitié des abat-sons sur les baies géminées du vieux clocher ! Et autour, la nouvelle flèche le cache presque jalousement. Une dernière échelle mène au dernier niveau, qui pour le coup n’est que le sommet de cette dame d’acier de 1972 ! Mais arrêtons nous aux cloches. Seule dans la première travée, la plus grosse trône et continue de marquer les heures. Elle fut réalisée sous le mandat de l’archiprêtre Chaumontet, promoteur de l’église de 1866. Fondue le 1er mars 1853 en remplacement d’une cloche de 6 quintaux et demi, la signature des fondeurs précède une autre date : 1852. Peut-être elle aurait dû être coulée quelques mois plus tôt ? En 1855, cette cloche ne sera d’ailleurs pas encore entièrement payée comme le relate les Echos du Mont-Blanc du 31 mai, dans un contexte électoral. Cette grosse cloche de 1’401 kilos avec son « mi » très ténébreux est d’ailleurs une rareté, les frères Paccard n’ayant -à l’époque- pas expérimentés un profil aussi lourd ! Elle se marie d’ailleurs très bien avec sa petite sœur fondue en 1810 par Jean-Baptiste Pitton de Carouge, avec un fort accent baroque. D’un poids d’à peine 400 kilos, il s’agit de la doyenne de la sonnerie. Ses inscriptions dans un français approximatif indiquent qu’elle appartient à la paroisse de Saint-Julien qui était à l’époque administrée par le Rd Poncet. En 1884, avec la construction du clocher aujourd’hui caché, le père Rannaud, curé-archiprêtre, jugeait que la sonnerie était trop pauvre pour une telle paroisse. Sur ses propres deniers, il commande alors deux petites cloches au son cristallin afin de compléter la sonnerie. Arrivent donc à l’automne deux nouvelles cloches : Marie-Eliza-Adèle et Alice-Adrienne. Dès lors, Saint-Julien pouvait s’enorgueillir d’être la seule sonnerie de quatre cloches de son secteur. Pour trouver une équivalence, il fallait se rendre -côté français- jusqu’à Annecy ou encore Evires, de l’autre côté du Salève ! Electrifiées en 1953, les cloches de Saint-Julien se passent donc depuis de sonneurs. L’horloge mécanique a continué son travail un temps, grâce à un remontage automatique des poids, avant d’être mise à la retraite. A noter que la nouvelle carapace qui protège le clocher de 1884 donne à cette ensemble campanaire un son doux et feutré à l’extérieur. L’écoute est malheureusement rendue compliqué car nous sommes en ville avec beaucoup de vie et de véhicules, néanmoins cette sonnerie ne manque pas d’intérêt !

Nom

Fondeur(s)

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Frères Paccard

1852

128,8

1’401

Mi 3

2

Saint Julien

Jean-Baptiste Pitton

1810

88,5

~400

La 3

3

Marie Eliza Adèle

G&F Paccard

1884

70,1

211

Do4

4

Alice Adrienne

G&F Paccard

1884

59,2

129

Mi 4

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Mes remerciements nourris à :

Mme Anne-Marie Belleraud, sacristine, pour l’accès au clocher et les sonneries spéciales.
M. Michel Brand, historien local et ancien élu d’Archamps, pour l’organisation de la visite.
Les services municipaux de Saint-Julien-en-Genevois et la paroisse Saints-Pierre-et-Paul en Genevois pour l’autorisation exceptionnelle.
M. Dominique Ernst, historien et journaliste local, pour la mise à disposition d’archives.
Les archives diocésaines d’Annecy et Mme Mélanie Maréchal, pour la mise à disposition d’archives.

Sources & Liens :

Commune de Saint-Julien-en-Genevois
Paroisse Saints-Pierre-et-Paul en Genevois
Association « La Salévienne« 
Archives Dominique Ernst
Administration diocésaine : gerbes de notes et documents, C-M Rebord, 1922
Archives diocésaines d’Annecy
Fonds privés
Relevé personnel
Clichés personnels

Andilly – Eglise Saint-Symphorien

Installé sur les pentes du Mont Sion, le village d’Andilly est réputé dans toute la Haute-Savoie -et même au-delà- pour ses médiévales, qui rassemblent chaque année des milliers de locaux et touristes autour de nombreux bénévoles passionnés. Andilly a également été primé par les lecteurs du Dauphiné Libéré comme « plus beau village de Haute-Savoie » en 2022. Il faut dire que sa situation géographique, sa disposition singulière et son riche patrimoine n’y sont pas pour rien. Andilly, c’est l’histoire de trois hameaux étagés contre les pentes sud du Mont Sion et qui ont vécu, bon gré mal gré, ensemble pendant des siècles : Charly, Jussy et Saint-Symphorien, actuel chef-lieu d’Andilly. Tous sont d’ailleurs des noms plutôt courants : nous avons plusieurs Andilly et Charly en France, et de nombreux Jussy en Pays de Savoie et en Suisse romande. Quant à Saint-Symphorien, il n’est pas rare que le patron d’une paroisse donne son nom à la commune, sans doute le résultat d’une forte dévotion.

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L’église de Saint-Symphorien est d’une silhouette souvent qualifiée d’élégante. Son clocher flèche atteste d’un édifice fort ancien avec ses fenêtres géminées. La première mention de la paroisse remonte à 1275, mais l’édifice est peut-être plus ancien, bien que remanié au fil des siècles. A l’origine, il s’agit de la chapelle du château de la Seigneurerie d’Andilly. La consécration du monument est attesté en 1486, après un important remaniement du sanctuaire. Si l’église est le centre de la paroisse depuis au moins 750 ans, le hameau de Saint-Symphorien (en hommage au martyr chrétien mort en 179) n’a pas toujours été le plus peuplé de la communauté. Cette situation a entraîné de nombreux différents entre les habitants de Charly et de Saint-Symphorien. A l’intérieur du monument une belle nef au plafond boisé ouvre sur le chœur gothique. Pour former la croix latine, deux bas côtés avec des chapelles latérales complètent le monument. Si l’ensemble paraît aujourd’hui homogène, on peut cependant regretter la disparition des stalles et du maître-autel, cependant immortalisés en 1928 et visibles sur un panneau à l’entrée du monument. Les beaux panneaux en bois sculptés à l’intérieur du monument ont été donné par la famille Tapponier en 1853. Ils pourraient -sans certitude- venir de la Chartreuse de Pomier, située non loin et fermée à la Révolution Française après plus de 600 ans de présence des chartreux.

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Au sommet du clocher, deux cloches se partagent le beffroi en bois. Fondue en 1847, la plus grosse cloche fut établie « aux frais de la généreuse commune d’Andilly ». Elle a été réalisée par les frères Paccard de Quintal, probablement en remplacement d’une autre plus ancienne. La plus petite cloche, située juste à côté, porte la date de 1763 et une inscription laconique, mais ô combien intrigante. Seuls sont cités le parrain et la marraine, M. Jean-François Raddaz et sa femme, Jeanne Revilliod, qui ont financés la cloche à leurs frais. Ces deux patronymes ne sont absolument pas originaires de cette paroisse, mais plutôt du Pays du Mont-Blanc. De nombreux Raddaz et Revilliod sont en effet installés dans le Val Montjoie, entre Saint-Gervais-les-Bains et Notre-Dame-de-la-Gorge en passant par les Contamines ou encore Saint-Nicolas-de-Véroce. La réponse se trouve en fait dans le livre de Jean-Paul Gay « Notre-Dame de la Gorge, un sanctuaire au Pays du Mont-Blanc ». L’auteur dédie en effet un chapitre de son ouvrage à la Révolution Française et la descente des cloches de l’actuelle commune des Contamines-Montjoie. Les autorités de l’époque ont eu la bonne idée, peut-être conscientes qu’un patrimoine entier était en péril, de noter les millésimes et les parrains/marraines des cloches qu’ils livreront à la casse. C’est ainsi qu’au clocher de l’actuelle église de la Trinité, il est mentionné trois cloches, dont deux de 1763. Et l’une d’entre elles avaient bien M. Raddaz et sa femme née Revilliod comme parrain et marraine ! Ce n’est pas la première fois que je présente une sonnerie où l’une de ses cloches n’est pas originaire de la paroisse. A la Révolution, toutes les cloches de la Haute-Savoie furent rassemblées en plusieurs points : Annecy, Bonneville, ou encore Carouge et Thonon-les-Bains. Finalement non cassées par les révolutionnaires, les cloches furent récupérées par leur paroisse respective… ou presque ! Nombreuses furent les communautés qui, par un petit tour de passe-passe, ont réussi à dérober une cloche plus grosse que celles qu’ils avaient livrées quelques années plutôt. Notre petite cloche d’Andilly, à la facture plutôt grossière, n’est malheureusement pas signée. Ses décors ne correspondent malheureusement pas avec d’autres cloches fondues à l’époque, permettant d’attribuer l’œuvre à un fondeur. Le clocher de Saint-Symphorien a été pourvu d’abat-sons il y a quelques années maintenant, conséquence de querelles entre la Municipalité et le voisinage de l’église. C’est peut-être cette raison qui explique la présence de mousse contre les ouvertures pour limiter les décibels au pied de la tour, ainsi que l’installation des cloches en rétrograde il y a quelques décennies déjà. On pourra toujours se consoler en disant que les cloches continuent de sonner, même plus discrètement, plutôt qu’elles aient été tout simplement mises à l’arrêt par une minorité parfois plus bruyante que les cloches elles-mêmes.

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Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg)

Note

1

Eugénie Joséphine Françoise Frères Paccard 1847 91,4 ~450 La3
2 1763 69 ~200

4

Près du clocher de l’église Saint-Symphorien, une structure en bois intrigue. Elle laisse dépasser dans un clocheton sommital une petite cloche. Il s’agit en fait d’un carillon installé dans un gigantesque beffroi en bois massif. A l’occasion de l’an 2000, l’association Andilly Loisirs avait souhaité que toutes les communes du Syndicat Mixte du Salève, composé à l’époque de 17 communes, finance chacune une cloche pour former un petit carillon inauguré pour les 4e Médiévales d’Andilly. Chaque cloche porte donc, le nom d’une localité selon l’ordre suivant (par la pesanteur) : Etrembières, Collonges-sous-Salève, Annemasse, Bossey, Beaumont, Archamps, Neydens, Saint-Julien-en-Genevois, Présilly, Copponex, Saint-Blaise, Cruseilles, Vovray-en-Bornes, le Sappey, La Muraz et Monnetier-Mornex. La commune d’Andilly a installé sa propre cloche au sommet, la plus grosse de la structure. Fondue en 1858 par les frères Beauquis de Quintal, il s’agit d’un réemploi de la cloche de l’école d’Andilly. Ne comprenant comme inscriptions que la signature du fondeur, il a été rajouté, gravé dans le bronze, le nom de sa commune propriétaire. Depuis un quart de siècle maintenant, ce carillon égrène quelques mélodies à diverses heures de la journée, à l’exception de la cloche d’Andilly, qui n’est pas reliée à l’instrument mais qui pourrait sonner à la volée en tirant sur la corde accrochée en hauteur pour éviter sans doutes des envolées nocturnes ! La tessiture du carillon est la suivante : Do5, Ré5 chromatique Mi6. La cloche Beauquis, quant à elle, donne un La dièse 4 approximatif.

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Mes remerciements à :
M. Vincent Humbert, maire, pour son aimable autorisation.
M. Pierre Cusin, adjoint au maire, pour l’invitation et l’ouverture du clocher.
M. Hugo Gautraud « Les Cloches Mosellanes » pour les informations tirées du livre sur les cloches des Contamines-Montjeoie.

Sources & Liens :
Association « la Salévienne »
Andilly
« Notre-Dame de la Gorge, un sanctuaire au Pays du Mont-Blanc », Jean-Paul Gay
Relevé et clichés personnels

Andilly – Chapelle Saint-Jacques (Charly)

Installé sur les pentes du Mont Sion, le village d’Andilly est réputé dans toute la Haute-Savoie -et même au-delà- pour ses médiévales, qui rassemblent chaque année des milliers de locaux et touristes autour de nombreux bénévoles passionnés. Andilly a également été primé par les lecteurs du Dauphiné Libéré comme « plus beau village de Haute-Savoie » en 2022. Il faut dire que sa situation géographique, sa disposition singulière et son riche patrimoine n’y sont pas pour rien. Andilly, c’est l’histoire de trois hameaux étagés contre les pentes sud du Mont Sion et qui ont vécu, bon gré mal gré, ensemble pendant des siècles : Charly, Jussy et Saint-Symphorien, actuel chef-lieu d’Andilly. Tous sont d’ailleurs des noms plutôt courants : nous avons plusieurs Andilly et Charly en France, et de nombreux Jussy en Pays de Savoie et en Suisse romande. Quant à Saint-Symphorien, il n’est pas rare que le patron d’une paroisse donne son nom à la commune, sans doute le résultat d’une forte dévotion.

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Mais revenons à Charly et intéressons nous à son histoire. Il semblerait que son nom soit tiré d’un domaine gallo-romain « Caroliacum ». Il est difficile de dire quand se sont installés les premiers habitants de Charly, même si l’on sait que des présences humaines sont attestés dans le secteur depuis plusieurs millénaires. Il faut aussi ajouter que l’actuelle départementale 1201 qui relie Saint-Julien-en-Genevois à Annecy, encore aujourd’hui très empruntée, ne fait que reprendre le tracés d’anciennes voies, faisant d’Andilly une étape importante. La chapelle de Charly, aujourd’hui sous le vocable de Saint-Jacques, est d’ailleurs un arrêt recueilli pour les pèlerins de Compostelle. Son histoire est intimement liée au père Jacques Fusier, vicaire général de Genève et natif du hameau qui eut à cœur de reconstruire ce qu’il voudra comme l’église de Charly en 1454. D’abord placée sous le double vocable des saints Clair et Sébastien, ce petit sanctuaire gothique accueillera pour les habitants toutes leurs célébrations : la messe hebdomadaire, les baptêmes, mariages et sépultures. Saint François de Sales le mentionnera d’ailleurs dans sa visite pastorale. Il convient de préciser que cette « paroisse » dépendait toutefois de Saint-Symphorien en contrebas et qu’elle ne possédait pas de curé propre. Les habitants (environ 12 familles) ont essayé de nombreuses fois, en vain, de s’émanciper devenir une institution autonome. Dans l’histoire de la chapelle, deux incendies seront à l’origine d’une reconstruction partielle : une première fois en 1541 puis en 1787, avec l’édification d’un clocher bulbe. L’édifice se présente depuis comme une belle chapelle de style gothique tardif, avec deux chapelles latérales. La première dédiée aux saints Jacques (le Majeur et le Mineur) et la seconde à la Sainte Croix. Les vitraux du chœur datent du XXe siècle et cohabitent avec un Christ conçu probablement au XVe siècle et à l’extérieur, une statue de saint Jacques installée en 1997.

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A la Révolution, la paroisse est tout simplement supprimée et cette « église fille » est rétrogradée en simple « chapelle rurale ». Concrètement, seules quelques messes peuvent y être célébrées, et les sacrements doivent être reçus dans l’église Saint-Symphorien. Cette situation entrainera plusieurs décennies de conflits entre les hameaux. Ne souhaitant pas se rendre à Saint-Symphorien pour les enterrements, les habitants enterrent donc leurs morts sans prêtre. Après des décennies de négociations, ils acceptent de se rendre dans l’église paroissiale mais par une porte séparée, ne souhaitant pas se mélanger avec les habitants d’en bas. Les tensions reprendront de plus belle à chaque fois que l’occasion se présente. C’est ainsi que Charly possède encore aujourd’hui son propre cimetière, son école, son monument aux morts (qui reprend quand même les disparus de toute la commune !). Aujourd’hui, les tensions se sont apaisés et les habitants de Charly peuvent toujours accueillir les obsèques de l’un des leurs dans leur chapelle, dédiée à saint Jacques depuis 1997.

Avec une porte d’accès et un éclairage intérieur automatiques, difficile de croire que la cloche de la chapelle se sonne encore à la corde. Et pourtant, la porte d’accès au clocher à peine ouverte que nous nous retrouvons face à une corde. En grimpant les échelles de meunier, une ficelle accrochée au battant permet de la sonner « au coup par coup ». D’ailleurs, à chaque décès dans le hameau et à chaque obsèques dans la chapelle, un habitant se dévoue pour tirer sur la corde, actionnant à la volée l’unique cloche de ce sanctuaire gothique. Fondue le 8 octobre 1856 par les frères Beauquis de Quintal, comme l’atteste la signature, elle a été faite grâce « aux dons de [ses] bons enfants de Charly et surtout au zèle du comité ». Elle citent également le nom du syndic (maire) d’Andilly de l’époque, Jean Cusin, et le curé de la paroisse, l’abbé Jean-Claude Deletraz. La cloche, dépourvue de nom ou d’une dédicace religieuse, arbore néanmoins une Vierge à l’Enfant et un Christ en croix. D’un diamètre de 77,6cm, elle sonne le « Si » de la troisième octave (Si3) pour un poids estimé de 290 kilogrammes.

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Mes remerciements à :
M. Vincent Humbert, maire, pour son aimable autorisation.
M. Pierre Cusin, adjoint au maire, pour l’invitation et l’ouverture du clocher.

Sources & Liens :
Association « la Salévienne« 
Andilly
Relevé et clichés personnels