Massongy – Eglise Saint-Jean-Baptiste

Un village paisible…
Massongy est un village paisible situé dans le Chablais savoyard, entre les villes de Thonon-les-Bains et de Genève. Cet environnement majoritairement rural, mêlé à la proximité des deux villes précitées fait qu’il a triplé sa population en cinquante ans. Elle se répartit d’ailleurs autour de la route départementale : dans les hameaux de Sous-Etraz d’une part et du chef-lieu d’autre part. Ce dernier se trouve presque adossé à la colline de Ballaison, l’une des deux collines dites « historiques » du Chablais. Cette dernière, idéale pour une défense militaire, a très vite attiré l’attention des premières civilisations.

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…exposé aux péripéties de l’histoire !
La position de Massongy ne lui a pas permis de dominer les actuelles communes voisines, mais elle n’a jamais été oublié des envahisseurs. Evidemment, l’histoire ne se cantonne pas qu’à des événements malheureux. La richesse des écrits sur la région nous permettent de remonter aux prémices du christianisme, et même avant. Le nom de la commune laisserait penser qu’à cette emplacement, au pied de cette colline dont la fertilité était réputée, une villa gallo-romaine s’y tenait déjà. Avec l’arrivée des burgondes et la fin de la persécution des premiers chrétiens, Massongy fonde une paroisse. Il semble qu’elle soit intimement liée à la fondation de l’Abbaye de Saint-Maurice puis de sa fille, l’Abbaye de Filly (sur la commune voisine de Sciez). Deux bulles papales confirment cette appartenance, aux XIe et XIIe siècles. De plus, le vocable de saint Jean-Baptiste ne fait que confirmer l’ancienneté de la paroisse. C’est au siècle suivant que l’actuel chœur serait bâti. A cette époque, une prospérité semble être acquise : le Chablais est sous le joug des Ducs de Savoie, Massongy est sous le fief des châtelains de Ballaison et les curés se succèdent. On apprend même que l’abbaye bénédictine d’Aulps avaient des possessions rentables à Massongy et en faisait bénéficier la paroisse.

En 1536, cette quiétude s’en va brusquement. Après des fortes années de tension, les Bernois déclarent la guerre aux Ducs de Savoie : ils envahissent le Chablais. L’orage grondait déjà depuis un moment, outre Léman. Ils s’imposeront par la force mais aussi par les idées : avec eux arrive la religion protestante, nouvellement instituée dans leurs terres. L’église devient un temple et le curé est prié de laisser sa place à un pasteur. En 1567, le duc de Savoie gagne à nouveau les terres chablaisiennes, mais la religion protestante y demeure. En 1589, une armée de français, genevois et bernois envahissent à nouveau la région par la force, dans un but de pillage et d’y semer la terreur. Mais les habitants de Massongy n’ont pas résigné à prendre les armes pour se battre. Durant la décennie suivante, un homme d’église part en mission dans le but de reconquérir les âmes dispersées : saint François de Sales. Ce saint prêtre, modestement missionnaire, se destinera à une grande carrière ecclésiastique qu’il n’a pourtant jamais embrassé : promu évêque de Genève, le Roi de France l’a courtisé pour l’évêché de Paris. Mais il refusa cet honneur. Cependant, le destin l’a rattrapé : le voilà aujourd’hui sur l’autel des saints. En 1598, les premiers habitants de Massongy embrassèrent à nouveau le catholicisme. Un nouveau curé y est nommé. Le constat est frappant : l’église est à reconstruire. Lui-mêmes et ses successeurs s’y attelleront.

Un édifice religieux solide…
Sur l’édifice religieux, une seule grosse modification est entreprise entre la Réforme et la Révolution : l’ajout de la sacristie en 1743. La Terreur entre en Savoie en 1792. Une nouvelle fois, la religion catholique est mise au tapis, on démolit les clochers et casse les cloches (nous y reviendrons). Malgré cela, la paroisse devient secrète et clandestine : des baptêmes continuent d’être célébrés dans les foyers. Le Concordat en vigueur, un curé s’installe à nouveau en 1803. Si un bon nombres d’églises sont reconstruites au XIXème siècle, à Massongy, on se contentera de restaurer : la nef est élargie. D’ailleurs, c’est une curiosité, mais la nef n’est pas une voûte, mais faite de bois ! Le clocher est quant à lui reconstruit intégralement en 1815, remplaçant ainsi un autre du XIIIème siècle. Il avait d’ailleurs été amputé de sa flèche à la Révolution. Après des temps terribles, voilà deux siècles prospères : les curés se suivent. Aujourd’hui, ils ne résident plus à Massongy : la paroisse regroupe plusieurs clochers. La cure deviendra prochainement la nouvelle mairie, répondant aux attentes d’un village en pleine expansion. Au début du siècle actuel, une grande restauration permit de redonner de la superbe à cette église, plus que séculaire, qui mérite amplement le détour !

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…Une sonnerie signée « Sieur Pitton ».
Avec la reconstruction du clocher, le curé commande deux nouvelles cloches au « Sieur Pitton de Carouge ». Elles remplacent deux autres cloches antérieures à la Révolution. La plus petite datait de 1615 et la plus grande de 1587. Pour cette dernière, quelques détails m’interpellent : en 1589, l’église est pillée par les bernois et les curés trouvent à leur retour une église aux « cloches disparues »… Est-ce-que la cloche a été cachée ? Provenait-elle d’ailleurs ? Ou alors est-ce une simple erreur de transcription ? Un autre élément de réponse se trouve dans les archives départementales : un achat de cloche est brièvement mentionné en 1766. Quoi qu’il en soit, les deux cloches, dont celle de 1615 ont été cassées dans la précipitation, volonté d’obéissance aux Révolutionnaires. Sans doutes qu’avec un brin de lutte et de patience, l’occupant aurait autorisé d’en garder une, puis les deux : nombreuses sont les paroisses qui ont joué aux résistants !
Un autre doute m’interroge sur Pitton : bien entendu, nombreux connaissent l’histoire des prémices de la fonderie Paccard : un dénommé Jean-Baptiste Pitton, de Carouge, fait naître une cloche à Quintal et une nouvelle vocation pour le syndic, Antoine Paccard. Mais Pitton, c’est aussi de nombreuses cloches en Suisse et en France, fondues entre 1787 et le début des années 1830, avant de passer la main aux frères François et Jean-Marie Bulliod qui fermeront boutique en 1857. Mais il semblerait aussi que Pitton ait essayé de passer la main à ses enfants. On trouve, sur la grosse cloche de Montailleur, la signature de « Pitton père et fils 1802 ». Trois ans plus tard, à Albertville -non loin de là- on trouve deux cloches signées François et Jean-Claude Pitton. Les décors sont semblables, le profil aussi. En 1819, Jean-Baptiste Pitton a même délégué la fonte des deux cloches de Neuvecelle à un fondeur de Morges, Jean-Louis Golay. Avait-il un carnet de commandes démesuré ? Mais revenons à Massongy ou l’on parle uniquement du « Sieur Pitton ». La monographie de Mgr Piccard et les archives ne disent pas le prénom du fondeur. S’agit-il de Jean-Baptiste ? De François ? De Jean-Claude ? Je ne saurais trop m’avancer…

Nom Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 St Jean-Baptiste 89,9 420

La 3

2

Claudine 65,5 150 Ré 4

Sieur Pitton à Carouge l’an 1815

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Je remercie chaleureusement :
M. le maire François Roullard
L’Association « Groupe Patrimoine » de Massongy
Ainsi que mon ami Claude-Michael Mevs, dit Quasimodo, pour sa collaboration à l’élaboration de cette présentation.

Sources & liens :
Mairie de Massongy
Groupe Patrimoine de Massongy
Paroisse Saint-Jean-Baptiste en Chablais
« Massongy près Douvaine », Monographie de Mgr L.E. Piccard, 1918
Clichés personnels
Fonds privés

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