Saint-Laurent – Eglise Saint-Laurent

Un village aux origines mystérieuses…
Blotti contre les renforts de la montagne de Sur Cou, Saint-Laurent s’installe sur un plateau rive gauche du Borne, rivière descendant tout droit des Aravis. Le Bourre et le Ruisseau de Saint-Laurent ont sillonné quelques reflets à cette plaine surélevée, offrant alors un superbe panorama sur la basse Vallée de l’Arve. Le chef-lieu s’organise autour de l’église, de la mairie, de la salle communale et de l’école. Le chemin de fer, à destination d’Annecy, contourne la commune. Une gare desservait alors la commune. Si le bâtiment existe toujours, elle est aujourd’hui dans des mains privées : c’est une habitation.
Le secteur géographique abrite trois communes qui ont pris le nom d’un saint : Saint-Laurent, Saint-Sixt et Saint-Pierre-en-Faucigny. Ces trois saints ont des points communs : Pierre fut le premier pape de la Chrétienté, Sixte-II sera son 24ème successeur et Laurent était le septième diacre de ce dernier. Si on raconte que saint Laurent aurait été fondé à la Renaissance, par un dénommé Laurent, cette hypothèse farfelue est vite écartée : la liste des curés du lieu remonte à 1411 et la présence sur la commune des ruines du Château de Cornillon, remontant au XIème siècle. Celui-ci permettait de défendre la frontière entre les provinces du Faucigny et du Genevois, ainsi que la protection de la vallée du Borne, menant à l’Abbaye d’Entremont.

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Une construction coûteuse…
Si les origines de la paroisse sont méconnues, le premier curé cité est le père Richard Ronserii en 1411. A la Révolution Française, la paroisse est supprimée pour être rattachée à celle de Saint-Pierre-de-Rumilly. Quelques décennies plus tard, le Révérend Fontaine, curé de Saint-Laurent pendant presque un demi-siècle, demande à l’adjudant Dénarié, retraité du Génie Civil, un rapport sur l’état de l’église paroissiale. Dans son rapport daté de 1834, on peut lire que l’église est trop petite, que les murs sont lézardés mettant en péril les voûtes et que la façade menace de se détacher. Les travaux sont donc lancés selon les plans de MM. Dénarié et Ducret. En mars 1937, l’archiprêtre de La Roche-sur-Foron en bénit la première pierre. Cependant, les travaux sont très vites arrêtés : le budget est atteint et les matières premières manquent. En 1839, le curé écrit au Duc de Savoie et le supplie de lui venir en aide. Les habitants sont épuisés par les dépenses, qui sont de l’ordre de 10’000 francs contre 6’000 prévus initialement. Les travaux reprirent grâce à des entrepreneurs de Taninges : ils s’engagent à finir les murs et le clocher. Le gros-oeuvre est probablement achevé en 1840, date forgée au dessus de l’entrée principale de l’édifice. En 1843, Mucengo, sculpteur piémontais, réalise les retables des chapelles latérales et du chœur. Sur ce dernier, la date de 1845 marque le souvenir de la consécration par Mgr Rendu, évêque d’Annecy. L’année suivante, un tableau représentant saint Laurent est commandé à Fribourg. Entre 1858 et 1862, on continue d’orner l’église avec des fonds baptismaux taillés par un paroissien et un chemin de croix racheté à l’église voisine de La Roche-sur-Foron. En 1947, les paroissiens fêtent alors le centenaire de l’édifice, retardé par la guerre et une restauration complète entre 1945 et 1947.

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Un malheureux foudroiement…
Les laurentains étaient fiers de leur clocher… peut-être trop ? Qui sait… En tout cas, le 1er mai 1875, la foudre s’abat sur son sommet. Le feu détruit alors l’intérieur de la tour, la sacristie, et l’église dans une bien moindre mesure. Voilà que Saint-Laurent se retrouve privé de cloches ! Très vite, elle commande deux nouvelles cloches aux frères Paccard d’Annecy-le-Vieux. Problème, la commune engage déjà trop de frais pour relever les murs du clocher, et la Fabrique doit remplacer les objets du culte détruits par l’incendie. Le 16 mai déjà, commande est faite de deux nouvelles cloches. Elles coûtent 7622 francs avec leurs équipements, prix ramené à 6185 francs car le bronze des cloches cassées est repris. Mais cette dépense pose problème : les habitants les plus éloignés réclament des cloches plus grosses, et d’autres refusent de mettre la main au porte-feuille ! Le 8 mai 1876, la fonderie Paccard tient sa promesse, et livre deux cloches de bonne facture. Une convention est signée entre la fonderie et la commune pour le payement. Second problème : en 1883, le Comptoir Général d’Escompte, banque de la fonderie, demande au préfet d’entreprendre une action en justice, car la paroisse n’a payé que très partiellement sa sonnerie. On ne saura pas les détails des suites, mais seulement que la dette n’est plus : les cloches sont encore là. De nouveaux échanges ont lieu entre la fonderie et la commune en 1956, en témoigne un devis relatant « l’électrification de deux cloches ». Cette fois-ci, le chiffre peut paraître plus vertigineux : 366’000 anciens francs ! Ramené à notre devise actuelle, cela ramène à moins de 1’000€. Un luxe que la commune a pu financer plus aisément que ses cloches. Le devis prévoit l’installation d’une minuterie, de moteurs pour les cloches (volée, tintement) et éventuellement un changement des paliers des deux cloches. Depuis ce devis, la grande cloche a perdu son joug en bois au profit d’un rail en acier. Les marteaux de tintements sont très récents, et la petite cloche, de l’angélus, possède un moteur de volée tout neuf.

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Les deux cloches arborent des motifs similaires. La plus grande possède néanmoins des visages d’hommes sur ses anses et des feuilles sur son cerveau, là ou la petite cloche est vierge de ces décors. Sur leurs robes, des motifs floraux sur chacune d’elle. Les inscriptions, en quatre lignes, sont séparées par des filets. Chaque ligne cite une personne : le parrain, la marraine, l’abbé Carrier et le maire Jean-Claude Forestier. Une Vierge et un Christ orne chaque cloche, ainsi que la signature, sous le Christ « Paccard frères fondeurs à Annecy-le-Vieux Haute-Savoie 1876 ». 

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

119,1

1009

Mi 3

2

94,1

494

Sol ♯ 3

Frères Paccard fondeurs à Annecy-le-Vieux Haute-Savoie 1876

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Je remercie chaleureusement :
M. le maire Claude Bouquerand, pour son aimable autorisation.
Mme la maire-adjointe Marie-Françoise Margolliet, pour l’ouverture du clocher ainsi que pour les intéressantes archives !
M. Laurent Vigroux, sacristain, pour l’accompagnement au clocher.
Mon ami Claude-Michael Mevs, dit « Quasimodo« , pour la contribution au reportage.

Sources & Liens :
Saint-Laurent
Archives communales (délibérations du conseil, devis)
Bulletin « Sous Cornillon » n°8 (revue d’histoire locale de Saint-Pierre-en-Faucigny)
Clichés personnels (excepté horloge : Quasimodo)
Relevé sur site

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