Taninges – Eglise Saint-Jean-Baptiste

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Blotti contre le Pic du Marcelly, la commune de Taninges et ses 3’400 Jacquemards sont au cœur de la vallée du Giffre, dans la province savoyarde du Faucigny. Véritable carrefour, Taninges se situe aussi bien à proximité du fond de la vallée que du col des Gets -puis des Portes du Soleil- ou des Aravis et de la Suisse, valaisanne ou genevoise. Le vieux bourg, actuel chef-lieu de la commune est établi sur les berges du Foron, rivière qui prend sa source sur les versants du Roc d’Enfer, au cœur du Chablais. La plaine est partagée par le hameau de Flérier et son lac EDF, ancien cœur de la commune. Plus en amont, il y a celle de Mélan avec son ancienne chartreuse, aujourd’hui centre culturel départemental. Le reste de la population se répartit sur quelques hameaux en amont et en aval ou encore sur les pentes du « Pic ».

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L’église de Taninges, dédiée à la Nativité de saint Jean-Baptiste surprend le visiteur par sa grandeur. Lors de sa consécration il y a un petit peu moins de deux siècles, elle était la plus grande du diocèse d’Annecy. Elle remplace une ancienne église, installée à Flérier depuis le Moyen-Âge. De cette église ne subsiste qu’une petite partie qui est aujourd’hui la chapelle du hameau. Mais pour retrouver la première église jacquemarde, il faut prendre de la hauteur en direction du Pic et s’arrêter « Vers Nâles ». Quelques discrets vestiges d’une église romane s’y trouvent.
L’église Saint-Jean-Baptiste a été édifiée dans un style néoclassique sarde sous la direction de Prosper Dunant entre 1824 et 1834. Elle succède en réalité à la chapelle Sainte-Anne -aujourd’hui désaffectée- qui faisait le trait d’union entre Flérier et Taninges. En effet, les habitants boudaient l’ancien chef-lieu pour s’installer près du Foron. Éloignés de l’église, ils se réunissaient dans la chapelle édifiée au XVIe siècle. Celle-ci prend tellement d’importance aux fils des ans qu’elle aura son curé et qu’elle sera unie à l’école publique. Elle n’échappera pas non plus aux pillages révolutionnaires. Après la Terreur elle reprend du service pour quelques années seulement.
Le 5 juillet 1824 est posée la première pierre de la nouvelle église. Après huit ans de travaux, le clocher est terminé. Sans doute que le gros œuvre l’est aussi. C’est le 15 février 1834 que l’église est consacrée. Ses proportions sont les suivantes : 58 mètres de longueur, 27 mètres de largeur, 18 mètres sous la voûte et 40 mètres pour son clocher (excusez du peu) ! C’est une église qui possède un plan basilical : une nef et deux bas côtés. Dans ces derniers, neufs autels ont été consacrés, dont trois par des confréries présentes à l’époque. Au sommet de la tribune trône le grand orgue signé Athanase Dunand de Villeurbanne.  Il se compose de trois claviers (plus pédalier) Malgré un style relativement contemporain, il se marie néanmoins très bien avec cet édifice remarquable, reflétant la population de l’époque.

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Ce ne sont pas moins de 43 cloches qui se répartissent le dernier étage du clocher. Au centre du beffroi en bois se trouve « Louise-Thérèse » et ses 2’750 kilos. Cette pièce n’est autre que le troisième bourdon de l’église. Elle remplace une pièce Paccard de 1847 qui remplace elle aussi une cloche de 1816, à l’époque fondue pour l’église de Flérier. Cette dernière n’est autre qu’une refonte d’une cloche antérieure à la Révolution. Descendue en 1793, elle a été conservée pour être installée à la chapelle du bourg pour sonner le tocsin. En 1809/1810, il était question de refondre cette cloche pour en faire le timbre du bourg. Finalement, elle retrouva son perchoir initial et une nouvelle cloche fut fondue. En 1811, Jean-Baptiste Pitton, maître-fondeur de Carouge, réalise une pièce de 285 kilos, encore en place dans le clocher de l’église. Bien qu’une Vierge à l’enfant et un Christ y soient gravés, ses inscriptions indiquent que la cloche a un usage civil : celui d’être le timbre du bourg. Installée à la chapelle Sainte-Anne, la cloche déménagera au clocher de Saint-Jean-Baptiste en 1832 avec le premier bourdon de 1816. En 1866, les frères Beauquis de Quintal réalisent une cloche intermédiaire pour l’église (probablement une refonte). C’est encore elle qui infatigablement, sonne les angélus quotidiens. A l’époque des sonneurs, il est bon de préciser que seules les deux plus grandes avaient un usage strictement religieux : leurs cordes se trouvaient d’ailleurs plus haut dans le clocher. La petite cloche, elle, avait une longue corde qui allait jusqu’en bas du clocher pour sonner le toscin ou éloigner les orages.
En 1932, l’évêque d’Annecy installe l’Abbé François Basthard-Bogain comme curé de Taninges. Chevallier de la Légion d’Honneur, reconnu pour ses actes héroïques dans la Résistance face aux Nazis, l’Abbé fut en 1939 le constructeur d’un des murs porteurs du patrimoine jacquemard : le carillon.

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Mais avant de pouvoir bénir son carillon en 1939, l’Abbé électrifie les trois cloches dites « religieuses » en 1935. En 1936, il se lance dans ce projet d’envergure qu’est le carillon ! L’idée lui vient « au hasard d’une conversation » et après études, il part alors dans une longue souscription, malgré les réticences d’un grand nombre de paroissiens. En 1939, il a accumulé assez d’argent pour 15 cloches, d’un poids de 1’440 kilos. Le carillon arrive le 7 août 1939 avec un clavier de 30 touches, initialement prévu pour l’église Saint-Nicaise de Reims. Mais le clavier ne convenait pas au carillon de cette église, bien plus grand. Après une semaine de travaux, le carillon est inauguré le 15 août 1939. Je laisse maintenant l’Abbé parler lui-même de son carillon, le jour de l’Assomption 1939 : « Aujourd’hui, inauguration du carillon. J’y travaillais depuis trois ans. […] Tel qu’il est ce carillon se suffit. Il n’a pas la prétention de se mettre en ligne avec d’autres carillons de paroisses plus importantes, mais il peut être augmenté surtout vers l’aigu. La chose est relativement facile […]. Je remets ce travail à plus tard ou… à mes successeurs. […] ». L’Abbé jouait son instrument aux dimanches et fêtes ; aux baptêmes et mariages. En 1967, il se retire et prend sa retraite. Il quitte à jamais Taninges après 35 ans de mandat dont 28 avec le carillon. Faute de titulaires, celui-ci prend une retraite forcée et sommeille au clocher jusque vers 1984 où des passionnés d’art campanaire et de patrimoine découvrent un instrument dans un état lamentable que seuls les pigeons fréquentent. Après un passage de France 3 qui y consacrera un beau reportage, les autorités décident d’aider les quelques passionnés réunis en association pour restaurer le carillon. Le clavier est nettoyé, tout comme le clocher, des escaliers en bétons sont aménagés pour y conduire le public et cinq cloches sont commandées. Elles seront bénies et installées en 1989. Une sixième cloche nommée « Antoinette Marie Thérèse » rejoint l’instrument. Fondue en 1767, elle provient de la Chartreuse de Mélan -fermée en 1793-. Entre le clocher disparu de ladite chartreuse et le carillon, cette cloche fit d’abord un bref arrêt à Bonneville lors de la Révolution pour être fondue. Mais elle est sauvé in extremis par la paroisse de la Muraz qui pensait récupérer une de ses cloches. C’est par hasard que Taninges apprend son existence. La municipalité de la Muraz accepte de la rendre à son village d’origine si il liu offre une nouvelle cloche. C’est ainsi qu’est née à Annecy « Françoise de Sales ». Classée Monument-Historique, l’État autorise un accordage d’Antoinette pour qu’elle puisse intégrer le carillon. En 1998, un nouvel agrandissement se fait. Avec sept nouvelles cloches, l’instrument passe à 29 cloches. En 2000, la trentième prend place. Son inauguration a aussi lieu sous les projecteurs avec l’émission « Faut pas rêver ». Elle rend hommage à l’Abbé Bogain qui en est le parrain posthume. Dès lors, son oeuvre était complète : toutes les touches du clavier avaient une cloche, allant du si3 (la cloche de 1767) au sol5. Mais la place au sommet du clocher pousse les autorités à changer de clavier au profit d’un clavier neuf. En 2004, la fonderie hollandaise Royal Eijsbouts fournit un clavier de 52 touches répondant aux normes dites « 2000 ». Il sera suivi de 10 nouvelles cloches (3 dans les graves, 7 dans les aigus) l’année suivante, ce qui porte l’instrument à 40 cloches. Des agrandissements futurs dans les graves lui permettront d’atteindre -on l’espère- les cinquante cloches. Sa tessiture actuelle est : Sol3 – La3 chromatique (sans do#4) jusqu’au Do7. Le Sol3, nommé « la Campanule » pèse 640 kilos et la plus petite  (le do7)  en pèse 14. Le poids total de l’instrument est de 3’943 kilos (sans les cloches de volée).
Les premiers étages du clocher accueillent une exposition permanente à la fois sur l’art campanaire (deux claviers d’études et l’ancien clavier du carillon y sont exposés) et sur les harmoniums. L’un d’entre eux est classé aux monuments historiques. Les quelques milliers de visiteurs qui franchissent le porche du clocher chaque année sont ainsi plongés dans l’histoire campanaire de ses origines à nos jours. À l’étage du clavier, ils peuvent s’asseoir face au carillonneur qui joue, ce qui représente une véritable rareté dans un clocher où d’habitude, le musicien est seul dans sa modeste cabine. Enfin, les plus curieux peuvent admirer la charpente de l’église et la chambre des cloches, en fin de visite. Le carillon est ouvert régulièrement en été ou lors des vacances scolaires. Il accueille des carillonneurs étrangers pour des concerts et les carillonneurs locaux ont le plaisir de le jouer régulièrement pour qu’il anime ce village savoyard.

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Nom Fondeur(s) Année Masse (kg) Diamètre (cm) Note
1 Louise-Thérèse G&F Paccard 1909 2’750 159,3 SI 2 +4
2 « Marie » Beauquis Frères 1866 800 109,6 Fa dièse 3 +2
3 « Le Timbre » Jean-Baptiste Pitton 1811 285 77,1 La dièse 3 +11

Cliquez ici pour la composition du carillon de Taninges.

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Ci-dessus, le bourdon et quelques cloches du carillon. Ci-dessous, les cloches de volée :

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Les cloches du carillon :

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Détails de la cloche historique, Antoinette Marie Thérèse :

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J’adresse des remerciements nourris à la Municipalité de Taninges qui me permet de jouer régulièrement ce carillon et l’Association du Carillon de Taninges dont je suis membre pour la collaboration et les fructueux échanges que nous entretenons autour de l’instrument. Pour les sonneries spéciales des cloches à la volée -réservées à un usage religieux-, je remercie le père Bruno Hébert, curé de la paroisse Bx Ponce.
Pour la vidéo ci-dessus, je remercie François « 
Le Sonneur de Cloches » pour son étroite collaboration et mon confère Gideon Bodden, carillonneur d’Amsterdam & Schoonhoven (NL).
Je ne peux pas ne pas remercier les différents carillonneurs du lieu qui m’ont transmis leur infatigable passion et qui m’ont accueilli comme l’un des leurs pour partager cette belle aventure. Je pense tout particulièrement à Mme Denise Burtin, décédée en 2014 dans des conditions très particulières pour moi. Qu’elle soit vivement remerciée pour tout, là où elle est.
Je remercie enfin mes confrères carillonneurs d’ailleurs qui nous ont rendu visite ou qui sont venus nous honorer de leur présence par un beau concert de carillon!

Sources :

Musée du Carillon de Taninges
Fonds Privés
Archives familles Roch / Châtel
Archives municipales, paroissiales et départementales
« Les Carillons Rhônalpins » J-B Lemoine, 1998
« De Flérier à Taninges : histoire d’une paroisse J Châtel, 2002

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