Fièrement implantée au cœur du centre ville, la cathédrale, sous le vocable de Saint Jean-Baptiste, remplace depuis 1601 sa voisine, la cathédrale d’Elne. Sa construction est lancée dès 1324 sous l’impulsion des rois de Majorque. Vingt ans plus tard, la guerre entre les rois de Majorque et d’Aragon stoppe sa construction. Ensuite, c’est la peste et la « crise » financière qui empêche les paroissiens de poursuivre la construction, finalement reprise en 1433. La première messe y est célébrée en 1453 mais l’édifice ne sera consacrée qu’en 1509! En 1778, faute de moyens, le clocher de l’ancienne église Saint Jean est conservé afin d’annoncer les offices de la cathédrale.
La première cloche de Perpignan porte la date de 1290, mais il faut attendre 1873 pour l’installation par le fondeur provençal Baudouin du premier carillon de la cathédrale. Ce dernier n’a pas chanté bien longtemps du fait de sa justesse plus que douteuse. Un procès contre le fondeur est d’ailleurs intenté par la paroisse. Les cloches sont alors envoyées au Mans aux ateliers Bollée. Le fondeur accepte de les corriger, contre l’autorisation de les exposer, tout comme le futur carillon, à l’Exposition Universelle de 1878. Finalement, ces cloches sont refondues, et le carillon passe de 16 à 46 cloches. Après son installation dans le clocher en 1885, il est un temps oublié, avant d’être redécouvert en 1995. Il est alors restauré et classé monument historique. Aujourd’hui, il annonce les offices et chante dans les rues de la vielle ville chaque jeudi de la saison estivale.
En façade, ce sont trois autres cloches que l’on peut contempler. Le gros bourdon, fondu en 1418 marque les heures de son Si2 (5000 kilos, profil lourd). Il est accompagné d’une plus petite cloche pour tinter les quarts. Une troisième cloche, signée Cribailler en 1812, placée au sommet de la façade, annonçait les petits offices de semaines. Cette cloche est actuellement hors d’usage. Une dernière cloche, dite du Chapitre, date de 1483 et sonne le début de chaque cérémonie religieuse. Elle se situe dans le chœur, derrière le maître-autel.
Un grand merci aux carillonneurs, M. Vitu & M. Pie, pour l’accès au clocher et pour m’avoir permis de jouer ce magnifique carillon.
Quel conducteur n’a jamais redouté le col d’Evires après d’importantes chutes de neige ? S’il ne fait pas la terreur des cyclistes du Tour de France, c’est parce qu’il ne culmine « qu’à » 810 mètres d’altitude. Ce même col était déjà plébiscité par les Romains pour relier Annecy à Genève facilement. En 1824, la route nationale est inaugurée sur le col et dans les années 1880, de nombreux tunnels sont creusés pour installer la ligne de chemin de fer. Plus récemment, les ingénieurs autoroutiers ont à leur tour jetés leur dévolu sur ce secteur pour relier en moins de trois quarts d’heures ces deux mêmes villes. Cette portion autoroutière est passé au second plan depuis qu’un nouveau tronçon, plus direct, permet de faire le même trajet en seulement une demi-heure. Evires est un village majoritairement rural et se compose de pas moins de 40 hameaux répartis sur presque 20km² ! En 2017, la commune a rejoint la commune nouvelle de Fillière qui rassemble cinq anciennes localités répartis autour de la rivière « Fillière »… sauf Evires ! Mais sur son territoire coule le torrent de Daudens qui se jette dans cette rivière. Ajoutons qu’Evires se trouve sur la ligne du partage des eaux de l’Arve et du Fier, les deux principales rivières du département. C’est probablement la raison de son nom car « Evires » porte le suffixe « eve » signifiant « eau ». Mais on raconte aussi que le sol argileux est gorgé d’eau. Cette ligne de partage des eaux a également marqué, jadis, la limite entre les provinces du Faucigny (bassin versant de l’Arve) et du Genevois (bassin versant du Fier).
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La paroisse d’Evires « Aquaria in Bornis » est retrouvée dans les archives en 1411. L’évêque de Genève rend alors visite à une église qui mérite quelques travaux mais qui abrite quelques reliques de saint Loup. Au gré des visites pastorales, on apprend que les demandes de travaux faites par les évêques successifs ne sont pas toujours entreprises par la paroisse. Mais entre 1516 et 1518, l’évêque de Genève va prendre une décision plutôt étonnante : l’église, vétuste, doit déménager dans l’année. On n’en sait pas tellement la cause mais en 1527 est achevé le chœur de la nouvelle église, crucifiant alors l’ancienne qui était située au hameau de la Côte, de l’autre côté de la colline. Au XVIIème siècle, le révérend Jean-Gaspard Cochet, curé d’Evires, fonde la première école de la paroisse. En 1750, Pierre Cheneval, réputé pour sa conception de nombreux clochers prérévolutionnaires en Savoie, réalise les plans de celui d’Evires qui n’a malheureusement pas été épargné à la Révolution Française. Notons que la paroisse d’Evires est l’une des premières de la région a renouer avec la religion catholique à l’Epiphanie 1796 avec un prêche de l’abbé Amblet, curé de La Roche de retour après un exil au Piémont (Italie) pendant la Terreur. De cette période, de nombreux objets de culte ont été cachés et retrouvés bien plus tard. Mais on peut supposer sans trop d’hésitation que l’église était dans un état délabré après cette période sombre. Les archives municipales nous racontent que dans les années 1820, des réparations sont faites à l’église. En 1832, on lui donne un nouvel autel. Dès 1838, un chantier de réhabilitation se prépare : le toit et le clocher sont en mauvais état et l’église est jugée trop petite. On lui ajoutera une tribune et on réparera ce qui doit l’être. De nouveaux travaux de la même nature sont à nouveau entrepris et réceptionnés en 1851. Quoi qu’il en soit, 15 ans plus tard, l’église est intégralement reconstruite dans le style néogothique avec une plus grande capacité d’accueil pour le millier d’habitants. Si les travaux sont achevés en 1867 déjà, l’évêque d’Annecy Mgr Isoard ne consacrera le lieu de culte que le 18 novembre 1888. Mais le clocher n’avait pas suivi cette reconstruction : il était encore trop petit. Les cloches, accrochées guère plus haut que la tribune ne pouvaient être entendues de tout le village et assourdissaient les fidèles. Pour donner à l’église une fière allure et remédier à ce problème, il sera réhaussé de 11 mètres en 1965. L’ancienne chambre des cloches est encore visible aujourd’hui avec des baies géminées.
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Il est malheureusement difficile de trouver des archives relatant l’histoire ancienne de la sonnerie d’Evires. Le seul témoignage est donné par la cloche numéro trois. Donnant le « la » du diapason, elle date de 1678… ou presque ! Elle a en effet été refondue en 1965 lors de l’élévation du clocher. On constate -non sans un certain plaisir- qu’une partie de ses inscriptions ont été reproduites à l’identique. On lit ainsi une dédicace à saint Jean-Baptiste ainsi que ses parrain et marraine. Sur la robe de la cloche, on peut contempler un joli texte rappelant son histoire et les évènements qu’elle a connu : Révolution, séparation de l’Eglise et de l’Etat et les guerres. Avec elle, « Dorothée » est venue prendre place dans le clocher pour former une sonnerie de quatre cloches. Dédiée à saint André apôtre, elle rend grâce pour tous les prêtres natifs d’Evires et leur famille, tout en priant pour les vocations. Elle est le fruit d’une souscription dans le village. Comme il y a quatre cloches, il faut présenter les deux autres : Marie-Françoise et Mélanie. La première est la plus grosse. Elle a été fondue en 1875 par les frères Paccard d’Annecy-le-Vieux. Elle en remplace une autre, plus petite et fêlée. On raconte à tort qu’elle s’appelle « Andréanne » en raison de sa marraine qui serait autour d’une morbide histoire. Alors que son mari, parrain de la cloche, et elle tentent d’assommer eux-mêmes un cochon pour ne pas payer le service d’un boucher, elle manque involontairement, bien-sûr, la tête de l’animal et assomme de toutes ses forces son mari qui décèdera sur le coup. On raconte aussi que dans un élan de chagrin, elle légua une partie de sa fortune à l’église d’Evires qui fit d’elle et son défunt mari parrain et marraine de la nouvelle cloche. Mais cette dernière nous apprend cependant que ce sont Pierre-Joseph Tissot et son épouse Marie Clerc qui ont financé les deux tiers de son existence ! Elle arbore aussi de nombreuses inscriptions latines, le blason de saint François de Sales (né à quelques kilomètres de là), ainsi que la Vierge, saints Joseph et Jean-Baptiste. Quant à Mélanie, la plus petite, elle a été livrée en 1889, soit quelques mois après la consécration de l’église. Elle a été installée sous le mandat du curé Gaillard et du maire Emile Mugnier, parrain de la cloche. Mélanie Luiset, sa femme, en est la marraine. Lors de l’élévation du clocher, elles se sont hissées de plus de huit mètres vers une nouvelle chambre des cloches plus vaste et ouverte sur l’extérieur. Pour accueillir la nouvelle cloche « Dorothée » le beffroi a été remplacé par une charpente en acier. Seul témoin de l’ancienne installation, le joug de la grosse cloche a été « converti » en siège pour le célébrant dans le chœur de l’église, face à une cloche de sacristie également fondue par les ateliers Paccard.
N°
Nom
Fondeur
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
Marie Françoise
Paccard frères
1875
150,3
2’069
Do 3
2
Dorothée
Paccard
1965
109,6
800
Fa 3
3
St Jean-Baptiste
Paccard
1965
89,2
450
La 3
4
Mélanie
G&F Paccard
1889
59,8
120
Mi 4
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Je remercie chaleureusement :
La commune de Fillière et plus particulièrement Catherine Mercier-Guyon, maire adjointe.
La commune déléguée d’Evires et plus particulièrement Christine Dupont, maire déléguée.
Gabriel Maulet (†) sacristain de l’église d’Evires.
Le Dr Matthias Walter et Claude-Michael Mevs pour l’aide à la réalisation de ce reportage.
Sources & Liens :
Mairie de Fillière
Bulletins paroissiaux (articles de Gabriel Maurlet)
Echos de mémoires Eviroises, 2013, Catherine Sondaz
Groisy à travers le temps, Anne-Marie Chappaz-Cheneval
Bernard Convers, président de la Société d’Histoire du Pays de Fillière
Délibération communales de la commune d’Evires conservées aux archives départementales de la Haute-Savoie
Clichés personnels
Fonds privés
Construite en 1941, l’église Saint François de Sales remplace une chapelle, là où le saint patron implanta une croix de 1597. En 1971 une restauration de l’église prévoit la construction d’un clocher. Ce projet n’a malheureusement jamais abouti.
Le clocheton abrite une cloche manuelle d’un poids estimé entre 50 et 100 kilos. Probablement fondue chez Paccard d’Annecy, elle daterait du XXe siècle. Elle sonne en La Bémol 4.
Bâtie dès le XIVe siècle, l’église d’Esserts Salève porte sur son porche la date de 1584. Il se peut que cette date soit celle de la construction du clocher-porche. Très sobre, cette ancienne chapelle à nef unique, élevée au rang d’église, a longtemps été ballottée entre Monnetier, Esery et La Muraz. Actuellement elle fait partie, tout comme ses 3 voisines, de la paroisse de Reignier.
Le clocher de l’église a jadis abrité une cloche Jean-Baptiste Pitton de Carouge datée de 1801 et d’un poids de 900 kilos. Refondue en 1849, elle sonne maintenant dans le clocher d’Esery. La cloche actuelle, coulée en 1977 par la fonderie Paccard, est elle-même la refonte d’une cloche de 1844. Elle pèse 720 kilos et sonne un Sol3.
Un grand merci à Mme. Pasquier pour l’accès au clocher.
Déjà dédiée à Saint Martin, la première église sur le territoire communal date de 1532. L’ancienne église (toujours la même?) ravagée par un incendie en 1871, est reconstruite en 1877 dans un style néo-gothique. Elle sera restaurée en 1977 pour son centenaire.
En 1767, une cloche nommée « Antoinette Marie Thérèse » est fondue par LEONARD de Morteau pour la Chartreuse de Mélan, à Taninges. A la Révolution, comme les autres cloches, elle prend le chemin de Bonneville pour être fondue en canon. On perd alors sa trace. Mais alors qu’on la pensait disparue, cette cloche est retrouvée en 1985 lors d’une visite du clocher. Les maires de Taninges et de La Muraz se réunissent pour décider son avenir. Taninges accepte de fondre nouvelle cloche pour le clocher de La Muraz, récupérant la sienne, aujourd’hui intégrée au plus carillon du département.
Un Immense merci à Monsieur Yves Jaquemoud, sacristain, pour son autorisation pour l’ascension du clocher.
L’histoire de l’église paroissiale Saint Maurice de Cruseilles demeure très vague. L’édifice primitif bâti à la « croisée des chemins » (signification du nom de la commune) remonte au VIIe siècle. Maintes fois remanié et reconstruit, il est possible qu’il utilise des éléments du XIIe siècle. Il est aujourd’hui certain que le chœur est plus ancien que la nef, puisqu’une fenêtre gothique a été découverte derrière le retable lors de la dernière restauration. Reconstruit presque intégralement dans un style néo-gothique au XIXe siècle, le monument réemploi les retables baroques remaniés dans un style néo-classique qui lui donnent une allure éclectique. Il est fort probable que le clocher bulbe soit le fruit de l’Ancien Régime, par son architecture et sa taille modeste aux vues des proportions de l’église. Le lieu de culte s’est offert une cure de jouvence au cours de l’année 2008 du sol jusqu’à la toiture. C’est un édifice flambant neuf qui accueille désormais les prières d’une communauté.
Le beffroi en bois date de 1820. Il supportait jadis 3 cloches de 850, 550 et 380 kilos, électrifiées en 1934. L’installation électrique a été révisée en 1950. L’ancienne sonnerie a été descendue pour laisser place à quatre nouvelles cloches fondues par Alfred Paccard (Annecy le Vieux) et bénies le 20 octobre 1963. L’église abrite depuis plusieurs années une petite cloche près de la sacristie. Elle sonne en La5.
Cloche 1 « Marie, Reine de France » – 1250 kg – 126,5cm – Mi bémol 3 -2
Cloche 2 « Marie Françoise » – 650 kilos – 100,2cm – Sol 3 +1
Cloche 3 « Marie, Reine du Ciel » – 380 kg – 84,5cm – Si Bémol 3 ±0
Cloche 4 « Marie Thérèse » – 275 kg – 76cm – Do 4 -1
(Nom, poids, diamètre, note (La3 =435 Hz))
Le « Panis Angelicus » sur la grande cloche, motif très couramment utilisé à cette période.
Chaque cloche arbore différentes inscriptions. Elles possèdent toutes une quantité de parrains et marraines, mais souvent représentés par un homme et une femme. La grande cloche nommée « Marie, Reine du Ciel » est chargée de protéger la cité. Elle a pour parrain le conseil municipal de l’époque représenté par M. le Maire et pour marraines les employées communales, représentés par Mlle Jeanne Deshusses. La deuxième cloche « Marie Françoise » est dédiée à Notre-Dame des Coudrets et veille sur la paroisse. Elle a pour parrains et marraines les hommes et femmes de la paroisse. Elle rend hommage à François Fournier, sacristain pendant 40 ans. La troisième « Marie, Reine du Ciel » sonne l’angélus matin midi et soir. Elle a pour parrains et marraines les prêtres et religieuses nés à Cruseilles et elle est vouée à Saint Jean-Marie Vianney et à Sainte Jeanne Antide. La plus petite « Marie Thérèse » est dédiée à la patronne des mission Sainte Thérèse de Lisieux. Elle a pour parrain M. Portier, père d’un missionnaire. Ses marraines sont les enseignantes et catéchistes.
Un grand merci à M. Le Maire et M. Gréa, directeur des services techniques, pour leur autorisation et à M. Fournier. Mention à Mike « Quasimodo Sonneur de Cloches » pour l’aide apportée à la réalisation de se reportage.
Cela fait maintenant plus d’un millénaire qu’un sanctuaire se dresse à l’emplacement de Notre-Dame de Liesse. Ce n’était qu’un simple oratoire marial au XIe siècle est remplacé en 1360 par une église sous les ordres d’Amédée III, comte de Genève, qui voulait en faire sa nécropole familiale. En 1793, le chœur est rasé par les Révolutionnaires pour créer la place de la Liberté. Le clocher, contrairement à ses voisins, n’est amputé que de sa flèche. Il est aujourd’hui flanqué d’un nouvel édifice bâti entre 1846 et 1851.
Au nord-ouest de la Haute-Savoie, entre le Vuache et le Rhône, la commune de Vulbens touche du doigt le bec de la Suisse, à l’extrémité nord de la commune. Vulbens est une commune essentiellement rurale, forte de 1’700 habitants. Elle a toujours été « à la frontière » car durant l’Occupation, le Nant de la Vosogne qui la sépare de Valleiry était utilisé comme référence pour délimiter la France dite « libre » de la France dite « occupée ». La vie à Vulbens ne date pas d’hier, la commune offrant deux trésors naturels pour les premiers hommes : un fleuve et une montagne remplie de grottes. Au gré des civilisations, Vulbens se trouvait donc naturellement sur les voies de communications. Le bourg est quant à lui en retrait du fleuve et à bonne distance de la montagne, évitant ainsi crues et éboulements probables. Vulbens intéressa donc tant sur le plan temporel que spirituel : on dit que les templiers s’y sont installés, près du Rhône, vers le XIIe siècle. Il est aussi relaté qu’une maison forte dite « du Vuache ou de Vulbens » construite par des seigneurs locaux passa ensuite aux mains des Comtes de Genève puis d’autres nombreuses familles seigneuriales de la région. Il est a noter que, contrairement à de nombreuses autres communes du Genevois, Vulbens restera catholique au XVIe siècle, alors que les genevois ont envahis une partie de la région pour y imposer, par la force, la religion protestante instituée par Calvin à Genève.
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L’église Saint-Maurice de Vulbens remonte au XIIIe siècle. C’est une grande église halle, agrandie de deux nefs latérales en 1820 et 1830. Il faut dire que la paroisse de Vulbens est vaste : elle couvre en effet les communes de Chevrier et une partie de la commune de Dingy-en-Vuache. Si cette dernière est aujourd’hui sans église, ni clocher, ni cloche, la commune de Chevrier conserve son ancienne église, rétrogradée en simple chapelle. A la Révolution, Vulbens absorbe aussi la paroisse de Bans, située sur le territoire de l’actuelle commune plus au nord, au bord du Rhône. Cette paroisse est aujourd’hui presque rayée de la carte, de vastes forêts occupant son territoire, exceptés quelques habitations dispersées sur les hameaux de Bans, Moissey et Cologny. L’église Saint-Maurice de Vulbens apparaît en 1265 dans les écrits de l’Abbaye de Chézery qui prélevait une partie de ses dîmes. On retrouve aussi une mention de la paroisse dans une donation de l’Abbaye de Saint-Maurice, tombeau de son saint patron, en 1026 ! De l’édifice du XVe siècle, il ne reste aujourd’hui que le chœur et la chapelle gauche. Au chevet de l’édifice, il est d’ailleurs encore possible de voir une baie gothique aujourd’hui obstruée. De l’autre côté, un retable représentant saint Maurice d’Agaune accueille le visiteur qui franchit la grande porte.
Le clocher flèche est reconstruit en 1835. Jadis au nord de l’édifice, il fut déplacé au sud du chœur. Pour l’occasion, la sonnerie est elle aussi intégralement refaite. Elle fut confiée à François Bulliod qui venait de reprendre les fours de son mentor, Jean-Baptiste Pitton. C’est ainsi que les deux cloches sont hissées au clocher, datées très précisément du 23 avril 1835. Le nom du curé figure sur les deux cloches : Maurice Peccoux. Sur la première, les noms de Antoine-François Gay, notaire, et de Rose Duc son épouse y figurent comme parrain et marraine. Sur la plus petite, figurait les noms de Jean-Gaspard Gay, curé de Bossey et Madeleine Bussat, sa mère. Figurait… car la cloche est déclarée fêlée en 1938 après un siècle de bons et loyaux services. En 1939, « Marthe-Bernardine » la remplace, avec un poids équivalent. Sur cette cloche, on a pris soin de faire mémoire de la pauvre cloche cassée, de lui donner une inscription religieuse latine lui demandant de « louer le Seigneur, inviter les vivants et pleurer les morts ». Elle cite aussi le curé, le Rd François Dunoyer, puis ses parrain et marraine, Georges et Marthe Gay. Elle cite aussi les maires des trois communes membres de la paroisse : Auguste Rossiaud, maire de Vulbens, Jean Marmilloud, maire de Chevrier et René Vincent, maire de Dingy-en-Vuache. Trouver ces trois édiles n’est pas étonnant quand on sait que les trois municipalités contribuent financièrement à l’entretien de l’édifice. On peut citer par exemple des travaux sur les clocher en 1885, payés par les trois communes : 52% par Vulbens, 25% par Chevrier et 23% par Dingy. D’élégantes effigies trônent sur la cloche de 1939 : un beau crucifix, la Vierge et saint Maurice auxquelles s’ajoutent des armoiries : celles de l’évêque d’Annecy, Mgr du Bois de la Villerabel, ainsi que celles de la fonderie Paccard. Ses décors tranchent avec la sa grande sœur, qui ne compte qu’un modeste crucifix et le discret cartouche de son fondeur. Installées côte à côte, elles sont électrifiées depuis 1953 et disposées sur un beffroi en bois refait en 2010 par Stéphane Cuzin, charpentier de Chevrier, l’ancien menaçant ruines. Ces deux cloches restent muettes en dehors des angélus et célébrations religieuses, la cloche de la mairie étant utilisée pour les sonneries civiles.
N°
Nom
Fondeur
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
—
François Bulliod
1835
116
~920
Mi 3
2
Marthe Bernardine
Les fils de G. Paccard
1939
88.5
~420
La 3
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Comme relaté plus haut, les cloches de l’église Saint-Maurice réservent leurs voix pour les sonneries religieuses. Encore aujourd’hui, les sonneries civiles sont reservées à la cloche municipale située sur le toit de la mairie. Récemment rénové, le bâtiment abrite encore une horloge mécanique en fonctionnement, remontée chaque lundi matin par le cantonnier ! Installée en 1890 par Louis Delphin Odobey de Morez (Jura), elle actionne une cloche légèrement inférieure à 100 kilos qui chante un « fa dièse 4« . Une autre cloche plus petite (une treintaine de kilos) fut livrée pour sonner les temps d’école. Déposée il y a quelques années déjà, elle accueille les visiteurs dans le hall de la mairie, permettant de lire de près sa signature « L. D. Odobey horloger à Morez Jura, 1889 ». A-t-elle été fondue par l’horloger lui-même ? Pas sûr ! Il est en effet réputé qu’il ne fondait pas lui-même ses cloches mais confiait ce travail aux grandes fonderies de l’époque : Burdin, Drouot, Farnier (Dijon)… Qui n’apposait pas leur signature sur les cloches horlogères. La cloche déposée de Vulbens semble prouver que la cloche fut faite par les ateliers Drouot (Nord), comme en témoigne sa calligraphie et ses frises à perles.
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Mes remerciements à :
M. Gérard Giniez, sacristain, pour l’ouverture du clocher de l’église et les sonneries spéciales lors de mes deux visites (2012 et 2024).
M. Michel Brand, pour l’organisation du rendez-vous de 2024 à l’église.
M. Dominique Ernst pour l’accompagnement lors de ma seconde visite à l’église et la mise à disposition d’archives.
M. Florent Benoit, maire, pour l’autorisation d’accéder à l’horloge municipale et M. Ludovic Maillet pour l’accompagnement sur place.
Bâtie en 1964-1965, l’église Sainte Bernadette est visible de tout le quartier, avec son clocher élancé tel un silo en béton. Son architecture, alliant beauté, simplicité et art contemporain, offre un certain recueillement, ce qui lui vaut encore aujourd’hui une grande assemblée lors des offices.
Les trois cloches de l’église ont été fondues à la fin du XXe siècle par Paccard. Elles sonnent le Ré bémol, Mi bémol et Fa (octave 4). Elles pèsent entre 250 et 100 kilos.
A la découverte de la Venise savoyarde
Annecy, préfecture de la Haute-Savoie, doit une grande partie de son attractivité à son cadre naturel exceptionnel entre le lac d’Annecy et les montagnes alpines, ainsi qu’à sa proximité avec Genève. Son centre ancien, traversé par le Thiou et dominé par le Palais de l’Isle, témoigne d’une histoire ancienne : après des occupations préhistoriques et le vicus gallo-romain de Boutae dans la plaine des Fins, détruit lors des invasions, la population se replie sur la colline d’Annecy-le-Vieux avant la fondation d’« Annecy-le-Neuf » au XIᵉ siècle autour du Château d’Annecy.
Devenue capitale des comtes de Genève puis intégrée à la Maison de Savoie en 1401, la ville acquiert une importance religieuse majeure au XVIᵉ siècle lorsque l’évêque de Genève s’y réfugie après la Réforme. Elle devient alors un centre de la Contre-Réforme, marqué notamment par l’action de saint François de Sales. Transformée au XIXᵉ siècle par l’industrialisation, l’arrivée du chemin de fer et l’aménagement urbain, Annecy poursuit ensuite son développement touristique et économique, jusqu’à devenir aujourd’hui une ville dynamique de plus de 130 000 habitants après sa fusion avec cinq communes limitrophes en 2017.
Le vœu du cardinal de Brogny Jean Fraczon, dit Jean Allarmet de Brogny, est un grand homme d’Église né en 1342 au hameau du Petit-Brogny, dans une famille de paysans aisés. Il étudie à Genève puis à l’université d’Avignon, où il obtient un doctorat en droit et entame une carrière ecclésiastique. Créé cardinal en 1385, il cumule plusieurs charges importantes, lui permettant de percevoir de nombreux revenus, et devient l’un des hommes forts de l’Église durant plusieurs décennies. Pendant le Grand Schisme d’Occident, il exerce de hautes responsabilités qui contribuent à maintenir une certaine continuité dans le gouvernement de l’Église. Il joue notamment un rôle majeur au Concile de Constance (1414-1418), qui met fin au schisme avec l’élection du pape Martin V. Il meurt à Rome en 1426 après avoir fondé plusieurs institutions religieuses et éducatives, notamment un collège pour étudiants pauvres à Avignon. Parmi ses largesses, le couvent des dominicains d’Annecy — devenu l’actuelle église paroissiale Saint‑Maurice — en fait partie. C’est en effet lui qui implantera cette communauté dans sa ville natale, après avoir obtenu du pape Martin V l’autorisation d’installer un des ordres mendiants dans cette cité en plein essor. Mais cette fondation interroge, car les dominicains avaient tendance à s’installer deux siècles auparavant dans des villes bien plus importantes que l’était Annecy au XVe siècle, avec moins de 1’500 habitants en 1412. Brogny coucha alors cette communauté nouvelle sur son testament, pour que la moitié de son héritage leur soit attribué pour l’entretien du couvent et l’acquisition de livres, ornements vêtements liturgiques. En retour, le couvent devra dire une messe des morts chaque jour.
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La plus vieille église d’Annecy Dès 1422, on se met à la tâche pour construire une église conventuelle. Mais la mort du cardinal, en 1426, sembla freiner la construction de l’église, qui n’était alors guère avancée. Les dominicains ne reçurent du défunt que 2 000 florins, un calice d’argent et quelques ornements pour l’église. C’était toutefois sans compter sur d’autres nobles des environs qui donnèrent à leur tour de quoi achever la construction. Il convient toutefois de préciser que les frères, surpris par le décès brutal de leur bienfaiteur et par la modicité de l’argent reçu à cette occasion, furent contraints de revoir leurs ambitions à la baisse. C’est finalement le 14 septembre 1445 que l’église est consacrée sous le vocable de Saint-Nicolas, bien qu’elle soit encore inachevée : il fallait en effet poursuivre parallèlement la construction du couvent, et la communauté devait donc orienter les fonds au gré des urgences. Lors de la construction du clocher, on remarqua rapidement que celui-ci penchait vers le nord et entraînait avec lui tout le chœur de l’édifice. Les travaux furent alors suspendus pendant un temps, par crainte que le chœur ne s’effondre. Deux témoins de cet épisode subsistent encore aujourd’hui : la base du clocher, inclinée, ainsi que le chœur de l’édifice, notamment les piliers penchés, visibles à l’œil nu. Si l’œuvre initiale se voulait grandiose, les frères durent se contenter, dans un premier temps, d’une simple nef couverte d’une charpente rudimentaire, avec un jubé séparant la nef du chœur, des stalles et un sanctuaire pour la célébration de la messe. À la fin du XVe siècle, les travaux s’accélèrent avec l’édification de chapelles latérales au nord et, grâce à l’important legs de Jean Magnin, la construction d’une voûte gothique, comme le stipulait son testament de 1493. En 1507, la construction du clocher est reprise. Détruit à la Révolution — seule sa base des XIVe et XVe siècles a été conservée —, il n’est connu aujourd’hui que par quelques illustrations sommaires : les deux derniers niveaux étaient percés de trois baies et un discret clocheton, posé sur un toit à quatre pans, soutenait une flèche élancée vers le ciel. Dans l’église conventuelle achevée, plusieurs modifications seront apportées au fil du temps. Nous en détaillerons quelques-unes, comme par exemple l’ajout d’un orgue sur le jubé en 1557. Cette installation nécessita la construction d’une chaire pour les prêches, qui se faisaient alors depuis ce même jubé. Si l’édifice gothique « savoyard » ou « tardif » possède quelques touches baroques — comme le retable de la chapelle de Savoie-Luxembourg dédiée à la Vierge —, le XVIIIe siècle, dernier de la présence des dominicains à Annecy, fut en effet très prospère pour la communauté.
De Saint-Dominique à Saint-Maurice En 1792, la Révolution entre en Savoie. Il est rapidement décrété que les communautés religieuses sont dissoutes et que leurs biens sont confisqués. Les dominicains sont alors chassés de leur couvent, sans jamais pouvoir y revenir. Pendant quelques mois, l’église Saint-Dominique accueille la communauté paroissiale d’Annecy : l’ancienne église Saint-Maurice, située à l’ombre du château, a été interdite d’accès car elle menaçait ruine. Cette dernière ne se relèvera d’ailleurs pas des épreuves que toutes les églises durent alors subir, à Annecy comme ailleurs. L’interdiction du culte donne bientôt à l’église Saint-Dominique un tout autre usage : son chœur est transformé en fenil militaire. Devenue propriété communale, l’église subit de nouvelles transformations imposées par l’époque. Son clocher — le dernier de la ville à subsister — est finalement rasé à hauteur de la nef. Celle-ci abrite d’ailleurs pendant quelque temps la guillotine révolutionnaire, qui ne sera toutefois jamais utilisée. L’édifice est ensuite transformé en grenette municipale. Rendue au culte au début du XIXᵉ siècle, l’église devient alors l’une des deux églises paroissiales d’Annecy avec l’actuelle cathédrale. L’ancienne église des dominicains prend ainsi le vocable de Saint-Maurice, prolongeant l’histoire de la paroisse primitive et de son église disparue. La première décision du nouveau curé, l’abbé Bouvet, est de faire détruire le jubé afin d’acter la transformation de l’église conventuelle en église paroissiale. C’est sous son ministère que l’édifice retrouve progressivement ses lettres de noblesse grâce à une première restauration générale. En 1822, un séisme endommage l’église et contraint la municipalité à entreprendre d’importants travaux. L’achèvement d’un nouveau clocher, en 1827, marque la renaissance de l’église Saint-Maurice. Malgré ces travaux, l’édifice continue de subir le poids des siècles et les atteintes du temps. Une grande restauration est ainsi menée entre 1848 et 1849 afin de le sauver d’une ruine certaine. Un orgue Merklin est installé sur la tribune grâce à un legs du curé Jorat, décédé en 1868. En 1875, l’église fait l’objet d’une nouvelle restauration importante destinée à la préserver. Plusieurs projets sont alors proposés pour transformer son aspect, mais aucun ne sera finalement retenu. En 1897, l’église reçoit un décor peint. Puis, en 1956, une nouvelle restauration majeure épure l’intérieur de l’édifice. L’orgue est reconstruit en 1967 par Athanase Dunand, facteur d’orgues à Lyon. Par la suite, la municipalité entretient l’église, bon an mal an, jusqu’à la dernière grande campagne de restauration. Après deux années de travaux et trois millions d’euros investis, l’édifice est rouvert au culte le 11 septembre 2016.
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L’ensemble campanaire à l’épreuve de la Révolution Des cloches contemporaines des Dominicains, nous ne savons presque rien. On sait toutefois qu’au moment de la Révolution, cinq cloches furent descendues du clocher. Leur destin fut funeste : elles furent brisées et destinées à la fonte. L’une d’elles, pesant 230 livres, prit ainsi la route de Pont-d’Ain le 10 mars 1794, accompagnée de 4 212 livres de bronze provenant de cloches déjà brisées. L’année suivante, le 3 août 1795, dix quintaux de bronze furent encore remis au citoyen Goldschmidt, qui venait d’établir une manufacture de limes dans les anciens bâtiments conventuels. Il est toutefois difficile d’affirmer que ces quantités de métal provenaient exclusivement des cloches de Saint-Dominique. En effet, toutes les cloches d’Annecy et des paroisses voisines étaient alors destinées à être rassemblées sur la place de la Liberté, au pied du clocher de Notre-Dame-de-Liesse, avant d’être fondues. Cette place existe toujours aujourd’hui, bien qu’elle ait repris le nom de l’église qu’elle dessert : la place Notre-Dame. Ainsi, les cloches de Saint-Dominique semblaient promises à disparaître à jamais. Une seule, la plus grosse, connut pourtant un destin différent.
Le jeu des chaises musicales Attardons-nous alors sur cette grosse cloche. Son histoire remonte au 13 juin 1768, date de sa bénédiction. Nul doute qu’elle en remplace une plus ancienne qui fêla peu de temps avant. Elle eut pour parrain le marquis de Sales. Le nom de son fondeur ne nous est pas parvenu ; toutefois, tout porte à croire qu’elle sortit de la main de Louis Léonard de Morteau (25), qui réalisa la même année deux cloches pour la collégiale Notre-Dame-de-Liesse. Au moment de la Révolution, la cloche fut transportée et placée au sommet du clocher de l’ancienne collégiale afin de rythmer la vie municipale. Elle était alors réputée « de toute grandeur », c’est-à-dire de très forte dimension. Les événements révolutionnaires ne l’épargnèrent pas entièrement : elle en conserva quelques balafres. Malgré cela, elle continua de sonner pendant près d’un siècle encore, jusqu’en 1878, année où elle fut refondue et considérablement agrandie, atteignant le poids vertigineux de 5 105 kilogrammes. Le poids de l’ancienne cloche de Saint-Dominique nous est connu grâce aux échanges conservés entre la fabrique de Notre-Dame et la fonderie Paccard, chargée de sa refonte : elle pesait alors 2 021 kilogrammes.
À l’inverse, en 1807, le curé Bouvet réclama une cloche qui gisait alors au pied du clocher de l’ancienne collégiale Notre-Dame-de-Liesse. Fondue en 1561 par François Sermond (ou Franz Sermund), originaire de Bormio, en Valteline, et établi à Berne, où il se distingua par la fonte de remarquables cloches suisses encore conservées aujourd’hui. Elle constituait alors la seconde cloche de l’ensemble campanaire de la collégiale avant la Terreur. La collégiale ayant été dissoute et ses ruines se trouvant alors sur le territoire de la paroisse de Saint-Maurice, le curé s’appuya sur un décret de Napoléon, daté de 1805, pour en exiger l’installation dans son clocher. Il obtint cette faveur en 1807. Nous ignorons toutefois ce que devint la cloche durant les deux décennies suivantes, avant qu’elle ne rejoigne son perchoir définitif dans le clocher achevé en 1827. Cette belle cloche porte, en latin, la maxime suivante : Mentem sanctam spontaneam, honorem Deo et patriae liberationem, que l’on peut traduire par : « Un esprit saint et spontané, l’honneur à Dieu et la libération de la patrie ». Cette devise, traditionnellement attribuée à sainte Agathe, se rencontre fréquemment sur les cloches de cette époque en Pays de Savoie. La mention de la « libération de la patrie » renvoie certainement à la restitution des terres savoyardes intervenue en 1560, après leur occupation par le roi de France depuis 1536. La cloche a malheureusement perdu deux anses et présente des bords très ébréchés, sans doute les cicatrices laissées par la période de la Terreur et par ses déplacements entre les deux clochers. Ces blessures n’altèrent toutefois pas la puissance et la beauté de sa tonalité. Outre ses qualités sonores, la cloche offre également un décor remarquable pour qui peut l’observer de près. On y voit saint Antoine ou encore les armes de la collégiale — l’étoile à huit rais — surmontées d’un beau crucifix. Une grande croix florale domine également le cartouche du fondeur. Au pied de celui-ci figure un petit animal que l’on interprète tantôt comme un lézard, tantôt comme une salamandre. L’inscription, placée au sommet de la robe, est parfaitement lisible et les lettres sont d’une grande netteté, ce qui est assez rare pour une cloche du XVIᵉ siècle. La cloche fut tournée d’un quart de tour, probablement à la fin du XIXᵉ siècle, afin d’éviter une usure excessive des mêmes points de frappe qui aurait pu provoquer une fêlure. C’est de cette époque que datent aussi son joug en bois et son battant, quoique ses ferrures de fixations aient été refaites il y a pas si longtemps. Ce remarquable objet est classé monument historique depuis le 2 août 1911. Ce n’est toutefois pas la plus ancienne cloche d’Annecy, titre qui revient à l’ancienne cloche de la porte Sainte-Claire, datée de 1556 et coulant aujourd’hui une retraite paisible dans les réserves du château d’Annecy.
La grande cloche, provenant de Notre-Dame-de-Liesse :
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La reconstruction du clocher et la fonte contestée d’une cloche Comme indiqué plus haut, le clocher fut rasé jusqu’à la hauteur de la nef durant la Révolution. Sa reconstruction ne fut véritablement envisagée qu’au cours des années 1820. Les plans de Louis Ruphy donnèrent à la nouvelle tour une esthétique pleinement inscrite dans son époque : son style s’éloigne nettement de la nef gothique pour adopter un langage résolument néoclassique. Si ce clocher peut rappeler celui de la cathédrale Saint-Pierre, l’impression n’est pas trompeuse : l’influence est bien réelle, et la plume de l’architecte également. À l’étage des cloches, la tour s’ouvre par trois baies à l’est et à l’ouest, tandis que les faces nord et sud sont percées d’une élégante serlienne, motif cher à Ruphy. L’ensemble est couronné par un charmant dôme qui achève d’élancer la silhouette du clocher. Pour garnir cette nouvelle tour, le curé Bouvet entreprit la fonte d’une seconde cloche, bien qu’il estimât qu’une église de cette importance devrait en posséder quatre. Afin de réduire la dépense, il décida d’utiliser une cloche remisée qui appartenait alors à la paroisse de Gevrier. Il faut rappeler que cette paroisse avait été supprimée à la Révolution et que ses biens avaient été transférés à la paroisse de Saint-Maurice. L’histoire de cette cloche est toutefois singulière. Datée de 1639, elle n’avait en réalité pas été coulée pour Gevrier, mais pour une autre église dédiée à saint Étienne, celle de Dingy-Saint-Clair. Comme beaucoup d’autres instruments d’airain des environs, elle fut déposée à Annecy lors de la centralisation des cloches ordonnée à l’époque révolutionnaire. Dès 1796, les paroissiens de Gevrier la récupérèrent. La présence sur la cloche du nom de saint Étienne, patron de leur paroisse, a sans doute favorisé — ou du moins facilité — cette attribution erronée, tandis que ses parrain et marraine attestaient de son appartenance à l’église de Dingy. Lorsque le curé Bouvet décida de la récupérer, les paroissiens de Gevrier s’y opposèrent vivement. Malgré ces protestations, il obtint néanmoins la cloche et la fournit aux fondeurs. L’affaire ne s’éteignit pas pour autant : les habitants de Cran tenteront encore à plusieurs reprises d’en revendiquer la restitution, notamment lors de la création d’une nouvelle paroisse sur leur territoire en 1869. Pour financer la cloche fondue en 1826, le curé Bouvet apporta également 596 livres d’airain provenant d’une cloche cassée, ce qui permit de réduire quelque peu la dépense. Malgré ces apports de matière et quelques dons, la somme nécessaire ne fut pas immédiatement réunie, et la cloche demeura hypothéquée les années suivantes. Le curé s’en inquiétait d’ailleurs dans sa correspondance, indiquant encore en 1829 que les créanciers se réservaient même le droit de vendre la cloche si le paiement venait à paraître compromis. Cette cloche, d’un style encore marqué par le baroque, fut fondue le 6 juillet 1826 par Claude Paccard, à Quintal. Elle ne fut cependant bénie que le 29 juin 1827. Les inscriptions sont en relief uniquement pour la maxime latine — tirée du psaume 150 — ainsi que pour le nom de la paroisse et le début de la mention des parrains et marraines. Le reste des inscriptions, notamment les noms des bienfaiteurs Pierre-François et Sophie de Sales, a été ajouté ultérieurement par un certain Guillot. La cloche est également ornée de plusieurs figures : un Christ, une Vierge à l’Enfant, ainsi qu’un évêque mitré et crossé, très probablement François de Sales.
La cloche de 1826 :
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Deux cloches, deux fondeurs, une seule année Avant de clore cet article, il convient de présenter les deux plus petites cloches de l’église. Toutes deux portent la même date : 1867. Leur origine diffère cependant. La plus petite fut fondue à quelques kilomètres de là par les frères Paccard, tandis que l’autre — plus imposante — provient d’Unieux, dans la Loire. Elle fut réalisée par les aciéries Holtzer et présente une particularité notable : il ne s’agit pas d’une cloche en bronze, mais en acier. Si l’inventaire des cloches de Haute-Savoie demeure encore incomplet à l’heure où ces lignes sont écrites, les exemples de cloches en acier semblent particulièrement rares dans nos vallées. À ce jour, les deux seuls autres exemplaires identifiés auraient été réalisés la même année pour l’église de Ville-en-Sallaz, ce qui souligne le caractère singulier de la pièce conservée ici. La comparaison entre les deux cloches se révèle d’ailleurs instructive. L’emploi de l’acier répondait avant tout à une logique économique : nettement moins coûteux que le bronze, ce matériau permettait aux paroisses de se doter d’une cloche de dimension plus importante à moindres frais. Ce choix n’était toutefois pas sans contrepartie. Avec le temps, la cloche d’acier a sensiblement moins bien vieilli : la corrosion y progresse aisément et altère progressivement l’instrument. Sur le plan sonore également, la différence est perceptible : le timbre se révèle plus sec, et la résonance sensiblement plus brève que celle d’une cloche de bronze. L’ornementation elle-même traduit cette fabrication plus industrielle. La cloche d’acier, décorée d’une croix et d’une silhouette évoquant la Vierge à l’Enfant, ne porte aucune inscription véritable, sinon la signature du fondeur. La plus petite cloche — aujourd’hui inutilisée en raison de ses dimensions modestes — se montre quant à elle plus diserte. On peut y lire l’inscription suivante : « Paroisse de Saint-Maurice d’Annecy – Révérend F. Jorat, curé », suivie de la signature des fondeurs. Ajoutons que le chanoine François Jorat, curé de Saint-Maurice de 1858 à sa mort en 1868 fit des fondations pieuses pour sa paroisse. Ainsi s’achève la présentation de l’ensemble campanaire. On ne manquera pas d’y voir un discret clin d’œil de l’histoire : les aciéries Holtzer coulèrent ici une cloche pour une paroisse voisine de celle que fréquentait alors la famille Paccard, dont la fonderie allait bientôt s’imposer parmi les plus importantes de France. Cette cloche est d’ailleurs isolée des trois autres, séparée par une travée vide dans l’imposant beffroi, prêt à accueillir de nouvelles cloches. Les trois cloches de bronze se partageant alors les deux travées sud du beffroi : la grosse cloche seule, et les deux cloches Paccard dans la travée sud, la cloche de 1826 légèrement déportée vers l’ouest, laissant alors la place à la plus petite qui sonne dans l’axe perpendiculaire des autres, ne demandant qu’une nouvelle corde pour se joindre aux carillons de ses grandes sœurs.
La cloche Holtzer, en acier :
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La petite cloche inutilisée :
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N°
Fondeur
Année
Diamètre (cm)
Masse (kg)
Note
1
Franz Sermund
1561
146,5
~1950
Ré 3
2
Claude Paccard
1826
108
~800
Sol 3
3
Jacob Holtzer
1867
85,5
~250
Si 3
4
Paccard frères
1867
41
~50
La 4
Mes remerciements nourris à :
Le père Vincent Rossat, curé de la paroisse Sainte-Jeanne-de-Chantal, pour son aimable autorisation.
M. Jean-Luc Fournier, sacristain, pour l’ouverture des portes et l’accompagnement sur place.
M. Christian Regat, vice-président des Amis du Vieil Annecy et membre de l’Académie de Savoie, pour la belle organisation de cette étape.
Mes amis helvètes Claude-Michaël Mevs dit « Quasimodo » et Dominique Fatton, pour l’indispensable aide à la réalisation de ce reportage.
Sources & Liens :
REGAT, Christian, Annecy, l’église Saint-Maurice : ancienne église conventuelle Saint-Dominique, dans Annesci, n° 54, Société des Amis du Vieil Annecy, 2020.
MERCIER, abbé J.-M., Vie de M. Bouvet dit « l’oncle Jacques », curé de Saint-Maurice d’Annecy, Annecy, Imprimerie Abry, 1870.
Mémoires et documents publiés par l’Académie salésienne, tome XXV, Annecy, Académie salésienne, 1902.