Margencel – Eglise Saint-Laurent

Une commune entre terre et lac..
Aux portes de Thonon, capitale savoyarde du Chablais, la commune de Margencel s’installe entre la colline des Allinges et le Lac Léman. On y décèle de nombreux contrastes : outre le facteur « terre-lac » avec au nord la plage du Redon et au sud une portion de la forêt de Planbois, on peut aussi parler du contraste « rural-citadin » : une zone d’activité et des logements regroupés par hameaux. A l’écart des grands axes qui traversent le Chablais, le chef-lieu s’organise près de sa mairie, son école et son église.

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Une église probablement ancienne…
Il n’est pas rare de ne pas avoir de certitudes quant aux faits anciens. C’est encore le cas, ici, à Margencel. On raconte alors qu’un certain « Margentius » ou « Margenticellius », homme libre, possède des terres et fonde une chapelle entre le VIème et le VIIème siècle. En 1874 a été retrouvé une cuve baptismale du Xème siècle, attestant l’ancienneté de la paroisse. En 1014, Rodolphe de Bourgogne donne la paroisse de Margencel à l’Abbaye de Saint-Maurice : c’est la première fois qu’on cite Margencel ! Une visite pastorale du XVème siècle indique que la paroisse est sous la protection des saints Férréol et Ferjeux de Besançon. La Réforme passe par là : l’église devient un temple protestant. Il semble qu’elle échappe au pillage de 1589. En 1598, avec la conversion du Chablais, la paroisse redevient catholique. Pour un temps, Anthy-sur-Léman est spirituellement uni à Margencel. Ce « mariage » sera de courte durée car déjà oublié en 1615. Une visite pastorale de 1625 fait mention d’un autre vocable : saint Laurent. Sans doutes ce changement est intervenu après la Réforme. Soit dit en passant, avant cette période troublée, un curé de Margencel, le Rd Ruffet, avait fondé une chapelle dédiée à saint Laurent et sainte Marguerite. On retrouve notre église en 1792, quelques mois avant la Révolution. Sa porte d’entrée est jugée trop étroite : les paroissiens la franchissent un par un, et le dais du saint Sacrement est bien trop large pour la franchir. Alors, on l’agrandit. A cette époque là, l’église est presque en ruine. La faute n’est ni à la Révolution ni à la Réforme, mais à son grand âge et à son manque d’entretien récent. En 1800, un devis est commandé pour un nouveau clocher. La réception des travaux sera faite en 1807. En 1846, c’est au tour de l’église de faire l’objet d’un remaniement et d’un agrandissement. : les travaux sont adjugés en 1848 à M. Larrivaz. Après huit ans de procédures et de manœuvres, les travaux sont enfin réceptionnés. En 1881 est réalisé l’escalier au pied du clocher, qui permet d’entrer dans l’édifice. Dernier gros travaux en date : la réfection du clocher, en 1927.

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Une cloche baladeuse…
Ce n’est qu’en 1792 que les cloches sont mentionnées pour la première fois : l’une pesait environ 12 quintaux, et à peine 9 pour la seconde. Avec l’ordre de descendre les cloches des clochers pour n’en laisser qu’une, le conseil en place s’empresse de répondre à cet ordre. Il livre ses deux cloches dans un souci d’honnêteté et à la grande colère des paroissiens. Mais elles ont été livrées une par une, avec six mois d’intervalle. Privés de cloche, une requête va s’émaner des habitants, puis des conseillers : il faut en récupérer une, coûte que coûte ! Problème : il n’y en a déjà plus à Thonon. Les habitants se rendent alors à Bonneville, place forte de la province voisine. Leurs cloches n’existant plus, ils en choisissent une qui conviendra bien pour leur usage. Le pragmatisme de l’époque voulait qu’on ne regarde pas tellement ses inscriptions, et même plus encore : on ignore quel clocher elle a laissé orphelin. Sa maxime ne donne, hélas, pas sa première destination : du moins pas directement. En revanche, sa date et ses fondeurs sont clairement mentionnés : Louis Léonard et Mathis Riguelte. Le premier est un fondeur connu des puristes : natif de Morteau, il a sillonné sa région natale et la Savoie à la fin du XVIIIème siècle. Le second est plus intriguant et donne du fil à retordre aux initiés. C’est la première fois qu’un tel nom apparaît en signature. Ma première hypothèse est le nom d’un apprenti d’un temps du fondeur, à la manière d’Antoine Paccard, lorsque Jean-Baptiste Pitton fond la petite cloche de Quintal. Selon les campanologues Matthias Walter et Pascal Krafft, respectivement de Berne (CH) et Ferrette (68), il y a une « concordance » avec le fondeur Mathis Rageth, établi à Coire (CH) dans la même période. Est-ce alors son patronyme francisé ? Faisait-il un « stage » avec Léonard ?
Après les fondeurs, son lieu d’origine. La cloche est frappée du blason de la famille de Faucigny, à la tête d’une province qui s’étendait sur toute la vallée de l’Arve. Il s’avère qu’au XVIIème siècle déjà, la ville de Cluses utilisait ce même blason. Les archives municipales de cette commune nous apprennent qu’en 1772, le clocher est rehaussé et la sonnerie refaite par un certain… Louis Léonard. Allons encore plus loin : on apprend que les travaux sont réalisés sous la direction de Joseph Tronchet, natif de Morillon reçu citoyen de Cluses. Il y a épousé Anne Jacquet : il est mentionné avec sa femme comme parrain et marraine de la cloche et « citoyens de cette cité ». Elle précise aussi qu’elle est la cinquième de la sonnerie. Si Louis Léonard a reçu une commande de « seulement » quatre cloches, rien n’exclut qu’une plus ancienne ait été conservée par les clusiens.

Une autre fondue en temps de guerre…
Avec la cloche de 1772, jugée « insuffisante » pour Margencel, une souscription est ouverte en 1821. L’argent, vite rassemblé, permet de commander « Marie-Jeanne » à Jean-Baptiste Pitton, fondeur à Carouge. La difficulté résidera dans son transport : depuis la « Restauration Sarde » (1815), Carouge n’est plus en territoire savoyard, mais en Suisse. Devant la difficulté de laisser passer l’airain à la frontière, le syndic demande de l’aide au Roi. Il semble que sa réponse soit favorable car la même année, la cloche est placée au clocher. Mais voilà qu’au début du XXème siècle, la cloche se fêle. Elle est déjà refondue en 1917 en dépit de la situation géopolitique. Il semble que la paroisse ait avancé les frais, car une souscription n’est ouverte que l’année suivante ! Pourtant, ses inscriptions donnent la liste des principaux souscripteurs. Est-ce ceux de l’ancienne cloche ? Elle rappelle en tout cas son ancêtre disparue avec sans doutes le même point commun : le contexte de fonte, difficile. Depuis maintenant un siècle, les deux cloches se balancent joyeusement : l’une rappelle, en vain, son clocher d’origine, et l’autre, timidement, demande au Seigneur de « nous libérer de la guerre ». 

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Marie-Jeanne

Les fils de G. Paccard

1917

99,3

600

Sol ♯ 3

2

xx

L. Léonard & M. Riguelte

1772

78,2

275

Si 3

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Je remercie chaleureusement les élus en place lors de ma visite :
M. le maire Jean-Pierre Rambicur, pour son aimable autorisation.
M. le maire-adjoint Bernard Massoulier, en charge des bâtiments, pour son aimable accueil.

Je remercie également pour leur étroite collaboration : 
M. Jean Mamet, président de « Patrimoine et Traditions de Margencel » pour la fournitures de notices historiques (histoire de l’église + cloches).
Mme Florence Poirier, archiviste municipale de Cluses, pour l’aide précieuse apportée quant à la destination initiale de la petite cloche.
Dr Matthias Walter, expert-campanologue pour les Monuments Historiques de Berne (CH).
Me Pascal Krafft, expert-campanologue adjoint de l’archidiocèse de Strasbourg (Alsace).

Sources & liens :
Margencel
Mairie de Margencel
Patrimoine et Traditions de Margencel – Jean Mamet
Archives Municipales de Cluses
Fonds privés
Clichés et relevé personnels

 

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