Un village sur un plateau
Au sud-ouest du plateau des Bornes, le petit village de Villy-le-Pelloux se situe à bonne distance des grandes bourgades du secteur : Cruseilles, La Roche-sur-Foron, mais surtout Genève et Annecy. Bien que la commune appartienne à la Haute-Savoie, département qui abrite le plus haut sommet de France (le Mont-Blanc), aucun sommet notable ne se trouve sur son territoire : l’altitude y varie entre 562 et 764 mètres. Forte d’un millier d’habitants aujourd’hui, cette petite commune n’en a pourtant jamais compté plus de 300 avant les années 1990. Il faut dire qu’avec sa belle situation dégagée, offrant un panorama à 360° sur le Salève, les Bornes ou encore la Mandallaz, et sa proximité avec la Suisse, Villy-le-Pelloux constituait un lieu idéal pour de nombreux frontaliers en quête de quiétude. Vue du ciel, la commune apparaît désormais comme un gros bourg organisé autour de la route départementale 2, qui relie Marlioz à Gaillard.
Un édifice modeste mais complexe
Au centre du village, près de la mairie et de l’école, la petite église Saint-Théodule semble défier le temps. La paroisse est déjà mentionnée en 1311 dans les écrits. En 1481, l’évêque de Genève consacre l’église, dont le chœur est toujours en place. La belle fenêtre latérale gothique en est un témoin visible. En 1607, saint François de Sales, évêque de Genève, visite la paroisse, qui compte alors 18 feux (environ 80 habitants), et note que le curé vit de sa dîme. Un peu plus tard, le curé Claude Tardy, en poste de 1649 à 1694, fait rénover à ses frais le presbytère et fit construire l’avant nef du monument ainsi que le clocher. À la Révolution, l’église, comme tant d’autres, est sans doute ravagée par les révolutionnaires. En 1873, la sacristie est reconstruite, l’ancienne menaçant le monument. Plus proche de nous, on sait que l’église bénéficie d’une importante restauration extérieure après la tempête de 1988. En 2007, c’est au tour de l’intérieur d’être rafraîchi. En observant de plus près le sanctuaire, on peut se demander comment il a réellement été construit, tant les styles qui s’y côtoient sont variés entre la nef, le chœur et la sacristie.
D’Annecy à Villy-le-Pelloux…
Le fin clocher, solidaire de la charpente du monument religieux, abrite deux modestes cloches au fort intérêt patrimonial ! La plus petite, datée de 1871, indique qu’elle a été « commissionnée par Jean Excoffier, maire (dont le nom fut ajouté a postériori et certaines lettres sont tombées) et Rd Jolivet, curé ». Il faut en effet préciser que Jean Excoffier fut élu à ce poste le 17 juin 1871, probablement pendant le processus de fabrication de la cloche. De manière laconique, elle rappelle aussi sa commune, son parrain Jean-Jacques Peccoud et sa marraine, Rosalie Cloppet, son épouse. Aucune archive aujourd’hui connue ne précise son achat. En remplaçait-elle une autre ? À côté d’elle, une cloche de 1774 à la tonalité lorraine lui répond. Fondue par une branche de la dynastie Goussel installée à Chambéry, elle cite uniquement son parrain et sa marraine : Louis Michel Tochon, avocat au Sénat de Savoie et substitut avocat fiscal de la province du Genevois, et son épouse Hélène Félix Famel. En regardant de plus près ce notable, on se rend compte qu’il est né à Annecy, qu’il y fut baptisé et qu’ils se sont mariés à l’église paroissiale Saint-Maurice d’Annecy. C’est dans cette même église — disparue en 1794 et située près du château — qu’ils firent baptiser une de leurs filles, cette même année. Comment expliquer la présence de cette cloche dans cette église ? Une hypothèse se présente devant nous : la cloche fut alors coulée pour l’ancienne église Saint-Maurice d’Annecy. Descendue à la Révolution, elle rejoint alors de nombreuses autres sur la « Place de la Liberté » pour y être fondue en canons. La majorité d’entre elles seront épargnées et les paroisses autorisées à les récupérer. Mais bien souvent, c’était l’occasion de repartir avec une cloche un peu plus lourde que celle qu’on a posée… Il est donc fort probable que la cloche de Villy-le-Pelloux provienne de l’ancienne église Saint-Maurice d’Annecy, dont elle est l’une des rares reliques. Si le prénom du fondeur n’est pas mentionné, on peut attribuer cette cloche à Antoine Goussel ou à Jean-Baptiste, maîtres fondeurs tour à tour à Chambéry. Antoine Goussel est mentionné sur la cloche de Vimines fondue en 1750 comme « fondeur et directeur de la fabrique royale de Chambéry », puis en 1757 à Grésy-sur-Isère. Jean-Baptiste, quant à lui, est mentionné à l’Abbaye de Saint-Maurice (Valais) ou encore à Ballaison en 1790. Le patronyme Goussel apparaîtra encore en collaboration avec le nom Pitton en 1808 et 1809, sur des cloches fondues pour Saint-Jeoire-en-Faucigny et Féternes. Bien que cette épopée savoyarde ne soit que très peu connue pour l’instant, il convient de préciser qu’elle ne doit être qu’une goutte d’eau dans l’histoire bien plus vaste de cette dynastie originaire du Bassigny, haut lieu de la campanologie qui a vu naître de nombreuses lignées de fondeurs talentueux. La famille Goussel, l’une d’entre elles, a inondé la Lorraine et ses alentours par ses productions, avant de se sédentariser vers 1850 à Metz. C’est à la fin du XIXᵉ siècle que l’histoire familiale cessera, comme ce fut le cas pour de nombreuses autres fonderies de cloches. A l’électrification, à la fin du siècle dernier, les cloches ont été passées du lancé franc au rétrograde avec des montures en acier cintrées, permettant de réduire les efforts sur le clocher, pleinement solidaire de la charpente de l’église paroissiale.
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N° |
Fondeur | Année | Diamètre (cm) | Masse (kg) |
Note |
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1 |
Goussel | 1774 | 62 | ~130 | Ré 4 |
| 2 | Paccard frères | 1871 | 56,9 | ~110 |
Fa 4 |
En haut de page : vue d’ensemble de la chambre des cloches.
La grosse cloche de 1774 :
La petite cloche de 1871 :
Mes remerciements à :
Mme Charlotte Boettner, maire, pour son aimable autorisation.
MM. Jean-Paul Verney et Joseph Baillon, conseillers municipaux, pour l’accompagnement sur place.
Mme Fanny Caselani, directrice générale des services, pour la logistique.
Mme Blandine Seitz, conservatrice des antiquités et objets d’arts (CAOA) de Haute-Savoie, pour l’invitation.
M. Christian Regat, auteur et historien, membre de l’Académie de Savoie, pour les précisions historiques sur l’ancienne église Saint-Maurice d’Annecy.
Sources & Liens :
Mairie de Villy-le-Pelloux
Villy-le-Pelloux sur Wikipédia
Paroisse Sainte-Croix en Pays de Cruseilles
Fiche biographique de Louis Michel Tochon sur Geneanet, consultée le 05.07.2025
Archives départementales de la Haute-Savoie, EDEPOT GG 29
Archives départementales de la Haute-Savoie, EDEPOT GG 41
Archives départementales de la Haute-Savoie, EDEPOT 307 1D 2
Archives Christian Regat
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