Châtel – Eglise Saint-Laurent

Au fond de la vallée d’Abondance et au cœur des montagnes chablaisiennes, la station de Châtel est un véritable trait d’union entre la France et la Suisse grâce au Pas de Morgins (Valais). Autrefois agricole, Châtel n’a jadis été que des terres boudées, avant d’être exploités par le village voisin de la Chapelle-d’Abondance dont elle s’émancipera au XVIIème siècle. C’est depuis le rattachement de la Savoie à la France que la commune exploite timidement son potentiel touristique : une source sulfureuse commençait à faire la réputation de la commune. Elle investit donc dans un hôtel pour accueillir les touristes. A l’époque, on est probablement loin d’imaginer le chemin à parcourir pour obtenir le résultat que nous connaissons : Châtel est intégré aux prestigieux domaine skiable des « Portes du Soleil » qui regroupe aujourd’hui 13 communes franco-suisses. C’est à partir de la Seconde Guerre Mondiale que le développement hivernal est engagé, et semble ne pas s’arrêter. Si la population annuelle de la commune ne dépasse pas les 1’500 habitants, on estime la capacité d’accueil touristique à 25’000 lits : de quoi animer les saisons estivales et automnales dans ce village frontalier qui n’a pas pour autant perdu son âme.

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Au centre du bourg principal, l’un de ses garants est l’église. Pour les hameaux éloignés, trois chapelles permettent de garantir cet « esprit de clocher ». C’est au XVème siècle qu’une première chapelle est édifiée, suite à un long cheminement : des habitants reconnaissent le potentiel agricole de Châtel et décident de s’y installer. L’église paroissiale était trop loin et la rudesse de l’hiver rendait les trajets difficiles et dangereux. Le sanctuaire sera dédié à saint Jean-Baptiste, saint Laurent et saint Théodule. Ce dernier, résolument plus « local » est en fait le premier évêque du Valais et patron de nombreux édifices alpins. En 1643, une pétition est présentée pour l’émancipation de Châtel : la communauté est assez importante pour être autonome. Ce sera chose faite le 2 juillet 1645. La chapelle, devenant une église à part entière, doit être agrandie. Les travaux auront lieu en 1662 avec la construction d’une église en contrebas de la chapelle primitive, par la suite démolie. Le nouveau monument est caractérisé par son clocher porche surmonté d’un bulbe, d’une simple nef et d’une sacristie à la droite du chœur. Le clocher ne dérogera pas à la règle et sera rasé à la Révolution. Bien que reconstruit en 1805, l’église n’allait pas être éternelle : en 1848 déjà, elle est jugée comme trop étroite pour la communauté. Ce n’est qu’en 1899 que le conseil de Fabrique dépose une requête auprès du conseil municipal pour l’édification d’une nouvel édifice plus grand dans le style néogothique. Il sera bâti entre 1906 et 1908, alors que la nef de l’ancienne église est conservée pour continuer de recevoir les offices. Le chantier est confié à l’entreprise Alloin et Barraud sous la houlette de l’architecte départemental Fleury Raillon. Le bâtiment est construit dans l’axe Nord-Sud à cause de l’instabilité du terrain et repose sur des pilotis. En 1909, le chanoine Gay bénit la fin des travaux avant une démolition de l’ancien sanctuaire deux ans plus tard. Le 27 novembre 1922, Mgr Florent Du-Bois-de-la-Villerabel, évêque d’Annecy, consacre enfin l’édifice. Dès lors s’installe une chronique faite de petits événements : on note l’installation d’une chaufferie en 1935 puis un départ d’incendie deux ans plus tard. La cause de ce dernier n’a jamais été trouvée. Le clocher est rénové en 1976 puis tout le bâtiment entre 1984 et 1986. Le parvis actuel et ses belles marches ont été repensés pour le Jubilé de l’an 2000. Enfin, en 2007, le chemin de croix et le plancher sont rénovés. Avant de refermer ce paragraphe, ajoutons que l’édifice possède un orgue hérité de l’ancienne église. Construit par le facteur Carlen en 1820, il fut agrandi par cette même maison en 1884 et transféré par Charles Bildé en 1908. Il sera restauré par la maison Silbermann de Thonon-les-Bains en 1996. Il se compose d’un clavier et d’un pédalier pour un total de 12 jeux.

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Le clocher de Châtel pourrait être presque caractérisé comme Suisse : rempli à ras bord ! Ce ne sont pas moins de 13 cloches qui sont dissimulées derrière les abat-sons. Là aussi, un véritable chemin à été réalisé : on ne parle, au début, d’une seule cloche fondue en 1634 pour la chapelle primitive. C’est la seule information issue de la sonnerie prérévolutionnaire. En 1802, l’un des deux fils de Jean-Daniel Dreffet de Genève réalise une cloche vouée à saint Laurent et à la Vierge Marie. Le 22 mai 1828, la paroisse se réunit pour la bénédiction de « Marie-Claudine », troisième cloche. Signée « Baudy », ce nom n’est pas si inconnu dans notre région : ce même fondeur a signé en 1830 la petite cloche de l’église de Draillant. Natif de Marseille, il semble s’être établit un temps sur la commune de Pers-Jussy. Cette cloche de bonne facture sonore, certes, possède pourtant des décors laissant à désirer : la moitié des mots ont disparus et ont été gravés par la suite et ses décors sont identifiables grâce à leurs silhouettes.
En 1920, le clocher s’apprêtait à recevoir de nouvelles cloches. On raconte que celle de 1634 était fêlée. La guerre, encore ancrée dans bien des mémoires, donne envie aux élus de créer une grosse cloche de 1’500 kilos qui rendra hommage aux combattants défunts. De nombreuses discussions sont entreprises avec la fonderie Paccard. Elles donneront naissance à quatre nouveaux airains : tout d’abord, « Marie » le 18 octobre. Le 11 novembre -coïncidence ?- sont fondues trois autres cloches : « Jeanne-Françoise », « saint Laurent » et « sainte Jeanne d’Arc », la plus grosse. Finalement, cette dernière ne portera qu’une mention aux valeureux soldats pleurés à cette période. Un monument aux morts plus « classique » sera construit dans l’église. Le premier carillon de Châtel est né : il porte six cloches. Un clavier était installé à cet effet, un étage plus bas. Sur les six, seule la cloche « Marie » ne pouvait pas être mise en volée et la plus petite n’était pas sonnée à la volée. La grosse cloche était actionnée aux offices, la seconde pour l’angélus et la troisième pour le tocsin. Pour les sépultures, on sonnait simultanément les quatre plus importantes. En 1966, les quatre premières cloches sont électrifiées pour la volée, et toutes pouvaient carillonner avec des marteaux électriques. Adrien Girardoz, le sonneur et carillonneur, se met donc à la retraite. Ce fut le premier et le seul puisqu’il est entré en fonction en 1922. Le 20 octobre 2002, Châtel vit une célébration importante : la bénédiction par l’abbé Jean Grillet de sept nouvelles cloches pour compléter l’instrument. Dès lors, voici 13 cloches qui rythment la vie des chatellans. Si a l’origine, l’église jouait des airs variés au fil de la journée, sa programmation a été révisée suite à l’installation du carillon « Frontière » face à elle. Elle se contentera désormais de jouer des airs religieux, et l' »Ars Sonora » des airs profanes à des horaires différents.

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Ste Jeanne d’Arc

Les Fils de G. Paccard

1922

139.9

1544

Ré 3

2

St Laurent

Les Fils de G. Paccard

1922

101.5

679

Sol 3

3

St Laurent & Ste Vierge

Dreffet Fils

1802

91.2

450

La 3

4

Marie Claudine

Baudy

1828

79.9

300

Si 3

5

Marie

Les Fils de G. Paccard

1922

73.8

242

Do 4

6

 

Paccard

2002

71.5

225

Do♯4

7

Jeanne Françoise

Les Fils de G. Paccard

1922

66.5

193

Ré 4

8

 

Paccard

2002

60.3

145

Mi 4

9

 

Paccard

2002

56

110

Fa 4

10

 

Paccard

2002

53

100

Fa♯4

11

 

Paccard

2002

49.5

80

Sol 4

12

 

Paccard

2002

44

55

La 4

13

 

Paccard

2002

39

45

Si 4

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Mes remerciements à : 
M. Nicolas Rubin, maire de Châtel, pour son aimable invitation.
Mme Morgane Hay, responsable du service culture et patrimoine de la mairie.
Mon ami Claude-Michaël Mevs dit « Quasimodo« , pour son amitié et son aide précieuse.

Sources & Liens :
« Il était une fois… l’église Saint-Laurent, Châtel », 2008 – C. Payot & E. Dresco
Etudes des églises de Châtel – Ministère de la Culture – Base Palissy
Inventaire personnel
Clichés personnels
Châtel
Mairie de Châtel
Eglise de Châtel

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