Monnetier-Mornex – Eglise Saint André (Esserts-Salève)

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Bâtie dès le XIVe siècle, l’église d’Esserts Salève porte sur son porche la date de 1584. Il se peut que cette date soit celle de la construction du clocher-porche. Très sobre, cette ancienne chapelle à nef unique, élevée au rang d’église, a longtemps été ballottée entre Monnetier, Esery et La Muraz. Actuellement elle fait partie, tout comme ses 3  voisines, de la paroisse de Reignier.

Le clocher de l’église a jadis abrité une cloche Jean-Baptiste Pitton de Carouge datée de 1801 et d’un poids de 900 kilos. Refondue en 1849, elle sonne maintenant dans le clocher d’Esery. La cloche actuelle, coulée en 1977 par la fonderie Paccard, est elle-même la refonte d’une cloche de 1844. Elle pèse 720 kilos et sonne un Sol3.

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Un grand merci à Mme. Pasquier pour l’accès au clocher.

La Muraz – Eglise Saint Martin

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Déjà dédiée à Saint Martin, la première église sur le territoire communal date de 1532. L’ancienne église (toujours la même?) ravagée par un incendie en 1871, est reconstruite en 1877 dans un style néo-gothique. Elle sera restaurée en 1977 pour son centenaire.

Cloche 1 « Anselne Henriette » – G&F Paccard, 1901 – 900 kilos – Fa3   

Cloche 2 « Jeanne Rosalie » :  G&F Paccard, 1902 – 450 kilos – La3

Cloche 3 « Françoise de Sales » : Paccard, 1986 – 250 kilos – Do4

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En 1767, une cloche nommée « Antoinette Marie Thérèse » est fondue par LEONARD de Morteau pour la Chartreuse de Mélan, à Taninges. A la Révolution, comme les autres cloches, elle prend le chemin de Bonneville pour être fondue en canon. On perd alors sa trace. Mais alors qu’on la pensait disparue, cette cloche est retrouvée en 1985 lors d’une visite du clocher. Les maires de Taninges et de La Muraz se réunissent pour décider son avenir. Taninges accepte de fondre nouvelle cloche pour le clocher de La Muraz, récupérant la sienne, aujourd’hui intégrée au plus carillon du département.

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Un Immense merci à Monsieur Yves Jaquemoud, sacristain, pour son autorisation pour l’ascension du clocher.

Cruseilles – Eglise Saint Maurice

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L’histoire de l’église paroissiale Saint Maurice de Cruseilles demeure très vague. L’édifice primitif bâti à la « croisée des chemins » (signification du nom de la commune) remonte au VIIe siècle. Maintes fois remanié et reconstruit, il est possible qu’il utilise des éléments du XIIe siècle. Il est aujourd’hui certain que le chœur est plus ancien que la nef, puisqu’une fenêtre gothique a été découverte derrière le retable lors de la dernière restauration. Reconstruit presque intégralement dans un style néo-gothique au XIXe siècle, le monument réemploi les retables baroques remaniés dans un style néo-classique qui lui donnent une allure éclectique. Il est fort probable que le clocher bulbe soit le fruit de l’Ancien Régime, par son architecture et sa taille modeste aux vues des proportions de l’église. Le lieu de culte s’est offert une cure de jouvence au cours de l’année 2008 du sol jusqu’à la toiture. C’est un édifice flambant neuf qui accueille désormais les prières d’une communauté.

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Le beffroi en bois date de 1820. Il supportait jadis 3 cloches de 850, 550 et 380 kilos, électrifiées en 1934. L’installation électrique a été révisée en 1950. L’ancienne sonnerie a été descendue pour laisser place à quatre nouvelles cloches fondues par Alfred Paccard (Annecy le Vieux) et bénies le 20 octobre 1963. L’église abrite depuis plusieurs années une petite cloche près de la sacristie. Elle sonne en La5.

Cloche 1 « Marie, Reine de France » – 1250 kg – 126,5cm – Mi bémol 3 -2
Cloche 2 « Marie Françoise » – 650 kilos – 100,2cm – Sol 3 +1
Cloche 3 « Marie, Reine du Ciel » – 380 kg – 84,5cm – Si Bémol 3 ±0
Cloche 4 « Marie Thérèse » – 275 kg – 76cm – Do 4 -1

(Nom, poids, diamètre, note (La3 =435 Hz))

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Le « Panis Angelicus » sur la grande cloche, motif très couramment utilisé à cette période.
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P1000608Chaque cloche arbore différentes inscriptions. Elles possèdent toutes une quantité de parrains et marraines, mais souvent représentés par un homme et une femme. La grande cloche nommée « Marie, Reine du Ciel » est chargée de protéger la cité. Elle a pour parrain le conseil municipal de l’époque représenté par M. le Maire et pour marraines les employées communales, représentés par Mlle Jeanne Deshusses. La deuxième cloche « Marie Françoise » est dédiée à Notre-Dame des Coudrets et veille sur la paroisse. Elle a pour parrains et marraines les hommes et femmes de la paroisse. Elle rend hommage à François Fournier, sacristain pendant 40 ans. La troisième « Marie, Reine du Ciel » sonne l’angélus matin midi et soir. P1000648Elle a pour parrains et marraines les prêtres et religieuses nés à Cruseilles et elle est vouée à Saint Jean-Marie Vianney et à Sainte Jeanne Antide. La plus petite « Marie Thérèse » est dédiée à la patronne des mission Sainte Thérèse de Lisieux. Elle a pour parrain M. Portier, père d’un missionnaire. Ses marraines sont les enseignantes et catéchistes.

Un grand merci à M. Le Maire et M. Gréa, directeur des services techniques, pour leur autorisation et à M. Fournier. Mention à Mike « Quasimodo Sonneur de Cloches » pour l’aide apportée à la réalisation de se reportage.P1060384

 

LIENS :
Mairie
Paroisse
Wikipédia
Brochure de la paroisse

Annecy – Eglise Notre-Dame de Liesse

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Cela fait maintenant plus d’un millénaire qu’un sanctuaire se dresse à l’emplacement de Notre-Dame de Liesse. Ce n’était qu’un simple oratoire marial au XIe siècle est remplacé en 1360 par une église sous les ordres d’Amédée III, comte de Genève, qui voulait en faire sa nécropole familiale. En 1793, le chœur est rasé par les Révolutionnaires pour créer la place de la Liberté. Le clocher, contrairement à ses voisins, n’est amputé que de sa flèche. Il est aujourd’hui flanqué d’un nouvel édifice bâti entre 1846 et 1851.

Cloche 1 « La Salésienne » – G&F Paccard 1878 – 5’100 kilos – Sol2

Cloche 2 – G&F Paccard 1891 – 1’050 kilos – Mi3

Cloche 3 – N. Aubry, 1855 – 400 kilos – La3

Cloche 4 – Inconnu, 1699 – 50 kilos – Si4

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Merci à la paroisse et à Philippe Goix pour l’accès au clocher.

Vulbens – Eglise Saint Maurice

Au nord-ouest de la Haute-Savoie, entre le Vuache et le Rhône, la commune de Vulbens touche du doigt le bec de la Suisse, à l’extrémité nord de la commune. Vulbens est une commune essentiellement rurale, forte de 1’700 habitants. Elle a toujours été « à la frontière » car durant l’Occupation, le Nant de la Vosogne qui la sépare de Valleiry était utilisé comme référence pour délimiter la France dite « libre » de la France dite « occupée ». La vie à Vulbens ne date pas d’hier, la commune offrant deux trésors naturels pour les premiers hommes : un fleuve et une montagne remplie de grottes. Au gré des civilisations, Vulbens se trouvait donc naturellement sur les voies de communications. Le bourg est quant à lui en retrait du fleuve et à bonne distance de la montagne, évitant ainsi crues et éboulements probables. Vulbens intéressa donc tant sur le plan temporel que spirituel : on dit que les templiers s’y sont installés, près du Rhône, vers le XIIe siècle. Il est aussi relaté qu’une maison forte dite « du Vuache ou de Vulbens » construite par des seigneurs locaux passa ensuite aux mains des Comtes de Genève puis d’autres nombreuses familles seigneuriales de la région. Il est a noter que, contrairement à de nombreuses autres communes du Genevois, Vulbens restera catholique au XVIe siècle, alors que les genevois ont envahis une partie de la région pour y imposer, par la force, la religion protestante instituée par Calvin à Genève.

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L’église Saint-Maurice de Vulbens remonte au XIIIe siècle. C’est une grande église halle, agrandie de deux nefs latérales en 1820 et 1830. Il faut dire que la paroisse de Vulbens est vaste : elle couvre en effet les communes de Chevrier et une partie de la commune de Dingy-en-Vuache. Si cette dernière est aujourd’hui sans église, ni clocher, ni cloche, la commune de Chevrier conserve son ancienne église, rétrogradée en simple chapelle. A la Révolution, Vulbens absorbe aussi la paroisse de Bans, située sur le territoire de l’actuelle commune plus au nord, au bord du Rhône. Cette paroisse est aujourd’hui presque rayée de la carte, de vastes forêts occupant son territoire, exceptés quelques habitations dispersées sur les hameaux de Bans, Moissey et Cologny. L’église Saint-Maurice de Vulbens apparaît en 1265 dans les écrits de l’Abbaye de Chézery qui prélevait une partie de ses dîmes. On retrouve aussi une mention de la paroisse dans une donation de l’Abbaye de Saint-Maurice, tombeau de son saint patron, en 1026 ! De l’édifice du XVe siècle, il ne reste aujourd’hui que le chœur et la chapelle gauche. Au chevet de l’édifice, il est d’ailleurs encore possible de voir une baie gothique aujourd’hui obstruée. De l’autre côté, un retable représentant saint Maurice d’Agaune accueille le visiteur qui franchit la grande porte.

Le clocher flèche est reconstruit en 1835. Jadis au nord de l’édifice, il fut déplacé au sud du chœur. Pour l’occasion, la sonnerie est elle aussi intégralement refaite. Elle fut confiée à François Bulliod qui venait de reprendre les fours de son mentor, Jean-Baptiste Pitton. C’est ainsi que les deux cloches sont hissées au clocher, datées très précisément du 23 avril 1835. Le nom du curé figure sur les deux cloches : Maurice Peccoux. Sur la première, les noms de Antoine-François Gay, notaire, et de Rose Duc son épouse y figurent comme parrain et marraine. Sur la plus petite, figurait les noms de Jean-Gaspard Gay, curé de Bossey et Madeleine Bussat, sa mère. Figurait… car la cloche est déclarée fêlée en 1938 après un siècle de bons et loyaux services. En 1939, « Marthe-Bernardine » la remplace, avec un poids équivalent. Sur cette cloche, on a pris soin de faire mémoire de la pauvre cloche cassée, de lui donner une inscription religieuse latine lui demandant de « louer le Seigneur, inviter les vivants et pleurer les morts ». Elle cite aussi le curé, le Rd François Dunoyer, puis ses parrain et marraine, Georges et Marthe Gay. Elle cite aussi les maires des trois communes membres de la paroisse : Auguste Rossiaud, maire de Vulbens, Jean Marmilloud, maire de Chevrier et René Vincent, maire de Dingy-en-Vuache. Trouver ces trois édiles n’est pas étonnant quand on sait que les trois municipalités contribuent financièrement à l’entretien de l’édifice. On peut citer par exemple des travaux sur les clocher en 1885, payés par les trois communes : 52% par Vulbens, 25% par Chevrier et 23% par Dingy. D’élégantes effigies trônent sur la cloche de 1939 : un beau crucifix, la Vierge et saint Maurice auxquelles s’ajoutent des armoiries : celles de l’évêque d’Annecy, Mgr du Bois de la Villerabel, ainsi que celles de la fonderie Paccard. Ses décors tranchent avec la sa grande sœur, qui ne compte qu’un modeste crucifix et le discret cartouche de son fondeur. Installées côte à côte, elles sont électrifiées depuis 1953 et disposées sur un beffroi en bois refait en 2010 par Stéphane Cuzin, charpentier de Chevrier, l’ancien menaçant ruines. Ces deux cloches restent muettes en dehors des angélus et célébrations religieuses, la cloche de la mairie étant utilisée pour les sonneries civiles.

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 François Bulliod 1835 116 ~920

Mi 3

2 Marthe Bernardine Les fils de G. Paccard 1939 88.5 ~420

La 3

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Comme relaté plus haut, les cloches de l’église Saint-Maurice réservent leurs voix pour les sonneries religieuses. Encore aujourd’hui, les sonneries civiles sont reservées à la cloche municipale située sur le toit de la mairie. Récemment rénové, le bâtiment abrite encore une horloge mécanique en fonctionnement, remontée chaque lundi matin par le cantonnier ! Installée en 1890 par Louis Delphin Odobey de Morez (Jura), elle actionne une cloche légèrement inférieure à 100 kilos qui chante un « fa dièse 4« . Une autre cloche plus petite (une treintaine de kilos) fut livrée pour sonner les temps d’école. Déposée il y a quelques années déjà, elle accueille les visiteurs dans le hall de la mairie, permettant de lire de près sa signature « L. D. Odobey horloger à Morez Jura, 1889 ». A-t-elle été fondue par l’horloger lui-même ? Pas sûr ! Il est en effet réputé qu’il ne fondait pas lui-même ses cloches mais confiait ce travail aux grandes fonderies de l’époque : Burdin, Drouot, Farnier (Dijon)… Qui n’apposait pas leur signature sur les cloches horlogères. La cloche déposée de Vulbens semble prouver que la cloche fut faite par les ateliers Drouot (Nord), comme en témoigne sa calligraphie et ses frises à perles.

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Mes remerciements à :
M. Gérard Giniez, sacristain, pour l’ouverture du clocher de l’église et les sonneries spéciales lors de mes deux visites (2012 et 2024).
M. Michel Brand, pour l’organisation du rendez-vous de 2024 à l’église.
M. Dominique Ernst pour l’accompagnement lors de ma seconde visite à l’église et la mise à disposition d’archives.
M. Florent Benoit, maire, pour l’autorisation d’accéder à l’horloge municipale et M. Ludovic Maillet pour l’accompagnement sur place.

Sources & Liens :
La Salévienne
Bulletin Municipal de Vulbens, 2011
Relevé personnel
Fonds privés

Annecy – Eglise Saint Bernadette

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Bâtie en 1964-1965, l’église Sainte Bernadette est visible de tout le quartier, avec son clocher élancé tel un silo en béton. Son architecture, alliant beauté, simplicité et art contemporain, offre un certain recueillement, ce qui lui vaut encore aujourd’hui une grande assemblée lors des offices.

Les trois cloches de l’église ont été fondues à la fin du XXe siècle par Paccard. Elles sonnent le Ré bémol, Mi bémol et Fa (octave 4). Elles pèsent entre 250 et 100 kilos.

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Annecy – Eglise Saint-Maurice

A la découverte de la Venise savoyarde
Annecy, préfecture de la Haute-Savoie, doit une grande partie de son attractivité à son cadre naturel exceptionnel entre le lac d’Annecy et les montagnes alpines, ainsi qu’à sa proximité avec Genève. Son centre ancien, traversé par le Thiou et dominé par le Palais de l’Isle, témoigne d’une histoire ancienne : après des occupations préhistoriques et le vicus gallo-romain de Boutae dans la plaine des Fins, détruit lors des invasions, la population se replie sur la colline d’Annecy-le-Vieux avant la fondation d’« Annecy-le-Neuf » au XIᵉ siècle autour du Château d’Annecy.
Devenue capitale des comtes de Genève puis intégrée à la Maison de Savoie en 1401, la ville acquiert une importance religieuse majeure au XVIᵉ siècle lorsque l’évêque de Genève s’y réfugie après la Réforme. Elle devient alors un centre de la Contre-Réforme, marqué notamment par l’action de saint François de Sales. Transformée au XIXᵉ siècle par l’industrialisation, l’arrivée du chemin de fer et l’aménagement urbain, Annecy poursuit ensuite son développement touristique et économique, jusqu’à devenir aujourd’hui une ville dynamique de plus de 130 000 habitants après sa fusion avec cinq communes limitrophes en 2017.

Pour une introduction complète, se référer à l’article sur la cathédrale Saint-Pierre d’Annecy.

Le vœu du cardinal de Brogny
Jean Fraczon, dit Jean Allarmet de Brogny, est un grand homme d’Église né en 1342 au hameau du Petit-Brogny, dans une famille de paysans aisés. Il étudie à Genève puis à l’université d’Avignon, où il obtient un doctorat en droit et entame une carrière ecclésiastique. Créé cardinal en 1385, il cumule plusieurs charges importantes, lui permettant de percevoir de nombreux revenus, et devient l’un des hommes forts de l’Église durant plusieurs décennies. Pendant le Grand Schisme d’Occident, il exerce de hautes responsabilités qui contribuent à maintenir une certaine continuité dans le gouvernement de l’Église. Il joue notamment un rôle majeur au Concile de Constance (1414-1418), qui met fin au schisme avec l’élection du pape Martin V. Il meurt à Rome en 1426 après avoir fondé plusieurs institutions religieuses et éducatives, notamment un collège pour étudiants pauvres à Avignon. Parmi ses largesses, le couvent des dominicains d’Annecy — devenu l’actuelle église paroissiale Saint‑Maurice — en fait partie. C’est en effet lui qui implantera cette communauté dans sa ville natale, après avoir obtenu du pape Martin V l’autorisation d’installer un des ordres mendiants dans cette cité en plein essor. Mais cette fondation interroge, car les dominicains avaient tendance à s’installer deux siècles auparavant dans des villes bien plus importantes que l’était Annecy au XVe siècle, avec moins de 1’500 habitants en 1412. Brogny coucha alors cette communauté nouvelle sur son testament, pour que la moitié de son héritage leur soit attribué pour l’entretien du couvent et l’acquisition de livres, ornements vêtements liturgiques. En retour, le couvent devra dire une messe des morts chaque jour.

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La plus vieille église d’Annecy
Dès 1422, on se met à la tâche pour construire une église conventuelle. Mais la mort du cardinal, en 1426, sembla freiner la construction de l’église, qui n’était alors guère avancée. Les dominicains ne reçurent du défunt que 2 000 florins, un calice d’argent et quelques ornements pour l’église. C’était toutefois sans compter sur d’autres nobles des environs qui donnèrent à leur tour de quoi achever la construction. Il convient toutefois de préciser que les frères, surpris par le décès brutal de leur bienfaiteur et par la modicité de l’argent reçu à cette occasion, furent contraints de revoir leurs ambitions à la baisse. C’est finalement le 14 septembre 1445 que l’église est consacrée sous le vocable de Saint-Nicolas, bien qu’elle soit encore inachevée : il fallait en effet poursuivre parallèlement la construction du couvent, et la communauté devait donc orienter les fonds au gré des urgences. Lors de la construction du clocher, on remarqua rapidement que celui-ci penchait vers le nord et entraînait avec lui tout le chœur de l’édifice. Les travaux furent alors suspendus pendant un temps, par crainte que le chœur ne s’effondre. Deux témoins de cet épisode subsistent encore aujourd’hui : la base du clocher, inclinée, ainsi que le chœur de l’édifice, notamment les piliers penchés, visibles à l’œil nu. Si l’œuvre initiale se voulait grandiose, les frères durent se contenter, dans un premier temps, d’une simple nef couverte d’une charpente rudimentaire, avec un jubé séparant la nef du chœur, des stalles et un sanctuaire pour la célébration de la messe. À la fin du XVe siècle, les travaux s’accélèrent avec l’édification de chapelles latérales au nord et, grâce à l’important legs de Jean Magnin, la construction d’une voûte gothique, comme le stipulait son testament de 1493. En 1507, la construction du clocher est reprise. Détruit à la Révolution — seule sa base des XIVe et XVe siècles a été conservée —, il n’est connu aujourd’hui que par quelques illustrations sommaires : les deux derniers niveaux étaient percés de trois baies et un discret clocheton, posé sur un toit à quatre pans, soutenait une flèche élancée vers le ciel. Dans l’église conventuelle achevée, plusieurs modifications seront apportées au fil du temps. Nous en détaillerons quelques-unes, comme par exemple l’ajout d’un orgue sur le jubé en 1557. Cette installation nécessita la construction d’une chaire pour les prêches, qui se faisaient alors depuis ce même jubé. Si l’édifice gothique « savoyard » ou « tardif » possède quelques touches baroques — comme le retable de la chapelle de Savoie-Luxembourg dédiée à la Vierge —, le XVIIIe siècle, dernier de la présence des dominicains à Annecy, fut en effet très prospère pour la communauté.

De Saint-Dominique à Saint-Maurice
En 1792, la Révolution entre en Savoie. Il est rapidement décrété que les communautés religieuses sont dissoutes et que leurs biens sont confisqués. Les dominicains sont alors chassés de leur couvent, sans jamais pouvoir y revenir. Pendant quelques mois, l’église Saint-Dominique accueille la communauté paroissiale d’Annecy : l’ancienne église Saint-Maurice, située à l’ombre du château, a été interdite d’accès car elle menaçait ruine. Cette dernière ne se relèvera d’ailleurs pas des épreuves que toutes les églises durent alors subir, à Annecy comme ailleurs. L’interdiction du culte donne bientôt à l’église Saint-Dominique un tout autre usage : son chœur est transformé en fenil militaire. Devenue propriété communale, l’église subit de nouvelles transformations imposées par l’époque. Son clocher — le dernier de la ville à subsister — est finalement rasé à hauteur de la nef. Celle-ci abrite d’ailleurs pendant quelque temps la guillotine révolutionnaire, qui ne sera toutefois jamais utilisée. L’édifice est ensuite transformé en grenette municipale. Rendue au culte au début du XIXᵉ siècle, l’église devient alors l’une des deux églises paroissiales d’Annecy avec l’actuelle cathédrale. L’ancienne église des dominicains prend ainsi le vocable de Saint-Maurice, prolongeant l’histoire de la paroisse primitive et de son église disparue. La première décision du nouveau curé, l’abbé Bouvet, est de faire détruire le jubé afin d’acter la transformation de l’église conventuelle en église paroissiale. C’est sous son ministère que l’édifice retrouve progressivement ses lettres de noblesse grâce à une première restauration générale. En 1822, un séisme endommage l’église et contraint la municipalité à entreprendre d’importants travaux. L’achèvement d’un nouveau clocher, en 1827, marque la renaissance de l’église Saint-Maurice. Malgré ces travaux, l’édifice continue de subir le poids des siècles et les atteintes du temps. Une grande restauration est ainsi menée entre 1848 et 1849 afin de le sauver d’une ruine certaine. Un orgue Merklin est installé sur la tribune grâce à un legs du curé Jorat, décédé en 1868. En 1875, l’église fait l’objet d’une nouvelle restauration importante destinée à la préserver. Plusieurs projets sont alors proposés pour transformer son aspect, mais aucun ne sera finalement retenu. En 1897, l’église reçoit un décor peint. Puis, en 1956, une nouvelle restauration majeure épure l’intérieur de l’édifice. L’orgue est reconstruit en 1967 par Athanase Dunand, facteur d’orgues à Lyon. Par la suite, la municipalité entretient l’église, bon an mal an, jusqu’à la dernière grande campagne de restauration. Après deux années de travaux et trois millions d’euros investis, l’édifice est rouvert au culte le 11 septembre 2016.

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L’ensemble campanaire à l’épreuve de la Révolution
Des cloches contemporaines des Dominicains, nous ne savons presque rien. On sait toutefois qu’au moment de la Révolution, cinq cloches furent descendues du clocher. Leur destin fut funeste : elles furent brisées et destinées à la fonte. L’une d’elles, pesant 230 livres, prit ainsi la route de Pont-d’Ain le 10 mars 1794, accompagnée de 4 212 livres de bronze provenant de cloches déjà brisées. L’année suivante, le 3 août 1795, dix quintaux de bronze furent encore remis au citoyen Goldschmidt, qui venait d’établir une manufacture de limes dans les anciens bâtiments conventuels. Il est toutefois difficile d’affirmer que ces quantités de métal provenaient exclusivement des cloches de Saint-Dominique. En effet, toutes les cloches d’Annecy et des paroisses voisines étaient alors destinées à être rassemblées sur la place de la Liberté, au pied du clocher de Notre-Dame-de-Liesse, avant d’être fondues. Cette place existe toujours aujourd’hui, bien qu’elle ait repris le nom de l’église qu’elle dessert : la place Notre-Dame. Ainsi, les cloches de Saint-Dominique semblaient promises à disparaître à jamais. Une seule, la plus grosse, connut pourtant un destin différent.

Le jeu des chaises musicales
Attardons-nous alors sur cette grosse cloche. Son histoire remonte au 13 juin 1768, date de sa bénédiction. Nul doute qu’elle en remplace une plus ancienne qui fêla peu de temps avant. Elle eut pour parrain le marquis de Sales. Le nom de son fondeur ne nous est pas parvenu ; toutefois, tout porte à croire qu’elle sortit de la main de Louis Léonard de Morteau (25), qui réalisa la même année deux cloches pour la collégiale Notre-Dame-de-Liesse. Au moment de la Révolution, la cloche fut transportée et placée au sommet du clocher de l’ancienne collégiale afin de rythmer la vie municipale. Elle était alors réputée « de toute grandeur », c’est-à-dire de très forte dimension. Les événements révolutionnaires ne l’épargnèrent pas entièrement : elle en conserva quelques balafres. Malgré cela, elle continua de sonner pendant près d’un siècle encore, jusqu’en 1878, année où elle fut refondue et considérablement agrandie, atteignant le poids vertigineux de 5 105 kilogrammes. Le poids de l’ancienne cloche de Saint-Dominique nous est connu grâce aux échanges conservés entre la fabrique de Notre-Dame et la fonderie Paccard, chargée de sa refonte : elle pesait alors 2 021 kilogrammes.

À l’inverse, en 1807, le curé Bouvet réclama une cloche qui gisait alors au pied du clocher de l’ancienne collégiale Notre-Dame-de-Liesse. Fondue en 1561 par François Sermond (ou Franz Sermund), originaire de Bormio, en Valteline, et établi à Berne, où il se distingua par la fonte de remarquables cloches suisses encore conservées aujourd’hui. Elle constituait alors la seconde cloche de l’ensemble campanaire de la collégiale avant la Terreur. La collégiale ayant été dissoute et ses ruines se trouvant alors sur le territoire de la paroisse de Saint-Maurice, le curé s’appuya sur un décret de Napoléon, daté de 1805, pour en exiger l’installation dans son clocher. Il obtint cette faveur en 1807. Nous ignorons toutefois ce que devint la cloche durant les deux décennies suivantes, avant qu’elle ne rejoigne son perchoir définitif dans le clocher achevé en 1827. Cette belle cloche porte, en latin, la maxime suivante : Mentem sanctam spontaneam, honorem Deo et patriae liberationem, que l’on peut traduire par : « Un esprit saint et spontané, l’honneur à Dieu et la libération de la patrie ». Cette devise, traditionnellement attribuée à sainte Agathe, se rencontre fréquemment sur les cloches de cette époque en Pays de Savoie. La mention de la « libération de la patrie » renvoie certainement à la restitution des terres savoyardes intervenue en 1560, après leur occupation par le roi de France depuis 1536. La cloche a malheureusement perdu deux anses et présente des bords très ébréchés, sans doute les cicatrices laissées par la période de la Terreur et par ses déplacements entre les deux clochers. Ces blessures n’altèrent toutefois pas la puissance et la beauté de sa tonalité. Outre ses qualités sonores, la cloche offre également un décor remarquable pour qui peut l’observer de près. On y voit saint Antoine ou encore les armes de la collégiale — l’étoile à huit rais — surmontées d’un beau crucifix. Une grande croix florale domine également le cartouche du fondeur. Au pied de celui-ci figure un petit animal que l’on interprète tantôt comme un lézard, tantôt comme une salamandre. L’inscription, placée au sommet de la robe, est parfaitement lisible et les lettres sont d’une grande netteté, ce qui est assez rare pour une cloche du XVIᵉ siècle. La cloche fut tournée d’un quart de tour, probablement à la fin du XIXᵉ siècle, afin d’éviter une usure excessive des mêmes points de frappe qui aurait pu provoquer une fêlure. C’est de cette époque que datent aussi son joug en bois et son battant, quoique ses ferrures de fixations aient été refaites il y a pas si longtemps. Ce remarquable objet est classé monument historique depuis le 2 août 1911. Ce n’est toutefois pas la plus ancienne cloche d’Annecy, titre qui revient à l’ancienne cloche de la porte Sainte-Claire, datée de 1556 et coulant aujourd’hui une retraite paisible dans les réserves du château d’Annecy.

La grande cloche, provenant de Notre-Dame-de-Liesse :

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La reconstruction du clocher et la fonte contestée d’une cloche
Comme indiqué plus haut, le clocher fut rasé jusqu’à la hauteur de la nef durant la Révolution. Sa reconstruction ne fut véritablement envisagée qu’au cours des années 1820. Les plans de Louis Ruphy donnèrent à la nouvelle tour une esthétique pleinement inscrite dans son époque : son style s’éloigne nettement de la nef gothique pour adopter un langage résolument néoclassique. Si ce clocher peut rappeler celui de la cathédrale Saint-Pierre, l’impression n’est pas trompeuse : l’influence est bien réelle, et la plume de l’architecte également. À l’étage des cloches, la tour s’ouvre par trois baies à l’est et à l’ouest, tandis que les faces nord et sud sont percées d’une élégante serlienne, motif cher à Ruphy. L’ensemble est couronné par un charmant dôme qui achève d’élancer la silhouette du clocher. Pour garnir cette nouvelle tour, le curé Bouvet entreprit la fonte d’une seconde cloche, bien qu’il estimât qu’une église de cette importance devrait en posséder quatre. Afin de réduire la dépense, il décida d’utiliser une cloche remisée qui appartenait alors à la paroisse de Gevrier. Il faut rappeler que cette paroisse avait été supprimée à la Révolution et que ses biens avaient été transférés à la paroisse de Saint-Maurice. L’histoire de cette cloche est toutefois singulière. Datée de 1639, elle n’avait en réalité pas été coulée pour Gevrier, mais pour une autre église dédiée à saint Étienne, celle de Dingy-Saint-Clair. Comme beaucoup d’autres instruments d’airain des environs, elle fut déposée à Annecy lors de la centralisation des cloches ordonnée à l’époque révolutionnaire. Dès 1796, les paroissiens de Gevrier la récupérèrent. La présence sur la cloche du nom de saint Étienne, patron de leur paroisse, a sans doute favorisé — ou du moins facilité — cette attribution erronée, tandis que ses parrain et marraine attestaient de son appartenance à l’église de Dingy. Lorsque le curé Bouvet décida de la récupérer, les paroissiens de Gevrier s’y opposèrent vivement. Malgré ces protestations, il obtint néanmoins la cloche et la fournit aux fondeurs. L’affaire ne s’éteignit pas pour autant : les habitants de Cran tenteront encore à plusieurs reprises d’en revendiquer la restitution, notamment lors de la création d’une nouvelle paroisse sur leur territoire en 1869. Pour financer la cloche fondue en 1826, le curé Bouvet apporta également 596 livres d’airain provenant d’une cloche cassée, ce qui permit de réduire quelque peu la dépense. Malgré ces apports de matière et quelques dons, la somme nécessaire ne fut pas immédiatement réunie, et la cloche demeura hypothéquée les années suivantes. Le curé s’en inquiétait d’ailleurs dans sa correspondance, indiquant encore en 1829 que les créanciers se réservaient même le droit de vendre la cloche si le paiement venait à paraître compromis. Cette cloche, d’un style encore marqué par le baroque, fut fondue le 6 juillet 1826 par Claude Paccard, à Quintal. Elle ne fut cependant bénie que le 29 juin 1827. Les inscriptions sont en relief uniquement pour la maxime latine — tirée du psaume 150 — ainsi que pour le nom de la paroisse et le début de la mention des parrains et marraines. Le reste des inscriptions, notamment les noms des bienfaiteurs Pierre-François et Sophie de Sales, a été ajouté ultérieurement par un certain Guillot. La cloche est également ornée de plusieurs figures : un Christ, une Vierge à l’Enfant, ainsi qu’un évêque mitré et crossé, très probablement François de Sales.

La cloche de 1826 :

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Deux cloches, deux fondeurs, une seule année
Avant de clore cet article, il convient de présenter les deux plus petites cloches de l’église. Toutes deux portent la même date : 1867. Leur origine diffère cependant. La plus petite fut fondue à quelques kilomètres de là par les frères Paccard, tandis que l’autre — plus imposante — provient d’Unieux, dans la Loire. Elle fut réalisée par les aciéries Holtzer et présente une particularité notable : il ne s’agit pas d’une cloche en bronze, mais en acier. Si l’inventaire des cloches de Haute-Savoie demeure encore incomplet à l’heure où ces lignes sont écrites, les exemples de cloches en acier semblent particulièrement rares dans nos vallées. À ce jour, les deux seuls autres exemplaires identifiés auraient été réalisés la même année pour l’église de Ville-en-Sallaz, ce qui souligne le caractère singulier de la pièce conservée ici. La comparaison entre les deux cloches se révèle d’ailleurs instructive. L’emploi de l’acier répondait avant tout à une logique économique : nettement moins coûteux que le bronze, ce matériau permettait aux paroisses de se doter d’une cloche de dimension plus importante à moindres frais. Ce choix n’était toutefois pas sans contrepartie. Avec le temps, la cloche d’acier a sensiblement moins bien vieilli : la corrosion y progresse aisément et altère progressivement l’instrument. Sur le plan sonore également, la différence est perceptible : le timbre se révèle plus sec, et la résonance sensiblement plus brève que celle d’une cloche de bronze. L’ornementation elle-même traduit cette fabrication plus industrielle. La cloche d’acier, décorée d’une croix et d’une silhouette évoquant la Vierge à l’Enfant, ne porte aucune inscription véritable, sinon la signature du fondeur. La plus petite cloche — aujourd’hui inutilisée en raison de ses dimensions modestes — se montre quant à elle plus diserte. On peut y lire l’inscription suivante : « Paroisse de Saint-Maurice d’Annecy – Révérend F. Jorat, curé », suivie de la signature des fondeurs. Ajoutons que le chanoine François Jorat, curé de Saint-Maurice de 1858 à sa mort en 1868 fit des fondations pieuses pour sa paroisse. Ainsi s’achève la présentation de l’ensemble campanaire. On ne manquera pas d’y voir un discret clin d’œil de l’histoire : les aciéries Holtzer coulèrent ici une cloche pour une paroisse voisine de celle que fréquentait alors la famille Paccard, dont la fonderie allait bientôt s’imposer parmi les plus importantes de France. Cette cloche est d’ailleurs isolée des trois autres, séparée par une travée vide dans l’imposant beffroi, prêt à accueillir de nouvelles cloches. Les trois cloches de bronze se partageant alors les deux travées sud du beffroi : la grosse cloche seule, et les deux cloches Paccard dans la travée sud, la cloche de 1826 légèrement déportée vers l’ouest, laissant alors la place à la plus petite qui sonne dans l’axe perpendiculaire des autres, ne demandant qu’une nouvelle corde pour se joindre aux carillons de ses grandes sœurs.

La cloche Holtzer, en acier :

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La petite cloche inutilisée :

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Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Franz Sermund 1561 146,5 ~1950 Ré 3
2 Claude Paccard 1826 108 ~800 Sol 3
3 Jacob Holtzer 1867 85,5 ~250 Si 3
4 Paccard frères 1867 41 ~50 La 4

Mes remerciements nourris à :

  • Le père Vincent Rossat, curé de la paroisse Sainte-Jeanne-de-Chantal, pour son aimable autorisation.
  • M. Jean-Luc Fournier, sacristain, pour l’ouverture des portes et l’accompagnement sur place.
  • M. Christian Regat, vice-président des Amis du Vieil Annecy et membre de l’Académie de Savoie, pour la belle organisation de cette étape.
  • Mes amis helvètes Claude-Michaël Mevs dit « Quasimodo » et Dominique Fatton, pour l’indispensable aide à la réalisation de ce reportage.

Sources & Liens :

  • REGAT, Christian, Annecy, l’église Saint-Maurice : ancienne église conventuelle Saint-Dominique, dans Annesci, n° 54, Société des Amis du Vieil Annecy, 2020.
  • MERCIER, abbé J.-M., Vie de M. Bouvet dit « l’oncle Jacques », curé de Saint-Maurice d’Annecy, Annecy, Imprimerie Abry, 1870.
  • Mémoires et documents publiés par l’Académie salésienne, tome XXV, Annecy, Académie salésienne, 1902.
  • Fonds privés
  • Relevé personnel
  • Clichés personnels

Meythet – Eglise Saint Paul

De petit village à ville-préfecture
Ancienne commune de Haute-Savoie, Meythet est depuis 2017 une commune déléguée d’Annecy, intégrée lors de la grande fusion de six communes qui a alors doublé la population de la ville nouvelle. Forte de ses huit mille habitants, Meythet fut longtemps un simple bourg de quelques centaines d’âmes jusqu’au milieu du XXe siècle, avant de connaître une expansion spectaculaire. Son nom proviendrait soit du latin mansus, soit du gaulois maes, évoquant un champ ou une maison. Le territoire s’étend en rive droite du Fier, sur un plateau relativement plat qui favorisera alors les exploitations agricoles. Ce site s’est révélé propice à l’urbanisation… et à l’édification d’une paroisse.

De Saint Martin à Saint Paul
L’église Saint-Paul de Meythet fut consacrée en 1998. Elle est, à ce jour, la plus récente du diocèse d’Annecy et donc du département de la Haute-Savoie. Pour autant, les choses ne sont pas si simples. Si, en termes strictement factuels, cette église est bien la dernière-née, elle constitue surtout, d’un point de vue symbolique, un retour aux sources pour cette ancienne commune. En effet, en remontant les siècles, on découvre l’existence d’une ancienne paroisse placée sous le vocable de saint Martin de Tours. Quant à son origine, elle demeure difficile à établir, comme c’est le cas pour nombre de paroisses anciennes. Un document conservé aux Archives du Vatican mentionne néanmoins qu’un chapelain de “Maytez” percevait chaque année un revenu d’une livre et d’un sol. L’ancienne église subit au fil du temps de nombreuses péripéties, notamment en raison de son exposition aux crues du Fier. Les paroissiens avaient bien tenté de se prémunir de ces débordements en édifiant des digues, mais celles-ci se révélèrent parfois insuffisantes. Au début du XVIIIᵉ siècle, l’idée de déplacer l’église vers un site plus sûr fut envisagée, mais elle ne se concrétisa jamais. La Révolution française porta un coup fatal au sanctuaire : dépouillée et malmenée, l’église ne s’en releva pas. Le renouveau religieux du début du XIXᵉ siècle ne fut pas favorable à Meythet, contrainte de se rattacher à Épagny pour les affaires spirituelles. L’église de Meythet fut alors désacralisée. Vendue en 1831, elle devint une grange avant de disparaître peu après. Quelques décennies plus tard, Meythet se tourna vers Gevrier. L’érection d’une nouvelle paroisse en 1869, au bord du Fier entre Meythet et Gevrier, attira vivement l’attention des autorités. Après de longues tractations, Meythet fut rattachée à cette paroisse dite des Forges en 1873. Cette union ne devait toutefois pas être définitive. En 1964, Mgr Jean Sauvage, évêque d’Annecy, érigea de nouveau la paroisse de Meythet. Saint Martin demeura à Tours : on lui préféra l’apôtre Paul de Tarse. Une chapelle provisoire fut alors construite à Meythet, mais l’église paroissiale resta celle de l’Annonciation, édifiée un siècle plus tôt par les Forges de Cran-Gevrier.

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L’église la plus récente du diocèse
Mais cette chapelle provisoire, simple bâtiment fonctionnel orné d’une croix, n’avait pas vocation à durer. Au bout de vingt-cinq ans d’existence de la paroisse, l’idée de la construction d’une nouvelle église est relancée. Cette fois-ci, le projet progresse concrètement : un comité se constitue autour de l’architecte retenu, Jacques Hergott, le tout avec la bénédiction de l’évêque d’Annecy. Dès 1989, le projet évolue et, en moins d’une décennie, il devient réalité. Pour en assurer le financement, de nombreux leviers sont actionnés : vente de terrains paroissiaux, souscriptions, mais aussi organisation d’événements dédiés. En 1995, le permis de construire est accordé et, en 1996, Mgr Hubert Barbier, évêque d’Annecy, pose et bénit la première pierre d’une nouvelle église pour son diocèse. À Pâques 1998, les paroissiens prennent congé de leur chapelle provisoire avant d’entrer pour la première fois dans leur nouvelle église, qui sera consacrée le 11 octobre de la même année. En franchissant le seuil de l’édifice, le visiteur découvre une magnifique fresque du Christ ressuscité, œuvre de l’artiste Arcabas. Construite en béton, l’église de Meythet permet une disposition que nombre d’églises plus anciennes ne pouvaient offrir : un vaste espace intérieur sans aucun pilier porteur. Seules douze petites colonnes, évoquant les apôtres, prennent place dans le monument. Elles entourent les bancs de la nef et le chœur, comme pour enlacer prêtres et fidèles. La plupart d’entre elles ne sont d’ailleurs pas porteuses et relèvent d’un choix purement symbolique. Dans le narthex subsiste toutefois le baptistère de l’église Saint-Martin, unique vestige de cet ancien édifice jadis situé non loin de là, qui accueillait autrefois les prières des quelques feux composant ce village rural, devenu aujourd’hui commune déléguée de la préfecture de la Haute-Savoie.

Une cloche plus ancienne
Le campanile voisin de l’église ne faisait pas partie du projet initial. Il put toutefois voir le jour grâce aux excédents financiers dégagés lors de la construction. Cette tour abrite une imposante cloche, un petit carillon et une horloge, le tout surmonté d’une croix, élément incontournable de tout clocher. L’ouvrage, composé de deux ailes de béton reliées par quelques dalles, est d’un accès peu aisé ; heureusement, des archives et relevés complets en documentent l’intérieur, même si l’auteur n’a pas résisté à l’envie d’y monter afin de compléter les inventaires photographiques. La cloche principale mérite une attention particulière. Nommée Georgine-Augustine, elle pèse 892 kg et date de 1898, soit près d’un siècle avant la consécration de l’église de Meythet. Cette apparente anomalie s’explique par son origine : elle provient de l’église des Forges, dite première église de l’Annonciation. Érigée en 1869 par l’entreprise des Forges de Cran, celle-ci fut d’abord dotée d’une cloche de 350 kg, qui se fendit en 1898. La fabrique de Gevrier décida alors de son remplacement, la paroisse ayant grandi avec l’annexion de Meythet. Les frères Georges et Francisque Paccard proposèrent deux projets : une cloche d’une tonne ou une autre de 840 kg, le métal de l’ancienne étant déduit du coût. C’est cette seconde option qui fut retenue. Meythet participa à hauteur de 250 francs, la commune de Gevrier compléta le financement et une souscription paroissiale couvrit le solde. L’inscription de la cloche rappelle sa vocation première : appeler les fidèles à l’église, « un jour passé dans la maison du Seigneur valant mieux que mille années dans le siècle », et mentionne parrain, marraine, curé et maires des deux communes. En 1911, une seconde cloche, Joséphine-Antoinie, de 461 kg, fut ajoutée. Cette cloche indique d’ailleurs qu’elle répond à sa grande sœur. Lorsque l’église des Forges fut désacralisée en 1994, à la suite de la construction d’une nouvelle église de l’Annonciation à Cran-Gevrier, les deux cloches furent descendues. La petite resta à Cran-Gevrier, tandis que la grande fut confiée à la paroisse de Meythet, alors en pleine gestation de son église. Après trois années d’attente, Georgine-Augustine fut hissée dans le campanile en 1997. Autrefois compagnes de clocher, aujourd’hui séparées d’environ 1 500 mètres, il arrive encore qu’elles sonnent de concert, au gré des vents.

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Un carillon pour le nouveau millénaire
Mais les affaires campanaires ne s’arrêtent pas là à Meythet. À l’aube du nouveau millénaire, le curé bâtisseur Daniel Barrel projette l’installation d’un petit carillon au sommet du campanile. Douze cloches sont d’abord envisagées ; ce seront finalement dix-sept cloches qui seront fondues à Sévrier le 19 octobre 2000, puis installées le 24 novembre suivant. Pesant entre 115 et 22 kg, elles couvrent un peu plus d’une octave, du sol⁴ au do⁶, selon une gamme chromatique privée du premier la bémol. Cet ensemble permet l’exécution de diverses mélodies, au gré des baptêmes, des mariages ou simplement du temps qui passe. Le prêtre bâtisseur n’hésita d’ailleurs pas à composer lui-même plusieurs airs, encore joués aujourd’hui depuis le sommet du campanile. Chaque cloche porte en inscription sa note musicale, la signature du fondeur, le nom de la paroisse ainsi que la mention « Jubilé An 2000 », accompagnée du logo de l’événement — à l’exception des six plus petites, qui n’en portent que le texte. Les quatre cloches les plus imposantes reçoivent en outre des inscriptions inspirées du psaume 150 : « Daniel Barrel, curé » ; « Cordes, flûtes et harpes, jouez pour le Seigneur ! » ; « Cors, hautbois et cymbales, résonnez pour le Seigneur ! » ; « Trompettes, orgues et cloches, sonnez pour le Seigneur ! ». L’horloge qui complète le clocher résulte quant à elle d’une volonté municipale, pleinement partagée par les autorités religieuses. Ainsi, à Meythet, entre la grande cloche, le carillon et le cadran, il est aujourd’hui difficile d’y voir midi à quatorze heures !

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Des cloches oubliées…
L’église Saint-Martin de Meythet abritait elle aussi des cloches. Si leur histoire demeure très mal connue, elle est toutefois bien documentée pour les années de la Révolution. Au nombre de deux, elles pesaient respectivement 120 et 132 livres d’Annecy. Descendues toutes deux en 1794 afin d’être amenées à Annecy, place de la Liberté, leur destin semblait alors scellé : elles allaient être détruites, comme des milliers d’autres en France, et transformées en matière première pour la fabrication de canons et de monnaie. Quelques mois plus tard, Meythet put toutefois récupérer ses cloches… mais la plus lourde avait déjà été détruite. Afin de pallier ce manque, une cloche de 183 livres, provenant d’Annecy — sans que l’on connaisse l’édifice d’origine — fut alors attribuée à Meythet. Or, comme nous l’avons vu plus haut, Meythet ne redevint pas une paroisse autonome et l’église fut finalement détruite. Que sont alors devenues ces deux cloches ? Deux hypothèses s’affrontent. La plus probable est celle d’un transfert vers Épagny, voyage sans retour. On peut aisément imaginer que les cloches y furent ensuite refondues pour en réaliser de plus grandes. La seconde hypothèse suppose qu’elles soient restées dans l’église en ruines et qu’elles aient été vendues avec l’édifice en 1831. Toutefois, il était très rare que des cloches — airain sacré et objet de valeur — aient été laissées dans un édifice désacralisé au devenir incertain.

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Georgine-Augustine G&F Paccard 1898 115 892 Fa 3
Carillon Fonderie Paccard 2000 Total : 877 Sol4…Do6

Mes remerciements à :
M. Christophe Mugnier, référent paroissial de Meythet, pour l’accès au clocher et les sonneries spéciales.
M. Christian Regat, historien spécialiste des Savoie et -entre autres- vice-président des Amis du Vieil Annecy, pour l’organisation de cette visite.
Mes amis Claude-Michaël Mevs, Dominique Fatton, Arthur Auger et Paul-Elie Rose pour la contribution à ce reportage.

Sources & Liens :
Barrel, Daniel. Dans la lumière du Ressuscité : Église Saint-Paul de Meythet. Paris : Bayard, 2005.
Archives paroissiales de Meythet
Archives communales de Cran-Gevrier
Archives communales de Meythet
Paroisse Saint-Luc entre Fier et Mandallaz
Les Amis du Vieil Annecy
Relevé sur site
Fonds privés
Clichés personnels

Cranves-Sales – Eglise Saint Jean-Baptiste

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Cranves-Sales est aujourd’hui le fruit de deux paroisses qui ont fusionné il y a plus de deux siècles, au lendemain du Condordat. L’église de Cranves, actuelle église paroissiale, remonte au XIIIème siècle (clocher). Placée dès l’origine sous le vocable de Notre Dame, elle est aujourd’hui protégée par Saint Jean-Baptiste. L’église de Sales, rendue à la vie civile, était vouée à Saint Férréol et Saint Fergeux.
Le clocher de l’église de Cranves-Sales a été décapité lors de la Révolution. Son bulbe a été refait au cours du XIXe siècle. L’église est remaniée en 1890. L’ancien chœur était à l’emplacement de l’actuelle sacristie. Le transept réutilise la nef tandis qu’une nouvelle a été bâtie perpendiculairement. En 1957, les fresque du chœur ont été dessinés sous le pinceau de Nicolas Grechny. L’église a profité d’une dernière cure de jouvence en 2008.

La grande cloche, signée Claude et Jean-Pierre Paccard (deuxième génération) fut financée par souscription. La plus petite cloche, datée de 1883, est une refonte d’une ancienne cloche. Nous avons aucune information sur cette dernière. La même année, une horloge fut installée dans le clocher.

Cloche 1 : Paccard Claude & Jean-Pierre, 1838 – 950 kilos – Fa3 +3
Cloche 2 « Pauline » : Gustave Tréboux, 1883 – 450 kilos – La3 -4

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Détails de la petite cloche signée Gustave Tréboux.

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Sincères remerciements à M. le Maire de Cranves-Sales et son équipe pour les autorisations, M. Guérini pour les démarches et à M. Thomasson, sacristain, pour son accueil et sa gentillesse.

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Reignier-Esery – Eglise Saint Martin

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L’église Saint Martin de Reignier a été bâtie de 1843 à 1845 dans un style néoclassique sarde de type ‘halle’. Consacrée en 1846, ses dimensions sont à la hauteur de la commune. La tour-clocher est édifiée en 1868, pour un prix supérieur à celui de l’église.

Cloche 1 : Frères Paccard, 1866 – 2’068 kilos – Do Dièse 3

Cloche 2 : JD & B Dreffet, 1807 – 1’100 kilos – Mi3

Cloche 3 : Les Fils de G. Paccard, 1919 – 535 kilos – Sol Dièse 3

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Un grand merci à M. Shaer pour l’accès au clocher et les sonneries spéciales.