Marignier – Eglise Saint-Maurice

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Les origines d’une paroisse à Marignier demeurent assez vagues. En 1209, celle-ci est citée sous le patronage de saint Sulpice, évêque de Bourges. Il est fort probable que le premier édifice religieux de Marignier, remontant à cette période, soit roman. Des sépultures du XVIIIe siècle retrouvées autour du sanctuaire actuel témoignent que l’église est installée sur cette parcelle depuis des siècles. C’est à cette période qu’est bâti le clocher vraisemblablement au même moment que l’église. L’église baroque est détruite en 1838 car menaçant de s’effondrer. Le nouvel édifice néo-classique est construit dès 1841 et consacré en 1846. Le clocher à bulbe à l’architecture typique de nos montagnes survit une première fois. En 1956, l’histoire se répète : l’édifice menace une nouvelle fois de s’écrouler. La commune fait alors appel à Maurice Novarina, architecte thonnonais connu pour ses remarquables réalisations religieuses comme l’église Notre-Dame-du-Léman à Thonon-les-Bains, sa ville natale, ou encore l’église Notre-Dame-de-Toutes-Grâces à Passy, près du Mont-Blanc. Comme ses prédécesseurs en 1841, il tient à conserver le clocher. C’est probablement lors de la consécration de la nouvelle église en 1958 que la paroisse prend pour protecteur saint Maurice, patron -entre autres- du Duché de Savoie, des chasseurs alpins et des célèbres gardes suisses du Vatican.

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La tour clocher abrite trois cloches, toutes trois du XIXe siècle. Il est naturellement fort probable qu’elles se contentent de remplacer d’autres cloches, antérieures à la Révolution mais aussi du début du siècle industriel. Les archives pourraient certainement nous en apprendre d’avantage que les cloches qui ne mentionnent rien sur leurs ancêtres. La plus grande est aussi la plus ancienne. Datée de 1870, elle arbore fièrement le nom de « Marie Joséphine Pie ». On peut -entre autres- lire que la cloche a été fondue l’an du Concile Vatican I pour la paroisse Saint Sulpice et qu’elle avait pour parrain le maire de l’époque, J. Rubin. Les noms des conseillers de l’époque sont gravés. On peut entre autres voir les noms de « Joseph Déllulier », homonyme d’un paroissien présent lors de mes ascensions au clocher et « J. Mauris Demorioux », un parent de M. le Maire. Les deux plus petites cloches ont été ajoutées en 1894. La plus grande des deux porte le nom de « Josepha Sulpicia » et invoque Saint Sulpice, patron de la paroisse. La curiosité réside dans la plus petite « Leandra Mauritia » car elle invoque Saint Maurice, alors futur saint-patron de Marignier. Cette cloche était jadis muette car elle n’a pas été électrifiée comme ses grandes sœurs en 1935. En 2016, la commune de Marignier a investi pour mettre en sécurité son installation et équiper la cloche de moteurs afin qu’elle puisse accompagner ses grandes sœurs comme auparavant !

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Nom Fondeur(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Marie Joséphine Pie Frères Paccard 1870 143 1’900 Do Dièse 3
2 Josepha Sulpicia G&F Paccard 1894 108,2 780 Fa Dièse 3
3 Leandra Mauritia G&F Paccard 1894 67,4 190 Ré 4


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Après avoir pu admirer chaque cloches et leurs détails, je vous propose maintenant de vous rapprocher de la petite cloche avec deux photos (l’une de juillet 2015, l’autre de décembre 2016) montrant les équipements de la petite cloche avant et après l’électrification. On notera le changement des ferrures et des paliers, et l’installation de deux moteurs (volée et tintement). Plus bas, l’ancien volant en bois permettant la sonnerie manuelle, désolé pas très loin.

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Mes sincères remerciements vont -pour ma première visite- envers M. Raymond Mudry, ancien maire de la commune et à M. et Mme Joseph Déllulier pour m’avoir accompagné au clocher. Je remercie -pour les visites suivantes- M. Bertrand Mauris-Demourioux, maire et son premier adjoint M. Jean-Paul Ballaloud qui m’a accompagné. Je remercie une nouvelle fois M. et Mme Joseph Déllulier qui n’ont manqué aucune de mes visites au clocher.

Marignier
Marignier au temps de l’église néo-classique – Carte postale Jean-Luc Arcade

Sources :
Inventaire personnel et fonds privés
Mairie de Marignier
Marignier sur Wikipédia
Église de Marignier sur Wikipédia
Alain Dubin lève le voile sur l’église de Marignier – Le Messager

Voir aussi :
Paroisse de l’Épiphanie

Cornier – Eglise Saint Just

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La paroisse de Cornier vit probablement le jour au XIIIe siècle. Elle dépendait d’abord du prieuré de Contamine. La première mention d’un curé installé à Cornier remonte à 1411. C’est probablement aux alentours de cette date que fut construit le premier lieu de culte. Un fait est certain, l’église actuelle n’est que le fruit d’agrandissements successifs. Au XVIIIe siècle, elle était encore jugée « exiguë et mal éclairée ». Elle sera alors dotée d’une nouvelle sacristie et remaniée entre 1833 et 1835. En 1870, le sanctuaire sera une dernière fois agrandi (prolongement de la nef) et muni d’un clocher porche en dur, sonnant le glas du clocher en bois qui se dressait jadis au dessus du monument. L’édifice dédié à Saint Just a subi une cure de jouvence il y a près de deux ans.

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La plus ancienne mention d’une cloche remonte à 1747 avec la bénédiction par le père Deage, curé du lieu, d’une cloche qu’il a parrainé. En 1754, il renouvelle l’opération avec une plus grosse encore. Cette dernière sera envoyée à Bonneville lors de la Révolution afin d’être transformée en canon. La plus ancienne des deux cloches finit ses jours à Chambéry en 1825 lorsque deux nouvelles furent alors commandées par la paroisse. Mais l’histoire ne s’arrête pas là… La grosse cloche quitta son logis lors de la destruction du clocheton en bois afin d’être refondue par les frères Beauquis, sis à Quintal. En 1958, les cloches sonnent pour la première fois seules, sans l’aide de valeureux sonneurs. En 2010, la société Bodet est chargée de reconstruire un beffroi en bois, l’ancienne charpente ne pouvait plus supporter toute l’énergie déployée par les valeureuses dames de bronze, chargées de rythmer les journées, de porter les bonnes nouvelles mais aussi d’accompagner les familles en deuil.

Cloche 1 : Beauquis Frères, 1871 – 1’092 kilos, 123cm – Fa 3 -8
Cloche 2 : Eustache Meunier, 1825 – 300 kilos, 79,8cm – Si Bémol 3 -2

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Les deux cloches
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Ci dessus, l’ancien joug de la grande cloche, autrefois déposé au fond de l’église avant restauration.

Mes sincères remerciements à M. Gilbert Allard, maire de Cornier, pour son aimable autorisation et à Mme Marie-Jeanne Mermoux, sacristine, pour son accueil sa patience et sa disponibilité. Mention à Alex « Fred Phos », également de la partie.

Mairie de Cornier
Cornier sur Wikipédia
Eglise de Cornier
Paroisse de Cornier

Lucinges – Eglise Saint Etienne

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Le village de Lucinges, blotti contre les Voirons (montagne culminant à 1’480m), offre une formidable vue sur Genève et son grand lac. L’église et son imposante flèche trônent à 712 mètres d’altitude. Les origines d’une paroisse sont fort lointaines : elle était sous la tutelle des abbayes de Cluny et de Saint Victor (Genève) aux XIe et XIIe siècles. En regardant depuis 14 communes (limitrophes ou non) en direction des Voirons, on remarque la silhouette du clocher de Lucinges. C’est la partie la plus ancienne de l’église. En effet, sur sa base, on peut contempler les armes de la famille Faucigny-Lucinge combinées avec celles des Seigneurs des Allymes qui ont déserté la Savoie en 1602. La base de la tour-clocher date donc au plus tard du XVIe siècle. Il est possible qu’elle soit le seul vestige du château de Lucinges. Cependant on apprend que l’ancien édifice qui datait de 1733-1734 était construit sur les fossés dudit château. Le terrain instable et le poids des ans l’avaient fragilisé, ce qui obligea les paroissiens à le reconstruire entre 1898 et 1900.  L’église a alors été déplacée de l’autre côté du clocher afin de dégager une place marquant l’emplacement de l’ancien château de Lucinges. Lors de ces travaux la flèche du clocher faite en 1736 a été rénovée. Opération renouvelée il y a quelques années. Il y a deux ans, c’est la nef qui a eu droit à une seconde jeunesse. Dans le style néogothique, elle a vu ses lustres retravaillés, la tribune supprimée et un tout nouveau mobilier arriver, avec une pointe de modernisme, mais qui s’intègre bien dans le lieu de culte paroissial.

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Le clocher supporte deux cloches. Fondues en 1848 par Claude Paccard à Quintal, elles remplacent deux cloches : la plus grosse du nom de « Vierge Marie Immaculée », fondue en 1768 pesait 500 kilos . La plus petite, datée de 1768, faisait 340 kilos. Il est fort possible qu’elles aient également remplacé d’autres cloches, mais ces dernières ne semblaient pas être de la commune. Car une date est associée à l’historique campanaire : 1444. C’est à cette date que la paroisse de Fillinges, à quelques kilomètres, est érigée. Les deux cloches du XVIIIe siècle sont cachées avant qu’Ablitte, Révolutionnaire, ne donne l’ordre de raser les clochers et de fondre les cloches. Enterrées dans le bois de Lachaud, à l’écart du village, elles regagneront leur perchoir une fois le Concordat instauré. Lors de la dernière refonte, en 1848, du bronze complémentaire est apporté afin que les cloches doublent en poids. Ce bronze provient de cloches cassées à Bonneville (ville où les cloches devaient être amenées). Si bien que lorsqu’un son de cloche est émis à Lucinges, il est possible d’entendre les cloches oubliées d’une multitudes de paroisses.

« Faite à Quintal près Annecy l’an 1848 par Claude Paccard F D »
Cl. 1 : Sts Etienne & François de Sales – 1’025 kg, 119,7cm – Mi Bémol 3 +7
Cl. 2 : Ste Marie & St Joseph – 504 kg, 94,7cm – Sol 3 +5

(signature sur les cloches, dédicace, masse, diamètre, note (La3 =435 Hz)

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Les deux cloches, « dans leur jus ».
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Mes sincères remerciements à MM. Bordet et Soulat, ancien maire et maire actuel pour leurs aimables autorisations lors de leur mandats respectifs. Je remercie également la communauté paroissiale de Lucinges et plus particulièrement Mme Denise Trolliet, sacristine. Mention à Alex « Fred Phos » également de la partie.

Mairie de Lucinges
Paroisse de la Trinité
Lucinges sur Wikipédia

Amancy – Eglise Saint Christophe

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La première mention de l’église d’Amancy date de 1295. Elle était à l’origine dédiée à Saint Jacques et Saint Christophe. Au Moyen-Âge, elle dépendait de l’abbaye d’Entremont. Le premier curé des lieux était Guillaume d’Amancy, membre de la famille bourgeoise du village. Cette famille y possédait une chapelle. L’église fut reconstruite au XIXème siècle dans un style néogothique. Le seul point commun entre les deux édifices est la base du clocher. On y retrouve une fresque invoquant Saint Christophe, seul patron du nouvel édifice consacré en 1863. L’autel actuel proviendrait de la chapelle du Château du Quarre, hameau de la commune. Saint François de Sales disait régulièrement la messe sur cet autel. A l’entrée de l’église se trouve la pierre tombale de Nicod de Vêge, ancien curé inhumé en 1514 dans l’ancien sanctuaire.

Cloche 1 : Attribuée à Paccard, 1819 – 680 kilos, 105cm – Sol3 -5
Cloche 2 : Louis Gautier, 1823 – 460 kilos, 91cm – La3 -3

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Mes remerciements à MM. Monet et Rosnoblet, maires, pour leurs autorisations, aux agents techniques pour leur disponibilité et mention pour Mme Naville de la mairie pour sa gentillesse.

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Arthaz Pont Notre-Dame – Eglise Saint Pierre

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La paroisse d’Arthaz existe depuis le VIe siècle. L’église actuelle, construite en croix grecque dans un style sarde, remplace un ancien édifice, délabré, à l’emplacement de la chapelle d’Arthaz. Elle est consacrée par Mgr Rendu en 1853.

Cloche 1 : Jeanne Marie – Paccard, 1926 – 767 kilos – Fa Dièse 3

Cloche 2 : Jacques Humber, 1632 – 120 kilos – Ré Dièse 4

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Merci à la mairie pour l’accès au clocher.

Fillinges – Eglise Saint Laurent

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Bâtie au XIXe siècle dans le style néogothique, l’église Saint Laurent de Fillinges se dresse à la place d’autres édifices successifs plus anciens. Sa façade avec son clocher porche compte parmi les plus belle du département. Sa flèche culmine à près de 40 mètres.

 Cloche 1 : Paccard – 1100 kilos – Mi3

Cloche 2 : Beauquis – 550 kilos – Sol Dièse 3

Carillon : Paccard, 2007 – Fa4 Sol4 La4 chromatique Fa6


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Merci à M. Musy pour l’accès au clocher.

Ville la Grand – Eglise Saint Mammès

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Ville la Grand tire son nom d’une villa romaine et d’un temple dédié à Mars à l’emplacement de l’église actuelle. La partie la plus ancienne  de l’église – le clocher – date de 1764. La nef, détruite en 1893, est reconstruite dans un style néo-roman.

Les deux cloches ont été fondues par les frères Paccard de Quintal en 1832.

Fa#3    La3

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Un Merci aux services technique pour la montée au clocher et les sonneries spéciales.

 

Taninges – Eglise Saint-Jean-Baptiste

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Blotti contre le Pic du Marcelly, la commune de Taninges et ses 3’400 Jacquemards sont au cœur de la vallée du Giffre, dans la province savoyarde du Faucigny. Véritable carrefour, Taninges se situe aussi bien à proximité du fond de la vallée que du col des Gets -puis des Portes du Soleil- ou des Aravis et de la Suisse, valaisanne ou genevoise. Le vieux bourg, actuel chef-lieu de la commune est établi sur les berges du Foron, rivière qui prend sa source sur les versants du Roc d’Enfer, au cœur du Chablais. La plaine est partagée par le hameau de Flérier et son lac EDF, ancien cœur de la commune. Plus en amont, il y a celle de Mélan avec son ancienne chartreuse, aujourd’hui centre culturel départemental. Le reste de la population se répartit sur quelques hameaux en amont et en aval ou encore sur les pentes du « Pic ».

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L’église de Taninges, dédiée à la Nativité de saint Jean-Baptiste surprend le visiteur par sa grandeur. Lors de sa consécration il y a un petit peu moins de deux siècles, elle était la plus grande du diocèse d’Annecy. Elle remplace une ancienne église, installée à Flérier depuis le Moyen-Âge. De cette église ne subsiste qu’une petite partie qui est aujourd’hui la chapelle du hameau. Mais pour retrouver la première église jacquemarde, il faut prendre de la hauteur en direction du Pic et s’arrêter « Vers Nâles ». Quelques discrets vestiges d’une église romane s’y trouvent.
L’église Saint-Jean-Baptiste a été édifiée dans un style néoclassique sarde sous la direction de Prosper Dunant entre 1824 et 1834. Elle succède en réalité à la chapelle Sainte-Anne -aujourd’hui désaffectée- qui faisait le trait d’union entre Flérier et Taninges. En effet, les habitants boudaient l’ancien chef-lieu pour s’installer près du Foron. Éloignés de l’église, ils se réunissaient dans la chapelle édifiée au XVIe siècle. Celle-ci prend tellement d’importance aux fils des ans qu’elle aura son curé et qu’elle sera unie à l’école publique. Elle n’échappera pas non plus aux pillages révolutionnaires. Après la Terreur elle reprend du service pour quelques années seulement.
Le 5 juillet 1824 est posée la première pierre de la nouvelle église. Après huit ans de travaux, le clocher est terminé. Sans doute que le gros œuvre l’est aussi. C’est le 15 février 1834 que l’église est consacrée. Ses proportions sont les suivantes : 58 mètres de longueur, 27 mètres de largeur, 18 mètres sous la voûte et 40 mètres pour son clocher (excusez du peu) ! C’est une église qui possède un plan basilical : une nef et deux bas côtés. Dans ces derniers, neufs autels ont été consacrés, dont trois par des confréries présentes à l’époque. Au sommet de la tribune trône le grand orgue signé Athanase Dunand de Villeurbanne.  Il se compose de trois claviers (plus pédalier) Malgré un style relativement contemporain, il se marie néanmoins très bien avec cet édifice remarquable, reflétant la population de l’époque.

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Ce ne sont pas moins de 43 cloches qui se répartissent le dernier étage du clocher. Au centre du beffroi en bois se trouve « Louise-Thérèse » et ses 2’625 kilos. Cette pièce n’est autre que le troisième bourdon de l’église. Elle remplace une pièce Paccard de 1847 qui remplace elle aussi une cloche de 1816, à l’époque fondue pour l’église de Flérier. Cette dernière n’est autre qu’une refonte d’une cloche antérieure à la Révolution. Descendue en 1793, elle a été conservée pour être installée à la chapelle du bourg pour sonner le tocsin. En 1809/1810, il était question de refondre cette cloche pour en faire le timbre du bourg. Finalement, elle retrouva son perchoir initial et une nouvelle cloche fut fondue. En 1811, Jean-Baptiste Pitton, maître-fondeur de Carouge, réalise une pièce de 285 kilos, encore en place dans le clocher de l’église. Bien qu’une Vierge à l’enfant et un Christ y soient gravés, ses inscriptions indiquent que la cloche a un usage civil : celui d’être le timbre du bourg. Installée à la chapelle Sainte-Anne, la cloche déménagera au clocher de Saint-Jean-Baptiste en 1832 avec le premier bourdon de 1816. En 1866, les frères Beauquis de Quintal réalisent une cloche intermédiaire pour l’église (probablement une refonte). C’est encore elle qui infatigablement, sonne les angélus quotidiens. A l’époque des sonneurs, il est bon de préciser que seules les deux plus grandes avaient un usage strictement religieux : leurs cordes se trouvaient d’ailleurs plus haut dans le clocher. La petite cloche, elle, avait une longue corde qui allait jusqu’en bas du clocher pour sonner le tocsin ou éloigner les orages.
En 1932, l’évêque d’Annecy installe l’Abbé François Basthard-Bogain comme curé de Taninges. Chevalier de la Légion d’Honneur, reconnu pour ses actes héroïques dans la Résistance face aux Nazis, l’Abbé fut en 1939 le constructeur d’un des murs porteurs du patrimoine jacquemard : le carillon.

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Mais avant de pouvoir bénir son carillon en 1939, l’Abbé électrifie les trois cloches dites « religieuses » en 1935. En 1936, il se lance dans ce projet d’envergure qu’est le carillon ! L’idée lui vient « au hasard d’une conversation » et après études, il part alors dans une longue souscription, malgré les réticences d’un grand nombre de paroissiens. En 1939, il a accumulé assez d’argent pour 15 cloches, d’un poids de 1’440 kilos. Le carillon arrive le 7 août 1939 avec un clavier de 30 touches, initialement prévu pour l’église Saint-Nicaise de Reims. Mais le clavier ne convenait pas au carillon de cette église, bien plus grand. Après une semaine de travaux, le carillon est inauguré le 15 août 1939. Je laisse maintenant l’Abbé parler lui-même de son carillon, le jour de l’Assomption 1939 : « Aujourd’hui, inauguration du carillon. J’y travaillais depuis trois ans. […] Tel qu’il est ce carillon se suffit. Il n’a pas la prétention de se mettre en ligne avec d’autres carillons de paroisses plus importantes, mais il peut être augmenté surtout vers l’aigu. La chose est relativement facile […]. Je remets ce travail à plus tard ou… à mes successeurs. […] ». L’Abbé jouait son instrument aux dimanches et fêtes ; aux baptêmes et mariages. En 1967, il se retire et prend sa retraite. Il quitte à jamais Taninges après 35 ans de mandat dont 28 avec le carillon. Faute de titulaires, celui-ci prend une retraite forcée et sommeille au clocher jusque vers 1984 où des passionnés d’art campanaire et de patrimoine découvrent un instrument dans un état lamentable que seuls les pigeons fréquentent. Après un passage de France 3 qui y consacrera un beau reportage, les autorités décident d’aider les quelques passionnés réunis en association pour restaurer le carillon. Le clavier est nettoyé, tout comme le clocher, des escaliers en bétons sont aménagés pour y conduire le public et cinq cloches sont commandées. Elles seront bénies et installées en 1989. Une sixième cloche nommée « Antoinette Marie Thérèse » rejoint l’instrument. Fondue en 1767, elle provient de la Chartreuse de Mélan -fermée en 1793-. Entre le clocher disparu de ladite chartreuse et le carillon, cette cloche fit d’abord un bref arrêt à Bonneville lors de la Révolution pour être fondue. Mais elle est sauvé in extremis par la paroisse de la Muraz qui pensait récupérer une de ses cloches. C’est par hasard que Taninges apprend son existence. La municipalité de la Muraz accepte de la rendre à son village d’origine si il liu offre une nouvelle cloche. C’est ainsi qu’est née à Annecy « Françoise de Sales ». Classée Monument-Historique, l’État autorise un accordage d’Antoinette pour qu’elle puisse intégrer le carillon. En 1998, un nouvel agrandissement se fait. Avec sept nouvelles cloches, l’instrument passe à 29 cloches. En 2000, la trentième prend place. Son inauguration a aussi lieu sous les projecteurs avec l’émission « Faut pas rêver ». Elle rend hommage à l’Abbé Bogain qui en est le parrain posthume. Dès lors, son oeuvre était complète : toutes les touches du clavier avaient une cloche, allant du si3 (la cloche de 1767) au sol5. Mais la place au sommet du clocher pousse les autorités à changer de clavier au profit d’un clavier neuf. En 2004, la fonderie hollandaise Royal Eijsbouts fournit un clavier de 52 touches répondant aux normes dites « 2000 ». Il sera suivi de 10 nouvelles cloches (3 dans les graves, 7 dans les aigus) l’année suivante, ce qui porte l’instrument à 40 cloches. Des agrandissements futurs dans les graves lui permettront d’atteindre -on l’espère- les cinquante cloches. Sa tessiture actuelle est : Sol3 – La3 chromatique (sans do#4) jusqu’au Do7. Le Sol3, nommé « la Campanule » pèse 640 kilos et la plus petite  (le do7)  en pèse 14. Le poids total de l’instrument est de 3’943 kilos (sans les cloches de volée).
Les premiers étages du clocher accueillent une exposition permanente à la fois sur l’art campanaire (deux claviers d’études et l’ancien clavier du carillon y sont exposés) et sur les harmoniums. L’un d’entre eux est classé aux monuments historiques. Les quelques milliers de visiteurs qui franchissent le porche du clocher chaque année sont ainsi plongés dans l’histoire campanaire de ses origines à nos jours. À l’étage du clavier, ils peuvent s’asseoir face au carillonneur qui joue, ce qui représente une véritable rareté dans un clocher où d’habitude, le musicien est seul dans sa modeste cabine. Enfin, les plus curieux peuvent admirer la charpente de l’église et la chambre des cloches, en fin de visite. Le carillon est ouvert régulièrement en été ou lors des vacances scolaires. Il accueille des carillonneurs étrangers pour des concerts et les carillonneurs locaux ont le plaisir de le jouer régulièrement pour qu’il anime ce village savoyard.

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Nom Fondeur(s) Année Masse (kg) Diamètre (cm) Note
1 Louise-Thérèse G&F Paccard 1909 2’625 159,3 SI 2
2 « Marie » Beauquis Frères 1866 800 109,6 Fa ♯
3 « Le Timbre » Jean-Baptiste Pitton 1811 285 77,1 La ♯

Cliquez ici pour la composition du carillon de Taninges.

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Ci-dessus, le bourdon et quelques cloches du carillon. Ci-dessous, les cloches de volée :

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Les cloches du carillon :

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Détails de la cloche historique, Antoinette Marie Thérèse :

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J’adresse des remerciements nourris à la Municipalité de Taninges qui me permet de jouer régulièrement ce carillon et l’Association du Carillon de Taninges dont je suis membre pour la collaboration et les fructueux échanges que nous entretenons autour de l’instrument. Pour les sonneries spéciales des cloches à la volée -réservées à un usage religieux-, je remercie le père Bruno Hébert, curé de la paroisse Bx Ponce.
Pour la vidéo ci-dessus, je remercie François « 
Le Sonneur de Cloches » pour son étroite collaboration et mon confère Gideon Bodden, carillonneur d’Amsterdam & Schoonhoven (NL).
Je ne peux pas ne pas remercier les différents carillonneurs du lieu qui m’ont transmis leur infatigable passion et qui m’ont accueilli comme l’un des leurs pour partager cette belle aventure. Je pense tout particulièrement à Mme Denise Burtin, décédée en 2014 dans des conditions très particulières pour moi. Qu’elle soit vivement remerciée pour tout, là où elle est.
Je remercie enfin mes confrères carillonneurs d’ailleurs qui nous ont rendu visite ou qui sont venus nous honorer de leur présence par un beau concert de carillon!

Sources :

Musée du Carillon de Taninges
Fonds Privés
Archives familles Roch / Châtel
Archives municipales, paroissiales et départementales
« Les Carillons Rhônalpins » J-B Lemoine, 1998
« De Flérier à Taninges : histoire d’une paroisse J Châtel, 2002

Nangy – Eglise Saint Vincent

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Bâtie au XVIe siècle, l’église de Nangy a été remaniée au fil des ans. Aujourd’hui c’est dans un ton néogothique qu’elle accueille les fidèles aux différents offices. Le clocher, élevé après la Révolution, est surmonté d’un clocheton néoclassique. Sa couleur beige est visible de tout le village.

Cloche 1 : « Marie Sophie Philiberte » – Beauquis, 1865 – 420 kilos -Si Bémol 3

Cloche 2 « Marie Françoise » – Beauquis, 1865 – 243 kilos – Ré Bémol 4

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