La Musique au sein de l’Art Campanaire

La musique au service des cloches? Les cloches au service de la musique? Difficile de trancher !

La cloche est considérée comme un instrument de musique à part entière. Nous vous proposons donc ici même d’étudier un peu plus en détail ce que produit un « ding » musicalement parlant et ce n’est pas une mince affaire ! Ces quelques lignes vous permettront, je l’espère, de vous aider à comprendre toute la musique produite lors d’une simple volée de cloches ou d’un concert de carillon, sans pour autant être une expertise musicale.

P1000609Quelques une des quarante cloches du carillon de Taninges (F-74). 

Quelques paramètres à prendre en compte…

Un son est perçu par notre sens auditif. La cloche, frappée, résonne grâce à sa forme et elle se met à vibrer. L’air permet au son de se déplacer et fera vibrer nos tympans à la même fréquence que la cloche. La fréquence est le nombre de vibrations à la seconde et se mesure en Hertz (Hz). Le volume sonore, quand à lui, s’exprime en Décibels (dB).

Pour comprendre le son d’une cloche, il faut prendre en compte plusieurs paramètres. La puissance est plus ou moins proportionnelle à son poids et sa taille. Deux cloches ayant la même note peuvent être de poids différents ou inversement. C’est ce que l’on appelle des « profils ». Chaque fondeur possède ses profils et donnent à ses cloches un son caractéristique. Aujourd’hui encore les entreprises peuvent être contactées en raison du timbre recherché par le client car eux seuls peuvent le produire et pas un concurrent.

L’accoustique

Le son d’une cloche peut être perçu différemment selon la configuration des lieux. Si le clocher est petit ou vaste, en pierre ou en béton, si les ouvertures sont grandes, munies ou non d’abats-son, si la cloche est en fenêtre, plus bas ou plus haute que les ouvertures… Et même si le beffroi est en bois ou en acier, de même pour son joug, ou encore son mode de volée !

Il est en effet difficile d’étudier de l’extérieur, en raison de tous ces paramètres, les cloches d’un fondeur, surtout lorsqu’il est peu représenté. Il sera donc nettement plus facile d’étudier les cloches Paccard ou Cornille-Havard car ces fonderies sont très largement représentées et font encore aujourd’hui la fierté de notre pays.

Note de la cloche

Lorsque vous lisez un écrit fait par un connaisseur, vous pouvez souvent voir « donne le sol » ou même seulement, sans aucun mot pour accompagner « do4 » « fa dièse 2 » « ré bémol 3″… Il sagit simplement de la note de musique. Le chiffre à côté donne l’octave, car chaque note (au nombre de sept) revient (comme les touches noires sur un piano, par groupe de 2 et 3). « Dièse » et « bémol » symbolisent les altérations (les fameuses touches noires du piano) ce qui porte le nombre de notes a 13 par octave. Plus l' »indice » est petit, plus la note est grave.
Le diapason actuel est le La(3) à 440 Hz (vibrations/seconde) en France, et 435Hz en Suisse. L’art campanaire (campanologues et passionnés) utiliseront plus souvent le diapason Suisse car il se rapproche des diapasons historiques puisque le 440Hz est le fruit de l’évolution musicale au fil des siècles et cesse de grimer (les pays asiatiques sont actuellement a 442Hz pour certains). Lorsque je décris les différentes cloches d’une sonnerie (généralement en gras) je précise après la note un chiffre positif ou négatif. Il s’agit de la dérivation en 1/16e de 1/2 ton. Par exemple : « La3 +5 » La de l’octave 3 avec 5/16e de 1/2 ton trop haut. Le diapason utilisé sur ce site est le La = 435Hz

Harmoniques

SALESIENNE analyse

Ci dessous, toutes les harmoniques produites par la plus grosse cloche d’Annecy. Cette cloche, fondue en 1878 par les frères Paccard pèse plus de cinq tonnes. Ci dessus, voici sur un graphique logarithmique ses différentes harmoniques (pics).

analyse SALESIENNE TABLEUR

Lorsque l’on entendons une cloche sonner, par exemple le coup unique de 13 heures : le marteau frappe la cloche « DING ». Puis, quelques autres sons se font entendre : plus aigus, et quelques secondes plus tard, une puissance résonance grave. Ce n’est en aucun cas un défaut de la cloche mais ses harmoniques. Une cloche possède en effet plusieurs harmoniques. Wikipédia nous explique qu' »en musique, une harmonique est une composante à part entière d’un son musical. Il s’agit d’une fréquence multiple de la fréquence fondamentale. Par exemple, si on appelle « ƒ0 » la fréquence fondamentale, les harmoniques auront des fréquences égales à : 2ƒ0, 3ƒ0, 4ƒ0, 5ƒ0, etc. ». Donc, la cloche n’est pas un instrument qui, comme le piano, la flûte et bien d’autres qui reproduisent une seule note, mais elle en produit plusieurs, cinq sont audibles. Si nous analysons dans le détail, on peut dire qu’elle en produit une infinité!

La note de la cloche est appelée « nominale » qui, en fait est à l’octave de la note que nous entendons lorsque la cloche est frappée. La fréquence la plus proche est en fait la fondamentale, même si elle n’influence que de peu la note de la cloche. Entre ces deux vibrations, se trouve la tierce (parfois dite « mineure » ou parfois « majeure ») et la quinte. La grande résonance très ample se nomme le « hum » car le son rappelle ce mot lorsque l’on entend.

Plus la cloche est proportionnelle en vibration (la nominale doit vibrer 2 fois plus vite que la fondamentale et 4 fois plus vite que le hum, par exemple) et plus elle se rapproche du diapason, plus elle est accordée et sera claire au point de vue musical.

La cloche doit être frappée sur sa partie la plus épaisse. Si nous nous amusons à taper du bas vers le haut, le son sera différent car nous entendrons le son que nous entendons traditionnellement puis ses harmoniques mélangées à la nominale et au hum omniprésents.

 P1020642Le carillon de l’église de Samoëns (F-74), composé de 19 cloches.

La musique est donc au service de la cloche comme la cloche est au service de la musique par la présence de carillons. Ces ensembles de cloches (quatre au minimum) permettent de jouer tout répertoire et est aussi agréable à l’oreille qu’a jouer.

En guise de conclusion, nous pouvons dire que le son de la cloche fait partie intégrante de sa carte d’identité. Les fines oreilles peuvent reconnaître, en entendant simplement une cloche cachée dans son clocher, son fondeur, sa période (difficile voire impossible de cibler une année en particulier) et son poids approximatif.

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