Sur le coteau sud, véritable balcon sur le lac d’Annecy avec en toile de fond les montagnes environnantes — Parmelan, Semnoz ou encore les Bauges — se développe le bourg d’Annecy-le-Vieux. Si le nom peut étonner le touriste, il ne faut en effet pas le confondre avec le Vieil Annecy ! Annecy-le-Vieux a pris son nom en opposition à Annecy-le-Neuf, qui désignait alors l’actuelle vieille ville. Malgré une urbanisation importante au XXe siècle, la commune conserve autour de son église et de ses anciens hameaux les traces de son passé rural, marqué notamment par les vignes et les vergers.
Devenu aujourd’hui un territoire résidentiel et universitaire, Annecy-le-Vieux a également accueilli plusieurs personnalités du monde artistique, dont le compositeur Gabriel Fauré. Le développement du campus universitaire et de l’IUT d’Annecy a progressivement ajouté une nouvelle dimension à ce coteau autrefois essentiellement rural, désormais partagé entre patrimoine ancien, habitat et vie étudiante.
C’est sur ce coteau que s’installent, dans les années 1960, les Sœurs de l’Immaculée Conception d’Annecy, une congrégation née plus d’un siècle auparavant. Son histoire remonte à 1854, année où le pape Pie IX proclame le dogme de l’Immaculée Conception par la constitution apostolique Ineffabilis Deus. L’année suivante, Marie Caroline de Mélient, devenue en religion Marie de l’Immaculée Conception, fonde à Lorient la congrégation avec les encouragements du Saint-Siège. Installées d’abord au Trévoux, dans le Finistère, les religieuses sont invitées en 1864 par Mgr Claude-Marie Magnin, évêque d’Annecy, à rejoindre la ville. Un couvent est édifié et, en décembre 1867, sa chapelle est solennellement consacrée par l’évêque d’Annecy et Mgr Gaspard Mermillod, alors évêque auxiliaire de Lausanne-Genève et futur cardinal. Rapidement appréciées des Annéciennes et des Annéciens, qui les surnomment affectueusement les « Sœurs bleues », les religieuses essaiment dans plusieurs diocèses français et même en Suisse. La congrégation reçoit l’approbation pontificale en 1873, avant que ses constitutions ne soient définitivement approuvées en 1926.
Après un siècle de présence au cœur d’Annecy, les Sœurs quittent leur couvent, emportées par l’urbanisation croissante de la ville. L’ancien établissement religieux disparaît au profit du développement commercial, et le site est depuis occupé par les Galeries Lafayette. La communauté gagne alors les pentes d’Annecy-le-Vieux, au Bray, où un vaste centre spirituel est édifié dans un cadre privilégié, dominant le lac et offrant un panorama remarquable sur les montagnes environnantes. Le couvent y demeure volontairement discret, intégré à un ensemble comprenant une chapelle surmontée de son clocher, ainsi qu’un centre d’accueil avec chambres et salles de réunion. Aujourd’hui, la communauté du Bray n’a plus l’ampleur qu’elle connut autrefois. Les vocations se sont raréfiées et les Sœurs qui y résident sont désormais peu nombreuses, pour la plupart âgées. Dans le calme des hauteurs d’Annecy-le-Vieux, le couvent témoigne ainsi d’une histoire commencée au XIXe siècle, dont la présence, plus discrète aujourd’hui, demeure pourtant bien réelle.
Le clocher moderne, achevé en 1970, abrite à son sommet une cloche. Tel un phare, elle domine les pentes annéciennes et rythme, au gré des angélus quotidiens, la vie du quartier universitaire. Son accès se mérite, tant l’ascension est périlleuse ! Mais l’effort n’est pas vain : la cloche se révèle particulièrement bavarde et raconte, à elle seule, une part de l’histoire de la fondation du couvent.
Fondue en 1867, elle porte une longue inscription en latin, véritable récit de sa propre naissance : « L’an du Seigneur 1867, lorsque Madame Marie-Caroline-Joséphine de Méliant, fondatrice et supérieure de la Congrégation pieuse de l’Immaculée Conception, fondait à Annecy le premier monastère de cette congrégation, elle voulut que je fusse fondue en l’honneur de la Bienheureuse Vierge Marie Immaculée, dont je porte le nom, afin que, par le son de ma voix, j’enseigne en toutes choses le chemin de la patrie céleste. […] Elle fit inscrire ces mots sur cet airain destiné à être marqué et la dédia en l’honneur de la Bienheureuse Vierge Immaculée Conception, protectrice perpétuelle de ce monastère, dédiée par Claude-Marie Magnin, évêque d’Annecy, le jour du Patronage de la Bienheureuse Vierge Marie, le 7 septembre. »
La cloche est ornée d’un crucifix et d’une Vierge couronnée. Autour d’eux prennent place plusieurs inscriptions : « Congrégation Pie des Religieuses de l’Immaculée Conception », ainsi que, en latin, « Tu es toute belle, Marie », et encore « Prier, Aimer, Imiter ». Le tour d’horizon ne serait pas complet sans la signature du fondeur : « Paccard frères fondeurs à Annecy-le-Vieux, 1867 ». D’un poids de 153 kilogrammes pour 63,2 centimètres de diamètre, cette cloche fut bénie par Mgr Claude-Marie Magnin le 7 décembre 1867, à la veille de la consécration solennelle de la chapelle. Electrifiée dès 1930, elle fut descendue de son perchoir en 1967 pour rejoindre ensuite son nouveau perchoir. Il faut encore souligner que son installation électrique fut revue très récemment pour lui permettre de faire entendre pleinement son ré dièse aigu.
Elle conserve enfin, gravés en creux sur ses flancs, les noms de son parrain et de sa marraine : Charles-Louis-Antoine de Gauville, alors préfet de la Haute-Savoie, et sa mère, Marie-Camille-Aimée du Petit Thouars, née de Cambefort. Modeste par ses dimensions, cette cloche n’en demeure pas moins un remarquable témoin de la naissance de la communauté annécienne et de son premier couvent.
Dans les bureaux du couvent, une cloche bien plus modeste trône en bonne place. Avec ses 31,3 centimètres de diamètre pour un poids d’environ 18 kilogrammes, elle porte sur son flanc des inscriptions intrigantes « Marie Anne Joséphine Micheline. Monastère de l’Immaculée Conception de Lanorgard, le 8 septembre 1887. Charles Lorit fondeur à Quimper« . Cette cloche a en effet traversée la France pour rejoindre alors le couvent annécien où elle coule depuis une retraite paisible.
Remerciements :
M. Christian Regat, vice-président des Amis du Vieil Annecy, pour l’organisation de la visite.
Mère Marie-Annie, Supérieure des Soeurs de l’Immaculée Conception d’Annecy pour son accueil.
Sources & Liens :
Sœurs de l’Immaculée Conception d’Annecy
Sœurs de l’Immaculée Conception d’Annecy sur Wikipédia
Relevés personnels
Clichés personnels
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