Une cité au passé industriel
Cran-Gevrier, aujourd’hui rattachée à Annecy, est située à l’ouest du centre-ville et s’est développée notamment autour du Thiou et de son histoire industrielle. La présence des Forges et Cran, puis de la Tisserie, a longtemps marqué l’activité et le développement du secteur. Aujourd’hui, le Thiou a davantage laissé place aux promenades, aux espaces verts et aux activités de loisirs. Le secteur accueille notamment La Turbine, un espace culturel qui regroupe une médiathèque, un cinéma et des espaces dédiés aux sciences et aux nouvelles technologies, et qui participe à la vie du quartier. Aujourd’hui, Cran-Gevrier est composé de quartiers assez différents, avec une vraie diversité de logements et d’ambiances. Mosinges est un quartier plutôt résidentiel et calme, tout en restant très proche d’Annecy, de ses commerces et de ses services. On y trouve aussi bien des maisons que des petits immeubles et des résidences plus récentes. La proximité du Thiou et de ses promenades est également un vrai plus. C’est donc un secteur intéressant pour ceux qui souhaitent être proche d’Annecy tout en profitant d’un environnement plus tranquille et moins touristique que le centre-ville.
Un fort passé religieux
Les édifices religieux se suivent et ne se ressemblent pas à Cran-Gevrier. Le centre de la vie paroissiale, installé à Gevrier, remonte à des temps anciens. La paroisse fut supprimée à la Révolution française, avant de renaître au XIXᵉ siècle avec le développement industriel de Cran. Une nouvelle église fut alors édifiée à proximité des Forges de Cran, qui employaient une grande partie de la population locale. Construite vers 1869, elle accompagnait le développement de ce nouveau quartier industriel. Lorsque les Forges cessèrent leur activité, l’église se retrouva progressivement éloignée du nouveau centre de vie de la commune. Il fut alors décidé de déplacer le lieu de culte vers les hauteurs, du côté du Vallon, où une nouvelle église fut construite à la fin du XXᵉ siècle. L’ancienne église des Forges fut quant à elle désacralisée pour devenir un centre culturel.
Au XXᵉ siècle, l’urbanisation de Cran-Gevrier entraîna la construction de plusieurs autres édifices religieux, répartis dans les différents quartiers de la commune. Une église fut ainsi édifiée au Pont-Neuf, au bord du Thiou et à proximité immédiate d’Annecy, une autre aux Bressis, à la limite de Seynod, et enfin l’église du Sacré-Cœur à Mosinges, sur la rive gauche du Thiou. Ces constructions successives racontent à leur manière l’évolution de Cran-Gevrier : d’abord organisée autour de l’ancien village de Gevrier et de l’activité industrielle des Forges, la commune s’est progressivement étendue et transformée en une ville résidentielle, avec de nouveaux quartiers et de nouveaux pôles de vie.
L’église du Sacré-Coeur
C’est un édifice étonnant qui se dresse au cœur de Mosinges, notamment par son absence de clocher et son architecture résolument moderne. La nouvelle paroisse de Mosinges est créée en 1959 par le curé Lavorel, dans un quartier alors marqué par son passé industriel et en pleine transformation. Pour édifier ce nouveau lieu de culte, les architectes Claude Fay et Maurice Novarina, auteurs de nombreux édifices religieux dans la région, sont sollicités. Ils conçoivent une église aux lignes sobres, réalisée avec des matériaux relativement économiques, conformément aux contraintes de l’époque.
Les travaux débutent en 1963 et l’église accueille ses premiers paroissiens dès le mois de mai 1964. Si l’extérieur peut paraître austère au premier regard, l’intérieur réserve une place importante à la lumière. Celle-ci pénètre notamment à travers un vaste système de claustras, composé de pas moins de 3 264 ouvertures, qui donne à l’édifice une atmosphère très particulière. Les vitraux réalisés par Henri Déchanet viennent compléter cet ensemble et apportent des touches de couleur à cette architecture de béton. Ils répondent alors parfaitement aux tapisseries de Jean Bazaine.
Un clocher absent
Ce qui frappe d’abord à Mosinges est l’absence de clocher. Un campanile indépendant avait pourtant été prévu dès l’origine, dans l’esprit des clochers italiens, mais le projet ne fut finalement jamais réalisé. Son emplacement reste aujourd’hui identifiable, à peu près à l’endroit où se trouvent les toilettes publiques, là où auraient dû être installées les cloches destinées à rythmer la vie du quartier. L’église ne possède finalement qu’une petite cloche, suspendue contre le bâtiment dans une disposition qui devait être provisoire. Presque invisible depuis le sol, elle est aujourd’hui muette et ne peut être approchée qu’en accédant à la toiture. Sa fonte, antérieure de près de 150 ans à la construction de l’église, témoigne d’une histoire plus ancienne que celle de l’édifice.
Une cloche discrète
La cloche, suspendue contre l’angle sud-ouest de l’église, est de dimensions modestes : 37,3 cm de diamètre pour environ 30 kg. Elle donne un si aigu, au caractère encore très baroque. Fondue en 1812, elle porte la signature « F P J B PITON F A CAROUGE », soit « Faite par Jean-Baptiste Pitton, fondeur à Carouge ». Elle est suspendue à un joug en bois par une anse à palettes, dont l’une a été remplacée par une boucle en fer. Son décor reste sobre : quelques filets, des feuilles d’acanthe et une frise florale, sans aucune représentation religieuse ni crucifix. Cette belle cloche n’est hélas pas utilisée aujourd’hui : le bras de volée n’est pas aligné avec le trou faisant descendre la cloche dans la nef de l’église, provoquant régulièrement des casses de la corde.
Son origine demeure toutefois incertaine. Aucun lieu n’est indiqué sur la cloche et les archives du fondeur Jean-Baptiste Pitton n’ont pas été retrouvées, ce qui empêche d’en déterminer précisément la provenance. Sa date de 1812 est notamment antérieure à la création du Tissage de Cran, fondé en 1829, et exclut donc une origine directement liée à cette usine. L’absence de décor religieux laisse néanmoins ouverte l’hypothèse d’un usage civil ou industriel antérieur, peut-être dans le secteur de Cran-Gevrier, même si aucun document ne permet aujourd’hui de l’établir. La cloche constitue ainsi un objet particulièrement intéressant, dont l’histoire reste en partie à découvrir.
Mes remerciements à :
M. Christian Regat, vice président des Amis du Vieil Annecy, pour l’organisation de la visite.
M. Roger Perrotin, sacristain, pour l’accueil et l’accès à la cloche.
Sources & Liens :
Paroisse Saint-Jean aux Portes d’Annecy
Lac d’Annecy, tourisme et congrès
Archives personnelles de Christian Regat
Fonds privés
Relevé personnel
Clichés personnels