Etrembières – Chapelle Notre-Dame

Etrembières et son célèbre pont
Véritable promontoire sur la ville de Genève, la commune d’Étrembières est adossée aux pentes du Petit et du Grand Salève. Bordée par l’Arve dans ses derniers kilomètres français avant sa confluence avec le Rhône en Suisse, elle occupe depuis toujours une position privilégiée entre le Genevois, la vallée de l’Arve et les voies de passage vers les Alpes.
La commune se compose aujourd’hui de deux principaux secteurs d’habitation : le chef-lieu historique, groupé autour de sa chapelle, et le quartier du Pas de l’Échelle, développé au pied du Salève. Étrembières est également connue pour son important complexe commercial installé au bord de l’Arve, ainsi que pour la carrière Montessuit dont l’exploitation du calcaire du Salève marque le paysage local.
Mais l’histoire d’Étrembières est avant tout celle d’un lieu de passage. Dès le Moyen Âge, le franchissement de l’Arve y revêt une importance stratégique majeure. Un pont y est attesté très anciennement, contrôlant les échanges entre Genève, la Savoie et les vallées alpines. Cette situation explique la présence de plusieurs châteaux et maisons fortes sur le territoire communal, dont le château d’Étrembières qui domine encore aujourd’hui le village et surveillait autrefois le passage de la rivière.
À l’époque contemporaine, le développement des routes, du chemin de fer puis des transports reliant Annemasse à Genève renforça encore le rôle de carrefour de la commune. L’ouverture du téléphérique du Salève au XXe siècle fit également d’Étrembières l’une des principales portes d’accès à la « montagne des Genevois ».
Outre le cimetière entourant la chapelle, la commune possède une particularité patrimoniale rare : un cimetière israélite établi à la frontière franco-suisse. Fruit d’accords entre les deux pays, il demeure accessible depuis la France comme depuis la Suisse, témoignant des liens étroits qui unissent depuis longtemps Étrembières à son environnement genevois.

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Une ancienne chapelle castrale
La chapelle Notre-Dame se dresse au cœur de son ancien cimetière, non loin du château d’Étrembières, aujourd’hui propriété privée et intégré à une exploitation agricole. Jusqu’à la Révolution française, Étrembières constituait une petite paroisse rurale, dotée de son organisation religieuse propre, mais restant dans la dépendance spirituelle et administrative des paroisses voisines, notamment l’église Saint-André d’Annemasse ou l’église Saint-Pierre de Gaillard selon les périodes.
Dans ce cadre, la chapelle castrale Notre-Dame occupait une place centrale dans la vie religieuse locale. Elle constituait le principal lieu de culte du site seigneurial et du petit bourg environnant, au service d’une population réduite.
Édifiée sur des bases remontant au XIIIe siècle, la chapelle constitue un remarquable témoignage de l’architecture religieuse médiévale, mêlant influences romanes et gothiques. Achevée au XVe siècle, elle présentait à l’origine une charpente apparente ou un plafond plat, avant d’être dotée de la voûte de pierre que l’on observe aujourd’hui. La tradition locale évoque par ailleurs l’existence possible d’un sanctuaire plus ancien sur le site, sans que cette hypothèse puisse être formellement attestée.
Au fil des siècles, l’édifice a traversé de nombreuses vicissitudes avant de bénéficier d’une importante restauration en 1972. Quelques années auparavant avait été construite l’église Notre-Dame-de-la-Paix du Pas-de-l’Échelle, destinée à accompagner l’évolution démographique et les besoins cultuels de la commune. Aujourd’hui, la chapelle est flanquée de plusieurs locaux annexes utilisés par les services municipaux. Malgré ces aménagements, sa nef conserve une atmosphère recueillie et accueille encore, de manière occasionnelle, quelques célébrations religieuses.

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Des cloches volées
Les cloches disparues d’Étrembières ont fait couler beaucoup d’encre, y compris jusqu’à une période très récente. Au XVIe siècle, dans le contexte de la Réforme et de la prise de Genève par les autorités protestantes, la région est profondément bouleversée. Étrembières subit alors des occupations successives, au cours desquelles des biens d’église sont saisis, notamment des cloches, considérées comme un butin de valeur. De nombreuses paroisses du pays de Genève connaissent le même sort durant cette période troublée, qui s’étend globalement de 1536 à la fin du XVIe siècle.
Dans le canton de Genève, l’école de Genthod utilise encore aujourd’hui une cloche provenant d’Étrembières pour marquer les heures scolaires. Datée de 1532, elle porte l’inscription « 1532 Étrembières Jésus Maria ». De dimensions modestes — environ 48 cm de diamètre pour un poids de quelques dizaines de kilogrammes — elle constitue un rare témoin matériel de cet ancien patrimoine campanaire. Ces dernières décennies, les élus d’Etrembières ont tenté de la récupérer sans succès.
À la Révolution française, les cloches d’Étrembières subissent un nouveau sort. Comme dans de nombreuses communes de la région, elles sont réquisitionnées dans le cadre de la politique de fonte des métaux, notamment durant la période de la Terreur. Dans le district de Carouge, auquel la commune est alors rattachée, chaque localité doit remettre ses cloches pour contribuer à l’effort républicain.
C’est dans ce contexte que, le 5 germinal an IV de la République française (25 mars 1796), André Bain, agent municipal, se rend à Bonneville afin de récupérer une nouvelle cloche. Une cloche de 268 livres (environ 137 kg) devait initialement lui être remise, mais il repart finalement avec environ trois quintaux de bronze destinés à la fonte d’une cloche neuve pour la commune.

Une cloche aux couleurs de la République française
Le 11 avril 1881, une nouvelle cloche est fondue dans les ateliers des frères Paccard à Annecy-le-Vieux. Cette pièce se distingue par plusieurs particularités. Ses inscriptions ne comportent aucune mention strictement religieuse : on y lit successivement « République française », puis « Commune d’Étrembières », ainsi que la date du « 14 juillet 1881 ». Le conseil municipal y est également mentionné dans son ensemble.
Sur la seconde face, figurent les noms du parrain et de la marraine de la cloche : Charles Lancoud et Joséphine Mériguet. L’unique décor consiste en un buste de Marianne, aujourd’hui partiellement estompé, à l’image de certaines lettres des inscriptions.
Cette cloche, autre élément notable, n’est toujours pas électrifiée aujourd’hui. Installée à quelques kilomètres seulement de Genève, elle constitue un témoignage vivant du patrimoine communal, dans un environnement géographique exceptionnel. Depuis son emplacement, le sonneur peut embrasser un vaste panorama sur la vallée et, par temps clair, espérer apercevoir la silhouette de la ville et son célèbre jet d’eau.
D’un poids exact de 350 kilogrammes, la cloche donne un si bémol d’une grande pureté, caractéristique des productions de cette période de la maison Paccard. Elle est toujours en place dans un ensemble demeuré largement dans son état d’origine, avec un beffroi en chêne et un joug en bois aux formes typiques de la facture campanaire savoyarde de la fin du XIXe siècle.

Mes remerciements à :
Mme Anny Martin et son successeur, M. Nicolas Teirins, maires, pour leur aimable autorisation.
Les services techniques pour les accès néccéssaires.
M. Claude Mégevand, ancien président de la Salévienne, pour la mise en relation.

Sources & Liens :
Mairie d’Etrembières
Etrembières sur Wikipédia
La Salévienne
Maison Paccard
Fonds privés
Clichés personnel
Relevé personnel


L’église Notre-Dame-de-la-Paix, aujourd’hui centre culturel, a été bâtie en 1967. Aujourd’hui désacralisée, elle a dès son origine accueilli quatre cloches fondues chez Paccard pour l’occasion : Marie, Jeanne, Françoise et Thérèse. Aujourd’hui muettes, difficilement accessibles, seules quelques informations peuvent être recueillies en s’en approchant par le toit. Une mise en valeur de ces cloches par la municipalité est à l’étude.

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