Dingy-Saint-Clair – Eglise Saint-Etienne

Un village entre Fier et Parmelan
Au creux de la Haute-Savoie, Dingy-Saint-Clair s’étire entre le Fier et le Parmelan, dans un vallon creusé par le torrent du Mélaise, où les montagnes semblent dialoguer avec le ciel. Les forêts, les prairies et les falaises calcaires chantent ici la vie rustique, le souffle des saisons et le parfum discret des alpages. Mais le village n’est pas qu’un décor : il porte la mémoire. La voie romaine, gravée dans la roche, se love au bord du Fier, témoin murmurant de temps très anciens. La chapelle Saint-Clair, érigée à l’emplacement d’un ancien prieuré, garde en mémoire les prières des moines clunisiens qui s’y succédèrent pendant des siècles, jusqu’à la Révolution. Plus près de nous, Dingy fut aussi marqué par la Seconde Guerre mondiale : à l’ombre du clocher de l’église, des résistants trouvèrent refuge, parfois même cachés dans sa flèche, nourris en secret par le curé qui, dit-on, montait un panier d’osier pour les ravitailler. Ainsi, Dingy-Saint-Clair n’est pas seulement un village de montagne : c’est une terre où paysage et histoire se répondent, et où chaque pierre porte encore une mémoire vivante.

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Saint Clair ou saint Etienne ?
Depuis les origines connues, la paroisse de Dingy-Saint-Clair est placée sous la protection du martyr Etienne. Elle revendique d’ailleurs posséder en relique son bras, qui aurait été rapporté de Rome. Son église, toujours située au centre de la paroisse, n’a jamais changé d’emplacement. Elle était jadis accompagnée du cimetière, aujourd’hui déplacé. Les premiers documents mentionnant cette église remontent à une visite pastorale de 1411. L’édifice est alors jugé en assez bon état, bien que nécessitant quelques travaux, et sera reconstruit peu avant 1470. De cette reconstruction subsiste le magnifique chœur, avec ses vitraux d’époque, qui fait encore aujourd’hui la fierté des habitants. En 1789, alors que l’orage révolutionnaire grondait encore loin de nos vallées, le curé Bollard en fit une description élogieuse et attestait de sa bonne tenue. On sait aussi qu’avant la Révolution, l’église de Dingy possédait de nombreuses chapelles aux vocables variés. Chacune était dotée d’un recteur et devait son existence à la générosité de grandes familles, au premier rang desquelles les comtes de Menthon-Dingy. Durant la Révolution française, l’église fut relativement épargnée : elle ne fut que partiellement dépouillée de ses biens, comme en témoigne un écrit du prêtre missionnaire qui officia à Dingy durant l’exil du curé et de son vicaire. La paix revenue, les prêtres également, le conseil municipal s’empressa dès 1802 de faire entreprendre les premières réparations et d’acquérir ce qui manquait pour l’exercice du culte. La visite pastorale de 1829 signale toutefois une église trop petite pour la paroisse et dans un état préoccupant. Dès 1833, l’édifice retient toute l’attention des élus, et en 1837, on décide de le démolir… ou presque : le chœur est conservé, tandis que la nef et le clocher sont reconstruits sur les plans de l’architecte Ruphy, travaux achevés en 1840. En 1845, lors d’une nouvelle visite pastorale, l’évêque d’Annecy s’émerveille de la beauté du sanctuaire. Depuis lors, l’église a connu diverses réparations et quelques ajouts au fil du temps, comme un nouvel harmonium en 1901 ou une horloge de clocher en 1919. Plus récemment, il y a une dizaine d’années, la totalité des façades fut ravalée, redonnant à l’édifice l’apparence d’une jeunesse insolente, en dépit du poids des siècles.

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Les cloches de l’Ancien Régime
Le magnifique clocher de Dingy se dresse contre le chœur gothique, à l’emplacement de la chapelle Notre-Dame et saint Georges, fondée au XVe siècle par Catherine de Cordon, veuve de Jean II de Menthon. Menacée de ruine en 1829, la chapelle sera démolie dix ans plus tard pour permettre la construction de la nouvelle tour. L’ancien clocher, quant à lui, avait été amputé de sa flèche à la Révolution mais avait pu conserver une seule cloche, la plus grande. Celle-ci, fondue le 1er juin 1767 par Jean-Claude Livremont dans le cimetière de l’église, pesait alors 1 496 livres. Elle remplaçait une cloche fêlée l’année précédente et tenait compagnie à deux autres cloches disparues à la Révolution, au même titre que celles du prieuré Saint-Clair (2) et de la chapelle de Blonnière (2).

Une véritable odyssée campanaire !
Parmi ces disparues, l’une connut une véritable odyssée ! Arrivée à Annecy pour y être brisée, elle fut récupérée par la paroisse de Gevrier dès 1796, avant d’être aussitôt supprimée et rattachée à la paroisse Saint-Maurice d’Annecy. Les habitants de Dingy, informés que leur ancienne cloche avait été récupérée ailleurs, tentèrent de la reprendre, mais sans succès. Après avoir été confiée en 1825 à Saint-Maurice pour y être refondue, cette cloche — une belle pièce de 1639 pesant 174,5 kilos, dédiée à saint Étienne — fut longtemps réclamée par sa paroisse d’origine, recréée en 1869. Mais le mal était fait. Elle avait été parrainée par le comte Bernard de Menthon et sa mère Claudine de Michaille, tous deux étroitement liés à Dingy, leur dernière demeure, et nullement à Gevrier ! Si Dingy n’avait pu récupérer cette cloche, la paroisse s’en procura une autre au dépôt d’Annecy. Mais elle s’avéra rapidement fêlée. Dès 1802, les élus reprirent le projet à bras-le-corps et commandèrent à Jean-Baptiste Pitton une cloche de 30 quintaux « pour servir de timbre à l’horloge », pour la somme considérable de plus de 5 000 francs. Le parrain fut l’abbé Aimé Bollard, curé de Dingy, et la marraine Anne-Marie Genoux, veuve Tournier d’Annecy. Il s’agit de la plus grosse cloche connue du fondeur, en tout cas l’une de ses œuvres majeures !

De refonte en refonte…
En 1870, la cloche de 1767 étant fendue et la Pitton de 1802 se retrouvant bien seule, la commune prit l’initiative de refondre et d’ajouter une troisième cloche, afin de redonner au clocher sa pleine voix prérévolutionnaire. Ainsi, Marie et Étiennette vinrent rejoindre la grande cloche placée sous la protection de saint Étienne. Mais cette compagnie ne dura que quelques années : la cloche Pitton finit par se fendre à son tour. Une nouvelle cloche de 1 508 kilos fut bénie le 30 octobre 1904, nommée Georgine Alexandrine par son parrain Georges Dufournet et sa marraine Alexandrine Tessier. De nombreux prêtres natifs de la commune, ainsi que le curé et quelques laïcs, contribuèrent à sa fonte. La cloche implore encore saint Étienne de « protéger [son] peuple ». Cette même grosse cloche, jadis en rétrolancé, a été transformée il y a quelques décennies en rétromitigé. Elle a également perdu son majestueux joug en fonte typique de la maison Paccard, remplacé par un joug arqué métallique. Les deux petites cloches ont quant à elles conservé leurs équipements d’origine, quoique renforcés de nouvelles ferrures. La plus petite, accrochée bien en hauteur, ne donne malheureusement que rarement de la voix, notamment lors de rares carillons. Électrifiée, elle laisse toutefois aux deux grandes cloches le soin de sonner angélus, messes et enterrements.

Nom Fondeur Année Diamètre (cm) Masse (kg)

Note

1

Georgine Alexandrine Georges & Francisque Paccard 1904 133,5 1’508 Ré3
2 Marie Paccard frères 1871 107,6 ~700

Fa♯3

3 Etiennette Paccard frères 1871 67,3 ~180

Ré4

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Mes remerciements à :
MM. Bruno Dumeignil, maire, et Philippe Gaultier, premier adjoint, pour leur aimable autorisation.
M. Bernard Cadoux, sacristain, pour l’ouverture de l’église et de son clocher.
M. Matthieu Jules, guide à la Maison Paccard, pour l’aide apportée à la réalisation de ce reportage.

Sources & Liens :
Dingy-Saint-Clair
Dingy-Saint-Clair sur Wikipédia
Archives départementales de Haute-Savoie, EDEPOT 0102 GG 0002
Monographie de Dingy-Saint-Clair, Mémoires et Documents n°44, Académie Salésienne, 1919.
Annecy, L’église Saint-Maurice d’Annecy, Annesci n°54, Société des Amis du Vieil Annecy, 2020.
Relevé personnel
Clichés personnels

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