La Balme-de-Thuy – Eglise Saint-Pierre

Entre Annecy et Thônes, entre les Pointes de Turpin et de Talamarche, le petit village de la Balme-de-Thuy et ses 450 habitants semblent se dresser fièrement contre les falaises depuis la nuit des temps. La Balme est un nom bien connu dans nos vallées : plusieurs communes et de nombreux hameaux l’utilisent. « La Balme » indique en vieux français la présence d’une ou de plusieurs grottes sur le secteur. « Thuy » signifierait quant à lui la pierre « tuf ». La comme possède plusieurs grottes sur son territoire, notamment au pied de la falaise de « Morette » avec la grotte dite de la « Vielle Eglise », connue depuis la nuit des temps ou presque ! Le nom de Morette est aujourd’hui très évocateur, car c’est ici qu’est érigée la nécropole nationale du maquis des Glières. La commune se partage en effet, avec Fillière, Thônes et Glières-Val-de-Borne, le célèbre plateau des Glières et ses alpages, haut lieu de la résistance française de la Seconde Guerre Mondiale. La commune a connu à cause de lui quelques heures sombres, avec notamment une incursion allemande le 26 janvier 1944. Ces derniers ont incendié les granges du village pour empêcher les résistants de s’y cacher. Au printemps 1944, les corps de 27 résistants fusillés seront retrouvés aux hameaux de la Grange au Maire et de la Belle Inconnue.

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Au centre du bourg, l’église Saint-Pierre est présente, avec son clocher flèche et ses trois cadrans, à l’ouest, au sud et à l’est. Seules les quelques maisons contre les pentes de la montagne, au nord, ne peuvent pas lire l’heure au clocher mais sont aux premières loges pour entendre sonner ! Le sanctuaire remonterait à 1621 avec une consécration par Mgr Jean-François de Sales, neveu du célère saint, le 30 mai 1631. Restauré au début du XIXe siècle grâce aux dons d’un enfant du pays, Mgr François-Marie Bigex, évêque de Pignerol (1817 – 1824) puis archevêque métropolitain de Chambéry (1824 – 1827), le sanctuaire paroissial sera consacré une nouvelle fois en 1829. A l’entrée de l’église, près du portail, les armes du prélat sont d’ailleurs toujours en place et un vitrail, au dessus du porche, lui est aussi dédié. A l’intérieur de l’église, une simple nef s’offre à nous avec un chœur arrondi. De part et d’autres de celui-ci, deux portes : la première mène à la petite sacristie de l’église et de la seconde au clocher et à ses trois cloches.

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Derrière les horloges et les abat-sons, trois cloches se partagent la tâche de rythmer la vie des balmins. Les deux plus petites sont datées de 1880 et la plus grande de 1865. Pour les deux premières, elles ont été ajoutées à la suite d’une fêlure de la petite cloche. Le conseil municipal étudie alors sa refonte et son augmentation tandis que le curé d’alors, le père Borcard, propose d’ajouter sur ses fonds propres une troisième cloche au clocher. C’est ainsi qu’au printemps 1880, il est passé commande aux frères Paccard d’Annecy-le-Vieux -non loin de là- de deux cloches de 225 et 350 kilos, accordées sur la plus grande. Dans sa délibération, le conseil municipal ajoute que le beffroi devra être réparé. Le préfet est sollicité pour autoriser la dépense, estimée à 1’800 francs. Et pour la plus grande cloche, alors ? En 1865, le conseil municipal expose que le sieur François Magnin, habitant la commune, offre 100 francs pour se procurer une cloche plus grosse qui s’entend dans toute la paroisse. En effet, sur les deux cloches présentes dans le clocher à l’époque, aucune des deux n’est assez imposante pour être entendue par tous. La commune vote alors une dépense de 1’500 francs pour que la grosse cloche soit refondue, plus grosse qu’elle ne l’est alors. La fonte de cette cloche fut confiée aux frères Beauquis de Quintal. 

Les trois cloches arborent des décors typiques des fondeurs rencontrés. Pour la plus grande, un Christ et une Vierge à l’Enfant. Ses inscriptions sont assez brèves. On peut lire en latin « Ad majorem Dei gloria » (A la plus grande gloire de Dieu) puis la phrase « J’appartiens à la Balme-de-Thuy » suivies de ses parrain, marraine, du curé, du maire et de son adjoint. La seconde cloche est volontiers plus bavarde. Elle appelle à « magnifier le Seigneur » avec elle. Elle aussi indique qu’elle appartient à la Balme-de-Thuy. C’est la seule à avoir un nom : Léontine. Don du conseil municipal, sa composition y est retranscrite sur un côté, en plus de ses parrain et marraine et du curé, le Rd Borcard, déjà cité sur la plus grosse cloche 15 ans plus tôt. Sur la petite cloche, enfin, le don du curé y est clairement mentionné. Cette cloche n’arbore pas « d’appartenance » mais cite néanmoins la « paroisse de la Balme-de-Thuy ». Et elle aussi, fut coulée « à la plus grande gloire de Dieu » en latin ! 

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Beauquis frères

1865

109.6

~800

Fa3

2

Léonine

Paccard frères

1880

85.1

~350

La3

3

Paccard frères

1880

70.9

~225

Do4

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Mes remerciements vont à :
M. Pierre Barrucand, maire, pour son autorisation et son chaleureux accueil
Mes amis Claude-Michael Mevs, Arthur Auger et Mathieu Jules pour l’aide apportée à la réalisation de ce reportage

Sources & Liens :
Mairie de la Balme-de-Thuy
Eglise de la Balme-de-Thuy
Administration diocésaine : gerbes de notes et documents, C-M Rebord, 1922
Archives départementales de Haute-Savoie, E-DEPOT27-1D4
Fonds privés
Relevé personnel
Clichés personnels

Un avis sur “La Balme-de-Thuy – Eglise Saint-Pierre

  1. merci ; toujours aussi passionnant à lire (à découvrir) depuis la lointaine Picardie (parfois si lointaine que peu de gens savent la situer, au mieux entre Normandie et Lorraine ou encore au nord de Paris ; ce qui n’est pas faux).

    J’ai tenté, non sans mal, d’obtenir les dimensions, la masse et la note de la cloche actionnée au Stade de France par le ou les vainqueurs de chaque épreuve ; et je n’ai pas la note ; j’ai reçu des valeurs parfois folkoriques, parfois stupides !

    Encore merci, à bientôt ; et, comme on dit en Picardie, à dé.

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