Saint-Gingolph – Eglise Saint-Gingolph

Au sud du Lac Léman, on peut trouver deux communes au nom identique : Saint-Gingolph. Ces deux communes ne sont séparées que par une rivière : la Morge. Cette petite rivière est depuis des siècles la frontière entre deux territoires qui sont devenus avec le temps, d’une part la France (Haute-Savoie) et d’autre par la Suisse (Valais). Ce qui était autrement qu’une seule communauté se retrouve donc séparée « pour toujours » en deux entités distinctes. Le cimetière et l’église pour les deux communes se trouvent tous deux en France. Si bien que les défunts suisses doivent traverser la frontière pour rejoindre leur dernière demeure. Pendant le conflit 1939-1945, de nombreuses « fausses funérailles » étaient organisées à Saint-Gingolph : les cercueils qui traversaient la frontière étaient en fait pleins d’armes et de vivres pour les français en plein conflit ! Il faut aussi mentionner la « Tragédie de Saint-Gingolph » le 23 juillet 1944 : en représailles à la Résistance, une grande partie de la commune française est brûlée par les allemands et certains villageois seront fusillés. Comme la communauté catholique se rend en France pour le culte, le diocèse d’Annecy (qui couvre presque toute la Haute-Savoie) déborde donc automatiquement sur la commune suisse. 

Borne frontière sur un trottoir.

Le nom des villages peut venir de deux saints : saint Gingolph, membre de la légion thébaine décimée à quelques kilomètres de là à l’Abbaye de Saint-Maurice, du nom du capitaine de cette légion chrétienne. Il y a aussi saint Gangolf d’Avallon, qui aurait foulé cette terre au VIIIème siècle et aurait fondé le village. Mais les écrits nous racontent qu’aux prémices de la chrétienté, le village se trouvait centré sur l’actuel hameau de Bret (côté Français) et qu’un éboulement en 640 fit déplacer la paroisse vers sa position actuelle. L’ « Ecclésia Sant Gendoulfo » fut reconstruite à peu près à l’emplacement de l’actuel édifice, à quelques mètres du torrent. En 1153, Eugène III donne l’église au prieuré Saint-Jean de Genève qui dépendait lui-même de l’abbaye d’Ainay près de Lyon. L’église sera ensuite intégrée au diocèse de Genève puis au diocèse d’Annecy. Un éboulement aura raison du sanctuaire en 1584 avant d’être reconstruit. Le lieu de culte actuel date de 1770. Il a été consacré le 13 juillet 1784. Il fut relativement épargné à la Révolution grâce à la proximité suisse : le bâtiment a été racheté par la bourgeoisie de Saint-Gingolph, offrant -en plus de la binationalité paroissiale- une autre singularité : l’édifice n’était aucunement concerné par la loi de 1905 qui -entre autres choses- restituait le patrimoine religieux aux communes. La bourgeoisie est toujours propriétaire du lieu, affecté au culte catholique et desservi par la paroisse d’Evian-les-Bains. Epargné de justesse par l’incendie du village en 1944, l’édifice religieux est intégralement restauré avec le concours de la bourgeoisie et la communauté locale en 1999.

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Le clocher, adossé à la sacristie et au chœur, peut s’enorgueillir de posséder deux cloches prérévolutionnaires, palmarès rare détenu avec une poignée de clochers haut savoyards. La situation du lieu à la Révolution n’y est absolument pas étrangère. La plus ancienne mention campanaire remonte à 1673. Jean Richenet, fondeur basé à Vevey (Suisse) réalise une cloche d’environ 300 kilos. Elle sera rejointe en 1729 par une plus petite cloche nommée « Marie ». Cette cloche a été commandée par Etienne Dérivaz, notaire apostolique et chatelain, les syndics et conseillers de Saint-Gingolph. En 1785, Pierre Dreffet -lui aussi établi à Vevey- est chargé de refondre une troisième cloche. Pendant 152 ans, le clocher de Saint-Gingolph conservera ses trois voix avant que la doyenne ne rende l’âme : elle était fêlée. Décision est prise d’en commander une nouvelle aux ateliers anciléviens dirigés par les fils de Georges Paccard pour commémorer la mission effectuée en 1937. C’est ainsi que la paroisse accueille avec ferveur « Anne Thérèse Louise Augustine » qui reprend une partie des inscriptions de sa prédécesseure. L’aventure continuera en 2019 avec l’ajout, sur l’initiative de l’association « Patrimoine de Saint-Gingolph » d’un carillon de 12 cloches installées dans les baies nord et ouest du clocher. Fondu -lui aussi- aux ateliers Paccard, il permet d’agrémenter les rues du bourg de diverses mélodies. Il est le fruit de la générosité de nombreux mécènes. 

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Pierre Dreffet

1785

92

~400

La3

2

Anne Thérèse Louise Augustine

Les fils de G. Paccard

1937

74,1

259

4

3

Marie

Inconnu

1729

54

~90

Fa4

Carillon : 12 cloches – Paccard, 2019 – 419kg – Do5 diatonique Mi6 + Fa5 et Si5

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Mes remerciements à :
M. Michel Galliker, président du conseil de paroisse de Saint-Gingolph, pour son aimable autorisation et son accueil.
M. Gérard Scheurer, président de l’association « Patrimoine de Saint-Gingolph ».

Sources & Liens :
Saint Gingolph sur Wikipédia
Association « Patrimoine de Saint-Gingolph »
Relevé sur site
Fonds privés
Clichés personnels

Chênex – Eglise Notre-Dame-de-l’Assomption

Au cœur du Genevois, à quelques encablures du bec que forme la Suisse en France, la commune de Chênex se dresse contre les pentes douces de la montagne de Sion, à proximité du Mont Vuache. Cette petite commune rurale a été longtemps marquée par l’agriculture. Elle donnera cependant de nombreux ecclésiastiques au diocèse d’Annecy. Deux d’entre eux seront élevés à la dignité épiscopale : d’une part Mgr Joseph Duval, archevêque de Rouen et Primat de Normandie et d’autre part son oncle, le cardinal Léon-Etienne Duval, archevêque d’Alger. Ces deux personnalités religieuses du XXème siècle ont été baptisées dans le baptistère, au fond de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption de Chênex.

On retrouve des traces de la paroisse depuis le XIIIème siècle. Mais il est probable qu’elle soit plus ancienne. La visite de l’évêque en 1412 est assez détonante : le curé vit en concubinage et les paroissiens dansent dans l’église ! De quoi agacer le prélat. A la Réforme, la paroisse n’échappe pas aux protestants qui y imposent par la force leur religion dès 1536 (nous ne sommes qu’à quelques pas de Genève !). En 1598, onze paroissiens abjureront le protestantisme aux Quarante Heures de Thonon. Au XVIIème siècle, la paroisse est un temps sous le joug de celle de Viry. Car si l’église était relativement préservé de l’invasion protestante, il n’y avait plus de presbytère et plus de prêtre non plus dans la paroisse ! A la Révolution, comme toutes les communes, Chênex est privé de cloche et clocher. La paroisse sera une nouvelle fois rétrogradée au Concordat pour être rattachée cette fois à Valleiry. Si Chênex a pu redevenir une paroisse indépendante, c’est grâce au curé de Valleiry en personne… malgré lui ! Il fallait reconstruire son église et il mit à profit toute sa paroisse. Cependant Chênex ne l’entendait pas de cet avis : il y avait une église elle aussi en mauvais état. Après d’âpres discussions et coups bas, Chênex redevient indépendant en 1841. Mais il fallut encore 50 ans avant de pouvoir entreprendre des travaux sur l’église, manque de moyens. En 1888, le vicaire général d’Annecy déclare à propos de l’église qu’il n’y en a pas davantage délabrée dans le diocèse ! Après avoir trouvé les fonds, l’église est bâtie dès le 20 mai 1890 à un autre emplacement (plus loin de la rivière) et l’évêque consacrera le lieu le 24 septembre 1892. On a confié les plans du monument à l’architecte Dénarié qui a proposé un style néo roman. L’église possède encore le tabernacle de la chartreuse de Pomier, probablement du XVIème siècle et une Vierge à l’Enfant du XVIIème. L’orgue à tuyaux est un don du cardinal Duval en personne. Initialement installé à l’église Notre-Dame-des-Victoires d’Alger, ce monument redeviendra une mosquée lors de l’indépendance algérienne et l’orgue y était donc superflu. 

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Le clocher, qui vient de troquer son ancienne flèche délabrée contre une neuve, abrite deux cloches. Elles ont été installées de l’ancienne église dont elles sont des vestiges. Avant cela, le registre des baptêmes nous indique que le 2 octobre 1760 est bénie une cloche dédiée à la Vierge Marie et conçue par Jean-François Livremont. Son poids était d’environ 196 kilos. Démontée à la Révolution et déplacée à Carouge pour y être fondue, elle est remplacée en 1796 par une cloche issue du dépôt de Bonneville. Il est évident que cette cloche n’a jamais connu Chênex avant son installation ! Au début des années 1860, la cloche est provisoirement placée sur des poutres de bois en mauvais état et à chaque sonnerie, tout menace ruine ! Les délibérations municipales nous apprennent plus tard qu’en 1866, la cloche unique est cassée et qu’il faut la refondre. Il convient alors de la remplacer par une cloche toute neuve. Le 30 avril 1867, le fondeur Burdin Ainé de Lyon ne livre pas une mais deux cloches fondues l’année précédente ! La grosse cloche arbore le nom de ses parrains et marraines, du maire, de son adjoint et du curé. La plus petite cloche cite également son parrain et sa marraine en précisant que c’est un hommage à Marie Immaculée de leur part. Il y a donc fort à parier que cette cloche est un don spécial. En 1873, le conseil municipal expose qu’il reste à régler une somme importante à M. Burdin. La faute serait aux souscripteurs qui y mettent « de la mauvaise volonté ». Une autorisation est demandée au préfet de prélever la somme sur son budget pour préserver l’honneur de la commune. En 1989, les deux cloches doivent être électrifiées. Problème : la plus grosse semble sonner comme une cloche fêlée. Décision est prise de la remplacer. Une cloche neuve est donc fondue aux ateliers Paccard moyennant un rabais avec la reprise de la vielle cloche. Mais Pierre Duval -habitant du village- ne pouvait se résoudre à voir cette cloche partir à la casse et la rachète au prix du bronze. Elle coule depuis une retraite paisible dans sa propriété, à quelques pas du clocher. Comme cette cloche devait disparaître, la décision avait été prise de reprendre ses inscriptions sur la nouvelle, tout en y ajoutant la seconde date de fonte et le nom des autorités en place (maire, adjoint et curé). 

Nom

Fondeur

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

 

Fonderie Paccard

1989

83,8

~360

Si3

2

Marie Immaculée

Burdin Ainé

1866

58,3

~145

Fa 4

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Mes remerciements à : 
M. Pierre-Jean Crastes, maire de Chênex
M. Luc Brunier, cantonier de Chênex
Mme Dominique Miffon, auteure d’une prochaine biographie sur le village de Chênex
M. Claude Mégevand, président de la Salévienne

Sources & Liens :
Mairie de Chênex
Archives Départementales de la Haute-Savoie
Fonds de Mme Dominique Miffon
La Salévienne
Fonds privés
Clichés personnels
Relevé sur site