Saint-Julien-en-Genevois – Eglise Saint-Julien-de-Brioude

Aujourd’hui sous-préfecture de la Haute-Savoie, la ville frontalière de Saint-Julien-en-Genevois vit à l’heure suisse, ou presque ! Pour se rendre à Genève aujourd’hui, nul besoin de traverser la campagne : il est possible d’y aller sans quitter la ville ! L’espace de quelques mois, la ville fut même helvète : elle fut rattachée au canton de Genève de décembre 1815 à octobre 1816. Les origines de Saint-Julien sont lointaines. Le nom de la commune, associé à saint Julien de Brioude, martyr du IIIe siècle, rappelle ici une importante évangélisation. Les ruines d’une basilique mérovingienne datée du VIe siècle fut d’ailleurs retrouvée au hameau de Puy-Saint-Martin. Les écrits les plus anciens font d’ailleurs mention de « Posterla » avant de devenir progressivement « Saint-Julien ». Ce n’est qu’en 1893 que le nom s’allongera avec la particule « en Genevois », référence faite à la province savoyarde où se trouve la ville. Par sa position, Saint-Julien fit souvent les frais des guerres entre Genève et le Duché de Savoie. Cette situation durera pendant plusieurs siècles jusqu’en 1603, où le « traité de Saint-Julien » sonnera le glas des affrontements entre les deux camps, la Savoie reconnaissant enfin Genève comme république souveraine. Une fois devenue française, la commune prendra progressivement son importance : chef-lieu de canton et sous-préfecture. Les bâtiments principaux sont d’ailleurs des cadeaux impériaux suite au rattachement de la Savoie à la France : la sous-préfecture, l’hôtel de ville, l’hôpital Saint-Joseph ou encore l’église paroissiale en sont des illustrations.

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Comme évoqué plus haut, la présence de monuments chrétiens à Saint-Julien ne date pas d’hier ! Après un sanctuaire à Puy-Saint-Martin, les églises s’installent à l’emplacement de l’actuel bureau de poste de la commune. En 1482, l’église est visitée par l’évêque Jean de Bertrand. Le 6 juin 1486, une nouvelle église est consacrée par son successeur, François de Savoie. Entre 1536 et 1590, l’église devient un temple protestant suite à l’invasion genevoise en terres savoyardes. En 1700, cette église semble fatiguée et un nouvel édifice sera construit sous la houlette de maîtres d’œuvres du Bugey et du Piémont. Cette église semble n’avoir été consacrée que le 12 juin 1768 avec un chœur à chevet plat et une nef à six chapelles. En 1866, cet édifice trop petit sera remplacé par un nouveau monument, construit à quelques mètres : il s’agit de l’actuelle église paroissiale ! Consacrée le 9 juillet 1866, elle était dépourvue de clocher. Dès lors, Saint-Julien connait deux églises : l’ancienne n’a pas été rasée ! Elle continue d’ailleurs de supporter les cloches dans sa tour. Cette situation durera jusqu’en 1884 où le curé Rannaud fait construire un clocher flèche pour son édifice néogothique. Est-ce qu’on démolit l’ancienne église ? Toujours pas ! Tandis que la nef était devenue une épicerie, le clocher dépourvu de cloches sera un précurseur en servant de centrale téléphonique, lui offrant un sursis de plusieurs décennies. L’ancien monument sera finalement rasé en 1931, ne laissant alors qu’une seule église à Saint-Julien. Mais au début des années 1970, l’église néogothique est fatiguée : les murs sont lézardés et la sécurité du bâtiment est remise en cause. Plutôt que de la raser, il est décidé de transformer le bâtiment : la base du bâtiment est conservée, mais toute sa partie supérieure sera revue, lui offrant la silhouette atypique que nous connaissons aujourd’hui : une gigantesque toiture sur une nef très aérée dépourvue de piliers, et un clocher flèche remplaçant l’ancien clocher néogothique de 1884… qui existe toujours !

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C’est une visite déconcertante qu’attend le passionné de cloches ou le campaniste en charge de l’entretien. Pour accéder au clocher… ou plutôt aux clochers, une porte dérobée nous attend dans le vestibule de l’édifice moderne. Dès le passage de la porte un saut dans le temps s’opère : nous entrons en effet dans le clocher de 1884 ! Un escalier à vis en bois nous emmène jusqu’à la toiture du nouvel édifice, toute d’acier, pour rejoindre l’intérieur de la vieille tour. Et là, un nouveau saut dans le temps s’effectue : nous arrivons droit devant l’horloge mécanique de 1883, et près d’elle repose l’ancien clavier de carillon, à moitié disloqué. On imagine sans peine les sonneurs se relayer pour carillonner sur l’ensemble campanaire installé quelques mètres plus haut ! Sur l’horloge mécanique, quatre tiges étaient reliées à quatre marteaux : les trois petites tintaient les quarts, et la plus grosse les heures. Une dernière volée de marches mène au beffroi. Le lieu est très sombre car l’ancien clocher est imbriqué dans le nouveau ! Les murs sont encore là, le beffroi en bois également, comme si rien n’avait bougé autour. Il y a encore même la moitié des abat-sons sur les baies géminées du vieux clocher ! Et autour, la nouvelle flèche le cache presque jalousement. Une dernière échelle mène au dernier niveau, qui pour le coup n’est que le sommet de cette dame d’acier de 1972 ! Mais arrêtons nous aux cloches. Seule dans la première travée, la plus grosse trône et continue de marquer les heures. Elle fut réalisée sous le mandat de l’archiprêtre Chaumontet, promoteur de l’église de 1866. Fondue le 1er mars 1853 en remplacement d’une cloche de 6 quintaux et demi, la signature des fondeurs précède une autre date : 1852. Peut-être elle aurait dû être coulée quelques mois plus tôt ? En 1855, cette cloche ne sera d’ailleurs pas encore entièrement payée comme le relate les Echos du Mont-Blanc du 31 mai, dans un contexte électoral. Cette grosse cloche de 1’401 kilos avec son « mi » très ténébreux est d’ailleurs une rareté, les frères Paccard n’ayant -à l’époque- pas expérimentés un profil aussi lourd ! Elle se marie d’ailleurs très bien avec sa petite sœur fondue en 1810 par Jean-Baptiste Pitton de Carouge, avec un fort accent baroque. D’un poids d’à peine 400 kilos, il s’agit de la doyenne de la sonnerie. Ses inscriptions dans un français approximatif indiquent qu’elle appartient à la paroisse de Saint-Julien qui était à l’époque administrée par le Rd Poncet. En 1884, avec la construction du clocher aujourd’hui caché, le père Rannaud, curé-archiprêtre, jugeait que la sonnerie était trop pauvre pour une telle paroisse. Sur ses propres deniers, il commande alors deux petites cloches au son cristallin afin de compléter la sonnerie. Arrivent donc à l’automne deux nouvelles cloches : Marie-Eliza-Adèle et Alice-Adrienne. Dès lors, Saint-Julien pouvait s’enorgueillir d’être la seule sonnerie de quatre cloches de son secteur. Pour trouver une équivalence, il fallait se rendre -côté français- jusqu’à Annecy ou encore Evires, de l’autre côté du Salève ! Electrifiées en 1953, les cloches de Saint-Julien se passent donc depuis de sonneurs. L’horloge mécanique a continué son travail un temps, grâce à un remontage automatique des poids, avant d’être mise à la retraite. A noter que la nouvelle carapace qui protège le clocher de 1884 donne à cette ensemble campanaire un son doux et feutré à l’extérieur. L’écoute est malheureusement rendue compliqué car nous sommes en ville avec beaucoup de vie et de véhicules, néanmoins cette sonnerie ne manque pas d’intérêt !

Nom

Fondeur(s)

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Frères Paccard

1852

128,8

1’401

Mi 3

2

Saint Julien

Jean-Baptiste Pitton

1810

88,5

~400

La 3

3

Marie Eliza Adèle

G&F Paccard

1884

70,1

211

Do4

4

Alice Adrienne

G&F Paccard

1884

59,2

129

Mi 4

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Mes remerciements nourris à :

Mme Anne-Marie Belleraud, sacristine, pour l’accès au clocher et les sonneries spéciales.
M. Michel Brand, historien local et ancien élu d’Archamps, pour l’organisation de la visite.
Les services municipaux de Saint-Julien-en-Genevois et la paroisse Saints-Pierre-et-Paul en Genevois pour l’autorisation exceptionnelle.
M. Dominique Ernst, historien et journaliste local, pour la mise à disposition d’archives.
Les archives diocésaines d’Annecy et Mme Mélanie Maréchal, pour la mise à disposition d’archives.

Sources & Liens :

Commune de Saint-Julien-en-Genevois
Paroisse Saints-Pierre-et-Paul en Genevois
Association « La Salévienne« 
Archives Dominique Ernst
Administration diocésaine : gerbes de notes et documents, C-M Rebord, 1922
Archives diocésaines d’Annecy
Fonds privés
Relevé personnel
Clichés personnels

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