Ayse – Eglise Saint-Pierre

Un coteau ensoleillé orienté plein sud, à proximité d’une des chefs-lieux de Haute-Savoie. Tellement bien exposées, blotties contre le Môle, que ses terres donnent vie à un des vignobles les plus appréciés de la région. Le village d’Ayse, fort de ses 2000 habitants, inspire la quiétude. Ses demeures sont dispersées sur tout un pan de montagne, parfois encerclées de vignobles. Si le vin (AOC) s’appelle « Ayze », c’est parce que la commune connait les deux orthographes : avec un « S » ou un « Z ». Officiellement, la commune s’écrit « Ayse ». L’écriture a bien varié avec le temps, comme dans bon nombre des communes françaises. Comme le village, le nom évolue.

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C’est au XIe siècle que semble apparaître la paroisse, dans une charte du Comte de Genève qui donne les terres au prieuré proche de Peillonnex. Au XIIIe siècle, le vignoble semble commencer à se développer. Les familles aussi : deux châteaux sortent de terre au XVe siècle. On notera ainsi les châteaux de la Motte et des Tours. Le premier existe encore et est à l’état de ruines. Le second a été reconstruit au XIXe siècle par l’avocat Pierre Blanc, prenant ainsi le surnom de Château Blanc.

L’église Saint-Pierre est au sommet de la commune, près du ruisseau de la Madeleine. Dédiée à l’apôtre Pierre, connu pour être le premier pape de l’Histoire chrétienne, le patron secondaire de l’église est saint Vincent, patron des vignerons, nombreux à l’époque ou Ayse comptait bien moins de 2000 habitants ! Ses origines sont floues. L’hypothèse d’une construction au XVIIe siècle est certaine.

Le clocher abrite aujourd’hui trois cloches. Ses murs en béton peuvent laisser entendre qu’il a été restauré au XXe siècle. Probablement en 1961. Nous y reviendrons. La plus grosse cloche porte la date de 1607. De facture inconnue, ses inscriptions prêtent louage à saint Pierre, à saint Paul et à saint Théodule, premier évêque du Valais (CH) particulièrement célébré ici. La cloche est également marquée du nom du Noble Claude Pobel, syndic et Seigneur d’Ayse. Cette inscription n’est pas sans rappeler une jumelle, également fondue en 1607 pour l’abbaye d’Entremont, et marqué du nom de Mgr Thomas Pobel, bonnevillois évêque et abbé d’Entremont. La cloche d’Ayse ne possède pas de signature et aucune similitude visuelle avec celle d’Entremont. Saura-t-on un jour le fondeur de cette cloche ? Dernier détail amusant : nous serions tentés de lire la date « 1507 ». Cependant, la baronnie des Pobel est élevée en 1580. Claude Pobel et sa femme, Gabrielle Vionnet, également citée sur la cloche, le sont aussi dans les archives jusqu’en 1617. On peut encore argumenter avec le style calligraphique de la cloche : l’écrire gothique n’est pas présente ici. En 1507, il aurait été impensable de ne pas livrer une cloche sans ses inscriptions, déjà désuètes en 1607. Si l’honorable cloche a traversé les âges, il n’en a pas été autant de ses petites… ou grandes sœurs ! En 1871, une commande est passé par la paroisse d’une grosse cloche aux frères Beauquis de Quintal. Cette cloche, pesant 1’107 kilos fêle après presque un siècle de bons et loyaux services. En 1961, elle est remplacée par deux cloches plus petites, bénies les jour de Pâques par Mgr Auguste Cesbron, évêque d’Annecy. Ces deux cloches arborent, outre le Pape régnant (saint Jean XXIII) et l’évêque, les noms du curé de la paroisse (père Paul Morel-Vulliez) et du maire (M. Justin Vuarchex). Les parrains et marraines des cloches représentaient la chorale paroissiale pour la plus grande, et l’action catholique pour l’autre. Permettez-moi de citer le représentant des parrains de la seconde : René Rosset, présent lors de ma venue ! Quelle émotion de visiter le clocher en compagnie d’une figure de ce village, élu pendant 55 ans (d’abord conseiller, puis adjoint avant d’en devenir le maire, de 2004 à 2008). Il a souhaité, à 90 ans, revoir une fois « sa » cloche, qui annonce encore fièrement les nouveaux baptisés. D’ailleurs, chaque cloche à son rôle : la moyenne sonne les angélus matin, midi et soir. La plus grande, elle, convoque à l’office divin. Les trois cloches sonnent ensemble pour les sépultures, comme il est coutume dans la région.

Nom / Vocation Fondeurs(s) Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Sts Pierre & Paul inconnu 1607 93,9 500

Sol 3

2

Marie Immaculée Paccard 1961 87,5 400 La 3
3 Jeanne de Chantal Paccard 1961 77,3 275

Si 3

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Mes remerciements pour cette visite du clocher à la municipalité d’Ayse, sous le mandat de M. Mermin. Je remercie également M. Temil, adjoint au maire et le père Charles Bouvard, curé modérateur de l’ensemble paroissial, pour leur autorisation. J’adresse également ma reconnaissance au comité présent ce jour là. Outre le Maire honoraire René Rosset (décédé en mars 2020), étaient présents pour me recevoir : M. François Houillon, chargé de la relation mairie-paroisse ; M. Gilbert Pellier, président de l’association « Mémoire d’Ayse » ; Rémi Bouchet, chef de chœur ; Claude Gantin, célébrant des sépultures. Un beau moment autour des cloches et du bon vin local !

Sources & Liens :
Ayse
Paroisse d’Ayse
Mémoire d’Ayse, Gilbert Pellier
Fonds privés
Clichés personnels (sauf bénédiction cloches et photo de groupe : Gilbert Pellier)
Fonds privés

Douvaine – Eglise Saint-Loup

C’est au cœur du Chablais que nous poursuivons nos « enquêtes campanaires ». Après un bref arrêt en Lorraine pour les fêtes pascales, il est temps de revenir au bercail. Un clocher que je connais depuis mon enfance. Situé sur la route du Lac Léman, il me signifiait par beau temps une belle journée au bord de l’eau en famille. Mais ce n’est pas ces histoires là que je vais vous conter : plutôt celle de ce fameux clocher ! De plus, il abrite une des plus grosses cloches de la Province du Chablais. Depuis les années 1960, la population de la commune a été multiplié par six ! La faute à sa position, sans doute : traversé par un des axes majeurs du département, non loin de Genève, de son lac, et des stations de skis du Gavot. 

L’église de Douvaine est surprenante sur bien des points. Tout d’abord, parlons de son vocable : c’est une des seules églises de la région qui se voue à saint Loup, évêque de Troyes au Ve siècle et compagnon de saint Germain d’Auxerre. En entrant dans l’église par le clocher porche, on peut-être surpris par l’épaisseur des murs. Le clocher, quant à lui, est quasi millénaire ! Nous y reviendrons. La paroisse est en effet très ancienne : elle est citée en 1153 par Eugène III. Elle est tenue par l’abbaye Saint-Jean de Genève (elle même sous la juridiction de l’abbaye lyonnaise d’Ainay) et au XIIIe siècle un prieuré y est fondé. Un de ses prieurs sera mondialement connu : il s’agit du pape Jules II, à l’origine de la basilique vaticane actuelle. Vu l’époque (XV-XVIe siècle) il était prieur commanditaire uniquement. Avec la Réforme en 1536, l’église devient temple protestant. Le Prieuré, essoufflé par ces troubles, ne se relèvera pas : une paroisse sera rétablie à sa place à la fin du siècle et l’église sera restaurée. Après quelques siècles, l’église est pillée à la Révolution : elle deviendra le lieu où les Révolutionnaires convoquent leurs assemblées. Le Concordat signé, elle retrouve sa destination initiale après une restauration nécessaire suite au pillage révolutionnaire. Agrandie une première fois en 1823, l’église sera reconstruite en 1876, du moins sa nef, représentant une surface de 400 mètres carrés : une des plus grandes églises des environs ! 

Revenons au clocher, que nous allons gravir. Il abrite aujourd’hui deux cloches, entourées de murs épais. Ses meurtrières entre ciel et terres peuvent surprendre. En effet, le clocher aurait été jadis une tour défensive avant de prendre sa vocation actuelle. Sa porte d’accès, en tribune, demeure très « médiévale » : il faut bien se baisser pour la franchir ! Des escaliers nous emmènent ensuite au sommet. Au dernier étage, avec les cloches, la cabane de l’horloge est vide. Le mouvement a été installé en 1840 et remplacé à électrification par un système moderne. Le beffroi, qui semble âgé, soutient avec vigueur les deux cloches. Ce nombre ne semble avoir guère évolué durant l’histoire de cette charpente, marquée des chiffres romains pour faciliter son assemblage. A la Révolution, la petite cloche est descendue pour être cassée. Elle sera finalement laissée intacte. La grande cloche, elle n’a pas bougé pour sonner les rassemblements civils. En 1811, une nouvelle petite cloche est bénie. On ne sait pas ce qu’il est advenu des anciennes cloches. En 1844, la petite cloche est refondue et augmentée à environ 800 kilos. Il en sera de même en 1869 pour la grosse cloche : fêlée, elle sera portée à 1800 kilos, devenant ainsi une des plus grosses cloches du Chablais français. Révisée au début du XXe siècle, son installation a également été revue il y a quelques années. Il en fut de même pour la petite cloche.

Fondeur(s)

Année

Diamètre (cm)

Masse (kg)

Note

1

Frères Paccard

1869

146

1800 Ré ♭ 3

2

Bulliod Frères

1844

114

800

Fa 3

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J’adresse mes remerciements à M. Jean-François Baud, maire de Douvaine et à la commission « Culture et Patrimoine » sous la présidence de Mme Claire Chuinard, adjointe, pour les autorisations. Je remercie également Mme Anne-Marie Berthollet et M. René Carminati, membres de la commission patrimoine de la commune, pour leur disponibilité.

Sources & Liens :
Douvaine
Mairie de Douvaine
Eglise de Douvaine
« Patrimoine Remarquable de la Commune de Douvaine », Pays du Léman, 2006
Fonds privés
Clichés personnels