Vacheresse – Eglise Saint Étienne

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C’est sur la rive droite de la Dranse d’Abondance qu’est installé Vacheresse, à l’écart de la grand’route qui mène aux stations de ski en bout de vallée. Cette position permet de contempler de loin ce village fidèlement organisé autour de son église paroissiale et de son cimetière. Son clocher fait de moellons et de pierre de taille – couronné d’un lanterneau imitant les bulbes baroques – est un véritable repère. Il est éclairé par le soleil le jour et relayé par quelques projecteurs la nuit. Pourtant, du sommet de la croix qui le couronne, des siècles nous contemplent.
Les plus vieux écrits nous apprennent que Vacheresse était jadis paroisse du diocèse de Genève. L’église était alors dédié à Saint Ours, prêtre irlandais du VIe siècle. Une visite pastorale par l’évêque en 1411 fait état d’une église au chœur incomplet. A la fin du XVe siècle, l’évêque demande à la paroisse de reconstruire les poutraisons du clocher et la fenêtre de la nef. Cette église qui se situait au lieu-dit « les Chapalettes » a été emportée par un éboulement en 1617. En 1623 l’église est reconstruite à l’emplacement que nous connaissons, encerclée par le cimetière communal. En 1706, le lieu de culte est déjà délabré puis jugé trop petit en 1722. Il sera donc immédiatement reconstruit et agrandi. Dès les années 1770, nous notons un bon nombre de travaux dans l’église : reconstruction du clocher, réfection de la nef, etc… Et ce jusqu’à la Révolution Française. Le concordat à peine signé, les travaux reprennent. La décennie précédente, le sommet du clocher fut abattu et le mobilier liturgique mis à mal. En 1841, la paroisse change de saint patron. Saint Étienne, premier martyr devient titulaire, Saint Ours devient co-titulaire avec Saint Antoine l’Abbé. Dès 1860 l’église est agrandie sur les plans de l’architecte thonnonais Pompée. L’édifice présente un style très éclectique. Le lanterneau du clocher et l’architecture de l’église sont indiscutablement néoclassiques. Cependant, les retables sont clairement néo-gothiques. Cette différence accentue l’intérêt que l’on peut avoir pour ce lieu de culte.

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Quatre belles cloches sont locataires du clocher de Vacheresse. Disposées dans la travée nord, les deux cloches médianes sont de 1842. La plus grande, qui porte le nom d' »Étiennette » rend hommage à St Étienne, patron de Vacheresse, son parrain M. Amédée Tagand et sa marraine Mme Anne Favre. La plus petite, « Marie », cloche dite « de l’angélus » a eu pour parrain et marraine Ambroise et Constance Tagand. Enfin, les cloches 1 et 4 ont été fondues en 1957. La plus grande, « Marie-Claudine », cloche des offices, se contente de remplacer une cloche plus ancienne, fondue en 1754. Elle a pour parrains le conseil municipal de Vacheresse. Sa petite sœur, « Marie-Françoise », cloche dite « du feu », « prie pour l’union des foyers ». Elle a pour parrains le conseil paroissial et pour marraines les jeunes filles de la paroisse. Toutes deux ont été bénies par Mgr Cesbron, évêque d’Annecy sous le mandat de M. Alphonse Tagand, maire, et du P. Pierre Tavernier, curé du lieu. La petite cloche est étrangement munie d’un joug en bois, alors que sa grande sœur possède, conformément à la pratique de l’après-guerre, un rail métallique. C’est probablement, pour Marie-Françoise, le joug d’une ancienne cloche. Même si -contrairement à la plus grande- elle ne fait aucunement mention d’une éventuelle prédécesseure, les archives nous indiquent qu’un achat de cloche intervint en 1812. Nous ne savons hélas ni le fondeur, ni le nombre et les dimensions des cloches installées autrefois. Il est cependant certains qu’elles n’ont pu parvenir jusqu’à nous, à notre grand regret.

Nom Fondeurs Année Diamètre (cm) Masse (kg) Note
1 Marie Claudine Paccard 1957 112,9 900

Fa 3

2

Etiennette Frères Paccard 1842 99,5 600 Sol 3
3 Marie Frères Paccard 1842 88,8 400

La 3

4 Marie Françoise Paccard 1957 84,7 360

Si ♭ 3

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Détail d’une des cloches de 1842, et sa Vierge à l’Enfant. Ci-dessous, les quatre cloches.
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Mes remerciements à M. Petitjean, maire de Vacheresse, pour son aimable autorisation ; à M. Mottiez, secrétaire de mairie, qui nous a accompagné et enfin à la communauté paroissiale de Vacheresse et son curé, Mgr Gobel. Remercié soit également Quasimodo, pour l’aide apportée a la réalisation de ce reportage.

Sources :
Commune de Vacheresse
Vacheresse sur Wikipédia
Base Mérimée, Ministère de la Culture
Inventaire des objets religieux de Vacheresse

Voir aussi :
Paroisse Saint Maurice en Chablais

Montailleur – Eglise Saint Maurice

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Montailleur est installé sur la rive droite de l’Isère, principale rivière de la Combe de Savoie. Ce petit village de sept cents âmes possède un passé relativement riche. Au Moyen-Âge, ce bourg abritait déjà une Maison Forte. Aujourd’hui encore subsistent quelques ruines d’un château dans le lieu-dit du même nom. Près de ce château est installée une chapelle placée sous le patronage de l’Archange Saint Michel. L’église néo-gothique, quant à elle, est dédiée à Saint Maurice, légionnaire thébain mort en Valais au IIIe siècle. Cette église, consacrée en 1885, a été bâtie sur les plans de l’architecte diocésain M. Joseph-Samuel Revel. En 1884, l’ancienne église sera déconstruite. Le seul élément conservé est la base du clocher afin de faire un trait d’union entre les deux édifices religieux. Aujourd’hui encore, la chambre des cloches de l’ancienne église est encore visible par des ouvertures géminées. L’étage au-dessus, en pierres apparentes, est la partie nouvelle, avec une nouvelle chambre des cloches, un petit peu plus étroite.

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Les plus anciennes archives que nous possédons font état de quatre cloches en place dans le clocher de l’église sous l’Ancien Régime. En 1793 trois d’entre elles, les plus petites, prirent le chemin de Chambéry pour être cassées et fondues. Elles pesaient au total 830 kilos. La plus grande (880 kilos) était restée au clocher pour donner de la voix pour le tocsin ou autre événement civil. Dérobée en avril 1794 puis retrouvée quelques jours après, elle sera contrainte de subir le même sort que ses petites sœurs. En 1802, soit peu de temps après que le Concordat soit signé, une cloche pesant environ une tonne est fondue par un Carougeois et son fils : Jean-Baptiste Pitton. Ce n’est pas la première fois que nous relatons le savoir-faire de ce fondeur né en Isère. Cette cloche sans nom, installée en rétrograde, est accompagnée de trois autres cloches. La plus grande d’entre elles – la deuxième – porte la date de 1860 et la griffe des frères Paccard, fondeurs à Annecy-le-Vieux, en Haute-Savoie. Cette cloche en remplace une autre d’un seul quintal. Son acquisition reste une zone d’ombre. Deux petites cloches permettent au quadrillon de s’exprimer pleinement. Nommées respectivement « Françoise-Marguerite du Sacré-Coeur » et « Marie-Jeanne-Angéline-Philomène », elles ont été fondues toujours par la célèbre fonderie savoyarde Paccard en 1891. Leurs dédicaces rendent hommage à leur parrains et marraines respectifs, et citent le curé qui les « donne à la fabrique ». On trouve enfin l’inscription « L’année de fonte de la Savoyarde 1891 » ! En effet, c’est cette même année qu’est fondue la célèbre Savoyarde sur l’initiative de l’archevêque de Chambéry. Depuis l’installation des nouvelles cloches en juillet 1892, ce carillon entonne joyeusement un « accord majeur » en « mi » audible lors des funérailles.

Nom Fondeurs Année Diamètre (cm) Masse (kg)

Note

1

  Pitton père & fils 1802 119,7 1000 Mi 3
2   Paccard frères 1860 94,5 500

Sol ♯ 3

3

Françoise Marguerite du Sacré Cœur G&F Paccard 1891 79,3 308 Si 3
4 Marie Jeanne Angéline Philomène G&F Paccard 1891 58,6 130

Mi 3

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La cloche 3 « Marguerite du Sacré-Coeur » et la cloche 1 en arrière plan.
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Mes sincères remerciements à la municipalité de Montailleur, sous le mandat de M. Jean-Claude Sibuet-Becquet, maire, pour son aimable autorisation et à M. Pierre Dubourgeat, jeune conseiller municipal intarissable sur l’histoire de son village pour nous avoir accompagné. Je tiens aussi à remercier le petit comité qui nous a accueillis pour avoir pris le temps de nous écouter, de même que Quasimodo (que je remercie vivement également pour sa collaboration) et qui partagé mon ébahissement devant ces remarquables cloches. Enfin, je citerai Marie-Thérère Floret-Miguet pour le très bel article sur notre venue au clocher en cette avant-veille de la Toussaint.

Sources :
Mairie de Montailleur
Montailleur, sur Wikipédia
Bulletin Municipal de Montailleur, page
Pierre Dubourgeat
Inventaire personnel
Fonds privés