Au nord-ouest de la Haute-Savoie, entre le Vuache et le Rhône, la commune de Vulbens touche du doigt le bec de la Suisse, à l’extrémité nord de la commune. Vulbens est une commune essentiellement rurale, forte de 1’700 habitants. Elle a toujours été « à la frontière » car durant l’Occupation, le Nant de la Vosogne qui la sépare de Valleiry était utilisé comme référence pour délimiter la France dite « libre » de la France dite « occupée ». La vie à Vulbens ne date pas d’hier, la commune offrant deux trésors naturels pour les premiers hommes : un fleuve et une montagne remplie de grottes. Au gré des civilisations, Vulbens se trouvait donc naturellement sur les voies de communications. Le bourg est quant à lui en retrait du fleuve et à bonne distance de la montagne, évitant ainsi crues et éboulements probables. Vulbens intéressa donc tant sur le plan temporel que spirituel : on dit que les templiers s’y sont installés, près du Rhône, vers le XIIe siècle. Il est aussi relaté qu’une maison forte dite « du Vuache ou de Vulbens » construite par des seigneurs locaux passa ensuite aux mains des Comtes de Genève puis d’autres nombreuses familles seigneuriales de la région. Il est a noter que, contrairement à de nombreuses autres communes du Genevois, Vulbens restera catholique au XVIe siècle, alors que les genevois ont envahis une partie de la région pour y imposer, par la force, la religion protestante instituée par Calvin à Genève.
L’église Saint-Maurice de Vulbens remonte au XIIIe siècle. C’est une grande église halle, agrandie de deux nefs latérales en 1820 et 1830. Il faut dire que la paroisse de Vulbens est vaste : elle couvre en effet les communes de Chevrier et une partie de la commune de Dingy-en-Vuache. Si cette dernière est aujourd’hui sans église, ni clocher, ni cloche, la commune de Chevrier conserve son ancienne église, rétrogradée en simple chapelle. A la Révolution, Vulbens absorbe aussi la paroisse de Bans, située sur le territoire de l’actuelle commune plus au nord, au bord du Rhône. Cette paroisse est aujourd’hui presque rayée de la carte, de vastes forêts occupant son territoire, exceptés quelques habitations dispersées sur les hameaux de Bans, Moissey et Cologny. L’église Saint-Maurice de Vulbens apparaît en 1265 dans les écrits de l’Abbaye de Chézery qui prélevait une partie de ses dîmes. On retrouve aussi une mention de la paroisse dans une donation de l’Abbaye de Saint-Maurice, tombeau de son saint patron, en 1026 ! De l’édifice du XVe siècle, il ne reste aujourd’hui que le chœur et la chapelle gauche. Au chevet de l’édifice, il est d’ailleurs encore possible de voir une baie gothique aujourd’hui obstruée. De l’autre côté, un retable représentant saint Maurice d’Agaune accueille le visiteur qui franchit la grande porte.

Le clocher flèche est reconstruit en 1835. Jadis au nord de l’édifice, il fut déplacé au sud du chœur. Pour l’occasion, la sonnerie est elle aussi intégralement refaite. Elle fut confiée à François Bulliod qui venait de reprendre les fours de son mentor, Jean-Baptiste Pitton. C’est ainsi que les deux cloches sont hissées au clocher, datées très précisément du 23 avril 1835. Le nom du curé figure sur les deux cloches : Maurice Peccoux. Sur la première, les noms de Antoine-François Gay, notaire, et de Rose Duc son épouse y figurent comme parrain et marraine. Sur la plus petite, figurait les noms de Jean-Gaspard Gay, curé de Bossey et Madeleine Bussat, sa mère. Figurait… car la cloche est déclarée fêlée en 1938 après un siècle de bons et loyaux services. En 1939, « Marthe-Bernardine » la remplace, avec un poids équivalent. Sur cette cloche, on a pris soin de faire mémoire de la pauvre cloche cassée, de lui donner une inscription religieuse latine lui demandant de « louer le Seigneur, inviter les vivants et pleurer les morts ». Elle cite aussi le curé, le Rd François Dunoyer, puis ses parrain et marraine, Georges et Marthe Gay. Elle cite aussi les maires des trois communes membres de la paroisse : Auguste Rossiaud, maire de Vulbens, Jean Marmilloud, maire de Chevrier et René Vincent, maire de Dingy-en-Vuache. Trouver ces trois édiles n’est pas étonnant quand on sait que les trois municipalités contribuent financièrement à l’entretien de l’édifice. On peut citer par exemple des travaux sur les clocher en 1885, payés par les trois communes : 52% par Vulbens, 25% par Chevrier et 23% par Dingy. D’élégantes effigies trônent sur la cloche de 1939 : un beau crucifix, la Vierge et saint Maurice auxquelles s’ajoutent des armoiries : celles de l’évêque d’Annecy, Mgr du Bois de la Villerabel, ainsi que celles de la fonderie Paccard. Ses décors tranchent avec la sa grande sœur, qui ne compte qu’un modeste crucifix et le discret cartouche de son fondeur. Installées côte à côte, elles sont électrifiées depuis 1953 et disposées sur un beffroi en bois refait en 2010 par Stéphane Cuzin, charpentier de Chevrier, l’ancien menaçant ruines. Ces deux cloches restent muettes en dehors des angélus et célébrations religieuses, la cloche de la mairie étant utilisée pour les sonneries civiles.
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N° |
Nom | Fondeur | Année | Diamètre (cm) | Masse (kg) | Note |
| 1 | — | François Bulliod | 1835 | 116 | ~920 |
Mi 3 |
| 2 | Marthe Bernardine | Les fils de G. Paccard | 1939 | 88.5 | ~420 |
La 3 |
Comme relaté plus haut, les cloches de l’église Saint-Maurice réservent leurs voix pour les sonneries religieuses. Encore aujourd’hui, les sonneries civiles sont reservées à la cloche municipale située sur le toit de la mairie. Récemment rénové, le bâtiment abrite encore une horloge mécanique en fonctionnement, remontée chaque lundi matin par le cantonnier ! Installée en 1890 par Louis Delphin Odobey de Morez (Jura), elle actionne une cloche légèrement inférieure à 100 kilos qui chante un « fa dièse 4« . Une autre cloche plus petite (une treintaine de kilos) fut livrée pour sonner les temps d’école. Déposée il y a quelques années déjà, elle accueille les visiteurs dans le hall de la mairie, permettant de lire de près sa signature « L. D. Odobey horloger à Morez Jura, 1889 ». A-t-elle été fondue par l’horloger lui-même ? Pas sûr ! Il est en effet réputé qu’il ne fondait pas lui-même ses cloches mais confiait ce travail aux grandes fonderies de l’époque : Burdin, Drouot, Farnier (Dijon)… Qui n’apposait pas leur signature sur les cloches horlogères. La cloche déposée de Vulbens semble prouver que la cloche fut faite par les ateliers Drouot (Nord), comme en témoigne sa calligraphie et ses frises à perles.
Mes remerciements à :
M. Gérard Giniez, sacristain, pour l’ouverture du clocher de l’église et les sonneries spéciales lors de mes deux visites (2012 et 2024).
M. Michel Brand, pour l’organisation du rendez-vous de 2024 à l’église.
M. Dominique Ernst pour l’accompagnement lors de ma seconde visite à l’église et la mise à disposition d’archives.
M. Florent Benoit, maire, pour l’autorisation d’accéder à l’horloge municipale et M. Ludovic Maillet pour l’accompagnement sur place.
Sources & Liens :
La Salévienne
Bulletin Municipal de Vulbens, 2011
Relevé personnel
Fonds privés
Bonjour Monsieur,
Toujours intéressant de vous lire. Une petite question, relevez-vous les inscriptions et les motifs des cloches étudiées. Dans le cadre de nos inventaires du patrimoine, nous nous efforçons de le faire, même si ce n’est pas toujours facile.
Cordialement
Thierry Monnet