De petit village à ville-préfecture
Ancienne commune de Haute-Savoie, Meythet est depuis 2017 une commune déléguée d’Annecy, intégrée lors de la grande fusion de six communes qui a alors doublé la population de la ville nouvelle. Forte de ses huit mille habitants, Meythet fut longtemps un simple bourg de quelques centaines d’âmes jusqu’au milieu du XXe siècle, avant de connaître une expansion spectaculaire. Son nom proviendrait soit du latin mansus, soit du gaulois maes, évoquant un champ ou une maison. Le territoire s’étend en rive droite du Fier, sur un plateau relativement plat qui favorisera alors les exploitations agricoles. Ce site s’est révélé propice à l’urbanisation… et à l’édification d’une paroisse.
De Saint Martin à Saint Paul
L’église Saint-Paul de Meythet fut consacrée en 1998. Elle est, à ce jour, la plus récente du diocèse d’Annecy et donc du département de la Haute-Savoie. Pour autant, les choses ne sont pas si simples. Si, en termes strictement factuels, cette église est bien la dernière-née, elle constitue surtout, d’un point de vue symbolique, un retour aux sources pour cette ancienne commune. En effet, en remontant les siècles, on découvre l’existence d’une ancienne paroisse placée sous le vocable de saint Martin de Tours. Quant à son origine, elle demeure difficile à établir, comme c’est le cas pour nombre de paroisses anciennes. Un document conservé aux Archives du Vatican mentionne néanmoins qu’un chapelain de “Maytez” percevait chaque année un revenu d’une livre et d’un sol. L’ancienne église subit au fil du temps de nombreuses péripéties, notamment en raison de son exposition aux crues du Fier. Les paroissiens avaient bien tenté de se prémunir de ces débordements en édifiant des digues, mais celles-ci se révélèrent parfois insuffisantes. Au début du XVIIIᵉ siècle, l’idée de déplacer l’église vers un site plus sûr fut envisagée, mais elle ne se concrétisa jamais. La Révolution française porta un coup fatal au sanctuaire : dépouillée et malmenée, l’église ne s’en releva pas. Le renouveau religieux du début du XIXᵉ siècle ne fut pas favorable à Meythet, contrainte de se rattacher à Épagny pour les affaires spirituelles. L’église de Meythet fut alors désacralisée. Vendue en 1831, elle devint une grange avant de disparaître peu après. Quelques décennies plus tard, Meythet se tourna vers Gevrier. L’érection d’une nouvelle paroisse en 1869, au bord du Fier entre Meythet et Gevrier, attira vivement l’attention des autorités. Après de longues tractations, Meythet fut rattachée à cette paroisse dite des Forges en 1873. Cette union ne devait toutefois pas être définitive. En 1964, Mgr Jean Sauvage, évêque d’Annecy, érigea de nouveau la paroisse de Meythet. Saint Martin demeura à Tours : on lui préféra l’apôtre Paul de Tarse. Une chapelle provisoire fut alors construite à Meythet, mais l’église paroissiale resta celle de l’Annonciation, édifiée un siècle plus tôt par les Forges de Cran-Gevrier.
L’église la plus récente du diocèse
Mais cette chapelle provisoire, simple bâtiment fonctionnel orné d’une croix, n’avait pas vocation à durer. Au bout de vingt-cinq ans d’existence de la paroisse, l’idée de la construction d’une nouvelle église est relancée. Cette fois-ci, le projet progresse concrètement : un comité se constitue autour de l’architecte retenu, Jacques Hergott, le tout avec la bénédiction de l’évêque d’Annecy. Dès 1989, le projet évolue et, en moins d’une décennie, il devient réalité. Pour en assurer le financement, de nombreux leviers sont actionnés : vente de terrains paroissiaux, souscriptions, mais aussi organisation d’événements dédiés. En 1995, le permis de construire est accordé et, en 1996, Mgr Hubert Barbier, évêque d’Annecy, pose et bénit la première pierre d’une nouvelle église pour son diocèse. À Pâques 1998, les paroissiens prennent congé de leur chapelle provisoire avant d’entrer pour la première fois dans leur nouvelle église, qui sera consacrée le 11 octobre de la même année. En franchissant le seuil de l’édifice, le visiteur découvre une magnifique fresque du Christ ressuscité, œuvre de l’artiste Arcabas. Construite en béton, l’église de Meythet permet une disposition que nombre d’églises plus anciennes ne pouvaient offrir : un vaste espace intérieur sans aucun pilier porteur. Seules douze petites colonnes, évoquant les apôtres, prennent place dans le monument. Elles entourent les bancs de la nef et le chœur, comme pour enlacer prêtres et fidèles. La plupart d’entre elles ne sont d’ailleurs pas porteuses et relèvent d’un choix purement symbolique. Dans le narthex subsiste toutefois le baptistère de l’église Saint-Martin, unique vestige de cet ancien édifice jadis situé non loin de là, qui accueillait autrefois les prières des quelques feux composant ce village rural, devenu aujourd’hui commune déléguée de la préfecture de la Haute-Savoie.
Une cloche plus ancienne
Le campanile voisin de l’église ne faisait pas partie du projet initial. Il put toutefois voir le jour grâce aux excédents financiers dégagés lors de la construction. Cette tour abrite une imposante cloche, un petit carillon et une horloge, le tout surmonté d’une croix, élément incontournable de tout clocher. L’ouvrage, composé de deux ailes de béton reliées par quelques dalles, est d’un accès peu aisé ; heureusement, des archives et relevés complets en documentent l’intérieur, même si l’auteur n’a pas résisté à l’envie d’y monter afin de compléter les inventaires photographiques. La cloche principale mérite une attention particulière. Nommée Georgine-Augustine, elle pèse 892 kg et date de 1898, soit près d’un siècle avant la consécration de l’église de Meythet. Cette apparente anomalie s’explique par son origine : elle provient de l’église des Forges, dite première église de l’Annonciation. Érigée en 1869 par l’entreprise des Forges de Cran, celle-ci fut d’abord dotée d’une cloche de 350 kg, qui se fendit en 1898. La fabrique de Gevrier décida alors de son remplacement, la paroisse ayant grandi avec l’annexion de Meythet. Les frères Georges et Francisque Paccard proposèrent deux projets : une cloche d’une tonne ou une autre de 840 kg, le métal de l’ancienne étant déduit du coût. C’est cette seconde option qui fut retenue. Meythet participa à hauteur de 250 francs, la commune de Gevrier compléta le financement et une souscription paroissiale couvrit le solde. L’inscription de la cloche rappelle sa vocation première : appeler les fidèles à l’église, « un jour passé dans la maison du Seigneur valant mieux que mille années dans le siècle », et mentionne parrain, marraine, curé et maires des deux communes. En 1911, une seconde cloche, Joséphine-Antoinie, de 461 kg, fut ajoutée. Cette cloche indique d’ailleurs qu’elle répond à sa grande sœur. Lorsque l’église des Forges fut désacralisée en 1994, à la suite de la construction d’une nouvelle église de l’Annonciation à Cran-Gevrier, les deux cloches furent descendues. La petite resta à Cran-Gevrier, tandis que la grande fut confiée à la paroisse de Meythet, alors en pleine gestation de son église. Après trois années d’attente, Georgine-Augustine fut hissée dans le campanile en 1997. Autrefois compagnes de clocher, aujourd’hui séparées d’environ 1 500 mètres, il arrive encore qu’elles sonnent de concert, au gré des vents.
Un carillon pour le nouveau millénaire
Mais les affaires campanaires ne s’arrêtent pas là à Meythet. À l’aube du nouveau millénaire, le curé bâtisseur Daniel Barrel projette l’installation d’un petit carillon au sommet du campanile. Douze cloches sont d’abord envisagées ; ce seront finalement dix-sept cloches qui seront fondues à Sévrier le 19 octobre 2000, puis installées le 24 novembre suivant. Pesant entre 115 et 22 kg, elles couvrent un peu plus d’une octave, du sol⁴ au do⁶, selon une gamme chromatique privée du premier la bémol. Cet ensemble permet l’exécution de diverses mélodies, au gré des baptêmes, des mariages ou simplement du temps qui passe. Le prêtre bâtisseur n’hésita d’ailleurs pas à composer lui-même plusieurs airs, encore joués aujourd’hui depuis le sommet du campanile. Chaque cloche porte en inscription sa note musicale, la signature du fondeur, le nom de la paroisse ainsi que la mention « Jubilé An 2000 », accompagnée du logo de l’événement — à l’exception des six plus petites, qui n’en portent que le texte. Les quatre cloches les plus imposantes reçoivent en outre des inscriptions inspirées du psaume 150 : « Daniel Barrel, curé » ; « Cordes, flûtes et harpes, jouez pour le Seigneur ! » ; « Cors, hautbois et cymbales, résonnez pour le Seigneur ! » ; « Trompettes, orgues et cloches, sonnez pour le Seigneur ! ». L’horloge qui complète le clocher résulte quant à elle d’une volonté municipale, pleinement partagée par les autorités religieuses. Ainsi, à Meythet, entre la grande cloche, le carillon et le cadran, il est aujourd’hui difficile d’y voir midi à quatorze heures !
Des cloches oubliées…
L’église Saint-Martin de Meythet abritait elle aussi des cloches. Si leur histoire demeure très mal connue, elle est toutefois bien documentée pour les années de la Révolution. Au nombre de deux, elles pesaient respectivement 120 et 132 livres d’Annecy. Descendues toutes deux en 1794 afin d’être amenées à Annecy, place de la Liberté, leur destin semblait alors scellé : elles allaient être détruites, comme des milliers d’autres en France, et transformées en matière première pour la fabrication de canons et de monnaie. Quelques mois plus tard, Meythet put toutefois récupérer ses cloches… mais la plus lourde avait déjà été détruite. Afin de pallier ce manque, une cloche de 183 livres, provenant d’Annecy — sans que l’on connaisse l’édifice d’origine — fut alors attribuée à Meythet. Or, comme nous l’avons vu plus haut, Meythet ne redevint pas une paroisse autonome et l’église fut finalement détruite. Que sont alors devenues ces deux cloches ? Deux hypothèses s’affrontent. La plus probable est celle d’un transfert vers Épagny, voyage sans retour. On peut aisément imaginer que les cloches y furent ensuite refondues pour en réaliser de plus grandes. La seconde hypothèse suppose qu’elles soient restées dans l’église en ruines et qu’elles aient été vendues avec l’édifice en 1831. Toutefois, il était très rare que des cloches — airain sacré et objet de valeur — aient été laissées dans un édifice désacralisé au devenir incertain.
| N° | Nom | Fondeur | Année | Diamètre (cm) | Masse (kg) | Note |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Georgine-Augustine | G&F Paccard | 1898 | 115 | 892 | Fa 3 |
| Carillon | — | Fonderie Paccard | 2000 | — | Total : 877 | Sol4…Do6 |
Mes remerciements à :
M. Christophe Mugnier, référent paroissial de Meythet, pour l’accès au clocher et les sonneries spéciales.
M. Christian Regat, historien spécialiste des Savoie et -entre autres- vice-président des Amis du Vieil Annecy, pour l’organisation de cette visite.
Mes amis Claude-Michaël Mevs, Dominique Fatton, Arthur Auger et Paul-Elie Rose pour la contribution à ce reportage.
Sources & Liens :
Barrel, Daniel. Dans la lumière du Ressuscité : Église Saint-Paul de Meythet. Paris : Bayard, 2005.
Archives paroissiales de Meythet
Archives communales de Cran-Gevrier
Archives communales de Meythet
Paroisse Saint-Luc entre Fier et Mandallaz
Les Amis du Vieil Annecy
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