Souvent dépeinte comme sans histoire en écumant le site Google, la commune de Valleiry n’est cependant pas inintéressante pour de nombreux locaux, à en croire l’évolution de sa démographie ! Dépassant depuis peu les 5’000 habitants, cette localité frontalière n’excédait jamais les 350 âmes avant le milieu du XXe siècle et la croissance phénoménale qu’à connu notre région, en raison notamment de l’attractivité que représente la Suisse toute proche. Le toponyme de la commune n’est sûrement pas dû au prénom actuel, quelque soit son orthographe, mais plutôt à Vallerius Caïus, fils de Titus, tribun militaire romain de la seconde légion qui avait édifié une villa romaine dans la région. Les terres ont appartenu au chapitre cathédral de Genève avant d’être ballottée durant deux siècles entre la religion protestante et la religion catholique à partir du XVIe siècle. En 1754, la paroisse redevient catholique définitivement avant de devenir une commune en 1771. Au XIXe siècle, la ligne de chemin de fer qui sillonne le territoire permet à Valleiry, qui dispose alors de sa gare, de prospérer dans les activités commerciales. A cette même période, une famille originaire de la commune brille à l’échelle locale comme nationale en politique : la famille Chautemps. Du simple élu municipal au parlementaire incontournable, toutes les fonctions électorales sont connues de la famille. Camille Chautemps fut même quatre fois président du conseil (comprenez aujourd’hui premier ministre).
L’église Saint-Etienne de Valleiry se dresse dans le bourg, avec son clocher massif et son église aux allures de temple. Il faut dire que la domination protestante deux siècles durant a marqué l’édifice, le rendant alors singulier dans la région. Nous savons que le 2 mars 1262, le comte de Genève donne cette paroisse au chapitre cathédral de Genève qui pourront alors y nommer un curé et y collecter les impôts. Le religion protestante y sera d’ailleurs imposée en 1536 et un pasteur desservira alors le temple ainsi que l’actuelle commune de Chênex. A l’occasion du retour de Valleiry en terres savoyardes -et catholiques- le roi Charles-Emmanuel III offrit -entre autres- un presbytère, une rente annuelle à la paroisse ainsi que des objets de cultes. Le curé Blanc mit un point d’honneur à restaurer deux chapelles déjà présentes avant l’ère calviniste sous de nouveaux vocables : Notre-Dame et Saint-Pierre (la deuxième était sous saint Nicolas). L’église fut reconstruite dans le style néoclassique sarde en 1848-1849 et consacrée le 30 avril 1852. Le coût des travaux (18’000 livres) fut assumé par les communes de Valleiry et de Dingy-en-Vuache. Cette dernière commune fut une paroisse jusqu’à a Révolution Française. Le culte ne fut pas rétabli et une partie de son territoire fut rattaché -pour le spirituel- à Vulbens et l’autre à Valleiry. Le clocher massif, dont la base date du XIIIe siècle, fut réhaussé en 1890. L’intérieur de l’édifice fut restauré il y a quelques années, offrant des décors étincelants pour le visiteur ou le fidèle qui y pénètre.
Le grand clocher abrite une sonnerie de trois cloches. La pièce maîtresse de l’ensemble porte la date du 20 mai 1810 et la griffe de Jean-Baptiste Pitton, maître fondeur établi à Carouge. Il est réputé pour ses nombreuses cloches dans la région mais surtout pour être à l’origine de la célèbre dynastie Paccard. Cette cloche volontiers bavarde nous indique qu’elle en remplace une autre fondue le 11 juillet 1763. Elle évoque aussi le passé religieux de la commune, invoquant « l’hérésie de Calvin ». A ses côtés, dans l’autre travée du beffroi, deux cloches se font face. Jadis, une seule occupait tout l’espace. Fondue le 2 décembre 1829 par Claude Paccard, elle est dédiée à saint Etienne et fut établie aux frais de la commune et de la paroisse de Valleiry à qui elle appartient. En 1888, Auguste Cahorn visite ce clocher et atteste que les deux cloches citées ici sont présentes. En 1937, le révérend Jean-Marie Favre, aumônier à Thonon-les-Bains et « chanoine de Notre-Dame de Guadeloupe » offre une nouvelle cloche. Sur ses inscriptions, en plus de la mémoire de son donateur, il est clairement inscrit qu’elle « sonne la paix ». On remarque aussi que le nom du maire de la commune, un autre Chautemps, a été rajouté après coup, certaines lettres collées ont d’ailleurs disparues avec le temps. L’ajout de cette cloche eut pour conséquence de déplacer la cloche de 1829, plus petite, et de transformer cette travée du beffroi afin de permettre aux deux cloches d’avoir toute la place de sonner à pleine volée dans ce grand clocher.
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N° |
Nom | Fondeur | Année | Diamètre (cm) | Masse (kg) | Note |
| 1 | Jean-Baptiste Pitton | 1810 | 114,5 | ~800 |
Fa♯3 |
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2 |
Jeanne Marie Joséphine | Les fils de G. Paccard | 1937 | 89,5 | ~400 | La 3 |
| 3 | Saint Etienne | Claude Paccard | 1829 | 82,4 | ~325 |
Si 3 |
Mes remerciements à :
M. François Excoffier, sacristain, pour son accueil chaleureux.
M. Michel Brand, ancien élu d’Archamps, pour l’organisation de la visite.
M. Dominique Ernst, pour son éclairage historique.
Sources & Liens :
La Salévienne
Fonds privés
Relevé sur site
Clichés personnels