Installé sur les pentes du Mont Sion, le village d’Andilly est réputé dans toute la Haute-Savoie -et même au-delà- pour ses médiévales, qui rassemblent chaque année des milliers de locaux et touristes autour de nombreux bénévoles passionnés. Andilly a également été primé par les lecteurs du Dauphiné Libéré comme « plus beau village de Haute-Savoie » en 2022. Il faut dire que sa situation géographique, sa disposition singulière et son riche patrimoine n’y sont pas pour rien. Andilly, c’est l’histoire de trois hameaux étagés contre les pentes sud du Mont Sion et qui ont vécu, bon gré mal gré, ensemble pendant des siècles : Charly, Jussy et Saint-Symphorien, actuel chef-lieu d’Andilly. Tous sont d’ailleurs des noms plutôt courants : nous avons plusieurs Andilly et Charly en France, et de nombreux Jussy en Pays de Savoie et en Suisse romande. Quant à Saint-Symphorien, il n’est pas rare que le patron d’une paroisse donne son nom à la commune, sans doute le résultat d’une forte dévotion.
L’église de Saint-Symphorien est d’une silhouette souvent qualifiée d’élégante. Son clocher flèche atteste d’un édifice fort ancien avec ses fenêtres géminées. La première mention de la paroisse remonte à 1275, mais l’édifice est peut-être plus ancien, bien que remanié au fil des siècles. A l’origine, il s’agit de la chapelle du château de la Seigneurerie d’Andilly. La consécration du monument est attesté en 1486, après un important remaniement du sanctuaire. Si l’église est le centre de la paroisse depuis au moins 750 ans, le hameau de Saint-Symphorien (en hommage au martyr chrétien mort en 179) n’a pas toujours été le plus peuplé de la communauté. Cette situation a entraîné de nombreux différents entre les habitants de Charly et de Saint-Symphorien. A l’intérieur du monument une belle nef au plafond boisé ouvre sur le chœur gothique. Pour former la croix latine, deux bas côtés avec des chapelles latérales complètent le monument. Si l’ensemble paraît aujourd’hui homogène, on peut cependant regretter la disparition des stalles et du maître-autel, cependant immortalisés en 1928 et visibles sur un panneau à l’entrée du monument. Les beaux panneaux en bois sculptés à l’intérieur du monument ont été donné par la famille Tapponier en 1853. Ils pourraient -sans certitude- venir de la Chartreuse de Pomier, située non loin et fermée à la Révolution Française après plus de 600 ans de présence des chartreux.
Au sommet du clocher, deux cloches se partagent le beffroi en bois. Fondue en 1847, la plus grosse cloche fut établie « aux frais de la généreuse commune d’Andilly ». Elle a été réalisée par les frères Paccard de Quintal, probablement en remplacement d’une autre plus ancienne. La plus petite cloche, située juste à côté, porte la date de 1763 et une inscription laconique, mais ô combien intrigante. Seuls sont cités le parrain et la marraine, M. Jean-François Raddaz et sa femme, Jeanne Revilliod, qui ont financés la cloche à leurs frais. Ces deux patronymes ne sont absolument pas originaires de cette paroisse, mais plutôt du Pays du Mont-Blanc. De nombreux Raddaz et Revilliod sont en effet installés dans le Val Montjoie, entre Saint-Gervais-les-Bains et Notre-Dame-de-la-Gorge en passant par les Contamines ou encore Saint-Nicolas-de-Véroce. La réponse se trouve en fait dans le livre de Jean-Paul Gay « Notre-Dame de la Gorge, un sanctuaire au Pays du Mont-Blanc ». L’auteur dédie en effet un chapitre de son ouvrage à la Révolution Française et la descente des cloches de l’actuelle commune des Contamines-Montjoie. Les autorités de l’époque ont eu la bonne idée, peut-être conscientes qu’un patrimoine entier était en péril, de noter les millésimes et les parrains/marraines des cloches qu’ils livreront à la casse. C’est ainsi qu’au clocher de l’actuelle église de la Trinité, il est mentionné trois cloches, dont deux de 1763. Et l’une d’entre elles avaient bien M. Raddaz et sa femme née Revilliod comme parrain et marraine ! Ce n’est pas la première fois que je présente une sonnerie où l’une de ses cloches n’est pas originaire de la paroisse. A la Révolution, toutes les cloches de la Haute-Savoie furent rassemblées en plusieurs points : Annecy, Bonneville, ou encore Carouge et Thonon-les-Bains. Finalement non cassées par les révolutionnaires, les cloches furent récupérées par leur paroisse respective… ou presque ! Nombreuses furent les communautés qui, par un petit tour de passe-passe, ont réussi à dérober une cloche plus grosse que celles qu’ils avaient livrées quelques années plutôt. Notre petite cloche d’Andilly, à la facture plutôt grossière, n’est malheureusement pas signée. Ses décors ne correspondent malheureusement pas avec d’autres cloches fondues à l’époque, permettant d’attribuer l’œuvre à un fondeur. Le clocher de Saint-Symphorien a été pourvu d’abat-sons il y a quelques années maintenant, conséquence de querelles entre la Municipalité et le voisinage de l’église. C’est peut-être cette raison qui explique la présence de mousse contre les ouvertures pour limiter les décibels au pied de la tour, ainsi que l’installation des cloches en rétrograde il y a quelques décennies déjà. On pourra toujours se consoler en disant que les cloches continuent de sonner, même plus discrètement, plutôt qu’elles aient été tout simplement mises à l’arrêt par une minorité parfois plus bruyante que les cloches elles-mêmes.
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N° |
Nom | Fondeur | Année | Diamètre (cm) | Masse (kg) |
Note |
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1 |
Eugénie Joséphine Françoise | Frères Paccard | 1847 | 91,4 | ~450 | La♭3 |
| 2 | — | — | 1763 | 69 | ~200 |
Ré♭4 |
Près du clocher de l’église Saint-Symphorien, une structure en bois intrigue. Elle laisse dépasser dans un clocheton sommital une petite cloche. Il s’agit en fait d’un carillon installé dans un gigantesque beffroi en bois massif. A l’occasion de l’an 2000, l’association Andilly Loisirs avait souhaité que toutes les communes du Syndicat Mixte du Salève, composé à l’époque de 17 communes, finance chacune une cloche pour former un petit carillon inauguré pour les 4e Médiévales d’Andilly. Chaque cloche porte donc, le nom d’une localité selon l’ordre suivant (par la pesanteur) : Etrembières, Collonges-sous-Salève, Annemasse, Bossey, Beaumont, Archamps, Neydens, Saint-Julien-en-Genevois, Présilly, Copponex, Saint-Blaise, Cruseilles, Vovray-en-Bornes, le Sappey, La Muraz et Monnetier-Mornex. La commune d’Andilly a installé sa propre cloche au sommet, la plus grosse de la structure. Fondue en 1858 par les frères Beauquis de Quintal, il s’agit d’un réemploi de la cloche de l’école d’Andilly. Ne comprenant comme inscriptions que la signature du fondeur, il a été rajouté, gravé dans le bronze, le nom de sa commune propriétaire. Depuis un quart de siècle maintenant, ce carillon égrène quelques mélodies à diverses heures de la journée, à l’exception de la cloche d’Andilly, qui n’est pas reliée à l’instrument mais qui pourrait sonner à la volée en tirant sur la corde accrochée en hauteur pour éviter sans doutes des envolées nocturnes ! La tessiture du carillon est la suivante : Do5, Ré5 chromatique Mi6. La cloche Beauquis, quant à elle, donne un La dièse 4 approximatif.
Mes remerciements à :
M. Vincent Humbert, maire, pour son aimable autorisation.
M. Pierre Cusin, adjoint au maire, pour l’invitation et l’ouverture du clocher.
M. Hugo Gautraud « Les Cloches Mosellanes » pour les informations tirées du livre sur les cloches des Contamines-Montjeoie.
Sources & Liens :
Association « la Salévienne »
Andilly
« Notre-Dame de la Gorge, un sanctuaire au Pays du Mont-Blanc », Jean-Paul Gay
Relevé et clichés personnels