Installé sur les pentes du Mont Sion, le village d’Andilly est réputé dans toute la Haute-Savoie -et même au-delà- pour ses médiévales, qui rassemblent chaque année des milliers de locaux et touristes autour de nombreux bénévoles passionnés. Andilly a également été primé par les lecteurs du Dauphiné Libéré comme « plus beau village de Haute-Savoie » en 2022. Il faut dire que sa situation géographique, sa disposition singulière et son riche patrimoine n’y sont pas pour rien. Andilly, c’est l’histoire de trois hameaux étagés contre les pentes sud du Mont Sion et qui ont vécu, bon gré mal gré, ensemble pendant des siècles : Charly, Jussy et Saint-Symphorien, actuel chef-lieu d’Andilly. Tous sont d’ailleurs des noms plutôt courants : nous avons plusieurs Andilly et Charly en France, et de nombreux Jussy en Pays de Savoie et en Suisse romande. Quant à Saint-Symphorien, il n’est pas rare que le patron d’une paroisse donne son nom à la commune, sans doute le résultat d’une forte dévotion.
Mais revenons à Charly et intéressons nous à son histoire. Il semblerait que son nom soit tiré d’un domaine gallo-romain « Caroliacum ». Il est difficile de dire quand se sont installés les premiers habitants de Charly, même si l’on sait que des présences humaines sont attestés dans le secteur depuis plusieurs millénaires. Il faut aussi ajouter que l’actuelle départementale 1201 qui relie Saint-Julien-en-Genevois à Annecy, encore aujourd’hui très empruntée, ne fait que reprendre le tracés d’anciennes voies, faisant d’Andilly une étape importante. La chapelle de Charly, aujourd’hui sous le vocable de Saint-Jacques, est d’ailleurs un arrêt recueilli pour les pèlerins de Compostelle. Son histoire est intimement liée au père Jacques Fusier, vicaire général de Genève et natif du hameau qui eut à cœur de reconstruire ce qu’il voudra comme l’église de Charly en 1454. D’abord placée sous le double vocable des saints Clair et Sébastien, ce petit sanctuaire gothique accueillera pour les habitants toutes leurs célébrations : la messe hebdomadaire, les baptêmes, mariages et sépultures. Saint François de Sales le mentionnera d’ailleurs dans sa visite pastorale. Il convient de préciser que cette « paroisse » dépendait toutefois de Saint-Symphorien en contrebas et qu’elle ne possédait pas de curé propre. Les habitants (environ 12 familles) ont essayé de nombreuses fois, en vain, de s’émanciper devenir une institution autonome. Dans l’histoire de la chapelle, deux incendies seront à l’origine d’une reconstruction partielle : une première fois en 1541 puis en 1787, avec l’édification d’un clocher bulbe. L’édifice se présente depuis comme une belle chapelle de style gothique tardif, avec deux chapelles latérales. La première dédiée aux saints Jacques (le Majeur et le Mineur) et la seconde à la Sainte Croix. Les vitraux du chœur datent du XXe siècle et cohabitent avec un Christ conçu probablement au XVe siècle et à l’extérieur, une statue de saint Jacques installée en 1997.
A la Révolution, la paroisse est tout simplement supprimée et cette « église fille » est rétrogradée en simple « chapelle rurale ». Concrètement, seules quelques messes peuvent y être célébrées, et les sacrements doivent être reçus dans l’église Saint-Symphorien. Cette situation entrainera plusieurs décennies de conflits entre les hameaux. Ne souhaitant pas se rendre à Saint-Symphorien pour les enterrements, les habitants enterrent donc leurs morts sans prêtre. Après des décennies de négociations, ils acceptent de se rendre dans l’église paroissiale mais par une porte séparée, ne souhaitant pas se mélanger avec les habitants d’en bas. Les tensions reprendront de plus belle à chaque fois que l’occasion se présente. C’est ainsi que Charly possède encore aujourd’hui son propre cimetière, son école, son monument aux morts (qui reprend quand même les disparus de toute la commune !). Aujourd’hui, les tensions se sont apaisés et les habitants de Charly peuvent toujours accueillir les obsèques de l’un des leurs dans leur chapelle, dédiée à saint Jacques depuis 1997.
Avec une porte d’accès et un éclairage intérieur automatiques, difficile de croire que la cloche de la chapelle se sonne encore à la corde. Et pourtant, la porte d’accès au clocher à peine ouverte que nous nous retrouvons face à une corde. En grimpant les échelles de meunier, une ficelle accrochée au battant permet de la sonner « au coup par coup ». D’ailleurs, à chaque décès dans le hameau et à chaque obsèques dans la chapelle, un habitant se dévoue pour tirer sur la corde, actionnant à la volée l’unique cloche de ce sanctuaire gothique. Fondue le 8 octobre 1856 par les frères Beauquis de Quintal, comme l’atteste la signature, elle a été faite grâce « aux dons de [ses] bons enfants de Charly et surtout au zèle du comité ». Elle citent également le nom du syndic (maire) d’Andilly de l’époque, Jean Cusin, et le curé de la paroisse, l’abbé Jean-Claude Deletraz. La cloche, dépourvue de nom ou d’une dédicace religieuse, arbore néanmoins une Vierge à l’Enfant et un Christ en croix. D’un diamètre de 77,6cm, elle sonne le « Si » de la troisième octave (Si3) pour un poids estimé de 290 kilogrammes.
Mes remerciements à :
M. Vincent Humbert, maire, pour son aimable autorisation.
M. Pierre Cusin, adjoint au maire, pour l’invitation et l’ouverture du clocher.
Sources & Liens :
Association « la Salévienne«
Andilly
Relevé et clichés personnels